Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Kangbashi, « ghost-city ».

Bonjour,

Si les villes- fantômes racontent souvent des histoires anciennes, Kangbashi, cité radieuse et endormie sur un bout de désert,  attend l’avenir qui convient à sa modernité clinquante. C’est la chaine d’info Al Jazeera qui, en novembre 2009, diffuse la première un reportage sur ce paysage urbain  « made in China », posé dans les steppes désertiques de Mongolie intérieure . Cette région, nouveau front d’une Chine dopée aux énergies fossiles, dispose d’immenses réserves de gaz naturel et de charbon, découvertes en 2004.  C’est à peu près à cette époque que les Autorités d’Ordos , Préfecture de cette région,  décident de construire une  ville nouvelle. Conçue pour un million d’habitants, elle doit désengorger Dongsheng, petite capitale surpeuplée et assoiffée du district. Les deux villes seront séparées d’une vingtaine de kilomètres.  Dans cette zone aride, Kangbashi  sera érigée à proximité d’une source d’eau. Pendant cinq années, une armée de Mingongs, ces travailleurs migrants venus d’autres régions, concrétisent d’immenses boulevards, façonnent des milliers de logements  regroupés dans des résidences somptueuses, et empilent des milliers de bureaux.  En 2010, Kangbashi,  toujours en chantier, étale ses excès sur 35 km². La ville peut accueillir 300.000 habitants. L’investissement est estimé à  plus d’un milliard de dollars. On évoque un nouveau Dubaï, quelques km² de désert  convertis en métropole prospère.  En attendant la prospérité, 30.000 habitants, estimation optimiste,  se croisent dans une métropole un peu trop spacieuse. D’où son surnom de « ville- fantôme », toponymie largement reprise par la presse.  Côté positif, l’air est encore pur dans cette cité sans embouteillage, dotée d’attributs écolos, espaces verts, panneaux solaires, et bus circulant au gaz. Robert Preston, journaliste à la BBC, qui passe quelques heures dans cette ville  plantée au milieu « nulle part », prétend qu’il n’a jamais rien vu de semblable. Il s’interroge : « un exemple étonnant d’investissement à long terme, ou la manifestation d’une bulle immobilière malsaine ? » (1) Patrick Chovanec, professeur associé à l’Université  Tsinghua de Beijing,  spécialiste de cette « bulle immobilière » remarque que les Chinois collectionnent les appartements vides, faute d’alternatives pour investir leur argent.  Au risque de saper les efforts du gouvernement chinois pour contenir le prix des logements. (2) Ce qui n’a pas empêché une augmentation  d’environ 10%, au cours de l’année passée.(3) En attendant le boom immobilier, et les habitants, des jardiniers entretiennent une barrière végétale, composée des milliers d’arbres et d’arbustes,  destiné à tenir le désert hors de la ville.

M.J

Un nouveau reportage d’Al Jazeera, septembre 2011:

 

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Un reportage photos pour  Time Magazine, signé Michael Christopher Brown

 

(1) China: boom or bust(1), Robert Preston, BBC News, 05-11-2010 http://www.bbc.co.uk/blogs/thereporters/robertpeston/2010/11/china_boom_or_bust_1.html

(2) “Chinese City Has Many Buildings, but Few People”, David Barboza, The New-Tork Times, 19-10-2010, http://www.nytimes.com/2010/10/20/business/global/20ghost.html?pagewanted=all

(3) China’s Desert Ghost City Shows Property `Madness’ Persists, Kevin Hamlin, Bloomberg News, 23-06-2010,  http://www.bloomberg.com/news/2010-06-23/china-s-desert-ghost-city-shows-property-madness-as-buyers-pay-in-cash.html

Et: Inner Mongolia, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Inner_Mongolia, Kangbashi, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Inner_Mongolia

 

 


Publié le 24 novembre 2011 par marlene dans Chine,Developpement,Urbanisation
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Humberstone et Santa Laura, cités rouillées du salpêtre chilien.

Bonjour,

Humberstone et Santa Clara, deux cités habillées de bois grisés et de tôles rouillées, autrefois animées par l’industrie du salpêtre, habitent l’immense solitude de la Pampa Tamarugal, dans désert de l’Atacama, tout au Nord du Chili. Pablo Neruda, le poète chilien, élu sénateur de ces terres ingrates en 1945, plante le décor dans son livre autobiographique: « Entrer sur ces espaces plats, affronter ces sables sans fin, c’est se poser sur la lune. Cette espèce de planète vide recèle la richesse principale de mon pays, mais il faut extraire de la terre aride et des monts de pierre l’engrais blanc et le minerai rouge. Peu d’endroits au monde abritent une vie aussi pénible et aussi dépourvue d’attraits. » (1) Ce sont pourtant ces paysages lunaires, veinés de cuivre et dotés de nitrates , qui font la fortune du Chili. De la fin du XIX° à la première moitié du XX° siècle, le nitrate de soude, alias le salpêtre connu depuis le Moyen Âge, est l’engrais le  plus utilisé dans le monde. Humberstone et Santa Clara, distantes d’à peine deux kilomètres et séparées par une route, sont les fantômes de ce salpêtre qui a développé l’agriculture,  mélangé les gens, et fait couler pas mal de sang.

Explosifs et agriculture.

L’histoire du nitrate chilien, acheminé à dos de mule à Lima à la fin du XVIII° siècle pour fabriquer de l’explosif, démarre vers 1930, quand l’agriculture européenne découvre les propriétés de ce fertilisant naturel. Au Etats-Unis, en Argentine, ou en Russie, la demande explose. Au Brésil, on l’utilise pour faire pousser le café. A Cuba, en République dominicaine, il améliore la culture de la canne à sucre. Vers le milieu du XIX° siècle, un nouveau procédé ouvre la voie à une exploitation industrielle. Les milliers de kilomètres de rail ferroviaire qui quadrillent le nord du territoire chilien au cours des décennies suivantes en facilitent l’exportation. Le Chili est alors le principal producteur mondial de nitrate. En 1890, il contribue pour moitié à la richesse du pays. A la veille de la Première Guerre mondiale, le salpêtre représente 80% des exportations du Chili. (2) Le conflit, qui contrarie les échanges mondiaux, désorganise la filière. L’Allemagne, gros consommateur de ce sel naturel aux mains des Anglais, pour ses explosifs et pour son agriculture, a déjà commencé à produire du nitrate à base d’ammoniaque.

Nitrate d’origine chimique.

