Environnement
Un blog sur la géo-environnement

« Brown revolution »

Bonjour,
La « brown revolution », ou « révolution marron », couleur peau de vache, est une expérience assez insolite, menée au Zimbabwe. Elle vise à restaurer des sols et des écosystèmes dégradés en intégrant des troupeaux dans des paysages enclos. Le concept, qui bouscule l’idée que le bétail est l’ennemi de l’environnement, est porté par Allan Savory, biologiste zimbabwéen. En 2009, il fonde le Savory Institute, un organisme à but lucratif chargé de relayer la « brown revolution », une pratique environnementale née d’une vision holistique. Ce courant,  né dans les années 20, considère la nature come un « tout », où chaque élément influence les autres. Acquis à cette conception, Allan Savory considère que le changement climatique, la perte de la biodiversité, et la désertification des terres ne sont pas trois problèmes distincts, mais connectés. La dégradation de la biodiversité résulte de la désertification et du changement climatique, exacerbé par l’usage d’énergies fossiles. Dans ce contexte, s’il y a respect de la biodiversité, la désertification n’a pas lieu. Mais revenons à nos troupeaux, dont les sabots sont les outils de cette biodiversité. Dans un article publié par la Green Universtity, Allan Savory évoque d’immenses hordes de bisons, un défilé qui dure des heures, labourant les pâturages de leurs sabots, bien groupés pour échapper aux prédateurs. Ils piétinent l’herbe, tassent la végétation morte sur le sol, tandis que les graines utiles pénètrent  la terre pour germer. Ces plantes sont recouvertes d’un tapis de végétaux secs, qui favorise la pénétration de l’eau, et la retiennent. Cette humidité, qui tempère la surface du sol, stimule le renouvellement des prairies après le départ des bisons. Cette conception de la lutte contre la désertification se pratique dans des espaces clos et mouvants. Les bisons piétinent groupés, avant de partir fouler d’autres prairies. L’African Center For Holistic Management (ACHM), partenaire  de terrain du Savoy Institute, a expérimenté ce pâturage, très encadré, au Zimbabwe. (1) (2)

Au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment.  

L’expérience est développée dans la région de Dimbangombe, à proximité des Chutes Victoria sur le fleuve Zambèze, frontière entre le Zimbabwe et la Zambie. Le Zimbabwe, situé en climat tropical, avec une saison des pluies d’octobre à mars, et une saison sèche équivalente,  est une terre de hauts plateaux, autrefois couvert de forêts. La pauvreté,  la croissance de la population, et des besoins en bois, pour brûler et pour construire, ont nourri la déforestation. Des sécheresses à répétition ont contribué à l’appauvrissement des sols. La situation est telle que l’UNEP (2008), le Programme des Nations Unies pour l’environnement, place l’érosion des terres agricoles et la déforestation au cœur de la problématique environnementale du Zimbabwe. (3) Près des Chutes Victoria, le projet, inscrit sur une exploitation de 2900 hectares, a redonné vie à l’écosystème du fleuve Dimbangombe. Les troupeaux, bétail et chèvres, ont d’abord été gonflés de 400%. Chaque jour, les bêtes ont été incitées à consommer des pâturages, en fonction du calendrier de renouvellement de cet écosystème. Pas de stress sur les troupeaux pour les maintenir sains et productifs. Il a fallu ensuite construire des infrastructures, légères et pratiques, pour accompagner la migration des animaux. Tout en les protégeant des lions, des léopards, des chiens sauvages, ou des hyènes, qui viennent rôder pendant la nuit. Chaque semaine, la ferme ambulante a été déplacée sur des sites différents, afin de multiplier les espaces de fertilisation, enrichis grâce aux sabots des animaux, et par leurs déjections. Malgré des sécheresses de 2004 à 2007, là où le sol était nu, l’herbe pousse à nouveau. La rivière s’est remise à couler dans un environnement reconstitué. ACHM Zimbabwe résume les lois d’un pâturage bénéfique « Un troupeau, au bon endroit, pour les bonnes raisons, au bon moment. »  (4)

Sans bétail, le désert.

Canada, Mexique, Etats-Unis, Amérique du Sud, Australie, ou Nouvelle Zélande, la pratique holistique concerne aujourd’hui un peu plus de 16 millions d’hectares dans le monde. Le Savory Institute forme des « missionnaires», éducateurs et consultants, qui travaillent en Namibie, au Kenya, aux Etats-Unis, au Mexique et en Australie. Le Savory Institute cherche à conquérir de nouveaux territoires pour y développer sa pratique de restauration des écosystèmes, et conquérir l’approbation du monde scientifique. Reste une vision holistique qui bouscule quelques idées reçues. « Au cours du dernier million d’années, nous n’avons développé que trois outils majeurs pour gérer notre environnement en général. Ces outils sont la technologie, le feu, et le repos biologique ». résume Allan Savory dans une publication de  l’UNEP,(5). Or, la technologie, qui ne peut remplacer le cycle végétatif des prairies, n’est pas la bonne option. Le feu, utilisé depuis toujours pour la santé des pâturages, les oxyde, les expose, et libère de grandes quantités de gaz à effet de serre. Quant au repos des terres dans des espaces soumis aux pluies saisonnières, il favorise l’oxydation, la mort des végétaux, la nudité des sols, la désertification, et le changement climatique. La vision holistique veut que ces terres là soient dérangées par des troupeaux pour se reconstituer. Sans l’intervention du bétail, elles tournent rapidement au désert.

