Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Le mystérieux voyage des Aborigènes.

Bonjour,

Entre l’arrivée des Aborigènes, il y a au moins 40.000 ans, et celle des Européens, à la fin du XIX° siècle, l’Australie a sans doute connu d’autres visites. Une étude menée par une équipe d’anthropologues de l’Université de Leipzig, en Allemagne, vient bousculer l’idée d’une île-continent, solitaire et ignorée depuis son peuplement initial. (1) Irina Pugach et ses collègues ont mis en évidence la présence d’un gène substantiel reliant des populations indiennes et australiennes, dont l’origine remonterait à 4000 ans. Au cours de l’Holocène, ou plus précisément, vers 4230, un gène aurait voyagé entre le sous-continent indien et le continent austral. Cette migration se serait accompagnée d’un changement de nourriture et de technologie. C’est à cette période que seraient apparues des flèches en pierre. C’est aussi à cette période que seraient arrivés les dingos , désormais inscrits dans la mémoire fossile du territoire. Les auteurs, qui soulignent la concomitance entre l’afflux de gènes en provenance d’Inde et l’évolution qui s’opère en Australie, formulent  l’hypothèse d’une relation entre ce moment migratoire et l’évolution en cours. Plus près des origines du peuplement, les anthropologues ont  mis en évidence une origine commune entre les populations d’Australie, de Nouvelle Guinée, et les Mamanwa, une population noire des Philippines. Groupes qui se seraient séparés il y a environ 35.000 ans. Cette hypothèse suggère une migration ancienne par une route Sud, en provenance du continent africain. Alors que les autres populations seraient arrivées plus tardivement, lors d’une migration dispersée. Cette analyse révèlerait encore que populations d’Australie et de Nouvelle Guinée se seraient quittées assez tôt dans l’histoire de Sahul. Et non pas, comme le suppose une autre hypothèse, il y a 8000 ans, quand l’élévation du niveau de la mer isole définitivement Australie et Nouvelle Guinée. Le Sahul, territoire qui unit Tasmanie, Australie, et Nouvelle Guinée, aurait été la porte du  peuplement originel aborigène. (1)

 

Entre Sahul et Sunda     

L’Australie, qui connait un peuplement continu depuis plus de 40 000 ans, serait l’un des premiers berceaux de l’humanité. Antériorité partagée avec l’Afrique. Puis, les hypothèses se croisent. Avant les années 1950, on suppose que les Aborigènes arrivent seulement il y a 10.000 ans. Quelques années plus tard, le carbone 14 aide les scientifiques à remonter le curseur de l’histoire jusqu’à au moins 40.000 ans. Les côtes du territoire australien sont alors accessibles, et le carbone 14 ne peut guère en dire plus. Mais l’hypothèse d’une colonisation vieille d’au moins au moins 40.000 ans, datation flexible, est retenue. (2) Concernant la genèse du peuplement, deux théories s’opposent dès la fin du XIX° siècle. La première propose multiples origines au peuple aborigène. La seconde retient une population souche, avant essaimage. Dans les années 60, l’anthropologie énonce une triple origine, c’est la théorie du  « Trihybride ». Balayée plus tard par d’autres études. La linguistique, qui établit une parenté entre l’extraordinaire diversité des langues et langages aborigènes, renforce l’idée d’une population « souche ». Michel Charleux, ethnologue de la Préhistoire qui écrit sur l’origine du peuplement aborigène dans l’ouvrage « Australie Noire »  – éditions Autrement 1989 -, déplace – avec d’autres chercheurs – le berceau aborigène en Asie du Sud- Est.(3) Si la mer reste un obstacle qui sépare le Sahul – Tasmanie, Australie, Nouvelle Guinée  - du Sunda - le  Sud-Est asiatique dont seraient originaires les Aborigènes – l’aventure n’apparaît  pas impossible. Ils ont pu, grâce à des embarcations, franchir cette distance finalement pas si longue. Michel Charleux, qui s’appuie sur les travaux antérieurs, retient l’hypothèse d’un peuplement remontant à environ 55.000 ans, alors que les eaux sont basses. Pendant 10.000 ans, ce noyau initial de cueilleurs-chasseurs, doucement gonflé par la démographie, en quête de nouveaux territoires et de plus gros gibiers, qui développe technologies et connaissance des milieux, essaime sur le territoire australien. La terre est immense, le peuplement diffus, mais la colonisation progresse. Les fouilles montrent qu’il y a 20.000 ans, les Aborigènes pratiquent l’ensemble du territoire australien. Cet article, qui rappelle la difficulté du terrain et des recherches, balaie les hypothèses d’un  peuplement initial à partir de la Mélanésie et de la Polynésie, « colonisées tardivement ». (3) Mais il annonce clairement : « Une origine africaine est inconcevable, reste l’hypothèse d’un peuplement asiatique. » (3)

 

Doutes.

Des chercheurs australiens commentent les résultats obtenus par l’équipe de Leipzig dans Australian Geographic. Jeremy Austin, Professeur associé à l’Université d’Adelaïde, salue l’idée de relations commerciales et migratoires anciennes entre l’Australie et l’Asie, hypothèse antérieure avalisée par l’étude. Plus critique, il remet en cause l’origine des Dingos, originaires selon lui, du Sud Est asiatique insulaire. Et non de l’Inde. La relation entre une migration indienne génétiquement prouvée, l’arrivée de nouvelles technologies, et l’apparition des dingos, reste cependant à fouiller. Joe Dortch, enseignant à l’Université de Perth  -Western Australia -, s’interroge, lui, sur la nature des relations entre Indiens et Australiens, mouvement migratoire ou contact occasionnel ? Il doute : « Il n’est pas possible de dire comment la relation avec l’Inde a surgi. » L’article pointe un autre point sensible: un échantillonnage génétique sur un vaste espace du Territoire Nord, peut-être pas représentatif d’autres populations aborigènes. (5). L’origine des Aborigènes d’Australie, noyau initial enrichi d’autres populations, reste une énigme plus ou moins résolue…

 

 

M.J

 

 

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(1) Publication originale:

Irina Pugach, Frederick Delfin, Ellen Gunnarsdóttir, Manfred Kayser, Mark Stoneking

Genome-wide data substantiates Holocene gene flow from India to Australia

PNAS, Online Early Edition, January 2013

Résumé: http://www.mpg.de/6818105/Holocene-gene-flow_India-Australia

(2) Wikipedia Australian Archeology, http://en.wikipedia.org/wiki/Australian_archaeology Préhistory of Australia Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Prehistory_of_Australia

(3) » Australie noire »,   Les Aborigènes, un peuple d’intellectuels, Sylvie Girardet, Claire Merleau Ponty, Anne Tardy (Dir), Monde, Mars 1989 « 40 000 ans déjà », Michel Charleux, p70 à 73.

