Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Le Qatar rêve de fertiliser ses sables….

Bonjour,

Le Qatar poursuit son ambitieux programme de sécurité alimentaire”, titre un article de  l’UNCCD, la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. Il esquisse la stratégie agricole d’un petit pays, handicapé par le désert et le manque d’eau, mais bien décidé à couvrir 70% de ses besoins alimentaires en 2023. (1)

Eau et productivité agricole.

Situé sur la rive sud du Golfe persique, le Qatar est une presqu’île d’un peu plus de 11000 km², 160 kilomètres de long pour 80km de large. Un petit territoire recouvert de sable qui se mesure à l’échelle de l’Île de France. C’est un  pays  assis  au niveau de la mer, qui culmine à un peu plus de 100 mètres dans le Jebel Dukhan, la chaîne de collines de la côte Ouest. C’est ici que se trouvent les principales réserves terrestres de pétrole. Le Qatar, qui vit sous le régime du désert, affiche des températures estivales qui oscillent entre 40 et 50°C. Si les faibles pluies, à peine 80 mm par an, donnent quelques couleurs à cet environnement aride, elles limitent les possibilités de l’agriculture.  Moins de 6% du territoire est cultivable. Irrigation de pénurie, sols pauvres, conditions climatiques extrêmes, manque de main d’œuvre saisonnière, et système de jachères qui laisse des terres incultes, l’agriculture qatare cumule les problèmes. Pour nourrir sa population, un million et demi d’habitants, le pays achète à l’étranger des milliers de tonnes de céréales,  riz blanchi, orge, blé, de la viande de volaille et de canard, des légumes frais, de l’huile, des graisses végétales, et quelques autres milliers de tonnes de farine de blé. (2) au total, le Qatar importe 90% de ses  besoins alimentaires, une dépendance qui pèse de l’argent et des contraintes. En 2008,  le pays lance un programme national de sécurité alimentaire  qui tient en deux mots, eau et productivité agricole. Et comme le pays est riche, il fait appel aux scientifiques et aux innovations technologiques. Universités, agences d’Etat américaines, dont l’USAID (United States Agency for International Development), planchent déjà sur le dossier de la sécurité alimentaire au Qatar. (1)

L’eau des Qataris.

Le Qatar, qui pompe sa nappe aquifère, est en train de réaliser que cette source d’eau, non renouvelable, est précieuse. Pour son agriculture, le pays envisage donc de développer un ambitieux programme de désalinisation d’eau de mer. Cette eau traitée devrait être utilisée pour recharger les nappes aquifères qui deviendront des réservoirs, sécurité de pays désertique. Le Qatar connait bien cette  technologie, qui assure actuellement 90% de sa consommation en eau potable. Le pays, qui souhaite adoucir son image de producteur de pétrole, pense aux énergies vertes pour faire tourner des usines de désalinisation, jusqu’alors alimentées au pétrole et au gaz naturel. A terme, les technologies de conversion, osmose inversée associée au  solaire , devraient permettre de couvrir la plupart des besoins de l’agriculture. Un parc d’énergie solaire est planifié à cet effet dans le sud du territoire,  région la mieux dotée en lumière. Pour diversifier ses sources, l’Emirat devrait développer un recyclage des eaux industrielles. Le Qatar réfléchit à rendre plus efficace une irrigation traditionnelle, par inondation, qui gaspille beaucoup d’eau. La technique du  goutte à goutte, pratiquée depuis l’antiquité, utilisée dans les espaces arides car économe en eau et en engrais, est l’une des pistes majeures de cette transition agricole. Cette efficience de l’eau pourrait s’articuler à une agriculture hydroponique, des cultures hors sol installées sur des substrats neutres et inertes, sable, billes d’argile, ou laine de roche. La culture de légumes sous serre, par exemple. Mais, cactus de taille dans cette aventure agricole, ne pas toucher à l’eau destinée à la consommation personnelle des Qataris.(1)

Le bush en colère…

En attendant une agriculture productive, le Qatar projette des colonies agricoles en territoire étranger. En Afrique, où l’Emirat a acheté 40.000 hectares de terres au Kenya, avant de convoiter d’autres espaces agricoles au Soudan. (3) En Asie, la Qatar Investment Authority (QIA) – le fonds d’investissement souverain de l’Etat – crée des Joint-Ventures avec les gouvernements du Vietnam et d’Indonésie. Des contrats similaires, qui associent les pays d’accueil et leur attribuent une aide au développement, sont en négociation en Malaisie et aux Philippines. Une formule assez inédite qui, pour l’instant, semble contenter tout le monde. (4)  Autre son de clache, en juin 2011, un article paru dans the Age, un quotidien australien édité à Melbourne, dénonce l’offensive du Qatar dans l’Etat du Victoria. La firme Hassad Foods, le «bras agricole » du petit Emirat, souhaite acquérir plus de  8000 hectares de  pâturages à moutons et de terres cultivables, pour une somme de 35 millions de dollars. On parle de l’une des plus importantes transactions de terres pastorales dans l’histoire récente du Victoria. L’accord, pourtant consenti par les vendeurs, a soulevé une vague d’indignation dans le bush. Un partie de l’opinion australienne, sensible à la question de la sécurité alimentaire et préoccupée l’irruption d’étrangers sue leurs terres, demande une législation plus stricte. (5)

L’argent et l’eau.

L’article de l’UNCCD établit un parallèle entre le Qatar et l’Arabie Saoudite, deux agricultures contrariées par le désert et le manque d’eau. Après deux décennies, l’Arabie Saoudite, qui importe 80% de son alimentation, vient d’abandonner sa course à l’autosuffisance.(6) Un  mirage jugé trop coûteux. Depuis, le Royaume saoudien achète des terres agricoles en Asie, en Afrique, se résignant à l’idée que la nourriture des Saoudiens sera produite à l’étranger. Cité dans l’article, Elie Elhadj, spécialiste du Moyen-Orient, expose les limites d’une agriculture «produced in the desert » : « Cette expérience montre simplement que la combinaison de l’argent et de l’eau peut même faire fleurir le désert, jusqu’à ce que l’argent et l’eau manquent. » (1) Même si la taille du Qatar, sa démographie, et une pluviosité à peine mieux dotée que celle de son voisin saoudien, rendent un peu moins irréaliste cette quête à l’autosuffisance.
M.J

La péninsule arabique est un quasi-désert, où les habitants ont toujours lutté pour avoir accès à l’eau douce.. De l’eau potable à l’irrigation, la désalinisation de l’eau de mer permet aujourd’hui de couvrir la plupart des besoins.  Mais ces unités de production ont un coût environnemental assez élevé…Un reportage d’AlJazeera.

 

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(1) Towards self-sufficiency: Qatar pursues ambitious food security programme,Healthy soil, healthy earth, UNCDD News, Issue 3.3 / May-June 2011  http://newsbox.unccd.int/3.3/imgissue/UNCCDNews3,3.pdf

(2 FAOSTAT, 2009, Importations agro-alimentaires : http://faostat.fao.org/desktopdefault.aspx?pageid=342&lang=fr&country=179 Production : http://faostat.fao.org/DesktopDefault.aspx?PageID=339&lang=fr&country=179
(3)« The great Land Grab », Rush for World’s Farmland, Threatens Food Security for the Poor
Shepard Daniel with Anuradha Mittal, Oakland Institute, 2009
http://www.oaklandinstitute.org/pdfs/LandGrab_final_web.pdf
(4)“Land grab or development opportunity?”, Agricultural investment and
international land deals in Africa,Lorenzo Cotula, Sonja Vermeulen, Rebeca Leonard and James Keeley , FAO, IIED and IFAD, 2009 http://www.ifad.org/pub/land/land_grab.pdf
(5)”Qatar land grab angers bush”, Cameron Houston and Royce Millar, The Age, 19-06-2011
June 19, 2011http://www.theage.com.au/victoria/qatar-land-grab-angers-bush-20110618-1g99l.html

