Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Chili, entre croissance et paysages.

Bonjour,

« HydroAysen », cinq barrages hydroélectriques projetés en Patagonie chilienne, risque de défigurer l’un des derniers territoires vierges de la planète. Le gouvernement chilien, qui a besoin d’électricité pour accompagner sa croissance, a donné son aval début mai. Les ouvrages, installés sur les rivières Baker et Pascua, deux cours d’eau énergiques de la vallée d’Aysen, devraient produire l’équivalent de 2750 Megawatt, et augmenter de 20% la capacité électrique du pays. Début des travaux prévus en 2014. « HydroAysen », complément énergétique d’un Chili de plus en plus gourmand, a fabriqué une opposition  soucieuse de ces terres australes, et de la vie sauvage qui s’y est nichée. Dans la région d’Aysen, quadrillée par une petite vingtaine de parcs nationaux et de réserves naturelles, les paysages sont précieux. (1)

Face à cette vision paysagiste, la croissance du pays, attendue autour des 6% dans les prochaines années. Le pays, qui dispose de faibles ressources énergétiques, importe du pétrole et du gaz naturel d’Argentine, source soumise à pénuries fréquentes. Le Chili valorise déjà largement son potentiel hydro-électrique, 65% de l’électricité du pays depuis les années 70.  Une production électrique complétée par le gaz naturel,  et le charbon. Avec trois nouvelles centrales annoncées. Ces activités polluantes donnent des arguments aux partisans d’HydroAysen, qui défendent une hydro-électricité plus propre. Autre argument pour justifier cette course à l’énergie, la croissance économique qui tire de la pauvreté des milliers de chiliens, quand le pays en compte plus de 2 millions. Pour les opposants au projet, la consommation électrique des ménages et l’éclairage des rues ne justifient pas complètement  cette option énergétique.(2) Plus vraisemblable, la consommation des mines de cuivre exploitées dans le désert d’Atacama, principale richesse du pays qui pèse pour plus de la moitié des exportations. Au total, l’ensemble du secteur minier, le cuivre mais aussi l’or, l’argent, le fer, ou le zinc,  engloutirait plus de 80% de l’énergie consommée dans le nord du pays. (3) Sans compter l’ouverture de nouvelles mines. Juan Pablo Orrego, à la tête de l’ONG « Ecosystemas », activiste engagé pour une Patagonie vierge, a calculé que les nouveaux projets miniers devraient engloutir 12.000 Mégawatts supplémentaires.(2)

Côté paysages, le projet devrait noyer près de 6000 hectares de forêts, et déchirer l’horizon avec des pylônes et des câbles sur près des 2000 kilomètres, distance qui sépare Aysen et Santiago, la capitale. Des espaces, restés intacts jusqu’alors, ne le seront plus. Les écosystèmes, habitat du cerf chilien et d’oiseaux natifs, seront malmenés. Des spécialistes annoncent une modification de la turbidité des fleuves aménagés, avec des conséquences incertaines pour le fonctionnement des fjords associés. Car l’équilibre des fjords dépend de la santé des rivières. Selon le Centre de Recherche sur les Ecosystèmes de Patagonie (CIEP) les fjords de Patagonie absorberaient l’équivalent CO² des rejets actuels du Chili. L’intrusion des barrages modifiera cette carte postale de la Patagonie chilienne, qui attire les touristes et en tire bénéfice. La population de Cochrane, la petite ville située à proximité, gonflée par les travailleurs du barrage, devrait doubler pendant les dix années du chantier. Sans disposer d’infrastructures adaptées. Et, dans une cinquantaine d’années, quand la centrale ne sera plus exploitée, des friches industrielles signaleront une option énergétique qui pèse toujours sur le paysage. A moins que les vestiges des barrages ne rappellent les débuts de l’exploitation des ressources  de la région d’Aysen, amorcée avec l’hydro-électricité. L’endroit est doté d’un important potentiel naturel.  (2) (4)

