Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Alaska: du pétrole et des ours.

Bonjour,

Espèce menacée par la fonte des glaces, l’ours Blanc vient d’obtenir un territoire sur les marges arctiques de l’Alaska. Un habitat protégé qu’il devra partager avec les compagnies pétrolières, leurs forages, et leurs pipe-lines pas toujours très étanches….

La mascotte du réchauffement climatique.

Les Etats-Unis accordent un bout de banquise, des terres côtières, et un chapelet d’îles, 520 000 kilomètre carrés, l’équivalent d’une petite France métropolitaine, à sa colonie d’ours blancs d’Alaska. Déclaré « espèce menacée » en mai 2008, l’ours polaire est devenu « espèce protégée » depuis fin octobre. Si les contours restent à dessiner, l’administration Obama souhaite tourner la page « Bush », qui avait refusé ce territoire à ses ours, bien moins intéressants que l’exploitation pétrolière. Mais, « réserve d’ours » ou  pas,  Shell, Total, British Pétroléum, Exxon, ou Arco, bien implantés sur la frange Nord de l’Alaska, n’ont guère l’intention de suspendre leurs activités. La Shell vient d’ailleurs d’obtenir l’aval du Département de l’Intérieur pour forer en Mer de Beaufort. Une nouvelle qui dépite Brendan Cummings du Centre pour la Diversité biologique, l’une des organisations environnementales qui a mené le combat juridique en faveur de ce mammifère, devenu mascotte d’une jeunesse sensibilisée au réchauffement climatique : « Pour que les ours polaires survivent à une fonte des glaces rapides, nous devons protéger leur habitat, et non le transformer en zone industrielle polluée. » (1)

Une saison de chasse écourtée.

L’ours polaire, imposant représentant de son espèce – il peut mesurer jusqu’à 3,50 mètres et peser jusqu’à 600 kilos -, essaime autour du cercle arctique et sur les terres voisines.  On le rencontre dans cinq pays, au Danemark (Groënland), en Norvège, en Russie, au Canada, et aux Etats-Unis, à l’Ouest et au Nord de l’Alaska. Les colonies les plus importantes vivent dans le grand nord américain, en Mer de Beaufort, dans la Baie d’Hudson, et dans la Baie de Baffin. L’ours blanc, grand nageur, aime vivre sur les étendues glacées qui couvrent les mers en hiver. Il y guette le phoque, dont la graisse constitue son régime de base. Il s’y repose aussi. Son territoire, qui se limite presque à la banquise, est menacé par la fonte des glaces. En Alaska, au delà du cercle polaire, les températures moyennes ont augmenté de 1,6 °C depuis 1950, contre 0,3 °C  pour le reste de la planète. Un record climatique qui raccourcit déjà la saison de chasse de l’ours blanc. (2) Selon l’IUCN, l’Union mondiale pour la Nature, la population d’ours polaires, estimée autour de 20-25.000, pourraient diminuer de 30 % d’ici une cinquantaine d’années. Plus pessimiste, le U.S. Geological Survey (USGS) – rapports de septembre 2007 – prédit que les deux tiers des populations mondiales de phoques auront disparu d’ici le milieu du siècle. (3)

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Addiction au pétrole.

