Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les forêts au menu de la FAO…

 

Bonjour,

Quelques millions de personnes dans le monde vivent, directement ou indirectement, de la forêt. Ils en consomment les fruits, les noix, les champignons, les insectes, les feuilles, ou le miel produit par les abeilles. Ils en commercialisent les aliments. Ils y travaillent ou tirent bénéfice de l’exploitation de ces écosystèmes. Lors d’une conférence internationale qui s’est tenue à la mi-mai, la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture – place la forêt au cœur d’une stratégie mondiale de sécurité alimentaire. Ces écosystèmes, qui nourrissent et emploient une partie de l’humanité, pourraient nous rapprocher un peu plus des Objectifs du Millénaire qui visent à réduire de moitié la pauvreté et la faim dans le monde à l’horizon 2015. Pour servir cette vision, la FAO définit quelques priorités. Au plus près du terrain, il s’agit d’encourager les petits exploitants qui tirent profit des arbres et des systèmes forestiers, de soutenir ces initiatives par le micro-crédit. Pour cela, il faut améliorer l’accès aux arbres et aux terres, en sécurisant les systèmes fonciers. La FAO veut remodeler une forêt productive, un espace fertile aux ressources en eau et aux sols préservés. Cette forêt qui fonctionne est aussi un régulateur climatique, paramètre important de la production alimentaire. Près des côtes, les zones humides boisées et les systèmes de mangrove, qui protègent des inondations, sécurisent l’accès à la nourriture. La mangrove, qui apporte de l’eau douce aux forêts et aux populations, pèse dans cette stratégie. Enfin, des forêts en bonne santé conditionnent la qualité d’une pêche fluviale et côtière. (1)

 

Une vidéo de la FAO nous emmène dans les forêts d’Afrique centrale, où le gibier représente 30 à 80% de la consommation de protéines des ménages ruraux. Le commerce de cette viande de brousse est aussi un moyen de gagner de l’argent. Ici, la forêt est source de protéines apportées par la viande de gibier et les insectes, de vitamines contenues dans les feuilles, d’énergie produite par le bois qui sert à cuisiner, et de revenus. Près de 90% de ceux qui font commerce de produits forestiers sont des femmes. Elles utilisent leurs gains pour payer les frais scolaires des enfants, pour acheter des aliments de base et des médicaments. Certaines profitent des ressources de la forêt pour développer un petit business. Au Cameroun, le négoce des cinq principaux produits forestiers non ligneux génère 34 milliards de dollars, et emploie, directement et indirectement, plus de 300.000 personnes…

M.J


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(1) « La contribution des forêts à la sécurité alimentaire et à la nutrition mérite plus d’attention ». La Conférence sur les forêts pour la nutrition appelle à sécuriser les régimes fonciers pour les petits exploitants. FAO. Rome, 16 mai 2013. http://www.fao.org/news/story/fr/item/176247/icode/

« Les forêts au service de la nutrition et de la sécurité alimentaire », http://www.fao.org/docrep/014/i2011f/i2011f00.pdf

 

 

 


Publié le 21 mai 2013 par marlene dans Afrique,Alimentation,faim,FAO,Objectifs du Millénaire.
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Le ciel et le São Francisco, sources du Nordeste.

Bonjour,

L’histoire se passe dans le Nordeste, un immense territoire d’un million et demi de km², peuplé de 54 millions d’habitants, situé dans la partie orientale du Brésil. Les belles plages qui ourlent l’Océan Atlantique y contrastent avec une misère rurale estimée à 67%. Le Nordeste passe pour être l’un des espaces les moins avancés du continent Sud-américain. (1) Cette pauvreté, nourrie par une répartition très inégale des terres et une population importante, s’explique aussi par un régime des pluies capricieux. Manque de précipitations, mauvaise distribution, ou les deux, le Nordeste est habitué aux sécheresses qui diminuent les cultures de subsistance,  haricot ou maïs. (2) 1912, 1915, 1919, 1932, 1958, 1983, marquent un calendrier qui s’étire jusqu’à aujourd’hui. (3) Un récent article d’IPS évoque la sécheresse de 1993, consécutive à deux années sans pluie. Le déclin des cultures et des troupeaux s’était articulé à une pauvreté plus ancienne, pour nourrir le mécontentement. Des flots de paysans, affamés et en colère, s’étaient mis en route vers les villes du Nordeste. (4) A Ouricuri, cité du Sertão Pernambucano, dans l’Etat du Permambuco, ils étaient 1500 à réclamer de la nourriture. Des négociations, un toit, et quelques repas avaient permis d’éviter des affrontements avec la police locale. (4) Dans le Nordeste, les sécheresses sont aussi prétexte à explosions sociales. Si l’eau n’est qu’un aspect d’un contexte socio – économique plus complexe, sa distribution conditionne cependant le recul de la faim. Et  ralentit aussi l’émigration vers les grandes villes du Sud-Est brésilien.

« One Million Rural Water Tanks Programme » 

Dix ans après la sécheresse de 1993,  l’Articulação no Semi-Árido Brasileiro (ASA), un réseau de plus de 700 ONG, réagit. Il s’agit de trouver des solutions pour composer avec les conditions semi-arides du Nordeste. L’ASA se met au travail et lance le « One Million Rural Water Tanks Programme »  (P1MC), un plan d’un million de réservoirs destiné à collecter les eaux de pluies. Aujourd’hui, plus de 350.000 familles récoltent l’eau qui ruisselle de leur toit dans des cuves en ciment de 16 000 litres, presque l’eau courante à domicile. L’ASA en  profite pour développer une petite agriculture maraîchère. Ce programme adoucit les conditions de vie des petits fermiers et des ouvriers agricoles, moins vulnérables aux sécheresses. Et bien que les pluies aient terriblement manqué l’année passée, créant des conditions aussi difficiles qu’en 1993, il n’y a pas eu de famine. Le programme d’assistance sociale, développé par l’administration du Président Lula, repris par celle de Dilma Roussef, comme la « Bolsa familia »  a également contribué à faciliter la vie des paysans du Nordeste. A Ouricuri, l’ONG Caatinga est l’un des moteurs du développement rural. Selon le directeur de cette ONG, plus d’un demi million de tanks ont déjà été construits, avec la contribution du gouvernement brésilien, des Autorités locales, et de quelques autres partenaires. On reproche à Lula, pourtant enfant du Nordeste, lui même pauvre et émigré, de ne pas avoir mieux soutenu l’idée de faire de l’eau avec de la pluie. Mais Lula s’est aussi intéressé à une autre idée. (4)

Canaux, pompage, aqueducs, tunnels, et réservoirs.

