Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Protéger l’eau à sa source: une idée qui chemine…

Bonjour,

New York est une métropole qui a choisi de distribuer une eau naturellement filtrée à près de 9 millions d’habitants, alternative aux coûts et aux nuisances d’une eau artificiellement traitée.  Au début des années 90, la ville, encore en pleine expansion, pèse sur l’environnement et renonce à construire l’unité de filtrage dont elle a besoin pour approvisionner ses citadins. A contre- courant des pratiques du moment, New York décide de valoriser un complexe hydrographique situé à proximité, le système Catskill /Delaware. Situé en amont de la ville, il comprend 6 lignes de partages des eaux, et déroule des paysages de rivières, de zones humides, et de forêts. C’est l’ensemble du système, la forêt, les sols à faible teneur en carbone, et le système d’écoulement, qui fabrique une eau de qualité.  Cette eau naturellement filtrée est ensuite acheminée, via un réseau complexe de réservoirs, d’aqueducs, de tunnels, vers le terminal de distribution. Le processus, qui multiplie les acteurs et les démarches, se concrétise en 1997. La ville développe alors un immense programme de protection de ce complexe de bassins versants, et implique les populations de Catskill et de Delaware. En échange de l’entretien des écosystèmes de ce réservoir naturel, ces communautés agricoles et forestières reçoivent une indemnité annuelle. Aujourd’hui, ce système de distribution d’eau  permet de couvrir 95% des besoins de la ville. Après l’ouragan Sandy, qui balaie le Nord de la côte Est des Etats-Unis en octobre dernier, les New-Yorkais ont manqué d’électricité pendant quelques jours. Pas d’eau potable. Si l’avantage écologique est évident, il est aussi financier. La ville, qui n’a pas construit l’unité de traitement des eaux aurait économisé entre 6 et 8 milliards de dollars. Plus quelques centaines de millions, destinés à l’entretien de la structure. L’idée, sans doute visionnaire dans les années 90, a fait du chemin. (1)(2)

 

L’eau, un frein à la croissance.

Direction la Chine, et la ville de Zhuhai sur la côte Sud. Le gouvernement chinois incite les communautés qui vivent en amont de la ville à travailler la terre sans excès, tout en respectant la ressource en eau. En contrepartie de cette agriculture plus douce, quelques 100.000 personnes, oubliées de la croissance économique, reçoivent l’équivalent d’une assurance santé. Ce programme de mise en valeur de l’eau à sa source est, comme celui de New York,  listé par le récent rapport State of Watershed Payments 2012. (1) Cette publication d’Ecosystem Marketplace – a Forest Trend initiative- dresse un état mondial des projets de restauration des lignes de partage – watershed, en anglais -, et chiffre les investissements consacrés. La Chine, qui dispose de faibles ressources en eau potable par habitant, sans doute l’un des grands pays les moins bien dotés, a bien compris l’enjeu de ce processus de conservation. Selon la Banque mondiale, le déficit et la pollution des eaux de la puissance chinoise absorberaient déjà plus 2% de son PIB. (3) Alors, pour continuer sa course au développement, la Chine investit pour préserver ses ressources en eau. Toujours selon le State of Watershed Payments, en 2011, la Chine concentre 91% des investissements mondiaux dans le secteur. Zhuhai est l’un des 61 projets de restauration des bassins fluviaux développés en Chine, sur un peu plus de 200 à l’échelle mondiale. La Chine talonne les Etats-Unis, 67 projets en cours.(1)

 

Les écosystèmes, piliers d’une nouvelle économie.

En 1996, un petit groupe de décideurs, acteurs de l’industrie forestière, défenseurs de l’environnement, donateurs, s’intéressent de près à la protection des forêts. Trois ans plus tard,n l’équipe renforcée par des chercheurs, des banquiers, et des philanthropes, fonde  Forest Trends, une ONG américaine basée à Washington. Depuis, Forest Trends porte son attention sur la valeur des forêts, dont elle caractérise et chiffre les services rendus dans le but d’inciter à une gestion durable. Forest Trends soutient les projets et les initiatives qui valorisent une économie, basée sur les écosystèmes forestiers. Il y a encore l’intention d’améliorer les conditions d’existence des communautés qui vivent dans le périmètre protégé. Ecosystem Marketplace, création de Forest Trend, fournit une base de données qui contextualise, précise les marchés, et détermine la valeur des services rendus par les écosystèmes. L’information porte, par exemple, sur la qualité de l’eau, la séquestration de carbone, ou sur la biodiversité. Elle est gratuite. Ecosystem Marketplace souhaite faire évoluer les mentalités et placer les écosystèmes au cœur d’une nouvelle économie. D’où  l’idée de leur donner une valeur pour que les services rendus – production d’eau, de nourriture, de combustibles ; régulation des eaux, du climat, pollinisation ; entretien des sols ; bénéfices socio-économiques et culturels…- ne soient plus considérés comme acquis. Cette vision économique, qui parie sur la conservation des espaces pour assurer la continuité des écosystèmes, gagne du terrain. En 2011, 17 milliards de dollars ont été investis dans la valorisation des lignes de partages des eaux. Soit 2 milliards de mieux qu’en 2008. (1) Les analystes d’Ecosystem Marketplace considèrent que les investissements dans les systèmes des  lignes de partage annoncent un renouveau du financement de la conservation des espaces naturels. Sans parler des emplois « verts » créés sur le terrain. (3)

 

 Premiers développements d’une réponse globale?