En 1862, Le site de Humberstone est investi par la Société péruvienne du Nitrate. L’exploitation s’appelle alors La Palma. De l’autre côté de la route, la construction de Santa Laura, conduite par la société Barra et Risco, s’achève dix ans plus tard. En 1889, La Palma devient l’une des plus grandes cités du salpêtre de la région de Tapaca. On y recense  environ 3000 habitants.(2) La petite ville dispose d’un théâtre, fréquenté par les stars du moment, d’un hôtel, et même d’une piscine. Santa Laura, entreprise plus modeste, compte 420 familles dans les années 20. (2) Mais la crise économique des années 30 contrarie l’industrie du nitrate chilien. La Palma ferme en 1932. Puis ouvre à nouveau. En 1933, la filière du nitrate, reprise par la COSATAN ( Compania Salitrera de Tarapaca y Antofagasta) est réorganisée, et modernisée. La cité s’appelle désormais Humberstone, le nom de son  fondateur anglais. L’exploitation prospère à nouveau, on y construit de nouveaux bâtiments, environ 3700 personnes y habitent en 1940. Les efforts pour rendre la filière compétitive n’ont pas suffi. En 1950, le nitrate chilien ne représente plus que 3% des échanges mondiaux. (2)En 1960, les fertilisants d’origine chimique condamnent le négoce chilien. Et les cités qui s’en sont nourries.

«…quinze grèves, huit ans de pétitions et sept morts… »

Humberstone et Santa Laura racontent aussi l’histoire de ces ouvriers, Chiliens, Péruviens, Boliviens, qui se sont mélangés pour créer une culture « pampina ». Cette petite communauté, isolée et écrasée par le soleil du désert, s’est organisée, a inventé une langue, et a mêlé ses traditions. Pable Néruda y décrit une humanité qui a pris l’aspect du désert  « Ce sont des hommes au visage brûlé; toute leur expression de solitude et d’abandon est déposée dans l’intensité sombre de leurs yeux. » (1) Il évoque encore « cette main qui porte la carte de la pampa dans ses cals et dans ses rides. » (1) Cette colonie, soumise à la discipline et au diktat de ses dirigeants, a surtout inventé la contestation au Chili. Pablo Neruda raconte les conditions de travail et les grèves. Il parle de ces planches posées dans les mines de salpêtre pour éviter que les ouvriers pataugent dans « une boue où l’eau se mêlait à l’huile et aux acides. » Une protection qui a « coûté quinze grèves, huit ans de pétitions et sept morts ». (1) Sept meneurs assassinés dans le désert par une police au service de la compagnie minière. « Mais avant, c’était pire.» En 1907, 6000 travailleurs sont exécutés par l’armée à Iquique, petite ville minière où se sont rassemblés les exploités du salpêtre. Cette grande grève de la province de Tarapaca, date de l’histoire nationale,  permettra au monde ouvrier chilien de se structurer pour conquérir des droits.

Rouille et pillards.

De vieilles machines figées, des rangées de bâtiments de bois offerts aux vents, des toits de tôle malmenés par le sel des brises venues de l’océan, de grandes pièces remplies de lumière et de solitude qui ne demandent qu’à s’effondrer, des planchers crevés, c’est à peu près tout ce qui reste du salpêtre et de ses révoltes. Les pillards se sont déjà servis. En 1970, Humberstone et Santa Laura deviennent monuments nationaux. En 2005, les sites sont listés au patrimoine mondial de l’UNESCO. La piscine, déjà rongée par la rouille, n’a pas grand-chose à craindre d’une pluie qui ne tombe que deux ou trois fois par siècle.

 

M.J

 

 

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(1) «J’avoue que j’ai vécu », Pablo Neruda, Mémoires, Gallimard, 1975, (« La pampa du salpêtre », p 222 à 228.

(2) Usines de salpêtre de Humberstone et de Santa Laura, Convention du Patrimoine mondial, UNESCO,  http://whc.unesco.org/fr/list/1178/

Accès à des sites chilien (espagnol) :

- Humberstone y Santa Laura, Nuestro Patrimonio, Nuestro Chile:

http://www.educarchile.cl/Portal.Base/Web/verContenido.aspx?ID=130439

- Oficina Humberstone:

http://www.albumdesierto.cl/ingles/2humber.htm

 


Publié le 13 septembre 2011 par marlene dans Chili,Histoire.,Urbanisation
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« Perfumed Jungle », essence d’architecture verte.

Bonjour,

En feuilletant « GREEN – Architecture Now», un gros bouquin qui illustre les déclinaisons de l’architecture verte dans le monde, maisons individuelles ou projets plus ambitieux, je me suis arrêtée sur « Perfumed Jungle ». C’est une proposition architecturale étonnante qui métamorphose le front de mer de et le quartier des affaires de l’île principale de Hong-Kong. Un gigantesque projet qui oxygène et souligne un paysage urbain planté de buildings. « Hong- Kong », assise au bord de la Mer de Chine méridionale, à l’embouchure de la rivière des perles, signifie « Port aux Parfums », un nom qui évoque le temps où les arbres parfumés abondaient dans la ville. L’équipe de « Vincent Callebaut Architecture » , à l’origine de cette vision architecturale, a repris l’évocation pour imaginer une « Jungle parfumée» dans une ville soumise à de fortes contraintes environnementales, et humaines. Hong- Kong, composée de trois îles aux paysages escarpés, oppressée par un climat subtropical, est encore étouffée par une  pollution qui la plonge souvent dans un brouillard gris. La cité, qui concentre un peu plus de 7 millions d’habitants sur 1/5° de son territoire, le reste est trop montagneux pour construire, présente des densités de 30.000 habitants au km², parmi les  plus élevées au monde. (2) « Perfumed Jungle », qui propose un ensemble de tours aérées et rebondies, offertes à une végétation abondante, qui décline une topographie aquatique en bord de mer, doit modérer la pollution, tout en inversant l’empreinte écologique du quartier. Les tours, jardins verticaux plongés en Mer de Chine, constituent des habitats pour la flore, la faune, et les hommes. Grâce au processus de photosynthèse, leur végétation doit purifier l’atmosphère. Chaque élément, autosuffisant, doit produire plus d’énergie et de biodiversité qu’il en consomme. Au bas des tours, l’espace aquatique, maillage de piscines, de marinas, de nouveaux quais, ou lagons d’épuration biologique, doit constituer une réserve d’eau pour le quartier, un espace de vie pour les espèces locales. Sa géographie, en cascade,  rappelle les paysages de rizières. L’ensemble, aux fonctions écosystémiques, donne vie à l’architecture. Cette proposition urbaine a été imaginée pour l’une des villes les plus prospères de la planète, qui n’a pas encore signé, et qui peine à développer un plan de logements sociaux

Visite du projet sur le site de Vincent Callebaut

M.J

(1) « GREEN – Architecture Now – L’architecture VERTE d’aujourd’hui.”. Philip Jodidio – Editions TASCHEN – 2009 – “Perfumed Jungle” – Hong-Kong, China, 2007, pp 100-105

(2) Géographie de Hong-Kong, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9ographie_de_Hong_Kong


Publié le 12 novembre 2010 par marlene dans Architecure.,Biodiversité,Chine,Urbanisation
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L’homme qui rêvait de blanchir la montagne.