(6) Service d’exportation agroalimentaire, Profile du secteur de l’agroalimentaire1 – Riyad, Arabie saoudite, Agriculture et agro-alimentaire Canada, Mai 2010 http://www.ats.agr.gc.ca/afr/4631-fra.htm


Publié le 26 janvier 2012 par marlene dans Agriculture.,eau,Pays du Golfe.
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« Brown revolution »

Bonjour,
La « brown revolution », ou « révolution marron », couleur peau de vache, est une expérience assez insolite, menée au Zimbabwe. Elle vise à restaurer des sols et des écosystèmes dégradés en intégrant des troupeaux dans des paysages enclos. Le concept, qui bouscule l’idée que le bétail est l’ennemi de l’environnement, est porté par Allan Savory, biologiste zimbabwéen. En 2009, il fonde le Savory Institute, un organisme à but lucratif chargé de relayer la « brown revolution », une pratique environnementale née d’une vision holistique. Ce courant,  né dans les années 20, considère la nature come un « tout », où chaque élément influence les autres. Acquis à cette conception, Allan Savory considère que le changement climatique, la perte de la biodiversité, et la désertification des terres ne sont pas trois problèmes distincts, mais connectés. La dégradation de la biodiversité résulte de la désertification et du changement climatique, exacerbé par l’usage d’énergies fossiles. Dans ce contexte, s’il y a respect de la biodiversité, la désertification n’a pas lieu. Mais revenons à nos troupeaux, dont les sabots sont les outils de cette biodiversité. Dans un article publié par la Green Universtity, Allan Savory évoque d’immenses hordes de bisons, un défilé qui dure des heures, labourant les pâturages de leurs sabots, bien groupés pour échapper aux prédateurs. Ils piétinent l’herbe, tassent la végétation morte sur le sol, tandis que les graines utiles pénètrent  la terre pour germer. Ces plantes sont recouvertes d’un tapis de végétaux secs, qui favorise la pénétration de l’eau, et la retiennent. Cette humidité, qui tempère la surface du sol, stimule le renouvellement des prairies après le départ des bisons. Cette conception de la lutte contre la désertification se pratique dans des espaces clos et mouvants. Les bisons piétinent groupés, avant de partir fouler d’autres prairies. L’African Center For Holistic Management (ACHM), partenaire  de terrain du Savoy Institute, a expérimenté ce pâturage, très encadré, au Zimbabwe. (1) (2)

Au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment.  

L’expérience est développée dans la région de Dimbangombe, à proximité des Chutes Victoria sur le fleuve Zambèze, frontière entre le Zimbabwe et la Zambie. Le Zimbabwe, situé en climat tropical, avec une saison des pluies d’octobre à mars, et une saison sèche équivalente,  est une terre de hauts plateaux, autrefois couvert de forêts. La pauvreté,  la croissance de la population, et des besoins en bois, pour brûler et pour construire, ont nourri la déforestation. Des sécheresses à répétition ont contribué à l’appauvrissement des sols. La situation est telle que l’UNEP (2008), le Programme des Nations Unies pour l’environnement, place l’érosion des terres agricoles et la déforestation au cœur de la problématique environnementale du Zimbabwe. (3) Près des Chutes Victoria, le projet, inscrit sur une exploitation de 2900 hectares, a redonné vie à l’écosystème du fleuve Dimbangombe. Les troupeaux, bétail et chèvres, ont d’abord été gonflés de 400%. Chaque jour, les bêtes ont été incitées à consommer des pâturages, en fonction du calendrier de renouvellement de cet écosystème. Pas de stress sur les troupeaux pour les maintenir sains et productifs. Il a fallu ensuite construire des infrastructures, légères et pratiques, pour accompagner la migration des animaux. Tout en les protégeant des lions, des léopards, des chiens sauvages, ou des hyènes, qui viennent rôder pendant la nuit. Chaque semaine, la ferme ambulante a été déplacée sur des sites différents, afin de multiplier les espaces de fertilisation, enrichis grâce aux sabots des animaux, et par leurs déjections. Malgré des sécheresses de 2004 à 2007, là où le sol était nu, l’herbe pousse à nouveau. La rivière s’est remise à couler dans un environnement reconstitué. ACHM Zimbabwe résume les lois d’un pâturage bénéfique « Un troupeau, au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment. »  (4)

Sans bétail, le désert.

Canada, Mexique, Etats-Unis, Amérique du Sud, Australie, ou Nouvelle Zélande, la pratique holistique concerne aujourd’hui un peu plus de 16 millions d’hectares dans le monde. Le Savory Institute forme des « missionnaires», éducateurs et consultants, qui travaillent en Namibie, au Kenya, aux Etats-Unis, au Mexique et en Australie. Le Savory Institute cherche à conquérir de nouveaux territoires pour y développer sa pratique de restauration des écosystèmes, et conquérir l’approbation du monde scientifique. Reste une vision holistique qui bouscule quelques idées reçues. « Au cours du dernier million d’années, nous n’avons développé que trois outils majeurs pour gérer notre environnement en général. Ces outils sont la technologie, le feu, et le repos biologique ». résume Allan Savory dans une publication de  l’UNEP,(5). Or, la technologie, qui ne peut remplacer le cycle végétatif des prairies, n’est pas la bonne option. Le feu, utilisé depuis toujours pour la santé des pâturages, les oxyde, les expose, et libère de grandes quantités de gaz à effet de serre. Quant au repos des terres dans des espaces soumis aux pluies saisonnières, il favorise l’oxydation, la mort des végétaux, la nudité des sols, la désertification, et le changement climatique. La vision holistique veut que ces terres là soient dérangées par des troupeaux pour se reconstituer. Sans l’intervention du bétail, elles tournent rapidement au désert.

M.J

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(1) “Holistic Management, A New Framework for Decision Making »
by Allan Savory with Jody Butterfield” http://www.greenuniversity.net/Ideas_to_Change_the_World/AllanSavory.htm

(2) Africa Center for Holistic Mangement, Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Africa_Center_for_Holistic_Management

(3) « Africa: Atlas of Our Changing Environment »  , The United Nations Environment Programme (UNEP), 2008. http://na.unep.net/atlas/africa/downloads/chapters/Africa_Atlas_French_Intro.pdf

(4) Grazing Planning – Africa Center for Holistic Management (ACHM), Zimbabwe. Moving cattle « in one herd, to the right place, for the right reasons, at the right time ». From a Video by Seth J. Itzkan

(5) « We need a brown revolution”, Allan Savory, Healthy soil, healthy earth,, UNCDD News, Issue 3.3 / May-June 2011  http://newsbox.unccd.int/3.3/imgissue/UNCCDNews3,3.pdf


Publié le 18 janvier 2012 par marlene dans Afrique - Environnement.,Agriculture.,Biodiversité,Climat,déforestation,Désertification.,eau,elevage
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« Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? », s’interroge Lester R. Brown.

Bonjour,

« Dans les années à venir, les Etats-Unis pourraient bien devoir expédier un ou deux bateaux cargos de céréales par jour en direction de la Chine. ». Cette phrase, un peu étrange, est tirée de « Plan B », un ouvrage signé Lester R. Brown, édition 2008. (1) Le Patron du Earth Policy Institute esquisse un portait édifiant d’une Chine superpuissante, qui a consommé trop vite sa géographie, épuisé ses terres et ses nappes phréatiques. Au risque de ne plus produire assez de céréales pour nourrir son imposante démographie. Lester R. Brown estime que la Chine de 2031, peuplée d’1,45 milliards d’individus avec un niveau de vie proche de celui des Américains des années 2000, consommera les 2/3 de la production mondiale de céréales. (2) En 2005, l’auteur note que la Chine absorbe déjà 120 millions de tonnes de céréales de plus que les Etats-Unis. Dans le même temps, la production céréalière du géant asiatique a chuté de 35 millions de tonnes, un recul de 9% entre 1998 et 2005. En mars 2011, LesterR.  Brown réactualise sa démonstration sur le site du Earth Policy Institute. Un article intitulé « Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? » reprend les grands paramètres de l’équation alimentaire d’une Chine qui consommera plus de céréales qu’elle n’en produira.

