Environnement

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Des cités européennes qui s’étalent.

25 janvier 2007 · 1 commentaire

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Le béton grignote l’espace européen. (Photo: Lev, avril 2005)
Bonjour,

Les cités européennes ne cessent de s’étendre. C’est le constat d’un récent rapport de l’Agence Européenne pour l’Environnement. En 2005, les villes ont colonisé l’équivalent de trois fois la superficie du Luxembourg. Elles bouleversent l’espace rural, et multiplient les empreintes écologiques. La progression du béton, qui accompagne la prospérité occidentale, signale aussi une quête du bien être. Nouvel éclairage d’un phénomène urbain, complexe, et alarmant.

Les villes européennes s’emballent.

Le continent européen est l’un des plus urbanisés du monde. 70% de sa population est citadine. Et plus d’un quart de son territoire est affecté par cette expansion urbaine. Les villes européennes, organisées autour d’un centre historique dense, tendent à reproduire le modèle américain. C’est vrai depuis cinquante ans. Mais pour l’Agence Européenne pour l’Environnement (AEE), le phénomène s’emballe en Europe occidentale, et gagne aujourd’hui la partie orientale du continent. Prague, en République tchèque, Dresde, en Allemagne orientale, ou Talinn, en Estonie, sont en train d’échapper à leur périmètre historique, pour s’étendre à leur tour.”L’étalement urbain touche l’ensemble de l’Europe de façon spectaculaire et préoccupante”, commente Ronan Uhel, coordonateur de ce rapport. (Libération, L.N. 13, 14 janvier 2007)

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Prague: une ville - musée qui commence à s’étaler.
(Photo: Chesnett, 23 janvier 2005)

Boom économique, et subventions européennes.

Les régions les plus touchées par cette urbanisation, façon “tâche d’encre”, sont des zones densément peuplées, caractérisées par une économie dynamique.

La Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne du Sud et de l’Ouest, l’Italie du Nord, et laRégion parisienne illustrent cet étalement urbain. Avec quelques poids lourds : Londres et Paris, comptent respectivement 8 et 9, 6 millions d’habitants en 1999, et environ 12 millions chacune pour l’aire d’influence urbaine. La Ruhr, et son chapelet de cités, représente avec plus de 5 millions d’habitants, le 4° ensemble urbain d’Europe. Et si l’on considère la métropole “Rhin-Ruhr”, il s’agit d’un peu plus de 12 millions d’habitants. Egalement touchés par cette extension de la ville, l’Irlande, le Portugal, l’Allemagne orientale, ou la région de Madrid, la capitale espagnole. Madrid, c’est plus de 5 millions d’habitants pour l’agglomération, et plus de 6 pour la région.

Ce phénomène touche notamment des zones ayant bénéficié de financements et de politiques régionales, favorisant la reproduction d’un modèle de développement urbain et de société. Cette tendance s’illustre encore par l’édification d’un espace européen, aux nombreux centres urbains, également pôles économiques, reliés entre eux par des milliers de kilomètres d’autoroutes. Ces villes, tournées vers l’Europe, et l’extérieur, ont étendu leur territoire.

(Libération, 13, 14 janvier 2007 -Wikipedia pour les données démographiques.)

Un développement urbain sans pression démographique.

Historiquement, les villes européennes ont grossi grâce à l’augmentation de la population. Aujourd’hui, elles continuent de s’étendre, mais sans la pression démographique. L’Agence Européenne pour l’Environnement établit un constat: Depuis vingt ans, la surface des agglomérations de nombreux pays d’Europe occidentale a progressé de 20%, et leur population n’a augmenté que de 6%. En France, la croissance démographique n’explique pas que la superficie des villes ait doublé en quarante ans. Ainsi, entre 1990, et 1999, le nombre de citadins a augmenté de 3,8 millions, pendant que l’ensemble de la population progressait de 1,9 millions. (SDRIF, mai 2003)

L’expression d’un nouveau mode de vie.

L’étalement urbain, version européenne, s’inspire aussi du rêve américain. Le pavillon individuel avec jardin, situé en périphérie, séduit les Européens. La voiture et les infrastructures routières le rendent possible. Le prix de l’immobilier dans le centre-ville, comparé à celui des terres agricoles destinées à accueillir le pavillon, plaide en faveur de la banlieue. Il est probable que la flambée actuelle de l’immobilier dans les vieux centres urbains accentue ce choix. Et quand la ville s’étend, les banlieues proches du centre, devenues chères, repoussent le rêve un peu plus loin. L’éclatement des familles multiplie encore ce rêve. Entre-temps, des services et des zones commerciales se sont installés en banlieue. Et finalement la périphérie produit un style de vie, aéré et confortable, qui accélère aussi l’extension des villes. Les Européens ont besoin de plus en plus d’espace, deux fois plus qu’il y a cinquante ans, note encore l’AEE.

Deux remarques. Plusieurs décennies de politique urbaine ont aussi poussé les villes vers l’extérieur. Cette progression du bâti urbain a également dynamisé les communes rurales environnantes, qui ont vu leur courbe démograhique commencer à se redresser.

La facture environnementale.

Cette dispersion urbaine, qui suppose un investissement lourd en infrastructures - transport, eau, électricité..- a aussi un coût environnemental. Plus difficile à évaluer, il est encore trop tôt. Cette facture englobe la pollution des nappes phréatiques, l’imperméabilisation des terrains, prétexte à inondations, le bruit, les risques liés aux activités industrielles, ou la production importante de déchets. Le prix des terres agricoles grimpe, les privant de repreneurs. Les espaces naturels reculent, la biodiversité suit. D’après le Ministère de l’Ecologie, les villes françaises et leurs banlieues colonisent 60.000 hectares par an. Et cette facture environnementale est encore plombée par les transports des citadins, consommation énergétique et production de CO² assorties. On en a parlé dans le précédent blog.

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Photo: Plejer, 9 octobre 2004.

La ville étendue est en train de devenir un trait de la civilisation européenne, soucieuse d’espace et de bien- être. Dans une dizaine d’années, plus de 80% des Européens seront citadins. La demande de terrain s’accroit très fortement dans les villes et à leurs périphéries. Et pendant que la ville convoite l’espace environnant, le concept de la “ville durable” s’improvise des espaces dans les cités européennes.
M.J

Tags: Urbanisation

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