Bonjour,

L’homme qui rêvait de blanchir la montagne s’appelle Eduardo Gold. Ce Péruvien d’une cinquantaine d’années, qui voit son glacier andin reculer d’année en année, va tenter de le reconstituer en le badigeonnant de blanc. L’idée est simple. Recouvrir les hauteurs du Chalon Sombrero, un sommet perché à  4756 mètres, d’une mixture à base de citron, de blanc d’œufs, et d’eau, pour recréer une surface blanche, et augmenter l’albedo.  Quand le soleil est réfléchi sur une surface blanche, ou claire, son énergie est renvoyée dans l’atmosphère, puis dans l’espace, sans réchauffer la surface de la terre. Ainsi, le sommet de Chalon Sombrero, recouvert de blanc, bénéficierait d’un micro- climat, plus froid, qui lui permettrait de recouvrer une partie de ses glaces. Idée loufoque selon les uns, idée géniale selon les autres, mais pourquoi ne pas essayer ?  La Banque Mondiale qui mène l’opération «  Cent idées pour sauver la planète », a retenu, parmi d’autres, le projet de ce glaciologue autodidacte. Et lui a attribué une enveloppe de 200.000 dollars pour éclairer son sommet. (1)

Le Pérou, qui concentre 70% des glaciers de l’espace tropical, est l’un des pays les plus exposés au changement climatique. Un rapport sur ses effets, publié en 2007 par Les Amis de la Terre, documenté par le GIEC (2007), rapporte un recul des glaciers plus alarmant au Pérou que dans les autres pays andins.(2) Au cours des 35 dernières années, ils auraient perdu environ le quart de leur surface. Or ces glaces, qui sont des réservoirs d’eau potable pour les communautés andines et les importantes populations côtières, qui permettent de produire de l’hydro-électricité, et qui irriguent l’agriculture, sont vitales pour le pays.(2) Les habitants de Lipaca, le village que surplombe le Chalon Sombrero, qui dépendent des eaux de son glacier, remarquent son retrait progressif depuis une bonne quinzaine d’années. Et quand moins d’eau signifie moins de pâturages, ils s’inquiètent pour leurs troupeaux, principale activité de la bourgade andine. Pour contrer les effets d’un changement de climat, également observé par des variations de température, quelques villageois, armés de gobelets remplis de cette mixture naturelle utilisée par les Anciens, blanchissent les rochers qui entourent les sommets du Chalon Sombrero pour redonner vigueur à son glacier.

Le problème, c’est qu’il a fallu deux semaines pour couvrir deux hectares. Et qu’il en faudra encore beaucoup pour badigeonner les 70 hectares environnants, à moins d’y employer tout le village. C’est peut-être ici, confinée sur ce petit bout de territoire andin qui lui a donné naissance, que l’idée révèle ses limites. Thomas Condom, glaciologue français impliqué depuis une quinzaine d’année dans l’évolution de ces glaciers tropicaux, interrogé par BBC News, contextualise l’idée d’Eduardo Gold : « L’impact sera nécessairement local, il ne renversera pas ou ne stoppera pas un phénomène observé à l’échelle d’une région entière. Il serait très difficile de reproduire l’expérience à grande échelle dans les Andes. » (1)

L’histoire, en vidéo

M.J

(1) Can painting a mountain restore a glacier?, By Dan Collyns
BBC News, Ayacucho, 17-06-2010.

http://news.bbc.co.uk/2/hi/world/latin_america/10333304.stm

(2) « Climate Testimonies », Les Amis de la Terre International, Novembre 2007, Pérou, p 24 à 27. http://www.foei.org/fr/publications/pdfs/climate-testimonies/


Publié le 1 juillet 2010 par marlene dans Afrique,Climat,Comprendre,Développement durable,eau,Non classé,Préjudice écologique,Urbanisation
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Le Nil, une ressource disputée.

Bonjour,

Sept pays d’Afrique orientale souhaiteraient profiter des eaux du Nil pour se développer. Réunis mi-mai à Entebbe, en Ouganda, L’Ethiopie, la Tanzanie, l’Ouganda, le Kenya, la République démocratique du Congo, le Rwanda,  et le Burundi, réclament un partage plus équitable des eaux du fleuve. L’Egypte et le Soudan, déserts irrigués par le Nil, rejettent un  processus qui remettrait en cause un accès historique privilégié au plus long fleuve d’Afrique.

Un Nord arrosé, un Sud aride.

Le Nil, qui a porté l’Islam sur le continent africain, et qui bien plus tard, a permis à l’Angleterre de repousser les frontières de son Empire colonial sur les marges orientales, s’étend sur plus de 6800 km. C’est l’un des plus longs fleuves du monde. Son bassin, qui occupe plus de 3 millions de km², environ 10% du continent africain. Il traverse dix pays :le Burundi, la République démocratique du Congo, l’Egypte, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya, le Rwanda, le Soudan, l’Ouganda et la Tanzanie. Le fleuve naît à Khartoum, de la confluence du Nil Blanc, venu du Lac Victoria – partagé par l’Ouganda, le Kenya et la Tanzanie – et du Nil Bleu,  qui prend sa source dans le Lac Tana, dans les hauts – plateaux éthiopiens.  C’est aussi le Nil Bleu qui contribue à 70% du débit annuel du fleuve. D’ailleurs, le Nil est principalement alimenté par les pays situés en amont, sur un territoire qui couvre 20% seulement de son bassin. Puis il s’écoule vers un nord plus aride, où l’apport en eau est minimal, et l’évaporation intense. Cette différenciation Nord-Sud, un Sud qui nourrit le fleuve et un nord aride, est soulignée par le régime des pluies. Les pluies tropicales abondantes de la région des Grands Lacs et du sud-ouest éthiopien contrastent avec les faibles précipitations relevées en Egypte et au Soudan. Il tombe entre 900 et 1500-1900 mm de pluies par an au Burundi, au Congo, et au Rwanda. La moyenne égyptienne hésite entre zéro et 120 mm par an. Celle du Soudan part aussi de zéro, mais peut grimper à1610 annuels.  Autre différence, le Nil n’a pas la même importance pour tous les pays qui partagent son bassin. En République démocratique du Congo, le fleuve ne représente qu’une petite part des ressources totales du pays. A l’opposé, le Rwanda, l’Ouganda, le Soudan, et l’Egypte dépendent du Nil pour leur approvisionnement. Au Burundi et au Rwanda, l’eau se renouvelle à l’intérieur des frontières. En Egypte et au Soudan, l’eau provient surtout de l’extérieur. (1) C’est sans doute pourquoi ces deux grands pays, désertiques et dépendants, défendent un accès privilégié au Nil, accordé par le colonisateur britannique en 1929.

