Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Agriculture mondiale: de l’eau, de la terre, et des options.

Hello world!


Publié le 31 mai 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,eau
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Les forêts au menu de la FAO…

 

Bonjour,

Quelques millions de personnes dans le monde vivent, directement ou indirectement, de la forêt. Ils en consomment les fruits, les noix, les champignons, les insectes, les feuilles, ou le miel produit par les abeilles. Ils en commercialisent les aliments. Ils y travaillent ou tirent bénéfice de l’exploitation de ces écosystèmes. Lors d’une conférence internationale qui s’est tenue à la mi-mai, la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture – place la forêt au cœur d’une stratégie mondiale de sécurité alimentaire. Ces écosystèmes, qui nourrissent et emploient une partie de l’humanité, pourraient nous rapprocher un peu plus des Objectifs du Millénaire qui visent à réduire de moitié la pauvreté et la faim dans le monde à l’horizon 2015. Pour servir cette vision, la FAO définit quelques priorités. Au plus près du terrain, il s’agit d’encourager les petits exploitants qui tirent profit des arbres et des systèmes forestiers, de soutenir ces initiatives par le micro-crédit. Pour cela, il faut améliorer l’accès aux arbres et aux terres, en sécurisant les systèmes fonciers. La FAO veut remodeler une forêt productive, un espace fertile aux ressources en eau et aux sols préservés. Cette forêt qui fonctionne est aussi un régulateur climatique, paramètre important de la production alimentaire. Près des côtes, les zones humides boisées et les systèmes de mangrove, qui protègent des inondations, sécurisent l’accès à la nourriture. La mangrove, qui apporte de l’eau douce aux forêts et aux populations, pèse dans cette stratégie. Enfin, des forêts en bonne santé conditionnent la qualité d’une pêche fluviale et côtière. (1)

 

Une vidéo de la FAO nous emmène dans les forêts d’Afrique centrale, où le gibier représente 30 à 80% de la consommation de protéines des ménages ruraux. Le commerce de cette viande de brousse est aussi un moyen de gagner de l’argent. Ici, la forêt est source de protéines apportées par la viande de gibier et les insectes, de vitamines contenues dans les feuilles, d’énergie produite par le bois qui sert à cuisiner, et de revenus. Près de 90% de ceux qui font commerce de produits forestiers sont des femmes. Elles utilisent leurs gains pour payer les frais scolaires des enfants, pour acheter des aliments de base et des médicaments. Certaines profitent des ressources de la forêt pour développer un petit business. Au Cameroun, le négoce des cinq principaux produits forestiers non ligneux génère 34 milliards de dollars, et emploie, directement et indirectement, plus de 300.000 personnes…

M.J


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(1) « La contribution des forêts à la sécurité alimentaire et à la nutrition mérite plus d’attention ». La Conférence sur les forêts pour la nutrition appelle à sécuriser les régimes fonciers pour les petits exploitants. FAO. Rome, 16 mai 2013. http://www.fao.org/news/story/fr/item/176247/icode/

« Les forêts au service de la nutrition et de la sécurité alimentaire », http://www.fao.org/docrep/014/i2011f/i2011f00.pdf

 

 

 


Publié le 21 mai 2013 par marlene dans Afrique,Alimentation,faim,FAO,Objectifs du Millénaire.
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Les promesses du quinoa…

 

Bonjour,

 

Le quinoa est une plante, une herbacée de la famille de la betterave ou de l’épinard, qui pousse dans l’espace andin depuis probablement 7000 ans. Un rapport de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, s’intéresse à son historique. (1) Vers la fin du XVIII° siècle, la culture est repérée et décrite pour la première fois dans les Andes péruviennes et boliviennes. C’est probablement entre Bolivie et Pérou, à proximité du lac Titicaca, que le Quinoaa commencé à se développer. Les civilisation Inca et Tihuanacu le domestiquent et favorisent sa culture. Les graines nourrissent les habitants des vallées, et des régions plus sèches, plus montagneuses, et plus froides, comme celles de l’Altiplano. Car propriété essentielle du Quinoa, il supporte les climats arides, s’adapte à l’humidité, et se développe sous des températures qui vont de moins 4°C à 38°C. La conquête espagnole, qui introduit l’orge et le blé en Amérique du Sud, marginalise la culture du quinoa. C’est que les Espagnols ne connaissent probablement pas les qualités nutritionnelles du quinoa. C’est une nourriture qui présente un taux élevé de protéines, entre 14 et 22% par graine, une valeur en protéines comparable à celle du lait. Le quinoa offre l’ensemble des acides aminés essentiels à la santé, c’est une fausse céréale bien plus généreuse que le blé, l’orge, ou le soja. Sous la domination espagnole, les populations rurales andines continuent de consommer du quinoa. Dans les années 80, la crise qui secoue les économies de l’espace andin impose un développement qui s’éloigne du modèle traditionnel et privilégie les exportations. Les marchés qui s’ouvrent aux Etats-Unis et en Europe favorisent la production de quinoa. De culture traditionnelle de subsistance des communautés andines, le quinoa devient une culture d’exportation, appréciée des consommateurs de « bio ».

 

Bolivie en tête.

La Bolivie, le Pérou, et l’Equateur dominent un bassin de production qui s’étire du Sud de la Colombie à l’île de Chiloe au Sud du Chili, en passant par le Nord de l’Argentine. En Bolivie, berceau de la production, elle  reste une culture traditionnelle jusque dans les années 70. Le rapport de la FAO esquisse son aire de production. Dans l’Altiplano Sud,  elle se limite aux pentes montagneuses. Dans l’Altiplano Nord-Central, elle est intégrée au système de rotation, avec les pommes de terre et le fourrage. Dans les vallées, elle se présente comme une culture frontière, ou est associée aux légumineuses et au maïs. C’est une agriculture manuelle, principalement destinée à l’autoconsommation. L’ouverture du marché biologique international déplace les cultures des contreforts de l’Altiplano aux plaines, et mécanise la production. Dans la Bolivie des années 80, la culture du quinoa couvre 15.000 hectares. Dans les années 90, elle s’étend sur 40.000 hectares, et se stabilise autour des 35.000 hectares en 2001. (1) En 2012, la surface dédiée au quinoa pourrait avoir doublé pour atteindre les 70.000 hectares. (2) En2009, la FAO estime la production annuelle de la Bolivie à 28.000 tonnes, et 40.000 tonnes pour le Pérou. (1) En 2012, la récolte bolivienne aurait atteint 44.000 tonnes. (2) La Bolivie et le Pérou produisent aujourd’hui environ 90% du quinoa mondial. Mais, faute de données pour le Pérou, la Bolivie reste le principal exportateur mondial de Quinoa. (2) Les Etats-Unis et le Canada absorbent plus de la moitié du marché, et un tiers pour l’Europe. Cette mondialisation aurait tiré les prix du quinoa vers le haut, ils ont doublé entre 2006 et 2011. Avec pour conséquence, une chute de la consommation nationale d’environ 35% au cours de la même période, estimation du Ministère de l’agriculture de Bolivie. (1)

 

Hausse des prix, évolution des goûts.

« Le succès mondial du quinoa crée des difficultés dans le pays », titre le New York Times en mars 2011. (3) L’article rapporte une hausse des prix du quinoa, liée à la demande sur les marchés américains et européens. Avec deux conséquences. Les producteurs de quinoa, qui ont bénéficié de cette envolée, ont vu leur situation sociale s’améliorer. Ils se sont organisés.  Mais cet appétit mondial pour le quinoa, qui tire les prix vers le haut, crée aussi une rupture sociale: « Moins de Boliviens peuvent se l’offrir, obligés de se rabattre vers des produits alimentaires traités moins chers et augmentant les craintes de malnutrition dans un pays qui a longtemps lutté contre. »(3) Un sac d’un kg de quinoa coûte environ 5 fois le prix d’un kg de riz. L’article précise encore que si la mauvaise alimentation baisse au niveau national au cours des dernières années – grâce à une intervention volontariste de l’Etat dans les affaires sociales -,  la malnutrition chronique augmente chez les enfants originaires des régions de production du quinoa. Dont Salinas Garci Mendoza, région de référence. Si le prix du quinoa exclut de fait les plus pauvres, le New York Times signale aussi un changement de goût  chez les jeunes consommateurs boliviens Ils préfèrent désormais le pain blanc, un plat de pâtes ou de riz, plutôt qu’une préparation à base de quinoa, et un coca cola à la place d’une boisson traditionnelle au  quinoa. Cette évolution de la consommation, qui répond aux avances d’une nourriture industrielle, est évoquée dans d’autres articles. Les producteurs de quinoa, moins pauvres, occidentalisent leur régime alimentaire.

