Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Chine: une agriculture qui pollue.

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Bonjour,

L’agriculture empoisonne l’eau en Chine. C’est le constat d’une première étude nationale sur les sources de pollution, communiquée il y a quelques jours par Pékin. Les  fertilisants et les pesticides utilisés pour doper et protéger les cultures seraient plus néfastes pour l’environnement que les rejets industriels. (1) Le développement d’une agriculture productive, amorcé dans les années 80, s’est accompagné d’une utilisation massive, et anarchique, de produits chimiques, destinés à accroître les rendements. Beaucoup de paysans, notamment dans le Sud du pays, utilisent ces additifs pour valoriser des lopins de terre d’environ un demi-hectare. Ces mauvaises pratiques agricoles se déclinent à l’échelle d’un immense territoire, encore largement rural. La terre, qui employait 80% de la population chinoise dans les années 60, occupe aujourd’hui environ 40% des actifs. (2)(3) Cette agriculture, vieille de 5000 ans, empêchée par un certain nombre de contraintes naturelles, reliefs, climats, avancée des déserts, installée dans la partie Est du territoire,a pour mission de nourrir une population qui dépasse largement le milliard.(2) Une tâche énorme dont elle ne peut s’acquitter sans la mécanisation des exploitations, ni sans ces engrais et ces pesticides qui gonflent la production. Cette étude environnementale, menée pendant deux années, montre que trois décennies de mauvaises pratiques agricoles ont laissé des traces dans l’environnement, et notamment dans l’eau. Elle révèle que près de la moitié de la quantité de DCO – demande chimique en oxygène, marqueur du degré de pollution des eaux – provient de l’agriculture. On lui attribue encore 67% des rejets de phosphates et 57% des nitrates . (1) L’agriculture participerait donc activement à une pollution qui souille 95% des nappes phréatiques, et 70% des lacs et des rivières, estimations antérieures à l’étude.(4) Les industriels de la chimie, qui poussent les agriculteurs à la consommation – exemple, CNOOC , leader des fertilisants chargés en nitrates –, contribuent à ce gâchis. La multiplication de troupeaux et des fermes aquacoles, viande et poisson désormais au menu d’une civilisation habituée aux céréales, pèsent encore sur l’environnement. Une autre étude, parue quelques jours plus tard dans la revue Science, montre que l’usage croissant de fertilisants à base de nitrates entraîne une acidification des sols. Ce qui, à terme, pourrait ruiner des terres qui n’auront même plus besoin d’engrais puisque rien n’y poussera. (5)

L’agriculture « bio »? En 1990, les Autorités lancent le programme « Green Food », « garanti » avec moins d’engrais et de pesticides, mais non validé en Europe.  En 2005, le « bio » devient plus « bio », deux millions d’hectares sont plantés, 1400 structures agricoles sont certifiées. On  prédit de beaux jours au « bio » chinois, mais avec 0,02% de la production agricole – dont la moitié est exportée –, il reste à l’état d’échantillon. (6) (7)

M.J.

http://www.youtube.com/watch?v=n274j-ECR-c


(1)“Chinese farms cause more pollution than factories, says official survey”, Jonathan Watts, The Guardian, 9-02-2010, http://www.guardian.co.uk/environment/2010/feb/09/china-farms-pollution

(2) »L’Agriculture en Chine », Wikipedia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_en_Chine

(3)” Economie de la République populaire de Chine”, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_la_R%C3%A9publique_populaire_de_Chine

(4) « En Chine, la guerre de l’eau aura bien lieu »,  Frédéric Koller, Université de Laval, in Le Temps, Genève, 06-01-2006 http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/eh/F/cause/lectures/chine__la_guerre_de_l%27eau.htm

(5) In « Chinese farming practices are acidifying soil.”, Jeremy Hance, mongabay.com
11-02- 2010
http://news.mongabay.com/2010/0211-hance_acidsoils.html

(6) « Agriculture chinoise : utilisation massive de pesticides et développement du bio »,Vannina Pomonti de Pékin (Chine), Novethic,15/01/2007http://www.google.fr/search?hl=fr&client=firefox-a&channel=s&rls=org.mozilla%3Afr%3Aofficial&hs=WI1&q=pesticides+agriculture+chine&btnG=Rechercher&meta=&aq=f&oq « Le bio “made in China”, Le Courrier : Quotidien Suisse Indépendant,  18-07-2006. http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=41838


Publié le 17 février 2010 par marlene dans Agriculture., Chine, Préjudice écologique, eau
Tags :: Agriculture., Chine, eau, pollution.

RAMSAR fête ses zones humides.

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Bonjour,

Le 2 février est la Journée mondiale des zones humides. Thème de l’année, « Les zones humides, la biodiversité et les changements climatiques». Ce jour commémore la signature de la Convention RAMSAR, signée en 1971 dans la ville iranienne du même nom, située au bord de la Mer Caspienne. Et chaque année, organismes gouvernementaux, ONG, ou associations de citoyens, en profitent pour rappeler l’importance des zones humides. Une zone humide est une région où l’eau détermine un milieu naturel, faune et flore associées. La Convention de RAMSAR, qui veille à l’équilibre et à l’utilisation rationnelle de ces écosystèmes, en dresse un catalogue plus imagé: « marais et marécages, lacs et cours d’eau, prairies humides et tourbières, oasis, estuaires, deltas et étendues à marée, zones marines proches du rivage, mangroves et récifs coralliens, sans oublier les sites artificiels tels que les bassins de pisciculture, les rizières, les réservoirs et les marais salants. ».  Au total, de la toundra aux tropiques, les zones humides couvriraient environ 6% de la surface de la terre. Ces étendues d’eau  rendent de sacrés services aux populations qui vivent à proximité. Elles constituent une source d’eau fraîche. Elles déterminent une vie économique qui mêle pêche, agriculture, production de bois, ou tourisme. Elles portent une mémoire collective, née de la gestion commune d’écosystèmes, aux paysages et aux animaux très particuliers. Beaucoup de zones humides, aménagées et exploitées, ne sont plus des espaces naturels. Et beaucoup de zones humides, colonisées par la ville, l’industrie, les routes, les marinas, dénaturées par la pollution, commencent à ne plus ressembler à grand-chose. La Convention RAMSAR a  établi une liste impressionnante de sites d’intérêt international à préserver, pas moins de 1886, un tour du monde qui part d’Albanie, ordre alphabétique oblige, pour finir en Zambie. Une liste où pays riches, USA, Canada, Japon, Royaume-Uni, France, cotoient les pays pauvres, Ghana, Kenya, Madagascar, Thaïlande, ou Vietnam. A chaque modèle de développement, son processus de dégradation. La Convention, qui visait un réseau international de 2500 zones humides en 2010, devra encore collecter quelques signatures….