Développement et démographies.

Le traité de 1959, qui prolonge et modifie celui de 1929, sert les projections égyptiennes. Le texte de 1959 alloue 75,7% du débit du Nil, 55,5 milliards de m3, à l’Egypte. Le Soudan, qui réclamait plus, obtient 24,3%, 18,5 milliards de m3. De plus, le Caire dispose d’un droit de veto sur les aménagements susceptibles de réduire le débit du fleuve. Les pays situés en amont ont toujours contesté la validité d’un traité pour lequel ils n’ont pas été consultés, Ethiopie en tête. (2)L’Ethiopie, en crise avec l’Egypte depuis la Seconde Guerre mondiale, prétend que la contribution de son territoire aux eaux du Nil – plus des deux tiers du débit exploité par l’Egypte et le Soudan – devrait lui autoriser un  meilleur accès. Les pays situés en amont,  où la démographie explose et les forêts reculent, comptent aujourd’hui sur le Nil pour développer des projets d’irrigation, et construire des barrages hydro-électriques. (3)  L’Ethiopie ambitionne déjà d’exporter de l’électricité. En aval, l’Egypte plus développée, est également confrontée à une démographie galopante. Sa population de 80 millions d’habitants, qui pourrait doubler d’ici le milieu du siècle, manquera d’eau. (4)

M.J

Nil / Population / UNEP

(1) « Water sharing in the Nile River Valley», Diana Rizzolio, UNEP/DEWA/GRID-Geneva-DR-January-June 1999- January-June 2000 http://www.grid.unep.ch/activities/sustainable/nile/nilereport.pdf

(2) » Les enjeux actuels du partage du Nil entre craintes égyptiennes et rancœur éthiopienne », Frédéric Lasserre, Département de Géographie, Université de Laval, 2003, http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2003/lasserre2/article.htm

(3) « Région des Grands Lacs africains : collapse Nature-société pronostique. »Alain Cazenave-Piarrot. alain.cazenave-piarrot@toulouse.iufm.fr

Publié le lundi 8 février 2010

http://geographica.danslamarge.com/REGION-DES-GRANDS-LACS-AFRICAINS.html

(4) « Démographie Egypte : un défi majeur », GéoPopulation, Informations, données, classements, statistiques et cartes sur les pays du monde

http://www.geopopulation.com/20080610/demographie-egypte-defi-majeur/


Publié le 25 mai 2010 par marlene dans Afrique,Developpement,eau,Préjudice écologique,Urbanisation

Elevage: entre industrie et survie.

Bonjour,

Poussé par les pays en voie de développement, l’élevage planétaire est en plein boom. C’est le constat du rapport 2009 de la FAO, l’organisation des Nations –Unies pour l’alimentation et l’agriculture. L’amélioration du niveau de vie, l’urbanisation, et la croissance démographique ont fait décoller la demande en viande, en œufs, et en produits laitiers. Cette évolution, rapide et anarchique, pèse sur l’environnement. Mais, dans les pays les plus pauvres, posséder une vache évite la faim.

Multiplications.

Côté consommation, la multiplication s’impose. En 25 ans, dans les pays de l’Est et du Sud-Est asiatique, la part de la viande dans le régime alimentaire a pratiquement été multipliée par 4. Elle est passée de 12,8kg, par an et par habitant en 1980, à 48,2kg en 2005. En Chine, pour la même période, elle a plus que quadruplé, sautant de 13,7 kg à 59,5 kg. En 2005, les Chinois consomment aussi dix fois plus d’œufs et de lait qu’en 1980. Au Brésil, depuis les années 80, la part de la viande a doublé,  portant la consommation à plus de 80 kg, par an et par habitant, en 2005. Exception dans ce changement de régime, l’Afrique sub-saharienne,  où les chiffres stagnent et reculent. Globalement, si la consommation de produits dérivés de l’élevage a doublé dans les pays les moins riches en plus de deux décennies, elle n’a guère progressé dans les pays développés, où l’alimentation d’origine animale était déjà très importante. Avec plus de 120 kg de viande par an, et par habitant, les Etats-Unis restent le royaume du steack. L’offre a globalement suivi la géographie et l’envolée de la demande. Entre 1980 et 2007, la production issue de l’élevage a plus que triplé dans les pays émergents. L’Asie de l’Est et du Sud- Est a accompli une transition plus rapide, suivie par l’Amérique latine et les Caraîbes. La Chine a multiplié sa production de viande par 6, le Brésil par 4. En 2007, les pays en voie de développement produisent plus d’œufs et de viande que les pays développés.

Elevage industriel.

Elevage industriel, celui qui approvisionne des villes toujours plus peuplées, notamment dans les pays en voie de développement. L’urbanisation y est de 73%, contre une moyenne mondiale de 42%. Au Brésil, en Chine, en Inde, les revenus ont augmenté, les habitudes alimentaires ont changé. La viande s’est imposée dans les menus des citadins qui, désormais, prennent leurs repas à l’extérieur. Ce changement de régime, décliné à l’échelle des puissances émergentes, pèse sur l’environnement. L’élevage, gros producteur de gaz à effet de serre, 18% des rejets mondiaux, est aussi un gros consommateur. Chaque année, il puise 8% de la réserve mondiale en eau. Il s’étend sur de vastes superficies agricoles, 80% des terres disponibles, dont 1/4 de pâturages et 1/3 de zones destinées à produire des aliments pour le bétail. Dans certains pays, les exploitations intensives repoussent la forêt, et favorisent le surpâturage. L’élevage, qui s’est rapproché des villes pour réduire les coûts des transports, est aussi un vecteur de maladies. La FAO regrette que la filière, boostée par la technologie dans un souci de rentabilité, se soit emballée sans cadre institutionnel, sans contrainte, sur le dos des équilibres sociaux et naturels. D’où l’urgence à contrôler un développement qui intègre les petits producteurs, n’épuise pas les ressources naturelles, et respecte les règles sanitaires. Et s’il faut choisir une viande, la volaille ou le porc, en rapide expansion, à l’alimentation  plus douce pour l’environnement que celle du boeuf.