 

Tensions et érosion des sols.

Un autre article pointe la relation complexe  entre le développement économique de la Bolivie, et la sécurité alimentaire. Et dans cette relation, qui puise dans le contexte socio-économique et politique du pays, l’amélioration des conditions de vie des producteurs de quinoa ne peut-être ignorée. Pour l’avenir, l’auteur de l’article envisage une solution équilibrée : «  De la même façon qu’ils ont développé  l’industrie du quinoa, les producteurs et les consommateurs boliviens doivent être les catalyseurs pour développer une meilleure sécurité alimentaire, et renforcer la souveraineté. » (4) Selon le rapport de la FAO, la consommation moyenne de quinoa par habitants est de 5 kg par an, l’une des plus élevées au monde. Si elle ne suffit pas à faire reculer la malnutrition, le gouvernement d’ Evo Morales fait des efforts. Les Autorités boliviennes ont commencé à introduire le quinoa dans les petits déjeuners scolaires, et dans le menu des jeunes mères. Si le développement du quinoa a permis de freiner l’émigration vers l’Argentine ou le Chili, un autre article évoque des tensions dans les régions de production. De nombreux propriétaires, qui avaient déserté les campagnes, rentrent récupérer leurs terres afin de tirer bénéfice de cette culture d’exportation. Puis, ils louent leurs terres, s’échappent à nouveau, avant de revenir pour la récolte. Ceux-là ne contribuent  pas aux actions de producteurs, qui se battent pour le maintien d’une certification « bio », ou qui mènent des actions pour éliminer les nuisibles. Autre problème, le quinoa qui déborde de  ses champs traditionnels pour satisfaire la demande mondiale en culture certifiée, s’est développé sur des espaces inadaptés. Cette extension a provoqué une érosion des sols conquis. Le label « bio » exige des fertilisants naturels, comme les excréments d’animaux, devenus plus rares sur l’Altiplano. Il a donc fallu fouiller les sols pour enrichir les cultures en nutriments, quitte  à les appauvrir. Pour satisfaire la demande, les périodes de jachères sont plus courtes. (5)

 

Kenya et Tasmanie.

La FAO déclare 2013, « année internationale du quinoa » . Dans le rapport cité précédemment, l’organisation développe l’idée d’en faire une arme contre la malnutrition dans le monde. Réunie à Santiago du Chili début février 2013, la communauté des Etats d’Amérique latino-américains et caraïbes (CELAC) reconnait l’importance du quinoa pour la sécurité alimentaire, l’éradication de la pauvreté et la faim, grâce à ses valeurs nutritives. (6)  Si la Bolivie et le Pérou concentrent la production mondiale de quinoa, la culture essaime désormais sur tous les continents. Les Etats-Unis,  où le quinoa est  introduit les années 80 dans le Sud du Colorado, l’Equateur, et le Canada, qui le cultive dans les plaines de l’Ontario, produisent 10% du quinoa mondial. En Europe, il pousse en Angleterre, en Suède, au Danemark, aux Pays Bas, en Italie, et en France, dans la région de l’Anjou. Dans l’Himalaya et dans les plaines du Nord de l’Inde, le quinoa  présente de bons rendements. Au Brésil, la culture est expérimentée dans la savane tropicale. Des agriculteurs colombiens l’on testé au Kenya, ou la plante a été introduite  pour réduire la faim et la pauvreté sur le continent africain. Et à l’autre bout du monde et des besoins alimentaires, le quinoa est cultivé dans le Nord de la Tasmanie , pour le plus grand plaisir des Australiens, addicts au « bio ».

M.J

 

 

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(1) “Quinoa: An ancient crop to contribute to world food security”, FAO, Regional Office for Latin America and the Caribbean, July 2011.  http://www.fao.org/alc/file/media/pubs/2011/cultivo_quinua_en.pdf

(2) Quinoa, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Quinoa

(3) “Quinoa’s Global Success Creates Quandary at Home” Simon Romero, Sara Shahriari, The New York Times, 19-03-2011. http://www.nytimes.com/2011/03/20/world/americas/20bolivia.html?_r=0

(4) “Bolivian Quinoa Questions: Production and Food Security”, Emma Banks, The Andean Information Network, 17-05-2011,  http://ain-bolivia.org/2011/05/bolivian-quinoa-questions-production-and-food-security/

(5) “The quinoa story: it’s complicated”, Luigi Guarino, Agricultural Biodiversity Weblog, 28-03-2011, http://agro.biodiver.se/2011/03/the-quinoa-story-its-complicated/

(6) « Naciones de la CELAC señalaron que la quinua es un aliado para la erradicación del n del hambre y la pobreza, Oficina Regional de la FAO para América Latina y el Caribe, Santiago de Chile, 01-02-2013 http://www.rlc.fao.org/en/press/news/naciones-de-la-celac-senalaron-que-la-quinua-es-un-aliado-para-la-erradicacion-del-hambre-y-la-pobreza/

 


Publié le 12 février 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,crise alimentaire,Developpement
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Lester R. Brown, la Chine, et le haricot de soja.

Bonjour,

 

Lester R. Brown, fondateur du World Watch Institute et du Earth Policy Institute, penseur pionnier et analyste des questions d’environnement, examine les conséquences de la consommation croissante de graines de soja en Chine. Cinq chiffres introduisent ce point de vue, publié sur le site du Earth Policy Institute début janvier. (1) En 1995, la Chine produit 14 millions de tonnes de soja. Elle en consomme 14 millions. En 2011, elle récolte toujours 14 millions de tonnes de haricots de soja. Mais en nécessite 70 millions. La différence, 50 millions de tonnes de graines de soja, est importée. (1)

 

Le soja serait apparu dans les campagnes de Chine orientale, il y a 3000 ans. Dans un précédent article, Lester Brown l’introduit deux millénaires plus tôt. (2) Peu importe. Le soja, qui traverse les siècles et voyage sur le continent, devient l’une des principales sources de protéines de l’Est asiatique. Au début du XIX° siècle, il s’aventure vers les Etats-Unis. Mais il faut attendre la Seconde moitié du XX° siècle pour  que cette culture se développe sur le sol américain. (2) Aujourd’hui les Etats-Unis sont, à la fois, le premier producteur mondial de soja, 90 millions de tonnes en 2010, et le premier exportateur, autour des 35 millions de tonnes. En 2010, les USA, le Brésil , et l’Argentine, produisent plus de 80% du soja mondial. Bien loin devant la Chine, quatrième producteur mondial. (FAO, 2012) Grande particularité du soja, son adaptabilité à une grande variété de sols et de climats. Il pousse à la fois dans les campagnes tropicales du Brésil, de l’Inde, de la Thaïlande et du Nigeria, et sur les terres plus froides d’Hokkaido, dans le Nord du Japon, ou du Quebec. (2) (3)

 

Côté look, le soja est une plante grimpante de la famille du haricot, qui arrivé à maturité, ressemble effectivement au haricot . Sa vocation première est de produire de l’huile alimentaire, chaque graine en contient 22%. Après extraction, le grain est utilisé pour l’alimentation. Les produits à base de soja représenteraient 60% de la production mondiale de nourriture, animale et végétale confondues. (3) Glucides, lipides, calcium, magnésium, plus quelques vitamines, on lui attribue de grandes vertus nutritives. Le soja est un ingrédient majeur de la cuisine chinoise et japonaise. Il est aussi une source de protéines dans le menu végétarien. Mais la part la plus importante de nourriture contenue dans le  haricot de soja est destinée à l’industrie animale, sous forme de farine ou de tourteaux. C’est ici que recommence l’analyse de Lester  Brown. (3) (4)

 

Pour Lester Brown, la demande croissante en haricots de soja à l’échelle mondiale reflète la consommation croissante de protéines animales. Le soja, mélangé à d’autres céréales, généralement du maïs, augmente la rentabilité de l’industrie de la viande. En d’autres termes, le soja permet à l’investissement « grains » d’être plus rapidement converti en bœuf ou en poulet. L’appétit grandissant des Chinois pour la viande , le lait, ou les œufs, exige les qualités nutritives du soja dans le menu animal. Les Chinois l’utilisent encore pour l’élevage porcin – la moitié des porcs de la planète sont engraissés en Chine – ; pour nourrir les poulets – une industrie en plein boom- ; et de plus en plus pour l’élevage de poissons. D’où l’importance des importations chinoises de soja. Un soja que la Chine aurait pu produire. (1)

 