(4)Northern Australian aboriginals may have had contact with Indian migrants 4000 years ago, says study.”, Alice McRae with AAP, 15-01-2013. http://www.australiangeographic.com.au/journal/aboriginal-genetic-study-suggests-indian-migration.htm


Publié le 22 janvier 2013 par marlene dans Afrique,Asie du Sud-Est.,Australie aborigène.,Inde,Migrations.
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Climat, migrations, et circulation.

 

Bonjour,

Climat, paupérisation, pression démographique.

Le changement de climat, et ses multiples manifestations, ne provoquera pas de déferlante migratoire, des millions de déracinés prêts à traverser les frontières pour s’établir dans un autre pays, en quête d’une existence plus décente. Les fameux « réfugiés climatiques ». Le Worldwatch Institute, qui interroge les dernières recherches sur les migrations liées aux dérèglements environnementaux, en cours et à venir, nuance le fantasme d’une marée humaine jetée sur les routes du monde. (1) Les prédictions les plus alarmistes parlaient d’un milliard de réfugiés en 2050 . Nuance encore soulignée par une étude conduite pour le compte des Nations Unies, livrée en juin 2009. (2) Si la recherche adoucit ses prévisions, c’est qu’elle renonce à une causalité implicite entre changement de climat et migrations. Les sécheresses, les canicules, les ouragans, et  les inondations provoqueront des départs,  mais le climat  ne sera pas le seul facteur expulsif.  La tendance est déjà observée. Dans la plupart des cas, un changement d’environnement  progressif  devrait s’articuler à un contexte déjà difficile, une paupérisation des populations, une impossibilité de gagner sa vie sur place,  une  pression démographique – trop de monde pour les ressources disponibles -, pour favoriser l’émigration. Si tout le monde reconnait la difficulté du sujet, la relation  entre climat et migrations, tous s’accordent sur une tendance majeure. Le changement de climat, associé à un contexte socio-économique expulsif, devrait accentuer la mobilité. Les migrations, de courte durée, se pratiqueront dans un espace régional, souvent à l’intérieur des frontières nationales. Avec une tendance forte au retour.

Mouvements temporaires.

L’étude menée pour les agences des Nations Unies, qui multiplie les exemples, examine la question des migrations liées à un contexte de sécheresse, de désertification et de dégradation des terres cultivables. Une relation plus complexe que prévue. En Afrique, la littérature associe souvent la dégradation du milieu environnant  à l’émigration. Une recherche menée au Mali à la fin des années 90 montre que 80% des chefs de famille ont, au moins, un parent émigré. Cette mobilité,  liée à des opportunités économiques et au besoin de diversifier ses sources de revenus, n’est  pas une réponse directe à la désertification et à la dégradation des terres. Dans la même région, lors des sécheresses des années 1983-1985, les tendances migratoires révèlent une augmentation des  mouvements temporaires, pratiqués sur des distances courtes. Pendant que les migrations internationales, de longue durée, diminuent. Des études plus récentes révèlent qu’au Burkina-Faso, le manque de pluies favorise les migrations temporaires, de campagne à campagne. La migration vers les villes, ou  vers un autre pays, démarche plus onéreuse qui concerne une minorité éduquée, disposant d’un réseau social et d’un accès aux transports, est une tendance qui signale un meilleur contexte climatique et économique. Il faut de l’argent pour partir plus loin. Au Népal, la dégradation des terres et des conditions environnementales enclenche une mobilité locale, majoritaire. Même si une minorité, plus éduquée, se risque vers les villes. Le changement climatique affectera sans doute, de façon plus sévère, des communautés marginalisées, là où les autorités locales auront du mal à gérer la compétition pour la ressource.  Mais celles-là sont de toute façon moins mobiles.  A l’opposé de ceux-là, les populations pastorales qui depuis longtemps développent des stratégies d’adaptation aux brusques changements de conditions d’existence .(2) Mais au Mali et au Burkina-Faso, le mauvais état des pâturages, la pression sur les ressources fourragères, et l’émergence de poches de sécheresses, contrarient une stratégie de groupe, basée sur la mobilité et  la transhumance saisonnière. (3)

Rester ou revenir.

La relation entre accidents extrêmes, ouragans, inondations, surtout quand elles s’accompagnent de glissements de terrain, est plus violente. Et plus immédiate. La plupart des gens abandonnent leur maison et leur village pour s’installer ailleurs. Ces déplacés, souvent très vulnérables, rentrent chez eux le plus vite possible pour reconstruire leur maison, et tenter de se glisser à nouveau dans leur vie d’avant. Après le Tsunami de 2004, peu d’Indiens touchés par la violence de la vague quittent la région. La mobilisation rapide de l’aide internationale,  celle de la diaspora, expliquent sans doute cette migration contenue. Toujours en 2004, après  la tornade qui balaie le Bengladesh , peu de gens émigrent. L’aide est rapide, efficace. Et l’évènement jugé trop exceptionnel par les habitants pour se reproduire. Après le tremblement de terre de Kobe en 1995, 300.000 personnes  sont déplacées. Six mois plus tard, « seuls » 50.000 ne sont pas rentrés. Le manque d’assistance et un contexte socio-économique pré -existant peuvent aussi expliquer les départs. Après l’Ouragan Katrina qui dévaste les côtes de la Nouvelle Orléans en 2005, les communautés pauvres, les plus exposées et les plus affectées par la catastrophe, sans assurance pour rebondir, quittent définitivement la Nouvelle Orléans. Les plus riches,  mieux protégés, restent en ville. Tendance au retour encore nuancée par les  Philippines, où plusieurs années après l’éruption du Mont Pinatubo en 1991, les gens vivent  toujours dans des camps provisoires. Il faut dire que l’explosion, particulièrement violente, laisse un demi-million de sans abri. Concernant les personnes touchées par une élévation du niveau marin, elles seront sans doute moins nombreuses à partir que les 600 millions véritablement exposés à une mer plus haute. Ironiquement, les zones les plus sensibles, les villes côtières, sont aussi des espaces d’accueil pour de nombreuses populations immigrées. (2)

Petits migrants, grande échelle.