Dans un monde où 80% des espaces seraient exposés à une menace sur l’approvisionnement en eau potable, les initiatives se multiplient. (3)En Afrique du Sud, le programme Working for Water (wfw) implique des chômeurs de longue durée pour éliminer les espèces invasives, herves à pampas, jacinthes d’eau, ou roseaux géants, qui perturbent les cours d’eau, et posent des problèmes de sédimentation dans le pays. Il s’agit encore de gros eucalyptus dont les racines retiennent d’énormes quantités d’eau. L’eau libérée est  réintroduite dans  la rivière. L’Afrique du Sud économise ainsi beaucoup d’argent, qu’elle aurait dépensé pour assainir les cours d’eau. WfW emploie près de 30.000 personnes. Les fonds viennent du programme de lutte contre la pauvreté développé par le gouvernement, des factures d’eau des ménages, et d’une fondation. En 2009, le pays a consacré plus de 100 millions de dollars à la restauration de ses bassins versants, un espace estimé à 160.000 hectares. A l’échelle mondiale, le financement des projets résulte majoritairement de fonds publics. Le secteur privé, qui n’a pas toujours les moyens d’investir dans de gros travaux, ou qui considère que la gestion de l’eau reste une affaire d’Etat, est encore en retrait. Sur les 200 projets actuellement en cours, l’argent privé n’apparait que dans une cinquantaine de programmes. (4) Beaucoup de ces entreprises fabriquent des boisson. En Ouganda, un brasseur de bière finance la protection des zones humides, afin de préserver la quantité et la qualité de l’eau dont elle a besoin. Un projet analogue se développe en Zambie, financé par en partie par les brasseries zambiennes, sous licence SABMiller. En France, des agriculteurs perçoivent des compensations pour préserver la nappe aquifère, et conserver la pureté de la source Vittel, propriété du groupe Nestlé. Mais il n’est pas toujours question d’argent. En Bolivie, dans la vallée de Santa Cruz,  plus de 500 familles reçoivent des ruches, des plants de fruits, et du fil de fer, qui sert aussi à éloigner le bétail des rivières. Plus économique en Suède, dans une localité à proximité du Fjörd de Gullmar, une petite compagnie d’eau a préféré investir dans la moule bleue  pour filtrer les pollutions au nitrate, plutôt que de se lancer dans les grands travaux d’une unité de traitement des eaux. «  Nous assistons aux premiers développements d’une réponse globale qui pourrait transformer notre façon d’estimer et de gérer les lignes de partage des eaux dans le monde », déclare Michael Jenkins, Président de Forest Trends, lors de la présentation du rapport. (3)

M.J

 

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(1) « Charting New waters – State of Watershed Payments 2012” Ecosystem Marketplace, A Forest Trend Initiative.http://www.forest-trends.org/documents/files/doc_3308.pdf

(2) « New York City »,  Information Center for the Environment (ICE), UC Davies, University of California. http://ice.ucdavis.edu/node/133

(3) “New Study: US$8.17 Billion Spent in 2011 to Safeguard Drinking Water and Regional Supplies by Protecting Watersheds—$2 Billion Above 2008 Levels,” Ecosystem Marketplace, A Forest Trend Initiative, Press Release,

http://www.forest-trends.org/embargoed_water_2013.php

(4)  Global threats to human water security and river biodiversity

C. J. Vo¨ro¨smarty1*, P. B. McIntyre2*{, M. O. Gessner3, D. Dudgeon4, A. Prusevich5, P. Green1, S. Glidden5, S. E. Bunn6,

C. A. Sullivan7, C. Reidy Liermann8 & P. M. Davies9,,  334 | NATURE | VOL 468 | 1 1 NOVEMBER 2010

http://limnology.wisc.edu/personnel/mcintyre/publications/vorosmarty_etal_2010_nature_global_threats.pdf


Publié le 31 janvier 2013 par marlene dans Biodiversité,Chine,eau,Ecosystèmes.,Pollution de l'eau,USA
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« Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? », s’interroge Lester R. Brown.

Bonjour,

« Dans les années à venir, les Etats-Unis pourraient bien devoir expédier un ou deux bateaux cargos de céréales par jour en direction de la Chine. ». Cette phrase, un peu étrange, est tirée de « Plan B », un ouvrage signé Lester R. Brown, édition 2008. (1) Le Patron du Earth Policy Institute esquisse un portait édifiant d’une Chine superpuissante, qui a consommé trop vite sa géographie, épuisé ses terres et ses nappes phréatiques. Au risque de ne plus produire assez de céréales pour nourrir son imposante démographie. Lester R. Brown estime que la Chine de 2031, peuplée d’1,45 milliards d’individus avec un niveau de vie proche de celui des Américains des années 2000, consommera les 2/3 de la production mondiale de céréales. (2) En 2005, l’auteur note que la Chine absorbe déjà 120 millions de tonnes de céréales de plus que les Etats-Unis. Dans le même temps, la production céréalière du géant asiatique a chuté de 35 millions de tonnes, un recul de 9% entre 1998 et 2005. En mars 2011, LesterR.  Brown réactualise sa démonstration sur le site du Earth Policy Institute. Un article intitulé « Les Etats-Unis peuvent-ils nourrir la Chine ? » reprend les grands paramètres de l’équation alimentaire d’une Chine qui consommera plus de céréales qu’elle n’en produira.

« La Chine est en guerre.»

Premier handicap, la disparition des terres cultivables avalées par le désert. L’obsession des autorités chinoises à produire plus de céréales pour tendre vers l’autosuffisance alimentaire, et tourner la page de la grande famine des années 1959-1961 qui a fait trente millions de victimes, a conduit à une sur- exploitation des terres et des pâturages des régions  Nord et l’Ouest.  L’abus de cet espace agricole a favorisé la formation de gros nuages de poussières qui se déplacent à la fin de l’hiver et au début du printemps. Cette manifestation du désert ne s’est plus arrêtée. Chaque printemps, les habitants des régions Est doivent se battre contre une atmosphère chargée de poussières. Beijing et les autres cités orientales sont prises dans la tourmente. Mais les plus à plaindre sont les cultivateurs et les éleveurs des vastes terres du Nord-Ouest, dont les récoltes et les revenus sont balayés par la poussière. Depuis 1950, 24.000 villages de ces régions ont été, complètement ou partiellement, abandonnés. Les dunes de sables, qui ont colonisé les terres cultivables, ont poussé les agriculteurs à émigrer vers les grandes villes de l’Est, déjà surpeuplées. Wang Tao, spécialiste des déserts cité par Lester R. Brown, évalue qu’entre 1950 et 1975, un peu plus de 1500 km² de terres ont été gagnées par le désert chaque année, au Nord et à l’Ouest du territoire. Le processus s’est accéléré. Au tournant du siècle, il estime que plus de 3600 km² de terres par an, soit plus du double, deviennent incultivables. « La Chine est en guerre », annonce Lester R. Brown. Son ennemi, le désert, progresse sur plusieurs fronts à la fois. «  Et dans cette guerre contre les déserts, la Chine est en train de perdre. », constate le chercheur.