M.J

http://www.youtube.com/watch?v=BvEkGj9jrjk


Publié le 2 février 2010 par marlene dans Actualité, Biodiversité, Développement durable, eau
Tags :: journée des zones humides., RAMSAR

le Delta du Nil, face à la Méditerranée.

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Bonjour,

D’ici une dizaine d’années, le Delta du Nil pourrait être noyé par les eaux de la Méditerranée. Cet avis de menace sur le Delta du Nil et le Nord de l’Egypte, maintes fois formulé par le passé, est réactualisé par l’IRIN (Integrated Regional Information Network), un organisme rattaché à l’ONU. Une Méditerranée plus haute d’un mètre vers la fin du siècle, version pessimiste, baignerait les villes assises au bord du Delta, dont Alexandrie et Port Saïd, noierait des terres fertiles, et chasserait des millions d’Egyptiens. Cette incursion marine provoquerait une infiltration d’eau salée dans les nappes phréatiques. Pendant ce temps, la Méditerranée continue de monter, deux centimètres par an depuis une décennie. En face, une bande côtière exposée à moins de deux mètres du niveau de la mer, mal protégée par un cordon littoral qui s’érode.

Assouan.

Le Delta du Nil est l’embouchure de ce long fleuve qui prend sa source dans la région équatoriale du Lac Victoria, traverse plusieurs milliers de kilomètres de désert et une dizaine de pays, avant de finir sa course en zone semi-aride. L’un des plus longs fleuves du monde, près de 6800 kilomètres, record partagé avec le fleuve Amazone, né de la rencontre du Nil Blanc et du Nil Bleu, est un fleuve paresseux. Son débit annuel est faible. Il draine peu d’alluvions. En partie responsable, le barrage d’Assouan, mis en eau en 1964. Depuis près d’un demi-siècle, l’ouvrage destiné à produire de l’électricité et à tempérer les crues du Nil, retient une grosse partie des sédiments qui pourraient engraisser l’embouchure du Delta. D’autres s’accumulent dans l’immense réseau des canaux d’irrigation. L’embouchure du delta est ainsi privée de ces limons qui pourraient le renforcer, et lui permettre de résister aux agressions de la mer. La ceinture de sable, qui le protégeait du littoral, est en mauvais état. A Damiette et à Rosette, là où le fleuve accède à la Méditerranée, les plages reculent sous l’effet des courants marins. Facteur aggravant, le Delta s’enfonce sous son poids. Réponse partielle, le gouvernement égyptien a déjà attribué 300 millions de dollars pour ériger des murs de béton destinés à protéger les plages d’Alexandrie. L’Egypte prévoit encore d’aménager une partie du littoral pour contrer l’avancée de la Méditerranée, avant de faire appel à l’aide internationale, faute de moyens. L’UNEP et le GRID ont cartographié l’impact d’une Méditerranée plus haute de 50cm et d’1 mètre.

Démographie.

Le Delta du Nil, qui associe l’eau et les terres fertiles, est l’une des plus anciennes régions de culture intensive. Aujourd’hui, la région du Delta produit près de la moitié de l’agriculture du pays, blé, riz, bananes, et détient environ 60% de la réserve nationale de poissons. Cette zone humide généreuse est aussi une zone à forte population. Les densités, 1000 habitants au kilomètre carré en moyenne dans les zones rurales, grimpent parfois jusqu’à 1500 ha/km². Cette démographie souligne la vulnérabilité du Delta en cas de submersion, même partielle. Une étude de la banque Mondiale (2007) estime qu’une Méditerranée plus haute d’un mètre vers 2020 noierait environ le quart du du Delta, et déracinerait 10% de ses habitants. La démographie – on prévoit 160 millions d’habitants en Egypte vers le milieu du siècle, soit une population multipliée par 2 – pose aussi la question de la sécurité alimentaire dans la région du Delta, enserré entre mer et désert, et en Egypte. Pendant que la population augmente, le débit du Nil se réduit, les agriculteurs voient déjà leurs terres gagnées par le sel. Le Nil, encore souillé par les engrais, les rejets industriels, et les villes, pose aussi la question de l’eau. En 2017, les ressources en eau de l’Egypte devraient être inférieures à ses besoins. Les plus pauvres sont déjà privés d’une eau absorbée par les projets de développement urbain.

http://www.youtube.com/watch?v=DffCPENJxHw

Et l’on reparle d’un risque de conflit pour un fleuve qui attise la convoitise des dix pays, situés en amont. Ils demandent la révision de l’accord de 1929, entre la Grande Bretagne et l’Egypte, un texte qui favorise l’Egypte. L’Egypte, qui ne dispose que du Nil pour ses ressources en eau douce, qui voit sa population augmenter, ne tient pas beaucoup à une redistribution des eaux de « son » fleuve.

M.J

Sources :

« Egypte : Menace sur la région du Delta », IRIN, 12-10-2009.

http://www.irinnews.org/fr/ReportFrench.aspx?ReportId=86485

« Le réchauffement, une menace pour le Delta du Nil », A/P- Radioactif, 29 aöut 2007

http://www.radioactif.com/nouvelles/nouvelle-rechauffement_menace_pour_delta-28573-12

« le delta du Nil : enjeux et limites du contrôle territorial par l’Etat », Sylvie Fanchette, pp 167-189 in « Menaces sur les Deltas », Hérodote, 2°trimestre 2006, N°121.

« Le Delta du Nil, la fin du miracle », collection: Rivages – Un film de Luc Riolon

2008 – France – 43 minutes – HDCam

http://www.film-documentaire.fr/Delta_du_Nil_-fin_du_miracle.html,film,21264


Publié le 12 octobre 2009 par marlene dans Climat, Elevation des mers., eau
Tags :: Delta du Nil, Méditerranée., menace

Kowanyama, “the place of many waters”.

