Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les mini stories des « Trolley pushers » de Jo’burg.

Bonjour,

« Trolley pushers » est un travail de photographe qui raconte l’histoire d’une petite humanité qui déambule dans les rues de Johannesburg en poussant de vieux chariots de supermarché pour collecter des bouts de  plastique, de la ferraille, du carton, tout ce qui peut être revendu à un professionnel du recyclage pour quelques Rands, l’équivalent de quelques euros. Pendant que d’autres « Trolley pushers » louent leurs jambes et leur mini-utilitaire pour transporter des paquets trop lourds, d’une station de taxi à une autre. Johannesburg,  Jo’burg, métropole sud-africaine d’un peu plus de 10 millions d’habitants dans sa définition la plus large, est l’une des places mondiales de l’économie informelle, un royaume de la débrouille où toute chance est bonne à saisir pour quelques pièces. Madoda Mkoben, a suivi le monde de la récup urbaine pendant une dizaine d’années. Ses photos racontent la précarité, la clandestinité, mais aussi l’amitié. Un extrait de son travail est mis en ligne par IPS Africa. Un autre site, édité par un collectif d’architectes, the South African Informal City, raconte l’histoire de Paul. Une mini  success story, ici tout est « mini », dans le business du recyclage informel. Mais pour commencer l’histoire, il faut d’abord un chariot, d’occase, volé dans un supermarché, d’où l’illégalité de l’exploitation et les descentes de police. Il coûte environ 50 Rands, environ 5 Euros. C’est derrière lui que Paul trace les rues de Jo’burg pour collecter tout ce qu’il va pouvoir revendre à une centrale d’achat. C’est elle qui fixe le prix des matériaux. Pas de chance, Paul qui habite le centre de Johannesburg doit se lever plus tôt que ses collègues de banlieue, il doit beaucoup marcher pour repérer avant les autres quelques déchets à recycler. Des banlieues comme Yeoville et Kensington sont déjà très courues par les recycleurs. Mais compensation, Paul vit à côté de trois centres de stockage, qui lui achètent sa collecte. Paul, qui trie et stocke ses matériaux, les vend toutes les deux semaines. Quand il a accumulé suffisamment d’articles pour valoriser sa transaction. Les  bonnes semaines, il gagne plus de 1000 Rands,  près de 100 euros, mais la moyenne tourne autour des 800 à 900 Rands. Pour accumuler plus de 1000 Rands, Paul marche et pousse 600 kilos de déchets pendant 5 jours. Les bénéfices de ce mini business lui permettent de loger sa femme et son bébé dans une petite chambre, 2 mètres sur 2, pas d’eau, pas d’électricité. Il met de l’argent de côté, environ  1000 Rands par mois, et envoie l’équivalent à sa famille restée au Lesotho. Mais tous les pousseurs de chariots n’ont pas la même veine. Certains recycleurs gagnent à peine de quoi se payer le prochain repas. D’autres, les porteurs de bagages payés à la course, n’obtiennent que rarement le prix demandé. Difficile de se plaindre à la police quand on exerce dans l’illégalité.

« Immigrés ».

Les  « trolley pushers » de Johannesburg racontent encore une histoire d’immigration en Afrique du Sud. Ismail Farouk, artiste-géographe-urbaniste, qui vit travaille à Johannesburg,  s’intéresse à leur sort. En 2010, il dénonce sur son blog les descentes de police et  les tracasseries dont sont victimes ces travailleurs venus du Mozambique, ou du Zimbabwe. Prétexte, ils travaillent avec des chariots volés. Volés et revendus par un réseau de jeunes, également originaires du Zimbabwe. La police confisque l’outil de travail, fixe l’amende à 300 Rands, environ 30 euros, et les jette en prison. En 2008, les raids de la police se multiplient, les séjours en prison aussi. Les pushers, étrangers, sans papiers, sont une proie facile. Ismail Farouk rappelle que si l’activité est illégale, elle n’est pas dangereuse, et connue de tout le monde.  Certains « Trolley pushers » arpentent les rues depuis 2001. Pour les tirer de la clandestinité, les Autorités proposent de leur louer des trolleys, 20 Rands par jour, d’une capacité moindre que ceux dérobés sur les parkings des supermarchés. « Trop cher » réagissent les pousseurs, pas très contents de ce racket officiel. En 2008, les « Trolley pushers» se mobilisent pour obtenir des représentants, première étape vers une régularisation de la profession. La même année, Ismail Farouk initie « Trolleyworks », une manifestation artistique et urbaine, pluridisciplinaire, qui doit attirer l’attention du public sur la condition des « Trolley pushers ». Des caméras sont installées dans les chariots pour saisir le quotidien de ces travailleurs immigrés. Un trolley plus facile à manier, plus coloré, est réalisé. Ismaël Farouk  remporte la Sylt Quelle Cultural Award for Southern Africa 2008, En mai 2009, seconde phase du projet, le Goethe Institut de Johannesburg invite les visiteurs à parcourir le territoire des « trolley pushers », géographie d’une activité informelle et circulatoire dans la métropole. Ismail Farouk explique son intention: »Nous espérons exposer les gens aux contradictions de la grande ville et nous tentons de les sensibiliser au besoin de marcher dans le centre de Johannesbourg. Marcher à Johannesbourg est intimement lié à la classe sociale, à l’appartenance ethnique, au crime, à la peur, et à la paranoïa. » (1)

M.J

 

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(1)”Porters and Performers , Story by Anthea Buys for the Mail & Guardian, 07-02-2010, http://www.mg.co.za/article/2009-05-29-porters-and-performers

 


Publié le 2 mai 2012 par marlene dans Afrique,Migrations.,photographie,Recyclage,Ville
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Teshima, des poussières noires au béton blanc.

 

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Bonjour,

Encerclée par les îles principales de Honshû au Nord, de Shikoku au Sud, et de Kyûshû à l’Ouest, la  Mer intérieure du Japon a les allures tranquilles d’un immense lac. On y dénombre plus  de 3000 îles, petites ou grandes, solitaires ou groupées, la plupart plantées de pins  plongent leurs verts mousseux dans les bleus subtiles d’une Mer intérieure qui n’en est pas vraiment une. La Mer intérieure de Seto, son vrai nom, communique en réalité avec l’océan Pacifique. A L’est de ce paysage insulaire, entre l’île de Shodoshima, plus imposante,  et la petite Naoshima, un autre petit bout de terre d’une quinzaine de km², Teshima.  Au guidon d’un vélo  électrique loué près du débarcadère, on en fait le tour en moins d’une heure. Trois lignes de ferry mènent à Teshima, celui qui vient de Shodoshima accoste toutes les deux heures dans le petit port le plus proche. Teshima, un peu plus de 1500 habitants au début des années 2000, sans doute encore un peu plus de 1000 aujourd’hui, des pêcheurs et des paysans, souffre des mêmes maux que ses voisines insulaires. La  population vieillit ou s’exile, l’économie se traîne. Ceux qui restent envisagent avec curiosité ces  jeunes branchés, lainage sobre, Wayfarer, et chaussures Repetto, venus admirer l’une des perles architecturale de l’art contemporain, En 2010, Teshima est l’une des sept îles retenues pour le Setouchi Art Festival, une manifestation censée la tirer de son ennui.  Depuis, Teshima est devenue célèbre. Mais sa renommée est bien antérieure à sa  reconversion artistique. (1)(2)(3)

 « Island of waste ».