1995, moment-clé pour Lester Brown. Cette année-là, les Chinois décident d’emmener le pays vers l’autosuffisance en céréales. La grande famine des années 1959-1961 est encore vive dans certaines mémoires. Et la Chine ne souhaite pas dépendre de l’extérieur pour ses produits alimentaires de base. La production de céréales , vivement encouragée et subventionnée, décolle. Celle du soja stagne. Si la Chine avait produit les 70 millions de tonnes consommés en 2011, il lui aurait fallu, calcule Lester Brown, convertir le tiers de ses terres céréalières en terres à soja. Et importer des céréales. L’hypothèse d’une Chine peuplée d’1,3 milliards d’habitants, en quête d’un régime alimentaire amélioré, devrait doper les importations de haricots de soja dans les années à venir. (1)

 

Or, constate Lester Brown, quand le rendement du blé est pratiquement multiplié par 3 au cours de la seconde moitié du XX° siècle, celle du soja ne fait que doubler. La multiplication par 16 de la production de  soja, au cours de la même période, résulte principalement de l’extension des cultures. Le monde récolte plus de soja car, tout simplement, il en plante plus. «  C’est ici que se pose le problème. », prévient Lester Brown. « La question devient alors : où  les haricots de soja seront-ils plantés ? » (1)

 

Les terres dédiées au soja dépassent celles couvertes de blé aux Etats-Unis. Le soja occupe plus d’espace agricole que toutes les autres céréales au Brésil. La culture du soja est en passe de devenir deux fois plus étendue que celle des autres céréales en Argentine. L’Argentine serait même dangereusement en train de tendre vers une monoculture du soja. Les Etats-Unis, principal producteur et exportateur de fèves de soja, seraient au maximum de leur capacité. La seule possibilité pour produire plus de soja sur le sol américain serait de convertir des terres à maïs ou à blé. S’il existe de la terre encore disponible pour le soja, c’est au Brésil. Dans le Bassin d’Amazonie, ou dans le Cerrado , cette immense savane qui accueille 5% de la biodiversité de la planète. (1)

 

« Pour le dire simplement, sauver la forêt d’Amazonie dépend maintenant de la réduction de la demande en haricots de soja en stabilisant la population mondiale le plus vite possible. Et pour les gens les plus riches de la planète, cela veut dire manger moins de viande et ainsi infléchir la demande de haricots de soja. » (1)

 

M.J

 

 

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(1) “China’s Rising Soybean Consumption Reshaping Western Agriculture”, Analysis by Lester R. Brown, Washington, 09-01-2013 http://www.ipsnews.net/2013/01/chinas-rising-soybean-consumption-reshaping-western-agriculture/ Article du Earth Policy Institute http://www.earth-policy.org/

(2) “The United States and China: The soybean connection”, by Lester R. Brown, provided by Worldwatch Institute / Dec. 99 http://www.sdearthtimes.com/et1299/et1299s12.html

(3) Soybean International Commodity Profile, Prepared by P. Thoenes Markets and Trade DivisionFood and Agriculture Organization of the United Nations http://siteresources.worldbank.org/INTAFRICA/Resources/257994-1215457178567/Soybean_Profile.pdf

(4) Soja, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Soja

 Plus :

« La vague déferlente du soja brésilien », Hervé Théry, CNRS/ IRD Universidade de Brasilia, Centro de Desenvolvimento Sustentavel ; (CDS), Mappemonde N°74 (2-2004) http://mappemonde.mgm.fr/num2/articles/art04204.html

Major Crops Grown in the United States, 2000, United States Environmental Protection Agency. http://www.epa.gov/oecaagct/ag101/cropmajor.html


Publié le 16 janvier 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,elevage
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Les blés du Qatar.

Bonjour,

 

Le riche Qatar se préoccupe de sa sécurité alimentaire. Comme d’autres Etats pétroliers, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, il lui arrive d’acquérir des terres à l’étranger. Le Qatar achète de l’espace cultivable au Soudan, en Australie;  loue des terres aux Philippines ;  investit des millions de dollars dans des projets agricoles, au Kenya, au Brésil, en Argentine, ou en Ukraine. (1) (2) Mais le Qatar, qui importe 90% de ses besoins alimentaires, ambitionne aussi de convertir une partie de son désert en terre productive. Comme son voisin saoudien, il y a quelques années. Le Qatar National Food Security Programme (QNFSP), lancé en 2008 par le Sheikh Hassad Bin Khalifa Al Thani, doit démarrer en 2014, pour se développer sur une dizaine d’années. Il devrait couvrir 60 à 70% des besoins  alimentaires d’une  population d’environ 1,7 millions de personnes, 20% de citoyens qataris, les autres travailleurs émigrés.(2) Le Qatar, qui vit de la rente pétrolière, qui est assis sur la troisième réserve de gaz naturel au monde, et dont les citoyens peuvent se vanter d’un revenu confortable, se rêve déjà en potager. Le pays cultive le quart de ses fruits et légumes, tomates, concombres, aubergines, haricots, melons d’eau, ou fraises. (2) (3)

Désert.

Le Qatar, presqu’île désertique qui baigne dans le Golfe persique, est un tout petit pays. Environ 160 km de long, pour 80 km de large. Un pays plat qui culmine à une centaine de mètres. La végétation, quelques broussailles épineuses, quelques arbres, et des palmiers, est celle d’un désert. Un désert couvert de sables et de graviers, une terre balayée par les vents de sables et de poussières. Pour résumer la météo, quatre mois de forte chaleur, jusqu’à 50°C pendant  l’été,  quelques semaines de tempêtes de sable, et quelques pluies, en hiver et au printemps.(4) Moins de 80 mm par an, en moyenne. La surface cultivable, 11600 km², couvre 1% du territoire national. Les sols, à forte teneur en sel, sont ingrats. Et problème majeur de ce pays qui importe la quasi-totalité de ses céréales, environ 20.000 tonnes par an, l’eau. (2).

Aquifères.

Le pays compte de plus en plus sur la désalinisation de l’eau de mer pour couvrir ses besoins. Cette technologie produit déjà toute l’eau à usage domestique. Le Qatar National Food Security Programme compte d’ailleurs sur cette eau débarrassée de son sel pour irriguer les cultures. Une enquête d’Al Jazeera, sur la sécurité alimentaire du Qatar, révèle que le pays choisit l’énergie solaire, plutôt que l’énergie fossile, pour faire tourner ses unités de désalinisation. Gros producteur de CO² par habitant, et pays hôte de la dernière Conférence des Nations Unies sur le climat,  le pays tente d’adoucir l’image de ses excès. Selon Al Jazeera, la firme américaine Chevron teste une centrale solaire à Doha, la capitale. Et pour coller à un environnement où se mêlent chaleur, poussières, et sables, la firme évalue la réaction de panneaux solaires en provenance des Etats-Unis, d’Allemagne, du Japon, ou de Corée du Sud. (3) Mais en attendant une irrigation servie par l’énergie solaire adaptée, les fermiers du Qatar continuent de pomper l’eau contenue dans le sous-sol. Si le niveau des aquifères du pays est déjà en baisse, le Qatar National Food Security Programme promet de laisser les nappes se recharger en pluies, pour constituer les « réserves d’eau stratégiques du pays. » (2)

Fruits, légumes, poissons, poulets, œufs.

Le site du Ministère des Affaires étrangères, qui détaille le projet agricole,  promet une extension « horizontale », avec un soutien aux entrepreneurs,  et des investissements. La mise en culture  mélange les genres, une agriculture en plein champ, une production sous serre, et une production hydroponique. Cette technique , qui remplace la terre par un substrat artificiel, un gain pour la surface cultivable, promet de bien meilleurs rendements que la culture en  plein champ. Le gouvernement mise encore sur des fermes expérimentales, deux principales à l’heure actuelle, pour développer des semences localement adaptables. Dans ce pays, où il existait une petite agriculture, un élevage nomade, et la pêche, on comptait environ 400 fermes dans les années 70. En 2005, il y en a près d’un millier. Toujours en 2005, de source gouvernementale, il reste 650.000 hectares de terres arables à mettre en valeur, près de 69.000 le sont déjà. (5) Le pays compterait aujourd’hui 1400 exploitations, et,  portées par le Qatar National Food Security Programme, bientôt 3000. (2) Pendant que la production de fruits et légumes s’installe sur le marché interne, la production de poissons, de poulets – 7 millions de  volailles par an -, d’œufs, et de lait – 5 tonnes par jour absorbées localement – devraient satisfaire de plus en plus de consommateurs qataris. (5) La production de céréales, étape vers l’autosuffisance alimentaire, semble plus difficile, avis d’experts. (2)

Doutes.

