Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Teshima, des poussières noires au béton blanc.

 

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Bonjour,

Encerclée par les îles principales de Honshû au Nord, de Shikoku au Sud, et de Kyûshû à l’Ouest, la  Mer intérieure du Japon a les allures tranquilles d’un immense lac. On y dénombre plus  de 3000 îles, petites ou grandes, solitaires ou groupées, la plupart plantées de pins  plongent leurs verts mousseux dans les bleus subtiles d’une Mer intérieure qui n’en est pas vraiment une. La Mer intérieure de Seto, son vrai nom, communique en réalité avec l’océan Pacifique. A L’est de ce paysage insulaire, entre l’île de Shodoshima, plus imposante,  et la petite Naoshima, un autre petit bout de terre d’une quinzaine de km², Teshima.  Au guidon d’un vélo  électrique loué près du débarcadère, on en fait le tour en moins d’une heure. Trois lignes de ferry mènent à Teshima, celui qui vient de Shodoshima accoste toutes les deux heures dans le petit port le plus proche. Teshima, un peu plus de 1500 habitants au début des années 2000, sans doute encore un peu plus de 1000 aujourd’hui, des pêcheurs et des paysans, souffre des mêmes maux que ses voisines insulaires. La  population vieillit ou s’exile, l’économie se traîne. Ceux qui restent envisagent avec curiosité ces  jeunes branchés, lainage sobre, Wayfarer, et chaussures Repetto, venus admirer l’une des perles architecturale de l’art contemporain, En 2010, Teshima est l’une des sept îles retenues pour le Setouchi Art Festival, une manifestation censée la tirer de son ennui.  Depuis, Teshima est devenue célèbre. Mais sa renommée est bien antérieure à sa  reconversion artistique. (1)(2)(3)

 « Island of waste ».

Dans les années 80, Teshima est connue comme le pire exemple de décharge industrielle illégale au Japon. On l’appelle « Island of waste », l’île aux déchets. En 1975, une société de retraitement des rejets industriels s’installe sur la côte Ouest de l’île.  Très vite, les insulaires s’opposent à cette activité qui pollue. D’ailleurs, la Préfecture de Kagawa ne donne pas son aval. En 1978, la société qui prétend recycler seulement des substances non dangereuses, renouvelle sa demande d’autorisation auprès de l’administration. Qui finalement accepte. En réalité, des quantités astronomiques de poussières nocives et d’huiles usagées sont déversées dans la nature, brûlées en plein air au lieu d’être retraitées.  La police préfectorale enquête. La société, qui cesse son activité, laisse des collines de déchets toxiques derrière elle. Au début des années 90, une analyse y révèle la présence de cadmium, de plomb, d’arsenic, de mercure, de PCB, ou de dioxines. Une formule chimique très enrichie qui s’est invitée dans le sol et la nappe d’eau souterraine de cette partie de l’île. Aujourd’hui, Teshima raconte l’histoire de ce  Japon en plein boom économique, rapidement dépassé par la profusion de ses déchets, industriels et urbains, et qui ne sait qu’en faire. La tentation est grande de les stocker dans des îles dépeuplées, situées à proximité des sites de production. La côte de la Mer Intérieure, où se sont développées Osaka, Kobe, ou Hiroshima, est l’une des plus industrialisées de ce  Japon.  En 2000, l’affaire de Teshima était en cours de règlement. Un mur étanche devait protéger l’océan des eaux polluées produites par la décharge. Les 600.000 tonnes de déchets devaient être recyclées dans la composition de ciment, sur l’île de Naoshima, l’autre site couru de l’art contemporain dans la Mer Intérieure de Seto. (4) (5)

Coquillage de béton blanc.

Posé come une goutte d’eau à proximité des rizières en terrasses, le Teshima Art Museum indique un changement dans le paysage insulaire. Radical, mais en douceur. Le bâtiment, un coquillage de béton blanc inséré dans le sommet d’une colline verte, voisine avec la mer qui se montre en chemin.  Pour pénétrer dans la structure, assez grande, environ 40 mètres sur 60, il faut chausser de petits chaussons gris. Sur les points les plus élevés du bâtiment, deux ouvertures sur le paysage invitent l’air, la lumière, et les bruits extérieurs. Sur le sol de béton poli et traité, qui explique les petits chaussons, des gouttes d’eau perlent par de petits trous. Portées par la topographie du sol,  elles se mélangent pour former une tâche plus importante, qui coulera doucement pour s’échapper par un autre orifice, percé dans le béton. Cette fontaine perpétuelle rythme le temps qui passe. L’œuvre, qui résulte d’une collaboration entre l’artiste Rei Nato et l’architecte Ryue Nishizawa, fait écho à ce paysage insulaire, baigné par la mer et douché par les pluies. C’est pour profiter de cette expérience sensorielle inédite que les petits Japonais branchés débarquent sur l’île de Teshima.  (6)

 

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Un peu plus loin, de l’autre côté du petit port qui accueille le ferry de Shodoshima , un pavillon de bois assis sur une plage. Christian Boltanski y expose « Les archives du cœur », une compilation de battements de cœur enregistrés  en France, en Tasmanie, en Allemagne, en Corée, ou au Japon. Dans un laboratoire sonore, installé face à la mer, il faut mettre un casque pour écouter des cœurs qui battent encore, ou peut-être plus. Battements réguliers ou arythmies, étrange compilation.  Boltanski archive ici la petite musique intime d’une partie de l’humanité. Vous, si vous souhaitez l’enregistrement de votre rythme cardiaque. A côté, dans une pièce noire, une ampoule clignote au rythme assourdissant d’un cœur en mouvement. (7)

 

M.J

 

(1)Seto Inland Sea, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Seto_Inland_Sea

(2) Teshima Island, Japan-guide.com, http://www.japan-guide.com/e/e5440.html

(3)Inland Sea of Japan, factanddetails.com, http://factsanddetails.com/japan.php?itemid=963&catid=25&subcatid=171

(4)The Teshima Island Industrial case and its process towards  resolution, Hiroshi Takatsuki, 10-06-2002, Special Feature: Conference Report, Integrated Management for Hazardous Waste.    http://www.bvsde.paho.org/bvsacd/cd43/isla.pdf

(5) “Teshima Island waste dispute nears end”  , The Japan Times Online, 27-05-2000 http://www.japantimes.co.jp/text/nn20000527b6.html

(6) Teshima Art Museum, Benesse Art Site Naoshima, http://www.benesse-artsite.jp/en/teshima-artmuseum/index.html

(7)”Les archives du coueur”, Benesse Art Site Naoshima  http://www.benesse-artsite.jp/en/boltanski/index.html


Publié le 24 avril 2012 par marlene dans Art,Japon,Préjudice écologique
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Le Japon cherche une nouvelle façon de s’éclairer.

