Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Fraser et ses insulaires…

Bonjour,

Située à quelques encablures de la côte Est de l’Australie, à proximité du Sud de l’Etat du Queensland, à environ 300 kilomètres au Nord de Brisbane, Fraser Island est une curiosité géologique. Une île de sable, la plus étendue au monde, qui raconte 700 000 ans de changements climatiques et de modifications du niveau de la mer. Elle est née d’une accumulation de sables sur un lit de roches volcaniques, qui a développé un système dunaire complexe. Et toujours en mouvement. Les dunes, dont les plus hautes voisinent avec les 260 mètres, sont aujourd’hui colonisées par une forêt tropicale dense. Certaines essences grimpent à une soixantaine de mètres. Des lacs perchés, une quarantaine, se sont installés dans des dépressions creusées par le vent, sur un tapis de matières organiques, feuilles, écorces, et plantes mortes. Le Lac Mac Kenzie, une centaine de mètres au dessus du niveau de la mer, est le plus célèbre de ces lacs perchés. Sans doute le plus beau, aussi. L’eau y est si pure qu’aucun organisme ni aucun animal ne peuvent  y vivre. Lacs perchés, lacs de barrage, et lacs de fenêtre, une centaine au total, Fraser est une île qui ne manque pas d’eau douce. A l’arrière des plages de sables blonds, on peut voir des étendues brunes qui ressemblent à des rochers, des « coffee rocks ». Ces sables cimentés par des matières organiques rappellent que les côtes se sont déplacées au cours d’une histoire finalement assez récente, comparée à celle du continent australien. C’est un  petit  fragment insulaire, un paradis aux paysages surprenants , convoité par les hommes et peuplé de dingos. (1)(2)(3)

Aborigènes.

« Ces gens sont entièrement nus, et ressemblent ( sinon ) aux habitants de Port Jackson dans leur apparence personnelle, mais ils sont bien plus charnus, peut-être parce qu’ils ont accès à une meilleure réserve de nourriture que l’on attrape dans les filets, fait connu dans le sud de l’île. » (4) écrit Matthew Flinders dans son journal de bord, en 1802. Si le capitaine Cook est passé au large de Fraser dans les années 1770, Matthew Flinders est le premier européen à y accéder. Après une première tentative, deux pêcheurs de baleines américains lui ont indiqué  un passage. Flinders découvre des communautés aborigènes, qui profitent d’une nourriture abondante. Ils ramassent des coquillages, pêchent des anguilles et toutes sortes de poissons,  chassent des dugongs, le frère du lamantin, des tortues de mer, des oiseaux aquatiques, et des opossums. Ils consomment du miel, des patates sauvages, des racines, des feuilles, et des fruits collectés en forêt. Des vestiges de campement ont montré que les Aborigènes vivent  sur l’Île Fraser depuis environ 5000 ans. Au début du XIX° siècle, cette communauté insulaire, principalement des Butchulla, compte entre 400 et 500 personnes. L’hiver, qui pousse d’autres groupes du continent à aller chercher de la nourriture sur Fraser, la population de l’île grimpe probablement autour des 2000 à 3000 habitants. Explorateurs, forçats évadés, ou survivants de naufrage, arrivent à leur tour sur l’île. Dans les années 1860, débarquent des marins, puis des bûcherons venus exploiter les belles forêts d’eucalyptus et de kauris. Une partie de ce bois est envoyé en Egypte, qui construit le canal de Suez. Sur l’île de Fraser, les maladies, l’alcool, et l’opium commencent à gangréner la société aborigène. Le mépris d’une communauté prétendue inférieure fait le reste. Sur ce chapitre, c’est Eliza Fraser, qui commence.(1)(4)

Européens.

En 1836, quelques rescapés du « Stirling Castle »,  un bateau qui a fait naufrage plus au Nord sur la grande barrière de corail, débarquent sur l’île de Fraser à bord d’un canot. Ces Européens sont recueillis et nourris par la communauté aborigène. Parmi eux, Eliza Fraser, la femme du capitaine du « Stirling Castle ». Quelques semaines plus tard, elle est évacuée sur le continent. A Brisbane, elle fait passer les Aborigènes pour des diables, esclavage, torture, et cannibalisme. Elle nourrit la paranoïa des Européens. Elle rentre à Londres, où elle publie son aventure. Le livre, qui diffuse l’image d’une communauté brutale et cruelle, a beaucoup de succès. «L’un des héritages d’Eliza Fraser aura été le massacre de ceux-là même qui lui ont porté secours », peut-on lire sur le site de Fraser Island Defenders Organization, une association qui travaille à la préservation des ressources insulaires. (4) Quelle que soit la responsabilité de cette femme, pendant plus d’un demi-siècle, ces Aborigènes insulaires sont chassés, massacrés, ou noyés. En 1890, ils ne sont plus qu’environ 300. La moitié, sept ans plus tard. Au tournant du XX° siècle, les survivants sont déportés dans des missions du Queensland, administrées par des Européens. Peu survivront à des conditions de détention, décrites épouvantables. (2) Plus de 300 personnes (2006), Australiens d’origine européenne, vivent sur l’Île Fraser. D’autres y laissent une caravane, pour pêcher le maquereau, privilège accordé à condition de la déplacer périodiquement. (1) (4)

