Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Capannori, un label pour le « Zero Waste ».

 

Bonjour,

 

En 2007, la petite ville de Capannori en Toscane , une région située au Centre-Ouest de l’Italie, choisit l’option « Zero Waste ». « Zéro Déchet ». Cette stratégie, qui secoue le concept d’une poubelle bonne à tout recevoir, vise à éliminer la production de déchets superflus, et à recycler ceux qui s’accrochent à notre quotidien. Depuis 6 ans, et le début de cet engagement, la communauté de Capannori, environ 46.000 âmes, a réduit de 30% sa production annuelle de déchets. Elle recycle 82% des rejets de ses habitants. La population, convertie à cette transition écologique et impliquée dans le processus, a permis cette petite « révolution des poubelles ». Tout commence en 1997, un projet d’usine d’incinération, prévu en périphérie de Capannori, commence à fabriquer une assemblée de contestataires. Rossano Ercoloni, instituteur de métier et sensible aux options écologiques, est un résistant engagé. Il réunit ses concitoyens, les informe sur les désagréments et les risques liés au processus d’incinération. Mais Rossano Ercoloni voit aussi plus loin. Depuis 2007, la ville, en avance un calendrier qui prévoyait 70% de déchets recyclés en 2015, vise  le « Zéro Waste » à l’horizon 2020. (1) (2) (3)

 

Ojectif éthique.

 

 « Zero Waste » est une vision qui développe une stratégie et des moyens pour éliminer les déchets. L’élimination plutôt que la gestion. Cette réflexion  considère que les résidus produits par nos sociétés signalent l’inefficacité de notre système de production. Ils témoignent aussi d’un manque de solidarité vis-à-vis des générations à venir. Ce sont elles  qui devront gérer les conséquences environnementales de l’accumulation de nos rejets. L’alternative « Zero Waste » nous propose de repenser nos sociétés, et leur fonctionnement. Elle ambitionne de faire disparaître les déchets superflus. Et donner une seconde vie aux autres : réutiliser, réparer,  recycler, ou convertir en compost, une transformation qui permettra de les introduire à nouveau dans le système. Et tout ce qui ne peut pas être réparé, recyclé, ou réduit en compost, doit être à nouveau conçu et remplacé pour pénétrer sur le marché, ou interdit. (4)  Sur le site Zero Waste International Alliance, la définition qui fait autorité ajoute une dimension vertueuse au projet : « Zéro déchet est un objectif éthique, économique, efficace et visionnaire, pour guider les gens vers un changement de mode de vie et des pratiques qui imitent les cycles naturels durables, où tous les matériaux mis au rebut sont destinées à devenir des ressources à utiliser par d’autres. ». Elle insiste sur les bénéfices de cette pratique : « La mise en œuvre du Zéro Déchet permettra d’éliminer tous les rejets dans le sol, l’eau ou l’air qui sont une menace pour la planète, l’humanité, le règne animal ou végétal ».

 

Réduire les déchets qui résistent.

 

Les rues de Capannori, désormais débarrassées de leurs vieilles poubelles, obéissent à une collecte des ordures au porte-à-porte. Chaque famille reçoit containers et sacs plastiques de différentes couleurs,  afin de séparer et trier les déchets. Et si l’on se trompe de bac ou de sac, celui au contenu inapproprié qui reste sur le bord du trottoir, on se fait expliquer à nouveau. Mais cela n’arrive plus. Entre 2004 et 2007, cette formule de tri sélectif a permis de recycler près de 257.000 tonnes de déchets. La quantité de déchets résiduels, ceux qui résistent au tri, a été réduite de 10.000 tonnes. La collecte de papiers usagés, puis recyclés, aurait épargné quelques milliers d’arbres, économisé près de 3 millions de litres d’eau, et évité plus de 900 tonnes de rejets de CO². Le gain financier de cette collecte sélective – estimé pour l’année 2007 sur la base du coût moyen d’une tonne de déchets non triés dans la province de Lucca – s’élèverait à plus de 2 millions d’Euros. Ce système de ramassage a encore permis de créer une trentaine d’emplois. Et le fait de dispenser la ville d’une infrastructure classique a encore fait baisser les taxes sur les ordures ménagères. (5) La distribution de sacs gris, destinés aux déchets non recyclables, dotés d’un système de reconnaissance et de pesage, devrait permettre de taxer chaque famille, en fonction du volume annuel produit. Une incitation à réduire un peu plus. Nouvel objectif de ce « Zero Waste », analyser les déchets non recyclés, les 18% restants, pour en connaître la cause, et minimiser leur empreinte. Une partie de la réponse pourrait se trouver en amont, dans une chaine de production encore très accroc aux plastiques et aux emballages. Et pour éviter le superflu, Capannori est en guerre contre l’eau achetée au supermarché, et les bouteilles plastique qu’elle suppose. La municipalité, qui fait campagne pour l’eau distribuée dans la ville, a fait restaurer et purifier une quinzaine de fontaines publiques. Dans les écoles et les administrations, on boit désormais de l’eau du robinet. (1)

 

L’exemple du Sud.

 

Capannori a fait école . En Italie, 123 municipalités ont engagé plus de 3 millions d’habitants dans une stratégie « Zéro Waste ». Le modèle est imité dans une centaine de villes espagnoles, au Pays basque et en Catalogne. En 2002, les décharges de la province basque de Guipuzcoa débordent, les Autorités proposent deux incinérateurs. Trois villes, Usurbill, puis Hernani et Oiartzun, adoptent le « Zero Waste ». La collecte au porte-à-porte de ces déchets urbains triés dépasse aujourd’hui  70% du total. Dans les pays de l’Union européenne, environ 40% des rejets ont droit à une seconde vie, environ 40% finissent à la décharge, et le reste est détruit par incinération. L’Europe, dont les structures soutiennent assez mollement le recyclage au profit de l’incinération, s’est cependant engagée à reconvertir la moitié des déchets municipaux solides en 2020. En avril dernier, Rossano Ercoloni a reçu le Goldman Environmental Prize, prestigieux prix d’environnement, pour sa vision éclairée de la gestion des déchets, et son travail de terrain. En 2013, il préside le mouvement Zero Waste Europe.

 

M.J

 

 

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(1) “Pioneering Italian Town Leads Europe in Waste Recycling”,Silvia Giannelli, IPS,17-05-2013 http://www.ipsnews.net/2013/05/pioneering-italian-town-leads-europe-in-waste-recycling/

(2) « Rossano Ercolini, president of Zero Waste Europe 2013 wins the Green Nobel award », Zero Waste Europe,  Posted on 04/15/2013 http://www.zerowasteeurope.eu/2013/04/rossano-ercolini-president-of-zero-waste-europe-2013-wins-the-green-nobel-award/

(3) “Capannori :the first Italian “Zero waste” municipality”, WASMAN, Newsletter N.7- March 2011 http://www.wasman.eu/media/uploads/newsletters/7th_wasman_newsletter.pdf

(4)« Principles ZW Europe », Posted on 05/08/2009 http://www.zerowasteeurope.eu/about/principles-zw-europe/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié le 13 juin 2013 par marlene dans déchets,pollution.,Préjudice écologique,Recyclage
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Agriculture mondiale: de l’eau, de la terre, et des options.

Bonjour,

Avocats du Chili, Kiwis de Nouvelle Zélande, haricots verts du Kenya, mangues du Brésil, poires d’Afrique du Sud, la terre qui produit ce que nous mangeons se trouve souvent à quelques heures d’avion. Y compris pour quelques denrées plus essentielles, les céréales ou le riz. A plus grande échelle, 16% de la population mondiale se nourrit de produits agricoles importés. Dans les pays d’Afrique du Nord, du Moyen Orient, ou d’Amérique andine, plus de la  moitié de la population dépend  de denrées produites à l’extérieur des frontières.  Une étude menée par des chercheurs du Postdam Institute for Climate Impact Research, en Allemagne, examine la dépendance des pays au marché alimentaire mondial. (1) Quels pays sont capables de produire la nourriture consommée par leur population ? Et quels pays seront capables de le faire à l’horizon 2050 ? Cette recherche interroge la productivité agricole, l’évolution démographique, et le développement de l’agriculture en fonction des ressources en terre et en eau de chaque pays. L’étude n’intègre pas les effets du réchauffement climatique.

Bien que beaucoup de pays choisissent d’importer de la nourriture, 66 pays dans le monde n’ont ni les terres, ni les ressources eau suffisantes pour subvenir aux besoins de leur population.  Dans une vingtaine de pays, c’est l’eau qui fait défaut. Et dans plus d’une soixantaine, c’est la terre qui manque.  Certains pays sont proches des limites. Celle des terres disponibles au Bengladesh, en Egypte.  Celle de l’eau en Slovénie. Ou les deux, en Espagne. Sur les 950 millions de personnes qui dépendent de ressources produites à l’étranger, environ le tiers ne pourra jamais compter sur l’agriculture nationale, par manque d’eau et par manque de terre. Une gestion plus efficace de la ressource n’y changerait pas grand-chose.