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Bonjour,

L’élévation du niveau de la mer menace certaines îles du Pacifique, Tuvalu, Kiribati, ou Vanuatu. Elle expose de grandes métropoles côtières, Bombay, Shangaï, Osaka-Kobe, ou New-York. Mais elle inquiète aussi une petite communauté aborigène, retranchée dans un confin nord de l’Australie des tropiques et des moussons.  A Kowanyama, petite bourgade située près des côtes du Golfe de Carpentarie, une montée des eaux interdirait un territoire ancestral.

« The place of many waters. »

« Quand tout l’océan va arriver et monter, où est-ce que nous allons aller ? » s’interroge un vieil Aborigène de Kowanyama, qui vit dans cette communauté d’un millier d’habitants installée dans la péninsule du Cap-York, au nord de l’Etat du Queensland. (1) . « Kowanyama », en langue vernaculaire signifie « The place of many waters », un endroit où les eaux abondent. Kowanyama, arrosée par les orages précoces d’octobre qui annoncent la mousson d’été, et ses inondations, est installée dans le grand delta du fleuve Mitchell, à une vingtaine de kilomètres des côtes du Golfe de Carpentarie (2). Depuis la nuit des temps, les trois communautés aborigènes de  Kowanyama, les Koomnjena, les Kunjen, et les Kokobarra,  tirent parti des moussons qui noient la plaine, de l’eau douce des rivières, et de l’océan. Mais ils dépendent surtout des écosystèmes d’eau douce pour boire, chasser, et creuser des puits. Dans cette région, l’équilibre entre l’eau salée et l’eau douce, qui a donné vie à cette terre aride, est fragile. Une élévation du niveau de la mer dont les eaux envahiraient les écosystèmes d’eau douce, entraînant une salinisation des milieux, bouleverserait cet équilibre. « Chaque année, la marée arrive et monte plus haut. Si elle envahit les marais, cela va tuer toutes les plantes, dénaturer les voies d’eau » ajoute un ranger qui travaille au sein de la communauté. (1) Pendant la saison des pluies, et les inondations qui baignent le grand delta du fleuve Mitchell, l’eau douce n’est qu’à trois kilomètres de la mer. Facteur inquiétant, les scientifiques prédisent une élévation du niveau de la mer plus importante sur les côtes australiennes. L’océan pourrait grignoter de 20 à 60 mètres de plages.

L’eau, source spirituelle.

A Kowanyama, l’eau nourrit aussi la vie spirituelle des Aborigènes. Les moussons signalent l’arrivée de Nhawrr Yirrpa, le serpent arc-en-ciel qui apporte la vie en inondant la terre. Les Aborigènes sont très enracinés sur ce bout de terre, confisqué par les missionnaires au début du XX° siècle. Ils commencent à y revenir dans les années 40. Mais le grand retour a lieu dans les années 90, après que l’Etat du Queensland leur ait concédé la gestion de leur territoire, et l’accès aux ressources naturelles. Ils y retrouvent la terre des Anciens, la mémoire de ce territoire, et ses légendes. Il y a bien longtemps, Kitechawk, un ancêtre aborigène a construit un grand mur de pierre pour protéger la terre et ses habitants des inondations saisonnières. Pendant ce temps, un autre ancêtre, perroquet celui-là, érigeait des dunes pour protéger son peuple des avancées de la mer. Des fétiches, enfouis dans le sable, renferment la connaissance intime de cette terre. Le changement de régime des eaux, la montée de l’océan, la violence des marées, menace d’engloutir les symboles et les légendes qui déterminent l’identité des Aborigènes de Kowanyama. Privés de cette mémoire, que deviendront-ils ?

Reportage, en Anglais, sur cette petite communauté coupée du monde pendant la saison des pluies. Les « road-trains », qui viennent de Darwin chaque semaine pendant  la saison sèche pour apporter des victuailles, ne passent plus sur les pistes inondées. Six mois d’isolement qui commencent parfois avec les premiers orages d’octobre.

http://www.youtube.com/watch?v=Wwpth6nAJcs

(1) « Sea level rise in Kowanyama”, Ameyali Ramos Castillo, 19-01-2009 http://ourworld.unu.edu/en/sea-level-rise-in-kowanyama/

(2) Kowanyama, Queensland. Wikipedia. http://en.wikipedia.org/wiki/Kowanyama,_Queensland

Video: United Nations University (UNU) Channel.



Publié le 6 octobre 2009 par marlene dans Australie aborigène., Climat, eau
Tags :: Aborigènes, Australie, élévation océans, Kowanyama.

Agrocarburants, boire ou conduire ?

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Bonjour,

Agrocarburants: boire ou conduire ? C’est la question posée par une étude américaine de la Rice University de Huston, intitulée ‘The Water Footprint of Biofuels : a Drink or Drive Issue ?”(1) Selon cette équipe de chercheurs, l’extension de cultures destinées à produire des agrocarburants pourrait affecter les ressources en eau, et dégrader la qualité des nappes souterraines. Cette étude met l’accent sur l’énorme quantité d’eau avalée par cet agro -business, et par la pollution aquifère occasionnée par l’emploi de fertilisants, de pesticides, et autres produits chimiques. Elle encourage donc les dirigeants à se soucier un peu plus de «l’empreinte -eau » laissée par ces cultures à grande échelle. Cette « empreinte -eau » résume deux inconvénients majeurs. Les pénuries liées à une explosion des cultures, nécessitant toujours plus d’irrigation. Et la pollution croissante de l’eau occasionnée par le drainage des produits chimiques employés, sans oublier l’érosion des sols. (2)

Une consommation d’eau différenciée.