Dingos

L’Ile Fraser est aussi le territoire des dingos , un animal de la famille des canidae australiens qui ressemble à un chien, mais qui peut se montrer loup. C’est un animal sauvage, aux réactions imprévisibles. Il est aussi un argument touristique. Fraser, accueille sans doute la population de dingos la plus importante de cette partie de l’Australie. La population la plus pure aussi. Pour respecter l’espèce, pas de chien sur l’île. Le dingo de Fraser mesure plus d’un mètre de long, 60 cm de haut, son pelage est doré. Il est facile de l’approcher, surtout à l’heure des sandwiches et des chips. Mais, attention, il est interdit de le nourrir. Argument des rangers, une nourriture facile pourrait faire décliner son aptitude à la chasse. Et le rendre agressif avec les touristes radins sur le sandwich. Le dingo est là pour être observé, à une certaine distance. En 2001, un enfant meurt après l’attaque d’un dingo. Après l’accident, les rangers en tuent plus d’une centaine, réduisant considérablement la population. En 2008, ils sont entre 120 et 150. Si un ex-ranger dénonce à ce moment là une situation de malnutrition, il reste interdit de les nourrir. L’accident de 2001 a inspiré une interprétation stricte de la relation entre l’homme et l’animal sauvage. Avec un respect du territoire du dingo, mis à mal par l’invasion touristique. (5)

Touristes.

Listée au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992, récompense pour la vitalité de ses écosystèmes, l’Île Fraser est un aimant à touristes. Ils débarquent par ferry, avant de se déplacer en colonies biens rangées dans des véhicules tout terrain, de toutes les tailles, sur la plage et sur les pistes intérieures. Impossible de visiter Fraser sans véhicule 4×4. Chaque année, 350.000 à un demi-million de visiteurs débarquent sur cette  île de 1840 km², 123 km par 23,  presque un grain de sable par rapport à l’Australie. Cette déferlante touristique laisse  quelques traces dans les écosystèmes, déjà fragilisés par l’insularité. De l’urine et du jus de crème solaire dans les eaux pures des lacs, qui du coup le sont moins. Et qui transforme certaines parties du bush en toilettes publiques. Quant à la plage qui ceinture l’île, elle s’apparente à une autoroute où se succèdent et se croisent des dizaines de véhicules chargés de touristes, auxquels on assène quelques grands principes de conservation. A proximité d’un point d’intérêt, la plage devient parking où stationnent tous les modèles de 4×4, du particulier au bus équipé de roues motrices, voire un avion. Car il est très chic d’atterrir sur l’une des  plages de Fraser Island. (1) (2)

M.J

 

 

 

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(1) Fraser Island, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Fraser_Island

(2) Fraser Island, UNESCO, http://whc.unesco.org/fr/list/630

(3) Fraser Island, Great Sandy National Park http://www.derm.qld.gov.au/parks/fraser/index.html

(4) “These people go entirely naked, and otherwise much resemble the inhabitants of Port Jackson in personal appearance, but they were much more fleshy, perhaps from being able to obtain a better supply of food with scoop nets which are now known on the southern parts of the coast.”, From Fraser Island Defenders Organization, FIDO, “The Watchdog of Fraser Island”, aims to ensure the wisest use of Fraser Island’s natural resources.  http://www.fido.org.au/education/AboriginalHistory.html

(5)Save Fraser Island Dingoes Inc http://savefraserislanddingoes.com/


Publié le 14 mai 2012 par marlene dans Australie aborigène.,Ecosystèmes.
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« When the floods came ».

Bonjour,

A la fin de l’été 2010, des inondations dévastent le nord-ouest et le centre du Pakistan, avant de menacer la province du Sindh, dans le sud du pays. Les eaux ont déjà fait 16.000 morts, et perturbé la vie de 12 millions de personnes. Dans le Sindh, près de 400.000 personnes vivant sur les rives de l’Indus sont déplacées dans des camps, quand elles acceptent d’abandonner maisons et bétail, pour y attendre de l’aide. Des centaines de villages sont noyés, des milliers d’hectares de cultures sont inondées. L’eau emporte aussi les tombes des ancêtres dans ses excès. A l’échelle du Pakistan, ce sont les plus violentes  inondations depuis près d’un siècle. (1) Quelques mois plus tard, en janvier 2011, le Queensland, dans le nord-est de l’Australie, connaît également des inondations. La ville de Rockhampton, qui compte plus de 75.000 habitants, est piégée sous 9 mètres d’eau. Plus d’une vingtaine de villes, réparties sur un territoire équivalent à celui de la France et de l’Allemagne, sont immergées, ou coupées du reste du pays. Environ 200.000 personnes sont affectées, beaucoup sont évacuées, on dénombre environ 70 disparus, et une dizaine de morts. Les routes et les voies de chemin de fer sont inondées, les récoltes détruites, et l’industrie du charbon en panne. En Australie, cette catastrophe est qualifiée de « désastre aux proportions bibliques. » (2) En 2010, quelques semaines après les inondations, Gideon Mendel, photographe et cinéaste, passe quelques temps dans la province de Sindh. Avant de s’envoler pour le Queensland, au début de l’année 2011. Témoignage en images de ces deux catastrophes distantes de quelques milliers de kilomètres, séparées par un gros écart de développement, mains nues contre engins motorisés pour déblayer, tentes de fortune contre gymnase propre pour les réfugiés, mais partout un quotidien à la dérive et le désarroi sur les visages. (3)

When the floods came…

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Gideon Mendel, né en 1959 en Afrique du Sud, devient photographe de presse en 1983. Il s’installe à Londres, cumule les prix. En 1996, il est récompensé par la fondation « Eugène Smith Grant » à New-York,  sélection qui valorise une approche humaniste,  pour son travail sur le SIDA en Afrique.

M.J

(1) “Pakistan issues flooding ‘red alert’ for Sindh province”, BBC News, 07-08-2010, http://www.bbc.co.uk/news/world-south-asia-10900947

(2) “Australia’s Queensland faces ‘biblical’ flood”, BBC News, 01-01-2011. http://www.bbc.co.uk/news/world-asia-pacific-12102126

(3) « When the floods came: Australia and Pakistan”, Gideon Mendel, The Guardian Co UK, 02-04-2011. http://www.guardian.co.uk/environment/video/2011/apr/02/australia-pakistan-floods


Publié le 7 avril 2011 par marlene dans Catastrophe naturelle.,photographie
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Un dernier repos écolo.