La dépendance au marché alimentaire mondial répond aussi à une stratégie nationale.  Une grande partie des pays andins et scandinaves importe des produits agricoles, qui pourraient souvent être produits sur place. Ce choix peut permettre au pays de développer d’autres secteurs de l’économie, ou de protéger ses écosystèmes. Cette option peut également révéler un manque de capitaux pour investir dans l’agriculture, un déficit de main d’œuvre, une absence de savoir-faire. Deux exemples, cités en introduction de cette étude, donnent la mesure du gain environnemental des pays importateurs. La quantité d’eau utilisée dans les pays exportateurs pour satisfaire la consommation des Etats-Unis excède les 70 km3. Les importations agricoles du Japon, de la Chine, et du Mexique mobilisent environ 30 millions d’hectares (30 Mha ) dans les pays producteurs. A l’opposé, les Etats d’Afrique du Nord et de la péninsule arabique sont, par manque de ressources, incapables de produire ce qu’ils consomment.  

A l’horizon 2050, 5,2 milliards d’individus pourraient dépendre de denrées alimentaires importées. Un scénario extrême porté par la croissance démographique, qui désigne plus de la moitié de l’humanité du milieu du siècle. Le nombre de pays à forte population dépendante devrait lui aussi augmenter.  Mais la démographie n’explique pas tout. Plus important, les stratégies développées par les Etats. Les pays de l’espace tropical et subtropical peuvent décider d’importer plus de nourriture, et accroître la population dépendante, opter pour une meilleure productivité, ou augmenter l’espace agricole. La Chine, le Brésil, ou le Royaume Uni peuvent augmenter la productivité et étendre l’espace agricole. D’autres pays, comme le Chili, ne pourront qu’augmenter la surface des terres cultivables. Beaucoup d’Etats africains et du Moyen Orient ne pourront qu’améliorer la productivité. Un autre groupe devra combiner les deux stratégies, l’Arabie Saoudite, le Mali. Et d’autres, la Bolivie, le Niger, ou la Somalie, n’auront d’autre choix que d’accroître leurs importations. Et leur dépendance au marché international. A l’horizon 2050, plus d’un milliard d’individus, habitant les pays les plus démunis, principalement en Afrique, pourraient être exposés à une insécurité alimentaire durable. Sauf s’ils réussissent le pari d’améliorer la productivité, d’étendre leurs récoltes. Et/ ou d’importer des produits agricoles d’autres pays. 

Une hausse de la productivité agricole en Europe, en Russie, en Asie, en Amérique, en Australie, tout à fait envisageable, pourrait gonfler les stocks destinés à l’exportation, et soulager les pays dépendants à condition d’éviter les spéculations du marché. A l’échelle mondiale, une réduction du gaspillage alimentaire, un changement des comportements alimentaires – moins de viande -, une gestion plus efficace et plus respectueuse des terres agricoles pourraient encore alléger cette projection.

M.J

 

Une carte illustre les scénarios développés :

(1)“Spatial decoupling of agricultural production and consumption: quantifying dependences of countries on food imports due to domestic land and water constraints.”, Marianela Fader1,4, Dieter Gerten1, Michael Krause2, Wolfgang Lucht1,3 and Wolfgang Cramer4, Environmental Research Letters, Volume 8, Number 1, 26-03-2013 http://iopscience.iop.org/1748-9326/8/1/014046/article


Publié le 31 mai 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,eau
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Le péril du petit koala dans le bush australien….

 

Bonjour,

 

« Je n’aime pas les koalas. Ces sales bêtes, aussi hargneuses que stupides, n’ont pas un poil de gentillesse. Leur comportement social est effroyable – les mâles n’arrêtent pas de se tabasser ou de voler les femelles de leurs semblables. [...] Leur fourrure est infestée de vermine. Ils ronflent. Leur ressemblance avec les nounours est une vile supercherie. Il n’y a rien de bon chez eux. Sans parler du fait qu’un jour, un koala a essayé de me jouer un tour pendable. » (1) écrit Kenneth Cook dans son recueil de nouvelles australiennes, le « Koala tueur ». L’auteur, qui tente de décrocher un koala de son arbre, nourrit sa haine au gré d’un duel assez drôle.  Mais triste revers de l’histoire, ou vengeance posthume de Kenneth Cook décédé il y a quelques années, le koala est devenu une espèce menacée de disparition en Australie. Autrefois chassé par les colons Européens pour la qualité de sa fourrure, plus de trois millions de peaux auraient alimenté ce commerce, une partie de l’opinion australienne s’émeut aujourd’hui du déclin des populations de koalas. Il y va aussi de l’image d’un pays qui a fait du koala sa mascotte. L’Australian Koala Foundation (AKF), une ONG qui s’emploie à regonfler les effectifs et à promouvoir son statut d’espèce menacée, estime qu’il reste sans doute moins de 80.000 koalas dans les paysages australiens. Peut-être même moins de 43.000. Au début des années 2000, ces populations comptaient environ 100.000 individus. Perché dans son eucalyptus, qui lui sert à la fois de garde-manger et d’abri, le koala n’est pas toujours facile à compter. (2)

Marsupial et dormeur.

Kenneth Cook a raison, pourtant surnommé « koala bear » par les pionniers, le koala n’est pas un ourson. C’est un marsupial herbivore, espèce endémique de l’Australie, qui descend probablement du wombat, autre marsupial qui vit dans les forêts de mangrove. C’est un mammifère, aux incisives pointées vers l’avant, qui pèse entre 5 et une quinzaine de kilos, selon les sexes, et selon les régions. Il présente une fourrure plus ou moins grise, et plus ou moins épaisse. Le Koala du New South Wales ne ressemble pas tout à fait au koala du Queensland, qui ne ressemble pas tout à fait au koala du Victoria.  Son habitat s’étend du Nord du Queensland jusqu’au Sud-Est de l’Australie du Sud. Il vit dans l’Est du Queensland, se disperse à l’Ouest; dans l’Est du New-South Wales, sur la frange côtière ou dans les plaines de l’Ouest, dans le Victoria, et dans le Sud-Est de l’Australie du Sud. (3) Kangaroo Island, en Australie du Sud, est une extension un peu particulière de cet habitat. Introduit dans les années 1920, le koala y a proliféré, jusqu’à devenir indésirable sur l’île. Partout, le koala vit là où les arbres assurent son existence. Il adore les feuilles d’eucalyptus, pauvres en nutriments, qui lui apportent l’hydratation nécessaire à sa survie mais peu d’énergie. Il en consomme 500 g par jour en moyenne, jusqu’à un kilo pour les plus voraces. Coincé entre deux branches d’arbre, il dort, beaucoup, jusqu’à 20 heures  par jour. Le koala est attaché à son territoire, deux à trois hectares et quelques arbres, qu’il partage avec d’autres.  Certaines études le prétendent aussi solitaire. Chaque année, une femelle peut donner naissance à petit. Il vivra une petite vingtaine d’années en liberté, dans un habitat préservé. (2) (4) (5)

Habitat et climat.

Depuis la fin du XVIII° siècle, et l’arrivée des colons en Australie, l’AKF estime que 80% de l’habitat naturel des koalas a disparu. Ce qui reste s’étend majoritairement sur des propriétés privées. Depuis deux décennies, les sécheresses, les incendies dans le bush, le défrichage des terres agricoles, l’exploitation des forêts, celle des mines, et la croissance des villes australiennes continuent de grignoter l’habitat des koalas. Le réchauffement climatique inquiète particulièrement les spécialistes. La décennie passée, qui a vu son lot de canicules, d’inondations et de cyclones, semble donner un avant- goût de la nature des changements à venir en Australie. Des températures plus élevées, d’autres sécheresses, et d’autres feux de forêts pourraient encore réduire l’espace de vie des koalas. Le koala résiste difficilement à une température supérieure à 37°C. Il craint la déshydratation. Ses déplacements lents le rendent particulièrement vulnérable aux incendies dans le bush. Le changement de climat, qui devrait réduire le stock de nourriture disponible, pourrait affecter la qualité nutritive et hydrique des feuilles consommées. Pendant ce temps, d’autres koalas sont exposés à une mort plus violente. (2) (4) (6)

Voitures et chiens.

Dans le Queensland, les voitures seraient la principale cause du déclin des populations de koalas. La mutation des paysages australiens, qui force les marsupiaux à quitter leur territoire en quête de nourriture, ou d’un compagnon, les pousse aussi à traverser les routes. Dans le Queensland et le New South Wales, les véhicules qui accompagnent l’exploitation minière multiplient l’occasion d’un accident. L’attaque des chiens, sauvages et domestiqués, est une autre cause majeure de mortalité. Selon l’AKF, la route et les chiens provoqueraient la mort d’environ 4000 koalas chaque année. Dans le Queensland, les chiens et les maladies – conjonctivites, sinusites, pneumonies, infection de chlamydia, ou rétrovirus du koala – sont l’autre grande menace, après les accidents de la route. Perte d’habitat, accidents, attaques de chiens, maladies, l’AKF estime que les populations de koalas auraient diminué de 40% dans le Queensland, et d’un tiers dans le New South Wales au cours des deux dernières décennies. (2) (4) (6)

D’espèce parasite à espèce vulnérable.