Aux Etats-Unis, leader mondial d’agrocarburants principalement issus du maïs, la production a explosé au cours de la dernière décennie. Elle est passée de 1,7 milliards de gallons en 2001 à 3,9 en 2005, pour atteindre les 9 milliards en 2008. (3) (4) La consommation d’eau a suivi. Elle aurait augmenté de 246% entre 2005 et 2008. (5) Si les besoins en eau pour faire pousser ces plantes sont généralement élevés, ils ne sont pas les mêmes selon les conditions environnementales, les pratiques agricoles, et les variétés de culture. Et selon les Etats. D’après le rapport de la Rice University, Au Nebraska, il faut 50 gallons d’eau pour irriguer le maïs nécessaire à produire le carburant qui fera avancer une voiture, de consommation moyenne, d’un mile. Quand il n’en faudra que 23 dans le Nevada, toujours pour un carburant à base de maïs. Mais, au Texas, il faudra 115 gallons d’eau pour arroser le sorgho, qui produira la même quantité d’éthanol. (2)

Une plante moins assoiffée.

Les auteurs du rapport de la Rice University , qui trouvent cependant de bonnes raisons pour continuer à produire des carburants d’origine végétale, moins de pétrole importé et sources d’énergies diversifiées, brossent le portrait de la plante idéale. C’est simple. Elle devra être moins assoiffée, moins gourmande en pesticides, fertilisants, et autres substances chimiques. Il s’agira donc de trouver les plantes adaptées aux conditions environnementales locales, avec la pluie comme mode d’irrigation. C’est-à-dire, qu’il faudrait oublier le maïs dans les régions où il s’adapte mal. Mieux, le rapport propose l’option « Panic Raide », une céréale sauvage qui pousse en abondance aux Etats-Unis, et qui pourrait produire de l’éthanol. D’autres solutions à base de cellulose, déchets agricoles et forestiers, devraient être exploitées. Avantages majeurs, une matière première importante disponible un peu partout sur le territoire américain, sans les pressions environnementales. Moins de terres agricoles, moins de produits chimiques, et moins d’eau. Argument écologique complémentaire, utiliser le carburant là où il est produit (2)

Un nouvel équilibre.

La relation entre la production massive d’agro-carburants et les besoins en eau fait débat. En août 2007, à Stockholm, lors de la Semaine Mondiale de l’Eau, des experts avaient craint que le développement de la bioénergie absorbe des ressources indispensables au développement de l’agriculture vivrière. Avertissement repris par les chercheurs de la Rice University. Pedro Alvarez, le rédacteur du rapport, rappelle que pour produire un kg de pain, il faut 1000 litres d’eau, et 10.000 pour un kg de viande. La démographie planétaire renforce l’argument. Selon lui, dans un monde plus peuplé, les décideurs devront réglementer l’usage de l’eau, en fonction des besoins de l’agriculture et de l’élevage. Alvarez parle d’un nouvel équilibre: consommer moins de pétrole, sauver les revenus des fermiers, tout en préservant l’eau indispensable à l’agriculture. (6)

M.J

“Ethanol, the inconvenient truth”, l’eau et bien d’autres défauts…

http://www.youtube.com/watch?v=jV-vSTCln4Y


(1) Introduction au rapport: http://cohesion.rice.edu/centersandinst/shellcenter/research.cfm?doc_id=11975

(2) « Rice U. researchers ask if biofuels will lead to a ‘drink or drive’ choice – Report weighs balancing biofuels and water resources », June 2009, http://www.rice.edu/nationalmedia/news2009-06-12-biofuelandwater.shtml

(3)  Wipedia. http://en.wikipedia.org/wiki/Ethanol_fuel_in_the_United_States

(4) 1 US gallon = 3,785 litres.

(5) « Bioproducts and Biosystems Engineering », Y. Chiu, B. Walseth, S. Suth, Univerrsité du Minnsota, in « Biocarburants : une soif qui pèse sur les reserves des Etats-Unis », BE Etats-Unis 162, 17-04-2009. http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/58699.htm

(6) “Researchers Say Increased Biofuel Production Could Harm Water Resources”,Greg Flakus, VOANews.com, Houston, 23 June 2009 http://www.voanews.com/english/2009-06-23-voa62.cfm


Publié le 29 juin 2009 par marlene dans Actualité, Non classé, biocarburants, eau
Tags :: agrocarburant, eau, USA

BAD barrages.

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Bonjour,

La Banque asiatique de développement (BAD) s’inquiète des conséquences de la crise financière pour l’économie des pays asiatiques. Elle s’engage à tripler son capital pour financer des infrastructures, afin de booster les économies locales, et réduire la pauvreté. Cette réponse à la crise, défendue à Bali début mai, lors de la réunion annuelle de la BAD, rencontre un front d’opposition. Des ONG internationales, surtout originaires du voisinage asiatique, et des organisations locales, association de fermiers et de femmes, environnementalistes et anti-dettes, syndicats de mineurs et de pêcheurs, ne partagent pas cette vision du développement. (1) Pour ce front de résistance qui a fait le déplacement jusqu’à Bali, les grands travaux alimentent la dette des pays engagés. Ils bouleversent l’environnement et déplacent les populations concernées par ces projets, sans vraiment répondre à leurs besoins. Le barrage du West-Seti – une région située au Nord-Ouest du Népal – illustre l’inclinaison de la BAD à financer de gros travaux inadaptés.(2)

De l’électricité destinée à l’Inde.

Avec un système fluvial aux débits rapides, le Népal est un peu l’Eldorado pour les barrages. 90% de l’électricité népalaise vient de ses ressources hydriques. Le gouvernement veut aussi exploiter ce potentiel pour alimenter ses puissants voisins gourmands en énergie, l’Inde ou la Chine. Il cherche des investisseurs pour financer ces gros travaux. La BAD, la China Exim Bank, l’une des banques chinoises impliquées, et quelques investisseurs privés, misent sur un ouvrage qui ne fait pas l’unanimité. La société civile népalaise, appuyée par un réseau international, s’oppose à un ouvrage qui devrait avaler plus de 2300 ha de terres cultivables, de forêts, de prairies, bouleverser les écosystèmes, et déplacer plus de 10.000 personnes, dont la plupart re-installées hors de leurs terres d’origine. Le bénéfice sera pour l’Inde, qui devrait importer 90% de l’électricité produite par le barrage du West-Seti. Les impacts négatifs du projet ne sont pas pris en compte par le gouvernement népalais, qui a donné son feu vert. La BAD semble également ignorer les conséquences environnementales et humaines de cet aménagement, pourtant peu conformes aux recommandations de la Commission mondiale sur les Barrages, un organisme de contrôle indépendant. (3) A Bali, le NGO Forum on ADB, une organisation qui pousse la BAD à devenir plus vertueuse, a dénoncé : « La banque collectionne les antécédents de grandes infrastructures qui déplacent massivement des populations pauvres, détruisent les forêts et les systèmes fluviaux dont ces communautés dépendent ». (2)

Le prix du kilo de poissons.