Dans les années 80, Teshima est connue comme le pire exemple de décharge industrielle illégale au Japon. On l’appelle « Island of waste », l’île aux déchets. En 1975, une société de retraitement des rejets industriels s’installe sur la côte Ouest de l’île.  Très vite, les insulaires s’opposent à cette activité qui pollue. D’ailleurs, la Préfecture de Kagawa ne donne pas son aval. En 1978, la société qui prétend recycler seulement des substances non dangereuses, renouvelle sa demande d’autorisation auprès de l’administration. Qui finalement accepte. En réalité, des quantités astronomiques de poussières nocives et d’huiles usagées sont déversées dans la nature, brûlées en plein air au lieu d’être retraitées.  La police préfectorale enquête. La société, qui cesse son activité, laisse des collines de déchets toxiques derrière elle. Au début des années 90, une analyse y révèle la présence de cadmium, de plomb, d’arsenic, de mercure, de PCB, ou de dioxines. Une formule chimique très enrichie qui s’est invitée dans le sol et la nappe d’eau souterraine de cette partie de l’île. Aujourd’hui, Teshima raconte l’histoire de ce  Japon en plein boom économique, rapidement dépassé par la profusion de ses déchets, industriels et urbains, et qui ne sait qu’en faire. La tentation est grande de les stocker dans des îles dépeuplées, situées à proximité des sites de production. La côte de la Mer Intérieure, où se sont développées Osaka, Kobe, ou Hiroshima, est l’une des plus industrialisées de ce  Japon.  En 2000, l’affaire de Teshima était en cours de règlement. Un mur étanche devait protéger l’océan des eaux polluées produites par la décharge. Les 600.000 tonnes de déchets devaient être recyclées dans la composition de ciment, sur l’île de Naoshima, l’autre site couru de l’art contemporain dans la Mer Intérieure de Seto. (4) (5)

Coquillage de béton blanc.

Posé come une goutte d’eau à proximité des rizières en terrasses, le Teshima Art Museum indique un changement dans le paysage insulaire. Radical, mais en douceur. Le bâtiment, un coquillage de béton blanc inséré dans le sommet d’une colline verte, voisine avec la mer qui se montre en chemin.  Pour pénétrer dans la structure, assez grande, environ 40 mètres sur 60, il faut chausser de petits chaussons gris. Sur les points les plus élevés du bâtiment, deux ouvertures sur le paysage invitent l’air, la lumière, et les bruits extérieurs. Sur le sol de béton poli et traité, qui explique les petits chaussons, des gouttes d’eau perlent par de petits trous. Portées par la topographie du sol,  elles se mélangent pour former une tâche plus importante, qui coulera doucement pour s’échapper par un autre orifice, percé dans le béton. Cette fontaine perpétuelle rythme le temps qui passe. L’œuvre, qui résulte d’une collaboration entre l’artiste Rei Nato et l’architecte Ryue Nishizawa, fait écho à ce paysage insulaire, baigné par la mer et douché par les pluies. C’est pour profiter de cette expérience sensorielle inédite que les petits Japonais branchés débarquent sur l’île de Teshima.  (6)

 

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Un peu plus loin, de l’autre côté du petit port qui accueille le ferry de Shodoshima , un pavillon de bois assis sur une plage. Christian Boltanski y expose « Les archives du cœur », une compilation de battements de cœur enregistrés  en France, en Tasmanie, en Allemagne, en Corée, ou au Japon. Dans un laboratoire sonore, installé face à la mer, il faut mettre un casque pour écouter des cœurs qui battent encore, ou peut-être plus. Battements réguliers ou arythmies, étrange compilation.  Boltanski archive ici la petite musique intime d’une partie de l’humanité. Vous, si vous souhaitez l’enregistrement de votre rythme cardiaque. A côté, dans une pièce noire, une ampoule clignote au rythme assourdissant d’un cœur en mouvement. (7)

 

M.J

 

(1)Seto Inland Sea, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Seto_Inland_Sea

(2) Teshima Island, Japan-guide.com, http://www.japan-guide.com/e/e5440.html

(3)Inland Sea of Japan, factanddetails.com, http://factsanddetails.com/japan.php?itemid=963&catid=25&subcatid=171

(4)The Teshima Island Industrial case and its process towards  resolution, Hiroshi Takatsuki, 10-06-2002, Special Feature: Conference Report, Integrated Management for Hazardous Waste.    http://www.bvsde.paho.org/bvsacd/cd43/isla.pdf

(5) “Teshima Island waste dispute nears end”  , The Japan Times Online, 27-05-2000 http://www.japantimes.co.jp/text/nn20000527b6.html

(6) Teshima Art Museum, Benesse Art Site Naoshima, http://www.benesse-artsite.jp/en/teshima-artmuseum/index.html

(7)”Les archives du coueur”, Benesse Art Site Naoshima  http://www.benesse-artsite.jp/en/boltanski/index.html


Publié le 24 avril 2012 par marlene dans Art,Japon,Préjudice écologique
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Le Qatar rêve de fertiliser ses sables….

Bonjour,

Le Qatar poursuit son ambitieux programme de sécurité alimentaire”, titre un article de  l’UNCCD, la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. Il esquisse la stratégie agricole d’un petit pays, handicapé par le désert et le manque d’eau, mais bien décidé à couvrir 70% de ses besoins alimentaires en 2023. (1)

Eau et productivité agricole.

Situé sur la rive sud du Golfe persique, le Qatar est une presqu’île d’un peu plus de 11000 km², 160 kilomètres de long pour 80km de large. Un petit territoire recouvert de sable qui se mesure à l’échelle de l’Île de France. C’est un  pays  assis  au niveau de la mer, qui culmine à un peu plus de 100 mètres dans le Jebel Dukhan, la chaîne de collines de la côte Ouest. C’est ici que se trouvent les principales réserves terrestres de pétrole. Le Qatar, qui vit sous le régime du désert, affiche des températures estivales qui oscillent entre 40 et 50°C. Si les faibles pluies, à peine 80 mm par an, donnent quelques couleurs à cet environnement aride, elles limitent les possibilités de l’agriculture.  Moins de 6% du territoire est cultivable. Irrigation de pénurie, sols pauvres, conditions climatiques extrêmes, manque de main d’œuvre saisonnière, et système de jachères qui laisse des terres incultes, l’agriculture qatare cumule les problèmes. Pour nourrir sa population, un million et demi d’habitants, le pays achète à l’étranger des milliers de tonnes de céréales,  riz blanchi, orge, blé, de la viande de volaille et de canard, des légumes frais, de l’huile, des graisses végétales, et quelques autres milliers de tonnes de farine de blé. (2) au total, le Qatar importe 90% de ses  besoins alimentaires, une dépendance qui pèse de l’argent et des contraintes. En 2008,  le pays lance un programme national de sécurité alimentaire  qui tient en deux mots, eau et productivité agricole. Et comme le pays est riche, il fait appel aux scientifiques et aux innovations technologiques. Universités, agences d’Etat américaines, dont l’USAID (United States Agency for International Development), planchent déjà sur le dossier de la sécurité alimentaire au Qatar. (1)

L’eau des Qataris.

Le Qatar, qui pompe sa nappe aquifère, est en train de réaliser que cette source d’eau, non renouvelable, est précieuse. Pour son agriculture, le pays envisage donc de développer un ambitieux programme de désalinisation d’eau de mer. Cette eau traitée devrait être utilisée pour recharger les nappes aquifères qui deviendront des réservoirs, sécurité de pays désertique. Le Qatar connait bien cette  technologie, qui assure actuellement 90% de sa consommation en eau potable. Le pays, qui souhaite adoucir son image de producteur de pétrole, pense aux énergies vertes pour faire tourner des usines de désalinisation, jusqu’alors alimentées au pétrole et au gaz naturel. A terme, les technologies de conversion, osmose inversée associée au  solaire , devraient permettre de couvrir la plupart des besoins de l’agriculture. Un parc d’énergie solaire est planifié à cet effet dans le sud du territoire,  région la mieux dotée en lumière. Pour diversifier ses sources, l’Emirat devrait développer un recyclage des eaux industrielles. Le Qatar réfléchit à rendre plus efficace une irrigation traditionnelle, par inondation, qui gaspille beaucoup d’eau. La technique du  goutte à goutte, pratiquée depuis l’antiquité, utilisée dans les espaces arides car économe en eau et en engrais, est l’une des pistes majeures de cette transition agricole. Cette efficience de l’eau pourrait s’articuler à une agriculture hydroponique, des cultures hors sol installées sur des substrats neutres et inertes, sable, billes d’argile, ou laine de roche. La culture de légumes sous serre, par exemple. Mais, cactus de taille dans cette aventure agricole, ne pas toucher à l’eau destinée à la consommation personnelle des Qataris.(1)

