Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les pays émergents en guerre contre les petites poches plastique…

 

Bonjour,

A Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, l’Harmattan fait voler les sacs plastique le long des grandes artères poussiéreuses de la ville, les promène en nombre dans les quartiers résidentiels, les plaque soudain sur un tas d’immondices, et les accroche aux branches des rares arbres de la sebkha, donnant l’illusion d’une floraison aérienne et multicolore. D’après Mohamed Yahya, le Ministre de l’Environnement interrogé par la BBC, ces poches plastiques qui tracent partout dans la ville seraient responsable de la mort de 70% des animaux qui habitent la capitale, bovins et ovins. D’après les statistiques officielles, le plastique représente plus du quart des détritus qui s’amoncellent chaque année dans Nouakchott. (1) Ces plastiques ne sont pas collectés, la plupart finissent dans le désert, dans l’océan Atlantique, dans le ventre d’un poisson ou d’un mammifère marin. Le 1er janvier dernier, après un moratoire de 6 mois, la Mauritanie a finalement interdit l’usage de sacs plastiques. Quiconque les utilise, les fabrique, ou les importe encourt jusqu’à un an de prison. Pour faire oublier la mauvaise habitude du sac plastique généreusement distribué par tous les commerçants, le gouvernement, les ONG, et l’UNDP – le Programme des Nations Unies pour le Développement – sortent le sac biodégradable, celui qui disparaît dans la nature. Le Mali, où les sacs plastiques obstruent les systèmes d’évacuation des eaux, créant des inondations, a suivi la Mauritanie. Pollution visuelle, pollution urbaine, problème sanitaire, depuis une dizaine d’année déjà, l’Afrique est engagée dans cette guerre contre le plastique. (1)(2)

 

Le paradis du moustique.

Dès 2003, l’Afrique du Sud interdit le sac plastique polyéthylène haute densité (PEHD), les plus fins du marché. Ces sacs, de mauvaise qualité, volatiles, rarement utilisés deux fois, sont aussi les premiers à être frappés d’interdiction. L’Afrique du Sud instaure encore un impôt sur les sacs plus épais, le polyéthylène basse densité (PEHD). C’est un produit plus souvent épargné par les interdictions, qui coûte cher aux boutiques,  qui peut servir plusieurs fois. Cette nouvelle loi impose aux détaillants de vendre les sacs plastique, pas de les donner. En 2005, l’Erythrée, le Rwanda, la Somalie – et le Somaliland –  bannissent à leur tour l’utilisation de la petite poche plastique. En 2006, la Tanzanie – et Zanzibar – légifèrent contre le sac PEHD. En 2007, l’Ouganda interdit l’importation et la circulation du sac d’emballage, et ajoute 120% de taxes sur la version plus épaisse. Le Kenya, fatigué des plastiques qui jonchent les aires résidentielles de Nairobi, qui s’accumulent  dans les bouches d’évacuations de la ville, impose des restrictions similaires. Fin 2011, le Burkina Faso lance une vaste campagne pour débarrasser les rues de Ouagadougou de ces poches plastique, qui gorgées d’eau pendant la saison des pluies, se transforment en paradis du moustique, porteur potentiel du paludisme. (3)(4)(5)

 

Lois répressives.

Le début de cette guerre à fronts multiples commence sans doute au Bengladesh, après l’inondation très meurtrière de 1998. Les sacs plastiques, accumulés  dans les réseaux d’évacuation, ont empêché les eaux de s’écouler, amplifiant le désastre. Les Autorités interdisent alors l’usage des poches plastiques, peu à peu remplacées par des sacs en toile de jute, plante abondante au Bengladesh. (3) Le site « Plastic Bag Ban Report »  , établit une géographie mondiale de ce front contre le sac plastique, et actualise la situation d’une trentaine de pays. La législation est répressive, pas toujours simple à mettre en place, exemples. En 2012, la ville de New Delhi interdit de fabriquer,  d’importer, de stocker, de vendre, ou de transporter toute sorte de sac plastique dans la ville. En 2002, l’Inde a déjà imposé une épaisseur minimale à ces sacs. Exception tolérées à New Dehli, les poches destinées à recevoir des déchets biomédicaux, celles enveloppant des produits alimentaires, lait, huile, farine, et les tasses en plastique utilisées par les vendeurs de thé. Dans cette ville de 17 millions d’habitants, la législation étouffe aussi l’industrie du plastique, mettant en péril des centaines de milliers d’emplois. Une précédente loi de 2009 n’avait guère eu d’effets. Cette fois, les contrevenants s’exposent à une peine maximale de cinq années de prison, assortie d’une amende équivalente à 1800 dollars. (6) En aout 2010, la grande métropole du continent américain, Mexico, interdit aux détaillants d’envelopper les marchandises d’un sac plastique, attention à ceux qui le distribuent gratuitement. C’est le grand retour annoncé du cabas à provisions et du chariot de courses. Et pour les sacs encore en circulation, invitation à la réutilisation et au recyclage. (7) En 2008, quand la Chine proscrit la poche plastique, version fine, 3 milliards de sacs circulent chaque jour dans le pays. Une production équivalente à 36 millions de barils de pétrole annuels.  Les sacs, devenus payants, ne le sont guère que dans les supermarchés et les grands magasins. Mais, après quatre années d’interdiction et le déclin progressif de l’addiction au sac plastique, la Chine n’a toujours pas gagné la bataille. La quasi-totalité des fermiers, qui vendent leur production sur les marchés, la proposent dans des sacs plastique.(8) Début 2013, le Pakistan interdit de fabriquer, de vendre, et d’utiliser des sachets non dégradables. De fait, il ne s’agit pas de se passer de plastique, mais de le produire « oxo-biodégradable », une technologie qui accélère la décomposition. (9)

 

Haïti.

En octobre 2012, Haïti interdit l’importation, la production, et la commercialisation de sacs en polyéthylène et  bannit les conteneurs alimentaires en polystyrène.  Même s’il semble difficile de se débarrasser des tasses, des assiettes, et des plateaux polystyrène importés de la République dominicaine voisine, place aux plastiques biodégradables. Le pays déjà malmené par les conséquences interminables du tremblement de terre de janvier 2010, veut protéger ses côtes, ses plages, et sa mangrove de l’invasion plastique. Celle qui obstrue les systèmes d’évacuation, créant des inondations dans les quartiers les plus pauvres, est déjà de trop. Exception à la règle, les sacs plastiques destinés à l’eau potable, finalement autorisés après une mobilisation  populaire. Mais dans ce vaste chantier de reconstruction, le plastique révèle d’autres utilités. Initié dans le cadre du Haïti Communitere, le projet « Ubuntu Blox » , utilise le plastique comme matériau de construction.  L’équipe engagée court les rues de Port au Prince, ramasse les conteneurs alimentaires, retire les films plastique des canaux et des bouches d’évacuation, les rassemble dans un point de collecte. Les résidus plastiques, emballés dans des sacs de riz, sont compressés de façon à former des briques standard. L’an dernier, le travail d’une vingtaine de femmes a permis d’édifier une maison à partir de ces plastiques recyclés. (10) Fierté du concepteur, Harvey Lacey, un Texan, la construction offre aussi une résistance aux tremblements de terre. Mais le concept « Ubuntu Blox », qui l’avantage de réduire la pollution plastique, de pallier le manque de matériaux de construction, de produire local, et sans doute de créer des emplois, colle-t-il vraiment à une conception haïtienne de l’habitat ? De toute façon, le matériau devrait bientôt manquer…

 

M.J

 

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(1)« Mauritania bans plastic bag use », BBC World Africa http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-20891539

(2) « Les sacs plastiques interdits pour sauver l’environnement »
Mohamed Abderrahmane, Nouakchott, 21-01-2013, IPS, http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=7405

(3) “Plastic bags reduction around the world”, Marrickville Council / Bagbusters, 2010 http://www.marrickville.nsw.gov.au/marrickville/internet/resources/documents/pdfs/bagbusters/around-the-world.pdf

(4) « Une guerre est déclarée aux sachets plastiques », Brahima Ouédraogo, Ouagadougou, IPS, 09-12-2011 http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=6813

(5) « Plastic bag bans around the world », BBC News, 22-02-2008, http://news.bbc.co.uk/2/hi/7268960.stm

Sur site « Plastic Bag Ban Report » : http://plasticbagbanreport.com/

(6) “Delhi High Court Refuses to Block Plastic Bag Ban” , posted by Ted Duboise, DELHI, India, November 24, 2012 (ENS) http://plasticbagbanreport.com/delhi-high-court-refuses-to-block-plastic-bag-ban/

(7) “Mexico City Bans Free Plastic Bags, posted by Ted Duboise,  2010, http://plasticbagbanreport.com/mexico-city-bans-free-plastic-bags-2/

(8)Farm Markets Still Use Plastic Bags | Plastic Bag Ban Report
BEIJING, China, 04-06-2012 (ENS)
 http://plasticbagbanreport.com/chinas-farmers-markets-ignore-plastic-bag-ban/

(9) “Pakistan Latest Country To Ban Plastic Bags” Posted by Ted Duboise ,Press Release from Pakistan EPA, Pakistan Environmental Protection Agency (Pak-EPA), 2013, http://plasticbagbanreport.com/pakistan-latest-country-to-ban-plastic-bags/

(10)”Haiti Bans Plastic Bags and Foam Containers”, Posted by Ted DuboiseHaiti, 28-09-2012 (ENS) http://plasticbagbanreport.com/haiti-bans-plastic-bags-and-foam-containers/

 

 


Publié le 19 avril 2013 par marlene dans Afrique - Environnement.,déchets,Pollution de l'eau,pollution.,Recyclage,Urbanisation
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« Children are the future of China’s greenpower. »

Bonjour,

Après une course effrénée au développement signalée par une croissance annuelle moyenne de 10% pendant les trois dernières décennies, la Chine respire de plus en plus mal. Au milieu des années 2000, 60% des villes chinoises, dans lesquelles résident les 2/3 tiers de la population urbaine du pays, sont enveloppées d’un nuage de pollution. En 2008, Beijing compte parmi les 10 villes les plus polluées de la planète, classement établi par l’Organisation mondiale de la Santé. Une étude récente sur les principales causes de mortalité dans le monde attribue la mort prématurée d’1,2 millions de Chinois à une mauvaise qualité de l’air en 2010. La relation entre une industrialisation brutale et la dégradation des conditions de vie de la population s’affirme. Pourtant, depuis une décennie déjà, la Chine s’engage sur la voie d’une transition verte. Ce choix d’un développement plus respectueux des hommes et de l’environnement s’est affirmé lors du dernier plan quinquennal (2006-2011). Un rapport publié par le Worldwatch Institute    évalue le potentiel  de conversion de trois secteurs importants de l’économie chinoise, l’énergie, les transports, et les forêts, à l’horizon 2020.