Bonjour,

Pas de pierre tombale, encore moins de mausolée, juste un petit carré de nature aménagé, la ville de Sydney offre désormais un dernier repos, version « biodégradable », dans un endroit tranquille situé à l’Ouest de la ville, à Kemps Creek. Une façon de réduire l’empreinte écologique après trépas. Le corps, enveloppé dans un suaire biodégradable, sans fluide d’embaumement ni préservateur chimique, pas question de retarder le processus de décomposition, est placé dans un cercueil, lui aussi biodégradable, enterré à quelques dizaines de centimètres du sol, pour favoriser le retour à la terre. Touche technologique, chaque corps est enseveli avec une balise qui transmet les coordonnées géographiques de la tombe. Les parents du défunt, munis d’un téléphone portable avec lecture satellite, peuvent facilement localiser l’endroit pour venir s’y recueillir, de façon assez traditionnelle. La concession court pour trente ans. Et si le bail n’est pas renouvelé, un autre corps viendra participer à ce qui rappelle un processus de compost.(1) (2) L’Australie compte trois cimetières de ce type, mais l’idée est née au Royaume-Uni. Depuis 1993, environ 200 Britanniques reposent dans une sépulture respectueuse de l’environnement. Une option qui en intéresse actuellement plus de 200 autres, pas non plus une révolution. (3)

En 2008, The Journal of Environmental Health titre “Drining Grandma”, “Boire Mémé” en français. L’article, cité par The Economist, avertit que les cimetières, qui diffusent dans les eaux souterraines, constituent un risque pour la santé publique. Les incinérations n’ont pas meilleure presse. Ainsi, les amalgames dentaires représenteraient l’équivalent de 1/5° des émissions britanniques de mercure. Une réglementation inciterait d’ailleurs  les centres d’incinération à réduire de moitié leurs émissions de mercure, d’ici 2012. The Economist rapporte encore les résultats d’une étude effectuée en 2007, pour le compte du Centennial Park, un cimetière australien. Les crémations produiraient l’équivalent de 160 kg de CO² par corps. Quand la mise en terre n’en émettrait qu’à peine 40 kg. Mais, c’est sans compter avec l’entretien du cimetière, les tondeuses qui avalent la pelouse des allées, et qui finalement, rendent l’incinération beaucoup plus sobre en carbone. (3)

Pour l’instant, la tradition l’emporte sur le gain CO². Les Australiens continuent de se recueillir sur les tombes du Rookwood Necropolis de Sydney, sans doute le plus grand cimetière de l’Hémisphère Sud, où repose plus d’un million de personnes. Et où la pierre tombale semble un indicateur plus digne que le GPS. « Je suis très traditionnelle. J’aime l’ancienne façon de faire, et juste penser qu’avec un GPS, vous tournez autour, comme si vous cherchiez des mines… », confie l’une des visiteuses de ce lieu semé de monuments mortuaires, et mémoire multiculturelle du pays.(1)

M.J

(1) “Sydney, Australia Opens New ‘Green’ Cemetery”, Phil Mercer, Voice of America, 22-07- 2010, http://www.voanews.com/english/news/asia/Sydney-Australia-Opens-New-Green-Cemetery–99027329.html

(2) « Green burials », Annabelle Nyst , Australian geographic, 04-08-2010

http://www.australiangeographic.com.au/journal/green-burials-becoming-popular.htm

(3) « Green funerals, Exit strategies, Innovations for a conservative industry, The Economist, 16-09-2010 http://www.economist.com/node/17043348?story_id=17043348&fsrc=rss


Publié le 4 octobre 2010 par marlene dans Australie,pollution.
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L’Australie malmène son environnement.

Bonjour,

Loin de son image  « écolo », l’Australie figure parmi les dix plus gros consommateurs d’environnement. C’est le résultat d’une étude internationale qui a estimé la désertification, les émissions de carbone, et la perte de la biodiversité dans plus de 150 pays. (1) Un premier classement, qui évalue les dégradations environnementales à grande échelle, place l’Australie en 9° position. Selon le Professeur Corey Bradshaw de l’Université d’Adelaide – qui a collaboré à cette enquête -, le continent australien est malmené depuis l’arrivée des colons. Il ne reste plus que la moitié des forêts originelles, et celles qui tiennent encore debout sont clairsemées. Mais l’Australie se place loin derrière le Brésil, placé en tête de ce palmarès du gâchis environnemental à grande échelle. En passant, en 1990, l’Australie consommait encore pas mal de terres vierges, l’équivalent de plus de la moitié de la superficie arrachée à la forêt en Amazonie brésilienne. (2) Dans cette étude, l’Australie se fait encore tirer l’oreille pour sa consommation d’eau, l’une des plus importante de la planète alors que les robinets sont à sec. Elle figure parmi les gros producteurs de carbone par habitant. Et elle obtient un classement record pour l’extinction des mammifères, résultat de l’introduction d’espèces étrangères au continent australien, ou  conséquence de la destruction de leur habitat. Dans un autre classement, qui met en parallèle le potentiel des ressources naturelles et le taux de dégradation de ces ressources, l’Australie regagne des points. L’île-continent est à la  120° position. C’est Singapour, la cité-Etat ultra-urbanisée, aux parcs et jardins entièrement reconstitués, pas un brin d’herbe d’origine, qui remporte la première place.