 

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Nappe fossile.

L’eau, indispensable à l’agriculture, est aussi à l’heure des bilans sur un territoire inégalement doté. Une Chine du Sud qui concentre 80 % des ressources, et une Chine du Nord qui tend vers les 15%. Pour répondre à une demande croissante en nourriture, des millions d’agriculteurs chinois ont pratiqué l’irrigation. Les nappes phréatiques qui alimentent la grande plaine du Nord en eau commencent à baisser. Dès 2005, Lester R. Brown note que le pompage excessif a épuisé les nappes superficielles, obligeant les agriculteurs à puiser dans la nappe fossile. Celle qui ne se recharge pas. Toujours en 2005, une étude révèle que dans la province du Hebei, assise dans la grande plaine du Nord, le niveau de cette précieuse eau souterraine diminue au rythme de 3 mètres par an. Plus rapidement encore à proximité des grandes villes. Il faut creuser de plus en plus profond pour l’atteindre. Si la nappe aquifère qui dort dans le sous-sol de la grande plaine du Nord disparaît, la région perdra sa dernière réserve d’eau. Sombre perspective pour un espace agricole qui produit la moitié du blé chinois, et le tiers de son maïs. Pour Lester R. Brown, la surexploitation des nappes aquifères pour l’irrigation gonfle temporairement la production de nourriture, créant une sorte de « bulle alimentaire artificielle », qui ne résistera pas à l’épuisement des eaux. Le Earth Policy Institute estime que 130 millions de Chinois sont nourris à base de céréales arrosées par un pompage, excessif mais pas illimité.

Voitures contre fermiers.

L’extension des villes, la multiplication des usines, et l’aménagement de routes de plus en plus nombreuses qui traversent des terres cultivables, contrarient encore l’agriculture chinoise. En 2009, le nombre de véhicules vendus en Chine dépasse pour la première fois celui des Etats-Unis. En 2011, il y aura probablement 20 millions de voitures mises en circulation. Des milliers d’hectares seront transformés en routes, en autoroutes, et en parkings. Lester R.  Brown écrit : « Les voitures sont maintenant en compétition avec les fermiers pour les terres cultivées en Chine. » Autre handicap, la main d’œuvre agricole qui, emmenée par le boom industriel, a émigré vers les grands cités chinoises. Avec peu d’espoir de retour vers de petits lopins de terres qui tournent à l’abandon. Cette main d’œuvre exilée prive la terre d’une force de travail, traditionnellement occupée à produire deux récoltes annuelles, blé d’hiver et maïs d’été dans le Nord, et double culture du riz dans le Sud. Un programme « blé-maïs »  de la FAO, lancé en 1996 dans la plaine Nord du Hebei,  montre une progression des rendements, plus 10%, et une optimisation de l’eau, moins 20%. (3)  En Chine, tous ces handicaps se conjuguent pour compromettre la production de céréales. En novembre 2010, les prix alimentaires ont augmenté de 12%, par rapport à l’année précédente. Or, l’envolée des prix de la nourriture présente des risques d’instabilité politique. Après une quinzaine d’années d’autosuffisance en céréales, la Chine pourrait se tourner vers le marché international. C’est ici que Lester R. Brown resserre sa démonstration.

Ravitailler son banquier.

S’il est question de connaître la part des importations chinoises, peut-être 20% des besoins, soit 90 millions de tonnes, à peine un peu moins que ce qu’exportent les Etats-Unis sur le marché mondial, de quoi bousculer les échanges internationaux, il est aussi question d’une relation commerciale, inédite et tendue, entre les deux puissances. Pour Lester R. Brown, à peu près certain de l’intérêt chinois pour le marché des céréales américain, grenier mondial, ce sera le « cauchemar ». Cauchemar pour les Chinois qui devront dépendre du blé et du maïs américains. Et cauchemar pour les consommateurs américains, désormais en concurrence avec 1,4 milliards de Chinois assez prospères pour s’offrir une partie de la récolte américaine. Les prix, des céréales, et de toutes les denrées qui en ont besoin, viande, œuf, ou lait, risquent fort de grimper. Et si la Chine importe seulement le cinquième de sa demande, les consommateurs américains seront bien obligés de se mettre au régime. A moins d’interdire les exportations vers la Chine. Dans les années 70, les Américains ont suspendu la vente de haricots de soja  au Japon. Mais changement d’époque, si le Japon était l’obligé des Etats-Unis, c’est aujourd’hui la Chine qui tient la puissance américaine. La Chine, qui finance le déficit américain, Lester R. Brown parle de plus de 900 milliards de dollars engagés, est devenu son principal créancier. Difficile de refuser de ravitailler son banquier.

M.J

 

(1) « Le plan B » – Pour un pacte écologique mondial », Lester R. Brown, Septembre 2008, Editions Pluriel, Hachette Littérature, p 34.

(2) Lester R. Brown se base sur la consommation américaine de céréales – 900 kg par personne et par an,  pour une population de 298 millions d’habitants au milieu des années 2000, estimation incluant le secteur industriel – pour estimer que la Chine de 2031 – peuplée de 1,45 milliard d’individus au niveau de vie comparable à celui des Américains – consommera les 2/3 tiers de la production mondiale de céréales. ( « Le plan b » – Pour un pacte écologique mondial », p 28)

(3) 1. Quelles innovations techniques conduisent à une amélioration de la production alimentaire dans le cadre de l’agriculture et du développement rural durables (ADRD)? FAO, sans date.  http://www.fao.org/docrep/006/y3951f/y3951f05.htm


Publié le 14 novembre 2011 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,USA
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L’Europe séduit par son énergie.

Bonjour,

Alors que la nappe de pétrole continue de souiller les eaux et les côtes du Golfe du Mexique, un éditorial du New-York Times fait l’éloge d’un modèle énergétique européen, moins accroc au pétrole.(1) Ce billet, qui invite l’administration Obama à regarder de l’autre côté de l’Atlantique, est signé Stephen Hill, un analyste politique spécialiste de l’Europe, membre de la New American Foundation, un think tank centriste.