« La Chine est en guerre.»

Premier handicap, la disparition des terres cultivables avalées par le désert. L’obsession des autorités chinoises à produire plus de céréales pour tendre vers l’autosuffisance alimentaire, et tourner la page de la grande famine des années 1959-1961 qui a fait trente millions de victimes, a conduit à une sur- exploitation des terres et des pâturages des régions  Nord et l’Ouest.  L’abus de cet espace agricole a favorisé la formation de gros nuages de poussières qui se déplacent à la fin de l’hiver et au début du printemps. Cette manifestation du désert ne s’est plus arrêtée. Chaque printemps, les habitants des régions Est doivent se battre contre une atmosphère chargée de poussières. Beijing et les autres cités orientales sont prises dans la tourmente. Mais les plus à plaindre sont les cultivateurs et les éleveurs des vastes terres du Nord-Ouest, dont les récoltes et les revenus sont balayés par la poussière. Depuis 1950, 24.000 villages de ces régions ont été, complètement ou partiellement, abandonnés. Les dunes de sables, qui ont colonisé les terres cultivables, ont poussé les agriculteurs à émigrer vers les grandes villes de l’Est, déjà surpeuplées. Wang Tao, spécialiste des déserts cité par Lester R. Brown, évalue qu’entre 1950 et 1975, un peu plus de 1500 km² de terres ont été gagnées par le désert chaque année, au Nord et à l’Ouest du territoire. Le processus s’est accéléré. Au tournant du siècle, il estime que plus de 3600 km² de terres par an, soit plus du double, deviennent incultivables. « La Chine est en guerre », annonce Lester R. Brown. Son ennemi, le désert, progresse sur plusieurs fronts à la fois. «  Et dans cette guerre contre les déserts, la Chine est en train de perdre. », constate le chercheur.

 

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Nappe fossile.

L’eau, indispensable à l’agriculture, est aussi à l’heure des bilans sur un territoire inégalement doté. Une Chine du Sud qui concentre 80 % des ressources, et une Chine du Nord qui tend vers les 15%. Pour répondre à une demande croissante en nourriture, des millions d’agriculteurs chinois ont pratiqué l’irrigation. Les nappes phréatiques qui alimentent la grande plaine du Nord en eau commencent à baisser. Dès 2005, Lester R. Brown note que le pompage excessif a épuisé les nappes superficielles, obligeant les agriculteurs à puiser dans la nappe fossile. Celle qui ne se recharge pas. Toujours en 2005, une étude révèle que dans la province du Hebei, assise dans la grande plaine du Nord, le niveau de cette précieuse eau souterraine diminue au rythme de 3 mètres par an. Plus rapidement encore à proximité des grandes villes. Il faut creuser de plus en plus profond pour l’atteindre. Si la nappe aquifère qui dort dans le sous-sol de la grande plaine du Nord disparaît, la région perdra sa dernière réserve d’eau. Sombre perspective pour un espace agricole qui produit la moitié du blé chinois, et le tiers de son maïs. Pour Lester R. Brown, la surexploitation des nappes aquifères pour l’irrigation gonfle temporairement la production de nourriture, créant une sorte de « bulle alimentaire artificielle », qui ne résistera pas à l’épuisement des eaux. Le Earth Policy Institute estime que 130 millions de Chinois sont nourris à base de céréales arrosées par un pompage, excessif mais pas illimité.

Voitures contre fermiers.

L’extension des villes, la multiplication des usines, et l’aménagement de routes de plus en plus nombreuses qui traversent des terres cultivables, contrarient encore l’agriculture chinoise. En 2009, le nombre de véhicules vendus en Chine dépasse pour la première fois celui des Etats-Unis. En 2011, il y aura probablement 20 millions de voitures mises en circulation. Des milliers d’hectares seront transformés en routes, en autoroutes, et en parkings. Lester R.  Brown écrit : « Les voitures sont maintenant en compétition avec les fermiers pour les terres cultivées en Chine. » Autre handicap, la main d’œuvre agricole qui, emmenée par le boom industriel, a émigré vers les grands cités chinoises. Avec peu d’espoir de retour vers de petits lopins de terres qui tournent à l’abandon. Cette main d’œuvre exilée prive la terre d’une force de travail, traditionnellement occupée à produire deux récoltes annuelles, blé d’hiver et maïs d’été dans le Nord, et double culture du riz dans le Sud. Un programme « blé-maïs »  de la FAO, lancé en 1996 dans la plaine Nord du Hebei,  montre une progression des rendements, plus 10%, et une optimisation de l’eau, moins 20%. (3)  En Chine, tous ces handicaps se conjuguent pour compromettre la production de céréales. En novembre 2010, les prix alimentaires ont augmenté de 12%, par rapport à l’année précédente. Or, l’envolée des prix de la nourriture présente des risques d’instabilité politique. Après une quinzaine d’années d’autosuffisance en céréales, la Chine pourrait se tourner vers le marché international. C’est ici que Lester R. Brown resserre sa démonstration.

Ravitailler son banquier.

S’il est question de connaître la part des importations chinoises, peut-être 20% des besoins, soit 90 millions de tonnes, à peine un peu moins que ce qu’exportent les Etats-Unis sur le marché mondial, de quoi bousculer les échanges internationaux, il est aussi question d’une relation commerciale, inédite et tendue, entre les deux puissances. Pour Lester R. Brown, à peu près certain de l’intérêt chinois pour le marché des céréales américain, grenier mondial, ce sera le « cauchemar ». Cauchemar pour les Chinois qui devront dépendre du blé et du maïs américains. Et cauchemar pour les consommateurs américains, désormais en concurrence avec 1,4 milliards de Chinois assez prospères pour s’offrir une partie de la récolte américaine. Les prix, des céréales, et de toutes les denrées qui en ont besoin, viande, œuf, ou lait, risquent fort de grimper. Et si la Chine importe seulement le cinquième de sa demande, les consommateurs américains seront bien obligés de se mettre au régime. A moins d’interdire les exportations vers la Chine. Dans les années 70, les Américains ont suspendu la vente de haricots de soja  au Japon. Mais changement d’époque, si le Japon était l’obligé des Etats-Unis, c’est aujourd’hui la Chine qui tient la puissance américaine. La Chine, qui finance le déficit américain, Lester R. Brown parle de plus de 900 milliards de dollars engagés, est devenu son principal créancier. Difficile de refuser de ravitailler son banquier.

M.J

 

(1) « Le plan B » - Pour un pacte écologique mondial », Lester R. Brown, Septembre 2008, Editions Pluriel, Hachette Littérature, p 34.

(2) Lester R. Brown se base sur la consommation américaine de céréales – 900 kg par personne et par an,  pour une population de 298 millions d’habitants au milieu des années 2000, estimation incluant le secteur industriel – pour estimer que la Chine de 2031 – peuplée de 1,45 milliard d’individus au niveau de vie comparable à celui des Américains – consommera les 2/3 tiers de la production mondiale de céréales. ( « Le plan b » - Pour un pacte écologique mondial », p 28)

(3) 1. Quelles innovations techniques conduisent à une amélioration de la production alimentaire dans le cadre de l’agriculture et du développement rural durables (ADRD)? FAO, sans date.  http://www.fao.org/docrep/006/y3951f/y3951f05.htm


Publié le 14 novembre 2011 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,USA
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Le Brésil ouvre un sentier à la déforestation.

Bonjour,

La réforme du Code forestier est en route au Brésil. Après avoir longuement été débattu et approuvé par les députés, le texte est examiné par le Sénat. S’il est adopté, il permettra aux exploitants brésiliens, industriels et petits cultivateurs, de déboiser au profit de terres agricoles. Si le monde de l’agriculture approuve cette modification, les écologistes y lisent un encouragement à la déforestation. L’image d’un Brésil,  à la fois pionnier et leader sur le front de l’environnement, pourrait s’estomper.

Une déforestation encore active.