A Kangaroo Island, la situation est un peu différente. En 2001, l’île compte environ 27.000 koalas, une invasion. Multiples et voraces, ils sont accusés de détruire leur habitat, et les paysages d’une île très fréquentée par les touristes. En 1997, le gouvernement d’Etat initie une vaste campagne de stérilisation, 10.000 koalas sont castrés. Un peu moins de 4000 sont déplacés dans le Sud-Est de l’Etat. En 2011, le Département de l’Environnement révèle que la population de koalas s’est réduite à 13.000 individus au cours de la décennie écoulée. Un rétrovirus – lié au cancer du koala, lymphome ou leucémie -, actif sur les autres populations d’Australie, est détecté sur l’île que l’on pensait épargnée. Hypothèse de recherche, introduit au Nord, le virus se serait lentement déplacé vers le Sud de l’Australie. La maladie évoque l’hécatombe provoquée par le cancer de la bouche chez les diables de Tasmanie. Mais sans véritable menace d’extinction dans cette partie de l’Australie. (7)(8) En 2001, le koala qui abonde à Kangaroo Island est  listé comme l’une des 8 espèces parasites, « pest species », d’Australie sur le rapport environnemental du Commonwealth. (3) Il est aujourd’hui classé « Vulnérable » dans le Queensland et dans le New South Wales, et « Rare » en Australie du Sud. L’AKF a fait pression sur le gouvernement australien pour que le koala obtienne le statut « d’espèce vulnérable menacée d’extinction » en 2012. (2) La même année, il devient « espèce vulnérable » sur la liste rouge de l’IUCN.

M.J

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(1) Le koala tueur et autres histoires du bush, Kenneth Cook, Traduit de l’anglais (Australie) par Mireille Vignol, Autrement, 2009 – Le Livre de poche, 2011. 

(2) Australian Koala Foundation, About koala, Education resources https://www.savethekoala.com/

(3) The IUCN Red List of Threatened Species, Phascolarctos cinereus, http://www.iucnredlist.org/details/16892/0

(4) Koala, Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Koala

(5) Koala, Dinosoria.com, http://www.dinosoria.com/koala.htm

(6) The Clock Is Ticking on Koala Conservation, Neena Bhandarihttp://www.ipsnews.net/2013/04/the-clock-is-ticking-on-koala-conservation/

(7) « Retrovirus threatens Kangaroo Island koalas » , Catherine Hockley, The Advertiser, 29-09-2011  http://www.theaustralian.com.au/news/breaking-news/retrovirus-threatens-ki-koalas/story-fn3dxity-1226151046413

(8)Spread of koala retrovirus in Australia, Virology blog,  07-11-2012http://www.virology.ws/2012/11/07/spread-of-koala-retrovirus-in-australia/

 

 

 

 

 


Publié le 27 mai 2013 par marlene dans Australie,Biodiversité,Climat,Ecosystèmes.
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Les forêts au menu de la FAO…

 

Bonjour,

Quelques millions de personnes dans le monde vivent, directement ou indirectement, de la forêt. Ils en consomment les fruits, les noix, les champignons, les insectes, les feuilles, ou le miel produit par les abeilles. Ils en commercialisent les aliments. Ils y travaillent ou tirent bénéfice de l’exploitation de ces écosystèmes. Lors d’une conférence internationale qui s’est tenue à la mi-mai, la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture – place la forêt au cœur d’une stratégie mondiale de sécurité alimentaire. Ces écosystèmes, qui nourrissent et emploient une partie de l’humanité, pourraient nous rapprocher un peu plus des Objectifs du Millénaire qui visent à réduire de moitié la pauvreté et la faim dans le monde à l’horizon 2015. Pour servir cette vision, la FAO définit quelques priorités. Au plus près du terrain, il s’agit d’encourager les petits exploitants qui tirent profit des arbres et des systèmes forestiers, de soutenir ces initiatives par le micro-crédit. Pour cela, il faut améliorer l’accès aux arbres et aux terres, en sécurisant les systèmes fonciers. La FAO veut remodeler une forêt productive, un espace fertile aux ressources en eau et aux sols préservés. Cette forêt qui fonctionne est aussi un régulateur climatique, paramètre important de la production alimentaire. Près des côtes, les zones humides boisées et les systèmes de mangrove, qui protègent des inondations, sécurisent l’accès à la nourriture. La mangrove, qui apporte de l’eau douce aux forêts et aux populations, pèse dans cette stratégie. Enfin, des forêts en bonne santé conditionnent la qualité d’une pêche fluviale et côtière. (1)

 

Une vidéo de la FAO nous emmène dans les forêts d’Afrique centrale, où le gibier représente 30 à 80% de la consommation de protéines des ménages ruraux. Le commerce de cette viande de brousse est aussi un moyen de gagner de l’argent. Ici, la forêt est source de protéines apportées par la viande de gibier et les insectes, de vitamines contenues dans les feuilles, d’énergie produite par le bois qui sert à cuisiner, et de revenus. Près de 90% de ceux qui font commerce de produits forestiers sont des femmes. Elles utilisent leurs gains pour payer les frais scolaires des enfants, pour acheter des aliments de base et des médicaments. Certaines profitent des ressources de la forêt pour développer un petit business. Au Cameroun, le négoce des cinq principaux produits forestiers non ligneux génère 34 milliards de dollars, et emploie, directement et indirectement, plus de 300.000 personnes…

M.J


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(1) « La contribution des forêts à la sécurité alimentaire et à la nutrition mérite plus d’attention ». La Conférence sur les forêts pour la nutrition appelle à sécuriser les régimes fonciers pour les petits exploitants. FAO. Rome, 16 mai 2013. http://www.fao.org/news/story/fr/item/176247/icode/

« Les forêts au service de la nutrition et de la sécurité alimentaire », http://www.fao.org/docrep/014/i2011f/i2011f00.pdf

 

 

 


Publié le 21 mai 2013 par marlene dans Afrique,Alimentation,faim,FAO,Objectifs du Millénaire.
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Les pays émergents en guerre contre les petites poches plastique…

 

Bonjour,

A Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, l’Harmattan fait voler les sacs plastique le long des grandes artères poussiéreuses de la ville, les promène en nombre dans les quartiers résidentiels, les plaque soudain sur un tas d’immondices, et les accroche aux branches des rares arbres de la sebkha, donnant l’illusion d’une floraison aérienne et multicolore. D’après Mohamed Yahya, le Ministre de l’Environnement interrogé par la BBC, ces poches plastiques qui tracent partout dans la ville seraient responsable de la mort de 70% des animaux qui habitent la capitale, bovins et ovins. D’après les statistiques officielles, le plastique représente plus du quart des détritus qui s’amoncellent chaque année dans Nouakchott. (1) Ces plastiques ne sont pas collectés, la plupart finissent dans le désert, dans l’océan Atlantique, dans le ventre d’un poisson ou d’un mammifère marin. Le 1er janvier dernier, après un moratoire de 6 mois, la Mauritanie a finalement interdit l’usage de sacs plastiques. Quiconque les utilise, les fabrique, ou les importe encourt jusqu’à un an de prison. Pour faire oublier la mauvaise habitude du sac plastique généreusement distribué par tous les commerçants, le gouvernement, les ONG, et l’UNDP – le Programme des Nations Unies pour le Développement – sortent le sac biodégradable, celui qui disparaît dans la nature. Le Mali, où les sacs plastiques obstruent les systèmes d’évacuation des eaux, créant des inondations, a suivi la Mauritanie. Pollution visuelle, pollution urbaine, problème sanitaire, depuis une dizaine d’année déjà, l’Afrique est engagée dans cette guerre contre le plastique. (1)(2)

 

Le paradis du moustique.

Dès 2003, l’Afrique du Sud interdit le sac plastique polyéthylène haute densité (PEHD), les plus fins du marché. Ces sacs, de mauvaise qualité, volatiles, rarement utilisés deux fois, sont aussi les premiers à être frappés d’interdiction. L’Afrique du Sud instaure encore un impôt sur les sacs plus épais, le polyéthylène basse densité (PEHD). C’est un produit plus souvent épargné par les interdictions, qui coûte cher aux boutiques,  qui peut servir plusieurs fois. Cette nouvelle loi impose aux détaillants de vendre les sacs plastique, pas de les donner. En 2005, l’Erythrée, le Rwanda, la Somalie – et le Somaliland –  bannissent à leur tour l’utilisation de la petite poche plastique. En 2006, la Tanzanie – et Zanzibar – légifèrent contre le sac PEHD. En 2007, l’Ouganda interdit l’importation et la circulation du sac d’emballage, et ajoute 120% de taxes sur la version plus épaisse. Le Kenya, fatigué des plastiques qui jonchent les aires résidentielles de Nairobi, qui s’accumulent  dans les bouches d’évacuations de la ville, impose des restrictions similaires. Fin 2011, le Burkina Faso lance une vaste campagne pour débarrasser les rues de Ouagadougou de ces poches plastique, qui gorgées d’eau pendant la saison des pluies, se transforment en paradis du moustique, porteur potentiel du paludisme. (3)(4)(5)

 

Lois répressives.