Il attaque : «Aujourd’hui l’Européen moyen émet moitié moins de carbone qu’un Américain moyen, et consomme beaucoup moins d’électricité. » (1) Pour parcourir un mile, une voiture américaine consomme 40% de carburant en plus qu’un véhicule européen. Au total, nous dit notre analyste, à niveau de vie équivalent, l’Europe a réduit de moitié son empreinte écologique par rapport à celle des Etats-Unis. Et tout cela, grâce à une gouvernance plus éclairée. Ou plus visionnaire. Car pendant que les Etats-Unis poursuivaient leur course au pétrole jusqu’au fond des mers, ce que nous rappelle BP et la marée noire, les paysages européens se couvraient d’éoliennes et de panneaux solaires. L’Union européenne, présentée comme leader mondial de production éolienne, augmenterait encore son potentiel solaire de 70% par an. De quoi décoiffer les Américains qui n’atteignent pas la moitié de la capacité européenne pour l’énergie produite par le vent. D’ailleurs, vent, soleil, marées,  géothermie, biomasse, tout est bon à exploiter en Europe. Mais si cela marche aussi bien pour le solaire et l’éolien européens, c’est que le Kilowatt est payé trois fois plus cher à son producteur que le Kilowatt classique. Par comparaison, les USA totalisent un petit 6% d’électricité d’origine renouvelable. Et selon une autre source, les investissements américains dans les énergies propres auraient chuté de 40% en 2010 par rapport à 2009, conséquence de la crise économique et manque de volonté politique. (2) Encore malins ces Européens qui travaillent depuis les années 1990 à construire des habitations de plus en plus sobres, quand l’habitat compte pour 50 à 70% des dépenses énergétiques d’une ville, avec des toilettes plus économes en eau. Ou qui recyclent l’énorme quantité de chaleur perdue par les centrales électriques, la transportent, et l’utilisent pour chauffer maisons et bâtiments. La «Cogénération », c’est le nom de cette production, représente 40 à 50% de l’énergie utilisée au Danemark, aux Pays-Bas, en Finlande, 20% en Allemagne et en Pologne. Contre seulement 8% aux Etats-Unis. Côté transports, l’Europe a su développer les déplacements en commun, les trains à grande vitesse, et choisit des voitures moins gourmandes. Bravo pour les centaines de kilomètres de pistes cyclables et de voies piétonnes. Encore chapeau pour les « green jobs », ces emplois liés à l’émergence d’un nouvel ordre environnemental. Sans parler  du « 20-20-20 », 20% de réduction d’émissions de CO² promis par l’Europe par rapport à 1990, 20% de renouvelable dans le bouquet énergétique,  le tout d’ici à 2020. Les USA qui promettent 17% d’ici à 2020, choisissent 2005 comme année de comparaison. Soit une petite réduction de 4% par rapport à 1990. Mais revenons à Stephen Hill qui finit par évoquer une Europe énergétique où tout n’est pas si rose. Avec une dépendance à des régions instables, 45% du pétrole importé vient du Moyen Orient, et 40% du gaz arrive de Russie.(3) Et en prime, une crise financière. Ce qui n’empêche pas notre éditorialiste de conclure: « Mais les Européens ont découvert ce que savait la précédente génération de décideurs américains : cet investissement dans les infrastructures rapporte d’avantageux dividendes pour affronter l’avenir. » (1)

Stephen Hill vient d’écrire un livre qui défend le modèle européen : « La promesse de l’Europe : pourquoi la voie européenne est le meilleur espoir en ces temps incertains. » Il y défend la thèse que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe a opéré une révolution tranquille. Une transformation qui a posé les bases d’une société moderne qui offre à ses citoyens une sécurité  économique, une protection environnementale, et une stabilité globale. Il a voyagé pendant dix ans pour pénétrer la « European way of life » et comprendre le fonctionnement d’un système géopolitique qui fait quelques envieux.

M.J


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(1) « Europe energized », Stephen Hill, New-York Times, 08-06-2010 http://www.nytimes.com/2010/06/09/opinion/09iht-edhill.html?hp&ex=&ei=&partner=

(2) “ Renewable Energy Investment May Reach $200 Billion in 2010”,  Jeremy van Loon, Bloomberg, 17-03-2010http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601130&sid=aqM_.nmSwKvg

(3) Géopolitique des approvisionnements énergétiques de l’UE [FR], Euractiv.com Publié: 10 -01-2007 / Updated: 20 July 2005 http://www.euractiv.com/fr/energie/gopolitique-approvisionnements-nergtiques-ue/article-142797


Publié le 14 juin 2010 par marlene dans Actualité,énergie,Europe,USA
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L’or noir, un mauvais filon pour le delta du Mississipi.

Bonjour,

La nappe de pétrole, qui s’échappe d’un forage off-shore planté dans le Golfe du Mexique, s’approche des marais du delta du Mississipi. Cette marée noire risque de fragiliser l’équilibre de zones humides, déjà malmenées par plus d’un siècle d’exploitation pétrolière.

Les bayous, au cœur du système deltaïque.

La côte de la Louisiane s’ouvre sur un système deltaïque, formé par un manteau de sédiments drainés par le Mississipi et les fleuves associés, le Missouri, l’Arkansas, l’Ohio. Ce delta, qui a récupéré des matériaux en provenance de tout le pays, s’est déplacé plusieurs fois  au cours d’une histoire longue d’au moins un million d’années. C’est un système littoral complexe, la plus vaste zone humide littorale des Etats-Unis, un mélange d’eaux douces et d’eaux salées.  La Louisiane compte environ 6600 km² de zones humides alimentées par les marées, et environ 3560 km² dominées par l’eau douce. (1) Cette diversité produit  des paysages de mangroves, baignées d’eaux salées et d’eaux douces, de lagunes, et de marais. C’est ici que se multiplient les bayous , des marais installés dans les méandres abandonnés du Mississipi, et de ses affluents. Cet écosystème, dominé par les eaux douces, constitué de sédiments meubles, ancré et oxygéné par un système racinaire, abrite des dauphins, des lamantins, des alligators, des hérons, des aigrettes, des écrevisses et des crevettes. Les oiseaux y font escale, les poissons viennent y pondre, les crabes et les crevettes y naissent. Les Bayous, ce sont des milliers de kilomètres de voies navigables qui  s’écoulent très lentement vers la mer à marée basse, et remontent à marée haute. Les Bayous, qui par extension désignent l’ensemble des paysages marécageux du Sud de la Louisiane, s’offrent aujourd’hui à la nappe de pétrole. Sale temps pour les hérons et les oiseaux migrateurs.