Pourtant, il y a quelques mois encore, le Brésil annonçait fièrement un ralentissement de la déforestation en Amazonie. Selon l’INPE, – l’Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais -, l’observatoire brésilien des forêts qui effectue des repérages satellite, le déboisement du couvert amazonien recule effectivement entre 2009 et 2010, moins 6 ,2%. (1)(2) Ce qui laisse quand même un bilan de 7464 km² détruits par la déforestation en 2010, dont la moitié dans l’Etat du Para. D’ailleurs ce répit pour l’Amazonie, observé depuis 2005, ne dure pas. 2011 repart à la hausse. Mai annonce un record, amorcé en mars et avril – la déforestation a progressé de 500% par rapport à mars et avril 2010. (3) L’INPE confirme un regain pour août, porté par l’Etat du Mato Grosso.  Si l’immense complexe amazonien reste le terrain de jeux des coupeurs d’arbres, l’avenir de la grande forêt atlantique, déployée sur l’arc oriental, inquiète aussi les environnementalistes. Son bassin, qui accueille 112 millions de personnes, représente une source d’eau importante pour des zones très peuplées. L’INPE et l’ONG SOS Mâta Atlantica , impliquée dans la préservation de cet écosystème précieux, notent une déforestation ralentie en 2008-2010, par rapport à 2005-2008, mais continue. Au cours des deux dernières années, 312 km² ont été sabotés, avec une mauvaise note pour le Minas Gerais, Bahia, Santa Catarina, et le Parana.(4) Selon SOS Mâta Atlantica, moins de 7% de cette forêt primaire serait intact. Le reste a été grignoté par le développement de l’agriculture et de l’élevage, l’extension des villes, ou les plantations d’eucalyptus.

Agriculture et exportations.

En 1965, c’est un Brésil moins soumis aux tensions humaines et environnementales qui adopte le Code forestier. Sur le papier, ce texte permet de protéger 80% des forêts du Brésil, le reste est réservé aux cultures. Vraisemblablement jamais respecté, mais toujours renforcé par de nouvelles lois, il a sans doute réussi à contenir la déforestation. Du moins ces dernières années. Mais dans ce Brésil qui se développe, le Code forestier gêne les cultivateurs, et contrarie le projet d’un grand pays exportateur de denrées agricoles. Depuis les années 2000, le Brésil, servi par une géographie étendue, est devenu un leader du marché agroalimentaire mondial. Le pays fait commerce de soja, de sucre, d’éthanol, de bœuf, de poulet, de jus d’orange, de tabac, ou de ce café qui a inauguré son offensive sur le marché mondial.  Si le nouveau texte est adopté, les propriétaires terriens pourront déboiser jusqu’à 50% de leurs terres. Le lobby agricole y voit l’opportunité de développer son business. Les petits exploitants ne seraient pas mécontents d’étendre leurs champs. Il est question de développer une agriculture vivrière. Il est aussi question de nourrir une démographie en croissance, qui comptera plus de 200 millions de personnes  en 2030. De leur côté, les  environnementalistes imaginent une porte ouverte à la déforestation. L’impunité pour les zones illégalement exploitées figure déjà dans la modification du code.

Inondations et CO².

S’ils redoutent une dégradation du patrimoine forestier national, les partisans d’un Brésil qui respire  s’inquiètent d’une probable articulation entre déforestation et accidents climatiques. Dans la forêt Atlantique, SOS Mâta Atlantica note un déboisement actif des rives des cours d’eau, des coupes dans la mangrove, et un dénuement des zones qui protègent les habitations. Les sols, privés d’arbres, deviennent vulnérables aux fortes pluies qui provoquent des glissements de terrain. Quand  la déforestation des berges des rivières accentue les risques de crues. En juin 2010, de fortes pluies avaient provoqué  inondations et coulées de boue dans l’Alagoas et le  Pernambuco, deux Etats du Nord-Est assis dans la forêt atlantique. Les populations les plus touchées habitaient à proximité d’espaces mis à nu. (5) Autre argument des écologistes, la déforestation libère du CO², quand l’Amazonie peine de plus en plus à défendre son image de puits de carbone.  Au niveau international, la déforestation annoncée par la re-écriture du Code forestier voile l’image  d’un Brésil écolo, engagé à diminuer ses rejets de CO². De 2005 à 2010, une meilleure gestion de l’Amazonie lui avait permis de réduire d’un tiers ses émissions de gaz à effet de serre.

« Rio+20 »

Un collège composé d’une dizaine d’anciens ministres de l’Environnement a écrit à Dilma Rousseff, la Présidente du Brésil, pour tenter de geler la modification du Code forestier. Cette lettre  souligne le rôle avant-gardiste d’un pays qui a rédigé une loi pour protéger ses forêts, quand les autres n’en avaient pas compris l’importance. Les rédacteurs ajoutent que, grâce à ce processus responsable, le Brésil a pu devenir un acteur majeur dans les conférences internationales sur l’environnement. C’est d’ailleurs au Brésil que doit se tenir le prochain grand rendez-vous des Nations-Unies sur le Développemernt durable. Cette conférence, baptisée « RIO+20 », en référence aux engagements environnementaux formulés 20 ans plus tôt dans la métropole brésilienne, abordera aussi le dossier des forêts.  Rendez-vous donc à Rio,  en juin 2012.

 

M.J.

 

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(1) INPE releases Amazon deforestation rate in 2010, 03-10-2011 http://www.inpe.br/ingles/news/news_20111003_01.php

(2) Comparaison faite pour les périodes aoùt 2008- juillet 2009 et août 2009 – juillet 2010.

(3) Brazil confirms big jump in Amazon deforestation
Rhett A. Butler, mongabay.com , 18-05-2011 / Source INPE
http://news.mongabay.com/2011/0518-inpe_amazon.html

(4) SOS Mata Atlântica and INPE disclose data from Forest Remnants Atlas, 26-05-2011, http://www.inpe.br/ingles/news/news_20110526_02.php

(5) “Forestry Law Reforms Augur More Disasters”,  Fabiana Frayssinet, IPS News; 27-06-2010 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=51967

 


Publié le 20 octobre 2011 par marlene dans Agriculture.,Brésil,déforestation
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« Journée mondiale de la l’alimentation », jour de faim.

Bonjour,

Le 16 octobre prochain s’annonce  « Journée  mondiale de l’alimentation » . Dans son rapport 2011, intitulé « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde », la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture – interroge l’économie de la faim. La flambée des prix alimentaires, inscrite dans le sillage des crises de 2006-2008, touche surtout les pays les plus pauvres, addicts à l’importation de produits agricoles. Nombre d’Etats africains, très dépendants de riz et de céréales cultivés ailleurs, comptent parmi les plus touchés. Entre 2007 et 2008, le nombre de sous-alimentés sur le continent africain a grimpé de 8%. Mauvaise nouvelle à l’approche des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), car la nourriture pourrait rester chère, message de la FAO. Voire inabordable pour les plus démunis. Le changement de climat, ses excès, la concurrence entre l’agriculture dédiée aux agro -carburants et l’agriculture vivrière, sans oublier la spéculation sur les céréales, annoncent une crise durable. Le rapport montre comment l’envolée des prix alimentaires expose les petits producteurs et les populations pauvres des grandes cités du monde en développement. Les petits producteurs, car ils ne vendent pas suffisamment pour profiter d’une envolée des prix alimentaires. Et les pauvres,  car ils consacrent une part importante de leurs revenus à l’alimentation. Plus de 60% au Vietnam, au Malawi, au Bengladesh.  Plus de 70% au Ghana, au Pakistan, au Tadjikistan.

Protectionnisme, stocks, et politique sociale.