Dans ce Nordeste, qui occupe 12% du territoire brésilien et où coule seulement 3% des eaux de surface, le bassin du  São Francisco rafraîchit le paysage. Ce fleuve de plus de 3000 km de long, alimenté par plus de 160 affluents en partie soumis aux irrégularités des pluies, est convoité pour développer la région. Le transfert d’une partie des eaux du Rio São Francisco, projet ancien mais jamais réalisé, est l’une des priorités de Lula, fraîchement élu à la Présidence (2002-2010). Ce projet, servi par un réseau de canaux artificiels, de stations de pompage, d’aqueducs, de tunnels et de réservoirs, doit alimenter en eau le Pernambouc, le Ceará, le Paraíba, et le Rio Grande do Norte, quatre Etats du Nordeste. Environ 12 millions de personnes doivent bénéficier d’une eau potable, disponible toute l’année. Deux canaux de plus de 700 kilomètres de long, l’axe Nord et l’axe Est, sont au cœur de l’ouvrage. Ils devront alimenter une trentaine de réservoirs qui apporteront de l’eau dans les rivières, en toute saison. Au cours de son second mandat, Lula tente d’accélérer un projet, sans doute largement accepté, plusieurs fois retardé, mais aussi dénoncé. On lui reproche une distribution différenciée des eaux, qui profiterait aux grandes exploitations tournées vers l’exportation, fruits et crevettes, au détriment des petits paysans. Sur le plan environnemental, ces aménagements pomperaient les eaux d’un fleuve déjà  diminué par les barrages hydro-électriques et les prélèvements clandestins. Depuis un demi-siècle, le Rio São Francisco aurait déjà perdu plus du tiers de son débit. Le pompage des eaux, conséquence d’une dénivelé qui place le captage des eaux  quelques centaines de mètres en dessous des canaux  de distribution, est l’une des difficultés du projet. Les pompages, liés à l’abondance des eaux, sont annoncés temporaires. (4) Et pour balayer les critiques, le gouvernement brésilien prétend qu’en détournant seulement 1,4 % du débit  du São Francisco, on offrira au Nordeste une meilleure gestion de ses eaux,  et un accès au développement. (3)

 

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Fier d’être un « Nordestino »

A Ouricuri,  l’eau de pluie coule  dans les réservoirs. La faim aurait reculé. Après les nombreux départs consécutifs aux sécheresses des années 90, la ville aurait regagné des habitants. Le gouvernement brésilien, par le biais du Ministère du Développement social, a financé les trois quarts des réservoirs conçus par l’ASA, destinés à cette région semi-aride. Il aurait fallu beaucoup plus d’argent pour atteindre le million en 2008. Dommage. Mais l’un des coordinateurs du réseau ASA, en charge de la collecte d’eaux de pluie pour arroser les jardins, déplace un peu la question de l’eau: « Vivre dans un environnement semi-aride suppose plus que de disposer d’eau, cela implique aussi de valoriser la terre, se sentir fier d’être un « Nordestino », se sentir capable de vivre sur  sa terre et de ne pas se sentir inférieur. » (3)

 

M.J

 

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(1) Rural Poverty in Brazil, IFAD (International Fund or Agricultural Development), http://www.ruralpovertyportal.org/web/guest/country/home/tags/brazil

(2) Les sécheresses de la region Nordeste du Brésil et leurs consequences, JC.Lebrun, M. Molinier, E.Cadier, G.Fotius, O.Galindo, F.Souza Ramos, H.Ramos de Souza., Synthèse, Sécheresse 1995, Documentation IRD http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_6/b_fdi_35-36/41792.pdf

(3)Les séchereresses du Nordeste brésilien, M.Molinier, E. Cadier, A.Gusmao, ORSTOM, SUDENE, http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_7/divers3/30589.pdf

(4) ”Beating Drought in Semiarid Northeast” , Mario Osava, IPS, OURICURÍ, Brazil, 14-09-2011http://ipsnews.net/news.asp?idnews=105106

(5) « Le Brésil, ferme du monde », Agriculture irriguée dans la moyenne vallée du São Francisco : l’Agriculture familiale cherche sa voie / Le bassin du São Francisco, épine dorsale de l’est brésilien / Le transfert des eaux du São Francisco, un projet régional ambitieux (en annexe : la politique brésilienne de l’eau et son évolution), Geoconfluences, édition  et synthèse deSylviane Tabarly,17 -02-2010 http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/etpays/Bresil/BresilDoc9.htm

 

 

 


Publié le 26 septembre 2011 par marlene dans Brésil,eau,faim
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Des cités qui jardinent.

Bonjour,

Hugo Chavez, le Président du Venezuela, cultive ses jardins urbains. Depuis 2003, il a autorisé l’aménagement de 4000 micro-parcelles dans les périphéries pauvres de Caracas, lancé une vingtaine de coopératives horticoles, et réservé quelques lots à l’agriculture biologique. Organopoco Bolvar I,  premier potager organique d’un demi-hectare, planté au cœur de la capitale, où poussent betteraves, carottes, courgettes, poivrons, et laitues, est sans doute le symbole de ce jardinage urbain, inspiré par une quête à l’autosuffisance alimentaire,  initié par l’expérience de Cuba, et soutenu par la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture -. Dans un pays où plus de 90% de la population vit et travaille en ville, avec une pauvreté voisine des 80%, Hugo Chavez parie sur l’agriculture urbaine pour varier le menu des Vénézuéliens. (1) (2)

Copenhague et Manille.