Le bush en colère…

En attendant une agriculture productive, le Qatar projette des colonies agricoles en territoire étranger. En Afrique, où l’Emirat a acheté 40.000 hectares de terres au Kenya, avant de convoiter d’autres espaces agricoles au Soudan. (3) En Asie, la Qatar Investment Authority (QIA) – le fonds d’investissement souverain de l’Etat – crée des Joint-Ventures avec les gouvernements du Vietnam et d’Indonésie. Des contrats similaires, qui associent les pays d’accueil et leur attribuent une aide au développement, sont en négociation en Malaisie et aux Philippines. Une formule assez inédite qui, pour l’instant, semble contenter tout le monde. (4)  Autre son de clache, en juin 2011, un article paru dans the Age, un quotidien australien édité à Melbourne, dénonce l’offensive du Qatar dans l’Etat du Victoria. La firme Hassad Foods, le «bras agricole » du petit Emirat, souhaite acquérir plus de  8000 hectares de  pâturages à moutons et de terres cultivables, pour une somme de 35 millions de dollars. On parle de l’une des plus importantes transactions de terres pastorales dans l’histoire récente du Victoria. L’accord, pourtant consenti par les vendeurs, a soulevé une vague d’indignation dans le bush. Un partie de l’opinion australienne, sensible à la question de la sécurité alimentaire et préoccupée l’irruption d’étrangers sue leurs terres, demande une législation plus stricte. (5)

L’argent et l’eau.

L’article de l’UNCCD établit un parallèle entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, deux agricultures contrariées par le désert et le manque d’eau. Après deux décennies, l’Arabie Saoudite, qui importe 80% de son alimentation, vient d’abandonner sa course à l’autosuffisance.(6) Un  mirage jugé trop coûteux. Depuis, le Royaume saoudien achète des terres agricoles en Asie, en Afrique, se résignant à l’idée que la nourriture des Saoudiens sera produite à l’étranger. Cité dans l’article, Elie Elhadj, spécialiste du Moyen-Orient, expose les limites d’une agriculture «produced in the desert » : « Cette expérience montre simplement que la combinaison de l’argent et de l’eau peut même faire fleurir le désert, jusqu’à ce que l’argent et l’eau manquent. » (1) Même si la taille du Qatar, sa démographie, et une pluviosité à peine mieux dotée que celle de son voisin saoudien, rendent un peu moins irréaliste cette quête à l’autosuffisance.
M.J

La péninsule arabique est un quasi-désert, où les habitants ont toujours lutté pour avoir accès à l’eau douce.. De l’eau potable à l’irrigation, la désalinisation de l’eau de mer permet aujourd’hui de couvrir la plupart des besoins.  Mais ces unités de production ont un coût environnemental assez élevé…Un reportage d’AlJazeera.

 

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(1) Towards self-sufficiency: Qatar pursues ambitious food security programme,Healthy soil, healthy earth, UNCDD News, Issue 3.3 / May-June 2011  http://newsbox.unccd.int/3.3/imgissue/UNCCDNews3,3.pdf

(2 FAOSTAT, 2009, Importations agro-alimentaires : http://faostat.fao.org/desktopdefault.aspx?pageid=342&lang=fr&country=179 Production : http://faostat.fao.org/DesktopDefault.aspx?PageID=339&lang=fr&country=179
(3)« The great Land Grab », Rush for World’s Farmland, Threatens Food Security for the Poor
Shepard Daniel with Anuradha Mittal, Oakland Institute, 2009
http://www.oaklandinstitute.org/pdfs/LandGrab_final_web.pdf
(4)“Land grab or development opportunity?”, Agricultural investment and
international land deals in Africa,Lorenzo Cotula, Sonja Vermeulen, Rebeca Leonard and James Keeley , FAO, IIED and IFAD, 2009 http://www.ifad.org/pub/land/land_grab.pdf
(5)”Qatar land grab angers bush”, Cameron Houston and Royce Millar, The Age, 19-06-2011
June 19, 2011http://www.theage.com.au/victoria/qatar-land-grab-angers-bush-20110618-1g99l.html

(6) Service d’exportation agroalimentaire, Profile du secteur de l’agroalimentaire1 – Riyad, Arabie saoudite, Agriculture et agro-alimentaire Canada, Mai 2010 http://www.ats.agr.gc.ca/afr/4631-fra.htm


Publié le 26 janvier 2012 par marlene dans Agriculture.,eau,Pays du Golfe.
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« Brown revolution »

Bonjour,
La « brown revolution », ou « révolution marron », couleur peau de vache, est une expérience assez insolite, menée au Zimbabwe. Elle vise à restaurer des sols et des écosystèmes dégradés en intégrant des troupeaux dans des paysages enclos. Le concept, qui bouscule l’idée que le bétail est l’ennemi de l’environnement, est porté par Allan Savory, biologiste zimbabwéen. En 2009, il fonde le Savory Institute, un organisme à but lucratif chargé de relayer la « brown revolution », une pratique environnementale née d’une vision holistique. Ce courant,  né dans les années 20, considère la nature come un « tout », où chaque élément influence les autres. Acquis à cette conception, Allan Savory considère que le changement climatique, la perte de la biodiversité, et la désertification des terres ne sont pas trois problèmes distincts, mais connectés. La dégradation de la biodiversité résulte de la désertification et du changement climatique, exacerbé par l’usage d’énergies fossiles. Dans ce contexte, s’il y a respect de la biodiversité, la désertification n’a pas lieu. Mais revenons à nos troupeaux, dont les sabots sont les outils de cette biodiversité. Dans un article publié par la Green Universtity, Allan Savory évoque d’immenses hordes de bisons, un défilé qui dure des heures, labourant les pâturages de leurs sabots, bien groupés pour échapper aux prédateurs. Ils piétinent l’herbe, tassent la végétation morte sur le sol, tandis que les graines utiles pénètrent  la terre pour germer. Ces plantes sont recouvertes d’un tapis de végétaux secs, qui favorise la pénétration de l’eau, et la retiennent. Cette humidité, qui tempère la surface du sol, stimule le renouvellement des prairies après le départ des bisons. Cette conception de la lutte contre la désertification se pratique dans des espaces clos et mouvants. Les bisons piétinent groupés, avant de partir fouler d’autres prairies. L’African Center For Holistic Management (ACHM), partenaire  de terrain du Savoy Institute, a expérimenté ce pâturage, très encadré, au Zimbabwe. (1) (2)

Au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment.  

L’expérience est développée dans la région de Dimbangombe, à proximité des Chutes Victoria sur le fleuve Zambèze, frontière entre le Zimbabwe et la Zambie. Le Zimbabwe, situé en climat tropical, avec une saison des pluies d’octobre à mars, et une saison sèche équivalente,  est une terre de hauts plateaux, autrefois couvert de forêts. La pauvreté,  la croissance de la population, et des besoins en bois, pour brûler et pour construire, ont nourri la déforestation. Des sécheresses à répétition ont contribué à l’appauvrissement des sols. La situation est telle que l’UNEP (2008), le Programme des Nations Unies pour l’environnement, place l’érosion des terres agricoles et la déforestation au cœur de la problématique environnementale du Zimbabwe. (3) Près des Chutes Victoria, le projet, inscrit sur une exploitation de 2900 hectares, a redonné vie à l’écosystème du fleuve Dimbangombe. Les troupeaux, bétail et chèvres, ont d’abord été gonflés de 400%. Chaque jour, les bêtes ont été incitées à consommer des pâturages, en fonction du calendrier de renouvellement de cet écosystème. Pas de stress sur les troupeaux pour les maintenir sains et productifs. Il a fallu ensuite construire des infrastructures, légères et pratiques, pour accompagner la migration des animaux. Tout en les protégeant des lions, des léopards, des chiens sauvages, ou des hyènes, qui viennent rôder pendant la nuit. Chaque semaine, la ferme ambulante a été déplacée sur des sites différents, afin de multiplier les espaces de fertilisation, enrichis grâce aux sabots des animaux, et par leurs déjections. Malgré des sécheresses de 2004 à 2007, là où le sol était nu, l’herbe pousse à nouveau. La rivière s’est remise à couler dans un environnement reconstitué. ACHM Zimbabwe résume les lois d’un pâturage bénéfique « Un troupeau, au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment. »  (4)

Sans bétail, le désert.