Scénario simplifié d’une dynamique économique  complexe de la faim – elle progresse en 2007-2008 en Afrique et stagne en Asie – , la FAO distingue trois types de pays. Ceux qui se sont tenus à l’écart du marché international. Ceux qui ont pu limiter les dégâts. Et ceux où la crise alimentaire a fait avancer la faim. Le premier groupe de pays, Chine, Inde, ou Brésil, a limité ses échanges agricoles, développé une politique sociale pour adoucir le choc, et puisé dans ses réserves alimentaires. Avec le risque que ce protectionnisme porte la spéculation mondiale, et prive de nourriture les pays importateurs. Ce premier groupe a cependant réussi à contenir les prix sur le marché intérieur, et à faire reculer le nombre de sous-alimentés. Mais, sur le modèle du Brésil,  tous les Etats n’ont pas les moyens d’accompagner les plus démunis avec une politique sociale. Autre problème, pour disposer de stocks alimentaires, il faut être assez riche pour aire des réserves. Ce qui exclut les plus pauvres. Le rapport cite l’exemple de la Chine, de l’Inde, et de l’Indonésie, qui, contrôlant leurs exportations pendant la crise alimentaire des années 2007-2008, ont maintenu le prix du riz et celui du blé. Second groupe, les Etats pauvres, mais producteurs et exportateurs de denrées alimentaires. Le Vietnam ou la Thaïlande. Malgré une valse des étiquettes sur le marché intérieur, la FAO y note un recul de la malnutrition. Mais attention, ce modèle suppose une bonne répartition des terres, condition d’une production alimentaire supérieure à la consommation. Enfin, un troisième groupe de pays a vu les prix s’envoler sur les étals des marchés locaux, privant les populations dépourvues. Au Malawi, en Afghanistan, en Ouganda, au Sénégal, au Mozambique, en Zambie, en Ethiopie ou au Kenya, il n’y a pas, ou peu, de stocks alimentaires. Il n’y a pas non plus d’argent pour assister les plus démunis. Le rapport cite l’exemple du Burkina Faso, qui, en 2008,  subventionne la vente de céréales sur le marché interne. Mais qui doit faire appel au PAM – le Programme Alimentaire Mondial – pour secourir 600.000 personnes. Toujours en 2008, le gouvernement éthiopien puise 190.000 tonnes de blé dans ses réserves pour approvisionner 800.000 urbains. Et qui, un peu plus tard, doit en importer 150.000 tonnes pour nourrir ses villes. Ici encore, le PAM est intervenu.

Un milliard de mal nourris.

La FAO, qui tire les conséquences de la crise alimentaire de 2007-2008, se demande comment mieux contrôler les prix sur les marchés intérieurs. Deux propositions. D’abord, améliorer l’information qui renseigne sur l’état des marchés, mondiaux et nationaux, afin de développer une analyse pertinente de l’évolution des échanges. Cette idée, qui suppose la transparence des données, permettrait de réagir avant que la panique des marchés joue sur les prix. Reste que l’information sur les réserves alimentaires est difficile à obtenir, problème d’accès aux sources, ou stratégie économique de certains pays. Seconde proposition, considérer l’envol des prix alimentaires comme « un état de fait », et s’y adapter. En développant des stratégies de protection sociale. Message fort de la FAO, investir dans l’agriculture pour impulser une dynamique interne qui fasse reculer la pauvreté et la faim : plus de compétitivité sur le  marché intérieur, plus de revenus pour les agriculteurs, et des produits agricoles, moins chers,  accessibles au plus pauvres. La FAO, qui révise sa méthodologie, ne chiffre pas la faim dans le monde en 2011. Elle touche probablement un milliard de personnes.

 

M.J

 

Pendant ce temps, Action contre la Faim convoque le G20

 

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Une classe virtuelle est mise en ligne par la FAO. Des documents et des leçons type permettent aux enseignants de fouiller la problématique de la faim – faim, malnutrition, insécurité alimentaire..-, afin de sensibiliser les élèves et les étudiants : http://www.feedingminds.org/fmfh/accueil/fr/

A petite échelle, la campagne TeleFood de la FAO accompagne des micro-projets dans plus d’une centaine de pays pour aider les familles et les communautés à produire de la nourriture. Ou générer des revenus pour en acheter. Petites histoires… http://www.fao.org/getinvolved/telefood/fr/

Lien Rapport : « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde », Comment la volatilité des cours internationaux porte-t-elle atteinte à l’économie et à la sécurité alimentaire des pays. FIDA, WFP, FAO. http://www.fao.org/docrep/014/i2330f/i2330f.pdf


Publié le 13 octobre 2011 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,FAO,Objectifs du Millénaire.
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Agriculture: les promesses de la petite école « bio ».

Bonjour,

L’agriculture « bio » pourrait-elle adoucir le problème de la faim dans le monde ? Probablement, argumentent les Nations Unies au fil d’un double rapport.(1) Cette agriculture, plus vraiment traditionnelle, améliorée et débarrassée de produits chimiques, fertilisants et pesticides, permettrait à beaucoup de paysans du monde en développement de doubler leur production de nourriture en une petite dizaine d’années. Cette proposition colle au profil d’agriculteurs, qui travaillent sur des petites structures, faciles à réformer. Elle répond aussi au contexte toujours alarmant de la faim dans le monde. Au cours des 10 dernières années, les progrès pour réduire le nombre d’affamés ont été lents, et inégaux, à l’échelle de la planète. Avec un zoom sur l’Afrique sub-sahélienne, où la faim a progressé de 20% depuis 1990.Au début des années 2000, 33% de la population du Kenya manque encore de nourriture, 19% en Ouganda, jusqu’à 44% en Tanzanie. Cette agriculture «soft», qui décline les lois du Développement durable – « capital naturel », nourriture, bois, eau ; « capital social », le travailler ensemble ; « capital humain », valoriser le savoir de chacun ; « capital financier », se tirer hors de la pauvreté - entend bien montrer qu’elle peut aussi faire grimper la productivité. Expérimentée dans plus d’une cinquantaine de pays, elle a prouvé que les récoltes, issues de semences traditionnelles et protégées avec des méthodes naturelles, pouvaient augmenter leur rendement de 80%, en moyenne. Quelques petits ilôts d’agriculture « bio », développés sur le continent africain, présentent des récoltes augmentées de 116%, en moyenne. Jusqu’à 128% en Afrique de l’Est. Avec des disparités, +179% au Kenya, + 67% en Tanzanie, et +54% en Ouganda. Ces chiffres, issus de projets très encadrés, promettent plus de nourriture dans les pays où l’on en manque. C’est vrai en Afrique sub-sahélienne, en Amérique du Sud, et en Asie. (1) (2)

Rendements prometteurs et petites surfaces.

Retour au Kenya où un projet conduit par le SACDEP (Sustainable Agriculture Community Development Programme) a initié 30.000 petits fermiers à l’agriculture durable. Avant de concentrer son action sur 4500 exploitants installés à l’Est et au Centre du pays. Ces pionniers ont été formés à quelques règles : mauvaises herbes, maladies, et parasites combattus avec des défenses naturelles – Par exemple, des plantes qui attrapent ou repoussent les insectes -; respect des sols pour regagner en fertilité; gestion optimale de l’eau ; et reproduction des semences. Quatre années plus tard, la SACDEP rapporte une productivité augmentée de 50%. Suffisamment pour se nourrir, avec un petit supplément destiné à la vente. L’Ethiopie, en proie à de graves problèmes de malnutrition, a amélioré de 70% l’accès à la nourriture dans le cadre de projets agricoles « bio ». En Ouganda, qui exporte une partie de sa production, ananas, gingembre, ou vanille, le « bio » a permis de pratiquement doubler l’accès à la nourriture. Mais attention, si ce type d’agriculture progresse depuis 2003, il ne représente que 2% du paysage agricole de l’Ouganda. A l’échelle de l’Afrique, les terres qui bénéficient d’une gestion certifiée « bio » rampent entre 1 et 3%  des surfaces cultivées. Au Malawi, autre petit terrain d’expérimentation, les rendements ont été multipliés par 2. Le problème, c’est de diffuser ces méthodes agricoles « soft ». Quelques formations supérieures existent en Afrique du Sud, trop peu sur le reste du continent. Alors ONG dépêchent experts, techniciens, ou fermiers sur le terrain,  qui en formeront d’autres, à des techniques souvent simples. Dommage, l’engagement des gouvernements fait souvent défaut. L’apprentissage et à la mise en œuvre de cette mutation agricole, même à petite échelle, demandent du temps. Au Kenya, la SACDEP a mis une petite quinzaine d’années pour développer son programme.(1)

Lomadef et Monsanto.

