Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Le mystérieux voyage des Aborigènes.

Bonjour,

Entre l’arrivée des Aborigènes, il y a au moins 40.000 ans, et celle des Européens, à la fin du XIX° siècle, l’Australie a sans doute connu d’autres visites. Une étude menée par une équipe d’anthropologues de l’Université de Leipzig, en Allemagne, vient bousculer l’idée d’une île-continent, solitaire et ignorée depuis son peuplement initial. (1) Irina Pugach et ses collègues ont mis en évidence la présence d’un gène substantiel reliant des populations indiennes et australiennes, dont l’origine remonterait à 4000 ans. Au cours de l’Holocène, ou plus précisément, vers 4230, un gène aurait voyagé entre le sous-continent indien et le continent austral. Cette migration se serait accompagnée d’un changement de nourriture et de technologie. C’est à cette période que seraient apparues des flèches en pierre. C’est aussi à cette période que seraient arrivés les dingos , désormais inscrits dans la mémoire fossile du territoire. Les auteurs, qui soulignent la concomitance entre l’afflux de gènes en provenance d’Inde et l’évolution qui s’opère en Australie, formulent  l’hypothèse d’une relation entre ce moment migratoire et l’évolution en cours. Plus près des origines du peuplement, les anthropologues ont  mis en évidence une origine commune entre les populations d’Australie, de Nouvelle Guinée, et les Mamanwa, une population noire des Philippines. Groupes qui se seraient séparés il y a environ 35.000 ans. Cette hypothèse suggère une migration ancienne par une route Sud, en provenance du continent africain. Alors que les autres populations seraient arrivées plus tardivement, lors d’une migration dispersée. Cette analyse révèlerait encore que populations d’Australie et de Nouvelle Guinée se seraient quittées assez tôt dans l’histoire de Sahul. Et non pas, comme le suppose une autre hypothèse, il y a 8000 ans, quand l’élévation du niveau de la mer isole définitivement Australie et Nouvelle Guinée. Le Sahul, territoire qui unit Tasmanie, Australie, et Nouvelle Guinée, aurait été la porte du  peuplement originel aborigène. (1)

 

Entre Sahul et Sunda     

L’Australie, qui connait un peuplement continu depuis plus de 40 000 ans, serait l’un des premiers berceaux de l’humanité. Antériorité partagée avec l’Afrique. Puis, les hypothèses se croisent. Avant les années 1950, on suppose que les Aborigènes arrivent seulement il y a 10.000 ans. Quelques années plus tard, le carbone 14 aide les scientifiques à remonter le curseur de l’histoire jusqu’à au moins 40.000 ans. Les côtes du territoire australien sont alors accessibles, et le carbone 14 ne peut guère en dire plus. Mais l’hypothèse d’une colonisation vieille d’au moins au moins 40.000 ans, datation flexible, est retenue. (2) Concernant la genèse du peuplement, deux théories s’opposent dès la fin du XIX° siècle. La première propose multiples origines au peuple aborigène. La seconde retient une population souche, avant essaimage. Dans les années 60, l’anthropologie énonce une triple origine, c’est la théorie du  « Trihybride ». Balayée plus tard par d’autres études. La linguistique, qui établit une parenté entre l’extraordinaire diversité des langues et langages aborigènes, renforce l’idée d’une population « souche ». Michel Charleux, ethnologue de la Préhistoire qui écrit sur l’origine du peuplement aborigène dans l’ouvrage « Australie Noire »  – éditions Autrement 1989 -, déplace – avec d’autres chercheurs – le berceau aborigène en Asie du Sud- Est.(3) Si la mer reste un obstacle qui sépare le Sahul – Tasmanie, Australie, Nouvelle Guinée  – du Sunda - le  Sud-Est asiatique dont seraient originaires les Aborigènes – l’aventure n’apparaît  pas impossible. Ils ont pu, grâce à des embarcations, franchir cette distance finalement pas si longue. Michel Charleux, qui s’appuie sur les travaux antérieurs, retient l’hypothèse d’un peuplement remontant à environ 55.000 ans, alors que les eaux sont basses. Pendant 10.000 ans, ce noyau initial de cueilleurs-chasseurs, doucement gonflé par la démographie, en quête de nouveaux territoires et de plus gros gibiers, qui développe technologies et connaissance des milieux, essaime sur le territoire australien. La terre est immense, le peuplement diffus, mais la colonisation progresse. Les fouilles montrent qu’il y a 20.000 ans, les Aborigènes pratiquent l’ensemble du territoire australien. Cet article, qui rappelle la difficulté du terrain et des recherches, balaie les hypothèses d’un  peuplement initial à partir de la Mélanésie et de la Polynésie, « colonisées tardivement ». (3) Mais il annonce clairement : « Une origine africaine est inconcevable, reste l’hypothèse d’un peuplement asiatique. » (3)

 

Doutes.