Elevage domestique.

Elevage domestique, celui qui soulage le quotidien des ménages les plus pauvres. Dans de nombreux pays en voie de développement, de petits exploitants associent l’élevage à une agriculture familiale. La FAO, qui a échantillonné une quinzaine de pays, révèle que 60% des ménages entretiennent des animaux. A Madagascar, la part des familles possédant du bétail grimpe à 77%, 63% au Malawi, 82% au Viet-Nam, et 84% en Equateur. Sans compter les oubliés de la richesse européenne, 84% en Albanie, et 72% en Bugarie. Ce bétail, qui donne des veaux et du lait, est d’abord une source de revenus pour ces petits exploitants. Il est aussi l’assurance d’une alimentation régulière, et de bonne qualité. Il représente encore une force de travail pour cultiver les champs. Et dans ce monde où rien ne se perd, les bouses de vaches constituent un engrais, ou un combustible. L’élevage est aussi une source d’emploi pour les femmes qui élèvent des poules et des chèvres, et tirent revenus des œufs et du lait. En Afrique, la volaille, produit de la maison ou produit du village, est d’ailleurs souvent une affaire de femmes. Mais, à moins d’un sérieux coup de pouce de la part des décideurs, assorti d’un encadrement institutionnel, « La production animale risque de rester  un moyen d’existence et un filet de sécurité essentiels pour les ménages pauvres pendant de nombreuses années encore. »

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Et pastoralisme.

A distance de l’élevage industriel et  à proximité de l’élevage domestique, le pastoralisme. Dans certains pays de la Corne de l’Afrique ou du Sahel, les éleveurs négocient leurs chèvres, leurs moutons, leurs bœufs, ou leurs chameaux à des marchands qui les destinent au Proche Orient, ou aux agglomérations côtières d’Afrique de l’Ouest. Ce commerce est aujourd’hui menacé par des normes sanitaires plus rigoureuses. La multiplication des contrôles frontaliers, l’expansion des terres cultivées et des aires protégées, limitent aussi l’espace pastoral traditionnel. Partout dans le monde, les éleveurs nomades sont une espèce en voie de disparition. Autre ennemi de cet élevage itinérant, le changement climatique qui assèche des terres déjà arides, et prolonge les sécheresses.

M.J

Rapport FAO 2009: « Le point sur l’élevage »


Publié le 31 mars 2010 par marlene dans Agriculture.,FAO,Urbanisation
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Des villes chinoises trop éloignées de Copenhague.

Bonjour,

Après le Brésil et l’Inde, troisième « cliché » avant  Copenhague, la Chine, cet autre grand pays émergent, non soumis aux contraintes de réductions de gaz à effet de serre, édictées par le protocole de Kyoto. Tout est parti d’une phrase lue dans un article de Libération,  intitulé   « Chine, l’inflation des milliardaires »: «Récession ou pas, cet enrichissement n’est pas prêt de s’arrêter car le vaste mouvement d’urbanisation de la Chine ne fait que commencer, et c’est cela qui nourrit la croissance» (1). La démographie, la mobilité des populations, le vacarme des chantiers, l’irrationnel,  cette phrase m’a semblé effrayante. Les chiffres confirmaient. De 1980 à 2005, le nombre de citadins a pratiquent doublé en Chine, il pourrait atteindre le milliard d’ici à une vingtaine d’années. (2) Chaque année dix millions de ruraux se laissent porter vers des villes qui gonflent à vue d’oeil. Et chaque année, il faut convertir 20 milliards de m² supplémentaires en logements pour accueillir ces déracinés. (3) Si cette urbanisation est un indicateur de croissance, elle révèle aussi un cancer environnemental. La construction, qui avale quantité d’eau et de ciment, qui confisque des sols à l’agriculture, est une industrie gourmande en énergie. Selon la Chinese Society for Urban Studies (CSUS), les villes consommeraient plus de 55% de l’énergie nationale, et produiraient une part à peu près équivalente de CO².(4) En Chine, c’est le charbon, grand ami du réchauffement climatique, qui alimente les chantiers et éclaire les logements. Pour la CSUS, qui vient de rendre un rapport sur la « stratégie de développement des éco-cités à faibles émissions », la Chine ne peut pas continuer sur cette voie-là. « Le modèle courant d’extension urbaine arrive à son seuil critique. Il ne répond plus aux nouvelles exigences de l’urbanisme », commente  Wu Yin, vice président du CSUS et universitaire  qui réfléchit à une reconversion du paysage urbain chinois. (4)

« Dessine – moi une cité-modèle. »

En 2005, une délégation chinoise visite Bedzed, une petite communauté urbaine au sud de Londres, engagée sur la voie du « zero energie » et du « no carbone. »Un échantillon remarquable d’ éco – cité. Les Chinois, soucieux de croissance économique mais attentifs au credo environnemental, décident de transposer le modèle. Dongtan, la première grande cité écologique au monde, sera érigée sur l’île de Chongming,  dans l’estuaire du Yangtze,  face à Shangaï, comme pour dissiper l’image d’une métropole clinquante et énergivore. La société britannique de conseil en ingénierie ARUP, qui signe un contrat de plusieurs milliards de dollars avec la Shangaï Industrial Investment Corporation (SIIC) conduit le projet. La première phase doit coïncider avec l’Exposition universelle de Shangaï, en 2010. Cette cité – vitrine, dopée aux renouvelables, solaire et éolien, devrait atteindre l’autonomie énergétique. Les transports en commun, équipés de piles à hydrogène combustible,  et les véhicules particuliers, comptés et alimentés au biocarburant, devraient encore adoucir un environnement dominé par les espaces verts. Petite touche bio, les potagers aménagés en périphérie. Avant le milieu du siècle, ce nouvel ilôt de 86 km² devrait accueillir un demi-million de personnes. Mais ce projet, symbole d’une conversion à l’écologie urbaine, met du temps à démarrer. La crise financière de 2008, qui ne semble pourtant pas arrêter l’autre urbanisation, quelques histoires de corruption, et le choix d’asseoir Dongtan sur d’anciens marais, fondation incertaine, expliqueraient un  retard qui s’éternise. (4)

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En attendant les cités – modèles planifiées, moins gourmandes en énergie,  moins agressives pour l’environnement, il y a urgence à loger ces millions de migrants qui fuient la pauvreté des campagnes pour soutenir l’essor économique du pays. Il est question de stabilité sociale. En annonçant  son intention de réduire son « intensité carbonique » de 40 à 45% d’ici à 2020, et par rapport à 2005, Pékin fait déjà un effort.