Le début de cette guerre à fronts multiples commence sans doute au Bengladesh, après l’inondation très meurtrière de 1998. Les sacs plastiques, accumulés  dans les réseaux d’évacuation, ont empêché les eaux de s’écouler, amplifiant le désastre. Les Autorités interdisent alors l’usage des poches plastiques, peu à peu remplacées par des sacs en toile de jute, plante abondante au Bengladesh. (3) Le site « Plastic Bag Ban Report »  , établit une géographie mondiale de ce front contre le sac plastique, et actualise la situation d’une trentaine de pays. La législation est répressive, pas toujours simple à mettre en place, exemples. En 2012, la ville de New Delhi interdit de fabriquer,  d’importer, de stocker, de vendre, ou de transporter toute sorte de sac plastique dans la ville. En 2002, l’Inde a déjà imposé une épaisseur minimale à ces sacs. Exception tolérées à New Dehli, les poches destinées à recevoir des déchets biomédicaux, celles enveloppant des produits alimentaires, lait, huile, farine, et les tasses en plastique utilisées par les vendeurs de thé. Dans cette ville de 17 millions d’habitants, la législation étouffe aussi l’industrie du plastique, mettant en péril des centaines de milliers d’emplois. Une précédente loi de 2009 n’avait guère eu d’effets. Cette fois, les contrevenants s’exposent à une peine maximale de cinq années de prison, assortie d’une amende équivalente à 1800 dollars. (6) En aout 2010, la grande métropole du continent américain, Mexico, interdit aux détaillants d’envelopper les marchandises d’un sac plastique, attention à ceux qui le distribuent gratuitement. C’est le grand retour annoncé du cabas à provisions et du chariot de courses. Et pour les sacs encore en circulation, invitation à la réutilisation et au recyclage. (7) En 2008, quand la Chine proscrit la poche plastique, version fine, 3 milliards de sacs circulent chaque jour dans le pays. Une production équivalente à 36 millions de barils de pétrole annuels.  Les sacs, devenus payants, ne le sont guère que dans les supermarchés et les grands magasins. Mais, après quatre années d’interdiction et le déclin progressif de l’addiction au sac plastique, la Chine n’a toujours pas gagné la bataille. La quasi-totalité des fermiers, qui vendent leur production sur les marchés, la proposent dans des sacs plastique.(8) Début 2013, le Pakistan interdit de fabriquer, de vendre, et d’utiliser des sachets non dégradables. De fait, il ne s’agit pas de se passer de plastique, mais de le produire « oxo-biodégradable », une technologie qui accélère la décomposition. (9)

 

Haïti.

En octobre 2012, Haïti interdit l’importation, la production, et la commercialisation de sacs en polyéthylène et  bannit les conteneurs alimentaires en polystyrène.  Même s’il semble difficile de se débarrasser des tasses, des assiettes, et des plateaux polystyrène importés de la République dominicaine voisine, place aux plastiques biodégradables. Le pays déjà malmené par les conséquences interminables du tremblement de terre de janvier 2010, veut protéger ses côtes, ses plages, et sa mangrove de l’invasion plastique. Celle qui obstrue les systèmes d’évacuation, créant des inondations dans les quartiers les plus pauvres, est déjà de trop. Exception à la règle, les sacs plastiques destinés à l’eau potable, finalement autorisés après une mobilisation  populaire. Mais dans ce vaste chantier de reconstruction, le plastique révèle d’autres utilités. Initié dans le cadre du Haïti Communitere, le projet « Ubuntu Blox » , utilise le plastique comme matériau de construction.  L’équipe engagée court les rues de Port au Prince, ramasse les conteneurs alimentaires, retire les films plastique des canaux et des bouches d’évacuation, les rassemble dans un point de collecte. Les résidus plastiques, emballés dans des sacs de riz, sont compressés de façon à former des briques standard. L’an dernier, le travail d’une vingtaine de femmes a permis d’édifier une maison à partir de ces plastiques recyclés. (10) Fierté du concepteur, Harvey Lacey, un Texan, la construction offre aussi une résistance aux tremblements de terre. Mais le concept « Ubuntu Blox », qui l’avantage de réduire la pollution plastique, de pallier le manque de matériaux de construction, de produire local, et sans doute de créer des emplois, colle-t-il vraiment à une conception haïtienne de l’habitat ? De toute façon, le matériau devrait bientôt manquer…

 

M.J

 

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(1)« Mauritania bans plastic bag use », BBC World Africa http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-20891539

(2) « Les sacs plastiques interdits pour sauver l’environnement »
Mohamed Abderrahmane, Nouakchott, 21-01-2013, IPS, http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=7405

(3) “Plastic bags reduction around the world”, Marrickville Council / Bagbusters, 2010 http://www.marrickville.nsw.gov.au/marrickville/internet/resources/documents/pdfs/bagbusters/around-the-world.pdf

(4) « Une guerre est déclarée aux sachets plastiques », Brahima Ouédraogo, Ouagadougou, IPS, 09-12-2011 http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=6813

(5) « Plastic bag bans around the world », BBC News, 22-02-2008, http://news.bbc.co.uk/2/hi/7268960.stm

Sur site « Plastic Bag Ban Report » : http://plasticbagbanreport.com/

(6) “Delhi High Court Refuses to Block Plastic Bag Ban” , posted by Ted Duboise, DELHI, India, November 24, 2012 (ENS) http://plasticbagbanreport.com/delhi-high-court-refuses-to-block-plastic-bag-ban/

(7) “Mexico City Bans Free Plastic Bags, posted by Ted Duboise,  2010, http://plasticbagbanreport.com/mexico-city-bans-free-plastic-bags-2/

(8)Farm Markets Still Use Plastic Bags | Plastic Bag Ban Report
BEIJING, China, 04-06-2012 (ENS)
 http://plasticbagbanreport.com/chinas-farmers-markets-ignore-plastic-bag-ban/

(9) “Pakistan Latest Country To Ban Plastic Bags” Posted by Ted Duboise ,Press Release from Pakistan EPA, Pakistan Environmental Protection Agency (Pak-EPA), 2013, http://plasticbagbanreport.com/pakistan-latest-country-to-ban-plastic-bags/

(10)”Haiti Bans Plastic Bags and Foam Containers”, Posted by Ted DuboiseHaiti, 28-09-2012 (ENS) http://plasticbagbanreport.com/haiti-bans-plastic-bags-and-foam-containers/

 

 


Publié le 19 avril 2013 par marlene dans Afrique - Environnement.,déchets,Pollution de l'eau,pollution.,Recyclage,Urbanisation
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Bambou, l’arbre magique de la forêt africaine…

Bonjour,

C’est une plante qui pousse rapidement, et même très vite, qui peut-être récoltée chaque année sans gêner la génération suivante, qui réduit l’érosion des sols, qui nécessite peu d’eau, qui génère une petite économie et des emplois, et qui peut lutter contre la déforestation. C’est une graminée de haute taille qui se prend pour un arbre. Longtemps associé à l’Asie, le continent le mieux doté avec 65% des ressources mondiales, et à la Chine où il nourrit les pandas, le bambou essaime sous les latitudes tropicales, subtropicales, et tempérées. On le trouve en Amérique du Sud, en Equateur, au Mexique, au Brésil, au Chili, et en Colombie. (1)Traditionnellement connu comme l’arbre du pauvre, il est désormais promu matériau high-tech, et rivalise avec des bois traditionnels. Il habille l’habitat individuel et l’architecture innovante,  il se déroule en parquet et en terrasse, il se convertit en meuble, et ses fibres se transforment en textile.  Si la commercialisation de ce bois, issus de plantations et de forêts naturelles, a longtemps été marginale, les acteurs du développement lui assurent aujourd’hui un certain succès. En Afrique, où le bambou couvre 2,7 millions d’hectares et essaime sur 6 pays – Ethiopie, Kenya, Nigeria, Ouganda, République de Tanzanie, et Zimbabwe -, il est désormais perçu comme un instrument de lutte contre la pauvreté. C’est en Ethiopie, pays rongé par la déforestation, que l’INBAR – International Network for Bamboo and Rattan -, teste les possibilités de la graminée.

 

Freiner la déforestation.