En 2008, le voisin saoudien abandonne son rêve d’autosuffisance  en blé. Trop onéreux, trop gourmand en eau. La culture du blé, dont l’irrigation est nécessaire dans cet espace aride, a notamment bu 80% de  la nappe phréatique fossile, celle qui ne se recharge pas. Plus généralement, le niveau des nappes souterraines a dangereusement baissé dans les régions de production, alimentées par l’eau des forages. Cette agriculture forcée a encore provoqué la salinisation des eaux souterraines. Bilan, il faudra des décennies pour remplir à nouveau  les aquifères, et les débarrasser de leur sel. (6) L’Arabie Saoudite, qui a lancé sa production de blé dans les années 70, parvient au début des années 90 à produire le double de sa consommation intérieure. Le pays exporte l’autre moitié. Puis, changement de vision. En 2016, l’Arabie Saoudite compte importer la totalité de ses besoins en céréales. Interrogée par Al Jazeera, Zahra Babar, directeur de recherche à l’Université de Georgetown au Qatar, formule quelques retenues concernant le projet qatari: « Il y a un certain scepticisme sur la possibilité d’arriver à dessaler de grandes quantités d’eau pour l’irrigation »… « Je pense que nous pouvons espérer un certain succès. Mais cibler un certain niveau d’autosuffisance – 70% -, c’est un peu ambitieux. » (3)

Zéro import, zéro export.

S’il est question de tendre vers l’autosuffisance alimentaire, afin de ne plus importer de nourriture dont l’envolée des prix a touché les résidents qataris, argument développé par Al Jazeera,  le Qatar National Food Security Programme vise aussi le « zéro exportation ». (3) « Si quelque chose est produit au Qatar, cette production ne doit pas être exportée afin de protéger nos ressources naturelles. Car la quantité d’eau requise pour produire de la nourriture, un pays comme le Qatar, qui est très sec, ne peut pas exporter d’eau sous forme de nourriture. », commente Fahad Bin Mohammed al-Attiya, à la tête du  QNFSP. (2)

 

M.J

 

Une ferme « high-tech » portable, conçue et construite au Japon, destinée au Qatar…

 

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(1) International Food Policy Research Institute (IFPRI)

http://www.ifpri.org/fr

IFPRI Policy Brief 13 • April 2009 http://www.ifpri.org/sites/default/files/bp013Table01.pdf

(2) “Qatar’s next big purchase: a farming sector”, Martina Fuchs, Reuter, 06-01-2012 http://www.reuters.com/article/2012/01/06/us-qatar-food-idUSTRE8051V220120106

“Qatar’s next big purchase: a farming sector”, Martina Fuchs, (Version longue) http://mideast.legalbusinessonline.com/files/File/Special%20Reports/The%20Brief/MAR%202012%20-%20Qatar%202012.pdf

(3) “Can Qatar’s food security plan ripen? ”, Rhodri Davies, Al Jazeera, 02-12.2012.

http://www.aljazeera.com/indepth/features/2012/12/20121221237338571.html

(4) Wikipedia, Géographie du Qatar, http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie_du_Qatar,

World Fact Book 2008, Qatar Geography http://www.studentsoftheworld.info/infopays/wfb_fr.php3?CODEPAYS=QAT

(5)Qatar  – Ministry of Foreign Affairs – Agriculture http://english.mofa.gov.qa/details.cfm?id=92   / Qatar National Food Security Programme http://www.qnfsp.gov.qa/

(6) FAO Corporate document Repository – APPENDIX 8: COUNTRY CASE STUDY – WATER POLICY REFORM IN SAUDI ARABIA, Hamad M. H. Al-Sheikh, Department of Economics, King Saud University
Riyadh http://www.fao.org/docrep/006/ad456e/ad456e0e.htm


Publié le 12 décembre 2012 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,eau,Pays du Golfe.
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« Waste food », un vrai gâchis.

Bonjour,

 

Plus d’un milliard de tonnes. Depuis quelques temps  la FAO, l’organisation des Nations Unies  pour l’Alimentation et l’Agriculture, s’intéresse à une aberration majeure de  l’histoire humaine, le gaspillage de nourriture. Chaque année, plus de 1,3 milliard de tonnes de comestibles, le tiers des aliments produits dans le monde, l’équivalent d’un continent de bouffe devenu ou déclaré impropre à la consommation, part à la benne. C’est le constat d’un rapport de la FAO, « Pertes et gaspillages alimentaires dans le monde », paru en mai 2011. (1) Dans un contexte mondial où les prix alimentaires grimpent, réduire ce gâchis de nourriture dans les pays les plus pauvres aurait un effet immédiat sur les conditions de vie, et sur la sécurité alimentaire. Ce scandale du  « Waste food »  est largement relayé par les media.

 

Diviser par 2 le gaspillage. Les pertes et le gaspillage alimentaires, telles que posées par la FAO, ne concernent que les produits destinés à l’alimentation humaine. Le rapport note que le gâchis du consommable court tout au long d’une chaine alimentaire, accident de récolte dans le champ de cultures vivrières, ou steak périmé balancé à la poubelle par le consommateur. Il peut s’agir d’une moisson ruinée par une intervention tardive; de fruits abîmés par une manipulation brutale, aussitôt écartés du circuit; de céréales mal stockées devenus impropres à la consommation;  d’un processus de transformation défectueux; ou de légumes simplement restés en rade sur l’étal du détaillant. En fin de cycle, les dates limite de consommation, les fameuses DLC, forcent le gâchis dans les supermarchés et dans les frigos des particuliers. Selon une étude de la Commission européenne, le gaspillage alimentaire « made in Europe », 89 millions de tonnes annuelles, est d’abord le fait des consommateurs (42% ), talonnés par les industriels (39%), suivis de loin par les restaurateurs (14%) et les détaillants (5%). Le document, qui note que les foyers pourraient facilement réduire leur gâchis de moitié, rappelle aussi la paupérisation d’un continent,  où 16 millions de personnes dépendent des œuvres de charité pour s’alimenter. (2)

 

Géographie du gâchis. L’exemple européen introduit une géographie mondiale du gaspillage, dominée par les pays riches. Chaque année, les pertes alimentaires par habitant, Europe et Amérique du Nord, s’élèvent à près de 300 kg de nourriture, gâchis cumulé tout au long de la chaine alimentaire. Cette estimation tombe de moitié pour l’Afrique sub-saharienne, l’Asie du Sud, et l’Asie du Sud- Est. Plus la production alimentaire est élevée, plus le consommateur gaspille. Chaque année, 900 kg de nourriture sont destinés à un Européen ou à un  Nord-Américain. Contre 460 kg pour un Africain ou un Asiatique. Les premiers jettent une centaine de kg de nourriture par an, les seconds à peine une dizaine. Si globalement, pays industrialisés et pays en développement gaspillent autant, ils ne gaspillent pas au même moment du processus alimentaire. Question de climat, d’infrastructures, ou de civilisation. Les pays riches gâchent plutôt en fin de chaine, au niveau de la distribution des produits et de la consommation. Dans les pays à plus faibles revenus, les pertes interviennent après la récolte ou lors de la transformation des produits. Les denrées périssables sont plus difficiles à stocker sous des climats chauds et humides, quand les infrastructures de stockage existent. Elles sont aussi plus difficiles à transporter, et à conditionner. Les régions peuplées d’Asie du Sud et d’Asie du Sud- Est, dont l’alimentation repose sur le riz, enregistrent des pertes élevées au moment des récoltes et du stockage. Toujours dans l’espace asiatique, la nourriture d’origine animale, produite par un bétail soumis à de fréquentes maladies, pneumonie, appareil digestif, parasites, est gâchée en début de cycle. L’Europe et les Etats-Unis, où  l’on consomme la  plus grande quantité de steaks et de viandes diverses, détiennent un autre record : « Le gaspillage constaté au stade de la consommation représente à peu près la moitié de la totalité des pertes et gaspillages alimentaires. » (1a)

 

Afrique sub-saharienne. A l’échelle mondiale, les pertes et le gaspillage alimentaires restent difficiles à quantifier, à caractériser. Les données font défaut. Une meilleure connaissance de la chaîne du gaspillage permettrait,  sans doute, de diminuer la tension entre la production et la consommation de nourriture. Question d’actualité, plus de 870 millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique dans le monde (FAO, 2012). Question de démographie, la population mondiale devrait dépasser les 9 milliards à l’horizon 2050. (UN/Population, 2009)En attendant, le rapport mise sur l’éducation des paysans du monde en développement pour optimiser les récoltes et organiser le stockage. Mais, stockage, transports, transformation, ou conditionnement, les infrastructures pour améliorer la filière font défaut dans les pays pauvres. Dans les pays riches, le rapport invite à une prise de conscience : « Le gaspillage alimentaire par les consommateurs enregistré dans les pays industrialisés (222 millions de tonnes) est presque aussi élevé que le total de la production alimentaire nette enregistrée en Afrique subsaharienne (230 millions de tonnes) ».(1b)