Des chercheurs australiens commentent les résultats obtenus par l’équipe de Leipzig dans Australian Geographic. Jeremy Austin, Professeur associé à l’Université d’Adelaïde, salue l’idée de relations commerciales et migratoires anciennes entre l’Australie et l’Asie, hypothèse antérieure avalisée par l’étude. Plus critique, il remet en cause l’origine des Dingos, originaires selon lui, du Sud Est asiatique insulaire. Et non de l’Inde. La relation entre une migration indienne génétiquement prouvée, l’arrivée de nouvelles technologies, et l’apparition des dingos, reste cependant à fouiller. Joe Dortch, enseignant à l’Université de Perth  -Western Australia -, s’interroge, lui, sur la nature des relations entre Indiens et Australiens, mouvement migratoire ou contact occasionnel ? Il doute : « Il n’est pas possible de dire comment la relation avec l’Inde a surgi. » L’article pointe un autre point sensible: un échantillonnage génétique sur un vaste espace du Territoire Nord, peut-être pas représentatif d’autres populations aborigènes. (5). L’origine des Aborigènes d’Australie, noyau initial enrichi d’autres populations, reste une énigme plus ou moins résolue…

 

 

M.J

 

 

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(1) Publication originale:

Irina Pugach, Frederick Delfin, Ellen Gunnarsdóttir, Manfred Kayser, Mark Stoneking

Genome-wide data substantiates Holocene gene flow from India to Australia

PNAS, Online Early Edition, January 2013

Résumé: http://www.mpg.de/6818105/Holocene-gene-flow_India-Australia

(2) Wikipedia Australian Archeology, http://en.wikipedia.org/wiki/Australian_archaeology Préhistory of Australia Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Prehistory_of_Australia

(3) » Australie noire »,   Les Aborigènes, un peuple d’intellectuels, Sylvie Girardet, Claire Merleau Ponty, Anne Tardy (Dir), Monde, Mars 1989 « 40 000 ans déjà », Michel Charleux, p70 à 73.

(4)Northern Australian aboriginals may have had contact with Indian migrants 4000 years ago, says study.”, Alice McRae with AAP, 15-01-2013. http://www.australiangeographic.com.au/journal/aboriginal-genetic-study-suggests-indian-migration.htm


Publié le 22 janvier 2013 par marlene dans Afrique,Asie du Sud-Est.,Australie aborigène.,Inde,Migrations.
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Jaitapur, après le nuage de Fukushima.

Bonjour,

A Jaitapur, l’accident de Fukushima stimule l’opposition indienne à l’atome. L’Inde, qui en matière de nucléaire civil a de grands projets, s’apprête à construire le plus gros complexe au monde sur la côte Ouest, à environ 400 km au Sud de Bombay. Plus exactement, sur la côte du  Konkan , à l’Ouest de l’Etat du Maharashtra, une réserve mondiale de biodiversité, ponctuellement secouée par des tremblements de terre. Ce projet, signé en décembre 2010, scelle un partenariat entre AREVA, l’entreprise nucléaire française, et la Nuclear Power Corporation of India Ltd (NPCIL). A l’horizon 2020, 6 réacteurs de type EPR, spécialité française, devraient produire 1 650 Mégawatt chacun, pour une capacité totale de 9 900 Mégawatt. Et un coût estimé supérieur à 10 milliards de dollars. Le projet, soutenu par le gouvernement du Maharashtra, doit avaler environ un millier d’hectares de terres agricoles, où poussent anacardiers, manguiers – qui produisent la fameuse mangue d’Alphonso -, légumes, millet, et riz. Il doit déraciner quelques dizaines de milliers de personnes, dont la plupart refusent de céder leurs terres. Les pêcheurs, employés sur 600 bateaux, qui ne connaissent pas d’autre métier, craignent pour leur activité : un périmètre de pêche restreint, dénaturé par les rejets de la centrale. Fin avril 2011, de violentes manifestations ont opposé la population locale et la police, faisant un mort et quelques dizaines de blessés. L’opposition au nucléaire se fait entendre ailleurs en Inde, à Kudankulam, dans le Tamil Nadu, à Mithi Virdi dans l’ouest du Gujarat, à Kovvada dans l’Andhra Pradesh, et à Haripur dans le Bengale occidental, partout où le gouvernement  projette des parcs nucléaires. La contestation est particulièrement vive à Kudankulam, où une centrale équipée de réacteurs russes de type VVR, technologie autrefois exportée dans les pays de l’ex bloc soviétique, devrait à terme rivaliser avec le site de Jaitapur, pour produire 9 200 Mégawatt. (2)