La déforestation, cause majeure des famines en Ethiopie, accompagne l’histoire du pays. Il y a un siècle, les forêts couvrent encore près du tiers de la superficie du pays. Dans les années 2000, elles se réduisent à moins de 4% du territoire.  Vers le milieu des années 2000, la FAO estime que 20.000 hectares de forêts disparaissent chaque année, quelques lambeaux situés dans des endroits isolés sont épargnés. La culture du café, la croissance démographique et la quête de terres agricoles ont contribué à ce processus de déforestation. Mais en Ethiopie, comme sur le reste du continent, où le bois constitue l’une des principales sources d’énergie des ménages – la seule dans les campagnes éthiopiennes -, les arbres continuent de tomber. (FAO 1999) Et bien que la consommation d’énergie d’un Ethiopien soit l’une des plus faibles au monde, la démographie nourrit la demande. A la fin des années 90, il devient urgent pour le pays de reboiser. En 2007, 700 millions d’arbres sont plantés, un record, sans pour autant stopper la déforestation. (UNEP 2007). Il y a eu d’autres tentatives de reboisement. A la fin du XIX° siècle, le pays introduit l’eucalyptus, un arbre dont la croissance rapide doit compenser la forêt perdue. Au début du XX° siècle, le pays souhaite se débarrasser de cette espèce venue d’Australie, qui demande beaucoup d’eau et épuise les sols. Sans succès. Un siècle plus tard, le bambou étale ses qualités environnementales. Il pousse sur des sols inhospitaliers ; son système de racines limite l’érosion des sols ; il restaure des terrains  appauvris ou pollués ; son feuillage favorise l’infiltration des eaux. Son rythme de croissance, de 50cm à un mètre par jour pour certaines espèces, et sa facilité à se reconstituer en font une ressource presque « renouvelable ». Il ne lui faut que 3 à 7 ans pour atteindre sa maturité, contre quelques décennies pour la plupart des essences. Il absorbe de grandes quantités de CO², et libère 30% d’oxygène de plus que les arbres. Avec une surface discontinue estimée autour des 850.000 hectares  – contre 1,5 millions dans les années 60 -, l’Ethiopie dispose de la plus importante forêt de bambous du continent africain. (1) L’INBAR, qui développe l’activité mondiale du bambou et incite à une gestion durable des ressources, lance un projet de quatre ans, (2009-2013), financé par la Commission européenne.  Il s’agit d’un échange «Sud-Sud », technologie chinoise au bénéfice des campagnes d’Ethiopie et du Ghana. Ce programme vise à faire reculer l’usage du bois traditionnel, source d’énergie des ménages, au profit du bambou. Les villageois, initiés à fabriquer du charbon de bois dans des fours qu’ils fabriquent, pourront le revendre aux consommateurs citadins. Aux femmes le commerce du bambou, utilisé comme bois à brûler. Ce programme, qui fournit des plants de bambous, initie les villageois à cette activité forestière. (2) (3) (4)

 

« Zengana Boat »

En Ethiopie, le bambou nourrit d’autres initiatives. African Bamboo , une entreprise spécialisée dans  la gestion forestière et la bio-énergie créée en 2012, pont entre les Pays-Bas et l’Ethiopie, compte développer la fabrication de meubles, de panneaux compressés, et de terrasses extérieures destinés à l’exportation. Et produire des briquettes de charbon pour le marché intérieur. L’entreprise compte déjà plus de 150 emplois permanents. Le continent regarde. Le 15 mars dernier, les dirigeants d’une douzaine de pays africains  se sont réunis à Addis Abeba, la capitale de l’Ethiopie, pour envisager le potentiel du bambou. A cette occasion, Ato Sileshi Getahun, Ministre d’Etat en charge de l’agriculture et à la tête du Conseil de l’INBAR, a déclaré : »Le bambou est considéré comme la plus importante stratégie à forte croissance pour reboiser les régions montagneuses dégradées du pays ». (4) Plus modestement, à Chewsa Kebele, dans la région d’Amhara au Nord de l’Ethiopie , quelques jeunes gens promènent les touristes sur le lac Zengana, à bord d’embarcations circulaires  d’inspiration asiatique, projet emmené par l’INBAR. Achamyeleh, un jeune garçon de 25 ans, est l’un de ces petits entrepreneurs : »Je pensais bien commencer un petit business, mais les bateaux en bois et en métal sont trop chers.(…) Quand j’ai entendu que l’on pouvait fabriquer un bateau en bambou en deux jours seulement pour transporter plus de deux personnes, il fallait que je voie par moi-même. En une saison, le bateau est remboursé, et je projette d’en construire d’autres.» (5) Le « Zengana Boat » navigue désormais sur d’autres lacs de la région du Grand Rift Oriental africain, de Madagascar, et du Mozambique.

 

M.J

 

 

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(1) 2. Extent and characteristics of bamboo resources, Global Forest Resources Assessment 2005, FAO 2005 ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/010/a1243e/a1243e03.pdf

(2) “Ethiopia Leads the Bamboo Revolution”, Ed McKenna, IPS, Addis-Ababa, 08-03-2013 http://www.ipsnews.net/2013/04/expanding-ethiopias-bamboo-sector/

(3)“In Africa’s Vanishing Forests, the Benefits of Bamboo”, Tina Rosemberg, Opinionator, blog NewYork Times, 13-03-2012 http://opinionator.blogs.nytimes.com/2012/03/13/in-africas-vanishing-forests-the-benefits-of-bamboo/

(4) African Bamboo Workshop , INBAR, 27-03-2013 http://www.inbar.int/2013/03/african-bamboo-workshop/

(5) Bamboo Boats Float on Rural African Markets, INBAR,  27-03-2013 http://www.inbar.int/2013/03/bamboo-boats-float-on-new-rural-markets-in-africa/

 

 


Publié le 12 avril 2013 par marlene dans Afrique,énergie,déforestation,Développement durable
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Les fruits précieux de l’arganier…

 

 

 

Bonjour,

A la table des communautés berbères du Maroc, l’huile d’argan figure au menu depuis des siècles. L’arbre qui produit les noix dont cette huile est extraite, l’arganier, est un épineux endémique du Maroc et de l’Ouest algérien. Son histoire nous fait  voyager pendant plus de deux millions d’années, jusqu’à l’Ere Tertiaire. Aujourd’hui, les Berbères continuent de verser cette huile d’un jaune profond sur les couscous et les tranches de pain – elle est un aliment de base pour 90% de la population de la région d’Essaouira (1) -, pendant que les grands chefs de la cuisine mondiale en intègrent quelques gouttes à leur gastronomie. Les  médecins multiplient les compliments, réduction du cholestérol et des triglycérides contenus dans le sang,  protection contre certains cancers,  prévention des risques cardiovasculaires et du diabète. Depuis des siècles encore, les femmes berbères l’appliquent sur le visage, la peau, et les cheveux. L’huile d’argan, riche en acides gras, en vitamine E, et en antioxydant, empêche le dessèchement de la peau. Dotée de ces vertus gustatives, thérapeutiques, et cosmétiques, l’huile d’argan  part à la conquête d’un monde occidental à la fin de la décennie 1990. Elle devient à la mode. On l’importe en Europe et aux Etats-Unis, où elle fait  l’objet de brevets cosmétiques, elle s’infiltre au Japon. En quelques années, le marché de l’huile d’argan a explosé, les prix aussi. Au Maroc, un litre d’huile  alimentaire coûte environ 25 Euros, le double pour sa version cosmétique, et bien plus cher en produit importé. Tout dépend de la qualité, du packaging, et de la production  de cette région pauvre du Sud-Ouest marocain.(1) (2)

 

Des filles à l’école.

Au Maroc, l’Arganeraie  s’étire sur près de 800.000 hectares, entre les marges Sud du Haut Atlas et celles du Nord de l’Anti-Atlas. La production s’affirme dans les régions d’Agadir, d’Essaouira, de Taroudant, dans la vallée du Souss. A la fin des années 90, cette forêt compte une vingtaine de millions d’arbres, avec des densités plus fortes au Nord d’Agadir qu’aux portes du désert. L’arganier, adapté à cet espace semi-aride, supporte des températures supérieures à 50°C. Chaque arbre porte 10 à 30 kg de fruits pour une production annuelle proche des 4000 tonnes. Une manne pour cette région déshéritée, qui vit d’agriculture et d’agroforesterie. Ici, l’exploitation des arganiers est régulée par une loi sur l’usufruit qui date de 1925. La filière, d’abord éclatée en entreprises familiales, se structure en coopératives. Au début des années 2000, les coopératives marocaines emploient environ 2000 personnes. Chaque structure compte 20 à 60 femmes, dont la plupart travaillent un fruit qu’elles ont cueilli. (1) Puis l’huile est pressée à la main, décantée, filtrée, avant d’être embouteillée. Le processus est long, intense, et gourmand en matière première. Il faut plus d’une dizaine d’heures de travail et  100 kg de fèves pour produire un litre d’huile d’argan. Dans un secteur qui se mécanise, la filière manuelle reste gage de qualité. L’Union des Coopératives des Femmes de l’Arganeraie (UFCA),  qui regroupe une vingtaine de structures, porte une activité qui permet aux femmes de prétendre à un statut familial et social, grâce à un revenu régulier. Au début des années 2000, un travail à temps plein garantit environ 200 euros mensuels, presque une fortune. (1) Une étude publiée en 2011 par  l’Université américaine Cornell souligne les bénéfices de cette activité à forte valeur ajoutée. Avec l’argent de l’argan, la plupart des familles ont désormais accès à la consommation, achètent des chèvres pour augmenter leur troupeaux – ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la forêt d’arganiers -, et  envoient leurs filles au Collège d’Enseignement général. L’enquête révèle que dans les communes couvertes à plus de 65% d’arganiers, le nombre de filles à l’école a augmenté de 10% entre 2000 et 2005.(3)

Gardiens de fruits sur les arbres.