Selon International River Network, une ONG américaine qui protège les bassins fluviaux et les populations asociées, le Népal a déjà connu un précédent avec le barrage d’Arun III. En 1995, la Banque mondiale s’était retirée d’un projet qui ne répondait pas aux besoins énergétiques d’un pays pauvre. Et dont les populations, isolées, avaient peu de chance de bénéficier du réseau électrique. En Asie du sud-Est, International River s’intéresse au bassin du Mékong, source de vie et de protéines pour 60 millions de personnes. Et espace convoité pour les bâtisseurs de barrages. La BAD y porte le développement du réseau électrique. La Chine, le Laos, le Vietnam, le Cambodge, ou le Myanmar (Birmanie) projettent une série d’aménagements sur le cours principal du Mékong, et ses affluents, au risque de bouleverser les paysages et leurs équilibres, sans grand profit pour les populations. En Chine, la cascade d’ouvrages installés sur le Haut-Mekong, dans la province du Yunnan, a perturbé les rythmes du fleuve, avec des conséquences sur la réserve halieutique, et 20 millions de personnes. (4) Au Laos, le projet hydro-électrique de Theun-Hinboun, porté par l’ADB, a paupérisé 30.000 personnes, les privant d’une source de revenus. (5) En 2008, l’organisation américaine pointe le mauvais rapport « coûts-bénéfices » des barrages de Kamchay et de Stung Atay, au Cambodge. Sous prétexte d’apporter de l’électricité à un pays qui en manque, les deux ouvrages vont déraciner des populations et inonder des forêts protégées. Les Chinois, qui profitent de l’intérêt des autorités cambodgiennes pour l’hydro-électricité, ont largement financé des projets, aux études d’impact incertaines.(6) De son côté, la BAD mise sur un Cambodge « importateur d’électricité », avant de devenir « exportateur ». (7) Au Vietnam, la BAD a prêté 196 millions de dollars pour développer un projet hydro-électrique dans le centre du pays, communautés déplacées et inquiétudes pour la reproduction des poissons. (8) Sur le Forum de discussion de Khmer-network, on peut lire : « Savez –vous ce que coûte un kg de poissons quand il n’y en a plus ? » (7)

Une résistance locale, des réseaux transnationaux.

En Asie, ou ailleurs, les grands barrages témoignent de conflits d’intérêts qui opposent bailleurs de fonds, décideurs, et bâtisseurs, aux populations malmenées par ces grands travaux. Les premiers s’accrochent à une vision du « développement » qui passe par la maîtrise des fleuves, le béton, et l’électricité. Sans oublier leurs intérêts financiers. Les autres aspirent à préserver un milieu qui les accueille et les nourrit depuis des générations. La résistance locale à ces grands travaux, qui a émergé dans les années 80, est aujourd’hui portée par une opposition transnationale, qui via les réseaux et internet, se fait de plus en plus entendre. Ils étaient environ un millier à Bali.(1)

M.J

Exemple au Myanmar…

http://www.youtube.com/watch?v=gw6tfL034YQ

(1) Indonesian Indian Farmer (SPI), Women’s Union, Friends of the Earth Indonesia (WALHI), Anti-Debt Coalition, People’s Coalition for Fisheries Justice, mining Advocacy Network…« NGOs plan protest at ADB’s Bali meeting”, The Jakarta Post,May 12, 2009, http://www.thejakartapost.com/news/2009/04/15/ngos-plan-protest-adb%E2%80%99s-bali-meeting.html

(2) « ADB head : Asia must tackle poverty, climate change”, Stephen Wright, Associated Press, 05-04-2009. http://www.syracuse.com/newsflash/index.ssf?/base/business-5/1241425437317650.xml&storylist=new_topstories

(3) International River Network, http://internationalrivers.org/en/south-asia

(4) New Scientist, mai 2004.

(5) International Rivers http://www.internationalrivers.org/en/southeast-asia/laos/theun-hinboun

(6) AFP, 29 Janvier 2008, http://www.khmer-network.com/forum/sujetKN-6291.html

(7) http://www.khmer-network.com/forum/sujetKN-6291.html

(8) Romandie News / AFP, 27 juin 2008. http://www.romandie.com/infos/news2/080627050428.ob6ow77y.asp


Publié le 19 mai 2009 par marlene dans Actualité, Developpement, Préjudice écologique, eau
Tags :: Asie, BAD, Barrages

Eau et corruption.

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Bonjour,

Le Forum de l’eau vient de se terminer à Istanbul, en Turquie. L’eau, qui est un ” droit humain “(1), est source d’inégalités entre les hommes. Le quart de l’humanité n’a pas accès à l’eau potable. Et 40% doit se débrouiller avec ses eaux usagées. (2) L’eau, qui peine à s’imposer comme une priorité politique – l’un des objectifs de ce Forum organisé tous les trois ans-, est pourtant source de profits et de marchandages pas toujours très clairs. La corruption liée à la gestion de l’eau, thème abordé à Istanbul, a aussi fait l’objet d’un rapport de Transparency International .(2) L’ONG dénonce cette corruption qui contribue à polluer les cours d’eau, à assécher les nappes phréatiques, à réduire les récoltes, ou à choisir des infrastructures démesurées.

En Chine, l’argent destiné à la gestion de l’eau et au respect des normes environnementales serait, en partie, détourné par des fonctionnaires. Cette pratique contribuerait à expliquer l’état de la ressource dans les villes chinoises. D’après Transparency International, 90% des nappes aquifères et 75% des rivières y sont polluées. L’agriculture, qui consomme 70% de la ressource mondiale, signale encore mauvaise répartition et corruption.(2)Au Mexique, 70% des subventions destinées à l’irrigation, qui conditionne les récoltes, va surtout dans la poche des gros producteurs. Les autres, dont la vie dépend des champs, n’ont plus qu’à attendre les pluies. Transparency International rapporte que ce détournement des eaux par les plus riches, qui prive les nappes phréatiques et les pauvres, est un scénario habituel dans les campagnes d’Amérique et d’Asie. En Inde, la corruption augmenterait de 25% le coût des contrats d’irrigation.