Canada, Mexique, Etats-Unis, Amérique du Sud, Australie, ou Nouvelle Zélande, la pratique holistique concerne aujourd’hui un peu plus de 16 millions d’hectares dans le monde. Le Savory Institute forme des « missionnaires», éducateurs et consultants, qui travaillent en Namibie, au Kenya, aux Etats-Unis, au Mexique et en Australie. Le Savory Institute cherche à conquérir de nouveaux territoires pour y développer sa pratique de restauration des écosystèmes, et conquérir l’approbation du monde scientifique. Reste une vision holistique qui bouscule quelques idées reçues. « Au cours du dernier million d’années, nous n’avons développé que trois outils majeurs pour gérer notre environnement en général. Ces outils sont la technologie, le feu, et le repos biologique ». résume Allan Savory dans une publication de  l’UNEP,(5). Or, la technologie, qui ne peut remplacer le cycle végétatif des prairies, n’est pas la bonne option. Le feu, utilisé depuis toujours pour la santé des pâturages, les oxyde, les expose, et libère de grandes quantités de gaz à effet de serre. Quant au repos des terres dans des espaces soumis aux pluies saisonnières, il favorise l’oxydation, la mort des végétaux, la nudité des sols, la désertification, et le changement climatique. La vision holistique veut que ces terres là soient dérangées par des troupeaux pour se reconstituer. Sans l’intervention du bétail, elles tournent rapidement au désert.

M.J

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(1) “Holistic Management, A New Framework for Decision Making »
by Allan Savory with Jody Butterfield” http://www.greenuniversity.net/Ideas_to_Change_the_World/AllanSavory.htm

(2) Africa Center for Holistic Mangement, Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Africa_Center_for_Holistic_Management

(3) « Africa: Atlas of Our Changing Environment »  , The United Nations Environment Programme (UNEP), 2008. http://na.unep.net/atlas/africa/downloads/chapters/Africa_Atlas_French_Intro.pdf

(4) Grazing Planning – Africa Center for Holistic Management (ACHM), Zimbabwe. Moving cattle « in one herd, to the right place, for the right reasons, at the right time ». From a Video by Seth J. Itzkan

(5) « We need a brown revolution”, Allan Savory, Healthy soil, healthy earth,, UNCDD News, Issue 3.3 / May-June 2011  http://newsbox.unccd.int/3.3/imgissue/UNCCDNews3,3.pdf


Publié le 18 janvier 2012 par marlene dans Afrique - Environnement.,Agriculture.,Biodiversité,Climat,déforestation,Désertification.,eau,elevage
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Yasuni, marchandage inédit.

Bonjour,

Marchandage inédit. Le gouvernement de la République d’Equateur  demande de l’argent à la communauté internationale pour ne pas exploiter une importante réserve de pétrole, endormie sous l’un des joyaux de la biodiversité mondiale.  L’histoire se passe dans Le Parc National Yasuní, classé Réserve Naturelle Mondiale par  l’UNESCO, en Amazonie équatorienne, une région difficile d’accès, arrosée par de nombreux affluents de l’Amazone et par le fleuve Napo, gorgée de pétrole. C’est sur ce territoire que vivent, depuis de longs siècles,  les Tagaeri et les Taromenane, deux peuples de culture Waoranie. Entre les fleuves et un prodigieux catalogue d’espèces, ils ont choisi l’isolement de la forêt, sans probablement se douter qu’ils étaient assis sur un gisement d’or noir.  La Ishpingo-Tambococha-Tiputini (ITT), c’est le nom  de ce gisement, renfermerait 900 millions de barils. (2) Le site LiveYasuni.org, qui défend  ces paysages et leurs habitants, prétend l’extraction difficile. Chaque baril de pétrole produirait l’équivalent de quatre barils d’eau, qu’il faudrait ensuite réinjecter dans le sous-sol. Avec des conséquences dévastatrices pour cet écosystème forestier, et les bassins versants de la région, déjà malmenés par d’autres exploitations pétrolières.  En 2007, le Président Rafael Correa, nouvellement élu, suspend le projet. Et décide de  monnayer  ce renoncement. Le gouvernement équatorien demande 3,6 milliards de dollars de dédommagement. Soit la moitié de la valeur nette des réserves évaluées, et la valeur économique des 407 millions métriques d’émissions de CO² épargnées par l’extraction et la combustion de ce pétrole. (3) L’Equateur, où l’agriculture pèse encore dans la balance commerciale, profite aussi de la rente pétrolière pour doper son économie.  Si la pauvreté n’est pas complètement éliminée, elle a cependant reculé de 40% en deux décennies. (4) Au 31 décembre dernier, 116 millions de dollars ont été collectés, sans doute de quoi geler temporairement le projet,  en attendant les 3 milliards et quelques qui manquent.  Dans un article daté du 31 décembre dernier, The Guardian évoque une mobilisation aussi internationale que variée. (5) Des pays donateurs, Chili, Colombie, Géorgie, Turquie, Pérou, Australie, Espagne ; des régions, en France, en Belgique – la seule Wallonie aurait versé deux millions de dollars - ; un banquier New-Yorkais qui aurait sacrifié un an de salaire ; ou quelques vedettes de cinéma, Bo Derek,  Leonardo Di Caprio, ou Edward Norton. Autre contributeur, récompensé par le Nobel de la Paix 2007 pour son engagement contre le réchauffement climatique, Al Gore, l’auteur de « Une vérité qui dérange ». Marchands de sodas et boutiques japonaises auraient également contribué à la collecte. Si le PNUD, le programme des Nations Unies pour le développement, impliqué dans la gestion des fonds collectés, ou la FAO, l’organisation pour l’alimentation et l’agriculture, s’intéressent à cette initiative, c’est qu’elle ne parle pas que d’argent frais. Le contrat, qui lie le gouvernement équatorien et les donateurs, s’il fonctionne un jour, vise à préserver cette partie de la forêt amazonienne, tout en stimulant une transition énergétique. Le déboisement sera interdit dans une quarantaine de zones protégées, une surface voisine de 5 millions de km². Soit près de 20% du territoire équatorien. (3) Les sols, menacés de dégradation, seront plantés d’arbres. La régénération de la forêt aura libre cours.  Le contrat comprend  encore un volet « développement humain »,  éducation, santé, formation, et emplois, écotourisme ou agro- foresterie. Sans oublier que les Tagaeri, les Taromenane, et leurs voisins, les Kichwa et les Naporuna, vivront bien plus tranquilles sans le scénario et les acteurs de l’exploitation pétrolière.  Cette transition énergétique annoncée, qui suppose de laisser dormir le pétrole et les émissions CO² associées, parie sur les technologies renouvelables, autre priorité de l’engagement. Mais le projet Yasuni, qui pourrait concrétiser un front contre la déforestation en Amazonie,  ouvrir la voie à une économie sans pétrole, fabrique aussi des sceptiques. Propos rapportés par The Guardian, Dirk Niebel, le Ministre allemand du développement commente le principe de payer pour ne pas exploiter du pétrole: « Cela introduirait une jurisprudence à l’orientation imprévisible. » (5) Le Nigeria, le Cameroun, et le Gabon, pays de forêts et de pétrole, intéressés par ce marchandage inédit, ne partagent pas cet avis. (5)

 

M.J

 

 

 

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(1) Equateur, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quateur_%28pays%29 http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quateur_%28pays%29

(2)Live Yasuni, http://www.liveyasuni.org/

(3)Initiative Yasuni ITT, Ambassade de l’équateur en France.http://ambassade-equateur.org/fra/?page_id=768 ( et id=776)

(4)« Pauvreté, pourcentage de la population vivant avec moins de deux dollars par jour (PPP) », Équateur, Perspective Monde, Université de Sherbrooke. http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=ECU&codeTheme=2&codeStat=SI.POV.2DAY

(5)“World pays Ecuador not to extract oil from rainforest”, John Vidal, environment editor,  guardian.co.uk, 30-12-2011, http://www.guardian.co.uk/environment/2011/dec/30/ecuador-paid-rainforest-oil-alliance?intcmp=239


Publié le 5 janvier 2012 par marlene dans énergie,Climat,déforestation
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Les peuples des forêts contestent le REDD.