Réponse à une lente dégradation des terres, à une sécheresse que l’on voit s’installer, à un processus de désertification, et à la pauvreté, une diversification des revenus portée par une mobilité circulatoire. La migration-circulation, mobilité temporaire effectuée sur une courte ou moyenne distance, devrait notamment dominer dans les régions caractérisées par une agriculture pluviale. Ces chefs de famille qui migrent vers les centres urbains ou vers d’autres zones d’activités, là où il existe un marché de l’emploi, travaillent quelques mois dans l’industrie ou la construction. Ils envoient régulièrement de l’argent à la maison.  D’autres travailleurs émigrent vers des régions agricoles, soumises à un calendrier des récoltes décalé.  En Chine, une étude du Ministère de l’Agriculture menée en 2004 estime que les revenus non agricoles, et les transferts d’argent en provenance des migrants, sont en train de dépasser la part des revenus de l’agriculture dans le budget des ménages. En Inde, ces versements extérieurs comptent déjà pour le tiers des revenus annuels des ménages les plus pauvres et des sans- terre. En Afrique, les revenus non agricoles représentent 30 à 50% du budget des familles rurales. Proportion qui grimpe à 80-90% pour l’Afrique du Sud. Au Bengladesh, à la fin des années 80, les gains du commerce, des services, et les transferts d’argent commencent à remplacer un revenu agricole, en baisse. Ces mouvements temporaires, circulatoires ou saisonniers, souvent oubliés des statistiques, fonctionnent déjà à grande échelle. Au début des années 90 en Thaïlande, le tiers des migrations temporaires est aspiré par Bangkok et sa région au cours de la saison sèche, quand la main d’œuvre rurale est moins précieuse. En Inde, chaque année, 20 millions de personnes émigreraient de façon temporaire, des régions sèches vers les régions irriguées, plus gourmandes en main d’œuvre. La mécanisation de l’agriculture et le développement du BTP  favorisent la mobilité vers les centres urbains. Dans l’Etat du Bihar , cette migration temporaire vers les villes est passée de 3%, au début des années 80 à 24% en 2000.(2)

Retour.

Une migration-circulation plutôt qu’une émigration internationale, et définitive. Car il existe aussi une forte aspiration au retour. Au Burkina-Faso, les migrants temporaires, ceux qui passent les frontières nationales, ceux qui émigrent en ville, et ceux partis travailler dans d’autres  campagnes, rentrent chez eux au cours des deux années qui suivent leur départ. Au Vietnam, le Delta du Fleuve Rouge est un réservoir de main d’œuvre temporaire qui alimente les villes et le secteur de la construction. Les émigrés s’absentent quelques moins, avant de revenir. A l’aube des années 2000, 60% des migrants employés dans l’industrie et la construction  des villes côtières chinoises rentrent chez eux chaque année. Seuls 15 à 30% ont l’intention de rester. Insécurité de l’emploi, coût de la vie, habitat précaire, les conditions d’existence en ville favorisent cette circulation. Pendant que la dégradation de l’environnement dans les campagnes continue de gonfler les flux vers les villes. Mais beaucoup imaginent un retour au pays. Des enquêtes menées dans les villes africaines montrent que, riches et pauvres, rêvent d’une propriété en brousse, souvent dans leur village d’origine. Une façon de se protéger contre les crises politiques et économiques, un investissement essentiel pour les plus pauvres. (2)

 

M.J

 

Il y a aussi ceux qui ne veulent plus rentrer……

 

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(1) “Climate-Related Migration Often Short Distance and Cyclical, Not International”, World Watch Institute , 13-11-2012

http://www.worldwatch.org/climate-related-migration-often-short-distance-and-cyclical-not-international-0

(2) “Crisis or adaptation? Migration and climate change in a context of high mobility”,

Cecilia Tacoli, IIED, Prepared forExpert Group Meeting on Population Dynamics and Climate Change – UNFPA and IIED

In Collaboration with UN-HABITAT and the Population Division, UN/DESA

24-25 June 2009

http://www.unfpa.org/webdav/site/global/users/schensul/public/CCPD/papers/Tacoli%20Paper.pdf

 

(3)«  Vulnérabilité alimentaire et nutritionnelle des populations pastorales du Mali et du Burkina Faso : une approche par les risques », Abdrahmane Wane, Ibra Touré, Véronique Ancey, CIRAD-PPZS, Dakar – Sénégal,  Réunion du Réseau de Prévention des Crises Alimentaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest, Accra, 14, 15 et 16 décembre 2010

http://www.food-security.net/medias/File/rpcaaccra2010Abdrahmane_Wane_CIRAD.pdf


Publié le 22 novembre 2012 par marlene dans Climat,Migrations.
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Les jeunes de Thiaroye-sur-Mer.

Bonjour,

A Thiaroye-sur-Mer, un village de pêcheurs enclavé dans la presqu’île du Cap Vert, et la banlieue de Dakar, la mortalité des jeunes adultes atteints par la maladie de l’exil est depuis longtemps inacceptable. Dans cette communauté d’environ 50.000 habitants, bien plus de 150 jeunes hommes, entassés dans des pirogues naviguant en direction des côtes et du rêve européens, sont morts noyés. Le carnet noir du village mentionne encore plus de 80 orphelins, laissés par ces migrants malchanceux. Et près de 400 mineurs seraient détenus dans des prisons espagnoles, une estimation qui monte à mesure des départs vers l’Europe, et qui baisse à mesure des renvois vers le continent africain.(1) La fermeture des frontières européennes et les accords passés avec les pays du Maghreb ont modifié les stratégies migratoires, beaucoup d’Africains sont désormais contraints à l’illégalité. Ces changements ont encore limité les routes migratoires. Le chemin vers une  vie meilleure en Espagne, en Italie, ou en France, passe par une longue traversée du Sahara, ou par un voyage risqué sur l’Atlantique à bord d’une embarcation surchargée. Au milieu des années 2000, les passeurs auraient débarqué près de 30.000 Sénégalais sur les côtes des Canaries, salle d’attente pour l’Europe.(2) Comme d’autres Sénégalais, les jeunes de Thiaroye n’ont plus d’avenir dans la pêche, moins de ressource à proximité des côtes,  des chalutiers européens qui pillent les eaux du large. Alors, ils partent, à l’aveugle, à l’aventure. Les mères vendent leurs bijoux ou empruntent de l’argent pour payer le passeur, lui aussi mis au chômage par le déclin de la pêche. Un passage coùterait  entre 400 et 750 euros, au bénéfice du passeur, de l’intermédiaire, ou de l’armateur, qui sait. (3)(4) A Thiaroye-sur-Mer, les femmes, qui représentent plus de 60% de la population du village, dont certaines ont perdu un fils, un frère,  ou un mari en mer, ont fini par se révolter.(1)

 