Bonjour,

Le Japon vient d’annoncer la fin de l’effort collectif destiné à consommer moins d’électricité, conséquence indirecte de la crise de Fukushima, et de l’arrêt de nombreux réacteurs nucléaires dans le pays.  Depuis le 1er juillet dernier, les Japonais du grand Tokyo, desservis par le réseau TEPCO (Tokyo Electric Power Co ),  et ceux de la région Nord -Est secouée par la catastrophe de mars dernier,  approvisionnés par Tohoku Electric Power Co, étaient invités à soulager le réseau. Décision du gouvernement. Citoyens et entreprises ont bousculé leurs habitudes de consommation pour éviter une pénurie pendant les heures de forte demande. Grand nombre d’entreprises ont démarré la journée avec une heure d’avance. L’industrie automobile a pris ses week-ends les jeudi et vendredi, préférant travailler en fin de semaine pour équilibrer les besoins. Une partie du transport ferroviaire a également réduit ses services. Un été plus frais que d’habitude, moins de climatisation, a contribué à freiner la consommation. Pendant que Tokyo mettait ses enseignes lumineuses en veilleuse. Cet été de contraintes aurait  permis d’économiser 15% d’électricité, par rapport à l’année précédente, pour la même période. C’est la première fois depuis presque quarante ans qu’un tel effort est demandé à des Japonais, gourmands en électricité. (1) Depuis le milieu des années 2000, la consommation par habitant y dépasse les 8000 Kilowatts, un besoin similaire à celui du voisin Sud-Coréen, mais bien inférieur à celui d’un Américain.

 

L’après-Fukushima pose la question énergétique à un pays qui en consomme beaucoup, qui n’a guère de ressources naturelles, et qui se demande comment réduire sa dépendance au nucléaire. Le projet de faire grimper la part du nucléaire à 50% dans la production d’électricité, au lieu des 30% actuels (2), proposition de l’ex-Premier Ministre, est rangée dans les cartons. Son successeur, Yoshihiko Noda, souhaite, lui, se détourner de l’atome qui fonctionne déjà au ralenti dans l’archipel. La mise hors service des réacteurs de Fukushima, l’arrêt de ceux exposés au risque séismique, et la fermeture pour maintenance de certains autres,  paralyseraient au moins la moitié du potentiel nucléaire japonais. Sinon plus.  Le charbon (28%) et le gaz naturel (27%), combustibles importés et peu compatibles avec les objectifs de réduction de gaz à effet de serre, sont deux autres sources majeures de courant. (2) L’électricité d’origine hydraulique, qui a connu une chute spectaculaire depuis un demi-siècle, compte seulement pour 8% de la production nationale. (2) Les énergies renouvelables sont pourtant présentées comme partie de la solution.  Selon un article de Reuters daté du 23 août dernier,  le gouvernement envisagerait de porter la production d’électricité d’origine solaire autour des 100.000 Mégawatts vers 2015, au lieu des 40.000 actuels. Ce qui reviendrait à multiplier par 6 le nombre de panneaux solaires vendus en 2010 sur le territoire japonais. (4) L’éolien, la biomasse, et la géothermie, sont également convoqués pour doper la part d’électricité d’origine renouvelable. Qui, sans l’hydro-électricité, peine à dépasser Les 2%. (2) (5)

 

Avec plus d’une centaine de volcans en activité, 10% de la ressource mondiale, le Japon est pourtant bien placé pour développer la géothermie. Aujourd’hui, dix huit  centrales témoignent d’une source d’énergie exploitée lors de la crise pétrolière des années 70, puis éclipsée par le nucléaire. La production est anecdotique, 0,3% de l’électricité nippone, pour un potentiel prétendu énorme, et délaissé pendant deux décennies. (6)(7) Interrogé sur la catastrophe de Fukushima par le magazine Terra Eco,  Lester Brown, à la tête du Earth Policy Institute, regrette: « Le Japon aurait pu choisir la géothermie plutôt que le nucléaire. »

 

M.J

 

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(1) « Japan ends limits on electricity usage », Mainichy daily news, 13-09-2011 http://mdn.mainichi.jp/mdnnews/news/20110909p2g00m0dm005000c.html

(2) Perspective Monde, Université de Sherbrooke, production d’électricité au Japon, approche détaillée. http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=JPN&codeTheme=6&codeStat=EG.ELC.PROD.KH

(3) Les réacteurs nucléaires au Japon, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_r%C3%A9acteurs_nucl%C3%A9aires_au_Japon

(4) « Japan renewable energy push clears key hurdle”,  Risa Maeda, Reuters, 23-08-2011, http://www.reuters.com/article/2011/08/23/us-japan-politics-energy-idUSTRE77M12R20110823

(5) Rapport trimestriel sur le secteur des énergies renouvelables
Ambassade du Canada au Japon, 17-06-2011  http://www.deleguescommerciaux.gc.ca/fra/document.jsp?did=121078

(6)”Deregulation eyed for geothermal power”, Keisuke Katori, Asahi Shimbun, 17-02-2010,  http://www.asahi.com/english/TKY201002160499.html

(7) Plan B 4.0: Mobilizing to Save Civilization, Lester R. BrownChapter 5. Stabilizing Climate: Shifting to Renewable Energy: Energy from the Earth » Earth Policy Institute http://www.earth-policy.org/books/pb4/PB4ch5_ss4


Publié le 19 septembre 2011 par marlene dans energies alternatives,Japon,Non classé,Nucléaire
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Fukushima et la fourmilière du nucléaire.