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Les stigmates du pétrole.

Il y a trois ans, Robinson Fulweiler, océanographe et spécialiste des milieux côtiers, est en mission dans les paysages deltaïques du Mississipi. Elle remarque : « La présence humaine interrompt la beauté naturelle et l’immensité  du littoral de la Louisiane. Au-delà des marécages et à l’extérieur des bayous, les plate- formes pétrolières semblent partout signaler les oléoducs souterrains. »(1) En 2006, Rodolphe De Koninck, géographe canadien, annonce 44 000 km d’oléoducs déployés à travers l’Etat, sans compter les 5500 km de gazoducs. L’industrie du pétrole, qui fait irruption dans le delta du Mississipi au début du siècle dernier, se développe surtout dans l’immédiat après-guerre. C’est aussi le temps des forages off-shore. Toujours en 2006, le géographe comptabilise 180.000 forages, en terre et en mer, fermés ou actifs. (2)Le pétrole, qui porte la Louisiane, 10% des réserves américaines connues, 3° producteur du pays, et 80.000 emplois en 2007, a laissé des stigmates dans le delta et aux alentours. (3) (2) Les installations pétrolières et les raffineries font désormais partie du paysage. L’extraction des hydrocarbures a contribué à affaisser les sols meubles de la plaine deltaïque. Le pétrole et l’aménagement du fleuve ont encore bouleversé les écosystèmes. La faune et la flore déclinent, les marais s’assèchent. Une dégradation qui nuit à la pêche, l’autre grande industrie de la Louisiane, qui fournit le quart des fruits de mer américains. C’est aussi le plus gros producteur de crevettes et d’huîtres du pays. (2) (3) Bien avant que la nappe d’huile se profile près de ce système côtier, l’eau salée envahissait des milieux plus à l’aise dans l’eau douce, les terres diminuaient, et des zones humides étaient définitivement inondées. .Depuis le début des années 30, on estime que la Louisiane a perdu environ 5000 km² de zones humides. On parle de l’équivalent d’un terrain de tennis qui disparaîtrait toutes les 15 minutes. (1)

Les pêcheurs, au chômage, multiplient les barrières flottantes à l’entrée des marais pour empêcher la nappe de les pénétrer. Ils veulent protéger leur environnement, qui est aussi leur gagne-pain. Dans la presse, certains témoignent de la colère. Mais dans un pays addict au pétrole, dans une région qui en vit, il se dégage aussi un certain fatalisme : « C’est comme les ouragans, (…) nous sommes habitués à ce qu’ils nous touchent, puis nous nettoyons, et la vie continue. » (4)

M.J

(1) United States Geological Survey (USGS) and the Louisiana Department of Fish and Wildlife (LDWF) Louisiana, d’après « The Louisiana Wetlands: An Introduction -Science Tales from the Red Stick. », Robinson Fulweiler, December 2007. http://www.thenakedscientists.com/HTML/articles/article/thelouisianawetlandsanintroduction/

(2) » Le delta du Mississippi : une lutte à finir entre l’homme et la nature » Rodolphe De Koninck, Herodote, N°121 – Menaces sur les deltas, (deuxième trimestre 2006), pp33-36 http://www.herodote.org/spip.php?article223

(3) Gouvernement de Louisiane. http://doa.louisiana.gov/about_economy.htm

(4) “Oil spill’s human impact: Oil and fish define south Louisiana’s working life”, Bill Sasser,  Venice, Louisiana, The Christian Science Monitor, 01-05-2010http://www.csmonitor.com/USA/2010/0501/Oil-spill-s-human-impact-Oil-and-fish-define-south-Louisiana-s-working-life


Publié le 5 mai 2010 par marlene dans Actualité,Préjudice écologique,USA
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Alaska: du pétrole et des ours.

Bonjour,

Espèce menacée par la fonte des glaces, l’ours Blanc vient d’obtenir un territoire sur les marges arctiques de l’Alaska. Un habitat protégé qu’il devra partager avec les compagnies pétrolières, leurs forages, et leurs pipe-lines pas toujours très étanches….

La mascotte du réchauffement climatique.

Les Etats-Unis accordent un bout de banquise, des terres côtières, et un chapelet d’îles, 520 000 kilomètre carrés, l’équivalent d’une petite France métropolitaine, à sa colonie d’ours blancs d’Alaska. Déclaré « espèce menacée » en mai 2008, l’ours polaire est devenu « espèce protégée » depuis fin octobre. Si les contours restent à dessiner, l’administration Obama souhaite tourner la page « Bush », qui avait refusé ce territoire à ses ours, bien moins intéressants que l’exploitation pétrolière. Mais, « réserve d’ours » ou  pas,  Shell, Total, British Pétroléum, Exxon, ou Arco, bien implantés sur la frange Nord de l’Alaska, n’ont guère l’intention de suspendre leurs activités. La Shell vient d’ailleurs d’obtenir l’aval du Département de l’Intérieur pour forer en Mer de Beaufort. Une nouvelle qui dépite Brendan Cummings du Centre pour la Diversité biologique, l’une des organisations environnementales qui a mené le combat juridique en faveur de ce mammifère, devenu mascotte d’une jeunesse sensibilisée au réchauffement climatique : « Pour que les ours polaires survivent à une fonte des glaces rapides, nous devons protéger leur habitat, et non le transformer en zone industrielle polluée. » (1)

Une saison de chasse écourtée.