Dans les pays en voie de développement, la corruption plombe de 30 à 40% la facture du raccordement à un réseau formel de distribution d’eau. A Manille, aux Philippines, il faut débourser trois mois d’un petit salaire pour profiter de l’eau courante. En Afrique subsaharienne, l’eau est appelée à devenir un luxe pour les deux-tiers des familles. (2) Et quand le réseau officiel, corrompu et trop cher, devient inaccessible aux plus pauvres, des distributeurs, moins officiels, interviennent. En Equateur et au Bengladesh, des mafias de l’eau contrôlent des territoires urbains, souvent ceux des familles les plus démunies. L’enquête de Transparency International souligne un paradoxe. Les habitants des quartiers pauvres de Jakarta, de Nairobi, de Manille, ou de Lima, ont souvent une facture d’eau plus élevée qu’un Londonien ou un New-Yorkais. Mais la corruption n’est pas réservée aux pays pauvres. En Europe, en Amérique du Nord, ou au Japon, le marché de l’eau brasse beaucoup d’argent. Ce qui réveille les convoitises et les petits arrangements.

Retour en Chine, ou les détournements sont à la mesure des projets. Le rapport évoque le barrage des Trois Gorges.  Une partie des fonds destinés à reloger les personnes déplacées par la réalisation de l’ouvrage aurait été détournée. Pour la seule province du Hubei, l’équivalent de 23 millions d’Euros aurait disparu. En Chine ou ailleurs, le marché des centrales hydroélectriques et des barrages, est une invitation à la corruption. L’importance des capitaux destinés à leur construction, la complexité du processus de conception, ou la diversité des intervenants, multiplient les zones d’ombre. Et donc, les occasions de fraude.

« La corruption rend l’eau insalubre, inaccessible et coûteuse », signale le rapport de Transparency International. Cette plaie, qui s’articule à la crise de l’eau, s’annonce aussi difficile à combattre que la sécheresse. Ou le réchauffement climatique.

M.J

L’accès à l’eau en Indonésie

http://www.youtube.com/watch?v=vdzBrfbLl4s

(1) «L’accès à l’eau est un droit fondamental de l’homme». En 2002, le Comité des Nations Unies pour les droits économiques, sociaux et culturels reconnaît l’existence d’un « droit à l’eau ». Ce « droit à l’ea » est une condition préalable aux autres droits, santé, nourriture, logement. Ce « droit » est largement oublié dans les pays en développement, et dans les pays développés.

(2) « Rapport Mondial sur la corruption 2008 », Résumé executif, Transparency International. http://www.transparence-france.org/e_upload/pdf/gcr2008_bookmarked_and_executive_summary_embargo.pdf

(3) Rapport mondial « l’eau dans un monde qui change », présenté en introduction au Forum d’Istanbul par le directeur général de l’UNSECO, Koïchiro Matsuura. http://www.unesco.org/water/wwap/index_fr.shtml


Publié le 23 mars 2009 par marlene dans eau
Tags :: corruption, eau, Transparency International

L’Afrique unie par ses fleuves ?

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Bonjour,

Dans une interview accordée à RFI, Mohamed Salem Merzougest (1) développe une perspective intéressante pour construire l’unité du continent africain. Ce vieux rêve politique, formulé dans le sillage des indépendances, sans cesse différé, pourrait permettre à l’Afrique de s’affirmer, et de défendre ses intérêts sur la scène internationale. Mohamed Salem Merzougest, qui vient de publier «L’Africanisme solidaire » (2), mise sur une construction géopolitique, via une gestion commune et équilibrée des fleuves transfrontaliers. Membre de l’OMVS – l’Office de Mise en Valeur du Fleuve Sénégal -, il s’appuie sur l’expérience plutôt réussie de la synergie entre la Guinée, le Mali, la Mauritanie, et le Sénégal, pour construire le barrage de Manantali. Et pourquoi ne pas élargir la formule d’une solidarité régionale, économique et humaine, basée sur la gestion de l’eau. Le continent africain compte une soixantaine de bassins transfrontaliers qui pourrait servir cette vision géopolitique. En Afrique de l’Ouest, 28 bassins fluviaux – soit 71% du territoire de la sous -région – chevauchent les frontières.(3) Cette ressource commune fait souvent l’objet d’une coopération. Entre les quatre pays qui gèrent le fleuve Sénégal, avec l’OMVS. Ou ceux, parfois les mêmes, impliqués dans la maîtrise du fleuve Gambie, la Gambie, la Guinée, la Guinée –Bissau, et le Sénégal (OMVG/ Office de Mise en valeur du fleuve Gambie). Le Bassin du Fleuve Niger, qui traverse 9 pays – Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Tchad, Cote d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Nigeria – et arrose environ 100 millions de personnes, est valorisé par l’Autorité du Bassin Niger (ABN). Une gestion complexe. Les réserves d’eau douce du Lac Tchad, communes au Niger, au Nigeria, au Cameroun et au Tchad, dont les fleuves Chari et Komadugu sont tributaires, sont gérées par la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT). Mais cette coopération régionale n’élude pas des différends entre les Etats. Certaines tensions s’expriment d’ailleurs ouvertement. La gestion des eaux du Nil, qui oppose l’Egypte à son voisinage, notamment le Soudan et l’Ethiopie, serait plutôt facteur de conflits que d’intégration régionale.(4) Sur le fleuve Congo, un gigantesque projet de barrage hydroélectrique qui pourrait alimenter les voisins de la République démocratique du Congo, éclairer 500 millions d’Africains et faire tourner nombre d’industries, bel exemple de coopération régionale sur le papier, rencontre l’opposition de la population de la RDC, laissée dans le noir par deux précédents barrages. Peu importe les tensions et les contre-exemples, Mohamed Salem Merzougest préfère parier sur un partage des eaux porté par des intérêts communs, source de richesse partagée entre les Etats. Cette vision panafricaine, sans doute idéaliste, a l’avantage de s’appuyer sur la réalité géographique des bassins transfrontaliers. La ressource ne manque pas, reste à négocier une solidarité régionale, pour tendre vers une intégration continentale. Toujours d’actualité.