Bonjour,

Fukushima éclaire le sort de ces milliers de travailleurs de l’ombre, cette fourmilière exposée sans laquelle le nucléaire civil japonais serait en panne. Selon un article d’IPS (1), mis en ligne le 3 septembre dernier, l‘opinion japonaise découvre cette armée silencieuse de « sans droits », recrutés par des sous-traitants, et exploités par l’industrie nucléaire. On les appelle les « nomades du nucléaire », ou les « gitans du nucléaire, les « genpatsu jipushi » en japonais.  Recrutés au bas de l’échelle sociale japonaise, ils effectuent des tâches qui ne demandent pas de qualification. Et à la fin d’un contrat qui n’en porte que le nom, quelques mois quand tout va bien, quelques jours sur le terrain dangereux de Fukushima, ils sont invités à disparaître. On les ramasse le matin dans des endroits convenus, souvent des parcs publics, pour les acheminer sur des sites nucléaires. Ils échangent leur santé contre une poignée de yens, l’équivalent de 300 dollars par jour sur le site de Fukushima, une petite fortune pour ces oubliés de la société japonaise. L’industrie de l’atome paie mieux que le bâtiment.  Selon l’Agence de Sûreté Nucléaire Japonaise, sur les 80.000 employés sur les sites en exploitation de l’archipel, 80% sont des contractuels. A Fukushima, cette proportion grimpe à 90%, chiffres de 2010. Si la plupart des travailleurs ont été évacués de la centrale de Fukushima après l’accident nucléaire consécutif au tremblement de terre et au tsunami du 11 mars 2011, d’autres ont été rappelés pour des opérations de nettoyage, avec des salaires plus élevés. Fukushima et ses 87000 sans-abris ou déplacés en raison du risque nucléaire (2), révèle aussi à l’opinion japonaise cette petite humanité, longtemps réduite au silence.

 

 « Les conditions de travail sur le site étaient effrayantes, fatigantes, et dangereuses. Mais le pire était de travailler sans protection. Nous étions des petits lapins dociles pour des autorités peu scrupuleuses. » (1) Seizi Saito, un plombier de 71 ans, profite de ce tout nouveau droit à la parole devant une assemblée d’anti-nucléaires, travailleurs et activistes. Affecté à la maintenance du système de refroidissement, il a passé quinze ans à la centrale de Tsuruga, préfecture de Fukui, dans l’ouest de l’archipel. Il a aussi vaincu un cancer de la tyroïde. Devant une audience attentive, Seizi Saito plaide pour que les « gitans du nucléaire » bénéficient désormais d’une représentation syndicale. D’après IPS, l’évolution sur le site de Fukushima  – ou TEPCO, l’opérateur de la centrale, a besoin de main d’œuvre pour faire tomber la température des réacteurs et stabiliser le site – pourrait rendre l’opinion japonaise un peu plus sensible au sort de cette fourmilière de « sans droits », habituée à ne rien réclamer faute de corporation. En attendant, ces nomades de l’atome bénéficient d’un bassin d’emplois pérenne à Fukushima. Il faudra encore plusieurs décennies pour démenteler le site, et sans doute plusieurs autres pour le rendre à nouveau viable………….

 

M.J

 

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(1) (1) “Fukushima Blows Lid Off Exploited Labour”, Suvendrini Kakuchi, IPS, Tokyo, 03-09-2011 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=104978

(2) NHK, World. http://www3.nhk.or.jp/daily/english/11_12.html


Publié le 7 septembre 2011 par marlene dans Japon,Nucléaire
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Vivre dans le Sanriku.

Bonjour,

« Depuis des temps immémoriaux, (les) tsunamis ont été un cauchemar pour les habitants de la côte du Sanriku ».(1) Le 11 mars dernier, un séisme de magnitude 9, sans doute le plus important de l’histoire japonaise,  provoque un tsunami sur la  côte Nord-Est de l’archipel. Cette déferlante, meurtrière, surdimensionnée, une dizaine de mètres de haut, déborde les digues destinées à freiner sa violence. Le Nord-Est du Japon, et la région du Sanriku, sont exposés aux tsunamis. La ligne côtière, trouée de nombreuses baies, est une côte à rias ouverte aux vagues. Son avancée dans l’Océan Pacifique la rend sans doute plus vulnérable encore. Dans un article daté de 1966, six années après le tsunami du Chili, Toshio Noh évoque l’histoire meurtrière de cette côte malmenée par les vagues exceptionnelles. (1) En 896, sous l’ère Jôkan, un tsunami tue 1000 personnes. En 1611, celui de l’ère Keichô, noie environ 5000 personnes. En 1896, sous l’ère Meiji, la vague est plus désastreuse encore, avec plus de 23000 morts dans la préfecture d’Iwate, soit plus de 20% de la population de certaines localités. En 1933, nouvel assaut, qui fait plus de 4000 morts dans la région du Sanriku. En 1960, le tsunami qui traverse le Pacifique depuis le Chili fait un peu plus d’une centaine de morts, et détruit plus de 2400 habitations. Ces deux vagues, note l’auteur,  sont de nature différente. «La plus récente a été causée par un tremblement de terre avec un épicentre au large des côtes du Chili très loin du Sanriku, et l’autre résulte d’un tremblement de terre situé à 28 kilomètres au Nord-est de Kinkasan, dans la préfecture de  Miyagi. » (1) La vague de 1933 mesure 18 mètres, celle de 1960 s’élève de 5 à 6 mètres. Dans le Sanriku, de nombreux monuments rappellent ces tsunamis plus ou moins meurtriers. « (Ils) ont été érigés par nos ancêtres comme un mise en garde pour la postérité. » (1) Les générations se sont succédées, les récits se sont transmis, et ont nourri l’imaginaire collectif. Au fil de cette longue histoire de vagues destructrices, il a bien fallu trouver des parades. Faute de technologie, les Anciens vont au plus simple. Ils déplacent leurs habitations sur les hauteurs. Puis, pour protéger les villages côtiers, on érige des protections en terre. A d’autres endroits, on construit des plateformes qui surélèvent les constructions. Quelques îlots d’habitation sont protégés, mais difficile d’élever un village entier, ou un quartier urbain. Les dunes se couvrent de pins noirs du Japon, seule espèce adaptée au sable de bord de mer. Ces forêts côtières freinent, en principe, l’intensité des torrents provoqués par le tsunami. Après la catastrophe de 1933, la technologie autorise le déplacement de villes et de villages, élève les fondations des maisons, et invente de nouvelles règles d’urbanisme. La défense est faible. Après 1960, et le tsunami du Chili, le gouvernement central prend d’autres mesures pour adoucir l’impact des tsunamis. Les digues géantes, d’une dizaine de mètres de haut, se multiplient sur le littoral. Des brise-lames protègent l’accès des rias. Les rivières s’équipent de portes destinées à les défendre contre les inondations venues du large. Aujourd’hui, des barrières de tétrapodes, plantées à proximité des côtes, évoquent un combat, encore inégal, entre la mer et le béton.