M.J

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(1) “Holistic Management, A New Framework for Decision Making »
by Allan Savory with Jody Butterfield” http://www.greenuniversity.net/Ideas_to_Change_the_World/AllanSavory.htm

(2) Africa Center for Holistic Mangement, Wikipedia http://en.wikipedia.org/wiki/Africa_Center_for_Holistic_Management

(3) « Africa: Atlas of Our Changing Environment »  , The United Nations Environment Programme (UNEP), 2008. http://na.unep.net/atlas/africa/downloads/chapters/Africa_Atlas_French_Intro.pdf

(4) Grazing Planning – Africa Center for Holistic Management (ACHM), Zimbabwe. Moving cattle « in one herd, to the right place, for the right reasons, at the right time ». From a Video by Seth J. Itzkan

(5) « We need a brown revolution”, Allan Savory, Healthy soil, healthy earth,, UNCDD News, Issue 3.3 / May-June 2011  http://newsbox.unccd.int/3.3/imgissue/UNCCDNews3,3.pdf


Publié le 18 janvier 2012 par marlene dans Afrique - Environnement.,Agriculture.,Biodiversité,Climat,déforestation,Désertification.,eau,elevage
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Durban, la Conférence sur le climat vue de Côte d’Ivoire.

Bonjour,

Durban, Afrique du Sud. Aujourd’hui s’ouvre la 17° Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques. (CP 17) Pendant une dizaine de jours, jusqu’au 9 décembre, des représentants de 190 pays, des ONG, et des délégués de la société civile, vont tenter de trouver des solutions concrètes pour freiner les effets de la crise climatique.  Et peut-être  proposer un « après » au Protocole de Kyoto.  Quand la Chine et les Etats-Unis refusent de contrôler leurs émissions de gaz à effet de serre. En attendant l’issue de cette nouvelle réunion internationale sur le climat, qu’en pensent les Africains ?  Un point de vue proposé par la RTI, la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne.

 

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Publié le 28 novembre 2011 par marlene dans Actualité,Afrique - Environnement.,Climat
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L’Afrique, du soleil et du vent.

Bonjour,

Les énergies renouvelables, une voie de développement pour l’Afrique ? La question a été posée la semaine dernière à Dakar, lors du troisième salon international des énergies renouvelables et de l’environnement en Afrique. Elle a aussi été abordée à Syracuse, où se tenait à peu près en même temps le « G8 » des ministres de l’environnement. La France y a lancé l’idée d’un « programme d’autonomie énergétique »  pour l’Afrique, basé sur l’exploitation des sources d’énergie propres et accessibles. (1) Sur un continent gavé de soleil, balayé par les vents, où le bois reste le principal combustible abordable, et l’électricité le luxe d’une minorité, la question du renouvelable mérite d’être posée.

Déforestation.

Avant de viser un développement économique à l’échelle continentale et de freiner un réchauffement climatique alimenté par la combustion d’énergies fossiles, il s’agit d’améliorer les conditions d’existence de ces millions d’Africains, privés d’électricité. Sur le continent, seulement 20% de la population bénéficie d’un accès direct à l’électricité. Et sans doute moins de 5% dans les pays les plus défavorisés. En brousse, c’est pire, 2% seulement des habitants sont éclairés par le réseau électrique.(2) Ces estimations ne tiennent pas compte des nombreuses coupures d’électricité dues à des infrastructures vétustes. Et qui continuent de se dégrader, faute d’entretien. L’électricité africaine, principalement alimentée par l’exploitation de ses fleuves, quand ils ne sont pas à sec, est en panne. Dans les familles les plus pauvres, on utilise le bois, les bouses de vaches, et les résidus des récoltes pour s’éclairer, ou pour cuisiner. Conséquences, une déforestation encore très active, une perte de temps à trouver la matière première, et une atmosphère malsaine dans les foyers. D’où l’idée de développer les énergies renouvelables, principalement le solaire et l’éolien, pour éclairer les devoirs des écoliers, éviter les arrêts répétés des frigos, ou alimenter les hôpitaux.

Gaspillage de matière première.

En 2004, le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), promoteur d’une vision et d’une stratégie pour la Renaissance de l’Afrique, adopte une déclaration pour les énergies renouvelables. Il s’agit de développer les ressources énergétiques du continent, notamment par le biais d’une coopération régionale. Et de rendre cette énergie accessible au plus grand nombre. Perspective partagée par l’Union Africaine, de nombreux organismes Africains, les grands bailleurs de fonds, et soutenue par des gouvernements occidentaux. Le potentiel existe. L’Afrique est l’un des espaces les plus ensoleillés de la planète, privilège sans doute partagé avec l’Australie et la péninsule arabique. Côté vent, la ressource n’est pas négligeable. Une étude commandée par la Banque africaine de développement (BAD) estime qu’une quinzaine de pays, de l’Afrique du Nord au Cap Vert, en passant par la Mauritanie, en Afrique australe ou orientale, pourraient parier sur l’énergie éolienne. (3) Les quelques projets, qui s’éparpillent sur le continent, témoignent d’un gaspillage de la matière première.

Trop peu de projets.

Au Rwanda, en 2007, le Président Kadame inaugure le « plus grand projet d’énergie solaire en Afrique », résultat d’un partenariat avec l’Allemagne. En 2004, le pays s’est trouvé privé d’électricité, suite à l’assèchement de ses lacs et de ses rivières. Le projet, sans doute insuffisant, y apparaît comme une promesse de temps meilleurs. En Ethiopie, les 5500 habitants d’un petit village profitent de l’électricité d’origine solaire, autre bénéfice d’un partenariat avec l’Allemagne. Au sud-est du Nigeria, la Banque Mondiale étudie les possibilités du solaire pour alimenter des communautés rurales, écartées du réseau national. Dans une petite ville du Burkina Faso, au sud –est de Ouagadougou, des panneaux solaires installés sur le toit d’une clinique éclairent le bâtiment depuis deux décennies. A Madagascar, le photovoltaïque est une solution envisagée par le gouvernement et des ONG, pour alimenter des hôpitaux de campagnes soumis à de nombreuses coupures d’électricité. Un grand parc éolien devrait être érigé en Ethiopie pour éclairer plus de cinq millions de citoyens. La Namibie, en manque d’électricité et tributaire de ses voisins, l’Afrique du Sud, la Zambie, le Zimbabwe, mise sur la force des vents et sur un partenariat néerlandais. Le Maroc, mais surtout la Tunisie épaulée par l’Espagne, comptent de plus en plus sur l’éolien pour réduire leur facture d’électricité. (4)

Financement.

