Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Björk défend son île…

Bonjour,

Björk est en colère. Dans un article publié sur son blog (1), la chanteuse islandaise s’oppose à la construction de deux nouvelles fonderies d’aluminium sur son île natale. Ces projets, menés par deux géants mondiaux de l’aluminium, risquent de défigurer des espaces sauvages, déjà estropiés par des ouvrages similaires. En juin dernier, Björk était montée sur scène pour dénoncer les promoteurs d’un nouveau gâchis environnemental, multinationales et gouvernement. Aujourd’hui, l’Islande est en faillite financière. Björk craint que le gouvernement, qui a besoin d’argent, avalise ces projets au détriment des paysages, et de l’équilibre national.La colère de Björk, l’occasion d’un voyage en Islande.

Une mosaïque de paysages, des écosystèmes sensibles.

L’Islande, petit état insulaire de l’Atlantique nord, 103 000 km2 pour 316 000 citoyens, moins de 3 habitants au km², presque un désert, est assise sur la dorsale médio-atlantique. Elle voisine avec le Groenland à l’Ouest, les Îles Féroé au Nord Ouest, la Norvède à l’Est, et plus au sud, avec le Royaume Uni. C’est une terre de volcans, une centaine dont certains sont encore en activité, secouée par de nombreux séismes. C’est une île de glaces, environ 10% du territoire est recouvert de glaciers. Les paysages sont troués de geysers, un mot d’origine islandaise.L’eau chaude, qui abonde sous la terre, surgit en surface. Les côtes sud-est et nord-ouest de l’île sont déchirées par des fjörds, où sont installées villes et villages de pêcheurs. Les rivières glaciaires, qui descendent de la montagne vers la mer, ont modelé des canyons. Les terres intérieures, les « Hautes terres d’Islande », inhospitalières, sont désertes. L’île est pauvre en végétation. La forêt, exploitée par les colons, est réduite à une peau de chagrin. L’Islande, terre basaltique émergée, soumise à une forte érosion glaciaire, offre une mosaïque de paysages assez décoiffants. Ce diaporama pour introduire des écosystèmes, uniques et sensibles, menacés par une course à l’énergie.

L’énergie, une rente.

L’Islande, devenue gourmande en énergie, profite d’une nature généreuse. Très tôt, le pays a misé sur les énergies renouvelables, aujourd’hui 70% de la consommation domestique. Près de 90 % des maisons d’Islande sont chauffées grâce à la géothermie. (2) Puis, le gouvernement a développé l’hydroélectricité. Pour doper une économie associée à la mer et à ses ressources, il a parié sur cette énergie produite sur place pour attirer une industrie importée, l’aluminium, très gourmande en électricité. Dès la fin des années 60, les grands noms de l’aluminium entrent en scène, le canadien Rio Tinto Alcan, les américains Century Aluminium Company et Alcoa, En 1969, Rio Tinto Alcan impose une première usine dans le paysage islandais, près de la ville de Hafnarfjörður, unité appelée à grandir. En 1998, Nordural, filiale de la Century Aluminium Company, implante un second site à l’ouest de l’île, à Grundartangi, près de la ville d’Akranes. Au fil des années, l’usine accroît sa capacité de production. En 2008, Alcoa met en service une nouvelle fonderie d’aluminium dans la ville de Reydarfjördur, à l’Est de l’Islande. Pour alimenter dernière cette unité de production, la plus importante du pays, un réseau de barrages est construit à Kárahnjúkar, au nord du glacier de Vatnajökull, le plus grand d’Europe. Environ 60 km² de vallée glaciaire doivent être submergées, des chutes et des cascades confisquées des paysages, sans compter les impacts environnementaux à venir. Les défenseurs de l’environnement se sont violemment opposés à ce projet, qui a finalement été avalisé. Aujourd’hui, l’Islande compte trois fonderies, grosses consommatrices d’électricité. En 2005, l’aluminium absorbe pratiquement la moitié de l’électricité islandaise, d’origine hydroélectrique, 80%, et géothermique, 20%. (3) (2)

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Paysages de la région de Karahnjukar, site du projet de barrage.

L’environnement et la crise financière.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Alcoa projette un nouvelle fonderie près de Húsavík, quand Nordurál souhaite une seconde centrale près de Helguvík. (3) Ces projets, qu’il faudra bien alimenter, hydroélectricité ou géothermie, vivement dénoncés par les écologistes attendent l’aval d’un gouvernement, empêtré dans la crise financière. Car entre-temps, l’Islande avait aussi parié sur un secteur financier, très actif à l’étranger, pour générer des profits – et enrichir une élite. La crise bat son plein en Islande, la colère gronde, et la mobilisation en faveur d’un environnement, devenu source de profits pour quelques multinationales, se renforce. Saving Iceland, par exemple, tente d’organiser l’opposition à un pouvoir jugé trop bienveillant envers les géants de l’aluminium. Björk s’engage aussi, et s’inquiète: « J’ai lu la semaine dernière que, en raison de la crise, des députés islandais exerçaient des pressions pour passer outre l’étude d’impact environnemental et construire les barrages aussi vite que possible, afin de fournir à Alcoa et à Rio Tinto l’énergie dont ils ont besoin pour les deux nouvelles usines de production d’aluminium. » En 2002, la maman de Björk, très impliquée dans la défense de l’environnement, avait fait une grève de la faim pour protester contre l’implantation d’une usine d’aluminium en Islande, projet Acoa.(4)

M.J

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Björk en concert, contre le projet de Karahnjukar, juin 2008.

Pour en savoir un peu plus sur la genèse et l’opposition au barrage de Kárahnjúkar :« Islande: Les Ecologistes opposés au Barrage Gigantesque de Kárahnjúkar ont perdu » Anne Françoise Hivert, International news. http://internationalnews.over-blog.com/article-19668055.html

Pour comprendre les intérêts qui se profilent derrière le développement hydroélectrique, et pour  cerner l’impact environnemental des projets : « Développement hydroélectrique en Islande , Le dernier recoin sauvage de l’Europe menacé », Guillaume Roy, FrancVert, le webzine environnemental. http://www.francvert.org/pages/51articlesledernierrecoinsauvage.asp

(1) « Björk ne veut pas que la crise coule son île », Courrier international,10 octobre 2008, d’après un article publié par « The Times »

(2) « Islande : développement économique et protection de l’environnement, une symbiose réussie », site du Sénat, http://www.senat.fr/ga/ga73/ga737.html

(3) Economie de l’Islande, Alluminium, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_l%27Islande#Aluminium

(4) « Björk soutient la grève de la faim de sa mère », Actus people, 29-10-2002.


Publié le 10 novembre 2008 par marlene dans Ecosystèmes.,Islande.
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