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Idée-force de l’étude, plus un état est riche, et plus il abuse de l’environnement. Or, c’est l’idée inverse – plus un pays est riche et plus il respecte son environnement – qui est généralement admise. Le Professeur Bradshaw fait référence à la courbe de Kuznets :”Cela part de l’hypothèse que lorsqu’un pays pauvre commence à se développer, il augmente son empreinte environnementale. »(1) Et parvenu à un certain niveau de richesse par habitant, il accède à des technologies propres. Sa population mieux éduquée, développe une conscience environnementale. Et c’est donc quand le niveau de vie commence à augmenter que l’impact environnemental commence à diminuer. « Tout faux », nous dit l’étude, les pays riches sont plus agressifs pour leur environnement que les pays pauvres. Même si le Professeur Bradshaw remarque que cette relation n’est pas si simple, question d’indicateurs, question d’échelle. Cette étude a encore permis de formuler un modèle pour alléger les habitudes de consommation. Les Australiens ont beaucoup à apprendre. « C’est certainement ce qui explique la mauvaise position de l’Australie car nous avons un niveau très élevé de consommation. Nous sommes un pays très riche, et nous avons tendance à l’excès. »,commente le professeur. En attendant, le gouvernement australien s’engage à changer toutes les ampoules électriques du pays, inefficaces et énergivores, au profit d’ampoules fluorescentes compactes.

M.J


Publié le 11 mai 2010 par marlene dans Actualité,Australie,Climat,Comprendre,Désertification.,Développement durable,Developpement,eau,Non classé
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Je hais les crapauds.

Bonjour,

Il est gros, pataud, le dos couvert de pustules, avec les yeux qui lui sortent de la tête, franchement repoussant, néfaste, inutile, il a aussi tendance à s’incruster. Les Australiens, qui tentent de s’en débarrasser depuis des années, ont peut-être trouvé une solution. La Chine.

Crapauds contre hannetons.

En 1935, les hannetons menacent de détruire la canne à sucre, dans le Nord du Queensland. Pour protéger la récolte, le gouvernement australien décide d’importer d’Hawaï une colonie de crapauds buffle, le Bufo marinus. Cane Toad, en Anglais. Ces travailleurs immigrés, employés dans les champs de canne, doivent dévorer les hannetons. Très vite, il apparaît que les amphibiens ne sont pas aptes à remplir leur mission. Ils craignent la lumière. Et surtout, ils ont du mal à décoller du sol pour attraper les insectes, qui eux, volent. Depuis, le crapaud buffle a prospéré sous les tropiques australiens. Il fait aujourd’hui carrière dans la destruction de la faune locale. Il est redoutable. Il dévore tout ce qu’il peut avaler, abeilles, oisillons, grenouilles. Il empoisonne  ceux qui le convoitent, crocodiles, dingos, ou goannas,  leur promettant une mort lente. A la moindre agression, il projette son venin contre son ennemi. S’il atterrit dans les yeux, il peut rendre temporairement aveugle. Dans les territoires du nord de l’Australie, une population estimée à 200 millions de crapauds buffles terrorise son voisinage. (1)

Battes de cricket et clubs de golf.

Pour faire chuter les effectifs, l’association Frog Watch traque le vilain gros crapaud sur ses terres d’accueil. Depuis deux ans, les volontaires de l’organisation auraient réglé leur compte à 40.000 individus. Et quand la prise fait poids, elle devient trophée. Exemple, ce mâle de plus de 20 cm de long, approchant le kilo, attrapé près de Darwin, dans le Territoire Nord, où l’espèce menace des reptiles rares.  En 2005, ABC News rapporte que David Tollner, un représentant du Territoire Nord, a fouillé ses souvenirs d’enfant pour trouver une solution: « Nous les frappions avec des battes de cricket, des clubs de golf, et ainsi de suite. » (2) Les défenseurs des animaux n’ont pas apprécié cet appel à la guerre, qui pouvait dégénérer. Autre solution, en faire des animaux de compagnie, sur le thème: « Puisque vous ne pouvez pas vous en débarrasser, aimez-les ». Un débouché qui a surtout inspiré les réalisateurs de documentaires. (3)

Le marché chinois.

Selon la BBC News, John Burey, industriel dans le Queensland, doit prendre l’avion le mois prochain pour Beijing. Il doit négocier l’exportation de crapauds buffles vers le géant asiatique, et tenter d’ouvrir le marché. En Chine, les produits dérivés de l’amphibien entrent dans la composition de quelques médicaments traditionnels. Les toxines, qui agissent comme stimulant cardiaque et diurétique, permettent aussi de combattre les sinusites et les maux de dents. La peau et Les organes sont encore connus pour leurs grandes qualités thérapeutiques. La viande de crapaud, source de protéines, pourraient intéresser les Chinois, les Australiens bossent le dossier.(1) Et si l’affaire est conclue, il ne restera plus qu’à les attraper. Beurk, je hais les crapauds.

M.J

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(1) “China market sought for cane toad” , Phil Mercer
BBC News, Sydney, http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/8480041.stm

(2) “Cane toad clubbing sparks controversy”

ABC News online, 11-0’- 2005. http://www.abc.net.au/news/newsitems/200504/s1342444.htm

(3)”Les crapauds de la canne à sucre” – Cane Toads – Mark Lewis, Film Australia Limited, Arte France – Thema : « Australie : avenir tête en bas. »

http://www.artepro.com/programmes/3414/presentation.htm


Publié le 29 janvier 2010 par marlene dans Australie,Biodiversité
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Kowanyama, « the place of many waters ».