Le bénéfice social de l’argan est nuancé par une dégradation des paysages, amorcée bien avant le succès commercial. Le développement d’une agriculture industrialisée dans la vallée du Souss ; le besoin de  parcelles pour aménager des routes, des infrastructures, construire des bâtiments ; la collecte de bois pour le chauffage et la construction, ont ouvert l’espace forestier. L’étude américaine précise que la partie Sud de la forêt aurait particulirement souffert du développement  de l’agriculture irriguée, au cours des années 80 et 90. (3) En 1998, l’UNESCO  classe l’Arganeraie Réserve de Biosphère. L’ambition est de protéger  ce vaste écosystème forestier qui se déploie entre Haut Atlas et Anti-Atlas. L’arganier, assis sur un système profond de racines, doit  en principe contenir la désertification des sols. Ce territoire est aussi un laboratoire de développement socio-économique de populations, majoritairement berbères. Mais ce dispositif de protection  n’aurait pas tenu ses promesses. L’étude américaine suggère que le boom de l’argan aurait fragilisé la forêt, devenue plus claire dans sa partie Nord. Située à proximité des principaux marchés et plus attractive pour les touristes, cette forêt Nord aurait aussi été plus exploitée. Il n’y a pas eu d’investissement à long terme pour la santé des arbres, et celle de la forêt. Faute d’une stratégie de conservation, le boom de l’argan, qui a rendu la fève précieuse, a surtout suscité des vocations de gardiens de fruits sur l’arbre.

M.J

 

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(1) Potatoes in the Andes, Ethiopian Coffee, Argan Oil from Morocco and Grasscutters in West Africa”  Dieter Nill, Elke Böhnert, August 2006, Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ), Division „Agriculture, Fisheries and Food“, Sector Project „Food, People & Biodiversity, Global Facilitation Unit for Underutilized Species (GFU)

http://www.worldartisanguild.com/GTZ_Biological_Diversity_060623.pdf

 

(2) Arganier, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Arganier, Huile d’Argane, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Huile_d%27argane

(3)“Booming markets for Moroccan argan oil appear to benefit some rural households while threatening the endemic argan forest”, Travis J. Lybberta,1, Abdellah Aboudrareb, Deborah Chaloudc, Nicholas Magnand, and Maliha Nashc, Edited by Christopher B. Barrett, Cornell University, Ithaca, NY, http://www.cornell.edu/   and accepted by the Editorial Board June 22, 2011    http://www.pnas.org/content/108/34/13963.full


Publié le 29 mars 2013 par marlene dans Biodiversité,déforestation,Developpement,Monde rural.
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Eaux transfrontalières, une voie navigable.

 

Bonjour,

Le fleuve Sénégal, qui prend sa source en Guinée, arrose le Mali, la Mauritanie, et c’est à proximité des côtes sénégalaises qu’il se transforme en delta et rejoint l’Atlantique  en passant par Saint Louis . Le fleuve est aussi frontière entre la Mauritanie et le Sénégal. Près de 3,5 millions de personnes, environ 15% de la population des Etats riverains, tirent bénéfice d’un bassin qui s’étend sur 340 000 km². Le fleuve Sénégal, axe important de la traite des esclaves avant de devenir la route des bois tropicaux, raconte aussi l’histoire d’une coopération régionale au lendemain des indépendances afin de gérer les eaux de ce fleuve commun. Le Mali, la Mauritanie et le Sénégal signent plus d’une dizaine de traités. Le plus important d’entre eux, l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) remonte à 1972, alors que les pays traversés par le fleuve sont frappés par la sécheresse. L’organisation qui se structure permet la construction de deux barrages, Diama (1985) au Sénégal et Manantali (1988) au Mali, afin de refermer la parenthèse de deux décennies de sécheresse. La Guinée, qui entre-temps a rejoint ce leadership régional, rêve à son tour de barrages pour produire de l’électricité dont bénéficieraient ses partenaires. Dans un contexte qui place l’eau au cœur des rivalités à venir, l’OMVS plaide pour une gestion commune des eaux transfrontalières. Les Nations Unies, qui déclarent 2013 « International Year of Water Cooperation » , souhaitent que les eaux partagées soient prétexte à discussion, et non à conflit. Les systèmes hydrographiques transfrontaliers couvrent près de la moitié de la surface émergée du globe. Ils constituent 60%  des réserves d’eau planétaires. Et 40% de la population mondiale partage cet accès à l’eau douce avec des communautés situées de l’autre côté de la frontière. Une publication de l’UNDP  détaille « la gestion des eaux transfrontalières. » (1)

 

Bassins transfrontaliers et inégalités.

Sur le continent européen, Allemagne, Autriche, Hongrie, Pologne, République tchèque, Roumanie, Ukraine, Serbie…  pas moins de 19 pays se partagent les eaux du Danube, un record. Le bassin du Rhin associe lui 9 Etats. Le continent africain multiplie les interférences: 13 pays dépendent du bassin du Congo, 10 de celui du Nil, 11 Etats sont liés par le fleuve Niger, 9 par le Zambèze, et 6 par la Volta. L’Autorité du bassin de la Volta conduit cette association de 6 pays d’Afrique de l’Ouest.  Le système Nil , qui se déploie 3,2 millions  de km², environ 10% de la superficie du continent africain, offre un cadre de vie  à 150 millions de personnes. Ce complexe fluvial, qui relie des communautés qui vivent au Rwanda, en Ouganda, en Ethiopie, au Soudan, ou en Egypte, révèle un espace de développement humain différencié. Un système dans lequel l’eau et les limons charriés depuis l’Ethiopie ont donné vie au désert et fertilisé la région du delta. En Amérique du Sud, le bassin de l‘Amazone associe 9 pays. Le système Mékong lie le Cambodge, la Chine, le Myanmar, la République démocratique du Lao, la Thaïlande et le Vietnam. Le bassin du Gange-Brahmapoutre unit Bangladesh, Bhoutan, Chine, Inde, Myanmar, Népal. Ce partage des eaux, en principe facteur de développement pour les pays riverains,  pose la question des pays situés en amont, et en aval, du fleuve. Le système Tigre et Euphrate , qui  prend sa source dans les hauts plateaux arméniens, arrose la Turquie,  la Syrie, et l’Irak. En 1976, la Turquie lance un projet d’une vingtaine de barrages en Anatolie orientale. Il s’agit de produire de l’électricité et d irriguer près de 2 millions d’hectares de terres arides. En 1987, un accord bilatéral engage la Turquie, pays situé en amont, à fournir à la Syrie un débit suffisant pour irriguer ses cultures, et approvisionner l’Irak. Mais Syrie et Irak protestent contre une redistribution jugée insuffisante pour les cultures. L’eau consentie est de  mauvaise qualité. Entre 1994 et 2000, on enregistre une hausse des cas de fièvre typhoïde en Irak. (2) Israël, la Jordanie, et les territoires palestiniens, l’une des régions du monde les moins dotées en eau,  sont contraintes à partager la ressource . La Palestine est particulièrement dépendante de cette eau transfrontalière. Deux fois moins peuplée qu’Israël, elle doit se contenter de 10 à 15% de l’eau consommée par son voisin. Un partage inéquitable, porté par un contexte de conflit et de sécurité nationale, qui handicape l’agriculture et la vie dans les territoires occupés. Ailleurs, d’autres acteurs dominent le jeu des partages. L’Égypte dans le bassin du Nil, l’Inde dans le système Gange. Mais, même inégalitaire, la coopération domine. (1)

 

Un bilan positif, une coopération ouverte.

Le bilan d’une gestion transfrontalière des eaux – systèmes fluviaux, lacs, aquifères -, doté de son lot de tensions, est plutôt positif.  Au cours des cinquante dernières années, on ne compte que 37 incidents graves entre les Etats. Dont une trentaine au Moyen Orient. Pendant ce temps,  297 accords internationaux sur l’eau sont négociés et signés. Globalement, l’historique établi par l’Université d’Etat de l’Oregon oppose 1300 cas de coopération à un peu plus de 500 litiges. La plupart des différends portent sur la modification du débit des eaux transférées, sur l’installation d’infrastructures jouant sur ce débit, ou sur un calendrier d’exploitation de la ressource qui prive le voisinage. Plus rarement sur la pollution des eaux. Mais les tensions n’empêchent pas les accords. Dans le bassin du Jourdain, la Syrie a signé avec la Jordanie, la Jordanie avec Israël, et Israël avec les territoires occupés. Depuis 1991, le FEM , le Fonds pour l’Environnement mondial s’intéresse à une trentaine de bassins transfrontaliers dans le monde. Le Programme mondial sur les eaux internationales  évalue le terrain dans une soixantaine de régions du monde. Au-delà des menaces, note le rapport de l’UNDP, deux certitudes. Pour un grand nombre de pays, l’eau s’imposera dans les relations bilatérales, et régionales. La concurrence pour la ressource – et ses conséquences pour le développement humain – dépasseront le cadre national. Alors,  « L’eau deviendra-t-elle une source de tension accrues entre pays voisins ? » La réponse se glisse dans un cadre géopolitique plus large, ouvert ou non à la coopération. « Une chose est claire : les populations vivant dans des zones soumises au stress hydrique continueront à avoir fortement intérêt, sur le plan de la sécurité humaine, à l’adoption d’approches plus ambitieuses et moins fragmentées de la gouvernance de l’eau. », concluent les auteurs du document. (1)

M.J

 

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(1) Rapport Mondial sur le Développement humain 2006, UNDP  - Ch. 6. La gestion des eaux transfrontalièreshttp://hdr.undp.org/en/media/HDR_2006_FR_Chapter6.pdf

(2) Le Dessous des Cartes, Atlas géopolitique, Jean-Christophe Victor, Frank Tétart, Virginie Raisson, Cartographie : Frédéric Lernoud , ARTE Editions / Tallandier , 2006,  « Barrages Turcs »,  p226 à 229.