Une énergie « écologiquement bénigne ».

L’Inde, dépendante à 70% du charbon pour son électricité,  pourtant pionnière dans le renouvelable, mise aussi sur le nucléaire pour gommer les inégalités d’accès, et assouvir ses besoins croissants. Selon la Banque mondiale, la moitié des foyers indiens n’ont pas l’électricité. Entre les années 70 et 2006, la consommation aurait grimpé de plus 900%.  (3) Le nucléaire, matérialisé à l’échelle du sous-continent par une vingtaine de réacteurs peu rentables, produit moins de 3% de l’électricité. L’Inde, exclue du Traité de non prolifération en1974, puis empêchée par le Groupe des Fournisseurs Nucléaires (GFN),  doit attendre 2008 pour connaître la fin de l’embargo sur les matériels sensibles, décidée par les Occidentaux. Le marché indien s’ouvre aux technologies nucléaires civiles. Avec un objectif pour les dix années à venir, 6% d’électricité d’origine nucléaire. Le parc indien, qui produit moins de 5 000 Mégawatt, cible les 20 000 Mégawatt pour 2020.(2) Le nucléaire indien, émaillé de quelques incidents, Kalpakkam dans le Tamil Nadu en 1987 et 2002, Tarapur dans la Maharashtra en 1989 et 1992, Bulandshahr dans l’Uttar Pradesh en 1993, ou Kota dans le Rajasthan en 1995, conséquence probable d’un long isolement, communique désormais sur la sécurité. (5) A Jaitapur, chaque réacteur sera doté d’un système de sécurité indépendant, chaque réacteur sera opéré et maintenu séparément des autres. Argument qui vise à estomper un scenario « façon Fukushima »,  où les réacteurs ont lâché les uns après les autres. Promesse de transparence, le « Nuclear Regulatory Authority », organe indépendant, devrait remplacer le « Atomic Energy Regulatory Board » (AERB), soupçonné de relation étroite avec le « Département of Atmomic Energy», organe gouvernemental. Et sur le portail de l’énergie Indienne, à la rubrique « Nuclear Power Generation », l’atome est considéré comme une source d’énergie « écologiquement bénigne. »

Tremblements de terre et EPR.

Ce qui n’est pas tout à fait l’avis de tout le monde. Dont Greenpeace, qui regrette que l’un des joyaux du catalogue mondial de la biodiversité devienne le décor d’un complexe nucléaire, pas si « benin » que cela. Plus grave, l’activité sismique d’une région bien connue des géologues indiens, classée « zone à haut risque », ou « zone IV », par le « National Disaster Management Authority » (NDMA). L’organisation écologique rapporte que de 1995 à 2005, la région de Jaitapur a connu 92 tremblements de terre. Le plus dévastateur, enregistré en 1993, 6,2 sur l’échelle de Richter, a tué 9000 personnes. La proximité côtière éclaire encore la vulnérabilité du site.  Contre-attaque du NPCIL, ni le tremblement de terre de 2001 dans le Gujarat, 7,6 sur l’échelle de Richter, ni le tsunami de 2004, n’ont perturbé la sécurité des centrales voisines. (2) Mais à côté des risques naturels, matérialisés par  Fukushima, les opposants au projet dénoncent une formule « EPR » très coûteuse,  qui n’a toujours pas fait ses preuves. A Olkiluoto, en Finlande, des questions de sécurité contrarient la mise en service de la technologie « made in France. » Idem pour Flamanville, qui,  fâché avec le calendrier, s’annonce toujours plus cher. Interrogé par IPS, Laxminarayan Ramdas, l’une des voix de la « Coalition for Nuclear Disarmament and Peace » dénonce: « Le gouvernement fait la promotion d’un réacteur au prix exorbitant – de type EPR – qui n’a été avalisé par l’autorité nucléaire régulière d’aucun pays, dont la France. (…) Nous ne savons pas à qui ils essaient de faire plaisir” “( 2)

M.J.