 

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Bonjour,

 

“Les communautés indigènes demandent un moratoire pour le REDD », titre un article d’IPS du 12 décembre dernier. (1) Il fait écho à la Global Alliance of Indigenous Peoples and Local Communities against REDD and for Life. Cette représentation de communautés forestières a demandé la suspension du REDD à la Conférence des Nations Unies sur le Climat qui vient de se terminer à  Durban. Le REDD ( pour Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation) est un programme des Nations Unies qui vise à indemniser les pays, et les communautés, qui  protègent leurs forêts primaires. L’ONU, qui donne une valeur financière au carbone stocké dans les forêts, entreprend un vaste chantier, inclus dans une stratégie globale de lutte contre le réchauffement climatique. A l’échelle planétaire, la déforestation représente 15 à 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.  En septembre 2008, Ban Ki-Moon, le secrétaire Général de l’ONU, commente cette initiative qui débute: «La lutte contre le changement climatique ne peut être gagnée sans les forêts du monde, cela est maintenant clair. » (2) Aujourd’hui, le programme REDD est développé dans 9 pays pilotes, la République Démocratique du Congo, la Tanzanie, la Zambie, l’Indonésie, la Papouasie-Nouvelle Guinée, le Viet Nam; la Bolivie, le Panama et le Paraguay. Auxquels s’ajoutent une vingtaine de pays, qui découvrent la valeur de leurs forêts. A Durban, sept pays d’Afrique centrale, soutenus par leurs donateurs occidentaux,  ont demandé une accélération de mise en oeuvre du REDD dans le  bassin du Congo, seconde forêt primaire de la planète après l’Amazonie. Henri Djombo, Ministre du Développement durable et de l’économie forestière du Congo-Brazzaville approuve. Il espère que d’importantes ressources financières seront disponibles au début de l’année 2012. Moins impatiente, la Global Alliance of Indigenous Peoples and Local Communities. A Durban, elle a exprimé quelques doutes sur les bénéfices de la transaction REDD pour les communautés originaires des forêts. Un nombre croissant de rapports de terrain signaleraient que les droits des autochtones sont bafoués lors de la mise en œuvre de cette stratégie. Le dispositif REDD, d’abord pensé pour les propriétaires officiels de parcelles forestières, a fait l’impasse sur les territoires coutumiers. Beaucoup de gens vivant dans la forêt, et de la forêt, depuis des générations, ne disposent pas de titre de propriété. Pas plus que d’alternative pour vivre autrement. Selon l’ONU, plus d’un milliard et demi de personnes dépendent directement des systèmes forestiers pour leur survie. Une lecture assouplie d’un droit  à la propriété, concession du REDD, pourrait protéger les “sans-titres” qui exploitent la forêt, argumentent certains. Heriberta Hidalgo, représentante  de communautés du Nord du Chili, n’y croit pas: « C’est une fantaisie plaisante (de croire) que le REDD aidera les populations à sécuriser la propriété foncière. » ‘(1) Madame Hidalgo a une autre vision de l’avenir. Elle voit la forêt céder la place aux plantations, repoussant les populations qui en dépendent pour leur nourriture et leur médecine traditionnelle. Ils pourraient y perdre leur territoire de référence. Le programme REDD propose encore un dispositif de terrain, qui vise à informer les communautés, accompagner la protection des forêts, et éviter les abus. Des pays comme le Brésil ou l’Indonésie le trouvent difficile à mettre en place, trop cher. Au Mexique, lors de la mise en place de projets REDD, cet accompagnement n’a pas suivi. Les populations forestières devaient être informées du déroulement du projet, avant de  donner leur consentement. Mais, d’après Berenice Sánchez, du MesoAmerican Indigenous Women’s BioDiversity Network, une organisation basée à Mexico, le message est mal passé. Les communautés, qui ont bien compris qu’elles allaient recevoir de l’argent, se sont précipitées pour obtenir des crédits. Elles sont aujourd’hui endettées, avec  pour seule issue, vendre leurs terres. Madame Sanchhez  ajoute : « Le REDD est un masque pour les usurpations de terre à grande échelle. »(1) Un autre représentant des communautés de l’Equateur, la Confederation of Indigenous Nationalities of Ecuador (CONAIE) rappelle quarante ans de lutte face à de grands groupes, Texaco, Shell, Rio Tinto. Ces sociétés ont promis une vie meilleure, avant de dévaster les terres, et faire éclater les communautés.  Plus tranchante, Berenice Sanchez  demande l’arrêt immédiat de tous les programmes  REDD qui se mettent en place dans le monde. « C’est une nouvelle forme de colonialisme.» (1) L’IUCN, Union internationale pour la conservation de la nature, met en garde : « Pas de REDD sans les peuples autochtones et la société civile..  ». (3)

 

M.J.

La cupidité par les arbres. Le Cas Chiapas : la Forêt Lacandona au meilleur offrant…

 

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Pour fouiller le sujet / document PDF/ Forest People Programme :Enseignements à tirer de l’expérience sur le terain ; REDD+ et les droits des peuples autochtones et des communautés tributaires de la forêt. http://www.forestpeoples.org/sites/fpp/files/publication/2011/11/lessons-field-briefing-french_0.pdf

(1)” Indigenous Peoples Call for REDD  Moratorium”, Stephen Leahy , DURBAN, South Africa, 12-12 2011 (Tierramérica) http://www.ipsnews.net/news.asp?idnews=106187

(2) « REDD au secours des forêts », Les Nations Unies et la Norvège s’unissent pour lutter contre les changements climatiques causés par la déforestation, PNUE, New York, 24-10  2008 http://www.unep.org/Documents.Multilingual/Default.asp?DocumentID=545&ArticleID=5930&l=fr

(3) « Pas de REDD sans les peuples autochtones et la société civile : le Cameroun lance le processus d’élaboration de la Readness Preparation Proposal (R-PP) », IUCN, 29-03-2011 http://www.iucn.org/fr/nouvelles_homepage/nouvelles_par_date/2011_news/mars_news_2011/?7184/Pas-de-REDD-sans-les-peuples-autochtones-et-la-societe-civile–le-Cameroun-lance-le-processus-delaboration-de-la-Readness-Preparation-Proposal–R-PP


Publié le 16 décembre 2011 par marlene dans Actualité,Climat,déforestation
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Kangbashi, « ghost-city ».