Dans les années 60, Toshio Noh justifie l’implantation humaine dans la région du Sanriku: « …Le long de cette côte, il y avait des gens qui étaient très dépendants de la pêche pour vivre, et la nature de la côte à rias offrait des niches pour l’habitat et les terres cultivables. Quand la mémoire de la tragédie s’estompait, les habitants revenaient peu à peu vers la côte pour devenir les victimes du prochain tsunami. »(1) Dans un article de Libération du 19 et 20 mars dernier, Philippe Pelletier, géographe, spécialiste du Japon, puise dans la thèse de Yamagushi Yaichirô, pour répondre à cette question de l’attachement au territoire. Le Sanriku s’ouvre sur l’une des « zones halieutiques les plus riches du monde ». C’est aussi « le pays des ancêtres, il faut entretenir sanctuaires, temples et cimetières, donc y vivre. » (2)

M.J

Sur le site Silatitude, une carte des impacts du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars 2011. Ce site offre aussi des liens pour une information plus fouillée:

http://silatitudes.teledetection.fr/index.php/actualite/57-mapping-japan-earthquake-and-tsunami-damages


(1) »Sanriku Coast Prepared for Tsunami – A preliminary report on men’s defense against natural disaster », Toshio Noh, http://ir.library.tohoku.ac.jp/re/bitstream/10097/44873/1/AA0045945066165.pdf

(2) »Le Nord du Japon, terre de tsunamis », Philippe Pelletier, Chroniques Le Mag, Libération, 19/20-03-2010 http://www.liberation.fr/monde/01012326413-le-nord-du-japon-terre-de-tsunamis


Publié le 28 mars 2011 par marlene dans Actualité,Catastrophe naturelle.,Japon
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Pensée pour le Japon.

Bonjour,

Je pense au Japon, en proie aux conséquences d’un tremblement de terre, d’un tsunami, et d’accidents nucléaires. Un péril nucléaire qui semble encore plus sinistre au pays d’Hiroshima et de Nagazaki. Mais le sujet est porteur. La France découvre avec stupeur qu’elle ne peut vivre sans le nucléaire. Partout, en Europe, aux Etats-Unis, on en profite pour relancer le vieux débat sur l’énergie atomique. « Pour » ou « contre »,  l’exemple japonais nourrit l’opposition. Alors que la situation nucléaire évolue de minute en minute au Japon, avec des perspectives effrayantes pour les populations bloquées dans les périmètres à risque, je trouve qu’on aurait pu attendre quelques jours avant de relancer le débat. Question de décence. Nous en sommes aux arguments, ils sont plongés dans l’évènement.

M.J


Publié le 14 mars 2011 par marlene dans Actualité,Japon,Nucléaire
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Le Sakurajima, un voisin explosif.

Bonjour,

L’Islande, et les cendres qui brouillent l’espace aérien, nous rappellent que les volcans ne sont pas toujours des reliefs endormis. Au Japon, archipel volcanique assis sur la ceinture de feu du Pacifique , on en compte environ 200, dont une cinquantaine en activité, et une dizaine à risques. Zoom sur le Sakurajima, l’un des volcans les plus turbulents de l’archipel.

Un volcan bien réveillé.

Trois éruptions majeures accompagnent l’histoire du Sakurajima , un ilôt volcanique de 80 km² qui a commencé à se constituer il y a 13 000 ans, à quelques encablures de Kagoshima, et de l’île de Kyushu, 1471, 1779, et 1914. Celle de 1914 , la  plus démonstrative, la plus récente, et la plus connue, interrompt brutalement un siècle de sommeil. Le 12 janvier 1914, après plusieurs alertes, un énorme nuage de fumées, accompagné de détonations, s’élève à 18 kilomètres au dessus du volcan. A Kagoshima, de l’autre côté du détroit, un séisme associé tue une dizaine de personnes, et fait quelques centaines de blessés. Retour sur l’île-volcan où deux énormes coulées de lave, échappées de fissures ouvertes à Est et à Ouest, avalent les villages et les cultures, avant de plonger dans la mer. Cette lave qui s’écoule dans l’eau comble partiellement le détroit qui sépare le volcan de la ville de Kagoshima. Et depuis l’éruption de 1914, Sakurajima est reliée à l’île de Kyushu par un isthme, ce qui n’empêche pas de prendre un ferry pour aller à Kagoshima, vingt minutes de traversée. En 1914, sur la – désormais – presqu’île, les dégâts sont énormes, maisons enfouies sous les cendres, bâtiments écroulés, brûlés par les nuées ardentes, aux toitures crevées par les bombes de feu. Sur les 18 villages voisins du volcan, 7 ont disparu. Il n’y pas de victime parmi les habitants, évacués à temps. Le volcan est à peine calmé que la population commence à regagner Sakurajima,  pour y vivre à nouveau. Trois décennies plus tard, en 1946, le volcan récidive. Une coulée de lave s’échappe vers la mer, de fortes explosions accompagnent ce réveil. Et depuis 1955, les habitants de Sakurajima composent avec les très fréquentes manifestations du volcan, plus de 200 explosions par an, une moyenne qui peut grimper jusqu’à 400. Et faire le grand écart. En 2009, il y a eu 669 avertissements, contre 80 l’année précédente.