 

Renouvelables.

Dans cette économie soumise au charbon – 70% de l’énergie consommée et 80% des émissions de CO² -, les énergies renouvelables constituent l’option majeure de cette transition verte. La Chine y travaille déjà. En une dizaine d’années, le pays a fortement développé le chauffe-eau solaire. En 2008, cette technologie représente déjà la moitié de renouvelables consommés dans le pays – hors hydroélectricité et biomasse. Les panneaux tournés vers le ciel se multiplient, 31 millions de m² en 2008, auxquels s’ajoutent  42 millions de m² en 2009. Le pays compte alors 177 millions de m² installés, l’objectif 2010 -150 millions de m² – est dépassé.  Aujourd’hui, la Chine exploite 80% de la capacité mondiale de chauffe-eau solaire. Avec un potentiel annuel estimé autour des 2,4 milliards de milliards de tonnes équivalent charbon, l’énergie solaire est d’ailleurs l’un des grands atouts de la Chine. Cette capacité solaire est de taille à modifier le mix énergétique du pays. Les provinces du Xizang, du Qinghai, du Xinjiang, du Gansu, du Ningxia,  situées  à l’Ouest et au Nord du territoire, et la Mongolie Extérieure  sont particulièrement prometteuses. Chaque année entre 2006 et 2011, le secteur a déjà crée plus de 10.000 emplois, directs et indirects. Il pourrait encore en offrir 20.000 annuels entre 2011 et 2020, estime la publication du WWI. Depuis le milieu des années 90, option renforcée en 2006-2011, la Chine  augmente sa capacité éolienne.  En 2010, 378 nouveaux projets éoliens sont conçus. Avec une capacité raccordée au réseau de 31 Gigawatt,  la Chine domine désormais l’éolien mondial, devant les Etats-Unis. Le  pays vise 120 Gigawatt à l’horizon 2020. L’industrie du vent, qui a généré 40.000 emplois directs chaque année entre 2006 et 2010, pourrait encore en créer 34.000 annuels entre 2011 et 2020. Estimation basse.

 

Hybride, métro, et train à grande vitesse.

Au cours de  sa conversion industrielle, la Chine est passée de l’ère de la bicyclette à celle de la voiture. En 2009, le pays devient le plus grand marché automobile du monde, devant le marché états-unien. Environ 170 millions de véhicules y circulent. Et si le rêve automobile continue de séduire les plus aisés, le pays pourrait compter 220 millions de véhicules supplémentaires en 2020. Pour adoucir cette prévision, les Autorités investissent dans des transports moins polluants. Le marché du véhicule hybride, environ 5000 véhicules en circulation mi-2010, pourrait se développer. Avec le soutien du gouvernement, plus de 16 millions de véhicules, hybrides et électriques, pourraient sortir des usines d’ici à 2020. Avec un peu plus d’un million d’emplois induits chaque année. Autre alternative, le rail urbain et interurbain. En 2006, le métro et le train léger ont transporté 1,8 milliards de passagers, deux fois plus qu’en 2001. Shangaï et Beijing en tête. A l’occasion de l’exposition universelle de 2010, le métro de Shangaï  déploie le plus long réseau du monde,devant celui de Londres. Entre 2005 et 2008, les investissements dans le rail urbain doublent. Quelques années plus tôt, la Chine s’est dotée d’une première ligne à grande vitesse. Aujourd’hui, le pays domine le marché mondial du train à grande vitesse. Sur le territoire chinois, 17 lignes sont opérationnelles sur près de 8500 kilomètres, le train rapide le plus cher du monde. Mais la Chine vise 18.000 kilomètres de rail pour 2020. Ces 10.000 kilomètres supplémentaires devraient  générer environ 630.000 emplois annuels pour la période 2011-2020, emplois directs et indirects.

 

4,5 millions d’emplois.

Les forêts chinoises comptent plus de 1800 espèces d’animaux sauvages, 2000 essences d’arbres, et plus de 6000 végétaux. La forêt, habitat pour quelques centaines d’espèces inconnues ailleurs, est au cœur de cette transition écologique. Ces arbres, qui piègent le carbone et rejettent de l’oxygène, contribuent aussi à atténuer les excès de la pollution. A la fin des années 40, le territoire chinois compte peu de forêts. Le pays, qui entreprend un gigantesque effort de plantation, 62 millions d’arbres mis en terre, étend son couvert forestier sur 195 millions d’hectares. Un record mondial. Pendant un demi-siècle, le territoire s’est doté de 3 à 6 millions d’hectares de forêts chaque année.  A l’horizon 2020, la superficie boisée devrait encore augmenter de 10%. Le pays, qui offre un patrimoine de plus de 2000 parcs nationaux,  se tourne aussi vers le tourisme vert. Au total, le secteur forestier – reboisement, entretien des jeunes forêts, tourisme – pourrait représenter plus de 2 millions d’emplois annuels pour la période 2011-2020. Et si l’on fait l’addition, énergie, transports, et forêts permettraient de créer au moins 4,5 millions de « green jobs » en 2020. Si la transition se poursuit à ce rythme, qu’elle se combine avec d’autres niches de l’économie verte encore mal connues des statistiques, la réserve d’emplois sera bien supérieure encore, note le rapport du WWI.

 

“Children are the future of China’s greenpower”

Cette transition verte proclamée connait des contrariétés et des inconnues. Bien que la Chine inonde le monde de sa technologie photovoltaïque, l’électricité solaire attend encore son développement dans le pays. Le marché de l’éolien, qui s’exporte à merveille, peine à reproduire cette performance en interne. La plupart des centrales, solaires et éoliennes, ne sont pas connectées au réseau, dilapidant ainsi les millions de dollars investis. L’électricité produite est encore trop chère. Les efforts engagés depuis deux décennies pour faire avancer la décentralisation génèrent aussi des querelles de pouvoir entre les Autorités provinciales et locales, au risque de gripper cette mécanique verte. L’information nécessaire à cette transition verte, inexistante ou déformée par le système statistique, retarde le processus de transition socio-économique. Il faudra sans doute attendre quelques décennies pour que la première puissance émergente finalise un scénario de transition, qui pourrait faire école dans le monde. « Children are the future of China’s greenpower” promet le rapport.

 

M.J

 

La lointaine province occidentale du Xinjiang est devenue l’un des fronts du développement de l’énergie renouvelable, notamment du solaire. Grâce à des panneaux photovoltaïques, un petit village du désert découvre l’électricité en continu….

 

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“Green Economy and Green Jobs in China:

Current Status and Potentials for 2020” Jiahua Pan, Haibing Ma, and Ying Zhang

L i s a  M a s t n y,  editor, Worldwatch Report 185

Wo r l dwat c h  In s t i t u t e, July 2011. http://www.worldwatch.org/system/files/185%20Green%20China.pdf

 

Summury: http://www.worldwatch.org/bookstore/publication/worldwatch-report-185-green-economy-and-green-jobs-china-current-status-and-po


Publié le 8 avril 2013 par marlene dans Chine,Développement durable,energies alternatives,Pollution atmospérique.
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Protéger l’eau à sa source: une idée qui chemine…

Bonjour,

New York est une métropole qui a choisi de distribuer une eau naturellement filtrée à près de 9 millions d’habitants, alternative aux coûts et aux nuisances d’une eau artificiellement traitée.  Au début des années 90, la ville, encore en pleine expansion, pèse sur l’environnement et renonce à construire l’unité de filtrage dont elle a besoin pour approvisionner ses citadins. A contre- courant des pratiques du moment, New York décide de valoriser un complexe hydrographique situé à proximité, le système Catskill /Delaware. Situé en amont de la ville, il comprend 6 lignes de partages des eaux, et déroule des paysages de rivières, de zones humides, et de forêts. C’est l’ensemble du système, la forêt, les sols à faible teneur en carbone, et le système d’écoulement, qui fabrique une eau de qualité.  Cette eau naturellement filtrée est ensuite acheminée, via un réseau complexe de réservoirs, d’aqueducs, de tunnels, vers le terminal de distribution. Le processus, qui multiplie les acteurs et les démarches, se concrétise en 1997. La ville développe alors un immense programme de protection de ce complexe de bassins versants, et implique les populations de Catskill et de Delaware. En échange de l’entretien des écosystèmes de ce réservoir naturel, ces communautés agricoles et forestières reçoivent une indemnité annuelle. Aujourd’hui, ce système de distribution d’eau  permet de couvrir 95% des besoins de la ville. Après l’ouragan Sandy, qui balaie le Nord de la côte Est des Etats-Unis en octobre dernier, les New-Yorkais ont manqué d’électricité pendant quelques jours. Pas d’eau potable. Si l’avantage écologique est évident, il est aussi financier. La ville, qui n’a pas construit l’unité de traitement des eaux aurait économisé entre 6 et 8 milliards de dollars. Plus quelques centaines de millions, destinés à l’entretien de la structure. L’idée, sans doute visionnaire dans les années 90, a fait du chemin. (1)(2)

 

L’eau, un frein à la croissance.

