

En Asie, le palmier produit 5 fois plus d’huile que le colza, l’un des choix français…
Photo: Choicegrap, 9 décembre 2006.
Bonjour,
Fidel Castro a récemment accusé Georges Bush de condamner à une mort prématurée “plus de trois milliards” d’êtres humains en prenant parti pour les carburants à base de céréales, et donc de denrées alimentaires. Cette intervention du Président cubain, qui date du 29 mars dernier, rappelle la question accrochée au dossier ” biocarburants”, celle d’une concurrence entre les cultures alimentaires et énergétiques.(1)
Un marché élargi, une compétition annoncée.
Dans un contexte où nombre de pays envisagent l’après pétrole, les carburants issus de produits agricoles sont en train de s’imposer comme une alternative crédible. Le Brésil, les Etats - Unis, l’Union européenne commencent à se tourner vers les biocarburants. D’autres marchés émergeants, la Chine, l’Inde, l’Amérique centrale, les Etats d’Amérique du Sud, mais aussi l’Indonésie ou la Malaisie, s’intéressent à ces carburants, d’origine végétale. Conséquence, la consommation mondiale des biocarburants pourrait s’emballer d’ici quelques années, bouleversant la géographie agricole de la planète, et avec elle, ses échanges. Une bataille pour les terres cultivables, ressource déjà rare dans nombre de pays, assortie d’une compétition entre une agriculture nourricière et une agriculture à vocation énergétique, s’annonce.(2)
Malnutrition et disponibilité des terres.
Environ 815 millions de personnes dans le monde souffrent de malnutrition, soit un habitant de la planète sur sept. Cette géographie de la malnutrition souligne l’Amérique latine, l’Afrique, la Chine, l’Asie du Sud, celle du Sud - Est. De mauvaises conditions climatiques, le manque d’eau, l’épuisement des sols, ou le manque de terres disponibles, esquissent des disparités entre les continents. A l’échelle planétaire, la quasi totalité de l’espace cultivable est mis en valeur, sauf peut - être en Amérique du Nord, et en Europe. En Amérique latine et en Amazonie, le gain de terres libres signifierait la déforestation des deux plus grandes forêts tropicales au monde, l’Amazonie et le Congo. L’agriculture destinée à la production de carburants doit donc se faire une place dans ce contexte de malnutrition, aggravé par une faible disponibilité de terres agricoles libres.(3) (4)
Des rendements faibles.
Or, si l’on excepte le Brésil qui réalise un bon rapport “canne à sucre - éthanol”, les principales filières des biocarburants présentent des rendements faibles à l’hectare. Exemples, 1 tep*/ha pour le carburant EMHV*, tiré du Colza et du Tournesol. Un hectare de blé ou de maîs permet de produire 1 à 2 tep d’éthanol. Plus rentables, la betterave et la canne à sucre, soit 3 à 4 tep/ha. Disons que pour atteindre l’objectif “10% de biocarburant” ajoutés à l’essence et au gazole, l’Europe devra mobiliser 20% de ses terres arables, et 25% pour les Etats - Unis. Et pour compliquer un peu, les cultures destinées aux carburants acceptent difficilement de pousser sur d’autres types de terres, et dans d’autres conditions. Ce qui implique une concurrence pour l’usage des terres destinées au maïs, par exemple. Alimentaire ou carburant? (2)
Une hausse des prix agricoles.
Autre conséquence, les biocarburants vont jouer sur les prix des matières pemières. Aux Etats - Unis, la consommation d’éthanol a progressé d’environ 100% depuis 2001. Une consommation mineure ( 1,5% seulement des carburants américains), qui absorbe, principalement, 20% de la production de maïs. Or, fin 2006, les cours du maïs ont été les plus élevés enregistrés depuis dix ans. L’éthanol, qui n’explique pas tout, participe à cette hausse du prix du maïs. Si cette hausse des prix des denrées agricoles, liée à une demande croissante en biocarburants, est une bonne nouvelle pour les producteurs de maïs, riches et pauvres, elle reste une mauvaise nouvelle pour les consommateurs. Et surtout pour les plus pauvres. Etendue à l’ensemble des cultures à double vocation, alimentaire et énergétique, elle pourrait d’ailleurs être une fort mauvaise nouvelle pour quelques millions de personnes sous - alimentées.(2)
Mais les biocarburants offrent aussi de nouveaux débouchés au monde agricole, notamment pour les pays du Sud. L’ouverture de nouveaux marchés , les Etats - Unis, l’Union européenne, le Japon, pourrait permettre au Brésil d’exporter son éthanol, ou à la Malaisie et à l’Indonésie de vendre une huile de Palme, produite à bas coût.