Bonjour,

L’élévation du niveau de la mer menace certaines îles du Pacifique, Tuvalu, Kiribati, ou Vanuatu. Elle expose de grandes métropoles côtières, Bombay, Shangaï, Osaka-Kobe, ou New-York. Mais elle inquiète aussi une petite communauté aborigène, retranchée dans un confin nord de l’Australie des tropiques et des moussons.  A Kowanyama, petite bourgade située près des côtes du Golfe de Carpentarie, une montée des eaux interdirait un territoire ancestral.

« The place of many waters. »

« Quand tout l’océan va arriver et monter, où est-ce que nous allons aller ? » s’interroge un vieil Aborigène de Kowanyama, qui vit dans cette communauté d’un millier d’habitants installée dans la péninsule du Cap-York, au nord de l’Etat du Queensland. (1) . « Kowanyama », en langue vernaculaire signifie « The place of many waters », un endroit où les eaux abondent. Kowanyama, arrosée par les orages précoces d’octobre qui annoncent la mousson d’été, et ses inondations, est installée dans le grand delta du fleuve Mitchell, à une vingtaine de kilomètres des côtes du Golfe de Carpentarie (2). Depuis la nuit des temps, les trois communautés aborigènes de  Kowanyama, les Koomnjena, les Kunjen, et les Kokobarra,  tirent parti des moussons qui noient la plaine, de l’eau douce des rivières, et de l’océan. Mais ils dépendent surtout des écosystèmes d’eau douce pour boire, chasser, et creuser des puits. Dans cette région, l’équilibre entre l’eau salée et l’eau douce, qui a donné vie à cette terre aride, est fragile. Une élévation du niveau de la mer dont les eaux envahiraient les écosystèmes d’eau douce, entraînant une salinisation des milieux, bouleverserait cet équilibre. « Chaque année, la marée arrive et monte plus haut. Si elle envahit les marais, cela va tuer toutes les plantes, dénaturer les voies d’eau » ajoute un ranger qui travaille au sein de la communauté. (1) Pendant la saison des pluies, et les inondations qui baignent le grand delta du fleuve Mitchell, l’eau douce n’est qu’à trois kilomètres de la mer. Facteur inquiétant, les scientifiques prédisent une élévation du niveau de la mer plus importante sur les côtes australiennes. L’océan pourrait grignoter de 20 à 60 mètres de plages.

L’eau, source spirituelle.

A Kowanyama, l’eau nourrit aussi la vie spirituelle des Aborigènes. Les moussons signalent l’arrivée de Nhawrr Yirrpa, le serpent arc-en-ciel qui apporte la vie en inondant la terre. Les Aborigènes sont très enracinés sur ce bout de terre, confisqué par les missionnaires au début du XX° siècle. Ils commencent à y revenir dans les années 40. Mais le grand retour a lieu dans les années 90, après que l’Etat du Queensland leur ait concédé la gestion de leur territoire, et l’accès aux ressources naturelles. Ils y retrouvent la terre des Anciens, la mémoire de ce territoire, et ses légendes. Il y a bien longtemps, Kitechawk, un ancêtre aborigène a construit un grand mur de pierre pour protéger la terre et ses habitants des inondations saisonnières. Pendant ce temps, un autre ancêtre, perroquet celui-là, érigeait des dunes pour protéger son peuple des avancées de la mer. Des fétiches, enfouis dans le sable, renferment la connaissance intime de cette terre. Le changement de régime des eaux, la montée de l’océan, la violence des marées, menace d’engloutir les symboles et les légendes qui déterminent l’identité des Aborigènes de Kowanyama. Privés de cette mémoire, que deviendront-ils ?

Reportage, en Anglais, sur cette petite communauté coupée du monde pendant la saison des pluies. Les « road-trains », qui viennent de Darwin chaque semaine pendant  la saison sèche pour apporter des victuailles, ne passent plus sur les pistes inondées. Six mois d’isolement qui commencent parfois avec les premiers orages d’octobre.

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(1) « Sea level rise in Kowanyama”, Ameyali Ramos Castillo, 19-01-2009 http://ourworld.unu.edu/en/sea-level-rise-in-kowanyama/

(2) Kowanyama, Queensland. Wikipedia. http://en.wikipedia.org/wiki/Kowanyama,_Queensland

Video: United Nations University (UNU) Channel.



Publié le 6 octobre 2009 par marlene dans Australie aborigène.,Climat,eau
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L’Australie suffoque.

Bonjour,

C’est l’été dans l’autre hémisphère, et le sud du continent australien suffoque. La semaine dernière, le bureau météo annonçait des records de température. Dans le Victoria, le mercure est monté à 43°C, avec un pic de 44°C à Melbourne, jeudi. Le baromètre affichait 45°C à Adelaïde qui vient de passer une semaine au dessus des 40°C, une première depuis 1808. Cette vague de chaleur a provoqué le chaos. Les rails des lignes ferroviaires se sont dilatées, des trains ont été annulés. Les climatiseurs ont provoqué une surcharge du réseau électrique, plus de 140.000 habitations ont été privées de courant. A Melbourne, les matches extérieurs de l’Open de Tennis ont été suspendus. Les parcs et les jardins ont été fermés. Certains arbres commencent à perdre dangereusement leurs feuilles. C’est la canicule la plus intense depuis un siècle.(1)

« La vague de chaleur qui sévit en Australie du Sud prouve l’exactitude des prévisions des scientifiques concernant le réchauffement climatique », a déclaré Penny Wong, le Ministre du Changement Climatique.(2)  Et de préciser: « Il est évident que nos observations demanderaient plus d’une semaine ou deux pour en tirer des conclusions, mais nous savons que les onze années les plus chaudes se sont produites les douze dernières années. »(2) Le sud australien a, de plus, été moins arrosé que d’habitude. Et Madame Wong de relire dans cette envolée des températures les signes d’un changement de climat.