En 2007, emmenées par Yayi Bayam Diouf dont le fils disparaît au cours de l’un de ces voyages vers l’Europe, les femmes de Thiaroye-sur-Mer fondent le COFLEC, le Collectif des femmes pour la lutte contre l’émigration clandestine. Ce collectif, qui informe sur  les risques de la traversée, a libéré la parole sur l’émigration illégale. Mais pour retenir les jeunes à Thiaroye, le COFLEC a surtout misé sur le développement de l’économie locale. Le collectif s’est lancé dans la transformation de produits de la mer, poisson fumé, poisson et crevettes séchés, destinés à la vente.  Le mil, et ses brisures,  le maïs, le niébé permettent de cuisiner des couscous, eux aussi vendus. Les femmes préparent des jus de fruits, mangue, citron, orange, du bissap, ou des confitures. Elles utilisent de l’huile de palme, du beurre de karité, ou d’autres essences pour fabriquer des savons. Au total 30 tonnes de produits, estimation de la présidente du COFLEC, sont vendus chaque année sur les marchés sénégalais, exportés dans le voisinage africain, Mali,  Burkina Faso, Côte d’Ivoire, et présentés sur certains marchés, en France, en Espagne, en Italie et aux Etats-Unis. Ce commerce, qui a permis de créer une centaine d’emplois, rapporterait chaque année environ 24 millions de FCFA, soit un peu plus de 35.000 euros. Le collectif, qui encadre et forme des femmes et des jeunes filles, investit une dizaine de millions de FCFA, environ 6500 euros chaque année dans le micro-crédit. Une partie des revenus sert encore à aider les jeunes dont le projet migratoire a échoué, rentrés au village. Et pour rappeler aux habitants de Thiaroye-sur-mer l’époque prospère des eaux poissonneuses, des nombreuses embarcations lancées en mer sans moteur, des pêcheurs migrants venus de cités voisines, et du plein emploi, le COFLEC a acheté deux pirogues. Une manière d’inviter une cinquantaine d’anciens passeurs à se remettre à la pêche. (3)(4)(1)

 

« La pirogue », film présenté dans la section Un certain regard au festival de Cannes 2012, raconte les illusions des candidats à l’exil, la peur, la tragédie, et esquisse le portrait d’un passeur. Lors d’un entretien destiné à la promotion du film, Moussa Touré, le réalisateur, évoque ce personnage, « un type cynique, mais qui cherche, comme les autres, à survivre… » : « Quand on est dans une situation extrême, tout le monde est sur un pied d’égalité. C’est comme en période de guerre ou de grande détresse : on fait ce qu’on peut pour s’en sortir. Le passeur se comporte de la même manière que l’État sénégalais : au lieu d’essayer de faire travailler les jeunes, il préfère les regarder partir et empocher de l’argent – tout comme notre gouvernement a touché de l’argent de l’Espagne pour que les jeunes restent au pays. En Afrique, certaines personnes exploitent les situations désespérées, en particulier chez les jeunes, car ils sont pleins d’espoir, mais aussi plus vulnérables. »(5)

 

M.J

 

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(1)Historique du village de Thiaroye-sur-Mer, Site COFLEC http://www.coflec.org/

(2) « Les pêcheurs et l’émigration au Sénégal », Altermonde, N°13 -Mars 2008 http://altermondes.org/spip.php?article583

(3) “Agricultural Activity to Slow Clandestine Emigration from Senegal”, Souleymane Gano, IPS,10-09-2012, http://www.ipsnews.net/2012/09/agricultural-activity-to-slow-clandestine-emigration-from-senegal/

(4) « A Thiaroye-sur-Mer, embarcadère pour l’enfer », Leïla Slimani, Jeune Afrique, 21-04-2009 http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2519p032-033.xml0/

(5)La pirogue, un film de Moussa Touré, Sélection officielle Un certain regard, festival de Cannes,  http://www.festival-cannes.fr/assets/Image/Direct/045621.PDF

 


Publié le 13 septembre 2012 par marlene dans Afrique,Migrations.,Pêche.
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Les mini stories des « Trolley pushers » de Jo’burg.

Bonjour,

« Trolley pushers » est un travail de photographe qui raconte l’histoire d’une petite humanité qui déambule dans les rues de Johannesburg en poussant de vieux chariots de supermarché pour collecter des bouts de  plastique, de la ferraille, du carton, tout ce qui peut être revendu à un professionnel du recyclage pour quelques Rands, l’équivalent de quelques euros. Pendant que d’autres « Trolley pushers » louent leurs jambes et leur mini-utilitaire pour transporter des paquets trop lourds, d’une station de taxi à une autre. Johannesburg,  Jo’burg, métropole sud-africaine d’un peu plus de 10 millions d’habitants dans sa définition la plus large, est l’une des places mondiales de l’économie informelle, un royaume de la débrouille où toute chance est bonne à saisir pour quelques pièces. Madoda Mkoben, a suivi le monde de la récup urbaine pendant une dizaine d’années. Ses photos racontent la précarité, la clandestinité, mais aussi l’amitié. Un extrait de son travail est mis en ligne par IPS Africa. Un autre site, édité par un collectif d’architectes, the South African Informal City, raconte l’histoire de Paul. Une mini  success story, ici tout est « mini », dans le business du recyclage informel. Mais pour commencer l’histoire, il faut d’abord un chariot, d’occase, volé dans un supermarché, d’où l’illégalité de l’exploitation et les descentes de police. Il coûte environ 50 Rands, environ 5 Euros. C’est derrière lui que Paul trace les rues de Jo’burg pour collecter tout ce qu’il va pouvoir revendre à une centrale d’achat. C’est elle qui fixe le prix des matériaux. Pas de chance, Paul qui habite le centre de Johannesburg doit se lever plus tôt que ses collègues de banlieue, il doit beaucoup marcher pour repérer avant les autres quelques déchets à recycler. Des banlieues comme Yeoville et Kensington sont déjà très courues par les recycleurs. Mais compensation, Paul vit à côté de trois centres de stockage, qui lui achètent sa collecte. Paul, qui trie et stocke ses matériaux, les vend toutes les deux semaines. Quand il a accumulé suffisamment d’articles pour valoriser sa transaction. Les  bonnes semaines, il gagne plus de 1000 Rands,  près de 100 euros, mais la moyenne tourne autour des 800 à 900 Rands. Pour accumuler plus de 1000 Rands, Paul marche et pousse 600 kilos de déchets pendant 5 jours. Les bénéfices de ce mini business lui permettent de loger sa femme et son bébé dans une petite chambre, 2 mètres sur 2, pas d’eau, pas d’électricité. Il met de l’argent de côté, environ  1000 Rands par mois, et envoie l’équivalent à sa famille restée au Lesotho. Mais tous les pousseurs de chariots n’ont pas la même veine. Certains recycleurs gagnent à peine de quoi se payer le prochain repas. D’autres, les porteurs de bagages payés à la course, n’obtiennent que rarement le prix demandé. Difficile de se plaindre à la police quand on exerce dans l’illégalité.

« Immigrés ».