Cette liste, même incomplète, signale que tout reste à faire. Le problème, le financement. La hausse des prix des carburants fossiles et la déforestation n’y changent pas grand-chose. L’énergie solaire reste coûteuse, donc inaccessible à une majorité d’Africains. Investir dans un système solaire revient à payer une facture d’électricité longue de 20 ans. (5) Sans être sûr que le matériel durera aussi longtemps. Solution pour les grands travaux, un partenariat avec des acteurs occidentaux et des bailleurs de fonds, avec des remboursements souvent difficiles à honorer. A plus petite échelle, un coup de pouce aux particuliers. Le Ghana et le Burkina Faso ont adopté une fiscalité incitative et mis en place un dispositif de micro-crédits pour aider leurs citoyens à s’équiper en photovoltaïque. L’équipement est remboursable en 24 ou 36 mois.(6) Autre solution, baisser les taxes à l’importation, une pratique expérimentée au Kenya par African Energy, une société installée aux Etats-Unis qui vend des panneaux aux PME africaines.(6) Le PNUE (Programme des Nations Unies pur l’Environnement) parie sur le micro-crédit. En Inde, le PNUE a tenté de convaincre les banquiers locaux de financer de petites installations solaires, histoire d’alimenter quelques ampoules. Résultat, de meilleures notes pour les élèves, des ateliers de couture productifs, et des épiceries plus attractives. (7)

« Desertec » et le four solaire.

Dans un contexte de réchauffement climatique propice aux énergies propres, un grand projet germe dans la tête des Occidentaux, « Désertec ». Il s’agit d’exploiter les ressources énergétiques du Sahara, en débordant un peu sur le Moyen Orient. En clair, tapisser les déserts de panneaux solaires et canaliser la ressource éolienne pour approvisionner une Europe, engagée à réduire des émissions de gaz à effet de serre. Et doter du même coup ces régions d’une source d’énergie propre, et d’une technologie de pointe. « Désertec », un objectif 2050. Moins ambitieux, le four solaire qui cuit les aliments avec les rayons du soleil. Une invention qui date d’une vingtaine d’années, et qui aurait bien besoin d’un petit coup de pouce.

MJ.

Un universitaire camerounais évoque les coupures d’électricité dans son pays. L’énergie solaire, un truc pour les touristes…..Petit problème, le son ne marche pas à tous les coups…Comme l’électricité sur le continent africain…

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(1) “Le dialogue Nord-Sud progresse sur le climat”, Brigitte Perucca, Le Monde, 24-04-09.

(2) « L’énergie, clé de la prospérité en Afrique », Analyse et perspectives de la problématique de l’énergie sur le Continent , Itai Madamombe, Afrique Renouveau http://www.afrik.com/article8172.html

(3) « Tunisie : l’énergie éolienne a le vent en poupe. », Féthi Djebali, Youad Ben Rejeb, 23-12-2008. http://www.syfia.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=5049

(4) Sources diverses.

(5) »L’énergie Solaire est-elle une solution alternative pour l’Afrique ? Le prix des panneaux continue de baisser », 26/09/2004, http://www.grioo.com/info3123.html

(6) « Solaire : l’Afrique en aura besoin pour se développer », Bati Depot, 14-11-08

http://www.bati-depot.fr/actualite/solaire-l-avenir-de-l-afrique-1602.html

(7) « Afrique: L’énergie solaire offre des solutions pour les zones rurales les plus pauvres », United Nations (New York), 30 Avril 2007, http://fr.allafrica.com/stories/200704301232.html



Publié le 29 avril 2009 par marlene dans Actualité,Afrique - Environnement.,énergie
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Les girafes du Niger.

Bonjour,

Tout est parti d’un reportage lu dans Libération « Une croissance au long cou » (1). Le papier détaille un projet de développement en Afrique, articulé autour de la conservation de la girafe blanche. Un autre article, paru dans la revue « anthropozoologica » livre une vision plus critique de ce programme, d’inspiration occidentale.

Conserver les girafes.

L’histoire se passe au Niger, dans la région de Kouré, à une heure et demie de voiture de la capitale, Niamey. L’héroïne de l’histoire, une girafe blanche qui regarde le monde du haut de ses cinq mètres, et quelques. Autrefois chassée pour sa viande, victime de l’agriculture, de la déforestation, des sécheresses à répétition, ou des conflits armés, cette pauvre girafe commence à compter les siens. En 1996, la Président du Niger ordonne une capture meurtrière. Le troupeau ne compte plus qu’une cinquantaine de têtes, et peu de jeunes bêtes. Ce qui suppose la disparition probable d’une sous- espèce endémique d’Afrique de l’Ouest, qui autrefois essaimait du Sénégal au Lac Tchad.

En 1996, une éthologue familière du Niger, soucieuse du sort des girafes, intervient. L’Union européenne soutient. L’association de sauvegarde de la girafe du Niger (ASGN) est creée. Cette association porte un plan de sauvegarde de l’espèce, accompagné d’un projet de développement rural, et touristique. Dans un pays aux ressources naturelles très dégradées par les sécheresses, caractérisé par une forte croissance démographique, et des crises alimentaires à répétition, tout projet de développement compte. Le gouvernement du Niger suit, le braconnage mènera désormais en prison. En 2000, quand l’Union européenne cesse d’appuyer l’initiative, le directeur du zoo de Douai La Fontaine prend le relais. Ce défenseur de l’environnement et des espèces, est un amoureux de la girafe du Niger, en pension dans son parc animalier. (1)