Apparus dans les paysages urbains européens au XIX° siècle,  les jardins servaient à faire pousser des légumes pour améliorer l’ordinaire des ouvriers,  soulager la misère. Au XXI° siècle, l’expansion rapide des villes dans le monde en développement, gonflées par la pauvreté des campagnes, l’exode rural consécutif, et la natalité, avec une croissance encore plus soutenue dans les bidonvilles, réactualise la fonction nourricière du jardin urbain. Plus de 2,5 milliards de personnes habitent une ville du tiers monde, dont plus d’un milliard s’entasse dans les bidonvilles, la plupart complètement démunis. Ces pauvres, qui continuent d’affluer dans des cités attrayantes mais sans espoirs, consacrent une grosse partie de leurs revenus à se nourrir, souvent mal. La FAO estime d’ailleurs que la malnutrition infantile est souvent pire en ville que dans les campagnes. (3) Dans ce contexte, la perspective d’exploiter une parcelle pour y cultiver quelques légumes, avec une poule ou deux, apparaît comme une solution, de proximité, pour adoucir l’inhospitalité des grandes villes du monde émergent.  Si à  New-York, à Montréal, à Copenhague,  ou à Paris, les potagers signalent un regain pour l’écologie urbaine, espace de production et d’éducation, à Accra, à Caracas, à Hanoi, ou à Manille, ils s’inscrivent dans une stratégie alimentaire.

Dakar, Accra, ou Libreville.

Dans le monde en développement, l’agriculture urbaine, qui produit fruits, légumes, racines, tubercules, ou plantes d’ornement, ne date pas d’hier. A Dakar, au Sénégal, dès 1903, le jardin de Hann, doté de nappes d’eaux, fournit fruits et légumes aux citadins. Quelques années plus tard, le petit élevage, importé par les premières migrations d’éleveurs, arrive en ville. Ces pratiques agricoles ont accompagné l’expansion de la métropole qui produit fruits et légumes, viande, lait, et œufs, destinées aux familles ou au commerce. Dakar compte environ 3000 entreprises horticoles familiales, la plupart situées en périphérie, avec en commun une petite surface, moins d’un hectare, sans grande garantie foncière, qui mobilise les moins qualifiés et les petites classes moyennes, ou qui fonctionne avec l’immigration en provenance des pays voisins. (4) Au Bénin, dans l’agglomération de Cotonou, l’agriculture s’est développée dans les années 70, impulsée par une ONG néerlandaise. L’urbanisation chaotique, qui a aussi avalé des terres agricoles environnantes, contraint les plus démunis à improviser des jardins sur des parcelles, oubliées par les bâtisseurs. A Accra, au Ghana, et dans sa banlieue, les « sans terre » s’emparent de bouts de terrain abandonnés, sans souci de propriété, sans le cloisonner, le lot des plus pauvres, pour y cultiver quelques légumes, consommés à la maison. La moitié des résidents d’Accra pratiqueraient une agriculture urbaine, aujourd’hui encouragée par le gouvernement qui a compris son importance. Ailleurs, en Afrique subsaharienne, 80% des familles de Libreville, au Gabon, pratiquent une agriculture urbaine. Dans les villes de Tanzanie, 60% des familles disposent d’un potager. A Lusaka, en Zambie, à Maputo, au Mozambique, à Ouagadougou, au Burina- Faso, à Yaounde, au Cameroun,  et à Kampala, en Ouganda, 35 à 45% des familles entretiennent un potager. (5) Dans beaucoup de villes, peuplées d’anciens ruraux, l’agriculture, seul savoir-faire, répond plus facilement à une économie de survie.

Urban garden in Zambia.

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Dans les villes d’Inde, du Bengladesh, du Vietnam, de Corée, de Malaisie, de Thaïlande, ou des Philippines, et dans leurs périphéries, les jardins contribuent à la sécurité alimentaire. La FAO estime que 700 millions de citadins pauvres, le quart de la population urbaine mondiale, pratiquent une petite agriculture de quartier. (6) Depuis une dizaine d’années, l’organisation accompagne nombre de projets, cultures maraîchères irriguées ou mico-potagers bricolés, dans les métropoles d’Afrique ou dans les bidonvilles d’Amérique centrale. Pendant ce temps, Hugo Chavez, qui a engagé le Vénézuela dans le « Special Program for Food Sécurity » veut encore concéder quelques hectares à ses jardins urbains. Avec un objectif , 20% de la production de légumes du pays récoltée en ville.(1)

M.J

(1) Feeding Ourselves: Organic Urban Gardens in Caracas, Venezuela, April M. Howard – Toward Freedom, Venezuelanalysis.com,10-08-2006, V http://venezuelanalysis.com/analysis/1881

(2) Caracas, Venezuela Embraces City Gardening for Improved Nutrition, Jobs Linked, Michael Levenston, City Farmer News, 2008. http://www.cityfarmer.info/2008/01/23/caracas-venezuela-embraces-city-gardening-for-improved-nutrition-jobs/

(3) Horticulture urbaine et péri-urbaine, « Le siècle des villes » FAO, 2010. http://www.fao.org/ag/agp/greenercities/fr/hup/index.html

(4) « Situation et contraintes des systèmes urbains et périurbains de production horticole et animale dans la région de Dakar »,  Ba Diao / Maty – Institut Sénégalais de Recherches Agricoles, 13-09-2005 http://www.agricultures-urbaines.com/rubriqueSiefa.php3?id_rubrique=19

(5) Obosu-Mensah, Kwaku. « Changes in official Attitudes Towards Urban Agriculture in Accra. » African Studies Quarterly 6, no. 3: [online] URL: http://web.africa.ufl.edu/asq/v6/v6i3a2.htm

(6) « Nourrir les villes », FAO http://www.fao.org/kids/fr/cities.html


Publié le 18 juin 2010 par marlene dans Alimentation,faim,FAO,Ville

Un milliard d’affamés.