Les  « trolley pushers » de Johannesburg racontent encore une histoire d’immigration en Afrique du Sud. Ismail Farouk, artiste-géographe-urbaniste, qui vit travaille à Johannesburg,  s’intéresse à leur sort. En 2010, il dénonce sur son blog les descentes de police et  les tracasseries dont sont victimes ces travailleurs venus du Mozambique, ou du Zimbabwe. Prétexte, ils travaillent avec des chariots volés. Volés et revendus par un réseau de jeunes, également originaires du Zimbabwe. La police confisque l’outil de travail, fixe l’amende à 300 Rands, environ 30 euros, et les jette en prison. En 2008, les raids de la police se multiplient, les séjours en prison aussi. Les pushers, étrangers, sans papiers, sont une proie facile. Ismail Farouk rappelle que si l’activité est illégale, elle n’est pas dangereuse, et connue de tout le monde.  Certains « Trolley pushers » arpentent les rues depuis 2001. Pour les tirer de la clandestinité, les Autorités proposent de leur louer des trolleys, 20 Rands par jour, d’une capacité moindre que ceux dérobés sur les parkings des supermarchés. « Trop cher » réagissent les pousseurs, pas très contents de ce racket officiel. En 2008, les « Trolley pushers» se mobilisent pour obtenir des représentants, première étape vers une régularisation de la profession. La même année, Ismail Farouk initie « Trolleyworks », une manifestation artistique et urbaine, pluridisciplinaire, qui doit attirer l’attention du public sur la condition des « Trolley pushers ». Des caméras sont installées dans les chariots pour saisir le quotidien de ces travailleurs immigrés. Un trolley plus facile à manier, plus coloré, est réalisé. Ismaël Farouk  remporte la Sylt Quelle Cultural Award for Southern Africa 2008, En mai 2009, seconde phase du projet, le Goethe Institut de Johannesburg invite les visiteurs à parcourir le territoire des « trolley pushers », géographie d’une activité informelle et circulatoire dans la métropole. Ismail Farouk explique son intention: »Nous espérons exposer les gens aux contradictions de la grande ville et nous tentons de les sensibiliser au besoin de marcher dans le centre de Johannesbourg. Marcher à Johannesbourg est intimement lié à la classe sociale, à l’appartenance ethnique, au crime, à la peur, et à la paranoïa. » (1)

M.J

 

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(1)”Porters and Performers , Story by Anthea Buys for the Mail & Guardian, 07-02-2010, http://www.mg.co.za/article/2009-05-29-porters-and-performers

 


Publié le 2 mai 2012 par marlene dans Afrique,Migrations.,photographie,Recyclage,Ville
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Climat et migrations, une relation plutôt locale.

Bonjour,

Réchauffement climatique et migrations internationales de masse, une étude vient adoucir cette perspective. Il y aura bien des mouvements migratoires, mais plutôt à l’intérieur des frontières, et de courte durée. Ce document, publié par l’International Institute for Environment and Development (IIEP) le 2 février dernier, synthétise les résultats d’une enquête menée dans trois pays en développement, Bolivie, Sénégal, et Tanzanie. (1) « Les gens affectés par des dégradations environnementales passent rarement les frontières”, commente Dr Cecilia Tacoli, à l’origine de l’étude, “Au lieu de cela, ils partent temporairement vers d’autres zones rurales ou vers de petites villes ». (1) En clair, les migrants développent des stratégies pour fuir une pauvreté, aggravée par la désertification, la dégradation des sols, et les sécheresses. Ils partent ailleurs gagner leur vie, pour être moins vulnérable aux conséquences du changement climatique. L’enquête incite les gouvernements à faciliter ces stratégies migratoires au lieu de les brimer, car elles apportent une réponse aux dégradations environnementales. Quelques recommandations sont adressées aux dirigeants des pays exposés. Ils devraient protéger la région d’origine des migrants, avec une attention particulière pour le droit à la terre. On leur demande d’assister les candidats au départ, de veiller à ce qu’ils soient bien représentés dans l’espace d’accueil, que leurs droits soient respectés. Enfin, il s’agit d’éviter le cercle vicieux qui veut que la migration soit la conséquence du réchauffement climatique, alors qu’elle devrait résulter de la politique qui gère le changement climatique. Et bonne nouvelle pour le pays d’origine, l’étude relève que dans le cas d’une émigration internationale, le migrant investit souvent dans son pays, créant les conditions d’un développement économique local. Qui, à son tour, attirera d’autres désoeuvrés. La migration reste une réponse à la crise climatique. « Les migrations internes, relativement communes, et les migrations internationales, plus rares, se combinent pour aider les gens affectés par le réchauffement climatique. » « La migration fait partie de la solution, et non du problème comme beaucoup de gens le croient. » (1)

Cette étude fait écho à une recherche publiée dans Nature, en juin dernier. La plupart des migrations liées aux changements climatiques, s’effectueront à une échelle locale, plutôt qu’internationale. (2) Balayé aussi le mythe d’une humanité déshéritée, chassée par des extrêmes climatiques, qui irait frapper au portes des pays développés, en Amérique du Nord ou en Europe. Selon Koko Warner, l’un des auteurs de ce travail, spécialiste des migrations et du changement climatique : «Nous avons mis en évidence que les gens dont les régions d’origine sont plus sensibles à l’environnement sont aussi ceux qui peuvent ne pas avoir les moyens de partir très loin. » (2) Si les gens partent temporairement pour échapper à un désastre naturel, une inondation dans le delta du Gange au Bengladesh par exemple, une migration plus longue répond à une destruction totale de l’environnement d’origine. Exemple au Niger, où la sécheresse et la dégradation des sols, entraînent les fermiers de village en village. Mais, « Partir pour revenir » reste une tendance forte. Des Mexicains, chassés par les mauvaises récoltes vers les Etats-Unis et le Canada, rentrent à la fin de travaux saisonniers. Si l’étude reconnaît que le climat agit comme un facteur expulsif, tendance qui devrait se confirmer au fil des dégradations, il n’est pas le seul en cause. La pauvreté et la guerre continue d’alimenter l’émigration en provenance des pays les plus pauvres. L’environnement constitue une raison de plus de partir. Mais ci encore, on plaide pour plus de solidarité. Aux décideurs d’inventer des politiques qui intègrent la migration, quand elle est la meilleure, ou la seule solution.