M.J

(1) « Chine, l’inflation des milliardaires », Philippe Grangereau, Libération, 26-10-2009. http://www.liberation.fr/economie/0101599263-chine-l-inflation-des-milliardaires

(2) “In China, overambition reins in eco-city plans” , Simon Montlake, The Christian Science Monitor, 23-12-2008, http://features.csmonitor.com/environment/2008/12/23/in-china-overambition-reins-in-eco-city-plans

(3) « La Chine dans le processus de Copenhague: la difficile inclusion d’un grand émergent », Blandine Barreau, Johanne Buba, Centre d’analyse stratégique, Département de la recherche, des Technologies, et du Développement  durable, Juin 2009, Complément 2C. http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/BarreauetBubarapportTirole.pdf

(4) « China maps out low carbon eco-city strategy », Ni Yuanjin , China.org.cn, 23-10-2009 -D’après une enquête de la Chinese Society for Urban Studies (CSUS), octobre 2009.Enquête de 2006, menée sur 287 districts urbains, constitués autour de préfectures. . http://www.china.org.cn/environment/2009-10/23/content_18757609.htm


Publié le 4 décembre 2009 par marlene dans Actualité,Chine,Copenhague,Urbanisation
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New-York et la menace des eaux.

Bonjour,

New-York,  et ses huit millions d’habitants, seraient plus exposés à une élévation rapide du niveau de la mer que la plupart des grandes métropoles portuaires du monde. L’eau s’y élève plus vite qu’ailleurs. La vulnérabilité et la sécurité de la « Big Apple » étaient au menu du « H209 Water Forum », une conférence internationale sur les villes côtières, et le changement climatique, qui s’est tenue à New-York les 9 et 10 septembre. Egalement discuté, le coût faramineux  d’infrastructures pour protéger la ville. De gros investissements nécessaires, mais basés sur des hypothèses climatiques, qui embarrassent certains décideurs.

Une montée des eaux plus élevée et plus rapide.

New-York et ses 900 kilomètres de côtes pourraient voir la mer s’élever assez rapidement au cours de ce siècle. En cause, les dynamiques du réchauffement climatique. D’abord, l’augmentation du volume des océans causée par la hausse des températures. Puis la fonte des glaciers de montagne et de fragments de calotte glaciaire. La perte de glaces au Groenland et en Antarctique, phénomène avéré par de récentes études, pourrait d’ailleurs précipiter cette modification du niveau marin. D’autres facteurs, le pompage des eaux souterraines, l’aménagement de réservoirs, le drainage des zones humides, ou la déforestation, participent à cette montée des mers .(2)(3) Autre élément, le niveau des océans n’est pas uniforme. Par exemple, l’Atlantique Nord, aux eaux plus froides, plus denses, et plus salées,  est d’une soixantaine de centimètres plus bas que le Pacifique Nord. L’élévation du niveau des océans ne présente pas non plus une dynamique uniforme.  En mars dernier, une étude envisageait une élévation du niveau de l’eau beaucoup plus rapide le long de la côte du Nord-Est des Etats-Unis. En cause, une circulation ralentie des eaux de l’Atlantique Nord.(4) D’autres études, basées sur des projections de fonte des glaciers du Groenland, annoncent une perturbation sensible des courants. Conséquence attendue, le niveau de la mer le long des côtes de New York pourrait être de 50 cm plus élevé qu’ailleurs. Une montée des eaux plus rapide aussi. (1) La côte Nord-Est, et la ville de New-York, sont encore exposées à de violentes tempêtes, avec risques d’inondations associés, qui pourraient s’amplifier avec le réchauffement climatique. Mais, un accident météorologique, pas forcément lié au changement de climat, peut intervenir à tout moment. (4)

Une métropole exposée.

New-York est une métropole exposée. Une grande partie de cité s’étale à moins de 50 cm au dessus du niveau de la mer. Et une dizaine de centimètres seulement, pour certaines parties de Manhattan. Dans le cas d’une montée des eaux d’une cinquantaine de centimètres, hypothèse la plus souvent retenue, les berges du bas Manhattan seraient inondées une vingtaine de fois par an, « un petit Venise ». (1) Et surtout, le cœur de la « Big Apple », la partie enterrée de la ville, se situe au dessous du niveau de la mer. Le New-York underground est un endroit stratégique qui concentre les réseaux de communication, de fibres optiques, d’eau, d’électricité, d’assainissement des eaux, sans oublier le métro. Des inondations y seraient désastreuses. D’autre part, les déluges causés par des tempêtes pourraient paralyser le réseau de communication côtier, routes, autoroutes, tunnels, et industries.

Hypothèses climatiques et investissements.

Au « Waterforum » de New-York, les hypothèses et les scéanarii climatiques, enrichis de nouvelles projections sur la fonte des glaces, ont été mis en parallèle avec le coût de la prévention. « On ne peut pas prendre des décisions qui coûtent des milliards de dollars sur la seule base d’hypothèses. », déclare Rohit Aggarwala, directeur de l’aménagement et de l’environnement de la ville,  dans le Wall Street Journal (1) Les aménageurs, qui planchent sur le long terme, cherchent un équilibre entre le coût d’infrastructures destinées à stopper les inondations, et les incertitudes liées aux projections climatiques. A New-York, il faudrait protéger le district financier, le port, le réseau électrique, et le métro, avec un système de barrières comme celui qui défend Londres, Rotterdam, ou Saint Petersburg. Une quarantaine de métropoles dans le monde, Amsterdam, Tokyo, Shanghai, ont déjà investi dans la protection. Mais, les chiffres font peur. A Venise, les ingénieurs édifient une barrière de 7 milliards de dollars pour éviter les effets des marées hautes qui produisent une centaine d’inondations par an. A la Nouvelle Orléans, un ouvrage de 700 millions de dollars devrait adoucir les inondations dues aux cyclones. (1) Mais,  puisque l’on parle d’argent, que coûterait une inondation de l’underground new-yorkais ?

Protéger New-York n’est pas un problème technique. Un article de la Cité des Sciences évoque un problème politique. Une répartition des responsabilités entre les municipalités, les Etats, et le gouvernement fédéral, contribuerait à freiner les décisions. Peut-être pas seulement. Le Wall Street Journal  rapporte la position de Rohit Aggarwala : « Si nous devons fermer la bourse pour un jour parce que l’eau y coule, ce ne sera pas sans précédent. Une grosse tempête de neige peut provoquer cela. La vraie question est notre rapidité à tout remettre en ordre. » (1)

M.J.


Le métro de New-York inondé, printemps 2007.