Un arbitrage nécessaire.
A propos du duel “marché alimentaire - marché énergétique”, Michel Griffon plaide pour une intervention des Etats: “Le gouvernement Indien a ainsi, à l’inverse de ses homologues malaisien ou indonésien, renoncé à créer une fillière biocarburants à base d’huile de palme, car cela aurait fait monter le prix de cette huile indispensable à la friture des aliments, le meilleur antibactérien dans les pays d’Asie du Sud et du Sud- Est.”(4)
La recherche agronomique explore de nouvelles sources végétales, destinées à la production de biocarburants. De nouvelles filières pourraient utiliser le bois ou la paille, ressources qui ne sont pas en compétition avec l’alimentation. Pendant ce temps, en Inde, un petit arbre sauvage bourré d’huile, suscite des espoirs. L’arbuste a notamment l’avantage de pousser dans des zones arides, impropres à l’agriculture. Prochain bog.
M.J
*tep: tonne équivalent pétrole.
*EMVH: Esters méthyliques d’huiles végétales, destinés aux moteurs diesel.
(1)”Fidel Castro signe son retour..”, Le Monde, 29 mars 2007. (2) IFP, Les biocarburants dans le monde, Panorama 2005; 2007 (3) J.C Victor, Le dessous des Cartes, Atlas géopolitique, Arte Editions 2006, pp204 -207 (4) Michel Griffon: “Une compétition entre cultures alimentaires et énergétiques”, recueilli par Antoine Reverchon, Le Monde, 3 avril 2007.
Michel Griffon est Ingénieur agronome, conseiller auprès du Directeur du CIRAD (Centre de coopération internationale de recherche agronomique pour le développement.) Son intervention dans le Monde est très intéressante…Malheureusement, je ne peux établir un lien avec le papier, manipulation contrariée par un abonnement au Monde, via le net. Cependant, le papier est accessible par Google (par exemple) en tapant: Michel Griffon compétition cultures alimentaires et énergétiques….
1 réponses à ce jour ↓
1 AEM Azur // 24 juin 2007 le 11:58
Nous aussi, nous pronons l’utilisation des huiles et graisses comme combustibles et carburants, mais UNIQUEMENT pour les huiles et graisses végétales et animales de rebut. C’est-à -dire les déchets gras alimentaires! En effet, si on les détruit par voie biologique, ça coûte de l’énergie électrique (en partie pétrolière, pour l’aération) + des produits chimiques (nutriments), des enzymes, etc… et ça crée une quantité de boues au mois trois fois supértieure à la graisse traîtée.
Comme elles sont interdite en décharges (depuis 1998), en alimentation animales (depuis 2004) et refusées par les UIOM (panne de celle du Mirail à Toulouse pendant plus d’un mois), ça restreint les possibilités! Nous avons donc créé le procédé VEG X 200 qui les purifie pour en faire du biofioul utilisable dans les chaudières et les voitures. Actuellement avec ce procédé, plusieurs chaudières ont abandonné le fioul domestique et des européens roulent tous les jours. Il n’y a que 10 millions de litres produits par an, mais si les pouvoirs publics voulaient bien nous aidé, plutôt que nous mettre des batons dans les roues, on pourrait en produire au moins 50 fois plus rien qu’en France.
Merci pour ces précisions “techniques”…Envisagée dans un contexte plus général, la question des biocarburants est effectivement plus complexe. Ils ne sont pas tout à fait “écologiquement corrects” (concurrence avec l’agriculture traditionnelle, conditions de récolte ( notamment au Brésil), pollution à peine inférieure à celle d’un carbuant normal, utilisation d’énergie fossile ( pétrole) pour la production…). Mais, ils sont considérés comme la “seule” alternative crédible aux carburants traditionnels. Ce qui évite, aussi, une remise en question de la “pratique automobile”…
Faire un commentaire