Alors, balayés les millions de migrants annoncés par le UNCHR – Le Haut Commissariat aux Réfugiés - ? En 2008, le Haut Commissariat tablait sur  50 millions à 1 milliard de déplacés au cours des 50 prochaines années, conséquence du réchauffement climatique. Soit une moyenne  annuelle de 6 millions personnes en quête de meilleures conditions d’existence. En 2008, le UNCHR estimait que 36 millions de personnes avaient été chassés de leur région d’origine par les catastrophes naturelles. Dont plus de 20 millions par les conséquences directes de la crise climatique.(3) Si l’on est à peu près sûr que la fonte des glaciers de l’Himalaya, privant d’eau les populations asiatiques, que la désertification croissante des terres, que l’exposition des deltas et des petites îles à des mers plus hautes, provoqueront des départs, difficile de chiffrer cette humanité en mouvement. Pour Koko Warner :  « Il n’y a pas de méthode scientifique reconnue pour aborder les chiffres. » Il ajoute : «  Nous n’avons pas non plus une définition commune pour les migrants environnementaux. Et c’est difficile de mesurer quelque chose que vous ne pouvez pas définir. » (2)

M.J

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(1) “Climate change: governments should support migration, not fear it”, submitted by Mike, Wed, 02-02-2011. International Institute for Environment and Development http://www.iied.org/human-settlements/media/climate-change-governments-should-support-migration-not-fear-it

The International Institute for Environment and Development (IIED) est un organisme de recherche indépendent, à but non lucratifif, crée en 1971 et basé à Londres. Il est spécialisé dans l’expertise, la recherche, et la réalisation de projets de développement durable : www.iied.org

Rapport PDF: http://pubs.iied.org/pdfs/10590IIED.pdf

(2)“Report disperses migration myth”, Anna Barnett, From

Nature Reports Climate Change , Published online: 11 June 2009 | Corrected online: 19 June 2009 | doi:10.1038/climate.2009.56 http://www.nature.com/climate/2009/0907/full/climate.2009.56.html

D’après un rapport intitulé: “In Search of Shelter”.

Etude conduite de 2007 à 2009, par des chercheurs en sciences sociales, issus de 6 universités européennes. Les chercheurs on retenu 23 sites concernés par les migrations, répartis sur les 5 continents. 2000 personnes ont été interrogées sur leurs intentions migratoires. Ce travail a été finance par finance par la Commission européenne, pour un programme de deux ans, intitulé « Environmental Change and Forced Migration Scenarios » (EACH-FOR).

(3)UNCHR/ 2009 http://www.unhcr.org/4b2910239.html


Publié le 9 février 2011 par marlene dans Climat,Migrations.
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La complainte des éleveurs tibétains.

Bonjour,

Une femme nomade regrette ses paysages et ses troupeaux, une complainte qui dénonce le début de la fin d’un millénaire de transhumance sur les plateaux du Tibet. « Archi drokmo », une vidéo diffusée par une association de femmes tibétaines (TWA), accessible en fin de blog.  En 2009, environ 50.000 nomades sont sédentarisés par les Autorités chinoises.(1) Sous prétexte de protéger un espace pastoral fragilisé par le pâturage des troupeaux de yaks, de moutons, de chèvres, et de chevaux, la Chine orchestre une politique environnementale qui cloisonne et interdit le parcours traditionnel des  éleveurs nomades. Et oblige ces populations itinérantes à changer de mode de vie. Lancée à la fin des années 90, cette campagne, inscrite dans le développement des terres occidentales de la Chine, déplace les nomades et les installe dans des habitats pour lesquels ils ne sont pas faits. Sous prétexte de poursuivre l’émergence du Tibet, tout en fabriquant une population locale « plus présentable », selon certains critères du développement, la Chine nie une culture tibétaine, intimement liée au nomadisme. Les éleveurs, nés pour se déplacer dans ces paysages de plateaux, sont invités à préserver une zone écologique sensible, déjà malmenée par les premiers signes du réchauffement climatique. Selon une source citée par Wikipedia, le nombre de yaks et de moutons aurait triplé au cours des cinquante dernières années, quand les pâturages diminuaient, conséquence de l’assèchement des hauts plateaux. (2) (3)

« le Troisième Pôle.»

Le Tibet, plateau de plus d’un million de km² aux trois quarts perché à plus de 3500 mètres d’altitude, est une zone écologique majeure, inscrite dans une géographie de l’eau stratégique . Surnommé le « Troisième pôle », le Tibet est la troisième réserve de glace de la planète, après l’Arctique et l’Antarctique. Depuis une trentaine d’année, la surface moyenne des glaciers aurait décliné de 17%. Quand certains auraient carrément disparu. (3) La fonte des glaces aurait de lourdes conséquences pour le Tibet, son voisinage asiatique, et pour quelques  millions de personnes, situés en aval. Les fleuves majeurs du continent asiatique y prennent leur source. Le Fleuve Jaune, le Yangtsé, et le Mékong, géants du système hydrographique chinois, s’écoulent depuis le Sanjiangyuan. Cette région, le « château d’eau de la Chine », classée réserve naturelle nationale, est d’ailleurs placée sous haute surveillance écologique depuis les années 2000. L’extraction minière, l’exploitation forestière, la chasse, et la pratique des pâturages, y sont extrêmement encadrées. Les marais et les cours d’eau montrent déjà quelques signes de sécheresse. Quelques milliers d’éleveurs sont incités à émigrer vers d’autres zones du Sanjiangyuan, de moindre importance écologique. Au Tibet, le changement climatique est un sujet sensible. Le Dalaï Lama, porte-parole en exil des Tibétains, n’hésite pas à tirer parti de la crise climatique pour sensibiliser la communauté internationale à la situation du territoire. Et au sort réservé aux nomades. (4)

Changement d’adresse.

Forcés de vendre ou de débarrasser de leurs yaks, les nomades se sédentarisent dans des lotissements, et s’urbanisent en marge. Beaucoup sont déplacés au Qinghai, dans la province de Gansu, au Sichuan, dans la région autonome du Tibet, souvent sans indemnisation. Dans Wikipedia, une source contradictoire évoque des dédommagements, et une maison. (2) Le gouvernement chinois prétend leur apporter l’éducation et la santé, « privilèges » réservés aux sédentaires. « Tibet 3rd pôle «  , une association qui défend l’exploitation des ressources naturelles du Tibet par les Tibétains, y voit le contrôle de populations qui disposent désormais d’une adresse. Ce développement économique et humain forcé devrait permettre de corriger les statistiques de pauvreté, et faire taire les critiques. « Free Tibet », une autre association engagée aux côté des Tibétains, remarque que cette conversion entre nomadisme et agriculture sédentaire annonce aussi une conversion entre autosuffisance et comportement consumériste. « Free Tibet » rapporte une paupérisation des nomades qui doivent désormais partager les terres en famille, et attendre le décès des parents pour en vivre mieux. Un système de division des terres qui se complique encore dans une famille nombreuse. Toujours sur le site de « Free Tibet », Camille Richard, spécialiste de pâturages pour le Centre International Développement de Montagne Intégré (ICIMOD), commente cette mutation: « Le comportement et le raisonnement des éleveurs nomades sont dictés par la conscience du paysage marginal dans lequel ils vivent, paysage qui a supporté leur mode de vie pendant des siècles. Une conversion rapide à un nouveau mode de pensée et de vie ne peut pas avoir lieu sans de graves conséquences socio-économiques et écologiques. » (5)

Pâturages et extraction minière.