Anticipation, précaution, réaction.

Depuis 1960, les scientifiques prennent le pouls d’un volcan très suivi, peut-être l’un des mieux étudiés au monde. La plupart des explosions sont repérées 2 à 6 heures à l’avance. Les quasi-insulaires ont appris à vivre avec ce voisin turbulent qui passe son temps à couvrir de poussières le linge qui sèche – d’ailleurs rarement exposé -,  à lancer des projectiles sur les vitres des maisons, ou à viser les pare-brises des voitures. Les écoliers sont d’ailleurs équipés de casques, ils ont ordre de se replier sous leur pupitre en cas d’alerte. A Sakurajima, on cultive l’anticipation, la précaution, et la réaction. L’évacuation des habitants, minutée et orchestrée, est répétée chaque 12 janvier, référence à l’éruption de 1914. Trois ferries sont prêts à rejoindre Kagoshima. Quand 8 autres sillonneraient le détroit en sens inverse pour embarquer les habitants menacés par une activité plus sérieuse. Quatre heures, pas plus, pour déserter l’île. Des abris de béton armé protègent les habitants des fréquentes  projections – surprise. Sur les flancs du volcan, canaux de collecte, digues, et bassins doivent canaliser et freiner les coulées boueuses d’origine volcanique. Dans la baie de Kagoshima, tsunamis et séismes sont détectés En attendant, Karujima est une halte touristique. On s’y plonge les pieds dans des sources d’eaux chaudes, on y mange de minuscules mandarines, les komikans, pendant que de l’autre côté de l’île fertilisée par le volcan, des légumes géants épatent les visiteurs. Avant de reprendre le bateau, un détour par le musée du volcan s’impose. En lien, Kagoshima Live Camera, avec vue sur les agitations du volcan.

S’accommoder d’un voisin instable.

En octobre 2000, un nuage de fumées s’élève à 5000 mètres d’altitude, alerte, la ville de Kagoshima se couvre de cendres. En 2006, le volcan se réveille à nouveau, crachant une colonne de fumées qui s’élève à 2000 mètres. Quelques jours auparavant, la télé a annoncé la nouvelle, sans réussir à imposer un sujet de conversation. Pas de quoi affoler une population prête à déguerpir à tout moment. Combien sont-ils accrochés aux flancs du volcan ou établis en périphérie, environ 9000 habitants, peut-être plus ?  Ils habitent là. Sans doute pas assez  riches pour tout recommencer, ailleurs. Ou peut-être parce qu’ils aiment leur île. Dans un blog, une habitante de Sakurajima évoque son attachement à un volcan qui « donne de l’énergie » à ses habitants. (1) Sentiment partagé par la population de Kagoshima. Le volcan qui menace est aussi un protecteur: « Les gens de Kagoshima pensent que le Sakurajima les protège des gros tremblements de terre. Il entre en éruption et libère de l’énergie au dessous de nous, comme ça nous n’avons pas à nous soucier d’eux. » (1)

M.J

http://www.dailymotion.com/videox83qzi

Sources :

« Volcans du Monde », Maurice et Katia Kraft, L’Odyssée, Flammarion, novembre 1987, pp77-84.

« Des calamités et des hommes », Philippe Pelletier, in « Chine, Japon, Corée » Géographie Universelle, (sous la direction de Roger Brunet), Belin-Reclus, 1994 – pp263-265.

Saurajima, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Sakurajima

(1)   “My lovely Sakura-jima”, 23-06- 2006 http://mirai33.xanga.com/499168987/item/ La plupart des liens relatifs au volcan proviennent de ce blog.


Publié le 18 mai 2010 par marlene dans Japon,Volcans.
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Le Japon et ses chers thons.

Bonjour,

A Tsujiki, l’immense marché aux poissons de Tokyo, le thon rouge se taille une part de choix parmi les 480 produits de la mer, pêchés autour de l’archipel ou arrivés d’océans plus lointains. Chaque jour, environ 3000 thons,  sont exposés congelés dans une vaste salle réfrigérée, prêts pour une vente à la criée vivement menée. (1) Les Japonais adorent cette chair rouge clair, proposée en sushis et sashimis dans les restaurants de Tokyo et d’ailleurs, avec une préférence pour la partie ventrale, plus grasse. Dans le lot, il arrive que certains thons dépassent les 200 kilos. Si les thoniers japonais s’aventurent toujours plus loin des côtes pour traquer une espèce devenue rare depuis la fin des années 80, une grande partie des thons sont importés. L’archipel, et ses 127 millions de consommateurs, absorbent 80% des thonidés capturés en Atlantique et dans le Pacifique. Une aire d’importation qui puise dans le bassin méditerranéen, où l’espèce Atlantique vient de reproduire. (2) (3)

Quotas et pêche illégale.