Direction la Chine, et la ville de Zhuhai sur la côte Sud. Le gouvernement chinois incite les communautés qui vivent en amont de la ville à travailler la terre sans excès, tout en respectant la ressource en eau. En contrepartie de cette agriculture plus douce, quelques 100.000 personnes, oubliées de la croissance économique, reçoivent l’équivalent d’une assurance santé. Ce programme de mise en valeur de l’eau à sa source est, comme celui de New York,  listé par le récent rapport State of Watershed Payments 2012. (1) Cette publication d’Ecosystem Marketplace – a Forest Trend initiative- dresse un état mondial des projets de restauration des lignes de partage – watershed, en anglais -, et chiffre les investissements consacrés. La Chine, qui dispose de faibles ressources en eau potable par habitant, sans doute l’un des grands pays les moins bien dotés, a bien compris l’enjeu de ce processus de conservation. Selon la Banque mondiale, le déficit et la pollution des eaux de la puissance chinoise absorberaient déjà plus 2% de son PIB. (3) Alors, pour continuer sa course au développement, la Chine investit pour préserver ses ressources en eau. Toujours selon le State of Watershed Payments, en 2011, la Chine concentre 91% des investissements mondiaux dans le secteur. Zhuhai est l’un des 61 projets de restauration des bassins fluviaux développés en Chine, sur un peu plus de 200 à l’échelle mondiale. La Chine talonne les Etats-Unis, 67 projets en cours.(1)

 

Les écosystèmes, piliers d’une nouvelle économie.

En 1996, un petit groupe de décideurs, acteurs de l’industrie forestière, défenseurs de l’environnement, donateurs, s’intéressent de près à la protection des forêts. Trois ans plus tard,n l’équipe renforcée par des chercheurs, des banquiers, et des philanthropes, fonde  Forest Trends, une ONG américaine basée à Washington. Depuis, Forest Trends porte son attention sur la valeur des forêts, dont elle caractérise et chiffre les services rendus dans le but d’inciter à une gestion durable. Forest Trends soutient les projets et les initiatives qui valorisent une économie, basée sur les écosystèmes forestiers. Il y a encore l’intention d’améliorer les conditions d’existence des communautés qui vivent dans le périmètre protégé. Ecosystem Marketplace, création de Forest Trend, fournit une base de données qui contextualise, précise les marchés, et détermine la valeur des services rendus par les écosystèmes. L’information porte, par exemple, sur la qualité de l’eau, la séquestration de carbone, ou sur la biodiversité. Elle est gratuite. Ecosystem Marketplace souhaite faire évoluer les mentalités et placer les écosystèmes au cœur d’une nouvelle économie. D’où  l’idée de leur donner une valeur pour que les services rendus – production d’eau, de nourriture, de combustibles ; régulation des eaux, du climat, pollinisation ; entretien des sols ; bénéfices socio-économiques et culturels…- ne soient plus considérés comme acquis. Cette vision économique, qui parie sur la conservation des espaces pour assurer la continuité des écosystèmes, gagne du terrain. En 2011, 17 milliards de dollars ont été investis dans la valorisation des lignes de partages des eaux. Soit 2 milliards de mieux qu’en 2008. (1) Les analystes d’Ecosystem Marketplace considèrent que les investissements dans les systèmes des  lignes de partage annoncent un renouveau du financement de la conservation des espaces naturels. Sans parler des emplois « verts » créés sur le terrain. (3)

 

 Premiers développements d’une réponse globale?

Dans un monde où 80% des espaces seraient exposés à une menace sur l’approvisionnement en eau potable, les initiatives se multiplient. (3)En Afrique du Sud, le programme Working for Water (wfw) implique des chômeurs de longue durée pour éliminer les espèces invasives, herves à pampas, jacinthes d’eau, ou roseaux géants, qui perturbent les cours d’eau, et posent des problèmes de sédimentation dans le pays. Il s’agit encore de gros eucalyptus dont les racines retiennent d’énormes quantités d’eau. L’eau libérée est  réintroduite dans  la rivière. L’Afrique du Sud économise ainsi beaucoup d’argent, qu’elle aurait dépensé pour assainir les cours d’eau. WfW emploie près de 30.000 personnes. Les fonds viennent du programme de lutte contre la pauvreté développé par le gouvernement, des factures d’eau des ménages, et d’une fondation. En 2009, le pays a consacré plus de 100 millions de dollars à la restauration de ses bassins versants, un espace estimé à 160.000 hectares. A l’échelle mondiale, le financement des projets résulte majoritairement de fonds publics. Le secteur privé, qui n’a pas toujours les moyens d’investir dans de gros travaux, ou qui considère que la gestion de l’eau reste une affaire d’Etat, est encore en retrait. Sur les 200 projets actuellement en cours, l’argent privé n’apparait que dans une cinquantaine de programmes. (4) Beaucoup de ces entreprises fabriquent des boisson. En Ouganda, un brasseur de bière finance la protection des zones humides, afin de préserver la quantité et la qualité de l’eau dont elle a besoin. Un projet analogue se développe en Zambie, financé par en partie par les brasseries zambiennes, sous licence SABMiller. En France, des agriculteurs perçoivent des compensations pour préserver la nappe aquifère, et conserver la pureté de la source Vittel, propriété du groupe Nestlé. Mais il n’est pas toujours question d’argent. En Bolivie, dans la vallée de Santa Cruz,  plus de 500 familles reçoivent des ruches, des plants de fruits, et du fil de fer, qui sert aussi à éloigner le bétail des rivières. Plus économique en Suède, dans une localité à proximité du Fjörd de Gullmar, une petite compagnie d’eau a préféré investir dans la moule bleue  pour filtrer les pollutions au nitrate, plutôt que de se lancer dans les grands travaux d’une unité de traitement des eaux. «  Nous assistons aux premiers développements d’une réponse globale qui pourrait transformer notre façon d’estimer et de gérer les lignes de partage des eaux dans le monde », déclare Michael Jenkins, Président de Forest Trends, lors de la présentation du rapport. (3)

M.J

 

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(1) « Charting New waters – State of Watershed Payments 2012” Ecosystem Marketplace, A Forest Trend Initiative.http://www.forest-trends.org/documents/files/doc_3308.pdf

(2) « New York City »,  Information Center for the Environment (ICE), UC Davies, University of California. http://ice.ucdavis.edu/node/133

(3) “New Study: US$8.17 Billion Spent in 2011 to Safeguard Drinking Water and Regional Supplies by Protecting Watersheds—$2 Billion Above 2008 Levels,” Ecosystem Marketplace, A Forest Trend Initiative, Press Release,

http://www.forest-trends.org/embargoed_water_2013.php

(4)  Global threats to human water security and river biodiversity

C. J. Vo¨ro¨smarty1*, P. B. McIntyre2*{, M. O. Gessner3, D. Dudgeon4, A. Prusevich5, P. Green1, S. Glidden5, S. E. Bunn6,

C. A. Sullivan7, C. Reidy Liermann8 & P. M. Davies9,,  334 | NATURE | VOL 468 | 1 1 NOVEMBER 2010

http://limnology.wisc.edu/personnel/mcintyre/publications/vorosmarty_etal_2010_nature_global_threats.pdf


Publié le 31 janvier 2013 par marlene dans Biodiversité,Chine,eau,Ecosystèmes.,Pollution de l'eau,USA
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Le mystérieux voyage des Aborigènes.

Bonjour,

Entre l’arrivée des Aborigènes, il y a au moins 40.000 ans, et celle des Européens, à la fin du XIX° siècle, l’Australie a sans doute connu d’autres visites. Une étude menée par une équipe d’anthropologues de l’Université de Leipzig, en Allemagne, vient bousculer l’idée d’une île-continent, solitaire et ignorée depuis son peuplement initial. (1) Irina Pugach et ses collègues ont mis en évidence la présence d’un gène substantiel reliant des populations indiennes et australiennes, dont l’origine remonterait à 4000 ans. Au cours de l’Holocène, ou plus précisément, vers 4230, un gène aurait voyagé entre le sous-continent indien et le continent austral. Cette migration se serait accompagnée d’un changement de nourriture et de technologie. C’est à cette période que seraient apparues des flèches en pierre. C’est aussi à cette période que seraient arrivés les dingos , désormais inscrits dans la mémoire fossile du territoire. Les auteurs, qui soulignent la concomitance entre l’afflux de gènes en provenance d’Inde et l’évolution qui s’opère en Australie, formulent  l’hypothèse d’une relation entre ce moment migratoire et l’évolution en cours. Plus près des origines du peuplement, les anthropologues ont  mis en évidence une origine commune entre les populations d’Australie, de Nouvelle Guinée, et les Mamanwa, une population noire des Philippines. Groupes qui se seraient séparés il y a environ 35.000 ans. Cette hypothèse suggère une migration ancienne par une route Sud, en provenance du continent africain. Alors que les autres populations seraient arrivées plus tardivement, lors d’une migration dispersée. Cette analyse révèlerait encore que populations d’Australie et de Nouvelle Guinée se seraient quittées assez tôt dans l’histoire de Sahul. Et non pas, comme le suppose une autre hypothèse, il y a 8000 ans, quand l’élévation du niveau de la mer isole définitivement Australie et Nouvelle Guinée. Le Sahul, territoire qui unit Tasmanie, Australie, et Nouvelle Guinée, aurait été la porte du  peuplement originel aborigène. (1)

 

