Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les glaces du Bhoutan.

Bonjour,

Le Bhoutan voisine au Nord avec le Tibet, et la Chine , et s’appuie au Sud sur les territoires indiens d’Assam et de Bengale. C’est un petit territoire enclavé dans l’Himalaya oriental, dont les hautes montagnes dessinent une barrière au Nord. Un petit royaume qui s’étend sur un peu plus de 40.000 km², l’équivalent de la Suisse, et compte environ 700.000 sujets  en 2011. Estimation du gouvernement qui oublie de compter les habitants originaires du Népal.  Cette géographie montagneuse et tourmentée, adoucie de collines et trouée de vallées au Centre, reprend de la hauteur au Sud, et s’ouvre sur une bande de plaines sub-tropicales à l’extrême Sud.   Le Bhoutan est un paradis pour les touristes aisés qui viennent, au compte-gouttes, admirer ses paysages  Le catalogue de la biodiversité détaille plus de 5500 espèces végétales, 400 espèces de lichens, 200 espèces de mammifères, et environ 700 espèces d’oiseaux. La Constitution du Royaume exige que 70% du territoire soit planté de forêts. Mais le système himalayen, et les grands fleuves associés, ne servent pas qu’à coloriser la carte postale. Ils permettent de produire de l’hydro-électricité, principale richesse du pays. Durant la décennie passée, l’investissement massif dans l’énergie hydraulique, facteur de développement économique et humain, a permis d’atteindre une croissance de 8%. Le pays, qui compte encore 25% de pauvres, reste bien placé pour tendre vers les Objectifs de Développement du Millénaire (ODM).  Le Bhoutan développe encore le concept de « Bonheur National brut », sens de la mesure d’inspiration bouddhiste qui mêle environnement, traditions, et épanouissement des citoyens. Bilan atypique, le Bhoutan a réussi à faire reculer la pauvreté sans toucher à ses paysages. Mais attention, prévient un rapport de l’UNDP – le Programme des Nations Unies pour le développement -, qui pointe un changement de climat dans le pays, l’équilibre est fragile. (1)

Sisyphe.

Le réchauffement climatique provoquerait déjà un dysfonctionnement du système himalayen. Selon l’UNDP, l’immense collection de glaciers des montagnes Nord du Bhoutan, réchauffée par des températures plus élevées, serait en train de fondre à un rythme alarmant. Le retrait des glaces, estimé entre 15 et 20 mètres dans les années 90, serait de 35 à 40 mètres au milieu des années 2000. (2) Avec le risque que cette eau s’accumule dans les lacs glaciaires, qui n’ont pas la résistance pour supporter cet apport. Ces lacs d’altitude, sous pression, menaceraient  de rompre. Avec la promesse de mini-tsunamis qui emportent tout sur leur passage. En 1994, la rupture du Lac Lugge, situé dans le Nord du pays, a concrétisé cette crainte. La situation serait particulièrement tendue au Sud, très peuplé, où l’eau s’accumule dangereusement dans ces retenues.  Sur les 2674 lacs glaciaires que compte le pays, 25 sont considérés comme très dangereux. L’UNDP, qui collabore avec le gouvernement du Bhoutan, a placé les vallées de Punakha-Wangdi et de Chamkhar, au Nord, 10% de la population du pays, sous haute surveillance Dans cette zone, où le lac Thortomi risque de céder, les eaux sont pompées artificiellement, par les habitants, à une altitude de plus de 4000 mètres, pendant les trois mois offerts par les conditions météo. L’un des responsables du projet résume ce travail : « Cela ressemble parfois à la tâche de Sisyphe.» (3)

Aéroport.

A plus long terme, le retrait des glaces risque de priver le cours des rivières, brisant un rythme fluvial nourri des neiges de l’Himalaya en hiver, et alimenté par l’eau des glaciers en été. Les crues estivales des cours d’eau  révèlent déjà une fonte anormale des glaciers. Avec des conséquences désastreuses pour la production d’hydro- électricité, environ 45% des revenus d’un pays qui a misé sur la régularité de ses fleuves. Le Bhoutan, qui vend de l’électricité à son voisin indien, toujours à cours d’énergie pour soutenir sa croissance, comptait pourtant bien multiplier les centrales pour augmenter sa production. Le dérèglement climatique menace aussi une société, qui dépend à 70% de l’agriculture de subsistance, et qui n’a pas oublié la faim des années 70. En juin 2007, une longue sécheresse, suivie par de fortes pluies en septembre, avaient retardé le calendrier du riz et perturbé celui de la pomme de terre . Avec des incidences négatives sur la production. Aujourd’hui, les cultivateurs du Bhoutan, qui observent des hivers plus chauds, et des pluies plus précoces, s’attendent à bousculer leurs habitudes de culture. Regain du paludisme ou biodiversité malmenée, le PNUD liste les déséquilibres liés au changement climatique au fil d’un long rapport, émaillé de recommandations pour s’y adapter. Les rédacteurs recommandent notamment la sobriété énergétique à une société qui a quand même  attendu le second millénaire pour s’équiper de la télévision, et qui continue de se déplacer à pied, à vélo, ou en bus. Thimphu, la capitale, n’a même pas d’aéroport.

 

M.J

 

Image de prévisualisation YouTube

 

 

(1) Bhutan  National Human Development Report 2011. « Sustaining progress : rising to the climate challenge, UNDP, http://www.undp.org.bt/assets/files/publication/Bhutan_NHDR_2011.pdf

(2) DGM  (Department of Geology And Mines)  / ICIMOD (International Centre or Integrated Mountain Dévelopment)

(3) « UNDP helps Bhutan to reduce risks of massive glacier lake flooding”, http://www.raonline.ch/pages/story/bt/btbg_glacier01e4.html

 

 

 

 

 


Publié le 7 octobre 2011 par marlene dans Climat,Himalaya,Objectifs du Millénaire.
Tags :: , , , ,