L’Australie, qui vit sous un régime chaud et aride, encore accablée par plusieurs années de sécheresses, apparaît très vulnérable à un changement de climat qui conjuguerait hausse des températures et baisse de la pluviosité. Après John Howard, qui pactisait avec Bush pour nier le réchauffement climatique et refuser les engagements de Kyoto, on passe à l’ère Kevin Rudd qui nomme un Ministre du Changement Climatique, qui confirme les prédictions du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) C’est un vrai changement de cap. Reste quand même à valider le modèle de prévision climatique de Madame Wong, mais c’est presque un détail compte -tenu de l’écho fait au réchauffement. (1)

M.j

En Australie, chaleur et sécheresse annoncent aussi des vagues d’incendies.

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(1) »Australia swelters in searing heat »,  International Herald Tribune /Reuters, 29-01-2009 – « Residents of south eastern Australia are being warned to expect the worst heatwawe in a century », BBC News, 28-01-2009

(2) »Heatwaves shows climate scientists are wright, Wong says », Canberra Times, 29-01-2009


Publié le 31 janvier 2009 par marlene dans Actualité,Climat
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Un vieux livre aborigène menacé par un gisement de gaz.

Fat Tail Kangaroo.

Standupfortheburrup, lien vers la gallerie…

Bonjour,

La péninsule de Burrup, un petit territoire situé sur la côte Nord Ouest de l’Australie occidentale, dans l’archipel de Dampier, est au cœur de rivalités. D’un côté, le géant pétrolier australien Woodside, qui souhaite exploiter du gaz naturel liquide dans une région déjà métamorphosée par les activités minières, la pétrochimie et le gaz. De l’autre, une poignée d’aborigènes, descendants des Yaburrara massacrés à la fin du XIX° siècle, accrochés à un territoire ancestral « sacré », parsemé de stèles et de gravures rupestres, qui datent de plusieurs milliers d’années. Le gouvernement fédéral australien, qui tire largement profit des sources d’énergie exploitées dans l’archipel de Dampier, et exportées vers l’Asie toute proche, soutient, plutôt, Woodside dans son projet d’extension. Le gouvernement d’Australie occidentale est encore plus favorable à Woodside. De l’autre côté, leaders politiques, organisations de sauvegarde des sites, ou associations d’indignés, soutiennent ce paysage aborigène unique, qui raconte aussi l’histoire de l’humanité. Retour sur ce petit bout de territoire, prétexte à conflits entre « profits », et « mémoire ».

La péninsule de Burrup, Murujuga pour les Aborigènes, ou « hip bone sticking out »*, offre une collection unique d’anciens pétroglyphes, des dessins symboliques gravés sur pierre, sans doute plus d’un million de pièces, dont certaines remonteraient à 30.000 ans, ou plus probablement à 10.000 ans, époque du dernier âge de glace. Ces pierres gravées évoquent la terre et l’air, représentent des animaux marins, le Tigre de Tasmanie aujourd’hui disparu, des formes humaines, ou des motifs géométriques. Elles témoignent d’activités séculaires sacrées, de croyances et de pratiques aborigènes anciennes, toujours actuelles. Le site comprend également des pierres levées. Elles étaient destinées à marquer la situation d’une ressource naturelle. Elles servaient encore des rites traditionnels, lors desquels on demandait la multiplication d’un animal, ou d’une plante particulière. Burrup et l’archipel de Dampier, paysage culturel façonné il y a quelques milliers d’années, racontent à la fois l’histoire des Aborigènes, l’évolution des espèces, et les débuts de l’humanité dans cette région du monde. Mais, pour les Aborigènes, ce lieu porte aussi la mémoire d’un massacre.

Les habitants de l’archipel de Dampier, et des terres environnantes, s’appellent les Yaburrara, groupe linguistique et culturel apparenté au Ngaluma. En 1699, William Dampier accoste sur l’une des îles de l’archipel, qui va prendre son nom. Il repère juste de la fumée. Un peu plus d’un siècle plus tard, Philip Parker King’s, explorateur- cartographe, rencontre ces Aborigènes. En 1861, F.T Gregory, accoste lui aussi, et établit un campement pour explorer la région du Pilbara. Rapidement, les Européens commencent à s’installer dans cette région, l’archipel de Dampier devient le repère des baleiniers, et des pêcheurs de perles. Les Yaburrara ne s’en remettront pas. Ils sont exploités, fragilisés par des maladies importées par les Européens, et victimes d’un massacre orchestré par le gouvernement d’Australie occidentale, en 1868. Parmi ceux qui se battent aujourd’hui pour leur territoire, certains se réclament encore d’ascendance Yaburrara, ils appartiennent plus probablement aux Ngaluma, et à ses peuples qui visitaient ces sites sacrés pour leurs cérémonies. C’est d’ailleurs sur l’argument de la fin des Yaburrara qu’une Haute Cour de Justice refuse, en 2003, l’héritage de cette terre, dont le titre de propriété revient à l’Etat, et non aux sous- groupe des Ngaluma. Pirouette judiciaire qui évoque une bataille de plusieurs décennies qui oppose les Autorités et les partisans d’un développement industriel, aux communautés aborigènes et à leur protecteurs. Pour en savoir un peu plus sur plusieurs décennies de rivalités sur la presqu’île de Dampier

