Bonjour,
«A green revolution taking place in the fields of Malawi has, in three years, turned a nation that was once reliant on international aid to feed half its population into a food exporter.» (1) En ligne, l’article de The Independant, daté du 5 mai dernier, qui reprend les grandes lignes d’une petite révolution agricole dans ce pays d’Afrique australe, habitué aux crises alimentaires consécutives aux sécheresses.
Une petite révolution agricole au Malawi.
En 2002, le Monde écrit « Le Malawi fait face à sa plus grave crise alimentaire depuis quarante ans. » En 2005, le Malawi est à nouveau en proie à une terrible sécheresse. On meurt de faim dans les villages du Malawi. On s’y tue en s’arrachant le reste des dernières récoltes. Et on survit en mangeant des tubercules de nénuphars blancs. La FAO estime alors que 5 millions de personnes, sur une population totale de 12 millions, nécessitent une aide alimentaire. Contre l’avis de ses principaux donateurs, Grande Bretagne, Etats-Unis, et Banque mondiale, le gouvernement développe une politique agricole, basée sur la subvention des fertilisants, et des maïs hybrides. La pâte de maïs, qui sert à cuisiner le Nzima, est à la base de l’alimentation de la population. Dans les faits, les paysans échangent des coupons émis par le gouvernement contre des fournitures agricoles, et du matériel, chez des agro-commerçants certifiés. Pari réussi. D’une production de 1,2 millions de tonnes de maïs en 2005, quand la population en a besoin de 2,2 pour se nourrir, le Malawi récolte 3,2 millions de tonnes de maïs en 2007. Sur certaines parcelles d’un acre – environ 40% d’un hectare – qui produisaient 250 kilos de maïs en 2005, on en obtient 750 kg trois ans plus tard. (2)L’excédent de production à la récolte 2007 a permis de vendre du maïs, et de faire des dons alimentaires aux pays voisins, Lesotho et Swaziland.
Cette petite révolution verte a produit des critiques. On a parlé de corruption, et d’avantages donnés aux agriculteurs proches du pouvoir. Ce financement, dont ont bénéficié certains riches agriculteurs, qui avaient les moyens de s’offrir semences et fertilisants, n’aurait-il pas été mieux investi dans la recherche agricole ? (2) Il est probable que cette politique agricole ait été servie par les dernières saisons des pluies, plus généreuses et plus profitables aux récoltes. L’Alliance for a Green Révolution in Africa (AGRA), créée par Bill Gates et la Rockefeller Foundation, souligne le succès d’un système qui articule « secteur public » - l’Etat -, et secteur privé – un réseau d’agro-commerçants – qui joue les intermédiaires, et en tire quelques bénéfices.
Peu importe les dysfonctionnements de cette révolution agricole, le Malawi a su convaincre des donateurs, Grande Bretagne en tête. Le prix des fertilisants, dopé par les cours du pétrole, justifie encore cette intervention. Aujourd’hui, le Malawi incite ses voisins à suivre son exemple.(2) Début mai, le Mozambique annonce la mise en place d’une révolution verte, pour en finir avec la crise alimentaire du pays.
Une révolution chère à Koffi Annan.
L’idée d’une révolution verte en Afrique, sur le modèle asiatique, est une idée chère à Koffi Annan, président de l’AGRA. L’ex-secrétaire général de l’ONU multiplie les interventions pour réhabiliter l’agriculture africaine. Il parie sur l’aide aux paysans africains pour améliorer leur productivité agricole. Partant du constat que près des ¾ des terres africaines sont cultivées sans engrais, ni semences améliorées, il défend l’idée d’une diversification des cultures sur des sols enrichis, grâce à des semences plus performantes. Mais, il semble exclure les OGM. En 2007, lors du Forum économique mondial (WEF) qui se tient à Kinshasa, il affirme : « Il est clair que nous ne pouvions extirper nos peuples et nos pays de la pauvreté, sans une base agricole forte ».(3) Pendant une quinzaine d’années, les gouvernements africains ne se sont guère préoccupés de l’agriculture du continent. L’AGRA, créée en 2006 pour orchestrer cette révolution verte, a reçu une enveloppe de départ de 150 millions de dollars, don des fondations Gates, et Rockefeller.
Afrique et Asie.