Au Niger, douze ans après le massacre, le troupeau compte désormais près de 200 girafes. Une réussite. Les habitants, sensibilisés et invités à la sauvegarde de l’espèce, condition d’un peu moins de pauvreté, ont marché. Ce qui n’empêche pas les conflits quand les girafes, en quête de feuillages, se permettent l’entrée des champs et des vergers pour voler de la nourriture. Aujourd’hui, une trentaine de villages bénéficie des retombées économiques de cette mobilisation autour de la girafe. Une dynamique de micro-crédits transforme les femmes en agricultrices actives, sur une terre désormais dotée de puits. Des paysans, formés par le zoo, sont devenus guides à temps partiel. Ils emmènent les touristes, qui comme moi ont regardé Daktari à la télé quand ils étaient petits, voir d’un peu plus près à quoi ressemble une grande girafe plantée dans sa brousse.  L’équilibre est fragile, le manque de pâturages pourrait pousser l’espèce à migrer dans un environnement plus généreux en nourriture. Reste une vision optimiste d’un projet encadré, qui a impliqué les populations locales. (1)

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Animal exotique et viande de brousse…

Dans un article intitulé «Des animaux ni sauvages ni domestiques,  les «  girafes des Blancs » au Niger », Anne Luxereau, anthropologue, développe un point de vue plus fouillé.(2) C’est aussi son métier. « Cet article pourrait avoir comme sous-titre « la construction des girafes nigériennes en patrimoine » attaque-t-elle. Elle y oppose deux visions du monde. La première, occidentale, ne s’embarrasse pas des différences culturelles. Pour les « Blancs », la girafe est « emblématique de la faune africaine ». C’est un animal exotique, inoffensif, fort sympathique, importé dans notre imagerie nationale au début du XIX° siècle. S’y ajoute une « responsabilité » de conservation, héritée d’une culture animalière, portée par la vision d’un patrimoine écologique à transmettre, et sans grand rapport avec la représentation des Africains. « La girafe n’occupe pas une place de choix dans le bestiaire local et n’a pas de nom spécifique. » La girafe des Africains est un animal de brousse, qui avait une utilité économique. Avant l’interdiction de la chasse, elle fournissait de la viande et alimentait la pharmacopée traditionnelle. Protégée par le « plan girafe », elle devient la « girafe des Blancs », « un animal ni sauvage ni domestique et sans utilité ». Et surtout, dès qu’une girafe est malade, témoignage de villageois: « des tas de voitures viennent de Niamey; il vaut mieux être une girafe malade qu’une femme en couches. »

Cet article détaille les inconvénients d’un projet « importé » par les Occidentaux. Il met les girafes et les hommes en concurrence pour la nourriture. Il bouscule les organisations territoriales traditionnelles ou administratives. Il ne profite pas à tout le monde. Mais ce projet, qui contribue à faire connaître la région de Kouré dans le monde entier, peut attirer d’autres initiatives de développement. Enfin, ce troupeau de girafes peut être aussi l’occasion d’une nouvelle solidarité communautaire… A inventer: « On n’est peut-être pas très loin de l’émergence du troupeau en bien géré, selon des modes qui restent à inventer, par une collectivité qui en tire des bénéfices, redistribués selon des modes là aussi à inventer… »

M.J

(1) « Une croissance au long cou », Eliane Patriarca, « Futurs », Libération, 31 mars 2009.

http://www.liberation.fr/sciences/0101559167-une-croissance-au-long-cou

(2) «Des animaux ni sauvages ni domestiques,  les « girafes des Blancs » au Niger », Anne Luxereau, Anthropozoologica, 39, Juillet 2004, pp 289- 300

http://www.mnhn.fr/museum/front/medias/publication/10597_Luxereau.pdf

Pour en savoir plus sur l’environnement au Niger : http://ec.europa.eu/development/icenter/repository/Niger_CEP_2006.pdf


Publié le 3 avril 2009 par marlene dans Afrique - Environnement.,Biodiversité
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L’Afrique unie par ses fleuves ?

Bonjour,

Dans une interview accordée à RFI, Mohamed Salem Merzougest (1) développe une perspective intéressante pour construire l’unité du continent africain. Ce vieux rêve politique, formulé dans le sillage des indépendances, sans cesse différé, pourrait permettre à l’Afrique de s’affirmer, et de défendre ses intérêts sur la scène internationale. Mohamed Salem Merzougest, qui vient de publier «L’Africanisme solidaire » (2), mise sur une construction géopolitique, via une gestion commune et équilibrée des fleuves transfrontaliers. Membre de l’OMVS – l’Office de Mise en Valeur du Fleuve Sénégal -, il s’appuie sur l’expérience plutôt réussie de la synergie entre la Guinée, le Mali, la Mauritanie, et le Sénégal, pour construire le barrage de Manantali. Et pourquoi ne pas élargir la formule d’une solidarité régionale, économique et humaine, basée sur la gestion de l’eau. Le continent africain compte une soixantaine de bassins transfrontaliers qui pourrait servir cette vision géopolitique. En Afrique de l’Ouest, 28 bassins fluviaux – soit 71% du territoire de la sous -région – chevauchent les frontières.(3) Cette ressource commune fait souvent l’objet d’une coopération. Entre les quatre pays qui gèrent le fleuve Sénégal, avec l’OMVS. Ou ceux, parfois les mêmes, impliqués dans la maîtrise du fleuve Gambie, la Gambie, la Guinée, la Guinée –Bissau, et le Sénégal (OMVG/ Office de Mise en valeur du fleuve Gambie). Le Bassin du Fleuve Niger, qui traverse 9 pays – Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Tchad, Cote d’Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Nigeria – et arrose environ 100 millions de personnes, est valorisé par l’Autorité du Bassin Niger (ABN). Une gestion complexe. Les réserves d’eau douce du Lac Tchad, communes au Niger, au Nigeria, au Cameroun et au Tchad, dont les fleuves Chari et Komadugu sont tributaires, sont gérées par la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT). Mais cette coopération régionale n’élude pas des différends entre les Etats. Certaines tensions s’expriment d’ailleurs ouvertement. La gestion des eaux du Nil, qui oppose l’Egypte à son voisinage, notamment le Soudan et l’Ethiopie, serait plutôt facteur de conflits que d’intégration régionale.(4) Sur le fleuve Congo, un gigantesque projet de barrage hydroélectrique qui pourrait alimenter les voisins de la République démocratique du Congo, éclairer 500 millions d’Africains et faire tourner nombre d’industries, bel exemple de coopération régionale sur le papier, rencontre l’opposition de la population de la RDC, laissée dans le noir par deux précédents barrages. Peu importe les tensions et les contre-exemples, Mohamed Salem Merzougest préfère parier sur un partage des eaux porté par des intérêts communs, source de richesse partagée entre les Etats. Cette vision panafricaine, sans doute idéaliste, a l’avantage de s’appuyer sur la réalité géographique des bassins transfrontaliers. La ressource ne manque pas, reste à négocier une solidarité régionale, pour tendre vers une intégration continentale. Toujours d’actualité.