Bonjour,

Plus d’un milliard de personnes, à peu près 1/6° de l’humanité, est sous-alimenté. C’est le constat de l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture des Nations Unies (FAO). La crise économique mondiale et le prix élevé des denrées alimentaire dans nombre de pays en développement expliquent ce record honteux. Cette année, 100 millions de personnes supplémentaires, devenues plus pauvres en raison du chômage et d’une baisse de leurs revenus, n’auront pas les moyens de se nourrir décemment. Pour le Programme alimentaire mondial (PAM), qui signe ce constat avec la FAO, c’est un retour en arrière après quatre décennies d’avancées sur le front de la faim dans le monde. Les prix élevés du pétrole et de la nourriture, en 2008, ont préparé le terrain à ce regain de pauvreté, stimulé par la crise mondiale. (1)

Moins de revenus en provenance des travailleurs exilés à l’étranger, baisse de l’activité économique et des exportations, hausse du chômage, prix alimentaires élevés, les pauvres sont plus pauvres, et une nouvelle classe de démunis, jusque-là épargnée, apparaît. Pour fouiller le problème, le PAM a retenu cinq pays, Arménie, Bengladesh, Ghana, Nicaragua, et Zambie. L’Arménie, très dépendante des revenus de ses travailleurs du bâtiment employés en Russie et en Europe, 20% de son PIB et soutien financier pour de nombreuses familles, a immédiatement ressenti les effets de la crise. Une classe de nouveaux pauvres en témoigne. Beaucoup de gens achètent déjà de la nourriture à crédit. Et l’hiver annonce des risques de pénuries alimentaires. Le Nicaragua, touché par les conséquences d’un ouragan et d’inondations, qui mise sur les revenus de sa main d’œuvre exilée à l’étranger, est particulièrement vulnérable au ralentissement économique des Etat-Unis. Les exportations, café, fruits de mer, et confection, à destination du grand voisin, sont compromises. Les familles paupérisées, sont réduites à vendre leur bétail pour joindre les deux bouts. La santé et l’éducation des enfants ne sont plus une priorité. En Zambie, le prix de la nourriture de base a explosé, 2/3 plus cher que l’an dernier à la même époque. De nombreuses familles sautent déjà des repas, et se contentent d’une alimentation bon marché, bien moins nourrissante. La monnaie est dévaluée. Le prix du cuivre, principale exportation du pays, est tombé. Les mines de cuivres licencient en pagaille. Au chômage, les mineurs perdent deux avantages majeurs, des repas et un suivi médical – beaucoup souffrent du SIDA -.Au Bengladesh, très dépendant de l’argent gagné au-delà des frontières, la situation n’est guère plus brillante. Les migrations de travailleurs ont chuté de 40% par rapport à l’année précédente. Les commandes de prêt-à-porter sont tombées, les exportations de poissons aussi. Fin 2008, 20% de la population souffrait déjà de malnutrition chronique. Au Ghana, jusqu’alors remarqué pour sa bataille contre la faim et ses progrès sociaux, il y a risque de retour à la case départ. Ses deux principales exportations, le cacao et l’or, doivent porter une économie très ralentie par la crise. Les prix alimentaires y sont très élevés. On y mange moins, et moins bien qu’avant. Particulièrement touchées, la zone de production des noix de Karité employées dans l’industrie cosmétique, et les femmes qui en dépendent.

La géographie de la sous-alimentation, largement calquée sur un monde pauvre, place l’Asie- Pacifique en tête -642 millions de personnes -, suivie par l’Afrique sub-saharienne – 265 millions -, Amérique latine – Caraïbes – 53 millions-, Proche Orient- Afrique du Nord – 42 millions. Sans oublier le « monde développé », 15 millions. A propos de cette cartographie de la misère, théâtre potentiel d’instabilités et de migrations accélérées, Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, a déclaré : « Cela est inacceptable. Comment peut-on expliquer à des gens sensés et de bonne volonté une telle situation dramatique dans un monde où les ressources internationales abondent et alors que des trillions de dollars sont dépensés pour stimuler l’économie mondiale? »

M.J

(1)« AO/ Une personne sur Six dans le monde soufre de la faim », Centre d’actualités de l’ONU, 19 juin 2009, http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=19432&Cr=FAO&Cr1=faim

(2) « Households Go Hungry as Financial Crisis Bites », WFP , Published on 11 June 2009 http://www.wfp.org/news/news-release/households-go-hungry-financial-crisis-bites

(3) «La AO appelle à renforcer la sécurité alimentaire mondiale », Centre d’actualités de l’ONU, 8 juin 2009. http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=19330&Cr=alimentation&Cr1=FAO


Publié le 23 juin 2009 par marlene dans Actualité,faim
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Brasilia discute crise alimentaire et agrocarburants.

Bonjour,

Le développement des agrocarburants pourrait menacer l’accès à la nourriture des populations les plus démunies d’Amérique latine. La FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, en discussion à Brasilia avec les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, évoque une possible crise alimentaire régionale. Dans un contexte de flambée des prix alimentaires et d’émeutes de la faim, le Brésil, gros producteur mondial d’éthanol, est mis à l’index…

50 millions d’affamés.

Si la pauvreté et la malnutrition ont reculé en Amérique latine et aux Caraïbes, près de 300 millions de personnes survivent avec plus ou moins de difficultés. C’est-à-dire la moitié de la population totale. Dans cette partie du continent américain qui cultive et exporte beaucoup de produits agricoles – l’Amérique latine produit 40% d’excédents -, l’équilibre alimentaire reste cependant fragile. Plus de 52 millions de personnes ne mangent pas à leur faim, soit 1 personne sur 10. (1) Si la région a été épargnée par les récentes émeutes de la faim qui ont secoué Haïti, quelques morts, des centaines de blessés, et une crise politique, une nouvelle hausse des prix alimentaires pourrait augmenter la malnutrition de ces américains les plus pauvres.(2) La région présente un contexte économique et agricole tendu, beaucoup de pays d’Amérique centrale importent de la nourriture. Dans un contexte de crise alimentaire mondiale, la FAO s’inquiète d’une accélération de la filière de ces carburants issus de l’agriculture, qui réclament terres cultivables, eau, et engrais.

Détourner eau, terres cultivables, et capitaux.