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(1) « New York City Braces for Risk of Higher Seas “,  Robert Lee Holtz, The Wall Street Journal, Science Journal, 11-09-09. http://online.wsj.com/article/SB125261934441101047.htm

(2 )Daprès  IPCC, 2007. http://www.epa.gov/climatechange/science/recentslc.html

(3)”Ainsi fond, fond, fond..”, Sylvestre Huet, Libération, 19-20 septembre 2009.

(4) “Climate Impacts in New York City: Sea Level Rise and Coastal Floods”

http://icp.giss.nasa.gov/research/ppa/2002/impacts/introduction.html


Publié le 21 septembre 2009 par marlene dans Climat,Urbanisation
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Masdar, ghetto écologique.

Bonjour,

Zéro carbone, zéro déchet, et pas de voiture. Masdar, la cité écologique modèle, va surgir du désert d’Abu Dhabi, dans les Emirats Arabes Unis. La construction de cette ville compacte de 6 km², isolée de la chaleur et des vents du désert par des murs d’enceinte, une évocation des villes arabes, vient d’être annoncée. La cité, qui exclut les énergies fossiles, n’émettra pas de CO².  Masdar parie sur le renouvelable, une grosse centrale voltaïque assortie d’un gigantesque parc d’éoliennes, pour fonctionner en autarcie. Cette orientation énergétique, qui mise sans risque sur l’ensoleillement et le vent, peut surprendre dans un pays qui possède 10% des réserves mondiales de pétrole. Justement. La question énergétique, qui sous-tend l’augmentation de la demande et l’épuisement annoncé des réserves, est au cœur du projet. Masdar veut montrer au monde entier que le 100% renouvelable peut être une solution d’avenir. Et pour souligner sa démonstration, la ville bannit la voiture. Un réseau de transports électriques automatisé, avec des arrêts distants de 200 mètres, permettra le déplacement des habitants pressés. Les autres marcheront au gré des rues étroites et ombragées, autre rappel de la ville arabe, et de ses contraintes climatiques.

La cité, présentée sans déchet, développera le recyclable. L’eau, produite par une unité de désalinisation alimentée par le solaire, sera économisée, et recyclée. Les eaux usées devraient servir à arroser les espaces publics, les cultures alimentaires, et celles destinées aux agro- carburants. Qui font aussi partie du package environnemental. Un réseau routier et ferroviaire permettra de relier le centre d’Abu Dhabi, et l’aéroport international. Il faut bien accueillir les nouveaux habitants. Environ 50.000 sont attendus en 2015, à l’issue d’un projet annoncé en 2006, et conçu par le cabinet britannique Partners and Fosters. Le concept, qui répond à la fois au réchauffement climatique et à la course aux énergies, annonce peut-être un nouveau type d’urbanisme. Le ghetto écologique à 22 milliards de dollars.

M.J

http://www.dailymotion.com/videox2zeod

Sources : Masdar / Wikipedia: http://fr.wikipedia.org/wiki/Masdar

Site Masdar / Home: http://www.masdaruae.com/en/home/index.aspx

Fosters and Partners/ Masdar Development : http://www.fosterandpartners.com/Projects/1515/Default.aspx


Publié le 12 mars 2009 par marlene dans Actualité,énergie,Urbanisation
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L’eau, un autre territoire pour la ville.

Bonjour,

Des maisons sur l’eau aux Pays-Bas, des quartiers flottants au Canada ou aux Etats-Unis, des aéroports asiatiques posés sur des îles artificielles, des projets délirants à Dubaï ou au Qatar, la mer ouvre l’espace urbain. L’idée n’est pas nouvelle. Le premier site de Mexico, l’ancienne capitale de l’Empire Aztèque, posée sur une île du lac Texcoco, voisine avec des îles artificielles destinées aux cultures. Dans le Japon isolationniste du XIX° siècle, Dejima est une terre gagnée sur la mer dans la baie de Nagasaki, qui devient un lieu de commerce avec les Néerlandais. Autre exemple, Ellis Island, une île artificiellement étendue pour faire face à l’afflux d’immigrés qui débarquent à New-York à la fin du XIX° siècle. (1) Aujourd’hui, une poignée d’urbanistes et d’architectes travaillent à repousser les limites de la ville sur l’eau. Cette évolution urbaine, réponse au réchauffement climatique, au manque d’espace,  au prix de l’immobilier, est une solution de pays riches. L’expansion de Monaco et les créations insulaires de Dubaï n’ont pas grand-chose à voir avec les cités flottantes du Delta du Mekong, ou les quartiers bricolés sur l’eau de Lagos.

L’eau, un territoire urbain à coloniser.

« On nous parle beaucoup de l’effet de serre, de la fonte des glaciers d’Antartique et des glaces de l’océan Arctique. Certains estiment même que le niveau des océans pourrait très rapidement monter de 5 mètres or, on a découvert que 30 p.cent des habitants de la planète habitent à moins de 10 km d’un littoral. Il serait peut-être temps de songer à bâtir sur caissons flottants et d’envisager de construire des îles flottantes, comme d’autres, avant nous, ont mis leurs maisons sur des pilotis. Rappelons que 71 p.cent de la surface du globe est couverte par les océans, et que les terres émergées occupent 134 millions de km2. » (2) Cette vision est de Paul Maymont, architecte et urbaniste français, qui a beaucoup travaillé sur les métropoles du futur. En 1959, il conçoit une étude de ville flottante pour Kyoto. Au Japon, dans les années 60, on ne pense pas encore au réchauffement climatique. C’est le manque de place qui porte la création. Kisho Kurokawa imagine la « Floating City », une cité construite en spirale sur un lac près de Narita, afin de soulager Tokyo. Kiyonori Kitutake propose lui une « Marine City », une « ville-océan », encore un projet aquatique où les tours sont conçues pour recevoir des logements supplémentaires dans leur partie supérieure.(3) Ces fantasmes architecturaux sont restés dans les cartons. A Monaco, c’est encore le manque de place qui pousse à l’aménagement du quartier de Fontvieille. A l’origine, Fontvieille n’est qu’une étroite langue de sable dans la partie occidentale de la Principauté, au pied du rocher. Un demi-siècle plus tard, le quartier, remblayé, s’étire sur 23 hectares. Fontvieille, quartier commerçant et centre d’emplois, habitat luxueux et middle-class, a pratiquement été entièrement gagné sur la mer. Une digue flottante permet encore de recevoir les bateaux de croisière. Problème de profondeur, les nouveaux aménagements du quartier, Fontvieille II, seront flottants. Monaco, qui compte sans doute poursuivre son expansion sur l’eau,  vient d’élaborer un POM, un plan d’occupation de la mer.(4) Si les quartiers flottants qui se développent aux Pays-Bas, au Canada, aux Etats-Unis, ne sont finalement pas très nombreux à l’échelle mondiale, ils ouvrent une perspective intéressante. Construire sur l’eau permet de densifier la ville, alternative à l’étalement urbain, avec les besoins en énergie et la production de CO² associés.