Bonjour,

Si les villes- fantômes racontent souvent des histoires anciennes, Kangbashi, cité radieuse et endormie sur un bout de désert,  attend l’avenir qui convient à sa modernité clinquante. C’est la chaine d’info Al Jazeera qui, en novembre 2009, diffuse la première un reportage sur ce paysage urbain  « made in China », posé dans les steppes désertiques de Mongolie intérieure . Cette région, nouveau front d’une Chine dopée aux énergies fossiles, dispose d’immenses réserves de gaz naturel et de charbon, découvertes en 2004.  C’est à peu près à cette époque que les Autorités d’Ordos , Préfecture de cette région,  décident de construire une  ville nouvelle. Conçue pour un million d’habitants, elle doit désengorger Dongsheng, petite capitale surpeuplée et assoiffée du district. Les deux villes seront séparées d’une vingtaine de kilomètres.  Dans cette zone aride, Kangbashi  sera érigée à proximité d’une source d’eau. Pendant cinq années, une armée de Mingongs, ces travailleurs migrants venus d’autres régions, concrétisent d’immenses boulevards, façonnent des milliers de logements  regroupés dans des résidences somptueuses, et empilent des milliers de bureaux.  En 2010, Kangbashi,  toujours en chantier, étale ses excès sur 35 km². La ville peut accueillir 300.000 habitants. L’investissement est estimé à  plus d’un milliard de dollars. On évoque un nouveau Dubaï, quelques km² de désert  convertis en métropole prospère.  En attendant la prospérité, 30.000 habitants, estimation optimiste,  se croisent dans une métropole un peu trop spacieuse. D’où son surnom de « ville- fantôme », toponymie largement reprise par la presse.  Côté positif, l’air est encore pur dans cette cité sans embouteillage, dotée d’attributs écolos, espaces verts, panneaux solaires, et bus circulant au gaz. Robert Preston, journaliste à la BBC, qui passe quelques heures dans cette ville  plantée au milieu « nulle part », prétend qu’il n’a jamais rien vu de semblable. Il s’interroge : « un exemple étonnant d’investissement à long terme, ou la manifestation d’une bulle immobilière malsaine ? » (1) Patrick Chovanec, professeur associé à l’Université  Tsinghua de Beijing,  spécialiste de cette « bulle immobilière » remarque que les Chinois collectionnent les appartements vides, faute d’alternatives pour investir leur argent.  Au risque de saper les efforts du gouvernement chinois pour contenir le prix des logements. (2) Ce qui n’a pas empêché une augmentation  d’environ 10%, au cours de l’année passée.(3) En attendant le boom immobilier, et les habitants, des jardiniers entretiennent une barrière végétale, composée des milliers d’arbres et d’arbustes,  destiné à tenir le désert hors de la ville.

M.J

Un nouveau reportage d’Al Jazeera, septembre 2011:

 

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Un reportage photos pour  Time Magazine, signé Michael Christopher Brown

 

(1) China: boom or bust(1), Robert Preston, BBC News, 05-11-2010 http://www.bbc.co.uk/blogs/thereporters/robertpeston/2010/11/china_boom_or_bust_1.html

(2) “Chinese City Has Many Buildings, but Few People”, David Barboza, The New-Tork Times, 19-10-2010, http://www.nytimes.com/2010/10/20/business/global/20ghost.html?pagewanted=all

(3) China’s Desert Ghost City Shows Property `Madness’ Persists, Kevin Hamlin, Bloomberg News, 23-06-2010,  http://www.bloomberg.com/news/2010-06-23/china-s-desert-ghost-city-shows-property-madness-as-buyers-pay-in-cash.html

Et: Inner Mongolia, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Inner_Mongolia, Kangbashi, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Inner_Mongolia

 

 


Publié le 24 novembre 2011 par marlene dans Chine,Developpement,Urbanisation
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« Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? », s’interroge Lester R. Brown.

Bonjour,

« Dans les années à venir, les Etats-Unis pourraient bien devoir expédier un ou deux bateaux cargos de céréales par jour en direction de la Chine. ». Cette phrase, un peu étrange, est tirée de « Plan B », un ouvrage signé Lester R. Brown, édition 2008. (1) Le Patron du Earth Policy Institute esquisse un portait édifiant d’une Chine superpuissante, qui a consommé trop vite sa géographie, épuisé ses terres et ses nappes phréatiques. Au risque de ne plus produire assez de céréales pour nourrir son imposante démographie. Lester R. Brown estime que la Chine de 2031, peuplée d’1,45 milliards d’individus avec un niveau de vie proche de celui des Américains des années 2000, consommera les 2/3 de la production mondiale de céréales. (2) En 2005, l’auteur note que la Chine absorbe déjà 120 millions de tonnes de céréales de plus que les Etats-Unis. Dans le même temps, la production céréalière du géant asiatique a chuté de 35 millions de tonnes, un recul de 9% entre 1998 et 2005. En mars 2011, LesterR.  Brown réactualise sa démonstration sur le site du Earth Policy Institute. Un article intitulé « Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? » reprend les grands paramètres de l’équation alimentaire d’une Chine qui consommera plus de céréales qu’elle n’en produira.

« La Chine est en guerre.»

Premier handicap, la disparition des terres cultivables avalées par le désert. L’obsession des autorités chinoises à produire plus de céréales pour tendre vers l’autosuffisance alimentaire, et tourner la page de la grande famine des années 1959-1961 qui a fait trente millions de victimes, a conduit à une sur- exploitation des terres et des pâturages des régions  Nord et l’Ouest.  L’abus de cet espace agricole a favorisé la formation de gros nuages de poussières qui se déplacent à la fin de l’hiver et au début du printemps. Cette manifestation du désert ne s’est plus arrêtée. Chaque printemps, les habitants des régions Est doivent se battre contre une atmosphère chargée de poussières. Beijing et les autres cités orientales sont prises dans la tourmente. Mais les plus à plaindre sont les cultivateurs et les éleveurs des vastes terres du Nord-Ouest, dont les récoltes et les revenus sont balayés par la poussière. Depuis 1950, 24.000 villages de ces régions ont été, complètement ou partiellement, abandonnés. Les dunes de sables, qui ont colonisé les terres cultivables, ont poussé les agriculteurs à émigrer vers les grandes villes de l’Est, déjà surpeuplées. Wang Tao, spécialiste des déserts cité par Lester R. Brown, évalue qu’entre 1950 et 1975, un peu plus de 1500 km² de terres ont été gagnées par le désert chaque année, au Nord et à l’Ouest du territoire. Le processus s’est accéléré. Au tournant du siècle, il estime que plus de 3600 km² de terres par an, soit plus du double, deviennent incultivables. « La Chine est en guerre », annonce Lester R. Brown. Son ennemi, le désert, progresse sur plusieurs fronts à la fois. «  Et dans cette guerre contre les déserts, la Chine est en train de perdre. », constate le chercheur.

 

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Nappe fossile.

L’eau, indispensable à l’agriculture, est aussi à l’heure des bilans sur un territoire inégalement doté. Une Chine du Sud qui concentre 80 % des ressources, et une Chine du Nord qui tend vers les 15%. Pour répondre à une demande croissante en nourriture, des millions d’agriculteurs chinois ont pratiqué l’irrigation. Les nappes phréatiques qui alimentent la grande plaine du Nord en eau commencent à baisser. Dès 2005, Lester R. Brown note que le pompage excessif a épuisé les nappes superficielles, obligeant les agriculteurs à puiser dans la nappe fossile. Celle qui ne se recharge pas. Toujours en 2005, une étude révèle que dans la province du Hebei, assise dans la grande plaine du Nord, le niveau de cette précieuse eau souterraine diminue au rythme de 3 mètres par an. Plus rapidement encore à proximité des grandes villes. Il faut creuser de plus en plus profond pour l’atteindre. Si la nappe aquifère qui dort dans le sous-sol de la grande plaine du Nord disparaît, la région perdra sa dernière réserve d’eau. Sombre perspective pour un espace agricole qui produit la moitié du blé chinois, et le tiers de son maïs. Pour Lester R. Brown, la surexploitation des nappes aquifères pour l’irrigation gonfle temporairement la production de nourriture, créant une sorte de « bulle alimentaire artificielle », qui ne résistera pas à l’épuisement des eaux. Le Earth Policy Institute estime que 130 millions de Chinois sont nourris à base de céréales arrosées par un pompage, excessif mais pas illimité.

Voitures contre fermiers.