Entre Sahul et Sunda     

L’Australie, qui connait un peuplement continu depuis plus de 40 000 ans, serait l’un des premiers berceaux de l’humanité. Antériorité partagée avec l’Afrique. Puis, les hypothèses se croisent. Avant les années 1950, on suppose que les Aborigènes arrivent seulement il y a 10.000 ans. Quelques années plus tard, le carbone 14 aide les scientifiques à remonter le curseur de l’histoire jusqu’à au moins 40.000 ans. Les côtes du territoire australien sont alors accessibles, et le carbone 14 ne peut guère en dire plus. Mais l’hypothèse d’une colonisation vieille d’au moins au moins 40.000 ans, datation flexible, est retenue. (2) Concernant la genèse du peuplement, deux théories s’opposent dès la fin du XIX° siècle. La première propose multiples origines au peuple aborigène. La seconde retient une population souche, avant essaimage. Dans les années 60, l’anthropologie énonce une triple origine, c’est la théorie du  « Trihybride ». Balayée plus tard par d’autres études. La linguistique, qui établit une parenté entre l’extraordinaire diversité des langues et langages aborigènes, renforce l’idée d’une population « souche ». Michel Charleux, ethnologue de la Préhistoire qui écrit sur l’origine du peuplement aborigène dans l’ouvrage « Australie Noire »  – éditions Autrement 1989 -, déplace – avec d’autres chercheurs – le berceau aborigène en Asie du Sud- Est.(3) Si la mer reste un obstacle qui sépare le Sahul – Tasmanie, Australie, Nouvelle Guinée  - du Sunda - le  Sud-Est asiatique dont seraient originaires les Aborigènes – l’aventure n’apparaît  pas impossible. Ils ont pu, grâce à des embarcations, franchir cette distance finalement pas si longue. Michel Charleux, qui s’appuie sur les travaux antérieurs, retient l’hypothèse d’un peuplement remontant à environ 55.000 ans, alors que les eaux sont basses. Pendant 10.000 ans, ce noyau initial de cueilleurs-chasseurs, doucement gonflé par la démographie, en quête de nouveaux territoires et de plus gros gibiers, qui développe technologies et connaissance des milieux, essaime sur le territoire australien. La terre est immense, le peuplement diffus, mais la colonisation progresse. Les fouilles montrent qu’il y a 20.000 ans, les Aborigènes pratiquent l’ensemble du territoire australien. Cet article, qui rappelle la difficulté du terrain et des recherches, balaie les hypothèses d’un  peuplement initial à partir de la Mélanésie et de la Polynésie, « colonisées tardivement ». (3) Mais il annonce clairement : « Une origine africaine est inconcevable, reste l’hypothèse d’un peuplement asiatique. » (3)

 

Doutes.

Des chercheurs australiens commentent les résultats obtenus par l’équipe de Leipzig dans Australian Geographic. Jeremy Austin, Professeur associé à l’Université d’Adelaïde, salue l’idée de relations commerciales et migratoires anciennes entre l’Australie et l’Asie, hypothèse antérieure avalisée par l’étude. Plus critique, il remet en cause l’origine des Dingos, originaires selon lui, du Sud Est asiatique insulaire. Et non de l’Inde. La relation entre une migration indienne génétiquement prouvée, l’arrivée de nouvelles technologies, et l’apparition des dingos, reste cependant à fouiller. Joe Dortch, enseignant à l’Université de Perth  -Western Australia -, s’interroge, lui, sur la nature des relations entre Indiens et Australiens, mouvement migratoire ou contact occasionnel ? Il doute : « Il n’est pas possible de dire comment la relation avec l’Inde a surgi. » L’article pointe un autre point sensible: un échantillonnage génétique sur un vaste espace du Territoire Nord, peut-être pas représentatif d’autres populations aborigènes. (5). L’origine des Aborigènes d’Australie, noyau initial enrichi d’autres populations, reste une énigme plus ou moins résolue…

 

 

M.J

 

 

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(1) Publication originale:

Irina Pugach, Frederick Delfin, Ellen Gunnarsdóttir, Manfred Kayser, Mark Stoneking

Genome-wide data substantiates Holocene gene flow from India to Australia

PNAS, Online Early Edition, January 2013

Résumé: http://www.mpg.de/6818105/Holocene-gene-flow_India-Australia

(2) Wikipedia Australian Archeology, http://en.wikipedia.org/wiki/Australian_archaeology Préhistory of Australia Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Prehistory_of_Australia

(3) » Australie noire »,   Les Aborigènes, un peuple d’intellectuels, Sylvie Girardet, Claire Merleau Ponty, Anne Tardy (Dir), Monde, Mars 1989 « 40 000 ans déjà », Michel Charleux, p70 à 73.

(4)Northern Australian aboriginals may have had contact with Indian migrants 4000 years ago, says study.”, Alice McRae with AAP, 15-01-2013. http://www.australiangeographic.com.au/journal/aboriginal-genetic-study-suggests-indian-migration.htm


Publié le 22 janvier 2013 par marlene dans Afrique,Asie du Sud-Est.,Australie aborigène.,Inde,Migrations.
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Lester R. Brown, la Chine, et le haricot de soja.

Bonjour,

 

Lester R. Brown, fondateur du World Watch Institute et du Earth Policy Institute, penseur pionnier et analyste des questions d’environnement, examine les conséquences de la consommation croissante de graines de soja en Chine. Cinq chiffres introduisent ce point de vue, publié sur le site du Earth Policy Institute début janvier. (1) En 1995, la Chine produit 14 millions de tonnes de soja. Elle en consomme 14 millions. En 2011, elle récolte toujours 14 millions de tonnes de haricots de soja. Mais en nécessite 70 millions. La différence, 50 millions de tonnes de graines de soja, est importée. (1)

 

Le soja serait apparu dans les campagnes de Chine orientale, il y a 3000 ans. Dans un précédent article, Lester Brown l’introduit deux millénaires plus tôt. (2) Peu importe. Le soja, qui traverse les siècles et voyage sur le continent, devient l’une des principales sources de protéines de l’Est asiatique. Au début du XIX° siècle, il s’aventure vers les Etats-Unis. Mais il faut attendre la Seconde moitié du XX° siècle pour  que cette culture se développe sur le sol américain. (2) Aujourd’hui les Etats-Unis sont, à la fois, le premier producteur mondial de soja, 90 millions de tonnes en 2010, et le premier exportateur, autour des 35 millions de tonnes. En 2010, les USA, le Brésil , et l’Argentine, produisent plus de 80% du soja mondial. Bien loin devant la Chine, quatrième producteur mondial. (FAO, 2012) Grande particularité du soja, son adaptabilité à une grande variété de sols et de climats. Il pousse à la fois dans les campagnes tropicales du Brésil, de l’Inde, de la Thaïlande et du Nigeria, et sur les terres plus froides d’Hokkaido, dans le Nord du Japon, ou du Quebec. (2) (3)

 

Côté look, le soja est une plante grimpante de la famille du haricot, qui arrivé à maturité, ressemble effectivement au haricot . Sa vocation première est de produire de l’huile alimentaire, chaque graine en contient 22%. Après extraction, le grain est utilisé pour l’alimentation. Les produits à base de soja représenteraient 60% de la production mondiale de nourriture, animale et végétale confondues. (3) Glucides, lipides, calcium, magnésium, plus quelques vitamines, on lui attribue de grandes vertus nutritives. Le soja est un ingrédient majeur de la cuisine chinoise et japonaise. Il est aussi une source de protéines dans le menu végétarien. Mais la part la plus importante de nourriture contenue dans le  haricot de soja est destinée à l’industrie animale, sous forme de farine ou de tourteaux. C’est ici que recommence l’analyse de Lester  Brown. (3) (4)

 

Pour Lester Brown, la demande croissante en haricots de soja à l’échelle mondiale reflète la consommation croissante de protéines animales. Le soja, mélangé à d’autres céréales, généralement du maïs, augmente la rentabilité de l’industrie de la viande. En d’autres termes, le soja permet à l’investissement « grains » d’être plus rapidement converti en bœuf ou en poulet. L’appétit grandissant des Chinois pour la viande , le lait, ou les œufs, exige les qualités nutritives du soja dans le menu animal. Les Chinois l’utilisent encore pour l’élevage porcin – la moitié des porcs de la planète sont engraissés en Chine - ; pour nourrir les poulets – une industrie en plein boom- ; et de plus en plus pour l’élevage de poissons. D’où l’importance des importations chinoises de soja. Un soja que la Chine aurait pu produire. (1)

 

1995, moment-clé pour Lester Brown. Cette année-là, les Chinois décident d’emmener le pays vers l’autosuffisance en céréales. La grande famine des années 1959-1961 est encore vive dans certaines mémoires. Et la Chine ne souhaite pas dépendre de l’extérieur pour ses produits alimentaires de base. La production de céréales , vivement encouragée et subventionnée, décolle. Celle du soja stagne. Si la Chine avait produit les 70 millions de tonnes consommés en 2011, il lui aurait fallu, calcule Lester Brown, convertir le tiers de ses terres céréalières en terres à soja. Et importer des céréales. L’hypothèse d’une Chine peuplée d’1,3 milliards d’habitants, en quête d’un régime alimentaire amélioré, devrait doper les importations de haricots de soja dans les années à venir. (1)

 

Or, constate Lester Brown, quand le rendement du blé est pratiquement multiplié par 3 au cours de la seconde moitié du XX° siècle, celle du soja ne fait que doubler. La multiplication par 16 de la production de  soja, au cours de la même période, résulte principalement de l’extension des cultures. Le monde récolte plus de soja car, tout simplement, il en plante plus. «  C’est ici que se pose le problème. », prévient Lester Brown. « La question devient alors : où  les haricots de soja seront-ils plantés ? » (1)

 

Les terres dédiées au soja dépassent celles couvertes de blé aux Etats-Unis. Le soja occupe plus d’espace agricole que toutes les autres céréales au Brésil. La culture du soja est en passe de devenir deux fois plus étendue que celle des autres céréales en Argentine. L’Argentine serait même dangereusement en train de tendre vers une monoculture du soja. Les Etats-Unis, principal producteur et exportateur de fèves de soja, seraient au maximum de leur capacité. La seule possibilité pour produire plus de soja sur le sol américain serait de convertir des terres à maïs ou à blé. S’il existe de la terre encore disponible pour le soja, c’est au Brésil. Dans le Bassin d’Amazonie, ou dans le Cerrado , cette immense savane qui accueille 5% de la biodiversité de la planète. (1)