Des aéroports insulaires.

Le Japon, qui met sa technologie au service de sa conquête d’espace, développe des aéroports sur l’eau. Une autre façon de soulager ses villes. En 1994, l’aéroport international du Kansaï, relié à la terre ferme par un pont de plus 3 kilomètres, entre en service dans la baie d’Osaka. Si ce terminal reste une prouesse technologique, il est aussi l’un des ouvrages les plus chers au monde. Le tassement exagéré de l’île artificielle pendant les travaux, et ses solutions techniques, ont considérablement augmenté son coût. (1) Ce qui n’a pas empêché le Japon de concevoir deux autres aéroports sur l’eau, Nagasaki et Chūbu en 2003. Des contraintes urbaines ont également poussé Hong-Kong à déménager son aéroport hors de la ville. Fini l’atterrissage entre les immeubles et la baie de Kowloon, avec une vue dans l’intimité des appartements. Depuis 1998, une île artificielle, construite à partir de deux vestiges insulaires, accueille le nouvel aéroport. Le relief accidenté de l’archipel a encore plaidé pour cette délocalisation. (1) Hong-Kong, dont l’économie est ligotée au trafic aérien, confrontée au manque d’espace, a ainsi réussi à exporter un peu plus loin ses nuisances urbaines. Dans une interview à « Cyber archi », Jean-Philippe Zoppini, architecte français impliqué dans les recherches sur l’habitat flottant et les îles artificielles, exploite cette perspective : « La première qui me vient à l’esprit concerne le troisième aéroport français. Selon moi, l’idée de construire un aéroport terrestre loin de la capitale est une aberration. Pourquoi ne pas imaginer une plate-forme aéroportuaire dans l’Atlantique, à quelques encablures des côtes, qui permettrait de relier tous les continents ? Il n’y aurait pas de nuisances de bruit, pas de gens à exproprier plus ou moins contre leur gré et il y aurait une liaison à partir de cette plate forme vers toutes les capitales d’Europe. Quand on connaît le prix d’un aéroport, il n’y aurait rien d’extraordinaire à le concevoir de cette façon… » En lien, cet entretien qui traite aussi des conditions et des techniques de l’habitat marin. 

Des îles artificielles pour nantis.

Aux Emirats Arabes Unis, la ville s’expose sur l’eau. A Dubaï, Palm Island, une archipel artificiel construit façon « palmier », le summum du kitsch, a permis d’ajouter de prolonger l’espace côtier de 125 km. S’il s’agit de créer de l’espace urbain, il est aussi question de prestige, 2000 villas, 500 appartements, 200 boutiques de luxe, et une vingtaine de palaces.(1) Et toujours dans le style Disneyland, « The World », encore en construction. C’est un immense planisphère composé de 300 îles artificielles, une cartographie de la planète lisible depuis l’espace. Tourisme, habitat, ou écrins à célébrités, ces îles sont à vendre entre 10 et 45 millions de dollars US, surfaces comprises entre 23 000 et 83 000 m².(1) Pendant que Abu Dhabi destine l’île de Saadiyat à l’art, Guggenheim, Le Louvre, le Musée national, la Cité des Arts, le Musée maritime, et convoque quelques grands noms de l’architecture mondiale, Franck Gehry, Jean Nouvel, Zaha Hadid, Tadao Ando, le Qatar se lance aussi dans la course à l’île artificielle.(1) « The Pearl » , un archipel de 4 millions de km², est une ville en train de sortir de l’eau, 7600 logements prévus pour accueillir 30.000 habitants.(1)

The world

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Des îles flottantes.

Après les îles artificielles, les îles flottantes. Le Japon développe le projet « Megafloat » , une structure destinée à accueillir des populations sinistrées ou un aéroport. Ce concentré de superlatifs en innovation technologique, 300 à 1000 mètres de long selon les versions, habitat ou terminal, 60 mètres de large, un petit bout de territoire flottant présenté comme respectueux du milieu marin, et résistant aux séismes. Dommage, le site reste muet sur l’actualité du projet. Jean Philippe Zoppini est aussi le concepteur du projet « AZ », A pour le constructeur Alstom et Z pour Zoppini. Ce bâtiment, 300 mètres de large, 400 mètres de long,  78 mètres de haut, est conçu pour résister à une météo violente, vagues de plus de 10 mètres et cyclones. Cette île d’acier qui se déplace seule, clin d’œil à Jules Verne, avancera à une vitesse de 10 nœuds, environ 18 km/h. Dotée d’un lagon central, d’un héliport, d’une marina accessible à des bateaux venus de l’extérieur, elle pourra accueillir jusqu’à 10.000 passagers. Plus l’équipage, entre 3000 et 5000 personnes. Cette création est conçue pour voguer d’escale en escale, autour de la planète. Le site de Jean Philippe Zoppini en présente 2 versions. Cette réalisation devrait être présentée à l’exposition universelle de Shangaï, en 2010. Concurrent de taille mais pas de style, le « Freedom Ship », un monstre flottant,  plus de 1300 m de long pour 220 m de large, une giga-baleine propulsée avec des moteurs électriques. Architecture lourde, une barre d’immeubles posée sur une barge à fond plat, pour une capacité d’accueil de 100.000 habitants, plus 20.000 employés et 30.000 visiteurs occasionnels, là on s’étonne que ça ne coule pas…

M.J

(1) Wikipedia

(2) « Préface des dix ans du Séminaire », Paul MAYMONT, Correspondant de l’Académie des Beaux-Arts, architecte, urbaniste, Membre del’Académie d’Architecture, Fondateur et ancien président du conseil d’administration de l’Ecole d’Architecture Paris-Grand Palais-Tolbiac http://www.olats.org/schoffer/maympref.htm

(3) « Made in Tokyo », “Les Métabolistes”, Frédéric Gaudron, Weblog.http://www.fgautron.com/weblog/archives/2007/06/06/les-metabolistes/

(4) « L’océan, nouvelle frontière de l’urbanisme », Cyberarchi.com, http://www.cyberarchi.com/actus&dossiers/batiments-publics/divers/index.php?dossier=103&article=447

(5) »La ville fottante », Sciences et Vie Junior, N°134, novembre 2000, from http://www.fabien-laloyer.fr/0511ville_flottante.html


Publié le 22 septembre 2008 par marlene dans Urbanisation
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