M.J

(1) « Afrique : Projet des Etats-Unis d’Afrique », Le Potentiel, 12 mars 2009, http://fr.allafrica.com/stories/200903120361.html

(2) « L’AFRICANISME SOLIDAIRE », Sur les quais de l’espérance, Mohamed Salem Merzougest, Editions L’Harmattan, 2009 http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=27315

(3) « Bassins versants transfrontaliers en Afrique occidentale », Sylviane Tabarly,
d’après l’Atlas de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest , Géoconfluences, http://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/typespace/frontier/FrontDoc.htm

(4) » Les enjeux actuels du partage du Nil entre craintes égyptiennes et rancœur éthiopienne », Frédéric Lasserre, Département de Géographie, Université de Laval, 2003, http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2003/lasserre2/article.htm


Publié le 17 mars 2009 par marlene dans Afrique - Environnement.,eau
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Le Sénégal relance la « Grande muraille verte »…

Bonjour,

En ce moment, le Sénégal parle beaucoup de la « Grande Muraille Verte ». Il s’agit de faire avancer ce projet pharaonique de reboisement qui doit traverser l’Afrique d’Ouest en Est, pour freiner la désertification de la frange sahélo-saharienne. Abdoulaye Wade, le Président sénégalais, coordonne la plantation de ce ruban transcontinental de 7000 kilomètres de long, sur une quinzaine de large, qui doit relier Dakar à Djibouti. Pour relancer ce processus qui piétine un peu, Djibo Leïty Kâ, le Ministre de l’Environnement sénégalais, a annoncé la création d’une agence panafricaine. Cet organe doit piloter un ouvrage qui implique 11 pays -Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Nigeria, Niger, Tchad, Soudan, Ethiopie, Erythrée,et Djibouti-. Beaucoup de monde à secouer, le projet traverse les frontières, mais chacun veille à ses plantations. Djibo Leïty Kâ est allé au Mali, au Burkina Faso, au Tchad, au Niger, en Ethiopie, pour rappeler l’importance de ce reboisement. Cette grande ceinture verte sera ourlée de bassins de rétention pour redonner vie à des espaces oubliés des pluies, et malmenés par ses habitants. Les caprices du climat ont fragilisé des sols, par ailleurs sur-exploités par leurs occupants, qui n’ont guère le choix. Cette barrière, et ses retenues d’eau, devraient rendre les terres à nouveau cultivables. D’où l’enjeu. (1) (2)

En pratique, ce reboisement est lent. Le Sénégal, qui doit ceinturer 515 kilomètres, compte 25 kilomètres de ruban vert. Objectif pour l’année prochaine, doubler ce ruban végétal. Et pour parvenir à cet objectif, Djibo Leïty Kâ convoque le secteur privé pour donner un coup de pouce à l’état. (1) (2) Début mai, les pépinières étaient déjà prêtes…

M.J

(1) Sénégal: Grande muraille verte – Vers la création d’une agence panafricaine

O. Ndiaye, Le Soleil, 8 Décembre 2008 http://fr.allafrica.com/stories/200812080161.html

(2) Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)

Sénégal: Le secteur privé invité à participer à la réalisation de la Grande muraille verte

5 Décembre 2008 http://fr.allafrica.com/stories/200812050781.html


Publié le 9 décembre 2008 par marlene dans Afrique - Environnement.,Désertification.
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Forêts maliennes: les Chinois se taillent une mauvaise réputation.

Bonjour,

« Chine: hôpital contre bois d’ébène » titrait les Echos de Bamako, le 12 mars dernier. Et là, on apprend que la Chine, grande et généreuse, désire offrir un nouvel hôpital au Mali. Un cadeau «prioritaire », puisque la construction de ce nouveau centre de soins devrait démarrer d’ici fin 2008. En échange, la Chine pourrait exploiter tranquillement la forêt de Kita, située dans la région de Kayes, au Sud Ouest du pays, une région voisine du Sénégal. Ce qu’elle fait déjà depuis un certain temps, semble-t-il, et sans égard pour cet écosystème. Depuis quelques mois, les habitants de Kita voient les chinois dévaster leur forêt, pourtant protégée, pour en extraire de l’ébène qu’ils envoient à Dakar, par camions entiers. Une voie ouverte à la déforestation dans un pays convoité par la désertification, et dans une région écologique fragile. Il y a quelques années, le gouvernement malien avait pourtant interdit l’exploitation d’ébène. « Hôpital contre ébène », une forme de « solidarité » qui irrite une partie de l’élite malienne, qui craint les faiblesses de son gouvernement. Et qui a appris à lire le chinois.

Le premier menuisier de la planète.