 

« Pour le dire simplement, sauver la forêt d’Amazonie dépend maintenant de la réduction de la demande en haricots de soja en stabilisant la population mondiale le plus vite possible. Et pour les gens les plus riches de la planète, cela veut dire manger moins de viande et ainsi infléchir la demande de haricots de soja. » (1)

 

M.J

 

 

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(1) “China’s Rising Soybean Consumption Reshaping Western Agriculture”, Analysis by Lester R. Brown, Washington, 09-01-2013 http://www.ipsnews.net/2013/01/chinas-rising-soybean-consumption-reshaping-western-agriculture/ Article du Earth Policy Institute http://www.earth-policy.org/

(2) “The United States and China: The soybean connection”, by Lester R. Brown, provided by Worldwatch Institute / Dec. 99 http://www.sdearthtimes.com/et1299/et1299s12.html

(3) Soybean International Commodity Profile, Prepared by P. Thoenes Markets and Trade DivisionFood and Agriculture Organization of the United Nations http://siteresources.worldbank.org/INTAFRICA/Resources/257994-1215457178567/Soybean_Profile.pdf

(4) Soja, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Soja

 Plus :

« La vague déferlente du soja brésilien », Hervé Théry, CNRS/ IRD Universidade de Brasilia, Centro de Desenvolvimento Sustentavel ; (CDS), Mappemonde N°74 (2-2004) http://mappemonde.mgm.fr/num2/articles/art04204.html

Major Crops Grown in the United States, 2000, United States Environmental Protection Agency. http://www.epa.gov/oecaagct/ag101/cropmajor.html


Publié le 16 janvier 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Chine,elevage
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Chili, le tracé contesté de la carretera de la Costa…

Bonjour,

Le Chili est un très long pays qui s’étire du Pérou au Cap Horn sur 4300 kilomètres, un pays long et maigre adossé à la Cordillère des Andes, et tourné vers l’océan Pacifique. Depuis longtemps, les dirigeants  rêvent de prolonger la Pacific Coastal Highway, le système routier continental qui longe le Pacifique depuis Vancouver,  au Canada. Au Chili, cette route s’appelle la ruta costera, ou la carretera de la costa. Elle doit ouvrir le pays sur le  reste du continent. Ce méga-projet, conçu sous la dictature Pinochet (1973-1990), doit relier les deux extrémités du territoire, de la frontière péruvienne aux portes de la Patagonie chilienne. Cette route, qui descend d’Arica doit rejoindre Puerto Mott et la région de Los Lagos (région X), à un peu plus de 1000 kms au Sud de Santiago, la capitale. Sur les 3300 kilomètres de goudron prévus par les plans, 2600 sont déjà praticables. Si ce projet embarrasse les gouvernements successifs, qui s’efforcent de le mener à terme, c’est qu’une partie de son tracé est contesté. La quarantaine de kilomètres qui doit traverser la région d’Araucania (région IX) doit déchirer une partie du territoire Budi. Ce territoire, situé à environ 700 kilomètres au Sud de Santiago, est pourtant désigné depuis 1996 comme « Area de Desarollo Indegina »  (ADI)., un territoire en principe respecté. (1)(2)

« Droit à la terre. »

Puerto Saavedra, en territoire mapuche, est le théâtre de cette discorde. Dans cette commune de 15.000 âmes, environ 80% des habitants sont d’origine Mapuche, une minorité chilienne  - 4% de la population -  majoritairement enracinée dans la région d’Araucania. Une soixantaine de communautés  Lafkenche, cousins immédiats des Mapuche, sont directement concernés par un tracé qui annonce une désorganisation de leur espace vécu. (3) Or,  la culture Lafkenche, comme l’ensemble de la culture Mapuche, est intimement liée à ce  territoire historique. Les «Lafkenche », dont le nom signifie « peuple de la mer », intègrent l’océan dans leur espace identitaire. (4) En 1979, sous la dictature Pinochet, ces terres Mapuche, autrefois communales, sont divisées en propriétés individuelles. La plupart sont achetées par des entrepreneurs forestiers, des producteurs d’énergie hydraulique, ou des pisciculteurs. Les autres sont exploitées par les Lafkenche, qui cultivent de petites parcelles de 5  à 10 hectares. (2) La décennie 1990, et le retour de la démocratie au Chili, portent la revendication identitaire et territoriale des Mapuche. Malgré les engagements de  « l’Area de Desarollo Indegina », les Lafkenche voient leur territoire malmené par ce projet d’autoroute. Les routes d’accès au chantier détruisent les écosystèmes, et bouleversent l’usage traditionnel de la terre. Un article qui détaille leurs revendications évoque un viol de leur droits ancestraux, « droit à la terre, droit à la vie, et droit à la culture », une spoliation de « la loi indigène de droit à la propriété ».(3) Sur un autre site dénonçant ce tracé d’autoroute, un Mapuche n’hésite pas à déclarer : «  je suis Mapuche et je suis prêt à me battre jusqu’à  la mort pour défendre notre terre ».(5) Les travaux, emmenés par un corps de travailleurs de l’armée chilienne, ont déjà détruit des sites sacrés. Des cimetières sont menacés par la route. Interrogé par IPS, un autre habitant déclare« Nous nous opposons à ce méga -projet car, pour le peuple Mapuche, cela n’apportera ni progrès, ni développement, mais plutôt une destruction irréversible de notre culture. »(2)

 

Touristes.

Pour les Autorités, cette route qui reliera des espaces côtiers isolés permettra de développer l’économie locale. Elle ouvrira une voie plus rapide aux forestiers et aux touristes. Habitués à se déplacer sur de petites distances pour rejoindre l’océan où ils pêchent ;  attachés à des paysages où se mêlent les rives du Pacifique, des champs cultivés, et les hauteurs de la chaine côtière, les Lafkenche ne partagent pas cette vision du développement.  Pourtant, une étude menée par l’Université de la Frontera dans la commune de Saavedra – majoritairement Mapuche – ne départage  pas franchement ces deux visions du monde. Environ 47 % des personnes interrogées soutiennent le projet, et  53% s’y opposent. Peut-être le résultat d’une campagne de promo. D’après IPS, l’ancien maire de Puerto Saavedra  aurait parcouru la campagne pour expliquer aux paysans qu’une route plus fréquentée leur permettrait de vendre leurs produits plus chers. Sans parler des indemnisations, reçues en cas d’expropriation. La même enquête révèle qu’en ville, à Puerto Saavedra, la population est plutôt favorable à une route qui amènera plus de touristes. .(2)

M.J

 

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(1) Pacific Highway, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Pacific_Highway

(2) “Indigenous Chileans Still Fighting Pinochet-Era Highway Project”, Marianela Jarroud, IPS, 27-12-2012, http://www.ipsnews.net/2012/12/indigenous-chileans-still-fighting-pinochet-era-highway-project/

(3) « PUERTO SAAVEDRA: TIERRA Y SANGRE LAFKENCHE », LANALHUE NOTICIAS, Publicado el 18-11-2006, Por Prensa Nacional (*)http://ln.fica.cl/muestra_noticia.php?id=2320#.UOw2dHc-5QE

(4) »Terremoto/Maremoto en Futalmapu LafKenche: impressions d’un étudiant. », Olivier Arnould, Santiago du Chili, 24-03-2010, document Word, http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=1&ved=0CDUQFjAA&url=http%3A%2F%2Fxa.yimg.com%2Fkq%2Fgroups%2F13331933%2F280544006%2Fname%2Fles%2Blafkenche%2Bet%2Btsunami-5.doc&ei=zzLsUIqsGIbN0QWXtYCICQ&usg=AFQjCNHUK9UG7CDcN7lbqUCfLuffTaRiig&bvm=bv.1357316858,d.d2k

(5) « Les menaces de la route de la côte sur les terres Lafkenche », « Je suis Mapuche et je suis prêt à me battre  jusqu’à  la mort pour défendre notre terre. », Réseau d’information et de soutien au Peuple Mapuche, http://mapuche.free.fr/route.htm


Publié le 9 janvier 2013 par marlene dans bagnole,Biodiversité,Chili,Pacifique,Territoire
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Prévoir « la vague qui mange les gens »…

 

Bonjour,

Dans le sillage du tsunami de 2004, deux histoires. D’abord, celle des Simeulue, une communauté musulmane qui vit sur l’île du même nom, dans l’Océan Indien, à 150 kilomètres des côtes de Sumatra. Après le séisme du 24 décembre, cette  population insulaire sent qu’il est temps de se réfugier sur les hauteurs voisines,  à  quelques centaines de mètres. Bien vu, la vague déferle. Sur une population côtière d’environ 80.000 personnes, seules sept victimes sont comptées. Dans cette communauté, la mémoire du tsunami remonte à 1907, quand un tremblement de terre est  suivi d’une vague très meurtrière. De cette histoire sont nées d’autres histoires ; des monuments et des rassemblements commémorent la tragédie. Le souvenir de l’évènement, transmis aux jeunes générations, figure dans la mémoire collective. Le mot « smong », l’équivalent de « tsunami », intégré dans le lexique communautaire, en suggère le risque. La seconde histoire, celle des Moken , prolonge la première. Les Moken habitent les îles Suri au large des côtes de la Thaïlande et du  Myanmar, dans la Mer d’Andaman. Dans cette société de tradition nomade, qui maîtrise la mer et ses secrets,  une légende raconte  la  «vague qui mange les gens » .Ici, tout le monde sait qu’avant un tsunami, la mer recule, et les cigales cessent leur chant. En 2004, un Moken note un silence inhabituel. Il prévient les autres. Longtemps avant que la première vaque déferle, la communauté s’est groupée sur les hauteurs. Il y  peu de victimes. Pour les Moken, le tsunami est la « vague des sept rouleaux. » (1) (2)

 

Histoires de serpents.