L’extension des villes, la multiplication des usines, et l’aménagement de routes de plus en plus nombreuses qui traversent des terres cultivables, contrarient encore l’agriculture chinoise. En 2009, le nombre de véhicules vendus en Chine dépasse pour la première fois celui des Etats-Unis. En 2011, il y aura probablement 20 millions de voitures mises en circulation. Des milliers d’hectares seront transformés en routes, en autoroutes, et en parkings. Lester R.  Brown écrit : « Les voitures sont maintenant en compétition avec les fermiers pour les terres cultivées en Chine. » Autre handicap, la main d’œuvre agricole qui, emmenée par le boom industriel, a émigré vers les grands cités chinoises. Avec peu d’espoir de retour vers de petits lopins de terres qui tournent à l’abandon. Cette main d’œuvre exilée prive la terre d’une force de travail, traditionnellement occupée à produire deux récoltes annuelles, blé d’hiver et maïs d’été dans le Nord, et double culture du riz dans le Sud. Un programme « blé-maïs »  de la FAO, lancé en 1996 dans la plaine Nord du Hebei,  montre une progression des rendements, plus 10%, et une optimisation de l’eau, moins 20%. (3)  En Chine, tous ces handicaps se conjuguent pour compromettre la production de céréales. En novembre 2010, les prix alimentaires ont augmenté de 12%, par rapport à l’année précédente. Or, l’envolée des prix de la nourriture présente des risques d’instabilité politique. Après une quinzaine d’années d’autosuffisance en céréales, la Chine pourrait se tourner vers le marché international. C’est ici que Lester R. Brown resserre sa démonstration.

Ravitailler son banquier.

S’il est question de connaître la part des importations chinoises, peut-être 20% des besoins, soit 90 millions de tonnes, à peine un peu moins que ce qu’exportent les Etats-Unis sur le marché mondial, de quoi bousculer les échanges internationaux, il est aussi question d’une relation commerciale, inédite et tendue, entre les deux puissances. Pour Lester R. Brown, à peu près certain de l’intérêt chinois pour le marché des céréales américain, grenier mondial, ce sera le « cauchemar ». Cauchemar pour les Chinois qui devront dépendre du blé et du maïs américains. Et cauchemar pour les consommateurs américains, désormais en concurrence avec 1,4 milliards de Chinois assez prospères pour s’offrir une partie de la récolte américaine. Les prix, des céréales, et de toutes les denrées qui en ont besoin, viande, œuf, ou lait, risquent fort de grimper. Et si la Chine importe seulement le cinquième de sa demande, les consommateurs américains seront bien obligés de se mettre au régime. A moins d’interdire les exportations vers la Chine. Dans les années 70, les Américains ont suspendu la vente de haricots de soja  au Japon. Mais changement d’époque, si le Japon était l’obligé des Etats-Unis, c’est aujourd’hui la Chine qui tient la puissance américaine. La Chine, qui finance le déficit américain, Lester R. Brown parle de plus de 900 milliards de dollars engagés, est devenu son principal créancier. Difficile de refuser de ravitailler son banquier.

M.J

 

(1) « Le plan B » - Pour un pacte écologique mondial », Lester R. Brown, Septembre 2008, Editions Pluriel, Hachette Littérature, p 34.

(2) Lester R. Brown se base sur la consommation américaine de céréales – 900 kg par personne et par an,  pour une population de 298 millions d’habitants au milieu des années 2000, estimation incluant le secteur industriel – pour estimer que la Chine de 2031 – peuplée de 1,45 milliard d’individus au niveau de vie comparable à celui des Américains – consommera les 2/3 tiers de la production mondiale de céréales. ( « Le plan b » - Pour un pacte écologique mondial », p 28)

(3) 1. Quelles innovations techniques conduisent à une amélioration de la production alimentaire dans le cadre de l’agriculture et du développement rural durables (ADRD)? FAO, sans date.  http://www.fao.org/docrep/006/y3951f/y3951f05.htm


Publié le 14 novembre 2011 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,USA
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Le Brésil ouvre un sentier à la déforestation.

Bonjour,

La réforme du Code forestier est en route au Brésil. Après avoir longuement été débattu et approuvé par les députés, le texte est examiné par le Sénat. S’il est adopté, il permettra aux exploitants brésiliens, industriels et petits cultivateurs, de déboiser au profit de terres agricoles. Si le monde de l’agriculture approuve cette modification, les écologistes y lisent un encouragement à la déforestation. L’image d’un Brésil,  à la fois pionnier et leader sur le front de l’environnement, pourrait s’estomper.

Une déforestation encore active.

Pourtant, il y a quelques mois encore, le Brésil annonçait fièrement un ralentissement de la déforestation en Amazonie. Selon l’INPE, – l’Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais -, l’observatoire brésilien des forêts qui effectue des repérages satellite, le déboisement du couvert amazonien recule effectivement entre 2009 et 2010, moins 6 ,2%. (1)(2) Ce qui laisse quand même un bilan de 7464 km² détruits par la déforestation en 2010, dont la moitié dans l’Etat du Para. D’ailleurs ce répit pour l’Amazonie, observé depuis 2005, ne dure pas. 2011 repart à la hausse. Mai annonce un record, amorcé en mars et avril – la déforestation a progressé de 500% par rapport à mars et avril 2010. (3) L’INPE confirme un regain pour août, porté par l’Etat du Mato Grosso.  Si l’immense complexe amazonien reste le terrain de jeux des coupeurs d’arbres, l’avenir de la grande forêt atlantique, déployée sur l’arc oriental, inquiète aussi les environnementalistes. Son bassin, qui accueille 112 millions de personnes, représente une source d’eau importante pour des zones très peuplées. L’INPE et l’ONG SOS Mâta Atlantica , impliquée dans la préservation de cet écosystème précieux, notent une déforestation ralentie en 2008-2010, par rapport à 2005-2008, mais continue. Au cours des deux dernières années, 312 km² ont été sabotés, avec une mauvaise note pour le Minas Gerais, Bahia, Santa Catarina, et le Parana.(4) Selon SOS Mâta Atlantica, moins de 7% de cette forêt primaire serait intact. Le reste a été grignoté par le développement de l’agriculture et de l’élevage, l’extension des villes, ou les plantations d’eucalyptus.

Agriculture et exportations.

En 1965, c’est un Brésil moins soumis aux tensions humaines et environnementales qui adopte le Code forestier. Sur le papier, ce texte permet de protéger 80% des forêts du Brésil, le reste est réservé aux cultures. Vraisemblablement jamais respecté, mais toujours renforcé par de nouvelles lois, il a sans doute réussi à contenir la déforestation. Du moins ces dernières années. Mais dans ce Brésil qui se développe, le Code forestier gêne les cultivateurs, et contrarie le projet d’un grand pays exportateur de denrées agricoles. Depuis les années 2000, le Brésil, servi par une géographie étendue, est devenu un leader du marché agroalimentaire mondial. Le pays fait commerce de soja, de sucre, d’éthanol, de bœuf, de poulet, de jus d’orange, de tabac, ou de ce café qui a inauguré son offensive sur le marché mondial.  Si le nouveau texte est adopté, les propriétaires terriens pourront déboiser jusqu’à 50% de leurs terres. Le lobby agricole y voit l’opportunité de développer son business. Les petits exploitants ne seraient pas mécontents d’étendre leurs champs. Il est question de développer une agriculture vivrière. Il est aussi question de nourrir une démographie en croissance, qui comptera plus de 200 millions de personnes  en 2030. De leur côté, les  environnementalistes imaginent une porte ouverte à la déforestation. L’impunité pour les zones illégalement exploitées figure déjà dans la modification du code.

Inondations et CO².

S’ils redoutent une dégradation du patrimoine forestier national, les partisans d’un Brésil qui respire  s’inquiètent d’une probable articulation entre déforestation et accidents climatiques. Dans la forêt Atlantique, SOS Mâta Atlantica note un déboisement actif des rives des cours d’eau, des coupes dans la mangrove, et un dénuement des zones qui protègent les habitations. Les sols, privés d’arbres, deviennent vulnérables aux fortes pluies qui provoquent des glissements de terrain. Quand  la déforestation des berges des rivières accentue les risques de crues. En juin 2010, de fortes pluies avaient provoqué  inondations et coulées de boue dans l’Alagoas et le  Pernambuco, deux Etats du Nord-Est assis dans la forêt atlantique. Les populations les plus touchées habitaient à proximité d’espaces mis à nu. (5) Autre argument des écologistes, la déforestation libère du CO², quand l’Amazonie peine de plus en plus à défendre son image de puits de carbone.  Au niveau international, la déforestation annoncée par la re-écriture du Code forestier voile l’image  d’un Brésil écolo, engagé à diminuer ses rejets de CO². De 2005 à 2010, une meilleure gestion de l’Amazonie lui avait permis de réduire d’un tiers ses émissions de gaz à effet de serre.