Les acteurs d’une protestation, antérieure à Fukushima…

(1)”Fukushima Won’t Stop World’s Largest Nuclear Facility”, Ranjit Devraj, New Delhi, IPS, 29-04-2010 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=55432
(2) ”Japan Quake Focuses Anti-Nuclear Message”, Ranjit Devraj, New Delhi, IPS, 14-04-2010,  http://ipsnews.net/news.asp?idnews=54835

(3) Université de Sherbrooke / Perspective Monde. http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/tend/IND/fr/EG.ELC.COAL.ZS.htmlhttp://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=IND&codeStat=EG.USE.ELEC.KH&codeStat2=x

(4) Nuclear Power in India, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Nuclear_power_in_India


Publié le 5 mai 2011 par marlene dans Actualité,Inde,Nucléaire
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Des éléphants chassés au piment.

Bonjour,

Que faire pour repousser un troupeau d’éléphants, sauvages et affamés, prêts à  se ruer dans une rizière, sachant que chaque mammifère  mesure en moyenne trois mètres de haut, et pèse assez facilement une demi-tonne ? C’est une question qui empoisonne la vie des politiques, et surtout celle des villageois, de l’Etat d’Assam, un territoire situé dans le nord-est de l’Inde. L’Etat d’Assam, l’une des plus fortes densité d’éléphants sauvages d’Asie, compte environ 5000 mammifères, environ 10% des effectifs du sous-continent indien. (1) Cette population itinérante, poussée par la faim, convoite les rizières et les cultures des communautés villageoises, terrorisées et exaspérées. C’est une lutte pour le territoire et la nourriture qui oppose éléphants et fermiers depuis des années. A l’origine du conflit, des éléphants chassés de leur habitat, et détournés de leurs parcours traditionnels. L’expansion d’un front pionnier illégal, la déforestation, l’installation de rails ferroviaires, la multiplication des champs de thé, des rizières, des cultures vivrières, ont fragmenté le territoire des éléphants, brouillant leurs  routes migratoires, les privant de nourriture. Affamés, les éléphants descendent dans les villages pour voler dans les rizières et les champs. Ce pillage peut ruiner plus de 80% des récoltes. Ce conflit, qui dure depuis des années, a fait des morts dans les deux communautés. De 1997 à 2001, près de 200 éléphants sauvages auraient été tués dans l’Etat d’Assam. Sans compter ceux victimes du rail. De l’autre côté de la ligne de front, on dénombre plus de 200 morts pour la même période.(1) Ce bilan s’est alourdi depuis. Dans nombre de villages, l’arrivée des éléphants provoque toujours la panique. A tel point que les hommes valides embarquent enfants, femmes, et personnes âgées, pour les placer en sécurité. Cette guerre pour la nourriture, discutée au Parlement d’Assam, a mobilisé ONG et villageois qui ont développé quelques idées pour organiser une défense. (2)

Piment explosif.