« ..à court terme, il est fort probable que l’expansion rapide de la production des biocarburants au niveau mondial ait des répercussions importantes sur le secteur agricole en Amérique latine. », précise le rapport de la FAO, rendu public à Brasilia.(1) Dans ce rapport, la FAO évoque notamment la question de l’eau, qui fait pousser les cultures, et participe à la transformation de l’éthanol. La canne à sucre et le palmier à huile, principales sources pour les agrocarburants, sont aussi les plus assoiffés. Ce qui n’excuse pas les autres cultures, maïs, yuca, soja, ricin, ou coton, même si elles consomment en moyenne trois fois moins. Cette eau, détournée des robinets dans les habitations, pourrait encore faire défaut à l’agriculture. La FAO craint encore que les cultures destinées aux biocarburants confisquent des terres à vocation agricole, et absorbent des capitaux. Ce qui pourrait perturber les productions agricoles, et jouer sur les prix alimentaires, privant les ménages les plus démunis. (3) Le Brésil, second producteur mondial d’éthanol après les Etats-Unis, focalise une opposition grandissante à l’extension des surfaces agricoles dédiées aux carburants. La déforestation de l’Amazonie nourrit encore le débat.

Lula se défend.

« Les productions utilisées pour l’éthanol ne sont pas responsables de la hausse des prix alimentaires. » (4) Le Président brésilien Lula Da Silva, en visite à la Hague jeudi dernier, a devancé la critique. Il a ajouté que Haïti, récent théâtre d’émeutes, pourrait tirer profit de d’une industrie tournée vers les carburants d’origine végétale. « Les biocarburants, un remède contre la pauvreté », c’est l’argument que développe le Brésil, qui tire grand profit de cette industrie, et de ses débouchés. (4) Le pays s’emploie à exporter la recette « agrocarburant » en Amérique latine et en Afrique, pour dynamiser les campagnes, et tenter d’éradiquer la pauvreté. Pour Lula, si les prix alimentaires flambent, c’est que la consommation progresse en Chine et en Inde, devenues plus prospères. « Regardez Haïti, aujourd’hui. Nous pourrions voir prospérer l’île si un pays émergent comme le Brésil pouvait y développer un partenariat pour investir dans ce pays, et y produire du biocarburant ». (4) Pour beaucoup d’observateurs, Lula reste l’homme du programme « Faim Zéro », développé dans un pays qui compte quelques millions d’affamés. (http://www.alterinfos.org/spip.php?article1079)

Fidel Castro et Jean Ziegler…

Tous les pays de la région ne partagent pas l’enthousiasme du Brésil sur le dossier des agrocarburants. A Brasilia, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, et Cuba, ne se sont pas privés de critiquer la « recette Lula ». Il y a un an, Fidel Castro, encore président de Cuba, publiait deux articles dans le quotidien Granma, organe lié au Parti communiste cubain. Il prédisait des catastrophes si l’on poursuivait la production de biocarburants à partir de cultures alimentaires, et annonçait la mort prématurée de trois milliards de personne. En cause, les Etats-Unis, qui transforment le maïs en carburant. (3) En début de semaine, Jean Ziegler, le rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, déclarait encore sur les ondes du Bayerischer Rundfunk, une radio allemande :« La fabrication de biocarburants est aujourd’hui un crime contre l’humanité » (5) Pour Jean Ziegler, les subventions agricoles devraient d’abord servir les cultures de subsistance…

M.J

Jean Ziegler précise ses positions sur les agrocarburants…En prime, un bonus, involontaire, sur la pollution…


(1) Trentième Conférence régionale de la FAO pour l’Amérique latine et les Caraïbes- Brasilia, 14-18 avril 2008- (2) « Food prices may fuel latin America malnutrition », Raymond Colitt, International Herald Tribune –Reuters, 15 avril 2008- (3) « La FAO met en garde contre les agrocarburants », R. Colitt, W.Brandimarte, tr. E Faye, Reuters, 15 avril 2008.-(4) « Brazil leader denies biofuels hiking food prices », CNN, AP, 16 avril 2008-(5)AFP-Berlin, 16 avril 2008.


Publié le 17 avril 2008 par marlene dans Actualité,biocarburants,faim
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La faim secoue le monde en développement.

Bonjour,

Mauritanie, Cameroun, Burkina Faso, Ethiopie, Indonésie, Egypte, Maroc, Côte d’Ivoire, Sénégal, Madagascar, Philippines, ou Haïti, la hausse des prix alimentaires a provoqué des émeutes. En Haïti, secoué par de violentes manifestations, 5 morts et 200 blessés, le gouvernement est tombé. Au Pakistan et en Thaïlande, l’armée contrôle les champs et les entrepôts. A Manille, aux Philippines, l’armée surveille la distribution de riz dans les quartiers pauvres de la ville. Le Bengladesh, pays importateur de riz, ne satisfait plus la demande intérieure.La FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation, étend encore cette géographie des pays vulnérables au Nigeria, au Soudan, à l’Ouganda, l’Ethiopie, le Mozambique, le Sri Lanka, le Bengladesh, le Tadjikistan, l’Arménie, ou à la Russie, et la liste n’est pas finie. Actuellement, les émeutes de la faim agitent plus d’une trentaine de pays dans le monde. Pour Jacques Diouf, le directeur général de la FAO, c’est la crise alimentaire « la plus grave depuis 15 ans. » (1)

Une menace pour la survie des familles les plus pauvres.

Ces tensions, qui perturbent les pays les plus pauvres, résultent d’une hausse insoutenable des prix. Jacques Diouf, qui se réfère à l’index FAO, rapporte une augmentation de 58% pour les produits alimentaires en un an, et de131% pour les céréales (1). Une augmentation qui rend les produits de première nécessité, riz, blé, maïs, huile de cuisson, ou lait, inaccessibles aux ménages les plus déshérités de la planète. Dans un article paru dans le Monde, Laetitia Clavreul et Alain Fauges rapportent que le budget alimentation des familles des pays les plus pauvres représentent 60% à 90% de leurs revenus, contre 10 % à 20 % pour les ménages des pays développés.(2) Une petite augmentation du riz, du blé, ou de l’huile, qui remet en cause la survie de ces familles, surtout en ville, et c’est l’explosion. Et c’est bien cette explosion qui inquiète les organisations internationales.