La Chine, devenue le premier menuisier de la planète, a besoin de bois. Entre 1997 et 2006, le volume des importations de produits forestiers a plus que triplé en Chine.(1) Après avoir abusé des réserves forestières de son voisinage asiatique, avec une attention particulière pour les forêts primaires de Papouasie Nouvelle Guinée, et une halte dans les forêts russes et celles d’Extrême Orient, la Chine s’intéresse aux bois exotiques africains. Depuis une dizaine d’années, ses classes moyennes émergentes apprécient la qualité des essences africaines, notamment l’okoumé, prélevé dans les forêts d’Afrique centrale. Dans certaines régions du Congo Brazzaville, les forestiers chinois, épaulés par des collègues malaisiens, coupent massivement les Okoumés, pas de pitié pour les jeunes pousses, et pas de reboisement au programme. Cette exploitation forestière, menée à bon rythme, inquiète les paysans qui connaissent les lois de reproduction de leurs forêts. Plus de la moitié des arbres coupés en Afrique, principalement au Gabon, en Guinée Equatoriale, au Cameroun, en République du Congo, ou au Congo Brazzaville, partent pour l’Asie. Et la Chine en détourne la quasi-totalité. (2)Selon la FAO (2006), si les forêts africaines, qui appartiennent aux Etats ou à des Institutions nationales, se font avaler, c’est que les propriétaires n’ont pas les moyens financiers pour s’opposer aux convoitises asiatiques. La Chine, « grand frère protecteur » des pays africains dans les années 60-70 – contre quelques avantages: en 1971 la Chine retrouve son siège au Conseil de sécurité de l’ONU avec les voix africaines, l’assistance à l’Afrique lui offre quelques débouchés économiques…-, a changé. Avec des habits différents de ceux du colonisateur, Pékin a compris les bénéfices qu’il pouvait tirer de l’Afrique. Le « protecteur » est devenu « l’exploiteur ». C’est ce chinois là, que les maliens ont appris à lire.

Un rempart contre la désertification au Mali.

Au Mali, le domaine forestier couvre 100 millions d’hectares, dont environ le tiers de formations ligneuses. Ce patrimoine écologique pèse pour 2% du PIB. Ce couvert forestier, facteur d’équilibre écologique, est un espace de vie pour les communautés. Elles y prélèvent le bois de chauffe, souvent seule source d’énergie, et pas toujours bonne nouvelle pour la forêt. Mais la forêt est aussi ce « supermarché » qui produit de la viande et des fruits en quantité, des produits destinés à la pharmacopée, et de quoi fabriquer certains outils du quotidien. La forêt, garante de la fertilité des sols, prévient aussi l’érosion. Si la sécheresse a fait reculer la forêt, son exploitation abusive justifie le coup de gueule des élites maliennes. « Le président sait –il que les premières auréoles de désertification sont venues de l’exploitation du Dakar- Niger, du temps où les locomotives fonctionnaient à la vapeur et au bois ? », s’énerve Alexis Kalambry, l’auteur de l’article qui craint que les Autorités maliennes concèdent l’exploitation de la forêt de Kita aux Chinois. A moins que ce ne soit déjà fait. Cette colère trouve un écho à Kita, où la forêt est présentée comme le « dernier rempart de la lutte contre la désertification au Mali », son exploitation, un « scandale environnemental »…En brousse, l’apprentissage du chinois semble avoir été plus rapide…
M.J

(1) http://www.afd.fr/jahia/webdav/site/myjahiasite/users/administrateur/public/Regards-sur-la-terre/Chapitres/RST-Chapitre6.pdf

(2)

http://www.ql.umontreal.ca/volume11/numero12/mondev11n12e.html


Publié le 17 mars 2008 par marlene dans Afrique - Environnement.,déforestation

Angola: une BD pour protéger la couche d’ozone.

Bonjour,

Une petite info, en provenance d’Afrique. Le gouvernement angolais vient de lancer une bande dessinée pour sensibiliser sa population, notamment les jeunes, aux problèmes liés à la couche d’ozone. Cette BD, intitulée « Ozone: la protection qui engage la terre », examine la relation entre le soleil et la terre. Elle prévient les petits angolais sur les risques d’une exposition prolongée aux ultra-violets, et leur demande de se protéger. Un conseil prudent dans un environnement où le soleil est déjà violent. Cette BD, tirée à 5000 exemplaires, salue le 3 mars, et la journée africaine de l’environnement. Une initiative annuelle lancée en 2002 par l’OUA (Organisation de l’Unité africaine).

L’Angola, comme plus de 80% des pays africains, a signé le Protocole de Montréal, engagement international qui vise à restaurer la couche d’ozone. Ce filtre naturel, qui absorbe la plupart des radiations ultraviolettes émises par le soleil, protège la terre et ses habitants. Cette couche d’ozone a des ennemis appelés « SAO », ou substances appauvrissant la couche d’ozone, CFC, HCFC, halons, bromure de méthyl. On les trouve dans les réfrigérateurs, les climatiseurs, les mousses, et les aérosols. La question de l’ozone, vue d’Afrique, mobilise les organismes internationaux. Le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) y développe depuis 2000 le programme ActionOzone, pour tenter de réduire les SAO, souvent importées et illégales, dans le quotidien des Africains. Les vieux appareils utilisant les SAO, rejetés ailleurs, atterrissent souvent sur le continent. Les SAO ont encore leur place dans nombre d’activités informelles, dont les utilisateurs ignorent souvent les dangers. Les SAO font aussi l’objet d’un commerce parallèle, où codes illégaux, fausses licences, ou étiquettes tronquées, permettent d’introduire et d’échanger des produits dangereux. Plus grave, l’agriculture de beaucoup de pays africains emploie du bromure de methyle. Mais ces préoccupations pour la couche d’ozone, noyées dans une nébuleuse de problèmes environnementaux et sanitaires au moins aussi graves, ont du mal à pénétrer sur un continent qui produit peu de SAO. Et où la consommation de produits néfastes reste dérisoire comparée au reste de la planète.