Les tremblements de terre  et les glissements de terrain accompagnent l’histoire du Népal, et de ses habitants. En 1934, un séisme fait 20.000 victimes, dont la plupart au tout début du phénomène. L’inde est également touchée. Dans un poème qui raconte l’évènement, l’auteur décrit la mort d’innombrables serpents. Etrange. Le tremblement de terre se produit en hiver, alors que les reptiles sont supposés hiberner.(3) Au Népal, et dans l’ensemble de l’Himalaya, les communautés, de tradition orale, racontent les cataclysmes et les  inondations qui deviennent des histoires, des chansons, des poèmes, ou des proverbes. L’un des proverbes de la culture Terai au Népal, exposées aux inondations de la West Rapti River, dit : « Le serpent et la rivière ne courent pas tout droit ». (2) Un peu plus tard, une autre histoire de serpents. En 1975, les habitants de la ville de Haicheng, dans le Nord-Est de la Chine,  s’inquiètent de la présence inhabituelle de serpents à cette époque de l’année. Bien qu’il soit difficile d’associer ces signes avant-coureurs à l’attitude des Autorités, celles-ci décident d’évacuer la ville. Le séisme, qui intervient quelques semaines plus tard, ne fait que peu de victimes. (3)

 

Constructions et solidarités.

En 1999, les Nations Unie créent un Bureau pour la Réduction des Risques et des Catastrophes, UNISDR. Depuis, cet organisme tisse une toile d’araignée, où interviennent scientifiques, ONG, et communautés locales, afin de prévenir les tremblements de terre, les inondations, les sécheresses, ou les cyclones qui menacent différentes régions de la terre. Les stratégies communautaires, réponse de terrain à un aléa récurrent, intéressent l’UNISDR . Une publication en détaille quelques exemples dans la région Asie-Pacifique. (2) Dans le Nord de l’Inde, dans les Etats de Jammu et du Cachemire, régions exposées aux séismes, les maisons traditionnelles sont construites pour résister. Ces techniques de construction s’appellent « Taq »,  ou « Dhajji dewari », un  patchwork mural composé de panneaux horizontaux, verticaux, ou diagonaux, qui présente une flexibilité qui fait défaut aux constructions modernes. En octobre 2005, lors du tremblement de terre qui secoue le Cachemire, ces bâtiments, conçus pour être secoués, sauvent des vies. Ailleurs, la communauté maîtrise l’aléa en s’organisant. Au Nord-Ouest du Pakistan, dans les districts de Manschra  et de Bettagram, l’altitude, le climat, le relief montagneux , isolent  les communautés.  Des terres infertiles et la pauvreté ajoutent au décor. Pour affronter les tremblements de terre, les pluies diluviennes, la neige, les glissements de terrain, et les inondations rapides, les populations n’ont que leur solidarité. En période de fortes pluies, quelques-uns surveillent le niveau des eaux, et préviennent les foyers exposés. Les familles plient bagage, et se réfugient chez un parent, ou un ami. Le retour à la normale est fêté par des spectacles, et des rituels. En Papouasie-Nouvelle Guinée, les villages Singas, situés sur l’une des rives de la Markham River, dépendent d’une rivière capricieuse. Deux inondations mémorables en 1998 et 2002.  Des maisons sur pilotis, qui s’élèvent au fil des crues et de leur fréquence, un usage planifié des terres cultivables, une solidarité pour la nourriture et l’environnement, révèlent l’adaptation à un milieu à la fois généreux et hostile. Incités à déplacer leur habitat sur les hauteurs, ils ont refusé. (2)

 

Lire les humeurs du ciel.

L’UNEP, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, a beaucoup travaillé avec des communautés africaines. Beaucoup d’Africains, initiés lisent les prévisions météorologiques inscrites dans la nature. Ils connaissent, par exemple, la route des tempêtes et celle des vents dominants, une annonce qui permet de construire un toit, d’aménager un coupe-vent, ou d’ériger des murs, avec un peu d’avance sur le mauvais temps. Une bonne lecture des corridors de pluie permet de se préparer à l’orage. Connaître la couleur des nuages porteurs de grêlons, savoir qu’une tempête peut succéder à une sécheresse, ou que la lumière d’une première pluie peut annoncer un désastre, est une mémoire héritée d’une longue observation des cieux africains. Cette lecture ancestrale permet aussi de repérer un chant d’oiseau qui annonce la nouvelle saison. Ce bulletin météo note encore la hauteur des nids d’oiseaux près des rivières, annonciateur d’inondations ; ou la multiplication des mites, signe d’une sécheresse à venir. Quand une  position du soleil coïncide avec  la présence d’une certaine espèce d’oiseau près d’une rivière, la saison des pluies arrive. A défaut de pouvoir toujours parer aux aléas du climat, ces informations peuvent être utiles pour le calendrier des cultures. (1)


Insulaires et scientifiques.

Sur l’île d’Ambae, le plus grand volcan de Vanuatu est doté de deux lacs de cratères, le lac Voui et le lac Lakura, l’un bleu, l’autre vert. Endormi pendant près de quatre siècles, Ambae semble se réveiller en 1991. Au dessus des lacs jumeaux qu’il survole, un pilote de la Vanair, la compagnie aérienne locale, remarque une surface en ébullition. A proximité, la végétation est brûlée. Quelques jours plus tard, les signes s’affirment, émanations de soufre, eaux aux couleurs changeantes. Les insulaires n’ont rien remarqué. Eveillé, le volcan multiplie les secousses pendant trois années. En 1995, l’affaire semble plus grave. Les eaux du lac bouillonnent, un panache de fumée s’élève sur 2 à 3 kilomètres dans le ciel, les secousses se répètent. L’évacuation de l’île est envisagée. Les géophysiciens de l’ORSTOM – devenu l’IRD, l’Institut de Recherche pour le Développement -  prédisent l’éruption de l’Ambae,  70 chances sur cent. Mais le volcan continue de somnoler.(4) Un chercheur néo-zélandais, qui travaille sur les risques volcaniques, et avec les communautés d’Ambae, reprend l’histoire. En 1995, la France – Vanuatu est lié à la France par l’histoire et la Francophonie – dépêche un navire pour évacuer les insulaires. Mais ceux-ci n’ont pas décelé les signes habituels qui annoncent l’éruption du volcan, le lac qui change de couleur, le départ soudain des oiseaux, ou les fourmis qui colonisent la végétation. Effrayée par le navire français, la population s’enfuit sur les hauteurs. (3) Dix  ans plus tard, en 2006, le lac Voui se colore à nouveau d’un rouge, jugé inquiétant…(5)


MJ.

 

 

 

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(1) The Wave That Eats People – The Value of Indigenous Knowledge for Disaster Risk Reduction, David Singh, UNISDR, 09-08-2011http://www.unisdr.org/archive/21236

(2) “Indigenous Knowledge for Disaster Risk Reduction: Good Practises and Lessons Learned from Experiences in the Asia-Pacific Région”;  ISDR (International Strategy for Disaster Reduction ),  Kyoto University,  European Union, 2008. http://www.unisdr.org/files/3646_IndigenousKnowledgeDRR.pdf

 (3)“Snakes and folk tales meet science in disaster warning”,Smriti Mallapaty, SciDev Net, 21-11-2012, http://www.scidev.net/en/agriculture-and-environment/features/snakes-and-folk-tales-meet-science-in-disaster-warning.html?utm_source=link&utm_medium=rss&utm_campaign=en_agricultureandenvironment

(4) Ambae Volcano, Vanuatu Tourism Office, 2011. http://vanuatu.travel/fr/discover-the-islands/volcans/ambae-volcano.html

(5)« Vanuatu : Ambae et le lac Voui », earth-of-fire, le blog de Bernard Duick, 05-10-2010 http://earth-of-fire.over-blog.com/article-vanuatu-ambae-et-ambrym-57995700.html

 


Publié le 29 novembre 2012 par marlene dans Afrique - Environnement.,Catastrophe naturelle.,Climat,Volcans.
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Riesco, couleur noir charbon.

Bonjour,

Des confins hospitaliers. C’est une île enchâssée dans une géographie de baies, de fjords, et de canaux, qui s’appuie au Sud sur le Détroit de Magellan, en Patagonie chilienne.   C’est  la région de Magallanes et de l’Antarctique, la plus méridionale du Chili, la plus froide aussi. Au Nord de l’île, le fjörd de Skyring, au Sud celui d’Otway, les deux reliés à l’Est par le canal de Fitzroy.  L’île s’ouvre au  Sud-Est sur la péninsule de Brunswick et, au-delà du Détroit de Magellan, sur la grande terre de Patagonie. Le port de Punta Arenas s’accroche lui au Nord-Ouest du Détroit de Magellan. L’ïle de Riesco, c’est son nom, est une île de taille respectable, plus de 5000 km², la quatrième du Chili. Ses vallées sont couvertes de forêts de hêtres. L’Ouest de l’île, qui s’inscrit dans l’arc de la cordillère des Andes, culmine à plus de 1800 mètres avec le Mont Atalaya. Il n’est peuplé que de glaciers. L’île comptait 57 km² d’étendues glacées dans les années 80, 40 km² aujourd’hui, rapporte une étude de 2002 qui pointe des températures à la hausse. La topographie de la partie Est est plus douce, le régime des pluies modéré. C’est dans cette partie de l’île que se sont établis les colons. Depuis le milieu du XIX° siècle, ces confins accueillent des populations européennes. Vers la fin du XIX° siècle, Punta Arenas, port commercial, est une ville importante et animée. Après 1914, l’ouverture du Canal de Panama facilite le voyage et rend ces terres plus accessibles. Croates, Allemands, Anglais,  Hollandais, Danois, Italiens, Espagnols ou Russes, attirés par les vastes pâturages de la région, s’y installent. A Riesco, les estancias exploitées par des particuliers, souvent des Croates, pratiquent l’élevage du mouton dans un paysage idyllique. (1) (2) (3)