« ..Ce genre de situation se finit parfois en guerre »…

Jean Zigler, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, interviewé par Libération, prédit : « On va vers une très longue période d’émeutes, de conflits, des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable, marquée au fer rouge du désespoir des populations les plus vulnérables. Avant la flambée des prix déjà, un enfant de moins de 10 ans mourait toutes les 5 secondes, 854 millions de personnes étaient gravement sous-alimentées ! C’est une hécatombe annoncée. » Robert Zoellick, le Président de la Banque Mondiale avait prévenu, cette crise alimentaire pourrait signifier « sept années perdues » dans la lutte contre la faim. La Banque mondiale, qui prépare un vaste plan contre la faim, le compare au « New Deal » américain, mis en place après la grande dépression des années 30. L’organisation invite les pays membre à se mobiliser rapidement pour éviter que 100 millions de pauvres, issus des espaces les plus pauvres, ne le deviennent un peu plus. La faim et ses émeutes préoccupe encore le FMI (Fonds Monétaire international). Dominique Strauss Kahn, son directeur général, prévient : « Comme nous l’avons appris dans le passé, ce genre de situation se finit parfois en guerre. »(3)

Sécheresses, pénuries, et spéculations.

Pour Jacques Diouf, cette crise alimentaire résulte d’une conjugaison de facteurs climatiques, mauvaises récoltes, sécheresses en Australie et au Kazakhstan, inondations en Asie, ouragans en Amérique latine, et froid exceptionnel en Chine. Les stocks alimentaires sont au plus bas, la démographie mondiale progresse. La Chine et l’Inde, qui s’enrichissent, mangent plus, et mieux. Les agrocarburants, dont les surfaces rivalisent avec celles de l’agriculture traditionnelle, ajoutent un peu plus à ce désordre. Jacques Diouf signale que cette hausse des prix alimentaires résulte, aussi, de la spéculation financière. (4) Une spéculation encore soulignée par Jean Ziegler, qui dénonce le rôle de la bourse des matières premières de Chicago, aux règles trop permissives. Au passage, il épingle le FMI, qu’il accuse de ne pas soulager la dette des pays pauvres.

Après le Cameroun, le Burkina Faso, des émeutes contre la vie chère se sont déroulées en Côte d’Ivoire, et au Sénégal…

La FAO a lancé une Initiative pour lutter contre la flambée des prix alimentaires (IFPA). L’organisation apporte un soutien technique aux pays en développement, pour aider les agriculteurs à améliorer leur production. Cette intervention a déjà commencé au Mozambique, au Burkina Faso, en Mauritanie, et au Sénégal. En Afrique subsahélienne, et au Sénégal, le pays de Jacques Diouf, la soudure qui approche pourrait accentuer cette tension alimentaire. La soudure, c’est cette période pendant laquelle les stocks de céréales de paysans s’épuisent, avant de nouvelles récoltes, prévues de juillet à septembre. C’est aussi l’époque où les prix des céréales, devenues plus rares, augmentent.

(1) « Jacques Diouf : de nouvelles émeutes de la faim », JDD, 13 avril 2008.

(2) « Matières agricoles: des hausses de prix explosives », Laetitia Clavreul, Alain Faujas, Le Monde, 04-04-2008.

(3) «Crise alimentaire : la Banque mondiale sonne l’alarme », AFP, Washington, 13-04-08

(4) Le Monde: http://www.lemonde.fr/web/chat/0,[email protected],[email protected],0.html


Publié le 15 avril 2008 par marlene dans Actualité,faim
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La pomme de terre, élue de l’année.

Bonjour,

En 2008, l’ONU invite la pomme de terre, quatrième sur le menu mondial, après le maïs, le blé, et le riz. Dans le cadre de cette année internationale IYP, la FAO propose aux photographes du monde entier de révéler le tubercule sous les angles les plus divers, biodiversité, culture, transformation, commerce, ou utilisation rationnelle des espaces cultivés. Ce concours, intitulé « Zoom sur un aliment mondial », vise à illustrer l’importance de la pomme de terre dans le système alimentaire, agricole, et économique, des pays en voie de développement. La montée en flèche du prix des céréales participe au succès d’une pomme de terre riche en énergie, et facile à cultiver.

Un tubercule qui a beaucoup voyagé…

Originaire des Andes péruviennes, la pomme de terre est une vieille patate d’environ 8000 ans. Au XVI° siècle, les Espagnols, partis chercher de l’or au Pérou, la ramènent en Europe. Cette culture, attestée en Espagne en 1573, commence à essaimer sur le continent, Italie, Angleterre, France, Pays-Bas… En Irlande, l’accueil est chaleureux, elle s’y développe dans un contexte frais et humide. Portée par l’expansion coloniale européenne, la pomme de terre continue de voyager, plaines alluviales du Bengale dans le sous-continent indien, Delta du Nil en Egypte, Massif de l’Atlas au Maroc, Australie, Amérique du Sud, Brésil et Argentine. En Asie, elle passe du Caucase au plateau d’Anatolie en Turquie, gagne la Russie, la Chine orientale, et s’avance sur la péninsule coréenne. A la fin des années 50, aux Etats-Unis, elle se transforme en frites pour Mac Donald. Dans les années 60, elle se développe en Chine, en Inde, et au Bengladesh. Connue en Afrique subsaharienne, elle descend vers le Cameroun, le Kenya, ou le Rwanda. Au XX° siècle, la pomme de terre est devenue l’un des principaux aliments de la planète. (1)

« L’aliment du futur »

Cultivée aujourd’hui dans plus d’une centaine de pays, sa production mondiale atteint les 320 millions de tonnes en 2007, chiffre record. L’Asie et l’Europe totalisent 80% de cette production. Depuis les années 90, le secteur de la pomme de terre, jusqu’alors monopolisé par l’Europe, l’Amérique du Nord, et les pays ex-soviétiques, a évolué. L’Asie, l’Afrique, et l’Amérique latine, ont multiplié leur récolte par plus de 5 depuis les années 60. En 2005, la production des pays en voie de développement, Chine et Inde en tête, a dépassé celle des pays développés. La Chine est devenue le plus grand champ mondial de pommes de terre. Côté rendements, l’Amérique du Nord reste en tête, plus de 40 tonnes à l’hectare. Contre une fourchette comprise entre 16 et 17 pour l’Asie, l’Océanie, et l’Europe, et seulement un peu moins de 11 tonnes à l’hectare pour le continent africain. (2) Pour les experts de la FAO, qui examinent le potentiel de la pomme de terre dans le cadre de cette Année internationale, la question des rendements n’est pas insurmontable. Il y a même beaucoup à attendre d’un tubercule qui pousse vite, s’adapte sur des sols difficiles, et qui consomme peu d’engrais. Une opportunité pour les pays en voie de développement. Réunis à Cuzco fin mars dernier par les Nations Unies, 90 experts ont discuté des stratégies à développer pour exploiter ce potentiel alimentaire, et économique. Selon eux, « La pomme de terre sera l’aliment du futur ».