 

 

 

 

 

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Publié le 22 mars 2013 par marlene dans Actualité,eau
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So green, Vancouver!

Bonjour,

Vancouver, cité portuaire de l’extrême Sud-Ouest canadien , cultive son image de ville-paysage dans  un environnement urbain réputé pour être l’un des plus accueillants au monde. Assise sur le Delta du fleuve Fraser, elle se réfugie à l’Ouest derrière le Détroit de Georgie et l’île de Vancouver qui la séparent de l’Océan Pacifique. Au Nord, trois montagnes se couvrent de neige en hiver. Mais dans la ville, quelques palmiers témoignent de l’un des climats les plus doux du Canada. Vancouver est une métropole hérissée de buildings,  on y circule beaucoup à vélo, et la nature n’est qu’à quelques minutes de marche. Désignée par le WWF en 2011 comme une ville très engagée contre le réchauffement climatique, elle ambitionne aujourd’hui de devenir la « Greenest City 2020 »,  la cité la plus écolo de la planète. Sur le site dédié à cet engagement, Vancouver détaille un plan d’action inspiré du « One Planet Living », une stratégie destinée à ratatiner l’empreinte écologique. Vancouver, métropole de 600.000 habitants (2011)  qui continue d’attirer de nouveaux arrivants de toutes origines, veut réduire de 33%  son empreinte écologique à l’horizon 2020, par rapport à 2006. « Mais, pendant que nous vivons dans un endroit qui est largement connu comme étant la ville la plus agréable au monde, notre empreinte écologique est trois fois plus importante que ce que la terre peut supporter. », peut-on lire sur la page de présentation du projet.(1)

 

Sobriété, recyclage, et oxygène.

« Greenest City 2020 » s’attaque en priorité au carbone et aux déchets, il valorise  les écosystèmes.  Dix programmes doivent servir cette stratégie globale. La  transition vers une économie verte pendant la décennie 2010-2020 donne le ton: doubler le nombre d’emplois induits et doubler le nombre d’entreprises  en conversion. Vancouver,  déjà tournée vers les énergies renouvelables, souhaite encore réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’un tiers par rapport à 2007. Pointée du doigt, l’énergie consommée par les immeubles, 55%  des émissions de Vancouver. Marche, vélo, métro devront compter pour la moitié des déplacements en 2020. Objectif « Zero waste », ou presque. Vancouver invite ses citoyens à réduire de moitié les déchets voués à la décharge et à l’incinérateur. Le compost –  fertilisant pour une agriculture locale -, la collecte de résidus alimentaires, le recyclage, et la récupération de matériaux de construction serviront cette stratégie. Et carton rouge pour les emballages. Vancouver,  aérée par un  parc de 400 hectares, le Stanley Park , compte intégrer d’autres jardins dans l’espace urbain. Le plan annonce encore 15 000 arbres supplémentaires. Ces efforts doivent contribuer à alléger l’empreinte écologique de la ville, objectif déjà évoqué. La qualité de l’eau potable devra être l’une des meilleures au monde.  En contrepartie, la ville attend de ses citoyens  qu’ils réduisent leur consommation d’eau de 30%. De 320 litres par habitant et par jour en 2006, ils devront se limiter à 214 litres en 2020. L’air de Vancouver sera l’un des meilleurs du club des grandes métropoles, avec plus de véhicules électriques et moins de feux de bois illégaux. Enfin, en dix ans, la ville souhaite doubler la quantité de nourriture produite localement en développant les marchés fermiers, les jardins et les vergers urbains. La nourriture compte pour 49 % de l’empreinte écologique de la ville, on en reparle.(1)

 

« Pas facile d’être vert. »

Dans un blog initulé «What Does a One-Planet City Look Like?” (2), ou à quoi ressemble une ville estampillée « One-Planet ,  publié sur l’un des sites du Worldwatch Institute , Jennie Moore (3),  spécialiste des questions d’environnement à L’Institut de Technologie de Colombie britannique, annonce  d’emblée : « Ce n’est pas facile d’être vert ». Munie de sa calculette à empreinte écologique, elle examine le cas de Vancouver.  Elle additionne les initiatives listées dans le « Greenest City Action Plan » et estime que Vancouver ne pourra réduire son empreinte  écologique  que de 11,5% . Peut-être 23% en y ajoutant quelques mesures supplémentaires. Un peu court pour tendre vers les 33% annoncés, et l’objectif « One Planet Living ». Elle détaille ses calculs. (4)  A Vancouver,  la nourriture contribue donc à la moitié de l’empreinte écologique. La moitié de cette moitié est due à la consommation de viande, de poisson, et de lait. Avec un zéro pointé pour la viande rouge. Les transports, 20% de l’empreinte écologique, dont la moitié  est due aux automobilistes qui voyagent seuls.   Et si l’on ajoute le carburant consommé par les moteurs et les voyages en avion, on arrive à 90% de l’empreinte écologique causée par les transports. Les constructions, 16% de l’empreinte écologique, dont 80% résulte de l’énergie consommée pour le fonctionnement des résidences, des commerces, et des administrations. Les consommables, ce que nous achetons, représentent  12% de l’empreinte écologique de Vancouver. Dont la moitié est due au  papier , suivi par les plastiques, les déchets organiques, les métaux, le verre.  Jennie Moore  rappelle au passage qu’une redistribution égale des services rendus par les écosystèmes de la planète à chacun de ses habitants lui donne l’équivalent d’1,8 hectare.  Au-delà, l’empreinte écologique devient trop conséquente. Or, un habitant des Etats-Unis utilise l’équivalent de 9 hectares,  7 pour un Canadien. Pour coller aux recommandations du « One Planet Living », Jennie Moore estime que ces riches américains  doivent réduire leur consommation d’énergie, de biens, et leur production de déchets de 80%.

 

« Combien de végétariens vivant sans voiture connaissez-vous ? »

Alors ?  Moins de viande rouge, moins de trajets en voiture, de voyages en avion, moins de chauffage à la maison, moins d’électricité, moins d’emplettes ? Oui, mais ce ne sont pas quelques steaks de moins, et une pratique éclairée du co- voiturage qui vont considérablement nous rapprocher du « One Planet Lliving », nuance Jennie Moore, plus catégorique.  « Si « One Planet Living » est le but, une transformation radicale de nos modes de vie doit être envisagée. Et comme nous savons que les individus prisonniers d’un système ne seront pas capables d’opérer des changements spectaculaires si on ne les y incite pas – combien de végétariens vivant sans voiture connaissez-vous ? – cela veut dire que le gouvernement va être amené à jouer un rôle-clé en encourageant les choix individuels de consommation plus durables. » (2) Même loin du compte, difficile de reprocher à Vancouver une stratégie de réduction de son empreinte écologique qui doit bien commencer quelque part.

M.J

 

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(1) Greenest City 2020 Action Plan, City of Vancouver http://vancouver.ca/green-vancouver/greenest-city-2020-action-plan.aspx

(2) «What Does a One-Planet City Look Like?”, Posted by Jennie Moore on March 23 2012, Moving  Toward Sustainable Prosperity. http://blogs.worldwatch.org/sustainableprosperity/oneplanetcity/

(3)Jennie Moore est directrice du Développement Durable et de Gestion Environnementale à l’Institut de Technologie de Colombie Britannique. Elle termine un Doctorat, et travaille sur la façon de faire de Vancouver une « One-Planet’City ».

(4) Vancouver’s Ecological Footprint Based on Consumption Activity (Calculated by Jennie Moore)


Publié le 20 février 2013 par marlene dans Climat,Développement durable,Economie d'énergie,Ecosystèmes.,Urbanisation
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Les promesses du quinoa…

 

Bonjour,

 

Le quinoa est une plante, une herbacée de la famille de la betterave ou de l’épinard, qui pousse dans l’espace andin depuis probablement 7000 ans. Un rapport de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, s’intéresse à son historique. (1) Vers la fin du XVIII° siècle, la culture est repérée et décrite pour la première fois dans les Andes péruviennes et boliviennes. C’est probablement entre Bolivie et Pérou, à proximité du lac Titicaca, que le Quinoaa commencé à se développer. Les civilisation Inca et Tihuanacu le domestiquent et favorisent sa culture. Les graines nourrissent les habitants des vallées, et des régions plus sèches, plus montagneuses, et plus froides, comme celles de l’Altiplano. Car propriété essentielle du Quinoa, il supporte les climats arides, s’adapte à l’humidité, et se développe sous des températures qui vont de moins 4°C à 38°C. La conquête espagnole, qui introduit l’orge et le blé en Amérique du Sud, marginalise la culture du quinoa. C’est que les Espagnols ne connaissent probablement pas les qualités nutritionnelles du quinoa. C’est une nourriture qui présente un taux élevé de protéines, entre 14 et 22% par graine, une valeur en protéines comparable à celle du lait. Le quinoa offre l’ensemble des acides aminés essentiels à la santé, c’est une fausse céréale bien plus généreuse que le blé, l’orge, ou le soja. Sous la domination espagnole, les populations rurales andines continuent de consommer du quinoa. Dans les années 80, la crise qui secoue les économies de l’espace andin impose un développement qui s’éloigne du modèle traditionnel et privilégie les exportations. Les marchés qui s’ouvrent aux Etats-Unis et en Europe favorisent la production de quinoa. De culture traditionnelle de subsistance des communautés andines, le quinoa devient une culture d’exportation, appréciée des consommateurs de « bio ».