Une première idée, mise en œuvre dans le district de Karbi Anglong en 2010 par «Green Guard», un groupe de défenseurs de la nature, vise à assourdir l’éléphant. La stratégie consiste à entourer les rizières de fils, d’y accrocher de petites clochettes, connectées à des klaxons, situés à proximité sur des miradors de fortune. Dès que l’ennemi touche le fil, les clochettes passent le message aux klaxons, qui se mettent en route. Concert bientôt augmenté par la chorale des villageois, prévenus de la visite. Effrayé, l’éléphant bat en retraite. L’idée vient du Zimbabwe.(2) Plus fort, beaucoup plus fort, la barrière de « piment rouge », une astuce développée en 2007 par le Département des Forêts de l’ Etat d’Assam ( Assam State Forest Department) et le WWF (World Wide Fund for Nature), déclinée ailleurs, on y revient. Cette fois, l’idée vient du Mozambique, qui connaît  aussi des conflits hommes/ éléphants. (2) Il s’agit de confectionner une mixture à base de piment, le Bhoot Jolokia, le piment le plus explosif de la planète, confirmation du Guiness des Records 2006, bien que détrôné depuis. Il est mélangé à des feuilles de tabac et à de l’huile de vidange usagée, avant d’être appliqué  sur des bouts de tissus. Lesquels sont accrochés aux fils barbelés qui entourent la rizière. Le jumbo asiatique, à l’odorat réputé raffiné, détale dès qu’il inhale la mixture. Encore plus fort,  concentré de la dernière idée, pratiquement même recette, le fumigène. Ou la bombe pimentée. C’est un mélange de piments, de feuilles de tabac, de paille sèche, placé dans un tube avant d’être enflammé. La fumée dégagée agresse la trompe de l’éléphant, qui ne demande généralement pas son reste. Le Chester Zoo, financé par le Defra’s Darwin Initiative et le gouvernement britannique, développe cette solution pimentée dans quelques villages du Sonitpur et du Goalpara, deux districts de l’Etat d’Assam. Avant d’étendre ce programme de défense, qui semble fonctionner.(1) Assam, territoire stratégique pour la survie de l’éléphant d’Asie, espèce menacée , expérimente cette méthode plutôt respectueuse pour repousser un mammifère qui nuit aux récoltes, les défenseurs de l’éthique animale apprécieront. Ailleurs dans la région, ils sont repoussés plus violemment, empoisonnés, électrocutés, ou piégés dans des trous dissimulés sous des branchages.(2) Ce mode de résistance offre encore un débouché inattendu au Bhoot Jolokia,  culture locale jusqu’alors condamnée à l’huile pimentée pour la cuisine. (1) (3)

M.J

En images au Bannerghatta National Park…

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(1) « Community-Based Human Elephant Conflict Management in Assam », A. Zimmermann, T. E Davies, N. Hazarika, S. Wilson, ASESG, 2009. http://www.asesg.org/PDFfiles/Gajah/30-34-Zimmermann.pdf

(2) “Thread Barrier and World’s Hottest Chilli to Keep Asian Elephants At Bay”, Shib Shankar Chatterjee et Rahul Karmakar, News Blaze, 16-11-2010 http://newsblaze.com/story/20101116124707shan.nb/topstory.html

(3) « Are elephants scared of spice?”, AP, in The Independent, 02-03-2011, http://www.independent.co.uk/environment/are-elephants-scared-of-spice-2229515.html


Publié le 7 mars 2011 par marlene dans Ecosystèmes.,Inde,Monde rural.
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L’Inde qui doute, et l’Inde qui promet.

Bonjour,

Sur le chemin de Copenhague, un petit détour par l’Inde, le pays tropical des extrêmes météos où s’abattent canicules, pluies diluviennes, cyclones, ou sécheresses. En septembre dernier, les régions du West Bengale ont connu inondations, tornades, et coulées de boue, un déluge qui a jeté des milliers de personnes dans la rue. Ces inondations, récurrentes en Inde depuis une vingtaine d’années, sont probablement favorisées par des rivières saturées en vase, improvisées en déchetteries, et par une mauvaise gestion du réseau hydrographique. (1)  En août dernier, une grande partie du pays, privée de 30% des précipitations annuelles, a été touchée par une sécheresse tenace. S’il reste difficile d’accrocher avec certitude ces accidents météorologiques au réchauffement climatique, certains chercheurs indiens poussent le doute un peu plus loin. Un article de la BBC-News donne la parole à ces sceptiques. Le Dr RR Kelkar, directeur général du département indien de météorologie, grand observateur des excès du sous-continent, ses moussons, ses cyclones, temporise: « N’est-il pas trop simpliste d’accuser le réchauffement climatique juste parce que des inondations et des sécheresses récentes ont été plus graves? ». (2) Aux scientifiques de s’attaquer à ces questions climatiques et de découvrir comment elles affecteront l’Inde. « Mais », ajoute-t-il, « un des problèmes est que ces évènements sont parfois convertis en histoires effrayantes. » (2) Le Professeur SK Sinha, spécialiste des technologies de l’eau, accuse l’Occident, et en particulier les Etats-Unis, d’instrumentaliser le débat sur le climat: « Ils font les règles. De fait, ils séduisent même les populations des pays en voie de développement pour justifier ou confirmer leurs projections, sans toujours les fonder avec des données et des arguments valables ». (2)

L’avis des fermiers indiens….

http://www.dailymotion.com/video/xb450u

Les glaciers de l’Himalaya.

