Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Michel Serres sur Nova: pour un « armistice » avec le monde…

Bonjour,

Je vous invite à perdre une heure, deux même, pour écouter le podcast de l’émission « Le Pudding », diffusée sur Radio Nova les dimanches 5 et 12 octobre derniers. Invité de Nicolas Errera et de Jean Croc, le philosophe Michel Serres. Il y parle de son dernier livre, « La Guerre Mondiale » (1), déborde du sujet pour évoquer son précédent ouvrage, «  Le mal propre » (2), et nous parle d’un avenir commun. Pendant deux heures, pas obligé de tout écouter, Michel Serres nous offre une vision limpide, et pas forcément pessimiste, du monde à venir. Que du bonheur.

Pour en finir avec cette « guerre mondiale » – podcast du 12 octobre, deuxième volet -, celle que les hommes ont engagé contre « le monde », Michel Serres propose un « armistice », un « traité de paix ». Ou le « silence des armes ». Evoquant les guerres traditionnelles, celles qui opposent deux ennemis, il parle d’un « jeu à deux ». Or les règles traditionnelles de la guerre ont changé. Il s’agit désormais d’un « jeu à trois » qui met en scène les deux belligérants précédents, opposés à un troisième, « le monde ». Michel Serres souhaite réconcilier et mobiliser les ennemis d’hier sur un front commun, celui de la planète, « notre habitat ». Il résume l’alibi de son livre par « déposer les armes pour réparer le navire ». Une prise de conscience collective du danger, un appel à « sauver sa peau », un élan « d’égoïsme collectif », conditionnent une issue heureuse à ce conflit. A moins que…L’écologie, et le développement durable, servis à toutes les sauces et sans véritables intentions, ne sont que les « gadgets » de cette stratégie, des « effets d’annonce ». A propos du développement durable, Michel Serres rebondit : « …ce qui dure, c’est le doux », la peinture, la musique, le « « dur » ne dure pas ». L’eau, liquide, douce, dure. Le rocher, lui, ne dure pas. Et l’homme, ce « dur » qui a inventé le doux… ?

Sur Nova, Michel Serres fait encore allusion à son précédent ouvrage, « Le mal propre », autre proposition pour éviter une catastrophe écologique. Comme les chats qui font pipi pour marquer leur territoire, l’homme souille le sien pour le posséder. La propriété, ce qui est propre, passe par un processus d’appropriation, et d’usurpation à l’autre, basé sur le « sale ». Pollutions douces, communication et publicité, et pollutions environnementales liées aux activités humaines, signalent cette appropriation de « l’espace monde ». Michel Serres, qui s’interroge sur le « droit à la  propriété », nous interpelle comme « locataires de la planète ». On ne souille pas ce qui ne nous appartient pas, et qui est un « bien commun ». Dans une interview accordée à Ollivier Pourriol et Auréliano Tonet, du blog culturel « Troiscouleurs », le philosophe précise : « La question, évidemment, ce serait de discuter dans les organisations internationales que l’Arctique devienne un bien commun, qu’il ne soit pas pollué. Il faudra un jour se mettre d’accord sur le fait que la planète est notre bien commun. Les meilleures civilisations, je crois, les meilleures cultures sont des cultures qui ont très bien défini et respecté le bien commun. »

M.J

(1) «La Guerre mondiale »,  Michel Serres, Editions Le Pommier, collection essais, octobre 2008.

(2) «Le Mal propre – Polluer pour s’approprier ? », Michel Serres, Editions Le Pommier, collection manifestes, février 2008.


Publié le 14 octobre 2008 par marlene dans Philosophie / environnement.
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