Sur les rivages de l’Atlantique et de la Méditerranée, on dénonce l’engouement des Japonais pour le thon rouge, espèce menacée par une pêche excessive. Difficile de quantifier le problème. La CITES – la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction – évoque un appauvrissement des stocks de 80% depuis le  XIX° siècle. Avec une accélération probable à l’ère de la pêche industrielle. (4)  D’ailleurs, une autre source estime que 80% de l’espèce a disparu pendant la décennie 1990-2010. (3) Selon le WWF, les réserves de Méditerranée ont chuté de moitié depuis les années 70. (4) Les fermes d’engraissage de thons, en Croatie, en Espagne, ou à Malte, qui alimentent le commerce, brouillent encore les statistiques. Quelle que soit l’ampleur du déclin, le  «thon rouge » mobilise gouvernements, organisations professionnelles, et ONG qui ne sont pas toujours d’accord sur l’état des stocks, et sur les mesures à mettre en place pour donner une chance à l’espèce. Fin 2006, l’ICCAT – La Commission internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique – décide de réduire les autorisations de  pêche en Atlantique et en Méditerranée. Ils passent de 29 500 tonnes en 2007, à 28 500 en 2008, et à 22 000 en 2009. En 2010, l’autorisation tombe à 13 500 tonnes, contre 32 000 tonnes en 2006. (3) En 2008, le WWF s’étonne de l’importance de la flotte qui sillonne encore la Méditerranée pour traquer les bancs de thons. Quand 229 thoniers suffiraient pour respecter les quotas, l’ONG en dénombre 617, presque trois fois plus. Ce rapport estime que les pays méditerranéens pêcheraient deux fois plus que les prises autorisées. (4) Dans le « thon rouge », il y a l’intérêt des armateurs. Il y a aussi celui des travailleurs de la mer. En Turquie, à Malte, en Italie, ou en Espagne, la pêche au thon rouge, et les activités associées, font vivre des milliers de personnes.

Sushis et intérêts.

Pour arrêter la pêche et ses effets secondaires sur une espèce vulnérable, les décideurs ont peut-être trouvé une solution. L’idée vient de Monaco, elle est soutenue par la France. Il s’agirait d’inscrire le thon rouge sur l’annexe 1 de la CITES, qui liste les espèces menacées par la Convention de Washington, pour en suspendre le négoce. Sans interdire les prises destinées à la consommation locale. L’idée est de stopper un commerce international qui fait flamber les prix, moteur de la surpêche. Réponse en mars prochain à Doha, au Qatar, où les membres de la Convention de Washington doivent examiner cette proposition. Pendant ce temps, à Tsujiki, quelques thons de deux cents kilos et plus ont explosé les records. Début janvier, une pièce s’est vendue 16,3 millions de yens, plus de 130.000 Euros.(5) De quoi doper le prix du sushi et stimuler les intérêts japonais.

M.J

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Pour fouiller un dossier, assez compliqué, un document de l’Ifremer : «  Zoom sur “le thon rouge, une espèce sur-exploitée ; » 21 aoùt 2006.

http://www.ifremer.fr/com/dossier-presse/21-08-06-zoom-thonrouge.pdf

(1) Japan Travelogue   Tsukiji Market, NIPPONIA No. 47 December 15, 2008 http://web-japan.org/nipponia/nipponia47/en/travel/travel01.html

(2) « Thon rouge: la Convention européenne favorable à une interdiction du commerce international. » Associated Press, 06-02-2010. http://www.google.com/hostednews/canadianpress/article/ALeqM5i9_vHtka6nQlC026mWkIOjjHLkmg

(3) « Thon rouge »,  Wikipedia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Thon_rouge

(4) “Thon rouge: une nouvelle etude du WWF éclaire sur les raisons du développement de la pêche illégale », WWF, 14 mars 2008.

(5)  « Le Marché de Tsujiki prêt à tout pour ses thons. », Michel Temman, Libération, 05-02-2010 http://www.liberation.fr/terre/0101617568-le-marche-de-tsukiji-pret-a-tout-pour-ses-thons


Publié le 11 février 2010 par marlene dans Actualité,Japon,Pêche.

Japon: des barrages qui engloutissent l’argent du contribuable.

Bonjour,

“Les barrages sans eau du Japon absorbent l’argent des impôts”, titrait le Yomiuri Shimbun, un quotidien japonais, dans son édition anglaise du 5 janvier dernier. Deux journalistes, Mikoto Hata and Hitoshi Yoshida commencent leur enquête dans l’île d’ Hokkaido,  à proximité d’une ville nommée Furuno, où s’érige le barrage de Togo, un ouvrage de 48 mètres de haut qui perd ses eaux.  La retenue de Togo, conçue en 1973 pour irriguer les champs et les cultures alentour, entre en service vingt ans plus tard. Elle peut stocker 4,3 millions de m3 d’eau, et  coûte près de 38 milliards de yens, environ 280 millions d’euros, argent du contribuable. (1) Très vite, il apparaît que le barrage fuit. L’eau semble s’échapper par le substrat volcanique qui supporte l’édifice. Les paysans, qui voient leurs impôts s’infiltrer dans la roche pendant que leurs cultures attendent une eau dont ils ont déjà payé l’accès, sont furieux. Pour réparer l’ouvrage, il faudrait 12 milliards de yens supplémentaires, environ 95 millions d’euros, sans compter les 300 millions de yens, un peu plus de deux millions d’euros, engloutis dans l’année pour l’entretien et la maintenance d’une infrastructure qui plombe le paysage. « Le barrage a l’allure d’un immense éléphant blanc qui frustre les riverains et leur vide les poches » rapportent les journalistes, avant de poursuivre une  enquête qui décline  les exemples.

Des barrages à profusion.

Dans les années 50, les barrages commencent à se multiplier sur le réseau hydrographique du Japon. Les ouvrages d’après-guerre, programmés pour protéger les métropoles des inondations, ont d’autres fonctions. D’où leur nom, « barrages à fins multiples ». Ils doivent réguler les fleuves, retenir l’eau destinée aux cultures, approvisionner les villes et les industries,  produire de l’électricité. (2) L’archipel compterait plus de 3000 barrages, dont certains encore en travaux. (3) A en croire le Lonely Planet, la Shimanto-gawa, sur l’île de Shikoku, serait le dernier cours d’eau du Japon à s’écouler librement.  Si l’aménagement des fleuves accompagne l’histoire japonaise, la profusion d’ouvrages hydrauliques, aux conséquences environnementales et humaines imprimées dans le paysage, vallées submergées, détournement des eaux, privatisation de la distribution, ou déstabilisation de l’organisation agraire, a fabriqué une solide opposition. Exemple à Yamba, un ouvrage programmé sur la rivière Agatsuma, au Nord-Est de la plaine du Kanto , l’une des réalisations les plus ambitieuses de ces dernières années.