« La progression de systèmes d’agriculture biologique produira des gagnants et des perdants. Car ce modèle d’exploitation fermière laisse peu de place aux produits chimiques. Pas sûr que les producteurs acceptent de perdre ces parts de marché. » présage encore le rapport.(3) Justement. Un article paru dans Libération en février dernier raconte comment le Malawi – pourtant terrain  d’expérimentation « bio » – est convoité par Monsanto, grosse enseigne de l’agro-alimentaire américain.(4) Selon Libération, l’entreprise a déjà introduit des semences hybrides, « sélectionnées artificiellement », programmées pour être inutilisables l’année suivante. D’ailleurs au Malawi, les 2/3 des agriculteurs fonctionnent déjà aux semences hybrides. Monsanto et Seedco – une production de la fondation Gates, liée à Monsanto – se partagent déjà les champs. Ces semences, introduites après une sécheresse , offertes avant de devenir payantes – une rente pour les fournisseurs -, ont déjà fait une démonstration rapide et efficace: « Ma vie a été transformée grâce au hybrides,  (…) Je n’ai pas beaucoup d’argent, mais plus personne n’a faim dans mon foyer. ».(4) Au Malawi, où la situation alimentaire reste très tendue, notamment dans le sud du pays, la ferme LOMADEF (Lipangwe Organic Manure Demonstration Farm), initie 500 familles à améliorer leurs récoltes. Pendant ce temps, Monsanto  pense déjà OGM dans un pays, affamé et gros consommateur de maïs.

M.J

LOMADEF en vidéo….

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(1) Accès rapports :http://www.unep-unctad.org/cbtf/

-Organic Agriculture and Food Security in Africa, Sept 2008. UNCTAD/DITC/TED/2007/15

-Best Practices for Organic Policy. What developing country Governments can do to promote the organic agriculture sector, February 2008. UNCTAD/DITC/TED/2007/3

(2) “Is eco-farming the solution?”, Alister Doyle, IOL Scitech, AFP, 09-03-2011http://www.iol.co.za/scitech/science/environment/is-eco-farming-the-solution-1.1038558

(3) Organic Agriculture and Food Security in Africa, Sept 2008. UNCTAD/DITC/TED/2007/15, p 36

(4)« Malawi, les champs captifs de Monsanto », Sophie Bouillon, Terre, Libération, 25-02-2011 http://www.liberation.fr/terre/01012322088-reperes


Publié le 16 mars 2011 par marlene dans Afrique,Agriculture.,crise alimentaire,OGM
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La décennie des déserts.

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Bonjour,

En Chine, réputée pour être l’un des plus beaux exemples de désertification de la planète, la région des « Trois Nord », Nord-Est, Nord, Nord-Ouest, est à 98% désertique. Ce constat englobe le désert de Gobi et les terres gagnées par les sables. Selon Lester Brown, Directeur du Worldwatch Institute, entre 1950 et 1975, chaque année, 3600 km2 de sols sont devenus infertiles. Au cours du demi-siècle passé, le sable a colonisé plus de 24.000 villages, chassant les populations. A l’échelle du pays, 30% du territoire est convoité par le désert. (1) En Inde, 68% des terres de l’Etat du Gujarat est soumis à la désertification, ou à un processus de dégradation des sols. Une situation plus alarmante que celle du Rajasthan voisin, 66% de déserts dont une grande partie du Grand Désert Indien. Au Gujarat, l’érosion  hydrique, la salinisation, la dégradation de la végétation, ou l’action du vent, ont épuisé les terres. Un cheptel de plus de 18 millions de têtes a favorisé cet appauvrissement du milieu. (2) La démographie, plus de bouches à nourrir, et l’élevage, des troupeaux plus gros, rendent la désertification très lisible dans les pâturages africains. Entre 1950 et 2007, le continent a vu sa population passer de 227 à 960 millions d’habitants. Le bétail a suivi une courbe analogue pour atteindre 824 millions de têtes au début de ce siècle. La désertification, facile à cartographier au Moyen Orient et en Asie Centrale, a franchi les frontières de l’espace en développement. Les écosystèmes de l’Europe méditerranéenne, surexploités et asséchés, sont rongés par la salinisation et soumis à des sécheresses plus fréquentes. L’olivier, dont l’huile tient la vedette d’une cuisine à la mode, très gourmand en eau et abondamment irrigué, est accusé de convertir doucement certaines régions d’Italie, de Grèce, d’Espagne, ou du Portugal, en petits déserts. En Espagne, 35% du territoire risque la désertification. (3)

Un espace vital contenu dans une vingtaine de centimètres….

Pour Luc Gnacadja, le secrétaire executif de l’UNCCD, l’organisme des Nations Unies qui combat la désertification, la productivité des terres est une question essentielle, « Le plus grand défi environnemental de notre temps ».(4) Une menace pour les écosystèmes et la sécurité alimentaire qui tient dans une vingtaine de centimètre de sol, située entre nos pieds et la début de la couche stérile. Quelques centimètres qui nous permettent de produire de la nourriture et de l’eau, de faire pousser des forêts, ou de stocker du carbone pour adoucir le réchauffement climatique. Depuis le début des années 80, à l’échelle planétaire, cette couche productive continue de disparaître au rythme de 1% par an. (4) Or le renouvellement de cet écosystème est un processus lent. Lester Brown estime qu’il faut entre 200 ans et un millénaire pour enrichir à nouveau 2,5 cm de sol. Le substrat qui a permis aux civilisations de se développer, 16 cm ou plus, s’est formé au cours d’un long processus géologique, à peine dérangé par l’activité humaine. Sa dégradation s’est accélérée avec la multiplication des communautés humaines et des troupeaux. L’érosion des sols, peut-être1 mm par an, n’est pas toujours perceptible. Ce qui l’éloigne des priorités. Mais au bout de quelques années, le sol perd quelques dizaines de millimètres qui mettront des siècles à se reconstituer. Avant d’être complètement stérile, la terre, privée d’eau, de matières organiques, et de nutriments, devient moins généreuse. Un espace agricole qui fonctionne avec la moitié de ses matières organiques donnera 25% de céréales en moins. Selon la FAO, l’équivalent de 10 millions d’hectares de terres productives, rongés par l’érosion ou saturés d’eau et de sel, disparaissent chaque année. Et 20 millions supplémentaires deviennent carrément infertiles. (1)

Des guerres et des arbres.

L’UNCCD, qui vient de lancer la Décennie des Déserts et de la Lutte contre la Désertification, place l’érosion des sols en perspective avec les projections démographiques. Comment faire pour nourrir une population mondiale augmentée de 2 milliards en 2050, addition qui pousse l’humanité vers les 9 milliards ? La  production de nourriture, qui devra augmenter de 40%, devra aussi s’accommoder d’un territoire estimé à 11% des terres de la planète, amputé d’espaces devenus stériles. Avec un déséquilibre de départ, une désertification mondiale différenciée, accentuée dans l’espace en voie de développement. La dégradation des terres, articulée à des sécheresses plus fréquentes, pourrait produire des conflits pour la terre comme au Darfour, en Somalie, multiplier les tempêtes de sable comme celles qui voyagent du désert de Gobi jusqu’aux poumons des habitants de Séoul, en Corée, ou favoriser des crises alimentaires. La sécheresse en Australie annonce une envolée des prix en 2007-2008. Celle de Russie crée les mêmes effets en 2010. Luc Gnacadja, Béninois, ex- Ministre de l’Environnement, rêve d’une aide au développement qui associerait la désertification aux autres crises, insécurité alimentaire, pauvreté, eau, énergie, et changements climatiques. Lors du discours prononcé à Londres pour annoncer la décennie de la désertification, il rappelle qu’en 2007, 80% des conflits armés se déroulent dans des régions vulnérables, ou affectées par la désertification. Il rêve aussi à « Plus d’hommes, plus d’arbres », comme au Kenya, au Niger, ou en Inde, où l’on plante des arbres pour limiter l’érosion des sols. Sans oublier la « Grande Muraille verte » qui doit ceinturer le continent africain, de Dakar à Djibouti. (5)