L’ours polaire, imposant représentant de son espèce – il peut mesurer jusqu’à 3,50 mètres et peser jusqu’à 600 kilos -, essaime autour du cercle arctique et sur les terres voisines.  On le rencontre dans cinq pays, au Danemark (Groënland), en Norvège, en Russie, au Canada, et aux Etats-Unis, à l’Ouest et au Nord de l’Alaska. Les colonies les plus importantes vivent dans le grand nord américain, en Mer de Beaufort, dans la Baie d’Hudson, et dans la Baie de Baffin. L’ours blanc, grand nageur, aime vivre sur les étendues glacées qui couvrent les mers en hiver. Il y guette le phoque, dont la graisse constitue son régime de base. Il s’y repose aussi. Son territoire, qui se limite presque à la banquise, est menacé par la fonte des glaces. En Alaska, au delà du cercle polaire, les températures moyennes ont augmenté de 1,6 °C depuis 1950, contre 0,3 °C  pour le reste de la planète. Un record climatique qui raccourcit déjà la saison de chasse de l’ours blanc. (2) Selon l’IUCN, l’Union mondiale pour la Nature, la population d’ours polaires, estimée autour de 20-25.000, pourraient diminuer de 30 % d’ici une cinquantaine d’années. Plus pessimiste, le U.S. Geological Survey (USGS) – rapports de septembre 2007 – prédit que les deux tiers des populations mondiales de phoques auront disparu d’ici le milieu du siècle. (3)

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Addiction au pétrole.

Aux Etats-Unis, l’Alaska est une vieille réserve d’or noir. En 1923, le Président Warren Harding délimite une « Réserve nationale de pétrole » au nord du territoire. (4) Aujourd’hui, l’Alaska contribue à environ 17% de la production du pays. A l’Est de la réserve nationale, Prudohe Bay,  est devenu le plus gros gisement du continent américain http://en.wikipedia.org/wiki/Prudhoe_Bay_Oil_Field. BP, Conoco Philips, et Exxon, s’y partagent le sous-sol. Un pipe-line, le TAPS, relie la côte arctique à Valdes, un port de la côte Sud, épargné par les glaces en hiver. Le pétrole qui s’y écoule traverse l’Alaska du Nord au Sud, sur plus de 1200 kilomètres. En mars 2006, un employé de BP y a découvert une rupture. Environ un million de litres de pétrole ont souillé les paysages de toundra. (5) Mais l’Alaska reste une réserve d’or noir. En 2003, Bush tente de déplacer la prospection sur l’Alaska’s Artic National Wildlife Refuge, une réserve naturelle. Sans succès. Aux Etats-Unis, la demande augmente, après 2005 Bill Clinton ouvre l’exploitation vers l’Ouest de la National Pétroleum Reserve. Total, qui vient d’acquérir des terres à White Hills, à une quarantaine de kilomètres au Sud-Ouest de Prudohe, poursuit son exploration. (6)(7) Aujourd’hui, c’est la Shell qui débarque, autorisée par le Département de l’Intérieur à explorer en Mer de Beaufort. Habitat des baleines, des morses, des phoques, de l’ours polaire, la zone de prospection est pourtant déjà malmenée par le réchauffement. Brendan Cummings, du Centre pour la Diversité biologique, ne décolère pas: « Le Département de l’Intérieur est schizophrène, déclarant son intention de protéger l’habitat Arctique de l’ours polaire, et en même temps, sacrifie cet habitat à notre addiction au pétrole » (1) Selon l’IFAW, le fonds international pour la préservation des animaux, c’est un autre service du Département de l’Intérieur qui autorise les chasseurs d’ours, originaires des Etats-Unis, à ramener leur trophée après une escapade dans le nord canadien. (8)

M.J

(1)” White House protects polar bears with Alaska ‘critical habitat’ designation”, Suzanne Goldenberg, The Guardian, 22-10-2009.  http://www.guardian.co.uk/environment/blog/2009/oct/22/alaska-polar-bear-barack-obama

(2) « L’Alaska, avant-poste du changement climatique », Matthieu Auzanneau, Le Monde, 04-04- 2007

(3) “The Polar Bear Protection Act”, IFAW http://www.ifaw.org/ifaw_international/join_campaigns/national_regional_efforts/ifaw_in_action_united_states/the_polar_bear_protection_act/index.php

(4) Carte extraite de “Alaska” http://lettres-histoire.ac-rouen.fr/histgeo/alaska.htm

(5) Futura Science, 15 mars 2006. http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/terre-3/d/une-fuite-de-petrole-sans-precedent-en-alaska_8466/

(6) Wikipedia / Alaska http://fr.wikipedia.org/wiki/Alaska

(7) Total exploitation Alaska http://www.enerzine.com/10/4465+une-nouvelle-zone-dexploration-en-alaska-pour-total+.html

(8) Selon le IFAW, depuis 1997, le « U.S. Fish and Wildlife Service”, qui dépend du Département de l’Intérieur et qui s’occupe de la gestion et de la protection de la faune, a accordé 970 permis d’importation de trophées de chasse, tête, et peau d’ours, aux Etats-Unis.


Publié le 5 novembre 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Pôles.,USA
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L’énergie (presque) propre d’Obama.

Bonjour,

Aux Etats-Unis, la loi sur « l’énergie propre » a été adoptée la semaine dernière par la Commission de l’Energie et du Commerce de la Chambre des Représentants. Premier examen réussi, en attendant l’avis d’autres Commissions, et celle du Sénat.

Ce projet de loi, inscrit dans une stratégie globale de lutte contre le réchauffement climatique, engagerait les USA à réduire de 17% leurs émissions de GES d’ici à 2020, par rapport à leur niveau de 2005. Parenthèse, soit une réduction de 6% par rapport à 1990, quand l’Union Européenne propose 20%  pour la même période. Toujours en référence à 2005, les Etats-Unis souhaitent faire chuter leurs rejets de 83%, d’ici 2050. Ce texte obligerait encore les fournisseurs d’électricité à puiser dans les sources renouvelables, le soleil et le vent, 15% annoncé d’ici 2020. Au cœur de ce nouveau programme énergétique, le « cap and trade ». Ce système devrait permettre de réduire graduellement la production de CO² des gros pollueurs, raffineries, sidérurgie, ou complexes industriels, en limitant leurs émissions. Au-delà du seuil autorisé, les entreprises devront acquérir des « droits à polluer », achetés chez des concurrents plus sobres. De grandes compagnies américaines, Alcoa, DuPont, Caterpillar Inc, et quelques fournisseurs d’électricité, ont déjà accepté le principe de ce marché du carbone. (1)

Les partisans de ces réformes misent le «cap and trade », et sa logique du marché, pour diminuer les rejets de gaz à effet de serre. Les industriels, qui polluent au-delà de la limite admise, devront acheter des droits d’émission à d’autres compagnies, qui pourront tirer profit de ce commerce. D’où, l’incitation pour les entreprises à réduire leurs émissions, puisqu’elles pourront revendre leurs surplus. Sans compter que ces « permis » sont pratiquement donnés par le gouvernement américain. (2) Si on comprend bien l’argument économique, on perd un peu la finalité d’un processus qui vise à réduire les émissions globales de GES …Et non à refiler ses droits à « plus pollueur » que soi.