En Inde, la fonte des glaciers de l’Himalaya, pourtant révélée par le GIEC – le groupe d’experts internationaux chargés d’étudier l’évolution du climat – fait aussi débat. Une enquête parue le 13 novembre dernier dans le journal Science rapporte la discorde. (3) Dans son rapport 2007, le GIEC note que les glaciers « reculent plus rapidement que partout ailleurs dans le monde et, si cette tendance persiste, beaucoup auront disparu d’ici à 2035, ou peut-être avant si la terre continue de se réchauffer à ce rythme.» Ce n’est pas du tout l’avis du glaciologue Vijay Kumar Raina, auteur d’un rapport, commande du Ministère de l’Environnement indien. Pour lui, les mesures effectuées sur une « poignée » de glaciers, quand l’Inde en compte 10.000 ou plus, ne prouvent pas que l’Himalaya serait en train de fondre sous l’action du réchauffement climatique. Au contraire. En compilant des données recueillies ces dernières années, il montre que beaucoup de glaciers de l’Himalaya sont stables, ou avancent, signe de refroidissement. Et ceux qui reculent, signe de réchauffement, ralentissent leur retraite. Rajinder Kumar Ganjoo, un autre glaciologue indien, vole au secours de son collègue : « Si l’élévation des températures était la vraie cause du retrait des glaciers, alors toute l’étendue glacée qui recouvre l’Himalaya disparaîtrait de manière uniforme. » Des chercheurs américains soutiennent la thèse indienne, un glaciologue canadien temporise : «La surprenante stabilité de certains glaciers peut être un phénomène temporaire. La fonte a pu être ralentie par un été inhabituel, avec un ciel plus nuageux, et la possibilité de neiges probablement plus abondantes. » Un chercheur indien, qui a cartographié plus de 1000 glaciers à l’aide d’images satellites, estime que 1/5° de la couverture glacée de  l’Himalaya indien a disparu depuis les années 60. Jairam Ramesh, le Ministre de l’environnement prône  l’observation: « Nous n’avons pas besoin d’écrire l’épitaphe des glaciers, mais nous avons besoin de concentrer les recherches sur les écosystèmes de l’Himalaya puisque la réalité est incroyablement complexe.» (3) En fouillant un peu la question, la disparition des glaciers de l’Himalaya, phénomène admis dans les milieux scientifiques, reste cependant à documenter.  Pas assez de mesures de terrain, trop de glaciers à étudier.

Concessions indiennes.

Entre la ville de New Delhi, menacée par la montée du niveau de la mer consécutive au réchauffement, et les glaciers de l’Himalaya qui ne fondent pas si vite que ça, l’Inde ne souhaite pas renoncer à une croissance économique, portée par le charbon. Pourtant, en vue de Copenhague, le Premier Ministre Manmohan Singh, vient de concéder des objectifs « ambitieux » – sans les chiffrer – de réduction de gaz à effet de serre. A condition que la contribution indienne s’accompagne d’une répartition équitable des efforts entre les pollueurs.(4) Dans un éditorial publié dans la revue « Nature », l’Indien Rajendra K. Pachauri, à la tête du GIEC, se fait l’écho de perspectives inquiétantes. Si on ne fait rien, l’Inde, emmenée par sa croisance économique, pourrait multiplier ses émissions de GES par trois ou quatre, d’ici à 2030. (5)

M.J

(1) « Les ressources en eau de l’Inde. Disponibilité, utilisation et problèmes »Binayak DAS, -06 / 2009 http://base.d-p-h.info/fr/fiches/dph/fiche-dph-7826.html

(2) India’s global warming fears -« Was this caused by global warming?”, Jill McGivering, BBC, 24-11-2009 http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/1037114.stm

(3) « No Sign Yet of Himalayan Meltdown, Indian Report Finds », Pallava Bagla , Science, 13-11-2009, Vol. 326. no. 5955, pp. 924 – 925 -DOI: 10.1126/science.326.5955.924, http://www.sciencemag.org/cgi/content/full/326/5955/924?ijkey=j6WYTxd5PZ8.c&keytype=ref&siteid=sci – Accès payant.