M.J

(1) “Soil erosion threatens to leave Earth hungry”, John Vidal, Guardian Weekly, 14-12-2010. http://www.guardian.co.uk/environment/2010/dec/14/soil-erosion-environment-review-vidal

(2) 2. “68% of Gujarat land is turning into desert; it’s 66% in Rajasthan’s case!”, Jumana Shah, DNA, 27-12-2009. http://www.dnaindia.com/india/report_68pct-of-gujarat-land-is-turning-into-desert-it-s-66pct-in-rajasthan-s-case_1327930

(3) TV chefs blamed for turning Mediterranean into a desert as demand for olive oil surges, This is London, 14-12-2010http://www.thisislondon.co.uk/news/article-23544950-tv-chefs-blamed-for-turning-mediterranean-into-a-desert-as-demand-for-olive-oil-surges.do#readerComments

(4) « Desertification is greatest threat to planet, expert warns », Damian Carrington, The Guardian, 16-12-2010,http://www.guardian.co.uk/environment/2010/dec/16/desertification-climate-change

(5) “At the European launch of the United Nations Decade for Deserts and the Fight against Desertification (2010-2020), Statement of Luc Gnacadja, London, 16-12-2010http://www.unccd.int/publicinfo/docs/Europe%20Launch_of%20UN-DDD%20-%20London_16%20Dec%2010.pdf


Publié le 6 janvier 2011 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,Désertification.
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Agriculture tendance verticale.

Bonjour,

Chris Jacobs a dessiné une tour ultramoderne de trente étages qui produirait des plantes, des fruits, des légumes, et l’imagine plantée dans le quartier de Harlem, à  New-York, pour approvisionner ses habitants en produits frais. (1) C’est l’un des projets de technologie verte développé pour la « Vertical Farm », un concept qui envisage des espaces de production agricole au cœur des paysages urbains. Préoccupation démographique, il faudra bien nourrir une population citadine qui devrait représenter 70% d’une population mondiale augmentée de plus de deux milliards de personnes en 2050 . Et préoccupation « durable », concevoir une agriculture de proximité, détachée des caprices du temps et des ressources naturelles.  Sur le papier, les fermes verticales multiplient les avantages. Elles permettent de produire une agriculture en boucle, 24h/24, 365 jours par an, sans se soucier des sécheresses, des inondations, de toutes les intempéries qui perturbent le cycle des végétaux exposés aux saisons. La productivité y est bien meilleure qu’en plein champ, sans pesticide, sans fertilisant, et sans herbicide. Avec la possibilité de récupérer les déchets pour fabriquer du compost. Une utilisation efficace des pluies réduit la consommation d’eau, gros défaut de l’agriculture traditionnelle. Argument majeur de cette serre urbaine, la proximité. Pas de transport, moins d’énergies fossiles. Pas de stockage, moins de pertes. Sans compter l’opportunité de créer une petite économie locale, avec des emplois. Le concept de « Vertical Farm » » occupe architectes et scientifiques qui planchent sur les possibilités de cette agriculture, à haute technologie. L’un des promoteurs de l’idée s’appelle Dickson Despommier, professeur de microbiologie à l’Université de Colombia. Dans son dernier ouvrage, « The Vertical Farm – Feeding the World in the 21th Century », il décrit l’entreprise idéale, complexe de buildings construits à proximité les uns des autres, décomposée en espaces spécifiques. Dans une première tour, la production de nourriture, des bureaux pour la gestion, un centre de contrôle séparé pour diriger les installations, une pépinière pour sélectionner et faire germer les graines, un laboratoire sanitaire pour la nourriture et les plantes. Un autre building pour loger les employés, un centre éco- touristique pour sensibiliser et informer le public, un marché bio, et peut-être un restaurant. L’aquaculture et l’élevage de volailles seraient  pratiqués dans des bâtiments différents,  éloignés de la « ferme principale » pour ne pas contaminer les plantes. En attendant ce « complexe agricole », il s’agit d’exploiter les espaces urbains abandonnés, immeubles et parcelles désertés au cœur des villes.(2) C’est aussi l’idée de Chris Jacobs, qui en attendant de construire son « gratte-vert », envisage deux étages sur le toit d’un immeuble habité. (1) Pour alimenter le concept de « Vertical Farm », Dickson Despommier propose de lancer plusieurs expériences simultanées, créant une compétition pour les meilleures idées et les perspectives les plus « durables ». Incheon, Abu Dhabi, Dongtan, Shangaï, Beijing, New-York, Los Angeles, Chicago, Toronto, Paris, ou Bengalore,  s’intéressent à cette agriculture qui propose aussi de laisser respirer les écosystèmes.(3)

M.J

Dickson Despommier sur Youtube…

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(1) « GREEN – Architecture Now – L’architecture VERTE d’aujourd’hui.”. Philip Jodidio – Editions TASCHEN – 2009 – “Vertical Farm” – Harlem- New-York – USA- pp 198-199

(2) Book Review: »The Vertical Farm » by Dickson Despommier – Begin The Revolution », The examiner / Chicago, 24-10-2010 http://www.examiner.com/culture-events-in-chicago/book-review-the-vertical-farm-by-dickson-despommier-begin-the-revolution-review-1

(3) Vertical Farming Wikipedia – http://en.wikipedia.org/wiki/Vertical_farming


Publié le 23 novembre 2010 par marlene dans Agriculture.,Architecure.,crise alimentaire,Développement durable
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L’azote: « une addiction coûteuse ».

Bonjour,

Pour alimenter de plus en plus de monde, et de plus en plus de bétail, il faudra de plus en plus de céréales, nourries aux fertilisants chimiques à base d’azote. La formule, qui a marché dans les années 60 pour accompagner une Révolution Verte, poussée par une explosion de population, produit des excès. Dans un article intitulé : « The nitrogen fix: Breaking a Costly Addiction” (1), Fred Pearce, journaliste spécialisé dans les questions d’environnement, dénonce les ravages de cette drogue, injectée au siècle dernier dans les écosystèmes terrestres et marins. Et dont les effets secondaires seront difficiles à dissiper. Au départ, le protoxyde d’azote , ou oxyde nitreux,  ou encore N²O, est un puissant gaz à effet de serre, bien plus violent que le CO², dénoncé par le Protocole de Kyoto.  Naturellement produit par la terre et les océans, son cycle a été dangereusement perturbé par les conséquences de l’industrialisation. Parmi les activités responsables, l’agriculture est accusée d’excès. Fred Pearce estime que sur les 80 millions de tonnes de fertilisants azotés déversés chaque année dans les champs, seuls 17 millions produisent de la nourriture. Le reste est gaspillé. Employé sans modération. Adapté à de nouvelles plantes, qui programmées pour grandir aux fertilisants azotés, ne les consomment pas tous. L’efficacité des engrais azotés sur la culture des céréales dans le monde serait tombée de 80% dans les années 60,  à 30% aujourd’hui. Et c’est justement ce gaspillage qui pose problème. Car l’excédent de ces formules azotées est  rejeté dans la nature. C’est par la voie des airs  qu’il pollue les écosystèmes, jusqu’aux forêts primaires les moins accessibles. Mais une grosse partie de ce résidu d’azote finit sur les côtes, dans les mers, et les océans, où il crée des « zones mortes ». L’intrusion de fertilisants dope la production d’algues et de biomasse, qui consomment tout l’oxygène de l’eau, et asphyxient les écosystèmes. Ces particules azotées, emportées par les fleuves Mississipi et Missouri, ont fabriqué une immense « zone morte », qui revient chaque été dans le Golfe du Mexique. De la Mer du Japon à la Mer Noire, où une invasion de méduses a délogé les espèces locales dans les années 80,  en passant au large des plages du nord de l’Adriatique, le nombre de « zones mortes »  prolifère depuis les années 60. Jusqu’à doubler tous les 10 ans. (2) La Mer Baltique  serait étouffée par les plus vastes zones privées d’oxygène de la planète. Fred Pearce en appelle à se désintoxiquer des nitrates qui s’infiltrent dans les écosystèmes, avant de pénétrer nos corps. Il cite une enquête internationale publiée par la  revue Nature, en septembre 2009. L’azote artificiel serait aussi présent dans l’eau que le CO² dans l’atmosphère. Le cycle de l’azote serait l’une des « trois frontières planétaires » que l’homme a franchie – avec la biodiversité et le climat. Jusqu’à perturber la fonction d’habitat de la terre.