M.J

(1) « Afrique : Projet des Etats-Unis d’Afrique », Le Potentiel, 12 mars 2009, http://fr.allafrica.com/stories/200903120361.html

(2) « L’AFRICANISME SOLIDAIRE », Sur les quais de l’espérance, Mohamed Salem Merzougest, Editions L’Harmattan, 2009 http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=27315

(3) « Bassins versants transfrontaliers en Afrique occidentale », Sylviane Tabarly,
d’après l’Atlas de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest , Géoconfluences, http://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/typespace/frontier/FrontDoc.htm

(4) » Les enjeux actuels du partage du Nil entre craintes égyptiennes et rancœur éthiopienne », Frédéric Lasserre, Département de Géographie, Université de Laval, 2003, http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2003/lasserre2/article.htm


Publié le 17 mars 2009 par marlene dans Afrique - Environnement., eau
Tags :: fleuves, frontières

Cette eau qui voyage….

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Bonjour,

Dans un chapitre intitulé « La logique du sushi » (1), Erik Orsenna, encore lui, introduit la notion « d’eau virtuelle ». Cette source, difficile à localiser car toujours en mouvement, difficile à quantifier car trop éclatée, a pourtant une réalité. C’est « l’eau contenue dans les marchandises », définition de J.A Allan, concepteur de cet outil imaginé dans les années 90. « L’eau virtuelle » convertit les récoltes et les biens industriels en quantités d’eau consommées pour les produire. Exemples. Pour produire un kilo de bœuf, il faut 16.000 litres d’eau, un kilo de poulet équivaut à 3.500 litres, un kilo de riz vaut 2.500 litres, 1.500 litres pour un kilo de sucre de canne, 1000 litres pour un kilo de farine, et 850 pour un kilo de maïs. (2) Cette conversion, qui prend son eau dans les lacs, les rivières, les nappes de surface et phréatiques, sans oublier la pluie, est particulièrement sévère pour la viande, les produits laitiers, le sucre, et le coton, qui puise l’équivalent de 120 litres d’eau par jour et par personne au niveau mondial. (3) Attention à nos ti-shirts, et à notre régime alimentaire. Un consommateur de viande absorbe aussi, indirectement, environ 4000 litres d’eau par jour. Quand 1.500 litres suffisent à produire un régime végétarien.(4) « L’eau virtuelle », un concept qui paraît simple. Ce qui complique un peu l’idée, c’est que les marchandises voyagent. La ressource suit.

Des pays importateurs qui économisent leur ressource.

Au cours des 40 dernières années, le commerce d’eau virtuelle, porté par les échanges agricoles, a régulièrement augmenté. Environ 16% de la ressource d’eau douce utilisée dans le monde sert à produire des marchandises, cultures vivrières en tête, qui ne seront pas consommées sur place. Et dans ce marché international, il y a les pays exportateurs, et les pays importateurs. En tête des importateurs, Asie centrale et du Sud, Europe occidentale, Afrique du Nord, et Moyen-Orient. Les principaux exportateurs, le continent américain, le Sud-Est asiatique, et l’Océanie. (4) Ce classement ne reflète pas forcément les niveaux de développement de chaque pays. Pour faire simple, côté exportateurs, des politiques agricoles généreuses en subventions, USA ou Europe de l’ouest, favorisent des marchandises bon marché. Côté importateurs, il s’agit souvent de satisfaire une forte demande en produits agricoles, conséquence d’une grosse population à nourrir, ou d’une dépendance en importations alimentaires. Les pays exportateurs puisent donc dans leurs propres ressources en eau douce pour satisfaire ce commerce. Pour les Etats-Unis, principal exportateur d’eau virtuelle sur le marché international, ce prélèvement correspond au tiers des ressources du pays.(4) Pour les pays importateurs, cette eau reste virtuelle, puisque pompée ailleurs. La Jordanie, qui limite ses exportations gourmandes en eau, importe jusqu’à 90% de ses besoins domestiques. (4) Ce qui est sous-entendu, mais ce que ne dit pas toujours ce commerce international de l’eau virtuelle, c’est que les réserves d’eau douce sont inégalement réparties à l’échelle mondiale. Question de géographie, et question de climat.

Une géographie des pressions sur la ressource.

Ce concept d’eau virtuelle ouvre quelques perspectives économiques et environnementales. Les pays qui manquent d’eau ont tout intérêt à importer des produits agricoles à bas prix, cultivés ailleurs. Pourquoi produire du riz quand l’eau, rare et chère, en augmente le prix, si cet aliment, disponible ailleurs, est bien meilleur marché ? Ces pays, soumis à régime sec, peuvent employer leur ressource pour satisfaire d’autres besoins. Les spécialistes s’interrogent encore sur le rôle de ce marché parallèle de l’eau pour les pays en développement, ou à la ressource limitée. Contribue-t-il à stimuler une agriculture locale, moins d’importations et moins de dépendance au marché alimentaire mondial ? Ou freine-t-il le développement agricole de certains pays, pour lesquels il est devenu si facile de se servir ailleurs. Sur le plan environnemental, ce concept donne accès à « l’empreinte eau » de chaque pays, l’équivalent de « l’empreinte écologique ». Il suffit d’additionner le volume d’eau destiné aux besoins internes d’une population, usages domestiques et produits de consommation, d’y ajouter le volume d’eau virtuelle importé avec des marchandises venues d’ailleurs, et d’y soustraire le volume nécessaire pour produire les denrées qui partent au-delà des frontières. Un calcul pas si simple. Reste un outil qui permet d’apprécier l’impact environnemental de certaines techniques de production, et de certaines habitudes de consommation. Il permet encore d’esquisser une géographie des pressions sur la ressource. Cette « eau contenue dans les marchandises », qui soulage la ressource des pays importateurs, peut entraîner la dégradation des hydro-systèmes des pays exportateurs.

Un outil complexe, deux évidences.