Les spécialistes du pâturage formulent plus clairement les conséquences environnementales de la sédentarisation. La mobilité des troupeaux empêche la dégradation des systèmes, et contribue à l’équilibre des paysages. Cloisonner l’espace, et sédentariser les troupeaux, revient à favoriser le surpâturage. Mais que sont quelques excès de pâturages dans l’immensité du territoire tibétain ? « Les amis du Tibet », autre organisation pro- tibétaine, détaillent dans un article assez ancien les conséquences environnementales de la colonisation chinoise. Extraits. La Chine aurait orchestré un déboisement industriel à l’Est du territoire, provoquant érosion des sols, ravinement, envasement, et inondations. Dans certaines régions, 80% des forêts auraient été détruites. Une centrale hydro-électrique sur le LacYamdrok Tso, la plus importante du Tibet, mise en route à la fin des années 90 pour alimenter l’industrie chinoise en électricité, a modifié l’équilibre d’un site sacré pour les Tibétains. La Chine décline encore l’exploitation minière, uranium, charbon, fer, cuivre, plomb. Elle s’intéresse aux réserves de pétrole et de gaz naturel. (6) Résultat sur le site de « Circle of Blue», une agence qui enquête sur les crises de l’eau, l’industrie et l’extraction minière, et leurs lots de rejets polluants, aurait modifié la qualité de l’air et de l’eau. Jusqu’à compromettre les réserves d’eau douce du Tibet, pourtant « château d’eau de la Chine ».

M.J

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(1) « 50.000 nomades tibétains sédentarisés », AFP , 24/08/2009- Site du Figaro http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/08/24/01011-20090824FILWWW00503-50000-nomades-tibetains-sedentarises.php

(2) L’élevage au Tibet, Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture,_%C3%A9levage_et_sylviculture_au_Tibet#.C3.89levage

(3) Yeshe Choesang, World News,01-06-2011. http://article.wn.com/view/2011/01/06/Climate_Change_on_the_Tibet_Plateau_Detrimental_for_Asias_Fu/

Tibet 3d Pole http://www.tibet3rdpole.org/

(4) “Dalai Lama wants to go green”, Saransh Sehgal http://tibet.org/tibet3rdpole.org/?p=239

(5) “The impact of nomad settlement policies in Tibet”, Kate Saunders (for Free Tibet Campaign), Free Tibet, April 2003, http://www.freetibet.org/about/rural-society

(6) « L’environnement au Tibet : un désastre dû à l’occupation chinoise ! », Raymond MEYERS (D’après le Rapport « Tibet 2000: Environment and Development Issues » du gouvernement tibétain en exil. Et ECO-Tibet France, juin 1999.) http://www.amis-tibet.lu/dossiers/environnement-2.html

(7) « China, Tibet, and the Strategic Power of Water”, Keith Schneider and C. T. Pope, Blue Circle, 08-05-2008. http://www.circleofblue.org/waternews/2008/world/china-tibet-and-the-strategic-power-of-water/


Publié le 13 janvier 2011 par marlene dans Biodiversité,Climat,Developpement,Migrations.
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Galapagos: un mauvais génie embarrasse les « Enchantées »…

Bonjour,

En route pour les « Enchantées », quelques îles perdues à l’Est du Pacifique, un archipel longtemps resté en marge du monde car difficile d’accès, un univers tropical et volcanique, un zoo unique, et un nom qui fascine. Les îles Galapagos. Situé à un millier de kilomètres du continent américain, et de la « mère – patrie », l’Equateur, l’archipel est perturbé par la civilisation qui lui rappelle la fragilité d’un système insulaire, pourtant archi-protégé.

«Iles sous surveillance »

Les Galapagos, une vingtaine d’îles et des dizaines d’îlôts, se situent à la confluence de trois courants océaniques, auxquels se mêlent des « upwellings », des remontées d’eaux profondes en surface. (1) Cette rencontre a déterminé une vie marine unique, beaucoup d’espèces n’existent qu’ici. Sur les îles, les côtes basses, dominées par les rochers et la mangrove, annoncent une zone aride où poussent les figuiers de Barbarie et les cactus. Plus haut, c’est la montagne, humide et couverte de végétation. Aux Galapagos,  la société animale est un « melting pot » assez rare, où cohabitent tortues géantes, lézards, iguanes, faucons, et quelques personnages atypiques comme le Blue-footed Booby , un oiseau aux pieds étonnamment bleus. Près des côtes, des dauphins, et peut-être encore quelques baleines. Longtemps oubliées des cartes de navigation, les Galapagos n’ont guère accueilli que des voyageurs de passage, des pirates, des chasseurs de baleines, ou des boucaniers. Quelques navigateurs y ont laissé des chèvres qu’ils ne manqueraient pas de retrouver, et de manger, lors d’une prochaine escale. Elles y sont encore. En 1832, l’Equateur plante son drapeau sur ce chapelet d’îles, et commence à coloniser. Quelques mois plus tard, le Beagle, le navire de Charles Darwin, y fait  escale. C’est à partir de ces observations que Darwin commence à structurer sa réflexion sur l’origine des espèces. En 1959, le gouvernement équatorien déclare la quasi-totalité du territoire « Parc National ». En 1962, une station scientifique y est installée. Et depuis 1979, l’UNESCO veille sur l’archipel et ses trésors, qu’il liste « patrimoine mondial en péril »en 2007 . Eaux et territoires très protégés, pêche règlementée, espèces endémiques bichonnées, les Galapagos sont sous haute – surveillance.

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« Tourisme »

A la fin des années 60, les « Enchantées » commencent à attirer les curieux. Dans les années 90, ils sont de plus en plus nombreux. En 2009, l’archipel accueille environ 160.000 visiteurs, soit 5 à 6 fois la population locale. En vingt ans, le nombre de touristes a été multiplié par quatre. Trois, quatre, cinq, parfois six vols journaliers relient le continent à l’archipel. Ce trafic aérien aurait doublé au cours des huit dernières années.(2) Il y a aussi les croisières, dont la fréquentation aurait augmenté de 150% depuis deux décennies.(3) Le problème, c’est que ce va-et-vient provoque l’arrivée de bestioles, plus ou moins grosses, et toutes indésirables dans ce monde insulaire. Que les cabines des avions sont pulvérisées pour éliminer les insectes clandestins ne change pas grand-chose à l’affaire. Les cargos chargés de nourriture et de fuel, qui arrivent du continent, transportent aussi quelques nuisibles  En 1900, 112 espèces étrangères étaient recensées dans ces écosystèmes insulaires. Un siècle plus tard, il y en aurait plus d’un millier. (2) Déjà bien installées, les fourmis de feu, des guerrières redoutables qui attaquent les oisillons  et les jeunes tortues, continuent leur marche vers d’autres terres de l’archipel. Les mouches parasites, ennemies des jeunes pinsons, autres personnages du parc animalier des Galapagos, n’étaient pas non plus invitées. Pas plus que les moustiques, et leur lot de maladies.  Depuis un certain temps, le gouvernement organise la chasse aux rats, arrivés dans les soutes des cargos, et friands des oeufs de tortue. Souvenir des « premiers touristes » qui faisaient escale aux Galapagos, les chèvres et leur manie de tout brouter, bien incrustées dans le décor.  Autre espèce étrangère introduite par le tourisme, un super choix d’hôtels.