 

Du charbon pour le Chili. Tout se gâte quand la COPEC, l’une des compagnies pétrolière et forestière les plus influentes du Chili, décide d’exploiter le charbon, pourtant de mauvaise qualité, de l’île Riesco. Elle est assistée dans ce projet par Ultramar, une compagnie maritime chilienne. Le Minera Isla Risco projette la construction à terme de cinq mines , dotées d’un port pour acheminer le charbon extrait. Les réserves évaluées à 300 millions de tonnes, permettent aux compagnies impliquées d’espérer 12 à 25 ans d’exploitation. C’est un projet estimé autour des 840 millions de dollars. En décembre 2009, l’aménagement du port reçoit un aval environnemental. Et en aout 2011, la préparation à l’exploitation du premier gisement reçoit un feu vert. A l’échelle du Chili, ce projet minier vise à alléger les importations  de charbon, et à réduire la dépendance énergétique. Le pays achète actuellement 96% du  minerai  destiné à produire de l’électricité à l’étranger, en Colombie, en Indonésie, en Australie. (3) Avec une production annuelle supérieure à 6 millions de tonnes, supposée sur 25 ans, l’exploitation du charbon de l’île Riesco devrait réduire de 30% les importations du Chili.  Estimations les plus optimistes. (3) (4) Ce projet s’intégrerait également dans le plan de développement de la région de Magallanes et de l’Antarctique, annoncé en décembre 2010 par un Président Pinera, formé à l’école américaine.(3) Mais les 800 emplois promis pour la construction des mines, et les 700 annoncés après leur mise en activité ne suffisent pas à calmer les opposants, pas décidés à brader leurs paysages.(3)

 

Pas contents. « Nous ne sommes pas opposés à des projets qui apportent du travail et participent au développement de la région », déclare le maire de Punta Arenas, Vladimiro Mimica en mais 2001, propos rapportés par le Patagon Journal. (3)« Cependant, nous nous opposons à un modèle économique qui nous est imposé sans discussion, analyse, et participation de tous ceux qui sont affectés. » poursuit-il. Pas consultés non plus la colonie de pingouins de Magellanes,, environ 10.000 vivent en périphérie de l’île, la baleine Humpback, autre familière des lieux, et quelques communautés de dauphins.

 

M ;J

 

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(1) Islas Riesco, Wikipedia, http://es.wikipedia.org/wiki/Isla_Riesco

(2)Inventory of glaciers in isla Riesco, Patagonia, Chile, based

on aerial photography and satellite imagery, Gino Casassa,1, 2 Katrine Smith,1, 3 Andre¨ s Rivera,4, 2 Jose¨ Araos,4 Michael Schnirch,5 Christoph Schneider5, Annals of Glaciology 34 2002 #International Glaciological Society, http://www.glaciologia.cl/textos/casassa2002.pdf

(3) “Riesco Island conflict: Who decides Chile’s energy future?”,  Patagon Unbound, 0_-03-2011, http://www.patagonjournal.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1832%3Aconflicto-de-la-isla-riesco-iquien-decide-el-futuro-energetico-de-chile&catid=60%3Aeditor&Itemid=264&lang=en

(4) Riesco Island Project, Chile, Mining Technology.com, http://www.mining-technology.com/projects/riesco-project/

Source carte des gisements de charbon sur l’île Riesco. :Map of Mineral Isla Riesco

 

 

 


Publié le 15 octobre 2012 par marlene dans énergie,Chili,Climat,Ecosystèmes.,Exploitation minière
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Des « îles aux chèvres » très convoitées.

Bonjour,

Mini archipel. Les îles Senkaku, nom décliné à la japonaise, se situent en Mer de Chine orientale, à environ 400 kilomètres à l’Ouest de l’archipel d’Okinawa, et à un peu moins de 200 kilomètres au Nord-Est de Taïwan. C’est un mini archipel composé de cinq îles volcaniques et de trois rochers. Ces îles sont considérées comme « terra nullius », des terres jamais véritablement habitées. La faune et la flore n’y présentent pas grand intérêt, sauf peut-être quelques oiseaux à plumes. Plus intéressant, les eaux y sont poissonneuses et les fonds marins prétendus dotés d’hydrocarbures. Ces îles, situées à la lisière  du continent asiatique, trop petites pour figurer sur toutes les cartes, sont convoitées par le Japon, la Chine, et Taïwan, qui réclame un peu moins fort. Ce différend territorial, tissé après la Seconde Guerre mondiale, est évoqué par Mao Tsé Toung qui visite le japon en 1978. Il invite à mettre en suspens la question des Senkaku , « pour être traitée par une génération future plus sage ». (1) Les Senkaku, appelées Diaoyu par les Chinois, sont aujourd’hui contrôlées par le Japon.

 

Géo-histoire.L’histoire de cette querelle territoriale entre la Chine et le Japon -Taïwan est ici oubliée -, portée par un fort ressentiment entre les deux Nations, débordée par un nationalisme virulent, est complexe et ancienne. Dans son Atlas du Japon, Philippe Pelletier en synthétise le cours. (2) D’abord une présence chinoise ancienne, fin du XIV° siècle, attestée par des récits de voyages. Une thèse (2008) en précise les  relations. (1)  En 1372, l’archipel des Ryukyu paie tribut à la Chine. Au début du XVII° siècle, cette relation tributaire lie les Ryukyu  à la Chine,  et au Japon. En 1879, les Japonais annexent les Ryukyu, et découvrent les Senkaku quelques années plus tard. En 1895, ils les intègrent à l’archipel nippon, dans un contexte de guerre sino-japonaise (1894-1895) et de conquêtes territoriales. La Chine n’est pas en mesure de protester. En 1896, l’île, prêtée par le gouvernement japonais, est exploitée par un industriel, Tatsushirō Koga. Il y développe la pêche à la bonite, et valorise les plumes d’albatros. En 1940, c’est la faillite, l’île est abandonnée. L’archipel d’Okinawa, théâtre de violences inouïes pendant la Seconde guerre mondiale, puis de tensions entre les Etats-Unis et le territoire occupé, est restitué au Japon en 1972. Senkaku est intégrée dans ce lot territorial, sans figurer sur l’accord signé entre les Etats-Unis et le Japon en 1970. Les Etats-Unis veulent éviter de prendre parti dans cette querelle annoncée. Malgré un accord de pêche en 1997 entre le Japon et la Chine, les activistes nippons aiment à rappeler l’autorité de leur pays sur ces cailloux. (3)

 

Tensions. A la mi-aoùt 2012, d’autres activistes débarquent  sur Diaoyu pour réclamer son intégration au territoire chinois. Quelques jours plus tard, ils sont salués dans les rues de Hong-kong. Les nationalistes japonais réagissent par une autre expédition sur l’ile.Depuis 2002, la famille Kurihara, devenue propriétaire de l’archipel, loue quatre  îles au gouvernement japonais.  Début septembre, comme annoncé depuis quelques temps, Tokyo achète trois îles de ce mini-archipel pour un peu plus de 2 milliards de yens, plus de 20 millions d’Euros. Officiellement, il s’agit d’empêcher des nationalistes d’acquérir ces rochers, avec des débordements prévisibles. Les tensions, qui se sont multipliées entre les deux pays, s’ajoutent  à des ressentiments plus anciens. La Chine, qui le 19 septembre dernier commémorait l’invasion japonaise de la Mandchourie en 1931, début d’une colonisation sauvage qui s’achèvera en 1945, reproche au Japon ses excuses timides. Ce que réfute le Japon. De vieilles  rancunes, la course au leadership régional, des difficultés politiques internes, et un nationalisme actif, se mélangent des deux côtés à des degrés divers pour fabriquer de l’explosif. En Chine, agitée par une semaine de manifestations,  la communauté et les intérêts japonais ont été malmenés. Les usines Toyota, Sony, Panasonic, l’enseigne UNIQLO et d’autres, ainsi que de nombreux commerces ont dû cesser leur activité. La presse évoque une manipulation de l’opinion par les Autorités, soucieuses de la détourner d’autres questions sensibles. Pendant ce temps, le gouverneur de Tokyo crache son venin contre les Chinois. (4)

 

« Iles aux chèvres ». Sur le site de Bloomberg, un éditorialiste, qui prend la mesure de la crise entre les deux pays, prend aussi le parti de la plaisanterie : « Les Japonais les appellent les îles Senkaku, les Chinois les nomment Diaoyu. Laissez-moi suggérer un nom plus approprié : les îles aux chêvres. » Les chèvres sont tout ce que l’on peut trouver sur ce groupe de rochers inhabités,  pour lesquels Japonais et Chinois sont prêts à prendre les armes. (5) Et d’ailleurs, qu’est ce qui fait courir Chinois et Japonais ? L’accès à des eaux  poissonneuses ? De conséquentes ressources en pétrole et gaz, le contrôle des routes qui y mènent ? Ou les frontières dessinées sur la mer par les ZEE, ces zones économiques exclusives qui étirent les territoires à 200 miles marins des côtes. Soit un peu plus de 370 kilomètres. Dans son Atlas du Japon, Philippe Pelletier note que la ZEE du Japon dote l’archipel de presque 4,5 millions de km²,  qui s’ajoutent à une superficie terrestre d’environ 380 000 km². Ce qui, terre et mer ajoutées, fait du petit Japon le 6° espace mondial.