 

M.J

 

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(1) « Pertes et gaspillages alimentaires dans le monde ». Ampleur, causes, et prévention. Etude menée pour le Congrès International Save Food ! à Interpack 2011, Dudsseldorf, Allemagne. Conduite par le Sweedish Institute for Food and Biotechnology. (SIK) Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture – Rome 2012. http://www.fao.org/docrep/016/i2697f/i2697f00.htm

(1a) Chapitre 3 − Ampleur des pertes et gaspillages alimentaires, p 8

(1b) Chapitre 3 − Ampleur des pertes et gaspillages alimentaires, p 5

 

(2) Parliament calls for urgent measures to halve food wastage in the EU, Plenary Session Agriculture − 19-01-2012 – 13:07,European Parliament News, http://www.europarl.europa.eu/news/en/pressroom/content/20120118IPR35648/html/Parliament-calls-for-urgent-measures-to-halve-food-wastage-in-the-EU 

Pour réduire les pertes et les gaspillages alimentaires, la FAO a lancé  « Save food ». Il s’agit d’une  collaboration entre les agences des Nations Unies, qui siègent à Rome, et leurs principaux partenaires. La Banque africaine de Développement, la Banque Mondiale, le PAM (Programme alimentaire mondial), ou l’Union Européenne participent à cette initiative planétaire. Des partenaires privés, comme l’industrie de l’emballage alimentaire, sont associés. Leur but est de développer un réseau qui travaille ensemble à réduire ce gâchis. L’initiative est relayée par un tapage médiatique.

 


Publié le 26 octobre 2012 par marlene dans Alimentation,crise alimentaire,déchets
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Sécurité alimentaire: Brésil, exemple, et contre-exemple.

Bonjour,

 

Recul de la faim. Environ 870 millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique dans le monde, la plupart originaires des pays les plus pauvres. C’est l’estimation de « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 » publié il y a quelques jours, production de  la FAO,  l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et de deux autres agences onusiennes, (1) S’il n’y a pas de quoi pavoiser, la publication note cependant un recul de la sous-alimentation mondiale. En vingt ans (1990-1992 – 2000-2002), 132 millions de personnes sont sorties des statistiques de la faim. Dans l’espace en développement, la proportion de personnes ayant des difficultés pour se nourrir est  passée de 23% au début des années 90, à 15% deux décennies plus tard. En 2003, le recul de la faim est le pari de Luiz Inácio Lula da Silva, qui vient d’être élu à la tête du Brésil. Il y articule une politique de développement rural et de lutte contre la pauvreté.

 

Petite agriculture. « Nous allons créer les conditions nécessaires pour que tous les gens de notre pays puissent manger à leur faim, trois fois par jour, tous les jours, sans avoir besoin de dons de quiconque. Le Brésil ne peut plus continuer à vivre au milieu de tant d’inégalité. Nous devons vaincre la faim, la misère et l’exclusion sociale.».(2) Extrait du discours d’investiture du Président Lula da Silva, le 1er janvier 2003. Avec 170 millions d’habitants, le Brésil est le plus grand et le plus densément peuplé des Etats d’Amérique du Sud. Son statut d’économie émergente, qui annonce un niveau de vie croissant, dissimule mal 44 millions de personnes vivant dans un extrême pauvreté. Le quart de la population du pays. Dans ce grand espace, la production agricole se concentre dans le Sud, le Sud- Est, et plus timidement au Centre, quand les populations les plus exposées à la faim habitent le Nord et le Nord-Est du pays. Le Nordeste , cette région aride que ses habitants fuyaient pour échapper à la misère et à la faim. Ici, la production agricole ne  couvre pas les besoins essentiels de la population. Au Brésil, la petite agriculture occupe environ le quart des terres cultivables, et emploie plus de 70% de la main d’œuvre rurale. C’est elle qui produit l’essentiel de la nourriture consommée dans les familles brésiliennes.(OXFAM) C’est donc elle qu’il faut stimuler. Le Président Lula, né dans une famille pauvre du Nordeste, connait la difficulté à survivre des plus pauvres. (3) (4)

 

Pauvreté, sécurité alimentaire, économie rurale. En 2003, le Président Lula lance «FOME ZERO », un  programme qui combine réduction de la pauvreté, sécurité alimentaire, et petite agriculture familiale. Trois priorités intimement liées qui doivent remplir les ventres, développer l’agriculture vivrière, et impulser un marché local. Premier instrument de cette stratégie, la « Bolsa Familia » un ambitieux programme d’aide aux douze millions de familles les plus nécessiteuses. Chaque mois, chaque ménage reçoit une enveloppe de 20 $ afin d’accéder aux produits alimentaires de base. Cette aide se décline aussi dans les domaines de la santé, ou de l’éducation. « Alimentaçao Escolar », autre instrument de la dynamique Lula, fournit chaque jour plus de 47 millions de repas gratuits dans les écoles du pays. « Fotalecimento do Agricultura Familiar » doit remettre la petite agriculture sur pied, avec plus de produit, de meilleure qualité. Cette économie rurale permettra aux producteurs de gagner un peu d’argent en vendant leur production, tout en constituant des stocks agricoles pour parer aux pénuries. Les prix du marché local, soumis à contrôle, sont stabilisés. Lula, qui place la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté au cœur de son projet politique, fédère les forces vives de la Nation. Acteurs gouvernementaux, au niveau fédéral, au niveau des Etats, des municipalités, des villages ; membre de la société civile, ONG, associations, groupes religieux; ou acteurs du secteur privé, tout le monde est invité à suivre Lula. Cette vision du développement est approuvée par la Banque mondiale et la FAO, qui débloquent des crédits. La bonne santé économique du Brésil, qui permet de créer des emplois, de valoriser les salaires, et de donner un petit pouvoir d’achat aux indigents, porte cette stratégie. (2)(3)(4)

 

Moins 20 millions de pauvres. OXFAM et la FAO, qui détaillent le processus, en dressent un bilan élogieux,  « Bravo Lula ! ».Ils ne sont pas les seuls.  En 2009, en moins de dix ans, 20 millions de très pauvres ont échappé à leur condition. Le Brésil est ainsi parvenu à atteindre  la première phase des Objectifs du Millénaire pour le Développement, réduire de moitié la misère du monde, projection 1990-2015. Au Brésil, dès 2007, la faim perd du terrain, moins un tiers d’affamés par rapport au début des années 2000. La FA0 note que la petite agriculture familiale a permis d’augmenter les revenus paysans de  plus d’un tiers entre 2003 et 2009. Ce bilan, valorisé par le contexte socio-économique d’un Brésil très inégalitaire, laisse encore  une quinzaine de millions de personnes dans l’extrême pauvreté. Toujours en 2009, près du tiers des familles brésiliennes rencontrent des problèmes pour s’alimenter correctement. Si pour plus de 10 millions de personnes manger reste un défi quotidien, Lula a cependant fait reculer la faim et la pauvreté dans son pays. On lui doit aussi un recul de la malnutrition infantile, et du travail des enfants. (2) (3) (4)  La Bolsa Familia a notamment contribué à introduire plus de femmes sur le marché du travail, plus 16%. La gestion de la petite bourse gouvernementale a permis de les valoriser au sein de la famille. Elles y ont gagné en assurance, et en indépendance. (1)

 

Canne à sucre. Dans son ouvrage, «  Destruction massive », Jean Ziegler intitule froidement un chapitre : « La malédiction de la canne à sucre ». (5) Il écrit : « Au Brésil, le programme de production d’agrocarburants jouit d’une priorité absolue. » (5a). La canne à sucre, une culture très « rentable », est au cœur de cette production d’éthanol, destiné au parc automobile intérieur et à l’exportation. C’est le plan « Pro-Alcool ». C’est aussi une machine à concentrer des terres qui ne laisse aucune chance aux petits propriétaires. Selon Jean Ziegler, pendant la décennie 1985-1996, près de 5,5 millions de paysans auraient été expulsés de leurs terres, et près de 950.000 exploitations, « petites et moyennes », avalées par ce détournement de l’espace agricole. « L’insécurité alimentaire dans laquelle vit une grande partie de la population brésilienne est ainsi directement liée au programme Pro-alcool » (5b). Dans ces régions plantées de canne à sucre, les paysans, qui ne cultivent pas assez pour se nourrir, achètent des produits de première nécessité. Avec des prix qui fluctuent, et qui grimpent. « C’est ainsi qu’en 2008 les paysans n’ont pu acheter suffisamment de nourriture en raison de l’explosion brutale des prix. » (5b). Depuis 2007-2008, années de crise financière, de crise alimentaire portée par la sécheresse et la spéculation, le problème de la faim piétine à l’échelle mondiale. Constat de  « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 » (1)

 

« Terre de la faim ».Jean Ziegler présente un autre Brésilien, Josue de Castro, médecin, anthropologue, Président de la FAO dans les années50, et grand agitateur de consciences sur le thème de la faim. Dans « Géopolitique de la faim », titre publié en portugais en 1950, il écrit : « La faim déterminée par l’inclémence de la nature constitue un accident exceptionnel alors que la faim considérée comme un fléau fabriqué par l’homme est la condition habituelle des régions les plus différentes du globe. Toute terre occupée par l’homme a été transformée par lui en terre de la faim. » (6)

 

M.J

 

 

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(1) « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2012 », publication de la FAO,  l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, du FIDA , le Fonds des Nations Unies pour le développement agricole, et du PAM, le Programme alimentaire mondial.