« Immigration ».

En Equateur, économie pauvre et sans perspective d’emplois, terre d’émigration, le « boom touristique » a fait rêver du monde. Beaucoup de citoyens ont fait la traversée pour trouver un travail dans les îles. La population de l’archipel, estimée à 10.000 habitants en 1990, est passée à 30.000 en 2007. (4)(5) Ces dernières années, la population des Galapagos aurait augmenté de 6,5 % par an, quand cette courbe progressait d’un peu plus de 2% en Equateur continental. (5) Cette pression démographique – sans doute pas totalement d’origine migratoire, il y a bien eu quelques naissances – rappelle à l’archipel qu’il manque d’eau, de terres cultivables, et de moyens sanitaires. Santa Cruz, la terre la plus peuplée, ne dispose pas de système d’évacuation des eaux usées. Quant aux déchets, ils repartent par bateau. En 1998, pour limiter l’immigration en provenance du continent, le gouvernement tente de durcir les conditions de séjour. Mariages arrangés et « faux » touristes, les mesures n’ont que peu d’effets. En 2007, quand l’UNESCO accroît la pression pour préserver l’archipel, les Autorités locales déclenchent une campagne d’expulsions. Cinq mille personnes, soupçonnées de séjour illégal dans leur propre pays, sont sommées de repartir. Un millier de personnes, sont expulsées, souvent de force. (5) Ceux qui ne peuvent se payer un billet d’avion sont embarqués sur un cargo. Il est loin d’être certain que les tous les autres soient repartis. En attendant, un modèle de développement qui combine « préservation », « tourisme », et « pauvreté » reste à inventer sur un archipel, où il semble plus facile d’être une tortue qu’une femme de chambre.

M.J

(1)Panaméen, péruvien et sud – équatorien.

(2)“Galapagos damage “must be curbed””; David Shukman , Science and environment correspondent, BBC News, 11 février 2009. http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/7884581.stm

(3)« Galapagos put on UN danger list », BBC News, 26-06-2007.

http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/6241416.stm

(4) « Chapitre 8: Les îles Galapagos : La gestion des conflits dans le secteur de la conservation et de la gestion durable des ressources. », Paola Oviedo, Centre de Recherches pour le Développement international, 09-11-2004.

http://www.idrc.ca/fr/ev-27980-201-1-DO_TOPIC.html

(5)  “Galapagos seek sustainable growth path”, Irene Caselli , Puerto Ayora, BBC News, 10-03-2010.  http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/8549901.stm


Publié le 16 mars 2010 par marlene dans Biodiversité,Migrations.,Tourisme durable.

Ces Européens, descendants d’agriculteurs néolithiques.

Bonjour,

La plupart des Européens de sexe masculin seraient les descendants d’agriculteurs, venus du Croissant fertile, une région qui va de la côte Est de la Méditerranée au Golfe persique, en passant par les vallées du Tigre et de l »Euphrate. C’est le résultat d’une étude récente produite par l’Université de Leicester, au Royaume-Uni. (1) Cette recherche, qui rappelle l’importance du développement de l’agriculture dans l’histoire humaine, répond à une question qui a longtemps fait débat dans le monde scientifique. Comment l’agriculture, qui commence à se développer il y a environ 10.000 ans, est-elle arrivée en Europe? A-t-elle été apportée par ces pionniers de l’époque néolithique, venus du Proche-Orient ? Ou s’est-elle diffusée en Europe grâce aux échanges d’idées et de techniques ?

Pour obtenir une réponse, les chercheurs britanniques ont tracé le chromosome Y, qui se transmet de père en fils, et plus particulièrement l’haglogroupe R1b1b2, porté par  110 millions de citoyens européens. L’équipe a analysé les chromosomes de 2574 personnes de sexe masculin, établis dans la même région depuis au moins deux générations. La distribution de cet haglogroupe sur le continent révèle une progression Sud-Est / Nord-Ouest. Identifié chez 12% des hommes de Turquie orientale, ce marqueur génétique grimpe à plus de 85% chez les Irlandais. Au total, plus de 80% des chromosomes Y identifiés chez les Européens proviendrait de ces premiers agriculteurs. L’existence de sites néolithiques connus, croisés avec cette « route génétique », cautionnerait l’hypothèse d’une migration en provenance du Proche-Orient, via la Turquie. Les pratiques  agricoles, véhiculées par ce mouvement migratoire, auraient mis 4000 ans à traverser le continent avant d’atteindre les îles britanniques. Cette époque, que l’archéologue australien Gordon Childe appelle la « Révolution Néolithique » , souligne l’importance d’un glissement progressif de l’activité « chasse-cueillette » vers l’agriculture. Cette transition annonce aussi une sécurisation alimentaire des communautés, facteur de sédentarisation progressive. Concernant l’origine de cette migration, Childe évoque une forte croissance démographique dans ces régions du Proche-Orient,  ayant provoqué une crise économique et sociale. Les agriculteurs et leurs troupeaux, en quête de nouvelles terres, auraient commencé à migrer vers l’Ouest. Ces groupes de pionniers auraient progressivement transmis leur mode d’existence aux communautés de « chasseurs-cueilleurs », réparties sur le continent européen. (2) Angle intéressant de cette étude britannique, elle articule les mutations technologiques et culturelles avec l’expansion du chromosome Y.

Patricia Balaresque, l’un des auteurs du rapport, note que la plupart des lignages génétiques maternels semblent provenir des « chasseurs-cueilleurs ». «…Cela suggère que les agriculteurs de sexe masculin ont eu une reproduction plus active que celle des « chasseurs-cueilleurs » pendant cette période de transition… » Autre hypothèse de Patricia Balaresque, il était peut-être plus sexy d’être agriculteur que chasseur. (3)

M.J

(1) Balaresque P, Bowden GR, Adams SM, Leung H-Y, King TE, et al. 2010 A Predominantly Neolithic Origin for European Paternal Lineages. PLoS Biol 8(1): e1000285. doi:10.1371/journal.pbio.1000285 PLoS / article http://www.plosbiology.org/article/info:doi/10.1371/journal.pbio.1000285

(2)(2005) Go West, Early Man: Modeling the Origin and Spread of Early Agriculture. PLoS Biol 3(12): e436. doi:10.1371/journal.pbio.0030436 -November 29, 2005 http://www.plosbiology.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pbio.0030436

(3) “Most European males descend from farmers who migrated from the Near East 10,000 yrs ago.”Washington, Wed, 20 Jan 2010 ANI, New Tracks India. http://newstrackindia.com/newsdetails/144448


Publié le 26 janvier 2010 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Histoire.,Migrations.
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