Les opposants au projet developpent le arguments traditionnels, menace d’un ralentissement de l’économie américaine, et hausse des prix de l’énergie, avis aux consommateurs. Ils agitent le spectre des délocalisations. Ces nouvelles contraintes pourraient chasser des industries gourmandes en énergie vers des pays moins chers et plus tolérents, l’Inde ou la Chine. D’autres défendent la mise en place d’une taxe sur les carburants fossiles, jugée plus simple à mettre en place que le « cap and trade ». (2) Mais qui, selon certains conservateurs, aurait un impact dévastateur pour les communautés rurales, qui utilisent beaucoup de fuel pour l’agriculture et les transports. A l’opposé, les environnementalistes jugent ce projet de loi insuffisant. Selon eux, on aurait pu faire mieux pour réduire les émissions de carbone, et augmenter la part du renouvelable. Mais, une majorité politique semble applaudir un texte, à la fois contraignant, et politiquement acceptable. (1) A la clé de cette transition vers une économie plus « soutenable », les millions de « green-jobs » promis par Barack Obama. Petite contrariété dans ce plan d’énergie propre, le charbon, qui permet de produire la moitié de l’électricité américaine. Et si les Etats-Unis cherchent des solutions pour un « charbon propre », Al Gore n’y croit pas. Le charbon propre, c’est comme les cigarettes bonnes pour la santé….

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En attendant un « charbon propre », Barack Obama souhaite faire oublier les années perdues par l’administration Bush. Il affiche son intention d’associer les Etats-Unis à la lutte contre le réchauffement climatique. En perspective, la Conférence internationale sur le climat de Copenhague, en décembre prochain, qui décidera de l’après- Kyoto. Les Etats-Unis, et la Chine, les deux principaux pollueurs de la planète, en marge des engagements de Kyoto, seront les bienvenus pour formuler un nouveau pacte sur le climat.

M.J

(1) “U.S. House panel approves climate change bill”, 22-05- 2009, Vicky Allen, Reutershttp://www.guardian.co.uk/business/feedarticle/8520466

(2) « Putting a Price on Carbon: An Emissions Cap or A Tax?” http://e360.yale.edu/content/feature.msp?id=2148


Publié le 25 mai 2009 par marlene dans Actualité,énergie,USA
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Obama, une transition presque verte.

Bonjour,


Publié le 28 janvier 2009 par marlene dans Actualité,biocarburants,OGM,USA
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Des satellites pour tracer le CO².

Bonjour,

Le Japon lance un satellite pour en savoir un peu plus sur le comportement des gaz à effet de serre (GES), responsables du réchauffement climatique. Une fusée est partie vendredi de Tanegashima, dans le sud du pays, avec pour mission la mise en orbite de GOSAT, diminutif de Global Greenhouse Observation by Satellite. GOSAT, qui répond aussi au nom japonais d’IBUKI - « souffle » -, survolera la terre à une distance de 666 km. Ce gros satellite doit cartographier la répartition et l’abondance des GES dans l’atmosphère, avec un intérêt particulier pour le CO² et le méthane. Cette mission de cinq ans va aider les chercheurs à mieux comprendre les mécanismes du réchauffement climatique. Elle va encore faire progresser la climatologie. Elle devrait surtout « contribuer à l’effort international de prévention du réchauffement climatique ». Sous-entendu inspirer les conférences et les traités internationaux sur le climat, de type Kyoto. C’est l’un des souhaits de la JAXA, l’agence spatiale japonaise.(1)

GOSAT, qui doit identifier et contrôler les sources de CO² pour documenter les traités internationaux, a aussi pour mission de retrouver le « carbone manquant ». Environ 50% du carbone émis dans l’atmosphère y reste. Une grosse partie du reste est absorbée par les forêts et les océans, qui fonctionnent comme des « puits ». Pour les scientifiques, qui continuent d’estimer le rôle des forêts et des océans, les comptes ne sont pas bons. La destination finale d’une partie de carbone n’est pas connue. GOSAT devra donc aussi tenter d’éclaircir cette affaire du « puits manquant » qui intrigue les chercheurs. (1) La NASA, l’agence spatiale américaine, qui devrait lancer fin janvier le satellite OCO (Orbiting Carbon Observatory ), a plus ou moins les mêmes objectifs. Mesurer le CO² présent dans l’atmosphère, repérer ses sources d’émission et d’absorption pour comprendre comment les phénomènes naturels et les activités humaines régulent l’abondance et la répartition du CO². Cette mission devrait aider à résoudre l’énigme du carbone manquant. (2)

Retour sur terre, et aux Etats-Unis, où le parti d’Al Gore s’installe au pouvoir. Il est encore question de CO². D’après un récent sondage conduit par Rasmussen Reports - un institut qui interroge l’électorat américain -, 44% des votants pensent que le réchauffement climatique est lié à un cycle planétaire. En face, 41% - surtout des démocrates - attribuent le dérèglement climatique aux activités humaines. En avril 2008, 47% des personnes interrogées dénonçaient les activités humaines. Contre 34%, qui y voyaient les effets d’un cycle naturel. Reste à demander au satellite OCO de photographier le parc automobile américain, et de quantifier ses rejets de CO². Ou à développer le service presse de la NASA.

M.J

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La séparation d’IBUKI

(1) BBC News/ climate satellite set for launch

http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/7839772.stm

(2) http://oco.jpl.nasa.gov/ / http://www.flashespace.com/html/oct08/11a_10_08.htm

(3) http://www.rasmussenreports.com/public_content/politics/issues2/articles/44_say_global_warming_due_to_planetary_trends_not_people


Publié le 25 janvier 2009 par marlene dans Climat,Japon,USA
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Les Grands Lacs et la Maison Blanche.