 

(2) « FOME ZERO- L’expérience brésilienne », Coordinateurs: José Graziano da Silva, Mauro Eduardo Del Grossi, Caio Galvão de França, Ministère du développement agraire Brasilia, 2012  http://www.fao.org/docrep/016/ap339f/ap339f.pdf

(3) Supporting Programmes for Food Security – Success story http://www.fao.org/spfs/national-programmes-spfs/success-npfs/brazil/en/

(4)Fighting hunger in Brasil- Much achieved, more to do – Oxfam Case Study – June 2010

 http://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/cs-fighting-hunger-brazil-090611-en.pdf

(5) « Destruction massive, Géopolitique de la faim, Jean Ziegler, Seuil, octobre 2011, 5a : p263, 5b : p268

(6)« Geopolitique de la faim », Josue de Castro, 01-01-1971, Les éditions Ouvrières, Nouvelle édition revue et augmentée. Préface de Max Sorre. Préfaces des éditions américaine et anglaise de Pearl Buck et Lord John Boyd Orr. Trad. de Léon Bourdon. p59

Source carte économie agricole.

http://www.mar-br.chez-alice.fr/Bresil/bresil_economie.htm

 

Des discussions du Comité de la sécurité alimentaire mondiale se sont déroulées du 15 au 20 octobre 2012. Quelques uns des thèmes abordés. http://www.fao.org/bodies/cfs/39th-session/fr/


Publié le 19 octobre 2012 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,Brésil,crise alimentaire,FAO,Objectifs du Millénaire.
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Cook, la carte postale et le lagon.

Bonjour,

Posé dans le Pacifique Sud, entre les îles des Samoa, de  Tonga,  et la Polynésie française, l’archipel des Cook se disperse en une quinzaine de terres d’origine volcanique.  Les îles Sud sont des atolls, ceinturés par une barrière de corail. La plus importante, la plus peuplée, environ  les ¾ des habitants, s’appelle Rarotonga. C’est d’ailleurs à Rarotonga que l’on atterrit après un voyage d’une dizaine d’heures en provenance de Los Angeles. La Nouvelle Zélande accompagne la vie politique, en matière de Défense et de politique étrangère, de cette petite démocratie parlementaire. Les citoyens de Cook disposent  d’un passeport Néo-Zélandais. Et  il y a sans doute plus d’insulaires originaires de Cook en Nouvelle Zélande, que dans l’archipel lui-même. Les 20.000 habitants, en grande majorité Maoris et d’origine maorie, parlent l’anglais et communiquent dans leur langue. Si Cook est un petit territoire émergé d’à peine 250 km², son  territoire maritime s’étend sur près de 2 millions de km², bénéfice de la ZEE, la zone économique exclusive, qui l’étire à 200 miles marins au-delà des côtes. (1) Paradis fiscal, Cook sent bon la fleur de tiaré. Les touristes, première source de revenus de l’archipel, viennent y chercher le soleil quand l’hiver s’attarde aux Etats-Unis, en Australie, ou en Nouvelle Zélande. Si l’archipel cultive les perles et les clichés de ses cartes postales, la vie insulaire réserve quelques surprises  Pourquoi n’y a-t-il pas de pirogue dans le lagon, et pas, ou peu de poissons frais sur les étals des marchés ? C’est dans l’une des gazettes des  îles Cook, le « Cook Island News » que l’on trouve quelques réponses.

Le lagon intoxiqué.

Cook, ou plus particulièrement le groupe d’îles le plus méridional, dont Rarotonga, est affecté par la ciguatera. La ciguatera est une intoxication provoquée par une micro-algue dont les toxines se diffusent dans la chaine alimentaire, puis s’accumulent dans l’organisme des poissons et des crustacés. Cette contamination du lagon, qui se développe en une vingtaine de mois dans un système corallien malade, interdit la consommation de la pêche. Chez l’homme et chez l’animal, la ciguatera provoque des symptômes gastro-entériques, neurologiques, ou cardiaques. Dans les îles du  Pacifique de langue française, on l’appelle la gratte. La ciguatera, observée dès le XV° siècle à Vanuatu par des marins portugais, sans doute responsable d’une intoxication  à bord de l’un des navires du capitaine Cook dans les années 1770, infecte les eaux de l’espace tropical. Elle est connue dans la mer des Caraïbes, dans l’Océan Indien, et dans le Pacifique, Polynésie française, Fidji, Samoa, Vanuatu, Hawaï, ou l’archipel des Cook. Dans ce Pacifique insulaire, la ciguatera est tracée depuis les années 70. (2)Une enquête menée pendant la décennie 1998-2008 montre que son incidence annuelle – la fréquence d’une maladie dans la population – a augmenté de 60% depuis la décennie 1973-1983. Au cours des 35 dernières années, résume l’enquête, 500.000 insulaires ont été contaminés par la ciguatera. Jusqu’aux années 90, elle est pratiquement inconnue dans les îles Cook, puis augmente après 2005. L’incidence  y progresse de  2/100.000 – 1973/1983 – à 1,554/100.000 -1988/2008 -, sans pour autant annoncer une hécatombe. Cet indice est beaucoup plus élevé dans d’autres îles. Dégradation des systèmes coralliens et réchauffement climatique, les spécialistes s’attendent à une augmentation de l’incidence de la maladie dans le Pacifique. Si l’évolution des récifs est encore incertaine, les effets de la ciguatera sur le mode de vie des insulaires, et sur leurs habitudes alimentaires, est plus précis. (3)

Santé et sécurité alimentaire.

A Cook, la gazette locale nous apprend qu’une enquête de santé menée en 2010 – sur un échantillon de 300 personnes  – révèle que 80% des insulaires, des hommes, limitent leur espérance de vie à 65 ans, cinq ans de moins que celle des femmes. Ces hommes, privés de pêche ou d’activités agricoles par un mode de vie insulaire qui a changé, nourris depuis quelques années à la junk food, souffrent d’hypertension, de cholestérol, de diabète, et multiplient les risques cardiaques. (4) Diagnostic confirmé par la précédente enquête. (3) Plus visible, l’obésité qui déforme des corps autrefois habitués à l’effort, et qui  freine la démarche de leurs compagnes, pourtant soucieuses de cette fleur de tiaré piquée dans les cheveux. La silhouette svelte et musclée de ceux qui travaillent encore la terre souligne cette métamorphose. L’obésité des populations insulaires du Pacifique est l’une des plus élevées au monde. Un record emmené par les habitants de la République de Nauru, talonnés par ceux de Cook. Cette obésité, qui peut signaler une prédisposition génétique, ou  répondre à d’autres critères de beauté, est cependant largement imputée à une vie moins active, doublée d’une occidentalisation des régimes insulaires.(3) (5)Les insulaires consomment massivement des produits importés, farine et sucre blancs, conserves de viande et de poissons, margarine, céréales, sucreries, et canettes de soda, au détriment des fruits et légumes produits sur place. Et de leurs vitamines associées.(5) A Cook, les montagnes de pots de mayonnaise qui s’empilent sur les étals des supermarchés, signalent un changement de régime, qui coûte cher. Si ce type de produits valorise certains insulaires, qui ont les moyens de consommer une nourriture importée, il pose, à terme, la question de la sécurité alimentaire.  Certaines îles, qui se détournent de leurs habitudes de pêche, d’agriculture, ou de cueillette, importent jusqu’à 90% de leur nourriture. (5)

Touristes.