M.J

(1) « L’injection d’azote: pour casser une dépendance coûteuse » / « The Nitrogen Fix:Breaking a Costly Addiction”, Fred Pearce, Yale Environment 360, 05-11-2009, http://e360.yale.edu/content/feature.msp?id=2207

(2) « Sea ‘dead zones’ threaten fish”, Alex Kirby, BBS News, 29-03-2004 http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/3577711.stm


Publié le 19 octobre 2010 par marlene dans Agriculture.,Pollution de l'eau
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Désertification: les ressources du Sahel.

Bonjour,

« Il n’y a plus de brousse, il n’y a plus de bêtes sauvages, les gens sont devenus nombreux, les pluies ont diminué, la terre est fatiguée ». Constat d’un paysan sahélien. (1) La désertification des terres, thème mondial de la décennie 2010-2020, met en relation « aridité » et « pauvreté ». « Le Million d’oubliés », une publication des Nations Unies, et de l’UNCCD, l’organisme qui combat la désertification, souligne que dans certaines régions le bien être des populations, l’alphabétisation des femmes et la survie des enfants, décline quand l’aridité augmente. Au Ghana, qui a  divisé par deux la grande pauvreté et la faim, très en avance sur le calendrier des Objectifs du Millénaire, des poches de misère résistent dans les régions les plus arides du pays. Mais ces paysages privés d’arbres, aux sols enfouis sous une épaisse croûte stérile, qui n’ont rien à offrir, ni aux gens, ni au bétail, sont aussi un cliché. Une étude sur le Sahel, synthèse de plusieurs projets de restauration de terres dégradées dans quatre pays, Niger, Burkina Faso, Mali, et Sénégal, révèle des paysages reverdis après plusieurs années d’efforts,  un peu de savoir-faire, et quelques moyens. (1) La désertification n’est pas toujours irréversible. On ne le dit pas assez.

Zaï, cordon pierreux, et demi-lune.

Le Sahel, vaste frange située au Sud du Sahara,  traverse l’Afrique d’Ouest en Est, du sud de la Mauritanie au sud du Soudan. Les sécheresses successives des décennies 70 et 80, combinées à une démographie galopante -  la population double tous les vingt ans en moyenne -, ont épuisé les sols. C’est pourtant dans ce contexte désolé que l’action conjuguée des gouvernements, des bailleurs de fonds, des ONG, sans oublier l’implication des agriculteurs, a contribué à reconstituer quelques oasis productifs. Au Niger, entre 1985 et 2005, plus de 250.000 hectares de terres auraient été réhabilitées. Sur le Plateau central du Burina Faso, l’étude estime que 300.000 hectares de terres ont retrouvé leur fonction nourricière. Au Sénégal, dans une région épuisée par une longue tradition de culture d’arachides, plus de 200 hectares ont été restaurés. A l’échelle d’un village. La stratégie globale de ces projets, réhabilitation de terres dégradées, optimisation de la ressource en eau, recharge des nappes phréatiques, vise à augmenter le potentiel agricole d’une population qui continue de gonfler. Des techniques, simples à développer avec quelques moyens et un suivi, répondent à chaque contexte. Au Mali et au Burkina-Faso, on a privilégié la culture Zaï. Dans un trou, au diamètre et à profondeur variables, on ajoute du compost que l’on recouvre d’une fine couche de terre après les pluies, avant d’y placer la graine. Cette pratique, qui collecte les eaux de pluies et de ruissellement, qui protège la plante des intempéries, augmente les rendements, et réactive les propriétés du sol. Les cordons pierreux, de petits murets d’une vingtaine de centimètres de haut qui longent les sillons et accompagnent les pentes du terrain, permettent de retenir l’eau. La demi-lune, autre élément de ce dispositif, dessine un demi cercle, dont le creux récupère l’eau captée par les bras de l’ouvrage. Ces techniques, et quelques autres, sont les outils de ce que Inter-réseaux Développement rural, un organisme attentif à ces réalisations, appelle : « Une révolution silencieuse de l’agriculture du Sahel ».

Multiplication d’arbres au Niger.

Au Niger, la restauration des terres dégradées et une meilleure pratique agricole ont fait grimper les rendements, avec des résultats variables selon les régions. Dans la zone de Keita, la récolte de céréales a augmenté de 20%. Les paysans rapportent que les techniques du Zaï et de la demi-lune ont permis de produire jusqu’à 4 fois plus de mil. Au Burkina Faso, la collecte des eaux a permis des rendements de 30% à 100% supérieurs, selon les techniques utilisées. Depuis les années 80, la mise en valeur des terres a favorisé les cultures maraîchères, destinées aux marchés urbains. Au Niger et  au Burkina Faso surtout, grâce à une meilleure maîtrise de l’eau. Mais aussi au Sénégal, en fixant les dunes côtières des Niayes, la région qui va de Dakar à Saint Louis, afin de protéger les cuvettes maraîchères qui représentent 80% de la production du pays. Malgré une déforestation dominante à l’échelle régionale, des espaces de reboisement sont apparus. Au Mali, où les agriculteurs ont commencé à protéger la régénération spontanée de leurs arbres, après 1994, et l’application d’une nouvelle législation. Reconnus propriétaires des arbres plantés dans leurs champs, ils en ont interdit l’accès aux bûcherons. Au Niger et au Mali, il a d’ailleurs été constaté qu’il était, à la fois, moins cher et plus efficace, d’inciter à la régénération des arbres, plutôt que d’en planter. Ce qui n’est pas forcément vrai ailleurs. Mais, enseignement de cette étude, les agriculteurs entretiennent mieux leurs arbres, quand ils en ont la responsabilité. En attendant la Grande Muraille verte , ce mur végétal qui doit relier Dakar à Djibouti pour faire barrière au désert, vaste chantier continental, chaque projet de reboisement compte. L’une des grandes réussites de la région, le développement spectaculaire des systèmes agro -forestiers du Niger. Dans certaines zones, entre 1975 et 2005, il y a quinze à vingt fois plus d’arbres. Plus de cinq millions d’hectares sont passés au vert. L’étude salue ce renouveau: « Il s’agit de la plus grande transformation de l’environnement au Sahel, sinon en Afrique.»

Ces initiatives, fragments d’un paysage exposé au changement climatique, visent à stimuler l’agriculture locale, et lutter contre la pauvreté. Il s’agit aussi de développer les villages pour freiner l’exode des jeunes vers des grandes villes, déjà saturées. Dans les zones densément peuplées, la croissance démographique, qui induit une saturation foncière, impose une limite à ces projets. Reste un arsenal de techniques, héritées des grandes sécheresses, qui permettent de s’adapter à des pluies capricieuses, des vents de poussières malvenus, ou des températures plus élevées. « Dans les débats autour de la question de l’adaptation aux changements climatiques au Sahel, il est important de ne pas réinventer la roue et de bâtir sur ces acquis. », avertissent les rédacteurs de cette étude sur le Sahel. (1)

M.J

Comabattre la désertification au Mali

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Pour fouiller le dossier:

(1) « La transformation silencieuse de l’environnement et des systèmes de production au Sahel. Impact des investissements publics et privés dans la gestion des ressources naturelles. », Edwige Botoni, Chris Reij, mai 2009. Etude soutenue par le Centre For International Cooperation (CIS), Vrije Universiteit Amsterdam, et le Comité Permanent Inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le  Sahel.

http://www.agrhymet.ne/PDF/etude%20sahel.pdf


Publié le 30 septembre 2010 par marlene dans Afrique,Agriculture.,Désertification.
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