Dans les années 70 et 80, l’Asie déploie une stratégie agricole à grande échelle, qui conjugue amélioration des semences et des techniques, irrigation plus performante, et engrais. Si cette révolution verte n’a pas tenu toutes ses promesses, elle a notamment permis d’augmenter les rendements agricoles, et de multiplier les ressources alimentaires. Le modèle, qui s’est essoufflé dans les années 80 pour rebondir dans les années 2000, continue de faire école. Dans un article paru dans Le Monde en 2005, Gilbert Etienne (4), économiste qui a parcouru les campagnes asiatiques, esquisse une comparaison entre l’Afrique et l’Asie, séparées par l’histoire et la géographie, et les rendements agricoles. L’Asie est favorisée par une tradition d’agriculture intensive, servie par l’usage de la charrue et une irrigation qui compensait les sécheresses, et régulait l’apport des moussons. « Le décor n’est pas le même au Sud du Sahara. Les plaines alluviales tiennent une place beaucoup plus faibles qu’en Asie. Les plateaux dominent avec des sols d’inégale valeur. » Le Sahel, offert aux sécheresses, est peu propice à l’irrigation, réservée aux zones fluviales. « Plus au Sud, les pluies se renforcent, mais elles ne sont pas toujours sûres, d’où de gros écarts de rendements. », poursuit Gilbert Etienne. Conclusion sans appel pour les rendements. L’Afrique, longtemps à la traîne sur les méthodes, charrue et irrigation, pratiquant les cultures sur brûlis avec de longues périodes de jachères, n’a pas comblé son retard. La pression démographique a raccourci les jachères, favorisant l’appauvrissement des sols. L’auteur, qui reste optimiste sur le devenir agricole de l’Afrique, invite à une coopération concertée, et de haut niveau. Il en appelle à « l’engagement décisif des élites dirigeantes »….
Quand Wade s’énerve.
« Ne nous donnez pas de l’argent, mais des semences de qualité, des équipements et matériels agricoles performants, de l’engrais, des produits phytosanitaires et un encadrement technique adapté » (5) Mi-avril dernier, Abdoulaye Wade lance un appel à ses partenaires internationaux.. Wade, Président d’un Sénégal gros importateur de denrées alimentaires, et de riz – 600.000 tonnes achetées à l’extérieur, contre 100.000 tonnes produites -, ambitionne de conduire son pays à l’autosuffisance alimentaire. Sa «grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance » vise à multiplier par cinq la production de riz au Sénégal, d’ici la prochaine saison. Début mai, Wade s’en est violemment pris à l’Organisation des Nations Unies pour la nourriture et l’alimentation. La FAO, « coûteuse » et « inefficace », ferait mieux de miser sur « un investissement innovant dans l’agriculture en Afrique. » Peu importe la colère de Wade contre une organisation qui a sans doute des défauts, mais dont les dysfonctionnements ne peuvent complètement expliquer la situation alimentaire du Sénégal, l’un des pays africain les plus aidés. Reste une volonté de devenir « acteur » de son agriculture.
L’agriculture familiale, acteur alimentaire.
Dans les pages de Libération, Sylvie Brunel, ancienne présidente d’Action contre la faim, analyse les causes des récentes émeutes, dues à la hausse des prix alimentaires. Cette flambée des prix signale les dérèglements du marché agricole mondial, portée par le repli de certains grands pays exportateurs, et laissé à la spéculation. Sylvie Brunel dénonce encore le diktat des importations de nourriture, pour les pays du Sud. Et surtout, elle souligne l’importance de la « petite agriculture familiale paysanne », acteur potentiel du marché alimentaire mondial: « La situation actuelle offre surtout une nouvelle opportunité aux paysanneries du monde entier, longtemps oubliées, méprisées, dans les politiques de développement : celle de vivre décemment, elles qui, faute de débouchés et de revenus, formaient jusque- là les principaux bataillons de la faim. La crise alimentaire actuelle montre qu’il n’est pas «durable» de négliger la petite agriculture familiale paysanne : lui permettre de vivre convenablement de son travail est la seule condition pour résoudre le dilemme alimentaire, tout en permettant de faire baisser les prix de la nourriture sur les marchés internes. »
M.J
(1)« Une révolution verte dans les champs du Malawi a, en trois années, fait de cette Nation qui était dépendante de l’aide internationale pour nourrir la moitié de sa population, un exportateur de produits alimentaires. » (2) The Independant, Steve Bloomfield, 5 may 2008. (3) « Koffi Annan prône « une révolution verte en Afrique », Godefroid Ngamisata, Le Potentiel, Kinshasa, 15 juin 2007.(4) Professeur honoraire aux Instituts universitaires de hautes études internationales et d’études du développement à Genève.(5) « Sénégal : Abdoulaye Wade lance un plan pour l’autosuffisance alimentaire », Pascal Fletcher, Henri-Pierre André, Dakar, Reuters, 19 avril 2008
2 réponses à ce jour ↓
1 valet serge // 22 nov 2008 le 1:11
Bonjour
Votre texte est tres interessant mais il n’est pas assez précis sur certains points.