Ce concept, qui rend plus lisible la géographie mondiale de l’eau – consommation réelle, pressions sur la ressource, architecture des flux mondiaux, dépendance à l’offre alimentaire, mise en lumière des zones sensibles – peut orienter une politique internationale, et nationale. Israël choisit de ne pas exporter sa ressource, via des produits très assoiffés. La Chine, et sa démographie, travaillent à une autosuffisance alimentaire. (4) C’est un outil complexe qui livre au moins deux évidences, l’intime relation entre l’eau et l’agriculture, et l’importance de la ressource locale, qui débarrassée de l’adjectif «  virtuel », voyage mal.

M.J

http://www.youtube.com/watch?v=DaxTNjCnlqc

L’idée, c’est de continuer à fouiller ce concept. D’abord, un rapport des Nations Unies, « Faits et Chiffres, L’eau virtuelle : 2003, Année Internationale de l’Eau Douce » – qui m’a permis de récolter des données ( 4) , et qui cite ses sources. Ce document date un peu, 2003. Ensuite, un article de l’inventeur du concept, « Les dangers de l’eau virtuelle » de J.A. Allan, Professeur à l’Ecole des études orientales et africaines, à l’Université de Londres, publié dans le Courrier de l’UNESCO, 1999. Cet article, exploite l’aspect géopolitique de la question, avec des données chiffrées par pays. Même remarque, elles datent un peu. Données plus récentes dans le « Rapport Planète Vivante 2008 » du WWF (3), assorties de graphiques (pp 18 – 21). Et beaucoup plus sympa, « la logique du sushi » (1), « L’avenir de l’eau », Erik Orsenna, Fayard, 2008, pp 393-395

(2) « L’eau pour tous / Eau virtuelle ». Exposition Cité des Sciences et de l’Industrie – Eau virtuelle Graphique / Inforessources.


Publié le 25 novembre 2008 par marlene dans Actualité, eau
Tags :: Alimentation, eau virtuelle, ressource

Erik Orsenna, emporté par les eaux….

2

Bonjour,

Erik Orsenna est parti en voyage, tout le monde le sait, deux ans passés à courir la planète pour enquêter sur « L’avenir de l’eau » (1), le titre de son carnet de route. Son périple commence par l’Australie, l’île-continent asséchée par de longues années sans pluie, et qui voit ses deux plus belles rivières, le Darling et le Murray, pompées par les fermiers et privées par des barrages, se tarir un peu plus. Et dans ce pays riche qui compte ses gouttes de pluie, un fermier désespéré se suicide tous les quatre jours. A Calcutta, l’eau est complice du choléra, cette bactérie qui voyage et prospère dans des quartiers surpeuplés, sans accès au robinet et sans réseau d’assainissement. Au Bengladesh, l’eau c’est le « flood », cette inondation qui puise sa force dans la langue anglaise et la mousson pour submerger les chars, ces îles provisoires du lit du Brahmapoutre. En Israël, la Mer morte agonise. Au Chili, on attrape le brouillard qui enveloppe les côtes du Pacifique dans de grands filets pour en récupérer les gouttelettes. Aux Etats-Unis, le Colorado pompé par l’agriculture et l’urbanisation, Los Angeles, Sans Diego, Phoenix, Tucson, s’épuise. A côté, Las Vegas, hôtels, casinos, et pelouses verdoyantes, détient le record mondial du gaspillage, 1000 litres par personne et par jour. Le Maghreb va terriblement manquer d’eau, prédiction du GIEC, en attendant on pompe dans la nappe phréatique du Sahara, qui n’est pas inépuisable. Et ce désert, que l’on croyait bien installé au nord du continent africain, traverse la Méditerranée, Barcelone manque d’eau. Au Sénégal, on rêve d’ensemencer les nuages avec de l’iodure d’argent pour récolter leurs précieuses gouttes sur le sol, mais les nuages ont aussi leurs humeurs.

Voyage d’écrivain, quelques personnages parcourent le récit. Ingrid, la sémiologue convertie à l’élevage en Australie, qui sait que le jaune, couleur de sécheresse, condamne son bétail. Nicolas Fornage, inspecteur de barrages, sillonne le monde pour en apprécier les impacts, il y a les productifs et les inutiles, question de géographie, de climat, et question politique. En Israël, Sammy Boussiba pense que les algues pourraient sauver l’humanité, à moins qu’elles ne la débarrassent des moustiques responsables du paludisme. Simha Blass, le génial inventeur de l’irrigation au goutte-à- goutte, connaissait déjà la valeur de la ressource. Sur les bords d’un Lac Tchad miniaturisé, la vache Kouri s’inquiète pour son avenir de nageuse. Le scarabée de Namibie a un don pour capter les gouttelettes nécessaires à sa survie, question de carrosserie. Au Bengladesh, en Israël, ou sur les hauteurs de l’Himalaya, l’eau devient géopolitique. Les guerres de l’eau ont de beaux jours devant elles, prédit Erik Orsenna, pression démographique explique. C’est peut-être en Chine que l’écrivain-voyageur bouscule le plus notre relation occidentale à la géographie, née d’un territoire tempéré, proportionné, et docile. La Chine, terre de démesure et de caprices, trop de pluies en été, trop peu d’eau au sud, un tiers des rivières polluées, une obsession des inondations, une tradition de grands travaux hydrauliques, et une vedette, le barrage des Trois Gorges sur le fleuve Yangtsé, 2310 mètres de long, 1,2 millions de personnes déplacées, et 600 km² de terres agricoles et de forêts noyées.(2) C’est aussi en Chine que l’on apprend que le plus grave à venir pour l’humanité n’est peut-être pas le manque d’eau, mais le manque de terres cultivables.

Erik Orsenna et l’eau, le voyage n’est pas vraiment fini puisqu’il continue sur son blog, beaucoup de petits textes à feuilleter. Avec en prime un pub pour son livre, une belle enquête qui donne envie de partir avec lui, une prochaine fois..Orsenna intervient encore sur le site de la Fondation Hulot, encore des histoires d’eaux.

M.J

(1) « L’avenir de l’eau » – Petit précis de mondialisation II, Erik Orsenna, Fayard, octobre 2008, 416 p.

(2) Wikipedia


Publié le 20 novembre 2008 par marlene dans Actualité, eau
Tags :: eau, Erik Orsenna, mondialisation
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