 

Bolivie en tête.

La Bolivie, le Pérou, et l’Equateur dominent un bassin de production qui s’étire du Sud de la Colombie à l’île de Chiloe au Sud du Chili, en passant par le Nord de l’Argentine. En Bolivie, berceau de la production, elle  reste une culture traditionnelle jusque dans les années 70. Le rapport de la FAO esquisse son aire de production. Dans l’Altiplano Sud,  elle se limite aux pentes montagneuses. Dans l’Altiplano Nord-Central, elle est intégrée au système de rotation, avec les pommes de terre et le fourrage. Dans les vallées, elle se présente comme une culture frontière, ou est associée aux légumineuses et au maïs. C’est une agriculture manuelle, principalement destinée à l’autoconsommation. L’ouverture du marché biologique international déplace les cultures des contreforts de l’Altiplano aux plaines, et mécanise la production. Dans la Bolivie des années 80, la culture du quinoa couvre 15.000 hectares. Dans les années 90, elle s’étend sur 40.000 hectares, et se stabilise autour des 35.000 hectares en 2001. (1) En 2012, la surface dédiée au quinoa pourrait avoir doublé pour atteindre les 70.000 hectares. (2) En2009, la FAO estime la production annuelle de la Bolivie à 28.000 tonnes, et 40.000 tonnes pour le Pérou. (1) En 2012, la récolte bolivienne aurait atteint 44.000 tonnes. (2) La Bolivie et le Pérou produisent aujourd’hui environ 90% du quinoa mondial. Mais, faute de données pour le Pérou, la Bolivie reste le principal exportateur mondial de Quinoa. (2) Les Etats-Unis et le Canada absorbent plus de la moitié du marché, et un tiers pour l’Europe. Cette mondialisation aurait tiré les prix du quinoa vers le haut, ils ont doublé entre 2006 et 2011. Avec pour conséquence, une chute de la consommation nationale d’environ 35% au cours de la même période, estimation du Ministère de l’agriculture de Bolivie. (1)

 

Hausse des prix, évolution des goûts.

« Le succès mondial du quinoa crée des difficultés dans le pays », titre le New York Times en mars 2011. (3) L’article rapporte une hausse des prix du quinoa, liée à la demande sur les marchés américains et européens. Avec deux conséquences. Les producteurs de quinoa, qui ont bénéficié de cette envolée, ont vu leur situation sociale s’améliorer. Ils se sont organisés.  Mais cet appétit mondial pour le quinoa, qui tire les prix vers le haut, crée aussi une rupture sociale: « Moins de Boliviens peuvent se l’offrir, obligés de se rabattre vers des produits alimentaires traités moins chers et augmentant les craintes de malnutrition dans un pays qui a longtemps lutté contre. »(3) Un sac d’un kg de quinoa coûte environ 5 fois le prix d’un kg de riz. L’article précise encore que si la mauvaise alimentation baisse au niveau national au cours des dernières années – grâce à une intervention volontariste de l’Etat dans les affaires sociales -,  la malnutrition chronique augmente chez les enfants originaires des régions de production du quinoa. Dont Salinas Garci Mendoza, région de référence. Si le prix du quinoa exclut de fait les plus pauvres, le New York Times signale aussi un changement de goût  chez les jeunes consommateurs boliviens Ils préfèrent désormais le pain blanc, un plat de pâtes ou de riz, plutôt qu’une préparation à base de quinoa, et un coca cola à la place d’une boisson traditionnelle au  quinoa. Cette évolution de la consommation, qui répond aux avances d’une nourriture industrielle, est évoquée dans d’autres articles. Les producteurs de quinoa, moins pauvres, occidentalisent leur régime alimentaire.

 

Tensions et érosion des sols.

Un autre article pointe la relation complexe  entre le développement économique de la Bolivie, et la sécurité alimentaire. Et dans cette relation, qui puise dans le contexte socio-économique et politique du pays, l’amélioration des conditions de vie des producteurs de quinoa ne peut-être ignorée. Pour l’avenir, l’auteur de l’article envisage une solution équilibrée : «  De la même façon qu’ils ont développé  l’industrie du quinoa, les producteurs et les consommateurs boliviens doivent être les catalyseurs pour développer une meilleure sécurité alimentaire, et renforcer la souveraineté. » (4) Selon le rapport de la FAO, la consommation moyenne de quinoa par habitants est de 5 kg par an, l’une des plus élevées au monde. Si elle ne suffit pas à faire reculer la malnutrition, le gouvernement d’ Evo Morales fait des efforts. Les Autorités boliviennes ont commencé à introduire le quinoa dans les petits déjeuners scolaires, et dans le menu des jeunes mères. Si le développement du quinoa a permis de freiner l’émigration vers l’Argentine ou le Chili, un autre article évoque des tensions dans les régions de production. De nombreux propriétaires, qui avaient déserté les campagnes, rentrent récupérer leurs terres afin de tirer bénéfice de cette culture d’exportation. Puis, ils louent leurs terres, s’échappent à nouveau, avant de revenir pour la récolte. Ceux-là ne contribuent  pas aux actions de producteurs, qui se battent pour le maintien d’une certification « bio », ou qui mènent des actions pour éliminer les nuisibles. Autre problème, le quinoa qui déborde de  ses champs traditionnels pour satisfaire la demande mondiale en culture certifiée, s’est développé sur des espaces inadaptés. Cette extension a provoqué une érosion des sols conquis. Le label « bio » exige des fertilisants naturels, comme les excréments d’animaux, devenus plus rares sur l’Altiplano. Il a donc fallu fouiller les sols pour enrichir les cultures en nutriments, quitte  à les appauvrir. Pour satisfaire la demande, les périodes de jachères sont plus courtes. (5)

 

Kenya et Tasmanie.

La FAO déclare 2013, « année internationale du quinoa » . Dans le rapport cité précédemment, l’organisation développe l’idée d’en faire une arme contre la malnutrition dans le monde. Réunie à Santiago du Chili début février 2013, la communauté des Etats d’Amérique latino-américains et caraïbes (CELAC) reconnait l’importance du quinoa pour la sécurité alimentaire, l’éradication de la pauvreté et la faim, grâce à ses valeurs nutritives. (6)  Si la Bolivie et le Pérou concentrent la production mondiale de quinoa, la culture essaime désormais sur tous les continents. Les Etats-Unis,  où le quinoa est  introduit les années 80 dans le Sud du Colorado, l’Equateur, et le Canada, qui le cultive dans les plaines de l’Ontario, produisent 10% du quinoa mondial. En Europe, il pousse en Angleterre, en Suède, au Danemark, aux Pays Bas, en Italie, et en France, dans la région de l’Anjou. Dans l’Himalaya et dans les plaines du Nord de l’Inde, le quinoa  présente de bons rendements. Au Brésil, la culture est expérimentée dans la savane tropicale. Des agriculteurs colombiens l’on testé au Kenya, ou la plante a été introduite  pour réduire la faim et la pauvreté sur le continent africain. Et à l’autre bout du monde et des besoins alimentaires, le quinoa est cultivé dans le Nord de la Tasmanie , pour le plus grand plaisir des Australiens, addicts au « bio ».

M.J

 

 

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(1) “Quinoa: An ancient crop to contribute to world food security”, FAO, Regional Office for Latin America and the Caribbean, July 2011.  http://www.fao.org/alc/file/media/pubs/2011/cultivo_quinua_en.pdf

(2) Quinoa, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Quinoa

(3) “Quinoa’s Global Success Creates Quandary at Home” Simon Romero, Sara Shahriari, The New York Times, 19-03-2011. http://www.nytimes.com/2011/03/20/world/americas/20bolivia.html?_r=0

(4) “Bolivian Quinoa Questions: Production and Food Security”, Emma Banks, The Andean Information Network, 17-05-2011,  http://ain-bolivia.org/2011/05/bolivian-quinoa-questions-production-and-food-security/

(5) “The quinoa story: it’s complicated”, Luigi Guarino, Agricultural Biodiversity Weblog, 28-03-2011, http://agro.biodiver.se/2011/03/the-quinoa-story-its-complicated/

(6) « Naciones de la CELAC señalaron que la quinua es un aliado para la erradicación del n del hambre y la pobreza, Oficina Regional de la FAO para América Latina y el Caribe, Santiago de Chile, 01-02-2013 http://www.rlc.fao.org/en/press/news/naciones-de-la-celac-senalaron-que-la-quinua-es-un-aliado-para-la-erradicacion-del-hambre-y-la-pobreza/

 


Publié le 12 février 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,crise alimentaire,Developpement
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