Cette année, l’Angola accorde une attention particulière à l’ozone, d’où cette BD. Le pays souhaite participer pleinement au programme d’élimination progressive de ces substances qui détruisent la couche d’ozone. Et souhaite éviter à sa population mélanomes, et autres cancers de la peau, et de la cataracte. Je n’ai pas trouvé la BD, en lien, le rapport du PNUE sur l’Afrique et le Protocole de Montréal, un peu long à arriver, version PDF….

M.J


Publié le 5 mars 2008 par marlene dans Afrique - Environnement.

Le Delta intérieur du fleuve Niger: une oasis dans le Sahel.

Bonjour,

C’est marrant, l’autre jour je publie un billet sur le Mali qui raconte qu’à Bamako, la capitale, l’eau peine à couler du robinet. Intuition. Le blog publié paraît sur mon écran, puis disparaît. Pendant quelques heures, j’ai guetté sa réapparition, un peu à la manière de cette habitante de Daoudagoudou, une banlieue de Bamako, qui attend que son robinet finisse par couler. Caprices du robinet, elle a finalement récolté un pauvre seau d’eau vers 2H00 du matin, à peine de quoi étancher la soif de la famille. Caprices informatiques, le billet n’est pas réapparu, englouti, tant pis, on continue sur le Mali, prétexte à un autre zoom sur l’eau. Le Mali, qui connaît des problèmes d’approvisionnement en eau courante – pays principalement assis dans un espace aride, dysfonctionnement du réseau de pompage et de distribution, manque de moyens, incurie des politiques à gérer la distribution de l’eau…- est traversé par le fleuve Niger sur 1700 kms. Il s’y « arrête » d’ailleurs pendant quelques mois de l’année pour former la plus vaste zone humide d’Afrique de l’Ouest. Le Delta Intérieur du Fleuve Niger, situé entre Djenné, Mopti, et Tombouctou, est une vaste zone inondable où se croisent pêcheurs, éleveurs, et agriculteurs, au gré des crues du fleuve. Les pêcheurs s’activent pendant qu’il y a de l’eau. Quand elle se retire, les éleveurs et les agriculteurs tirent profit des sols fertiles. Un million de personnes vivent sur ce territoire d’environ 35 000 km². Le Delta Intérieur du Niger est une oasis dans la géographie aride et dépouillée du Sahel.

Au rythme des crues et des décrues

Le Delta Intérieur du Niger et ses habitants, fonctionnent au rythme des crues, et des décrues du fleuve. La crue débute en juillet. Les agro-pêcheurs, les Bozos et les Samonos, d’autres pêcheurs transhumants installés dans de grands campements temporaires, surtout des Bozos, commencent à exploiter cette crue qui va durer plusieurs mois. Au Mali, plus de 80% de la pêche provient du Delta intérieur du Niger. Les agriculteurs, qui cultivent le riz flottant dans les plaines inondées entre juin et décembre, sont déjà au travail. Ils fournissent plus de la moitié de la production de riz du Mali. Entre juin et octobre, c’est aussi la saison de la culture du mil et du sorgho sur les terres environnantes. A partir de novembre l’eau se retire, et les éleveurs transhumants, majoritairement des Peulhs, commencent à faire paître leur bétail dans les pâturages, jusqu’en mars. La traversée des bourgoutières – pâturages de bourgou – par les troupeaux obéit à une organisation et à un calendrier rigoureux. La décrue annonce aussi la culture du sorgho, et permet le maraîchage. A la décrue, qui s’achève en janvier, succède une période d’étiage, qui s’étire de mars à juin. Le rythme et l’intensité de la crue varient selon les régions, et les années.

Une organisation ancienne et complexe.

Ce schéma simplifié dissimule une organisation, ancienne et complexe, de l’utilisation de la terre dans le Delta Intérieur du Niger. Chaque communauté y assume une fonction socio-économique particulière, élevage, pêche, cueillette, ou artisanat. Ou pratique le mélange, agriculture et élevage, agriculture et pêche. Les Bozos et les Somonos sont des agro-pêcheurs. Les Peulhs, qui sont des pasteurs transhumants, sont aussi des agro-pastoralistes. Mais, la fonction de chacun, assurée par la tradition et rythmée par l’abondance de l’eau, a évolué. Les longues années de sécheresse, la paupérisation de certains groupes, ou l’évolution du pouvoir sur la terre, ont imposé des reconversions. Les sécheresses et les années de faibles crues ont encore poussé les agriculteurs à modifier le paysage. Ils ont défrîché des pâturages, débroussaillé des forêts inondées pour y planter du riz. Un échec qui rappelle que la tradition des cultures repose sur un environnement adapté.

Un lieu de mémoire.

Le Delta intérieur du Niger est un système fluvial complexe, aux écosystèmes variés. La décrue y révèle deux fleuves, le Niger et le Bani, une vingtaine de lacs, des centaines de mares, et trois plaines inondables, Djénné, Diondori, et Séri. C’est encore un paradis pour la biodiversité, étiqueté RAMSAR , la Convention sur les zones humides qui veille à leur préservation et à leur restauration. Le Delta, espace vital, a inspiré l’histoire de l’Afrique de l’Ouest. Cette zone humide est liée à l’émergence des grands empires du VIII° siècle au XVI°siècle, Ghana, Mali, et Senghoi. Quelques cités historiques, dont Hamdallaye et Djenne, et une ville mythique, Tombouctou, rappellent ce passé. Mopti, asise au confluent du fleuve Niger et son affluent la Bani, est surnommée la « Venise du Mali ». On arrête là le dépliant touristique, même si le secteur est en pleine expansion.

Des pressions environnementales et climatiques.