« Rio+20 »

Un collège composé d’une dizaine d’anciens ministres de l’Environnement a écrit à Dilma Rousseff, la Présidente du Brésil, pour tenter de geler la modification du Code forestier. Cette lettre  souligne le rôle avant-gardiste d’un pays qui a rédigé une loi pour protéger ses forêts, quand les autres n’en avaient pas compris l’importance. Les rédacteurs ajoutent que, grâce à ce processus responsable, le Brésil a pu devenir un acteur majeur dans les conférences internationales sur l’environnement. C’est d’ailleurs au Brésil que doit se tenir le prochain grand rendez-vous des Nations-Unies sur le Développemernt durable. Cette conférence, baptisée « RIO+20 », en référence aux engagements environnementaux formulés 20 ans plus tôt dans la métropole brésilienne, abordera aussi le dossier des forêts.  Rendez-vous donc à Rio,  en juin 2012.

 

M.J.

 

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(1) INPE releases Amazon deforestation rate in 2010, 03-10-2011 http://www.inpe.br/ingles/news/news_20111003_01.php

(2) Comparaison faite pour les périodes aoùt 2008- juillet 2009 et août 2009 – juillet 2010.

(3) Brazil confirms big jump in Amazon deforestation
Rhett A. Butler, mongabay.com , 18-05-2011 / Source INPE
http://news.mongabay.com/2011/0518-inpe_amazon.html

(4) SOS Mata Atlântica and INPE disclose data from Forest Remnants Atlas, 26-05-2011, http://www.inpe.br/ingles/news/news_20110526_02.php

(5) “Forestry Law Reforms Augur More Disasters”,  Fabiana Frayssinet, IPS News; 27-06-2010 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=51967

 


Publié le 20 octobre 2011 par marlene dans Agriculture.,Brésil,déforestation
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« Journée mondiale de la l’alimentation », jour de faim.

Bonjour,

Le 16 octobre prochain s’annonce  « Journée  mondiale de l’alimentation » . Dans son rapport 2011, intitulé « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde », la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture – interroge l’économie de la faim. La flambée des prix alimentaires, inscrite dans le sillage des crises de 2006-2008, touche surtout les pays les plus pauvres, addicts à l’importation de produits agricoles. Nombre d’Etats africains, très dépendants de riz et de céréales cultivés ailleurs, comptent parmi les plus touchés. Entre 2007 et 2008, le nombre de sous-alimentés sur le continent africain a grimpé de 8%. Mauvaise nouvelle à l’approche des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), car la nourriture pourrait rester chère, message de la FAO. Voire inabordable pour les plus démunis. Le changement de climat, ses excès, la concurrence entre l’agriculture dédiée aux agro -carburants et l’agriculture vivrière, sans oublier la spéculation sur les céréales, annoncent une crise durable. Le rapport montre comment l’envolée des prix alimentaires expose les petits producteurs et les populations pauvres des grandes cités du monde en développement. Les petits producteurs, car ils ne vendent pas suffisamment pour profiter d’une envolée des prix alimentaires. Et les pauvres,  car ils consacrent une part importante de leurs revenus à l’alimentation. Plus de 60% au Vietnam, au Malawi, au Bengladesh.  Plus de 70% au Ghana, au Pakistan, au Tadjikistan.

Protectionnisme, stocks, et politique sociale.

Scénario simplifié d’une dynamique économique  complexe de la faim – elle progresse en 2007-2008 en Afrique et stagne en Asie – , la FAO distingue trois types de pays. Ceux qui se sont tenus à l’écart du marché international. Ceux qui ont pu limiter les dégâts. Et ceux où la crise alimentaire a fait avancer la faim. Le premier groupe de pays, Chine, Inde, ou Brésil, a limité ses échanges agricoles, développé une politique sociale pour adoucir le choc, et puisé dans ses réserves alimentaires. Avec le risque que ce protectionnisme porte la spéculation mondiale, et prive de nourriture les pays importateurs. Ce premier groupe a cependant réussi à contenir les prix sur le marché intérieur, et à faire reculer le nombre de sous-alimentés. Mais, sur le modèle du Brésil,  tous les Etats n’ont pas les moyens d’accompagner les plus démunis avec une politique sociale. Autre problème, pour disposer de stocks alimentaires, il faut être assez riche pour aire des réserves. Ce qui exclut les plus pauvres. Le rapport cite l’exemple de la Chine, de l’Inde, et de l’Indonésie, qui, contrôlant leurs exportations pendant la crise alimentaire des années 2007-2008, ont maintenu le prix du riz et celui du blé. Second groupe, les Etats pauvres, mais producteurs et exportateurs de denrées alimentaires. Le Vietnam ou la Thaïlande. Malgré une valse des étiquettes sur le marché intérieur, la FAO y note un recul de la malnutrition. Mais attention, ce modèle suppose une bonne répartition des terres, condition d’une production alimentaire supérieure à la consommation. Enfin, un troisième groupe de pays a vu les prix s’envoler sur les étals des marchés locaux, privant les populations dépourvues. Au Malawi, en Afghanistan, en Ouganda, au Sénégal, au Mozambique, en Zambie, en Ethiopie ou au Kenya, il n’y a pas, ou peu, de stocks alimentaires. Il n’y a pas non plus d’argent pour assister les plus démunis. Le rapport cite l’exemple du Burkina Faso, qui, en 2008,  subventionne la vente de céréales sur le marché interne. Mais qui doit faire appel au PAM – le Programme Alimentaire Mondial – pour secourir 600.000 personnes. Toujours en 2008, le gouvernement éthiopien puise 190.000 tonnes de blé dans ses réserves pour approvisionner 800.000 urbains. Et qui, un peu plus tard, doit en importer 150.000 tonnes pour nourrir ses villes. Ici encore, le PAM est intervenu.

Un milliard de mal nourris.

La FAO, qui tire les conséquences de la crise alimentaire de 2007-2008, se demande comment mieux contrôler les prix sur les marchés intérieurs. Deux propositions. D’abord, améliorer l’information qui renseigne sur l’état des marchés, mondiaux et nationaux, afin de développer une analyse pertinente de l’évolution des échanges. Cette idée, qui suppose la transparence des données, permettrait de réagir avant que la panique des marchés joue sur les prix. Reste que l’information sur les réserves alimentaires est difficile à obtenir, problème d’accès aux sources, ou stratégie économique de certains pays. Seconde proposition, considérer l’envol des prix alimentaires comme « un état de fait », et s’y adapter. En développant des stratégies de protection sociale. Message fort de la FAO, investir dans l’agriculture pour impulser une dynamique interne qui fasse reculer la pauvreté et la faim : plus de compétitivité sur le  marché intérieur, plus de revenus pour les agriculteurs, et des produits agricoles, moins chers,  accessibles au plus pauvres. La FAO, qui révise sa méthodologie, ne chiffre pas la faim dans le monde en 2011. Elle touche probablement un milliard de personnes.

 

M.J

 

Pendant ce temps, Action contre la Faim convoque le G20

 

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Une classe virtuelle est mise en ligne par la FAO. Des documents et des leçons type permettent aux enseignants de fouiller la problématique de la faim – faim, malnutrition, insécurité alimentaire..-, afin de sensibiliser les élèves et les étudiants : http://www.feedingminds.org/fmfh/accueil/fr/

A petite échelle, la campagne TeleFood de la FAO accompagne des micro-projets dans plus d’une centaine de pays pour aider les familles et les communautés à produire de la nourriture. Ou générer des revenus pour en acheter. Petites histoires… http://www.fao.org/getinvolved/telefood/fr/

Lien Rapport : « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde », Comment la volatilité des cours internationaux porte-t-elle atteinte à l’économie et à la sécurité alimentaire des pays. FIDA, WFP, FAO. http://www.fao.org/docrep/014/i2330f/i2330f.pdf


Publié le 13 octobre 2011 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,FAO,Objectifs du Millénaire.
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