La cause d’une émigration ancienne.

Pour moi, la pomme de terre reste liée à l’histoire de la diaspora irlandaise. Introduite à la fin du XVI°, elle s’est accommodée d’un climat doux et humide, de terres ingrates, et d’une multiplication des petites propriétés. Elle n’a pas besoin de grands espaces. Au fil du temps, la pomme de terre est devenue la principale nourriture des Irlandais. Au milieu du XIX° siècle, le mildiou s’attaque aux cultures, les mauvaises récoltes se succèdent. De 1846 à 1851, 500.000 à un million de personnes, selon les estimations, meurent de faim. Des épidémies, notamment le typhus, se développent. Autre conséquence majeure, l’émigration. La crise de la pomme de terre, probablement aidée par la brutalité de l’occupation anglaise, provoque le départ de deux millions de personnes vers la Grande Bretagne, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie. Entre 1845 et 1851, l’Irlande perd le tiers de sa population. (3)

M.J

(1) FAO, 2008 (2) FAO, 2008 (3) Global Diasporas, An introduction, Robin Cohen, UCL Press, p 181.


Publié le 3 avril 2008 par marlene dans Developpement,faim
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Céréales: un pouvoir d’achat en baisse.

Bonjour,

Emeutes de la faim en Guinée -Konakry, en Mauritanie, au Sénégal, ou au Burkina-Faso, la hausse des produits alimentaires jette les Africains dans la rue. Ces pays, qui dépendent du blé et du riz importés, subissent de plein fouet la flambée des cours de céréales, base de leur alimentation, sur le marché mondial. Selon l’ONG « Afrique verte », au Niger, le sorgho aurait récemment augmenté de 25%, dans la région de Maradi. A Niamey, la capitale, le mil et le blé ont enregistré une hausse d’environ 20%. Le Food Crisis Prevention Network (FCPN) rapporte qu’au Burkina-Faso, pays touché par des inondations en 2007, le prix du sac de maïs aurait doublé en un an. Le FCPN, chargé de la sécurité alimentaire dans les pays du Sahel et d’Afrique de l’Ouest, ne parle pas encore de famine. Mais si les cours des céréales continuent de grimper, certaines populations du Sahel et d’Afrique de l’Ouest pourraient manquer de nourriture.

Le PAM manque d’argent pour faire les courses…

Le Programme alimentaire mondial (PAM), qui distribue une aide aux pays d’Afrique de l’Ouest, estime qu’il lui faudra trouver 30% d’argent supplémentaire cette année, pour nourrir le même nombre de personnes que l’an dernier. Même problème à la tête du PAM, à New York, où le coût de la nourriture provoque la panique. Depuis 2007, les prix alimentaires ont grimpé d’environ 30%, ceux des céréales ont augmenté de 35%. En 2008, le PAM, qui fonctionne avec des dons, devra trouver 500 millions de dollars pour nourrir 73 millions de personnes, répartis dans 78 pays. La tendance actuelle, plus 20% d’augmentation ces trois dernières semaines, pressent le PAM à remplir les caisses.

La faute aux agrocarburants…

Le développement des agrocarburants, qui convertit les blés américains en maïs, qui étend le colza dans les campagnes européennes, est en partie responsable de cette flambée des prix des céréales. Il explique encore l’augmentation du prix de l’huile de palme ou de soja, désormais alignés sur les prix du carburants d’origine végétale. Josette Sheeran, la patronne du PAM, a récemment déclaré :« Le changement d’orientation de nombreuses exploitations en faveur des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire. Les prix des produits de base atteignent un tel niveau que le litre d’huile de palme en Afrique vaut ainsi autant que le litre de carburant. » Le boom des agrocarburants, qui fait décoller les prix du maïs et du soja dans un contexte de pétrole cher, qui détourne les terres cultivables et accapare l’eau, n’explique pas complètement la situation actuelle. On ne produit pas d’agrocarburant avec le blé, qui pourtant augmente. Et pousse le prix de la baguette, même en Afrique.

Pétrole, sécheresses, et démographie…

Pour le PAM, cette hausse des prix alimentaires résulte aussi de l’envolée des prix de l’énergie, qui se répercute sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Des engrais pour améliorer les rendements, au transport des produits, en passant par leur stockage, tout est devenu plus cher. Autre facteur explicatif, la mutation des marchés intérieurs, chinois ou indiens, plus riches, et plus gourmands en viande et en produits laitiers. Le climat, et ses sécheresses, notamment en Australie, contribuent encore à doper le prix des produits alimentaires. Les stocks alimentaires, à leur plus bas niveau depuis une vingtaine d’années, favorisent encore la spéculation. Sans oublier la démographie, plus on est nombreux, et plus on mange. En 2030, si l’on veut satisfaire les besoins d’une planète plus peuplée, la production alimentaire devra nécessairement augmenter de 50%. Cette perspective pourrait accentuer la compétition entre cultures alimentaires, et énergétiques. Sans parler des conséquences environnementales, sur-exloitation des sols, déforestation, manque d’eau, ou pollution des nappes phréatiques.