Encore la gazette locale. Les habitants des îles Cook, pourtant dotées d’une ZEE de plus de 2 millions de km², consomment  plutôt moins de poisson que d’autres insulaires du Pacifique. Quand la World Health Organisation, l’organisation mondiale de la santé, estime à 35 kg la consommation minimale  annuelle recommandée pour se maintenir en bonne santé, un habitant de Cook se contente de 25 kg. Avec une fracture géographique. Un menu mieux doté en produits de la mer dans les îles du Nord, aux eaux plus poissonneuses, et plus de produits congelés et de conserves dans les îles du sud. La ciguatera, qui interdit les eaux du lagon et des récifs des zones les plus peuplées, contribue à cette sous-consommation. Au début de l’année 2011, les étals des poissonniers de Rarotonga, sont restés vides pendant quelques semaines. La gazette, qui additionne bateaux et  poissons, signale un secteur en déclin depuis 2004. Au nord, une vingtaine de navires pêche le thon, et quelques espèces pélagiques, soit environ 6000 tonnes par an. Une flotte plus réduite, moins d’une dizaine de bateaux, explore les alentours de  Rarotonga pour ramener du thon albacore, du wahoo, ou du mahi-mahi, environ 5000 tonnes de poissons ces cinq dernières années. Une petite flotte artisanale travaille pour le marché touristique, et une pêche côtière au trolley alimente le marché local de quelques tonnes supplémentaires. Les quotas sont serrés, la réserve s’épuise. Alors Cook compte sur la beauté de son lagon qui, même moribond,  continue à attirer les touristes. (6)

M.J

 

Retour au paradis….

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(1) Cook Islands, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Cook_Islands

(2) Ciguareta, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Ciguatera

(3) Ciguatera Fish Poisoning in the Pacific Islands (1998 to 2008), Mark P. Skinner1, Tom D. Brewer2, Ron Johnstone3, Lora E. Fleming4,5, Richard J. Lewis6*, PLOS, Neglected Tropical Diseases,

http://www.plosntds.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pntd.0001416

(4) “Minding mens health”, Rosie Manins, Cook Island News, 4 may 2001, http://www.cinews.co.ck/2011/May/Wed04/other.htm#1104300905

(5) Pacific Islander diet, http://www.diet.com/g/pacific-islander-diet, “Maltese are among world’s most obese” Ivan Camilleri, Brussels, Sunday Times, 01-05-2011, http://www.timesofmalta.com/articles/view/20110501/local/Maltese-are-among-world-s-most-obese.363119

(6) “Local fish consumption below par”, Rosie Manins, Cook Island News, 4 May 2011, http://www.cinews.co.ck/2011/May/Wed04/other.htm#1104300905

 

 

 


Publié le 25 juin 2012 par marlene dans Alimentation,Ecosystèmes.,Océans,Pacifique,Pêche.,Pollution de l'eau
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« Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? », s’interroge Lester R. Brown.

Bonjour,

« Dans les années à venir, les Etats-Unis pourraient bien devoir expédier un ou deux bateaux cargos de céréales par jour en direction de la Chine. ». Cette phrase, un peu étrange, est tirée de « Plan B », un ouvrage signé Lester R. Brown, édition 2008. (1) Le Patron du Earth Policy Institute esquisse un portait édifiant d’une Chine superpuissante, qui a consommé trop vite sa géographie, épuisé ses terres et ses nappes phréatiques. Au risque de ne plus produire assez de céréales pour nourrir son imposante démographie. Lester R. Brown estime que la Chine de 2031, peuplée d’1,45 milliards d’individus avec un niveau de vie proche de celui des Américains des années 2000, consommera les 2/3 de la production mondiale de céréales. (2) En 2005, l’auteur note que la Chine absorbe déjà 120 millions de tonnes de céréales de plus que les Etats-Unis. Dans le même temps, la production céréalière du géant asiatique a chuté de 35 millions de tonnes, un recul de 9% entre 1998 et 2005. En mars 2011, LesterR.  Brown réactualise sa démonstration sur le site du Earth Policy Institute. Un article intitulé « Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? » reprend les grands paramètres de l’équation alimentaire d’une Chine qui consommera plus de céréales qu’elle n’en produira.

« La Chine est en guerre.»

Premier handicap, la disparition des terres cultivables avalées par le désert. L’obsession des autorités chinoises à produire plus de céréales pour tendre vers l’autosuffisance alimentaire, et tourner la page de la grande famine des années 1959-1961 qui a fait trente millions de victimes, a conduit à une sur- exploitation des terres et des pâturages des régions  Nord et l’Ouest.  L’abus de cet espace agricole a favorisé la formation de gros nuages de poussières qui se déplacent à la fin de l’hiver et au début du printemps. Cette manifestation du désert ne s’est plus arrêtée. Chaque printemps, les habitants des régions Est doivent se battre contre une atmosphère chargée de poussières. Beijing et les autres cités orientales sont prises dans la tourmente. Mais les plus à plaindre sont les cultivateurs et les éleveurs des vastes terres du Nord-Ouest, dont les récoltes et les revenus sont balayés par la poussière. Depuis 1950, 24.000 villages de ces régions ont été, complètement ou partiellement, abandonnés. Les dunes de sables, qui ont colonisé les terres cultivables, ont poussé les agriculteurs à émigrer vers les grandes villes de l’Est, déjà surpeuplées. Wang Tao, spécialiste des déserts cité par Lester R. Brown, évalue qu’entre 1950 et 1975, un peu plus de 1500 km² de terres ont été gagnées par le désert chaque année, au Nord et à l’Ouest du territoire. Le processus s’est accéléré. Au tournant du siècle, il estime que plus de 3600 km² de terres par an, soit plus du double, deviennent incultivables. « La Chine est en guerre », annonce Lester R. Brown. Son ennemi, le désert, progresse sur plusieurs fronts à la fois. «  Et dans cette guerre contre les déserts, la Chine est en train de perdre. », constate le chercheur.

 

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Nappe fossile.

L’eau, indispensable à l’agriculture, est aussi à l’heure des bilans sur un territoire inégalement doté. Une Chine du Sud qui concentre 80 % des ressources, et une Chine du Nord qui tend vers les 15%. Pour répondre à une demande croissante en nourriture, des millions d’agriculteurs chinois ont pratiqué l’irrigation. Les nappes phréatiques qui alimentent la grande plaine du Nord en eau commencent à baisser. Dès 2005, Lester R. Brown note que le pompage excessif a épuisé les nappes superficielles, obligeant les agriculteurs à puiser dans la nappe fossile. Celle qui ne se recharge pas. Toujours en 2005, une étude révèle que dans la province du Hebei, assise dans la grande plaine du Nord, le niveau de cette précieuse eau souterraine diminue au rythme de 3 mètres par an. Plus rapidement encore à proximité des grandes villes. Il faut creuser de plus en plus profond pour l’atteindre. Si la nappe aquifère qui dort dans le sous-sol de la grande plaine du Nord disparaît, la région perdra sa dernière réserve d’eau. Sombre perspective pour un espace agricole qui produit la moitié du blé chinois, et le tiers de son maïs. Pour Lester R. Brown, la surexploitation des nappes aquifères pour l’irrigation gonfle temporairement la production de nourriture, créant une sorte de « bulle alimentaire artificielle », qui ne résistera pas à l’épuisement des eaux. Le Earth Policy Institute estime que 130 millions de Chinois sont nourris à base de céréales arrosées par un pompage, excessif mais pas illimité.

Voitures contre fermiers.

L’extension des villes, la multiplication des usines, et l’aménagement de routes de plus en plus nombreuses qui traversent des terres cultivables, contrarient encore l’agriculture chinoise. En 2009, le nombre de véhicules vendus en Chine dépasse pour la première fois celui des Etats-Unis. En 2011, il y aura probablement 20 millions de voitures mises en circulation. Des milliers d’hectares seront transformés en routes, en autoroutes, et en parkings. Lester R.  Brown écrit : « Les voitures sont maintenant en compétition avec les fermiers pour les terres cultivées en Chine. » Autre handicap, la main d’œuvre agricole qui, emmenée par le boom industriel, a émigré vers les grands cités chinoises. Avec peu d’espoir de retour vers de petits lopins de terres qui tournent à l’abandon. Cette main d’œuvre exilée prive la terre d’une force de travail, traditionnellement occupée à produire deux récoltes annuelles, blé d’hiver et maïs d’été dans le Nord, et double culture du riz dans le Sud. Un programme « blé-maïs »  de la FAO, lancé en 1996 dans la plaine Nord du Hebei,  montre une progression des rendements, plus 10%, et une optimisation de l’eau, moins 20%. (3)  En Chine, tous ces handicaps se conjuguent pour compromettre la production de céréales. En novembre 2010, les prix alimentaires ont augmenté de 12%, par rapport à l’année précédente. Or, l’envolée des prix de la nourriture présente des risques d’instabilité politique. Après une quinzaine d’années d’autosuffisance en céréales, la Chine pourrait se tourner vers le marché international. C’est ici que Lester R. Brown resserre sa démonstration.