Aux Etats-Unis, l’Alaska est une vieille réserve d’or noir. En 1923, le Président Warren Harding délimite une « Réserve nationale de pétrole » au nord du territoire. (4) Aujourd’hui, l’Alaska contribue à environ 17% de la production du pays. A l’Est de la réserve nationale, Prudohe Bay,  est devenu le plus gros gisement du continent américain http://en.wikipedia.org/wiki/Prudhoe_Bay_Oil_Field. BP, Conoco Philips, et Exxon, s’y partagent le sous-sol. Un pipe-line, le TAPS, relie la côte arctique à Valdes, un port de la côte Sud, épargné par les glaces en hiver. Le pétrole qui s’y écoule traverse l’Alaska du Nord au Sud, sur plus de 1200 kilomètres. En mars 2006, un employé de BP y a découvert une rupture. Environ un million de litres de pétrole ont souillé les paysages de toundra. (5) Mais l’Alaska reste une réserve d’or noir. En 2003, Bush tente de déplacer la prospection sur l’Alaska’s Artic National Wildlife Refuge, une réserve naturelle. Sans succès. Aux Etats-Unis, la demande augmente, après 2005 Bill Clinton ouvre l’exploitation vers l’Ouest de la National Pétroleum Reserve. Total, qui vient d’acquérir des terres à White Hills, à une quarantaine de kilomètres au Sud-Ouest de Prudohe, poursuit son exploration. (6)(7) Aujourd’hui, c’est la Shell qui débarque, autorisée par le Département de l’Intérieur à explorer en Mer de Beaufort. Habitat des baleines, des morses, des phoques, de l’ours polaire, la zone de prospection est pourtant déjà malmenée par le réchauffement. Brendan Cummings, du Centre pour la Diversité biologique, ne décolère pas: « Le Département de l’Intérieur est schizophrène, déclarant son intention de protéger l’habitat Arctique de l’ours polaire, et en même temps, sacrifie cet habitat à notre addiction au pétrole » (1) Selon l’IFAW, le fonds international pour la préservation des animaux, c’est un autre service du Département de l’Intérieur qui autorise les chasseurs d’ours, originaires des Etats-Unis, à ramener leur trophée après une escapade dans le nord canadien. (8)

M.J

(1)” White House protects polar bears with Alaska ‘critical habitat’ designation”, Suzanne Goldenberg, The Guardian, 22-10-2009.  http://www.guardian.co.uk/environment/blog/2009/oct/22/alaska-polar-bear-barack-obama

(2) « L’Alaska, avant-poste du changement climatique », Matthieu Auzanneau, Le Monde, 04-04- 2007

(3) “The Polar Bear Protection Act”, IFAW http://www.ifaw.org/ifaw_international/join_campaigns/national_regional_efforts/ifaw_in_action_united_states/the_polar_bear_protection_act/index.php

(4) Carte extraite de “Alaska” http://lettres-histoire.ac-rouen.fr/histgeo/alaska.htm

(5) Futura Science, 15 mars 2006. http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/terre-3/d/une-fuite-de-petrole-sans-precedent-en-alaska_8466/

(6) Wikipedia / Alaska http://fr.wikipedia.org/wiki/Alaska

(7) Total exploitation Alaska http://www.enerzine.com/10/4465+une-nouvelle-zone-dexploration-en-alaska-pour-total+.html

(8) Selon le IFAW, depuis 1997, le « U.S. Fish and Wildlife Service”, qui dépend du Département de l’Intérieur et qui s’occupe de la gestion et de la protection de la faune, a accordé 970 permis d’importation de trophées de chasse, tête, et peau d’ours, aux Etats-Unis.


Publié le 5 novembre 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Pôles.,USA
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L’Antarctique des « NéoZexplorateurs »

Bonjour,

Le Cap Denison, petit fragment antarctique de l’histoire australienne dans la Baie du Commonwealth, battu par un blizzard quasi permanent, accessible de mi-décembre à mi-février, pendant l’été austral, l’un des endroits les plus inhospitaliers de la planète, est en train de devenir un spot touristique. Ou plutôt, une destination qui monte. En décembre – janvier 2008-2009, le Cap Denisson a accueilli environ 400 visiteurs, contre 260 en 2006-2007, et 200 en 2000-2001. Sur ce bout de terre préservée, les néo-explorateurs succèdent aux scientifiques. Le passage à travers les eaux hostiles et glacées de l’Océan austral dure six jours. Embarquement depuis l’Australie, la Nouvelle Zélande, ou l’Allemagne. A leur arrivée, les visiteurs, munis d’un certificat de bonne santé, sont priés de laver et de désinfecter leurs bottes. Les valises ne doivent pas contenir de plants ou d’échantillons agricoles. Les mesures d’hygiène sont strictes. C’est le droit d’entrée pour rencontrer les phoques de Weddell, les éléphants de mer, et les phoques Adélie. Surprise, les « cabanes de Mawson », encore debout, et les caches à provisions, témoignent de l’exploration antarctique du début du siècle dernier. (1) (2)