Aujourd’hui, près de 40% de la presqu’île de Dampier ressemble à un parc industriel qui accueille gaz, pétrochimie, et autres infrastructures destinées aux activités de Woodside. En 2005, Woodside pousse un peu plus loin, et demande l’autorisation pour la construction d’un projet destiné à exploiter du gaz naturel liquide. L’année suivante, l’Autorité pour la protection de l’Environnement d’Australie occidentale, approuve le projet. Et le Ministère des Affaires indigènes donne son aval pour détruire 150 sites de pierres gravées, situés sur les lieux du projet. Quelques unités de production pétrochimiques sont encore au programme. Dans les années 80, Woodside a déplacé 1760 sites avec des pétroglyphes, stockées par la compagnie. On estime qu’entre 20 et 25% d’un patrimoine de pierres gravées, jamais réellement recensé, se sont perdues. Et ce qui reste, notamment sur l’île principale de l’archipel, est attaqué par les émissions acides de l’industrie, et autres polluants. Un texte, à propos d’un documentaire d’Arte sur le sujet, précisait les raisons d’un gâchis qui continue : « Le volume des exportations vers une Asie orientale avide d’énergie génère des emplois, les recettes sont gigantesques ; un tiers du produit intérieur brut de l’Australie est réalisé sur le littoral de l’archipel Dampier. »

En juillet 2007, le Gouvernement Fédéral d’Australie reconnaît la valeur du patrimoine de la péninsule de Burrup, qu’il décide de protéger à 99%, laissant Woodside réaliser son projet d’exploitation de gaz liquide. Pendant ce temps, l’association « Friends of Australian Rock Art » fait circuler une pétition adressée au Parlement régional d’Australie Occidentale sur internet, histoire de dire franchement « non » au projet de Woodside…

Mai 2007, l’association Get Up se félicite d’une courte victoire sur l’industrie 

M.J

*A peu près : « Os de hanche saillant »…


Publié le 17 juin 2008 par marlene dans Australie aborigène.,Non classé
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Riz: la demande dépasse l’offre.

Bonjour,

« A Drought in Australia, a Global Shortage of Rice”*, titrait le New York Times, le 17 avril dernier. Une amorce pour examiner la filière « riz », et son marché qui s’affole. Le riz constitue la nourriture de base de la moitié de la planète. Au cours des trois premiers mois de l’année, son prix a pratiquement doublé sur les marchés internationaux. A la bourse de Chicago, première place mondiale d’échanges pour les matières premières, le cours du riz a grimpé de 80% depuis le 1er janvier. Pour la même période, il vient de tripler en Thaïlande.(1) Dans un contexte de crises alimentaires et d’émeutes de la faim, cette explosion des cours inquiète les spécialistes. La sécheresse en Australie, qui n’explique pas tout, annonce peut-être d’autres pénuries liées au climat.

2 millions d’Asiatiques dépendent du riz.

Début mars, Gloria Arroyo, la présidente des Philippines, demande au gouvernement vietnamien d’honorer ses promesses de livraison de riz. Les Philippines sont le premier importateur de riz, et 15% de la consommation de l’archipel vient de ses voisins asiatiques, Vietnam et Thaïlande.(2) En effet, pour satisfaire sa demande intérieure, le Vietnam a réduit ses exportations d’1/4, par rapport à l’année précédente. Tendances similaires, réduction des exportations et protection du marché interne, chez d’autres grands producteurs. L’Inde, troisième exportateur mondial, a retreint son commerce de riz. L’Egypte, principal fournisseur du Proche Orient, a interrompu ses échanges pour une période de six mois. Le Cambodge a pratiquement gelé ses exportations. La Chine a imposé des quotas d’exportations sur les céréales, dont le riz, pour limiter une hausse des prix en Chine.(3) La Thaïlande, premier fournisseur de riz devant le Vietnam, peine à satisfaire le marché mondial, et rassure son marché intérieur. L’envolée du prix du riz début avril – plus de 1000 dollars la tonne, soit un bond de 90 dollars en quelques jours – stimule la spéculation, et effraie les Thaïlandais qui stockent. Cette flambée des prix alimente la peur de nouvelles violences dans les villes asiatiques (4)Selon la FAO, le riz et ses dérivés fournissent de 60 à 70% de l’apport énergétique de plus de 2 milliards d’Asiatiques.

Climat et crises alimentaires.

Repli des exportateurs, alors que les stocks sont à leur plus bas niveau depuis les années 70. Selon la FAO, les stocks de riz blanc ont fondu en sept ans. De147 millions de tonnes en 2000, ils sont passés à 71 millions en 2007, soit la moitié. Car les stocks ont un coût. Les gouvernements les ont réduit, alors que la demande mondiale augmentait.(3) Cette tension du marché s’explique aussi par un meilleur niveau de vie en Inde et en Chine, où l’on consomme plus de riz. L’urbanisation et l’industrialisation, qui grignotent les rizières, contribuent encore à réduire la production. Autre paramètre, le climat. Et l’on reparle de la sécheresse australienne, qui a effectivement eu un impact sur le marché mondial. Après six années de sécheresse, la production australienne est pratiquement inexistante. Beaucoup de producteurs de riz, notamment dans le Sud Ouest du pays, abandonnent l’activité au profit de la viticulture. La vigne, qui grandit vite, consomme moins d’eau, et rapporte plus d’argent. D’autres riziculteurs australiens vendent leurs rizières, et leurs droits d’accès à l’eau, à des viticulteurs. La sécheresse australienne, qui prive de riz la Papouasie Nouvelle-Guinée, les îles du Sud pacifique, Taïwan, ou le Moyen Orient, a participé à la flambée des cours du riz. Selon le New York Times, qui rapporte l’avis de scientifiques, la sécheresse australienne pourrait révéler les premiers effets négatifs du réchauffement climatique, sur la production alimentaire mondiale. (5)

Sénégal, un riz importé moins cher.