Yamba, le mégaprojet.

Proposé dans les années  50, prévu pour 2015, le barrage de Yamba, à usage multiples, doit notamment approvisionner en eau potable la ville de Tokyo et six préfectures voisines. Le projet, qui doit noyer 316 hectares, déplacer plus de 400 foyers, perturber le quotidien d’un millier de japonais, engloutir la vieille cité thermale de Kawarayu Onsen, héritage historique et site touristique, provoque la colère des riverains.  On lui reproche encore une assise géologique douteuse, la proximité d’un volcan actif, et l’arrivée, via la rivière Agatsuma, d’éléments acides ennemis du béton, en provenance de sources chaudes situées en aval. On lui reproche surtout son coût, 322 milliards de yens, plus de 2 milliards d’euros. Beaucoup d’argent public pour alimenter en eau potable des citadins qui n’en manquent pas forcément. (4) Les législatives d’aoùt 2009, qui ont porté Yukio Hatoyama au poste de Premier Ministre, ont permis de ranger dans les cartons ce projet présenté comme « le plus lourd fardeau des contribuables de l’histoire des barrages du Japon ». (5)

L’eau à la source.

Dès l’automne dernier, le Parti démocrate – centre gauche – de Yukio Hatoyama promet d’en finir avec la politique de grands travaux emmenée par un Parti libéral-démocrate – conservateur -, accroché au pouvoir depuis 1955, et soucieux d’une partie de son électorat. Yukio Hatoyama, qui dénonce un gaspillage, annule la construction de dizaines de barrages. Il préfère financer des programmes sociaux. A une autre échelle, Shigeru Kobayashi, historien de la lutte anti-barrage qui a opposé les communautés rurales aux élus japonais, parle lui aussi d’économies: « Le coût de l’eau dépend avant tout du coût du barrage. A Ogawa on boit de l’eau d’ici… On a creusé un puit à côté de la rivière. C’est cette eau qui est bue. Pas besoin de barrage pour çà. Cette eau, de plus, est beaucoup moins chère... »

M.J

(1) Conversions approximatives, destinées à imager la facture du contribuable japonais.

(2) D’après « Atlas du Japon », « Une société face à la post-modernité », Philippe Pelletier, Editions Autrement, Collection Atlas/Monde, 2008, pp22-23
(3)Association of Concerned  Citizens of Yamba Dam Project. http://www.yamba-net.org/eng/

(4) « Japan Election Results: Yamba Dam Project Suspended »by greenz.jp, Tokyo, Japan, 09. 1.09 http://www.treehugger.com/files/2009/09/japan-election-results.php

(5) Yamba, le plus lourd fardeau des contribuables de l’histoire des barrages du Japon », Christian Pose, http://linked222.free.fr/cp/links/japan/yamba.html


Publié le 13 janvier 2010 par marlene dans Barrages,Japon
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Le Japon se rapproche de Kyoto.

Bonjour,

Le Japon annonce une réduction de 25% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020, par rapport à leur niveau de 1990. Yukio Hatoyama, le futur Premier Ministre étiqueté Parti Démocrate du Japon (PDJ), une formation de centre-gauche sortie victorieuse des législatives du 30 août dernier, souhaite que le Japon contribue à l’effort international engagé contre le changement climatique. Taro Aso, son prédécesseur conservateur, inspiré par le lobby industriel, proposait moins 8% d’ici à 2020. La seconde économie mondiale, cinquième grand pollueur planétaire après la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, et la Russie, et mauvais joueur dans les grandes conférences internationales sur le climat, rejoint le clan des pays industrialisés concernés par le réchauffement. C’est plutôt une bonne nouvelle dans la perspective de Copenhague en décembre prochain, une conférence sur le climat qui va décider de l’après-Kyoto, et de l’après 2012. (1)

Une société qui évolue.

Au Japon, la société civile n’a pas attendu le changement de cap impulsé par le nouveau chef du gouvernement pour se soucier de climat, et d’environnement. Dans un article paru dans le Japan Times, Junko Edahiro, « Madame Environnement » du Japon, traductrice du livre d’Al Gore, « Une vérité qui dérange », témoigne de cette société qui évolue.(2) Elle dirige Japan for Sustainability (JFS), une ONG créée en 2002 qui collecte, d’Hokkaido à Okinawa, les initiatives économes en carbone. Le site de JFS abonde en exemples. A Nagoya, les employés de la ville sont invités à se déplacer à vélo, avec prime de déplacement pour ceux qui acceptent un parcours sportif, rien pour les autres. Résultat, depuis 2003, l’usage de la bicyclette a progressé de 50%, quand celui de la voiture baissait de 25%. A Tokyo, une société de parking a lancé un système de co-voiturage dans le centre-ville. La Tokyo Gas and Co, une compagnie de gaz, expérimente un système solaire sur l’un de ses édifices situé à Kumagaya. Cette installation, qui optimise le chauffage et la climatisation du bâtiment, sert aussi à chauffer l’eau. En attendant une prochaine commercialisation. Le site de JFS rapporte encore la mise à disposition d’une technologie améliorée, « PV Roadmap Toward 2030+, » afin de développer le photovoltaïque au Japon à horizon 2050. Junko Edahiro témoigne encore de l’effort des banques, taux d’intérêts moins élevés, épargne mieux rétribuée, pour aider les industries locales et les communautés à limiter leurs rejets de CO². D’autres récompensent une réduction de la quantité d’ordures ménagères produite par la communauté. Sur le plan national, en 2005, le gouvernement a lancé l’initiative « Cool Biz ». Cette campagne incitait les businessmen à laisser leur cravate et leur veste dans l’armoire, pour soulager la climatisation du bureau. Une étude rapporte que près de moitié des businessmen sont allés travailler, habillés « plus léger ». (3) Plus récemment, une autre campagne incite les consommateurs à acheter de l’electro-ménager moins gourmand en énergie. Ce choix est récompensé par des « éco-points », en principe convertibles en yens.(4) Sans parler des voiture hybrides qui « font un carton » au Japon.