« La Maison des blizzards »

Le 7 janvier 1912, l’Aurora navigue dans la Baie du Commonwealth. Douglas Mawson, géologue, chef de l’Australasian Antarctic Expedition, choisit d’amarrer le navire pour installer sa base arrière à Cape Denison. C’est l’été austral. Le temps s’annonce clément, les rochers permettront d’ancrer solidement le campement, et la nourriture abonde alentour, œufs de pingouins et viande de phoque. Il ne sait sans doute pas qu’il vient de choisir l’endroit le plus venté d’Antarctique, un record planétaire au niveau de la mer. En mai 1912, les rafales atteignent 322 km/h. Mauwson baptise l’endroit « la maison des blizzards ». C’est à partir de ce front pionnier inhospitalier qu’il lance cinq expéditions en traîneau, dont l’une coûte la vie à deux hommes. En trois ans, Mawson et son équipe parcourent 6 500 kilomètres, explorant les côtes et les étendues glacées. Quand il part explorer cette côte inconnue au Sud de l’Australie, Douglas Mawson souhaite éclaircir la théorie de la jonction des plaques continentales. Il veut comprendre les cycles glaciaires et climatiques. Il s’intéresse au pôle magnétique pour en cartographier les lignes de forces, et faciliter la navigation. A la fin de son expédition, Mawson signe des études très détaillées sur l’environnement antarctique (géologie, glaciologie, océanographie, géographie, géomagnétisme, météo, biologie, zoologie, ou botanique). Il témoigne de son expérience dans « The Home of the Blizzard, the Story of the Australasian Antarctic Expedition, 1911-1914”, un ouvrage publié en1969. La cabane principale de l’expédition, couverte d’une charpente en pin d’Orégon, habillée de panneaux de pin de la Baltique, ouverte aux couches de neige, a finalement résisté aux agressions des blizzards, et des années. Une équipe d’Australiens a commencé à rénover l’édifice. En attendant ces touristes qui souhaitent connaître la solitude des explorateurs de confins glacés.( 2) (3)

First Australian Antartic expedition – 1911 – 1914

(Souce: State Library of New South Wales.)

Les panoramas antarctiques sont en hausse. Le continent, qui s’est ouvert au tourisme à la fin des années 60, attire de plus en plus d’amateurs. Selon l’International Association of Antarctica Tour Operators, le nombre de touristes annuels est passé de quelques centaines à 30.000, quarante ans plus tard. En 2007-2008, plus de 33 000 visiteurs ont débarqué sur le continent Antarctique, ou l’ont approché par voie maritime ou aérienne. En tête, les Américains, suivis par les Anglais, les Allemands, et les Australiens. La saison passée, 860 Français, ont fait le voyage vers le « grand sud ». La saison touristique, courte, s’étire pendant l’été austral, de novembre à fin février. Les voyagistes français proposent des séjours à partir 5.500 Euros. Pas donné le bonjour du manchot austral.

M.J

(1) “Hut at the icy end of the world draws tourists”, Pauline Askin, Reuters, January 30, 2009

http://www2.canada.com/news/world+draws+tourists/1231913/story.html?id=1231913

(2) « Plan de Gestion Pour le Site et le Monument Historique N°77 et la Zone Gérée Spéciale de l’Antarctique N°3 Cap Denison, Baie du Commonwealth, Terre Georges V, Antarctique Oriental », http://www.ats.aq/documents/recatt/Att209_f.pdf

(3) “Saving Mawson’s Hut”, Simon Mossman, Geographical, Janvier 2008.

http://www.geographical.co.uk/Magazine/Mawsons_Hut_Jan_08.html


Publié le 6 mars 2009 par marlene dans Pôles.
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