Cette année encore, et pour la seconde année consécutive, la production mondiale de riz devrait être inférieure à la consommation.Concepción Calpé, économiste à la FAO, résume le problème : « le marché international du riz est actuellement confronté à une situation particulièrement difficile due à une demande qui dépasse l’offre ». Un déséquilibre qui n’échappe pas aux spéculateurs. Ni aux grands importateurs, Philippines, Indonésie, Bengladesh, sans oublier le continent africain. Face à la montée des prix, le Sénégal, qui importe 80% de son riz, ambitionne de multiplier par 5 la production locale. Mais au Sénégal, le riz importé coûte souvent moins cher que la production locale…

M.J

* »Une sécherresse en Australie, une pénurie générale de riz. »

(1) « Les cours du riz nourrissent l’inquiétude », Lesley Wroughton, A. Phoophongphiphat, Reuters, La Tribune, 25-04-2008-(2) »Philippines : les solutions existent », Sébastien Farcis, RFI, 22-04-2008 (3)« La hausse des prix déstabilise l’Asie », Keith Bradsher, New York Times, 29-03-2008- (4) « La crise du riz : Bangkok cherche à rassuer », Marie Normand, RFI, 8-04-2008. (5) » A drought in Australia, a global shortage of rice », Keith Bradsher, 17-04-2008.


Publié le 28 avril 2008 par marlene dans Actualité,crise alimentaire
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Windhoeck boit ses eaux usées.

Bonjour,

Autre éclairage sur l’eau, le recyclage des eaux usées, ou le « re-use » in English. C’est une méthode alternative, encore peu utilisée à l’échelle mondiale, 2% seulement des eaux potables. C’est un procédé coûteux, pratiqué surtout dans des espaces développés. Le Japon, Israël, certaines villes de l’ouest américain, Los Angeles, Tucson, Phoenix, et quelques cités européennes recyclent déjà une partie de leurs eaux souillées pour alimenter les chasses d’eau, irriguer les terres agricoles, et les jardins. Mais, le recyclage des eaux usées gagne du terrain, notamment dans les zones arides, en Chine, au Moyen Orient, en Afrique du Nord, et en Australie. L’eau recyclée, à usage industriel et domestique, est aussi une eau que l’on peut boire. A Singapour et à Windhoek, l’eau du robinet prend sa source dans l’égout.(1) Direction Windhoek.


La Namibie, flanquée de deux déserts, est l’un des pays les plus arides au monde. Windhoek, la capitale, est assise au coeur d’une région semi-désertique, à plus de 1500 mètres d’altitude. Le fleuve Okavango est à 750 kms, la mer à environ 300 kilomètres. La saison des pluies, de janvier à mars, y est incertaine. Elle se caractérise encore par une importante évaporation. Les sécheresses y sont longues, et fréquentes. Windhoeck compte environ 250.000 habitants, avec une croissance de 5% par an, principalement due à l’exode rural. Donc, une demande en eau qui augmente. A Windhoek, l’eau vient du ciel, avec des contretemps, du sol, et du recyclage. Depuis 1969, ses habitants boivent de l’eau recyclée, environ 35% de l’eau potable. (ICWR, 2005). C’est une situation unique au monde. C’est aussi une petite goutte d’eau dans un pays qui connait de gros problèmes d’approvisionnement. (3)

A Windhoek, l’eau qui coule au robinet n’est pas toujours de l’eau recyclée. La ville utilise cette source d’approvisionnement alternative par intermittence, pendant les pics de consommation estivale, ou en situation d’urgence, quand les pluies et les nappes phréatiques sont en panne. Cette eau, qui nécessite une technologie de traitement pointue, et un suivi scientifique sans faille, est trop chère. Environ le double du prix de l’eau traditionnelle. Pour en limiter les coût, la ville utilise des systèmes de conservation. Côté traitement, le programme est strict. Analyses chimiques, virales, bactériologiques, toxicité, un suivi continu qui intègre l’étude des causes de mortalité dans la ville. Ce procédé est encore soumis à une planification exigeante. Les industries sont localisées, et rassemblées, en fonction de la nature de leurs rejets. D’ailleurs, l’eau d’origine industrielle, traitée à part, n’est pas convertie en eau potable. Et pour mieux faire passer l’eau destinée à la consommation, l’eau recyclée est mélangée avec de l’eau normale.

L’exemple de Windhoek est en train de faire école. Denver (USA), Capetown (Afrique du Sud), et Sao Paulo (Brésil) travaillent à fabriquer de l’eau potable avec les rejets urbains. L’Australie, où tous les moyens sont bons pour renouveler une ressource qui manque( voir billet précédent), est en train de développer le « re-use » pour l’industrie, l’irrigation, et la consommation. Mais cette source d’eau douce, défendue par les écologistes car moins gourmande en énergie et plus respectueuse de l’environnement, n’est pas au goût de tout le monde. Beaucoup d’Australiens refusent de boire ce qui reste de l’eau d’égout, même dotée de toutes les garanties sanitaires. C’est le facteur « Yeurk », le frère du facteur « beurk ». Les habitants de Toowoomba, petite ville du Queensland, consultés par référendum, ont majoritairement refusé de boire de l’eau recyclée. Mais dans quelques mois, les habitants de Brisbane, la principale ville du Queensland, boiront de l’eau puisée dans les égouts…(4)(5)

M.J.

(1)http://www.astrosurf.com/luxorion/eau-preservation.htm – (2) », Marc Laimé, « Carnets d’eau », carnet du Diplo, 22 juin 2007- (3) http://www.iwaponline.com/wst/05501/0441/055010441.pdf (4) »De l’eau d’égout dans votre carafe », André Duchesne, La Presse, Brisbane, Australie, 7 octobre 2007.(5) http://www.news.com.au/dailytelegraph/story/0,22049,21132490-5011660,00.html


Publié le 15 janvier 2008 par marlene dans eau
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