Agriculture mondiale: de l’eau, de la terre, et des options.
Bonjour,
Avocats du Chili, Kiwis de Nouvelle Zélande, haricots verts du Kenya, mangues du Brésil, poires d’Afrique du Sud, la terre qui produit ce que nous mangeons se trouve souvent à quelques heures d’avion. Y compris pour quelques denrées plus essentielles, les céréales ou le riz. A plus grande échelle, 16% de la population mondiale se nourrit de produits agricoles importés. Dans les pays d’Afrique du Nord, du Moyen Orient, ou d’Amérique andine, plus de la moitié de la population dépend de denrées produites à l’extérieur des frontières. Une étude menée par des chercheurs du Postdam Institute for Climate Impact Research, en Allemagne, examine la dépendance des pays au marché alimentaire mondial. (1) Quels pays sont capables de produire la nourriture consommée par leur population ? Et quels pays seront capables de le faire à l’horizon 2050 ? Cette recherche interroge la productivité agricole, l’évolution démographique, et le développement de l’agriculture en fonction des ressources en terre et en eau de chaque pays. L’étude n’intègre pas les effets du réchauffement climatique.
Bien que beaucoup de pays choisissent d’importer de la nourriture, 66 pays dans le monde n’ont ni les terres, ni les ressources eau suffisantes pour subvenir aux besoins de leur population. Dans une vingtaine de pays, c’est l’eau qui fait défaut. Et dans plus d’une soixantaine, c’est la terre qui manque. Certains pays sont proches des limites. Celle des terres disponibles au Bengladesh, en Egypte. Celle de l’eau en Slovénie. Ou les deux, en Espagne. Sur les 950 millions de personnes qui dépendent de ressources produites à l’étranger, environ le tiers ne pourra jamais compter sur l’agriculture nationale, par manque d’eau et par manque de terre. Une gestion plus efficace de la ressource n’y changerait pas grand-chose.
La dépendance au marché alimentaire mondial répond aussi à une stratégie nationale. Une grande partie des pays andins et scandinaves importe des produits agricoles, qui pourraient souvent être produits sur place. Ce choix peut permettre au pays de développer d’autres secteurs de l’économie, ou de protéger ses écosystèmes. Cette option peut également révéler un manque de capitaux pour investir dans l’agriculture, un déficit de main d’œuvre, une absence de savoir-faire. Deux exemples, cités en introduction de cette étude, donnent la mesure du gain environnemental des pays importateurs. La quantité d’eau utilisée dans les pays exportateurs pour satisfaire la consommation des Etats-Unis excède les 70 km3. Les importations agricoles du Japon, de la Chine, et du Mexique mobilisent environ 30 millions d’hectares (30 Mha ) dans les pays producteurs. A l’opposé, les Etats d’Afrique du Nord et de la péninsule arabique sont, par manque de ressources, incapables de produire ce qu’ils consomment.
A l’horizon 2050, 5,2 milliards d’individus pourraient dépendre de denrées alimentaires importées. Un scénario extrême porté par la croissance démographique, qui désigne plus de la moitié de l’humanité du milieu du siècle. Le nombre de pays à forte population dépendante devrait lui aussi augmenter. Mais la démographie n’explique pas tout. Plus important, les stratégies développées par les Etats. Les pays de l’espace tropical et subtropical peuvent décider d’importer plus de nourriture, et accroître la population dépendante, opter pour une meilleure productivité, ou augmenter l’espace agricole. La Chine, le Brésil, ou le Royaume Uni peuvent augmenter la productivité et étendre l’espace agricole. D’autres pays, comme le Chili, ne pourront qu’augmenter la surface des terres cultivables. Beaucoup d’Etats africains et du Moyen Orient ne pourront qu’améliorer la productivité. Un autre groupe devra combiner les deux stratégies, l’Arabie Saoudite, le Mali. Et d’autres, la Bolivie, le Niger, ou la Somalie, n’auront d’autre choix que d’accroître leurs importations. Et leur dépendance au marché international. A l’horizon 2050, plus d’un milliard d’individus, habitant les pays les plus démunis, principalement en Afrique, pourraient être exposés à une insécurité alimentaire durable. Sauf s’ils réussissent le pari d’améliorer la productivité, d’étendre leurs récoltes. Et/ ou d’importer des produits agricoles d’autres pays.
Une hausse de la productivité agricole en Europe, en Russie, en Asie, en Amérique, en Australie, tout à fait envisageable, pourrait gonfler les stocks destinés à l’exportation, et soulager les pays dépendants à condition d’éviter les spéculations du marché. A l’échelle mondiale, une réduction du gaspillage alimentaire, un changement des comportements alimentaires – moins de viande -, une gestion plus efficace et plus respectueuse des terres agricoles pourraient encore alléger cette projection.
M.J
Une carte illustre les scénarios développés :
(1)“Spatial decoupling of agricultural production and consumption: quantifying dependences of countries on food imports due to domestic land and water constraints.”, Marianela Fader1,4, Dieter Gerten1, Michael Krause2, Wolfgang Lucht1,3 and Wolfgang Cramer4, Environmental Research Letters, Volume 8, Number 1, 26-03-2013 http://iopscience.iop.org/1748-9326/8/1/014046/article
Publié le 31 mai 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,eau
Tags :: 2050, Agriculture., eau, importations, populations, terre











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