En effet, on ne peut pas comparer l’Asie et l’Afrique!! ou alors zone climatique par zone climatique seulement…
En zone soudano sahelienne l echec de la monoculture intensifiee vivrière est patente. Car les 1000kg/ha de plus values n a jamais été atteinte même avant la dévaluation du CFA de 50%. Seuls le coton et la canne a sucre étaient rentables car achetés à un cours supérieur au cours mondial.
Le riz irrigué etait une réussite agricole mais un échec financier car le prix du kg de 125 CFA était < au 80CFA du riz importé asiatique…(cf Dumont).
L’irrigation des cultures vivrières en grand périmètre est un échec en” ex AOF” car les rendements ne sont pas excellents et le coût d’aménagement d un ha était de 14millions de CFA en 1975+150000 de sous solage!!!
La seule possibilité d’assurer la satisfaction alimentaire est d’améliorer les cultures traditionnelles associées qui sont une véritable intensification écologique car elles ont toujours été plus rentables que la monocultures intensifiée…Les bénéfices de divers systèmes de cultures associées traditionnelles et raisonnées comparés aux monocultures intensifiées ont été calculés en 1970 pour l’Ouest Cameroun à partir des essais en station et aux champs (Valet, 1972 et 1976). L’accroissement des bénéfices est proportionnel au nombre de plantes par unité de surface ou LER.
(Fig. 4).
Figure 4- Evolution des pertes et
des bénéfices (CFA) en fonction
des systèmes de culture :
monoculture, bi-tri et multi
spécifique traditionnel, raisonné
et intensifié (1970).
(Losses and gains evolution
of systems vs crop number
(mono, bi, tri, multi cropping).
On constate :
Pour la monoculture intensifiée
- des pertes pour le soja, l’arachide et le maïs pour la moitié des essais et des gains plafonnés à 30 000CFA pour ces deux dernières ;
- pour la patate douce et les pommes de terre des gains de 40000 Ã 57000CFA environ.
Pour les associations Bispécifiques :
Le système traditionnel ou le témoin rapporte plus de 55000CFA jusqu’à 105000CFA (Maïs–macabo) alors que le système raisonné rapporte moins de 30000CFA.
Pour les associations Trispécifiques :
On observe la même césure à 55000CFA entre le système raisonné et le système traditionnel avec des bénéfices maximum de 120000CFA environ.
Pour les cultures associées traditionnelles, avec 12 plantes vivrières, le système traditionnel rapporte 155000CFA contre 85000CFA en culture intensifiée ; les revenus des arbres et arbustes non pas été comptabilisés.
Les agronomes commencent à s’y intéresser!!!!
Tout n’est pas perdu…
Je dispose de docus la dessus pour celui qui le souhaiterait
serge valet
PASSERELLES
2 marlene // 22 nov 2008 le 2:50
Bonjour,
Je suis heureuse d’être rectifiée par un spécialiste. Vos informations éclairent l’article. Si vous souhaitez insérer un lien pour que l’on puisse accéder à un développement plus fouillé, je pourrais le mettre en fin d’article, accompagné de quelques lignes. Si vous souhaitez modifier, nuancer, ou préciser certaine données, nous pouvons en discuter. Néanmoins, je pense que vous avez saisi le but, et les limites, de l’exercice. Il s’agit d’esquisser une situation avec des généralisations, qui même documentées, contrarient une approche régionale affinée. Voilà !
Cordialement.
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