Babacar Niang, Embouteillages urbains, Installations, 2005.
Bonjour,
« Villes africaines et environnement », troisième, je vous propose une petite promenade dans Dakar, la capitale du Sénégal. La ville s’est développée sur une presqu’île, baignée par l’Océan atlantique. Au cœur de la presqu’île, le Plateau. Ce quartier, qui concentre administrations, banques, et commerces, est mal relié au reste d’une capitale, qui s’est considérablement étendue. Pendant les heures de pointe, les Dakarois passent environ quatre heures par jour dans les embouteillages.
Le Plateau, au cœur de Dakar.
Dakar, s’est développée sur la presqu’île du Cap Vert, le point le plus occidental d’Afrique de l’Ouest. La ville est entourée par la mer, le site est magnifique. Dakar - centre, c’est le Plateau, avec la Place de l’Indépendance, de gros immeubles modernes et quelques façades coloniales qui accueillent des banques, des sièges de grandes entreprises, des compagnies aériennes, et quelques ONG de renom. Séparés par une grande place agrémentée de pelouses et flanquée de drapeaux du Sénégal, avec en prime, quelques bancs et la compagnie amicale des marchands ambulants qui traquent le touriste, d’autres immeubles font face. En haut de cette place à gauche, à côté du Novotel, il y avait le cinéma « Le Paris », celui de la chanson d’Amadou et Mariam « Les beaux dimanches à Bamako». Dommage, ils viennent de le démolir. Un peu plus bas, au carrefour d’une rue, il y a « Le Rond Point », un café de renom, serveurs polis en livrées blanches, clientèle mélangée, aisée. La Place de l’Indépendance s’ouvre sur d’autres grandes artères du centre- ville, qui croisent un ensemble de petites rues, où s’alignent de belles boutiques, deux librairies, encore des ONG, beaucoup de restaurants, et des petits commerces ambulants établis sur les trottoirs. La Présidence de la République et l’Assemblée Nationale sont à deux pas. En descendant vers la mer et le Port de Dakar, il y a la gare, un beau bâtiment de la fin du XIX° siècle, encore une empreinte de la colonisation, avec un vieux train qui va à Bamako deux fois par semaines, une nuit et une demi - journée de voyage, un train tellement lent que l’on peut courir derrière. C’est d’ailleurs un peu comme ça que l’on se déplace dans Dakar. Lentement.
Le mieux pour découvrir la Place de l'Indépendance , et Dakar, c'est de cliquer sur l'image. Ce sera plus rapide qu'en taxi…
Tous les chemins ne mènent pas au Plateau.
Avec plus de deux millions d’habitants, soit environ le quart de la population du Sénégal, Dakar s’est développée sur la presqu’île, et s’est étendue hors de cette géographie contraignante. Les aménagements urbains et les voies de communication n’ont pas suivi. Le Plateau, devenu minuscule à l’échelle de la capitale, est pourtant resté le cœur de Dakar, et celui du Sénégal. Beaucoup de Sénégalais y viennent au moins une fois par an, souvent pour y accomplir une démarche administrative. Les Dakarois s’y rendent une ou deux fois par semaine, pour raison professionnelle, ou pour y faire des courses. Beaucoup y travaillent, dans les grandes administration, les Banques, ou les ONG. Le plateau, centre administratif, financier, commerçant, et centre de divertissements, n’offre que peu de logements, et à des prix exorbitants. Chaque jour, les Dakarois sont quelques milliers à emprunter l’une des quatre routes qui mènent au Plateau. La première, une autoroute longue de 7 kilomètres, part du quartier de l’aéroport, situé tout au Nord de la presqu’île, pour rejoindre le Centre Ville. La VDN, (Voie de Dégagement Nord ), construite pour décongestionner l’autoroute, est devenue plus engorgée que sa concurrente. La Route de Rufisque, la seule voie qui relie la capitale au reste du pays, rejoint l’autoroute qui va vers le centre ville, via la « Patte d’Oie », un immense rond point très fréquenté. A l’Ouest, la route de la Corniche, qui suit la côte par le quartier chic des Almadies pour rejoindre le Plateau, est encore saturée une bonne partie de la journée. A Dakar, les embouteillages ont la particularité de se créer, surtoout aux heures de pointe, et à tout moment de la journée.
Dans les embouteillages.