Depuis quelques décennies, le Delta Intérieur du Niger subit des pressions environnementales, humaines, et climatiques. L’exploitation intensive des ressources, portée par une démographie croissante et un appauvrissement des populations, perturbe l’équilibre de cette zone humide à laquelle on demande un peu trop. L’ensablement, qui empêche l’inondation de certains lacs, contrarie les bénéfices des crues. Des pollutions d’origine diverses compromettent la qualité de l’eau. Beaucoup de questions se posent pour réguler le volume d’eau disponible, gérer la ressource halieutique, optimiser la production de riz, prévenir la salinisation des sols. Organismes internationaux, chercheurs, et ONG, développent des programmes pour tenter de conserver cette diversité, vitale pour le Mali. Mais, face à un réchauffement qui pourrait réduire le volume et la durée des crues, moteur de ce système agro-sylvo-pastoral et halieutique, que pourront – ils faire? Près d’un million de personnes dépendent de cette incertitude climatique.

Promenade sur le Delta…

http://www.dailymotion.com/videox6zx31

Retour au robinet, et à mon billet englouti. Le système d’approvisionnement en eau potable de la région du Delta Intérieur est alimenté par le Fleuve Niger, et par les nappes phréatiques qui en dépendent. Mais à l’échelle du Mali, les ressources en eau du bassin du Niger constituent un potentiel trop peu exploité. Et c’est justement ce qui agace les observateurs de Bamako:  » N’avons nous pas le fleuve Niger, qui, grâce à ses capacités, peut correctement approvisionner tout le Mali, à travers des réseaux d’adduction d’eaux viables? Il est incompréhensible que la corvée d’eau prive les Bamakois de sommeil ».

M.J


Publié le 18 février 2008 par marlene dans Afrique - Environnement.,eau

Public Eye récompense AREVA pour son irresponsablilité.

Bonjour,

Cette année, le « Public Eye Global Award » est attribué au groupe français nucléaire AREVA, qui remporte aussi le « Public Eye People’s Award », le prix du public. Pas de quoi se vanter. Cette double récompense, décernée en marge du sommet économique de Davos par la Déclaration de Berne et Pro Natura, désigne AREVA comme le meilleur « pollueur » et « exploiteur » de l’année. Autre entreprise sur le podium, Glencore, un géant des matières premières qui pollue sans scrupule. Mais retour au dossier AREVA, qui exploite de l’uranium au Niger dans des conditions scandaleuses. Almoustapha Alhcen, Président d’Aghirin’man Niger, une association qui dénonce AREVA et demande réparation, témoignait à Davos le 23 janvier dernier. Extraits de son exposé.

Des paysages métamorphosés, un environnement contaminé.

Au début des années 70, AREVA s’implante à Arlit, dans la région d’Agadez, au nord du Niger. Le groupe commence à exploiter deux mines d’uranium, via deux sociétés. La Somaïr, filiale d’AREVA, tire parti d’un premier gisement à ciel ouvert. Quelques kilomètres plus loin, la Cominak, autre création d’AREVA en association avec des Japonais, exploite une mine souterraine. L’uranium est ensuite dirigé vers une usine pour y être est enrichi chimiquement (soufre, acide, soude, carbonate, solvant, sodium, chlorate), avant d’être exporté vers l’Europe. Quatre décennies d’extraction et de traitement du minerai ont complètement ravagé l’environnement. Tout est contaminé, l’air, le sol, et l’eau. Les espaces forestiers ont disparu, les aires d’élevage privées de verdure se sont réduites. Les autruches, les gazelles, les addax, et nombre d’oiseaux, ont pratiquement disparu d’un paysage métamorphosé. Depuis les années 90, de nouvelles maladies sont apparues, pendant que des mineurs mourraient prématurément, dans des conditions suspectes. Les médecins des hôpitaux de la Somaïr et de la Cominak, n’auraient jamais établit le lien entre la santé de certains patients, et leur activité professionnelle. D’ailleurs, jusqu’en 2007, il n’y avait pas de médecin du travail.

Le Niger n’a pas tiré parti de sa ressource.

Le Niger, cinquième producteur mondial d’uranium – après le Canada, l’Australie, le Kazakhstan, la Russie -, n’a pas tiré profit de son unique ressource. En 2007, le pays est classé dernier sur l’échelle du développement humain des Nations Unies. En 2000, Areva achète l’uranium nigérien 31 euros le kilo, en 2006 il en donne 36 euros par kilo, contre environ 150 euros sur le marché mondial. Le groupe nucléaire français, qui envisage d’exploiter le site d’Imouraren, situé à 80 km d’Arlit, l’un des plus grands gisements du monde, proposerait de payer le minerai 14 euros de plus, par kilo. Mais le Niger pense aussi à vendre directement son minerai sur le marché étranger, pour en tirer plus de bénéfices. Et si AREVA continue d’obtenir des permis d’exploration au Niger, il ne devrait plus être en situation de monopole. Chinois, Australiens, Canadiens, ou Indiens, commencent à fouiller le désert nigérien. Cette ouverture à la concurrence, qui pourrait doper l’économie du pays, n’annonce pas forcément des jours meilleurs pour l’environnement.

La résistance commence à s’organiser.

Pendant toutes ces années, AREVA n’a guère rencontré de résistance au Niger. Les associations de défense pour le respect des travailleurs et de l’environnement, n’existaient pas. Depuis 2000, l’association Aghirin’man et d’autres organisations, dont des ONG françaises, se mobilisent pour faire de la pub à AREVA, qui n’aime ni les journalistes, ni les militants. Au passage, le groupe français est accusé de soutenir financièrement la rébellion touareg qui secoue le nord du pays. Un soutien qui a tendu les relations entre les deux pays, sans remettre en question la présence d’AREVA au Niger.

Les conditions d’exploitation des mines au Niger par AREVA….

Public Eye, qui récompense aussi les entreprises responsables, a décerné un prix positif à la société allemande Hess Nature. Hess Nature, qui distribue des textiles biologiques, invite à consommer différemment.

M.J.


Publié le 5 février 2008 par marlene dans Afrique - Environnement.,Préjudice écologique
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