Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Le Belo Monte en « 3D ».

Bonjour,

“Un désastre pour le fleuve Xingu, pour la forêt tropicale, et certainement pour les indigènes et leurs familles qui vivent le long du fleuve…» (1) Sigourney Weaver, l’actrice d’Avatar, prête sa voix à une vidéo qui met en images le scénario, écologique et humain, du futur barrage de Belo Monte, en Amazonie brésilienne. Ce giga -projet, le troisième plus grand barrage au monde, installé sur le Rio Xingu, un affluent du fleuve Amazone, devrait inonder 668 km² de terres, avaler la ville d’Altamina, et déplacer environ 20.000 personnes. Plus de 80% du cours du Xingu sera détourné, divisé en deux longs canaux artificiels terminés par deux immenses réservoirs, reliés à la centrale électrique du barrage. Le puissant débit du fleuve, considérablement diminué, ne sera plus qu’un filet d’eau pendant une partie de l’année, condamnant à la sécheresse des cours d’eau secondaires. Dans un courrier adressé au Président Lula, daté de mars 2010, Amazon Watch,  une organisation qui défend l’Amazonie et ses populations, rappelle l’impact des deux canaux sur la vie des communautés du Volta Grande, une région baignée par le Xingu. Plus d’eau, plus de ressources, et plus de moyen de déplacement sur une distance de 130 km. Une activité agricole ruinée, une pêche désorganisée faute de poissons, pourtant à la base de l’alimentation des Kayapos, l’une des communautés menacées par le Belo Monte. Amazon Wath dénonce encore la formation d’étendues d’eaux stagnantes, facteur de paludisme. (2) L’arrivée de migrants, légaux et illégaux, en concurrence avec ces communautés, présage d’autres bouleversements, économiques et culturels. Privés de leurs activités traditionnelles, les populations autochtones devront s’adapter, et sans doute exploiter la forêt, seule option économique. Les aménagements routiers et les infrastructures électriques augmenteront, de toute façon, la pression sur la forêt amazonienne. Dont 400 km², sur les 668 annoncés, seront déjà noyés par le projet.(1)

L’idée d’aménager le Rio Xingu remonte aux années 70, sous la dictature militaire. Avec le temps, et les différentes architectures proposées, elle a fabriqué une solide opposition. Des organisations environnementales, emmenées par un réseau d’activistes, la mobilisation des populations riveraines, ont retardé la concrétisation de l’ouvrage. En1989, ces communautés refusent l’aménagement de 6 barrages sur leur territoire, obligeant les Autorités brésiliennes à changer le nom des ouvrages, sans donner de suite. En 2008, le gouvernement ressort le projet Belo Monte, devenu un complexe de 3 ouvrages. Selon Amazon Watch, les variations du fleuve entre la saison des pluies et la saison sèche obligent à construire d’autres retenues, en amont, pour rentabiliser le Belo Monte.(3) Début 2010, les Autorités brésiliennes donnent le feu vert à la construction d’un barrage qui doit accompagner la croissance du pays, devenu très gourmand en énergie, et soucieux de son bilan CO². (4)Avec l’argument que l’hydro-électricité ne produit pas directement de CO². Le barrage doit encore apporter de l’électricité à de nouvelles concessions minières, autre plaie environnementale de l’Amazonie. Pour Amazon Watch , le Belo Monte, d’une capacité supérieure à 11GW, ne produira que 10% de cette énergie pendant les 3 à 5 mois de la saison sèche. Ce qui ramènera sa production annuelle moyenne à un peu moins de 40% de son potentiel. D’où la nécessité d’aménager d’autres ouvrages sur le cours du Xingu, et de ses affluents, pour alimenter le barrage en eau. Quant à l’argument CO² servi par la gouvernement brésilien, les opposants répondent que l’inondation de terres boisées produira du méthane, beaucoup de méthane, un gaz à effet de serre 25 plus violent que le CO².(3)

Le projet, qui devrait démarrer fin 2010, réactive une opposition  peopolisée , Sting, Sigourney Weaver, ou James Cameron, le réalisateur d’Avatar qui a écrit à l’ex président Lula. La vidéo, initiée par Amazon Watch et International Rivers, une autre ONG remontée contre le Belo Monte, porte le message du Xingu Vivo Para Sempre , un puissant réseau local. Les images de Google Earth y révèlent, en « 3D »,  l’impact potentiel d’un projet, qui en cache plus d’une centaine d’autres. Le bassin de l’Amazone, doté de la plus grande forêt tropicale de la planète, est convoité par le Brésil, la Bolivie, la Colombie, l’Equateur, et le Pérou, qui rêvent d’y planter des aménagements hydrauliques. Assortis d’innombrables réservoirs d’eau stagnante.

M.J

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(1)”Google Earth animation shows Brazilian plans to turn Amazon into ‘series of stagnant reservoirs’, Rhett A. Butler, mongabay.com, 30-08-2010
http://news.mongabay.com/2010/0830-belo_monte_google_earth.html

(2)Courrier au Président Lula Da Silva, Christian Poirier, Brazil Program Coordinator, amazon Watch, 10-03-2010. http://www.internationalrivers.org/files/Appeal_letter_English.pdf

(3) Belo Monte Dam, Amazon Watch http://www.amazonwatch.org/amazon/BR/bmd/index.php?page_number=2

(4)” Brazil to build controversial Belo Monte hydroelectric dam in Amazon rainforest”, Tom Phillips, Guardian.co.uk , 0é-02-2010 http://www.guardian.co.uk/environment/2010/feb/02/brazil-amazon-rainforest-hydroelectric-dam


Publié le 12 octobre 2010 par marlene dans Barrages,Brésil,déforestation
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