(4) « India ready for emission cuts but with conditions: PM” , The Times Of India, 28-11-2009http://timesofindia.indiatimes.com/india/India-ready-for-emission-cuts-but-with-conditions-PM/articleshow/5278476.cms

(5) « India pushes for common responsibility”, Rajendra K. Pachauri, ? Nature, 461, 22-10-2009http://www.nature.com/nature/journal/v461/n7267/full/4611054a.html


Publié le 1 décembre 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Copenhague,Inde
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Les pieds dans l’eau, l’Inde révèle son plan « Climat »

Bonjour,

L’Inde, quatrième pollueur de la planète, révèle un plan pour lutter contre le réchauffement climatique. Info, BBC News.
Le pays devrait progressivement introduire les énergies renouvelables dans son modèle de développement. Et selon son Premier Ministre, Manmohan Singh, l’énergie solaire devrait être au cœur de cette conversion annoncée. Tout devrait être mis en œuvre pour faire basculer une économie alimentée aux énergies fossiles, vers un système de production basé sur le renouvelable. « Notre succès dans cette entreprise changera la face de l’Inde », a prédit le Premier Ministre.

Il y a un an, le pays s’est doté d’un Council Climate Change, un organisme institutionnel dédié aux problèmes climatiques, et au développement durable. Un site internet, « Climate change », y révèle les positions, et les engagements du gouvernement indien. L’Inde fait d’ailleurs partie des 120 pays en développement ayant ratifié le protocole de Kyoto. Ce qui ne l’engage pas à grand-chose. L’Inde, espace économique émergent, est exemptée des objectifs de réduction de gaz à effet de serre qui obligent, en principe, les grand pays industrialisés engagés. En présentant son plan d’action national de lutte contre le changement climatique, Manmohan Singh a éludé la question d’une réduction des émissions de carbone, pourtant annoncés à la hausse. D’après la Banque Mondiale, et son « Petit Livre Vert de l’environnement », édition 2002, les émissions de l’Inde avaient déjà progressé de 57%, entre 1992 et 2002.

Malgré son engagement en faveur du climat, et son intérêt pour Kyoto, l’Inde revendique pour son peuple, le droit au développement économique et social. Avec un objectif majeur, sortir de la pauvreté. Et autre argument développé pour détourner la question des gaz à effet de serre, les émissions de carbone par tête d’habitant sont minimes, comparées à celles des pays riches. L’Inde, qui rassemble 17% de la population mondiale, prétend ne contribuer qu’à 4% des rejets mondiaux.(1)

Dans un rapport intitulé « L’alerte bleue », daté de mars dernier et rédigé par un Indien, Greenpeace projette les effets de températures plus élevées de 4°C à 5°C d’ici la fin du siècle, en Asie du Sud. La montée des océans , le dérèglement des moussons, les sécheresses, ou les difficultés d’approvisionnement en eau, pourraient déplacer 130 millions de personnes, dont une grosse majorité située sur une zone côtière, très exposée. Une élévation de 40 cm du niveau marin, prévision du GIEC d’ici 2100, déracinerait les fortes densités du Delta du Ganges-Brahmaputra, au Bangladesh, et les populations de la longue frange côtière indienne, semée de grosses métropoles. Dans un autre article de BBC News, daté de janvier 2008, un journaliste – qui relie prudemment l’élévation du niveau marin au changement climatique – rapporte que deux îles des Sunbardans, ont été rayées de la carte. Submergées. 6000 personnes ont été déplacées. Une mer plus haute de 45 cm pourrait avaler les trois quarts de la plus grande forêt de mangrove du monde, patrimoine mondial UNESCO. Et priver de terres des millions de personnes dans l’archipel des Sunbardans, et du pourtour du Golfe du Bengale. Dans cette zone, l’élévation du niveau marin, liée aux fontes de l’Himalaya, progresse plus vite qu’ailleurs.

Vidéo WWF, le Delta des Sunbardans, en Inde et au Bangladesh, exposé au réchauffement climatique.

M.J

(1)Chiffre de mars 2007, préparation du sommet du G8 de Heiligendamm (Allemagne – Juin 2007)


Publié le 4 juillet 2008 par marlene dans Climat,Inde
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