Bonjour,

Après le climat et les questions d’énergie, le nouveau Président des Etats-Unis devra s’attaquer à un autre gros dossier environnemental, la pollution des Grands Lacs. Un dossier qui, d’après la presse américaine, tend à s’imposer dans la campagne présidentielle. La région des Grands Lacs, qui chevauche la frontière entre les USA et le Canada, comprend quelques Etats – clé pour cette élection : Ohio, Pennsylvania, Indiana, Minnesota, et le Wisconsin. Sans oublier l’Illinois et New-York, considérés « acquis » à Obama.(1) John MacCain et Barack Obama ont promis aux électeurs de réhabiliter ce vaste système de zones humides corrompu par les rejets polluants industriels, urbains, et agricole. Et qui représente 90% des réserves d’eau douce de surface du pays.

Un endroit intact, jusqu’à l’arrivée des Blancs.

Rapide exposé du problème. Les Grands Lacs, le « quatrième littoral » des Etats-Unis, est le système d’eau douce le plus étendu au monde, 250 000 km², près de la moitié du territoire français. Situé sur l’espace frontalier entre le Canada et le Etats-Unis, cet ensemble comprend cinq grands lacs, Supérieur, Huron, Michigan – le seul qui soit totalement assis sur le territoire des Etats-Unis -, Erié, et Ontario. L’ensemble, associé au fleuve Saint Laurent, présente un réseau complexe de petits lacs secondaires et de chenaux.

Dès le milieu du XIX° siècle, l’accès à l’eau, puis l’aménagement de nombreuses voies navigables, y attirent les industries, métallurgie, chimie, automobile, papeterie, ou produits manufacturés. L’agriculture s’y développe sans rendre de comptes à l’environnement. Chicago, Detroit, Milwaukee, ou Cleveland, grossissent à proximité. Un siècle et demi plus tard, la densité industrielle et urbaine et les activités agricoles ont fini par dénaturer ce complexe de zones humides, resté à peu près intact jusqu’à l’arrivée des Blancs. De fait, cette pollution apparaît dès les années 60. Les rejets industriels toxiques, les contaminations d’origine agricole, les égouts refoulés par les villes, ou les sels de déneigement, ont eu raison de la qualité de l’eau. Les pluies nourries en pesticides, les nuages polluants issus des usines, et les émanations urbaines ont vicié la qualité de l’air. L’invasion de la carpe asiatique et la prolifération d’algues ont dénaturé les écosystèmes. En lien, une approche fouillée de la pollution dans le système des Grands Lacs.

Le dixième de la population des USA.

En 1972, Les Etats-Unis et le Canada signent un premier accord sur la qualité de l’eau des Grands Lacs, coopération renouvelée en 1978. Les deux pays s’engagent à restaurer les écosystèmes, et à les maintenir en bonne santé. Pendant deux décennies, les rejets toxiques diminuent, sans s’arrêter complètement. Mais la concentration de sédiments contaminés dans les rivières qui alimentent les lacs reste inquiétante. Ces produits contaminants affectent la faune et la flore des Grands Lacs, sans épargner les poissons, et les riverains. En 2002, on estime que la santé de cinq millions de personnes est menacée, des deux côtés de la frontière, en raison de la consommation de poissons contaminés. Au Etats-Unis, une trentaine de sites sont sous haute surveillance. Le pays adopte la Great Lakes Legacy Act , qui annonce un vaste programme de décontamination de la zone, relayé par la US Environmental Protection agency (USEPA) et le Great Lake National Program Office (GLNPO). En 2004, Bush classe ces zones humides « National Treasure », « trésor » partagé par le Canada. Et chaque année, The State of The Lakes Ecosystem Conference (SOLEC), dresse un état des lieux environnemental. Ce dispositif costaud est relayé par une nébuleuse d’initiatives au niveau des Etats et des régions, ou par des d’associations. The Great Lakes Commission est une organisation régionale, la seule, qui a autorité pour représenter les intérêts des huit Etats des Grands Lacs, sur des questions environnementales ou économiques. Pollutions installées, fonds difficiles à débloquer, ce vaste complexe de zones humides n’a pas retrouvé la santé. Début septembre, une coalition environnementale a insisté sur le dossier des Grands Lacs, enjeu écologique, et enjeu économique. Plus de 30 millions de personnes y vivent, le dixième de la population des USA. .

La région des Grands lacs sur la route de la Présidence.

Créer un fonds à partir d’arriérés fiscaux prélevés aux compagnies pétrolières, nommer un coordinateur, réparer les systèmes d’égouts, dépolluer les sédiments, restaurer les écosystèmes et les habitats, développer une politique « zéro toxique », Barack Obama a déjà détaillé son plan d’action pour la région des Grands Lacs. John MacCain, plus évasif sur sa stratégie, en a lui aussi fait un thème de campagne. Au passage, il a été épinglé par les Démocrates qui lui reprochent d’avoir voté contre un budget, en partie destiné à édifier une barrière dans l’Illinois pour stopper la migration de la carpe asiatique dans le lac Michigan. (2) Obama a promis d’en finir la construction, faute de quoi la fameuse carpe pourrait coûter cher aux pêcheries de la région, moins 4 billions de dollars. (1) La restauration des Grands Lacs est aussi une question d’économie régionale. Dans le Wisconsin, cette ressource naturelle rapporterait 55 billions de dollars annuels, via le tourisme et la création de 11 000 emplois. Reste la question du financement du plan de restauration des Grands Lacs, une enveloppe estimée à plus de 20 billions de dollars, alourdie par la crise financière.(1) Dans une lettre ouverte aux candidats, l’association Healthy Lakes rappelle que les deux dernières élections présidentielles ont montré que les Etats riverains des Grands Lacs pesaient pour gagner la Maison Blanche. Début septembre, Rahm Emanuel, Démocrate, représentant de l’Illinois, déclare lors d’une réunion à Chicago: « La région des Grands Lacs est clé pour gagner la présidence. »

M.J

(1) Restoring big lakes become a campaign issue /John flescher, Associated Press Friday October 17, 2008,

http://ap.google.com/article/ALeqM5gWqADKl0RU5XX6M7_ATQh43GwmswD93S6TJ00

(2) “Editorial: Obama’s Great Lakes initiative promising », Herald Times Reporter.

http://www.htrnews.com/apps/pbcs.dll/article?AID=/20080921/MAN06/809210381/1410


Publié le 24 octobre 2008 par marlene dans Actualité,Biodiversité,USA
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