Ravitailler son banquier.

S’il est question de connaître la part des importations chinoises, peut-être 20% des besoins, soit 90 millions de tonnes, à peine un peu moins que ce qu’exportent les Etats-Unis sur le marché mondial, de quoi bousculer les échanges internationaux, il est aussi question d’une relation commerciale, inédite et tendue, entre les deux puissances. Pour Lester R. Brown, à peu près certain de l’intérêt chinois pour le marché des céréales américain, grenier mondial, ce sera le « cauchemar ». Cauchemar pour les Chinois qui devront dépendre du blé et du maïs américains. Et cauchemar pour les consommateurs américains, désormais en concurrence avec 1,4 milliards de Chinois assez prospères pour s’offrir une partie de la récolte américaine. Les prix, des céréales, et de toutes les denrées qui en ont besoin, viande, œuf, ou lait, risquent fort de grimper. Et si la Chine importe seulement le cinquième de sa demande, les consommateurs américains seront bien obligés de se mettre au régime. A moins d’interdire les exportations vers la Chine. Dans les années 70, les Américains ont suspendu la vente de haricots de soja  au Japon. Mais changement d’époque, si le Japon était l’obligé des Etats-Unis, c’est aujourd’hui la Chine qui tient la puissance américaine. La Chine, qui finance le déficit américain, Lester R. Brown parle de plus de 900 milliards de dollars engagés, est devenu son principal créancier. Difficile de refuser de ravitailler son banquier.

M.J

 

(1) « Le plan B » – Pour un pacte écologique mondial », Lester R. Brown, Septembre 2008, Editions Pluriel, Hachette Littérature, p 34.

(2) Lester R. Brown se base sur la consommation américaine de céréales – 900 kg par personne et par an,  pour une population de 298 millions d’habitants au milieu des années 2000, estimation incluant le secteur industriel – pour estimer que la Chine de 2031 – peuplée de 1,45 milliard d’individus au niveau de vie comparable à celui des Américains – consommera les 2/3 tiers de la production mondiale de céréales. ( « Le plan b » – Pour un pacte écologique mondial », p 28)

(3) 1. Quelles innovations techniques conduisent à une amélioration de la production alimentaire dans le cadre de l’agriculture et du développement rural durables (ADRD)? FAO, sans date.  http://www.fao.org/docrep/006/y3951f/y3951f05.htm


Publié le 14 novembre 2011 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,USA
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« Journée mondiale de la l’alimentation », jour de faim.

Bonjour,

Le 16 octobre prochain s’annonce  « Journée  mondiale de l’alimentation » . Dans son rapport 2011, intitulé « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde », la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture – interroge l’économie de la faim. La flambée des prix alimentaires, inscrite dans le sillage des crises de 2006-2008, touche surtout les pays les plus pauvres, addicts à l’importation de produits agricoles. Nombre d’Etats africains, très dépendants de riz et de céréales cultivés ailleurs, comptent parmi les plus touchés. Entre 2007 et 2008, le nombre de sous-alimentés sur le continent africain a grimpé de 8%. Mauvaise nouvelle à l’approche des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), car la nourriture pourrait rester chère, message de la FAO. Voire inabordable pour les plus démunis. Le changement de climat, ses excès, la concurrence entre l’agriculture dédiée aux agro -carburants et l’agriculture vivrière, sans oublier la spéculation sur les céréales, annoncent une crise durable. Le rapport montre comment l’envolée des prix alimentaires expose les petits producteurs et les populations pauvres des grandes cités du monde en développement. Les petits producteurs, car ils ne vendent pas suffisamment pour profiter d’une envolée des prix alimentaires. Et les pauvres,  car ils consacrent une part importante de leurs revenus à l’alimentation. Plus de 60% au Vietnam, au Malawi, au Bengladesh.  Plus de 70% au Ghana, au Pakistan, au Tadjikistan.

Protectionnisme, stocks, et politique sociale.

Scénario simplifié d’une dynamique économique  complexe de la faim – elle progresse en 2007-2008 en Afrique et stagne en Asie – , la FAO distingue trois types de pays. Ceux qui se sont tenus à l’écart du marché international. Ceux qui ont pu limiter les dégâts. Et ceux où la crise alimentaire a fait avancer la faim. Le premier groupe de pays, Chine, Inde, ou Brésil, a limité ses échanges agricoles, développé une politique sociale pour adoucir le choc, et puisé dans ses réserves alimentaires. Avec le risque que ce protectionnisme porte la spéculation mondiale, et prive de nourriture les pays importateurs. Ce premier groupe a cependant réussi à contenir les prix sur le marché intérieur, et à faire reculer le nombre de sous-alimentés. Mais, sur le modèle du Brésil,  tous les Etats n’ont pas les moyens d’accompagner les plus démunis avec une politique sociale. Autre problème, pour disposer de stocks alimentaires, il faut être assez riche pour aire des réserves. Ce qui exclut les plus pauvres. Le rapport cite l’exemple de la Chine, de l’Inde, et de l’Indonésie, qui, contrôlant leurs exportations pendant la crise alimentaire des années 2007-2008, ont maintenu le prix du riz et celui du blé. Second groupe, les Etats pauvres, mais producteurs et exportateurs de denrées alimentaires. Le Vietnam ou la Thaïlande. Malgré une valse des étiquettes sur le marché intérieur, la FAO y note un recul de la malnutrition. Mais attention, ce modèle suppose une bonne répartition des terres, condition d’une production alimentaire supérieure à la consommation. Enfin, un troisième groupe de pays a vu les prix s’envoler sur les étals des marchés locaux, privant les populations dépourvues. Au Malawi, en Afghanistan, en Ouganda, au Sénégal, au Mozambique, en Zambie, en Ethiopie ou au Kenya, il n’y a pas, ou peu, de stocks alimentaires. Il n’y a pas non plus d’argent pour assister les plus démunis. Le rapport cite l’exemple du Burkina Faso, qui, en 2008,  subventionne la vente de céréales sur le marché interne. Mais qui doit faire appel au PAM – le Programme Alimentaire Mondial – pour secourir 600.000 personnes. Toujours en 2008, le gouvernement éthiopien puise 190.000 tonnes de blé dans ses réserves pour approvisionner 800.000 urbains. Et qui, un peu plus tard, doit en importer 150.000 tonnes pour nourrir ses villes. Ici encore, le PAM est intervenu.

Un milliard de mal nourris.

La FAO, qui tire les conséquences de la crise alimentaire de 2007-2008, se demande comment mieux contrôler les prix sur les marchés intérieurs. Deux propositions. D’abord, améliorer l’information qui renseigne sur l’état des marchés, mondiaux et nationaux, afin de développer une analyse pertinente de l’évolution des échanges. Cette idée, qui suppose la transparence des données, permettrait de réagir avant que la panique des marchés joue sur les prix. Reste que l’information sur les réserves alimentaires est difficile à obtenir, problème d’accès aux sources, ou stratégie économique de certains pays. Seconde proposition, considérer l’envol des prix alimentaires comme « un état de fait », et s’y adapter. En développant des stratégies de protection sociale. Message fort de la FAO, investir dans l’agriculture pour impulser une dynamique interne qui fasse reculer la pauvreté et la faim : plus de compétitivité sur le  marché intérieur, plus de revenus pour les agriculteurs, et des produits agricoles, moins chers,  accessibles au plus pauvres. La FAO, qui révise sa méthodologie, ne chiffre pas la faim dans le monde en 2011. Elle touche probablement un milliard de personnes.

 

M.J

 

Pendant ce temps, Action contre la Faim convoque le G20

 

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Une classe virtuelle est mise en ligne par la FAO. Des documents et des leçons type permettent aux enseignants de fouiller la problématique de la faim – faim, malnutrition, insécurité alimentaire..-, afin de sensibiliser les élèves et les étudiants : http://www.feedingminds.org/fmfh/accueil/fr/

A petite échelle, la campagne TeleFood de la FAO accompagne des micro-projets dans plus d’une centaine de pays pour aider les familles et les communautés à produire de la nourriture. Ou générer des revenus pour en acheter. Petites histoires… http://www.fao.org/getinvolved/telefood/fr/

Lien Rapport : « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde », Comment la volatilité des cours internationaux porte-t-elle atteinte à l’économie et à la sécurité alimentaire des pays. FIDA, WFP, FAO. http://www.fao.org/docrep/014/i2330f/i2330f.pdf


Publié le 13 octobre 2011 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Alimentation,FAO,Objectifs du Millénaire.
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