Développement et climat.

Pour Junko Edahiro, le problème du Japon n’est pas la « conscience environnementale ». Une enquête révèle que 96% de la population se préoccupe du réchauffement et du changement de climat. Junko Edahiro attribue ce niveau de conscience, record, à l’homogénéité de la société japonaise. Mais peu importe les statistiques, « Madame Environnement » sait qu’il reste à convertir cette « conscience écologique » en action d’envergure. Les multiples initiatives en faveur de l’environnement ne contrebalancent pas une dynamique économique, basée sur la croissance. Le lobby industriel, qui a longtemps freiné des engagements contraignants, s’inquiète des annonces du futur Premier Ministre.(5) En 2007, le WWF estime que les émissions du Japon auraient augmenté de 8% entre 1990 et 2005.(6) Quand le Protocole de Kyoto engageait le pays à les réduire de 6% à l’horizon 2012. (1) Une petite contradiction qui n’empêche pas le Japon de conditionner son aide aux pays en développement à la lutte contre le changement climatique, en Afrique, en Asie, ou dans le Pacifique. Son plan « Cool Earth Partnership », lancé en 2008, incite les pays pauvres à concilier développement économique et réchauffement climatique. Il est question de « déforestation », de « développement propre », de « transfert de technologie », et « d’aide à l’adaptation à l’impact du changement climatique ». A l’annonce de ce plan, un réseau d’ONG africaines avait commenté : « l’Afrique continuera de souffrir tant que et autant que le Japon continuera de causer le réchauffement mondial ».(7)

M.J

En Juillet 2008, le G8 se réunit à Hokkaido, au Japon. A Sapporo, des militants déguisés en dirigeants, lancent des tonnes de CO² dans les airs….

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(1) “Japan sets ‘weak’ climate target “, Richard Black , Environment correspondent, BBC News, Tokyo, http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/8092866.stm

(2) “Asia‘s first lady of the environment”, Stephen Hesse, Japan Times, 26-11-2008.

http://search.japantimes.co.jp /cgi-bin/fe20081126sh.html

(3) “Workers eagerly embrace ‘Cool Biz’”, Japan Times online, 19-08-2005

http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/nb20050819a6.html

(4) “Eco-points stimulus plan kicks off”, Kyodo News, 16-05-2009. http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/nb20090516a2.html

(5) Japan sets ‘weak’ climate target “Richard Black Environment correspondent, BBC News, Tokyo, http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/8092866.stm

(6) « Les pays du G8 épinglés sur leur politique de lutte contre le réchauffement climatique. », Le Monde/AFP, 05-06-2007.

(7) « Le Japon confirme son aide aux pays africains », Noel Kokou Tadégnon, IPS, 28-08-08
http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5021


Publié le 15 septembre 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Japon
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Des satellites pour tracer le CO².

Bonjour,

Le Japon lance un satellite pour en savoir un peu plus sur le comportement des gaz à effet de serre (GES), responsables du réchauffement climatique. Une fusée est partie vendredi de Tanegashima, dans le sud du pays, avec pour mission la mise en orbite de GOSAT, diminutif de Global Greenhouse Observation by Satellite. GOSAT, qui répond aussi au nom japonais d’IBUKI - « souffle » -, survolera la terre à une distance de 666 km. Ce gros satellite doit cartographier la répartition et l’abondance des GES dans l’atmosphère, avec un intérêt particulier pour le CO² et le méthane. Cette mission de cinq ans va aider les chercheurs à mieux comprendre les mécanismes du réchauffement climatique. Elle va encore faire progresser la climatologie. Elle devrait surtout « contribuer à l’effort international de prévention du réchauffement climatique ». Sous-entendu inspirer les conférences et les traités internationaux sur le climat, de type Kyoto. C’est l’un des souhaits de la JAXA, l’agence spatiale japonaise.(1)

GOSAT, qui doit identifier et contrôler les sources de CO² pour documenter les traités internationaux, a aussi pour mission de retrouver le « carbone manquant ». Environ 50% du carbone émis dans l’atmosphère y reste. Une grosse partie du reste est absorbée par les forêts et les océans, qui fonctionnent comme des « puits ». Pour les scientifiques, qui continuent d’estimer le rôle des forêts et des océans, les comptes ne sont pas bons. La destination finale d’une partie de carbone n’est pas connue. GOSAT devra donc aussi tenter d’éclaircir cette affaire du « puits manquant » qui intrigue les chercheurs. (1) La NASA, l’agence spatiale américaine, qui devrait lancer fin janvier le satellite OCO (Orbiting Carbon Observatory ), a plus ou moins les mêmes objectifs. Mesurer le CO² présent dans l’atmosphère, repérer ses sources d’émission et d’absorption pour comprendre comment les phénomènes naturels et les activités humaines régulent l’abondance et la répartition du CO². Cette mission devrait aider à résoudre l’énigme du carbone manquant. (2)

Retour sur terre, et aux Etats-Unis, où le parti d’Al Gore s’installe au pouvoir. Il est encore question de CO². D’après un récent sondage conduit par Rasmussen Reports - un institut qui interroge l’électorat américain -, 44% des votants pensent que le réchauffement climatique est lié à un cycle planétaire. En face, 41% - surtout des démocrates - attribuent le dérèglement climatique aux activités humaines. En avril 2008, 47% des personnes interrogées dénonçaient les activités humaines. Contre 34%, qui y voyaient les effets d’un cycle naturel. Reste à demander au satellite OCO de photographier le parc automobile américain, et de quantifier ses rejets de CO². Ou à développer le service presse de la NASA.

M.J

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La séparation d’IBUKI

(1) BBC News/ climate satellite set for launch

http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/7839772.stm

(2) http://oco.jpl.nasa.gov/ / http://www.flashespace.com/html/oct08/11a_10_08.htm

(3) http://www.rasmussenreports.com/public_content/politics/issues2/articles/44_say_global_warming_due_to_planetary_trends_not_people


Publié le 25 janvier 2009 par marlene dans Climat,Japon,USA
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