M.J

 

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(1) “ The Diaoyu / Senkaku Islands Dispute, Questions of Sovereignty and Suggestions for Resolving the Dispute”,  Martin Lohmeyer, University of Canterbury 2008  http://ir.canterbury.ac.nz/bitstream/10092/4085/1/thesis_fulltext.pdf

(2) Philippe Pelletier, Atlas du Japon, Une société face à la post-modernité, Autrement, 2008, p 16, 17, 12.

(3)IIes Senkaku Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Senkaku

(4)”Japon: tensions sur des îles flottantes”, Arnaud Vaulerin, Libération, 24-08-2012 ; « Hong Kong défend la Chine contre le  « militarisme japonais » », Charles Danzac, Libération, 29-08-2012 ; « La Chine secouée par une déferlante anti-japonaise », Philippe Grangereau, Libération, 14-09-2012 ;“la Chine se déchaîne contre ses Japonais »,  Philippe Grangereau, Libération, 17-09-2012 ; « Le Japon met les points sur les îles », « Pékin prends le parti du nationalisme », Philippe Grangereau, Libération, 19-09-2012.

(5)” Why Outrage Over Islands Full of Goats Is Crazy”, William Pesek, Bloomberg, 18-09- 2012 http://www.bloomberg.com/news/2012-09-18/why-outrage-over-islands-full-of-goats-is-crazy.html

 

 

 


Publié le 21 septembre 2012 par marlene dans Actualité,Chine,Japon
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Fraser et ses insulaires…

Bonjour,

Située à quelques encablures de la côte Est de l’Australie, à proximité du Sud de l’Etat du Queensland, à environ 300 kilomètres au Nord de Brisbane, Fraser Island est une curiosité géologique. Une île de sable, la plus étendue au monde, qui raconte 700 000 ans de changements climatiques et de modifications du niveau de la mer. Elle est née d’une accumulation de sables sur un lit de roches volcaniques, qui a développé un système dunaire complexe. Et toujours en mouvement. Les dunes, dont les plus hautes voisinent avec les 260 mètres, sont aujourd’hui colonisées par une forêt tropicale dense. Certaines essences grimpent à une soixantaine de mètres. Des lacs perchés, une quarantaine, se sont installés dans des dépressions creusées par le vent, sur un tapis de matières organiques, feuilles, écorces, et plantes mortes. Le Lac Mac Kenzie, une centaine de mètres au dessus du niveau de la mer, est le plus célèbre de ces lacs perchés. Sans doute le plus beau, aussi. L’eau y est si pure qu’aucun organisme ni aucun animal ne peuvent  y vivre. Lacs perchés, lacs de barrage, et lacs de fenêtre, une centaine au total, Fraser est une île qui ne manque pas d’eau douce. A l’arrière des plages de sables blonds, on peut voir des étendues brunes qui ressemblent à des rochers, des « coffee rocks ». Ces sables cimentés par des matières organiques rappellent que les côtes se sont déplacées au cours d’une histoire finalement assez récente, comparée à celle du continent australien. C’est un  petit  fragment insulaire, un paradis aux paysages surprenants , convoité par les hommes et peuplé de dingos. (1)(2)(3)

Aborigènes.

« Ces gens sont entièrement nus, et ressemblent ( sinon ) aux habitants de Port Jackson dans leur apparence personnelle, mais ils sont bien plus charnus, peut-être parce qu’ils ont accès à une meilleure réserve de nourriture que l’on attrape dans les filets, fait connu dans le sud de l’île. » (4) écrit Matthew Flinders dans son journal de bord, en 1802. Si le capitaine Cook est passé au large de Fraser dans les années 1770, Matthew Flinders est le premier européen à y accéder. Après une première tentative, deux pêcheurs de baleines américains lui ont indiqué  un passage. Flinders découvre des communautés aborigènes, qui profitent d’une nourriture abondante. Ils ramassent des coquillages, pêchent des anguilles et toutes sortes de poissons,  chassent des dugongs, le frère du lamantin, des tortues de mer, des oiseaux aquatiques, et des opossums. Ils consomment du miel, des patates sauvages, des racines, des feuilles, et des fruits collectés en forêt. Des vestiges de campement ont montré que les Aborigènes vivent  sur l’Île Fraser depuis environ 5000 ans. Au début du XIX° siècle, cette communauté insulaire, principalement des Butchulla, compte entre 400 et 500 personnes. L’hiver, qui pousse d’autres groupes du continent à aller chercher de la nourriture sur Fraser, la population de l’île grimpe probablement autour des 2000 à 3000 habitants. Explorateurs, forçats évadés, ou survivants de naufrage, arrivent à leur tour sur l’île. Dans les années 1860, débarquent des marins, puis des bûcherons venus exploiter les belles forêts d’eucalyptus et de kauris. Une partie de ce bois est envoyé en Egypte, qui construit le canal de Suez. Sur l’île de Fraser, les maladies, l’alcool, et l’opium commencent à gangréner la société aborigène. Le mépris d’une communauté prétendue inférieure fait le reste. Sur ce chapitre, c’est Eliza Fraser, qui commence.(1)(4)

Européens.

En 1836, quelques rescapés du « Stirling Castle »,  un bateau qui a fait naufrage plus au Nord sur la grande barrière de corail, débarquent sur l’île de Fraser à bord d’un canot. Ces Européens sont recueillis et nourris par la communauté aborigène. Parmi eux, Eliza Fraser, la femme du capitaine du « Stirling Castle ». Quelques semaines plus tard, elle est évacuée sur le continent. A Brisbane, elle fait passer les Aborigènes pour des diables, esclavage, torture, et cannibalisme. Elle nourrit la paranoïa des Européens. Elle rentre à Londres, où elle publie son aventure. Le livre, qui diffuse l’image d’une communauté brutale et cruelle, a beaucoup de succès. «L’un des héritages d’Eliza Fraser aura été le massacre de ceux-là même qui lui ont porté secours », peut-on lire sur le site de Fraser Island Defenders Organization, une association qui travaille à la préservation des ressources insulaires. (4) Quelle que soit la responsabilité de cette femme, pendant plus d’un demi-siècle, ces Aborigènes insulaires sont chassés, massacrés, ou noyés. En 1890, ils ne sont plus qu’environ 300. La moitié, sept ans plus tard. Au tournant du XX° siècle, les survivants sont déportés dans des missions du Queensland, administrées par des Européens. Peu survivront à des conditions de détention, décrites épouvantables. (2) Plus de 300 personnes (2006), Australiens d’origine européenne, vivent sur l’Île Fraser. D’autres y laissent une caravane, pour pêcher le maquereau, privilège accordé à condition de la déplacer périodiquement. (1) (4)

Dingos

L’Ile Fraser est aussi le territoire des dingos , un animal de la famille des canidae australiens qui ressemble à un chien, mais qui peut se montrer loup. C’est un animal sauvage, aux réactions imprévisibles. Il est aussi un argument touristique. Fraser, accueille sans doute la population de dingos la plus importante de cette partie de l’Australie. La population la plus pure aussi. Pour respecter l’espèce, pas de chien sur l’île. Le dingo de Fraser mesure plus d’un mètre de long, 60 cm de haut, son pelage est doré. Il est facile de l’approcher, surtout à l’heure des sandwiches et des chips. Mais, attention, il est interdit de le nourrir. Argument des rangers, une nourriture facile pourrait faire décliner son aptitude à la chasse. Et le rendre agressif avec les touristes radins sur le sandwich. Le dingo est là pour être observé, à une certaine distance. En 2001, un enfant meurt après l’attaque d’un dingo. Après l’accident, les rangers en tuent plus d’une centaine, réduisant considérablement la population. En 2008, ils sont entre 120 et 150. Si un ex-ranger dénonce à ce moment là une situation de malnutrition, il reste interdit de les nourrir. L’accident de 2001 a inspiré une interprétation stricte de la relation entre l’homme et l’animal sauvage. Avec un respect du territoire du dingo, mis à mal par l’invasion touristique. (5)

Touristes.

Listée au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992, récompense pour la vitalité de ses écosystèmes, l’Île Fraser est un aimant à touristes. Ils débarquent par ferry, avant de se déplacer en colonies biens rangées dans des véhicules tout terrain, de toutes les tailles, sur la plage et sur les pistes intérieures. Impossible de visiter Fraser sans véhicule 4×4. Chaque année, 350.000 à un demi-million de visiteurs débarquent sur cette  île de 1840 km², 123 km par 23,  presque un grain de sable par rapport à l’Australie. Cette déferlante touristique laisse  quelques traces dans les écosystèmes, déjà fragilisés par l’insularité. De l’urine et du jus de crème solaire dans les eaux pures des lacs, qui du coup le sont moins. Et qui transforme certaines parties du bush en toilettes publiques. Quant à la plage qui ceinture l’île, elle s’apparente à une autoroute où se succèdent et se croisent des dizaines de véhicules chargés de touristes, auxquels on assène quelques grands principes de conservation. A proximité d’un point d’intérêt, la plage devient parking où stationnent tous les modèles de 4×4, du particulier au bus équipé de roues motrices, voire un avion. Car il est très chic d’atterrir sur l’une des  plages de Fraser Island. (1) (2)

M.J

 

 

 

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(1) Fraser Island, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Fraser_Island

(2) Fraser Island, UNESCO, http://whc.unesco.org/fr/list/630

(3) Fraser Island, Great Sandy National Park http://www.derm.qld.gov.au/parks/fraser/index.html

(4) “These people go entirely naked, and otherwise much resemble the inhabitants of Port Jackson in personal appearance, but they were much more fleshy, perhaps from being able to obtain a better supply of food with scoop nets which are now known on the southern parts of the coast.”, From Fraser Island Defenders Organization, FIDO, “The Watchdog of Fraser Island”, aims to ensure the wisest use of Fraser Island’s natural resources.  http://www.fido.org.au/education/AboriginalHistory.html

(5)Save Fraser Island Dingoes Inc http://savefraserislanddingoes.com/


Publié le 14 mai 2012 par marlene dans Australie aborigène.,Ecosystèmes.
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