Sur les rubans de goudron épuisés par les saisons des pluies, et malmenés par le défilé incessant des véhicules, l’embouteillage est un exercice imposé, écologiquement douteux, et souvent dangereux. Les vieux taxis, jaunes et noirs, taxis officiels, klaxonnent, s’inventent des priorités, pendant que leur pot d’échappement crache des fumées noires. D’autres taxis, les « clandos », les taxis clandestins sans licence, beaucoup moins chers, presque hors d’usage, font de la concurrence aux autres taxis en matière de rejets toxiques. Mais la Palme de la pollution revient sans doute aux « cars rapides », des Saviem SG2 mis en circulation 50 ans plus tôt, ou des Mercedes plus récents, à peine trente ans de service. Ces petits cars, jaunes ou bleus, décorés de peintures vives, avec le nom du transporteur, dégagent des nuages de fumée qui trahissent leur âge. C’est le transport le moins cher, tout le monde s’y entasse, certains courent pour le rattraper, et s’y engouffrent par l’arrière, et quand le car est bondé, ils restent sur le marche - pied, portière ouverte. En y réfléchissant mieux, la Palme de la pollution pourrait revenir aux gros camions « Berliet » jaunes, ceux qui transportent du sable, souvent sans freins. Les automobiles individuelles, la plupart déglinguées, mais qui sont déjà un luxe pour les Sénégalais, participent à cette manifestation de fumées et de bruits. Sans oublier les gros 4X4, et leur lot d’émissions de CO², des automobilistes nantis. Depuis peu, la Ville de Dakar a mis en circulation les DDD (Dakar Dem Dick, ou Dakar « aller – retour » en Wolof, la langue la plus parlée au Sénégal.), de gros bus bleus fabriqués au Sénégal sous licence Tata, un gros constructeur indien, tout neufs, et surtout moins polluants. La Banque Mondiale finance d’ailleurs le remplacement des cars rapides par des minibus modernes, encore fabriqués sous licence Tata. En attendant, les Dakarois subissent plusieurs heures par jour une atmosphère polluée, et stressante.
En attendant la fin des travaux.
Les différents gouvernements qui se sont succédés à la tête du Sénégal n’ont vraisemblablement pas pris la mesure du développement de la ville, faisant l’impasse sur les infrastructures de transport adaptées. L’actuel gouvernement a décidé d’intervenir pour mettre fin au calvaire des Dakarois. Il a d’abord interdit l’importation de véhicules de plus de cinq ans, pour diminuer le Parc automobile, et limiter la circulation. Mais surtout, Dakar est aujourd’hui le théâtre de tous les chantiers pour cause de modernisation, ce qui contrarie encore la circulation. Côté infrastructures routières, l’autoroute va être aménagée avec des échangeurs supposés rendre la circulation plus fluide. Même projet pour la VDN, appelée à devenir plus pratiquable. Des aménagements sont encore prévus pour améliorer la circulation sur la route côtière, celle qui relie le quartier chic des Almadies au Centre Ville. Enfin, une autoroute à péage reliant Dakar à Thiès, la seconde ville du pays située à 70 kilomètres au Nord, destinée à doubler la Route de Rufisque, et à désenclaver la presqu’île, est en construction. A quelques mois des Présidentielles, les chantiers se multiplient. D'ailleurs, trois des principales routes qui mènent au Plateau sont en réfection, une seule est praticable. En attendant la fin des travaux, il faut deux à trois heures en période d'affluence pour se rendre au Centre – Ville. Et même chose pour rentrer à la maison. En ce moment, Dakar - Dem Dick, c'est au moins quatre heures de galère.
Concernant les voitures particulières, j'ai envie de nuancer. Au Sénégal, les voitures sont très chères, rapporté au pouvoir d'achat de la majorité des gens. La loi interdisant l'importation de véhicules de plus de cinq ans a encore réduit l'offre. Dans ce contexte, un véhicule de 10 ans reste encore inaccessible à une grande partie des classes moyennes. Alors une vieille voiture, tant qu'elle roule…C'est tellement important pour un Sénégalais de posséder un véhicule particulier. Plus besoin de marcher, d'attendre, avant de s'entasser dans un car rapide. C'est aussi un moyen de gagner un peu d'argent, en faisant le taxi clandestin, ou en emmenant ses collègues au travail contre quelques Francs CFA. Que cette voiture tant désirée pollue…C'est déjà un problème hors sujet…
M.J.
Babacar Niang, Embouteillages urbains, 2005.


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