Et pendant ce temps, dans le Bassin du Fleuve Sénégal, des agronomes chinois expliquent à des cultivateurs sénégalais, qui rêvent d’autosuffisance alimentaire, les techniques de repiquage de riz

M.J


Publié le 26 mars 2008 par marlene dans Afrique/ population.,biocarburants,faim
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L’ONU prédit un avenir sombre pour la planète.

PNUE- GEO-4

Bonjour,

Pause sur le Grenelle de l’environnement, engagement hexagonal en faveur de la planète, qui ne remet ni en cause le nucléaire, j’insiste, ni le dogme d’une croissance formulée dans un contexte d’après- guerre, éloigné de l’urgence climatique, et environnementale du moment. Pour creuser le sujet, en lien, Grenellorama, le blog de l’Alliance pour la Planète. Le sujet du jour, encore de mauvaises nouvelles, cette fois c’est l’ONU qui prévient.

Changement climatique, disparition des espèces, et famines annoncées pour une population mondiale croissante, mettent l’humanité en danger. Vingt ans après le rapport Brundtland, intitulé  » Notre futur commun », le Global Environment Outlook (GOE-4) publie « L’environnement pour le développement ». Ce rapport, dernière version d’une série du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), dresse un état des lieux de l’atmosphère, de la terre, de l’eau, et de la biodiversité. Il signale les changements intervenus depuis 1987, et le rapport Brundtland. Et définit des actions prioritaires.

Depuis vingt ans, il y a quand même quelques bonnes nouvelles. On a réduit de 95% la production de produits chimiques, dangereux pour la couche d’ozone. Un traité de réduction des gaz à effet de serre, Kyoto, a été instauré. On a développé un marché du carbone, « innovant ». On a favorisé l’extension des zones terrestres protégées, qui couvrent aujourd’hui 12% de la planète. Et on a développé des outils pour préserver la biodiversité, ou pour lutter contre la désertification. Pas suffisant. Selon le GEO-4, « Aucun des problèmes majeurs soulevés dans Notre futur commun ne connaît de prévisions d’évolution favorables. »

Côté réchauffement climatique, la menace est telle que d’importantes réductions de GES sont impérieuses, d’ici le milieu du siècle. D’où la nécessité de bien négocier l’après – Kyoto, et d’y associer les grandes puissances émergentes (Chine, et l’Inde..), jusqu’alors exemptées. Autre avertissement, nous vivons au dessus de nos moyens. Le rapport population – ressources n’est plus viable. L’empreinte humaine est de 21,9 hectares par personne, pour une capacité moyenne de seulement 15,7 ha/personne. Epuisée également, la ressource halieutique. Les océans ont été sur-exploités, sans tenir compte du cycle de reproduction des poissons. Parmi les crises annoncées, l’eau, et l’agriculture. D’après le rapport, l’irrigation absorbe déjà 70% de l’eau disponible. Une consommation peu compatible avec une multiplication par 2 de la production alimentaire d’ici 2050, objectif annoncé du Millénaire. Dans le même temps, la ressource en eau douce diminue. Or, la consommation devrait augmenter de 50% dans les pays en voie de développement, et de 18% dans les pays développés. Alerte encore sur la biodiversité. L’extinction actuelle des espèces se produit 100 fois plus rapidement, que le rythme des changements indiqués par les fossiles. Et plus de la moitié des 6000 langues parlées dans le monde seraient en danger, la plupart devraient s’éteindre avec ce siècle.

« L’objectif n’est pas de présenter un scénario catastrophe, mais un appel urgent à l’action », précise le GEO-4. Selon le rapport, le seule façon de régler les problèmes les plus graves – qui peuvent encore l’être – est de mettre l’environnement au coeur du processus de décision: « ..l’environnement pour le développement, et non un développement obtenu au détriment de l’environnement ». Un avertissement qui a de plus en plus d’échos, même au Grenelle, reste à décider la nouvelle société qui va avec.

M.J.


Publié le 29 octobre 2007 par marlene dans Climat,faim

Biocarburants, famine, et propagande.

Nicolo dénonce.

Bonjour,

« Biocarburant », « agrocarburant », « or vert », on ne sait plus comment l’appeler. Fabrice Nicolo vient de lui trouver un nouveau nom, « nécrocarburant ».Violent. Comme son livre, « La faim, la bagnole, le blé, et nous » ( Ed. Fayard). Il y dénonce la vaste propagande menée en faveur de ce carburant issu de l’agriculture, une vaste escroquerie. Une escroquerie faite à l’écologie, aux plus pauvres de la planète, et finalement à tout le monde, dans le seul but de maintenir la civilisation de la « bagnole ». « Qui les soutient ? L’agriculture industrielle, les transnationales, et tous ceux qui leur sont soumis… », dénonce Nicolo.

La production de ces plantes destinées aux moteurs, cultures industrielles, engrais et pesticides, n’a rien d’écolo. « Falsification », commente Nicolo. Elles produisent même du protoxyde de carbone, plus dangereux pour l’atmosphère que le dioxyde de carbone. Dans les pays du Sud, Brésil, Malaisie, Indonésie, ou Congo, par exemple, ces cultures s’étalent à la place des forêts primaires. Des millions de km² de forêts tropicales avalés par les plantations de canne à sucre, et de palmier à huile. Soit un peu moins des trois – quarts de la forêt primaire d’Indonésie, second producteur mondial d’huile de palme. Et si on fait le bilan -Paul Crutzen, Prix Nobel de Chimie, l’a fait -, les agrocarburants produisent plus de gaz à effet de serre, que les carburants issus du pétrole.

Et surtout, ces cultures destinées aux moteurs risquent d’aggraver la faim dans le monde. Le boom des agrocarburants, qui dope le prix des céréales et déstabilise le marché alimentaire mondial, est en train de rendre la nourriture inaccessible aux plus pauvres. Un risque pour les 2,7 millions de personnes qui survivent avec moins de deux dollars par jour. Le « nécrocarburant ».

« ..J’ai essayé de comprendre comment une telle machine de guerre se met en place. Là bas au moin, mais ici aussi… » , sur son blog, Fabrice Nicolo dénonce le lobby de l’agrocarburant.

M.J


Publié le 11 octobre 2007 par marlene dans biocarburants,faim,nicolo,Préjudice écologique