A l’heure d’HydroAysen, on reparle des mini-centrales hydrauliques, une énergie renouvelable dessinée à l’échelle des hommes et des paysages. Moins d’une vingtaine de Megawatts pour une consommation de proximité. Le Chili en compte plus d’une trentaine,  d’autres sont en projet,  pour une  production très marginale. Pour atteindre les 20% renouvelables en 2020, objectif du Chili qui reste au dessous de la barre des 5% pour l’électricité, il faudra bien tirer parti des ressources naturelles. Par exemple, pour alimenter les mines de cuivre d’Atacama, désert au ciel limpide, très ensoleillé, on pense de plus en plus à l’énergie solaire – avec des panneaux déployés dans un paysage déjà stigmatisé par l’extraction. Des investisseurs étrangers s’y intéressent. (3) En 2009, le Santiago Times titrait sur le potentiel du pays en matière d’énergie marémotrice. En exploitant seulement 10% du potentiel de ses courants marins, énergie plus facile à optimiser que le solaire ou l’éolien, le Chili produirait plus d’électricité qu’aujourd’hui.

M.J

Alors que 61% des chiliens s’opposent aux barrages (The Guardian (4)), HydroAysen agite les rues…


(1)“Chile officials approve HidroAysen electric dam project”, BBC News, 10-05-2011http://www.bbc.co.uk/news/mobile/world-latin-america-13343040

(2) « Chile’s HidroAysen dam project provokes mounting anger, Annie Murphy, BBC News, 21-05-2011 http://www.bbc.co.uk/news/mobile/world-latin-america-13445300

(3)« Foreign investment in solar power for Chilean mining industry”, This is Chile.cl http://www.thisischile.cl/Articles.aspx?id=6108&sec=190&eje=&t=foreign-investment-in-solar-power-for-chilean-mining-industry&idioma=2

(4) « Protests after Chile backs giant dams in Patagonia’s valleys”, Rory Carroll, Latin America correspondent guardian.co.uk, Tuesday 10-05-2011. http://www.guardian.co.uk/environment/2011/may/10/chile-patagonia-dams-hydroelectricity?INTCMP=SRCH

(5)« Le Chili mise sur les énergies renouvelables », Roland Meier, ExpertBlog, 07-02-2011 http://www.exportblog.ch/fr/blog/le-chili-mise-sur-les-%C3%A9nergies-renouvelables


Publié le 14 juin 2011 par marlene dans énergie,Barrages,Ecosystèmes.
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Il court, il court, le parthenium…

Bonjour,

« L’invasion du parthenium : nouveau problème environnemental pour le Népal », s’inquiète un chercheur lors de la Conférence sur la Biodiversité et le Changement climatique dans l’Himalaya, réunie mi-décembre 2010. (1) Il y a de quoi se faire du souci. Le Parthenium Hysterophorus, une plante toxique originaire des tropiques américains, dévore les terrains vagues, les bords de routes, l’abord des rivières, préférant plutôt les surfaces laissées à l’abandon. C’est une espèce invasive qui colonise rapidement tout espace, aux dépends d’une végétation utile installée depuis longtemps. En peu de temps, elle peut réduire un pâturage à presque rien, privant les troupeaux de nourriture. Elle menace les récoltes, pour là encore, pratiquement les éliminer si on la laisse faire. Chez l’homme, son pollen est à l’origine de troubles respiratoires, allergies, sinusites, asthme, de maladies de la peau,  et d’affections oculaires. Chez les animaux, elle réduit la production de lait et leur fait perdre du poids. Heureusement, mis à part quelques chèvres, les troupeaux ne la consomment généralement pas. Et pour donner la mesure du dynamisme de l’espèce, chaque graine arrive à maturité en 4 à 6 semaines, et peut produire entre 10.000 et 25.000 nouvelles graines.(2) Sans doute venue d’Inde, elle débarque au Népal dans les années 50. Elle s’y développe rapidement dans les années 90. Elle y reproduit ses habitudes de colonisation, bords de route, prairies et jachères, ou terrains vagues dans villes principales, Kathmandu, Hetaunda, Narayangargh, ou Butwal. Petit problème, le parthenium n’a pas vraiment d’ennemis naturels. C’est sans doute pour cette raison que les Autorités du Népal ont mis un certain temps à répondre à la question « Comment s’en débarrasser ? ». La réponse arrive d’Inde en 2009. Le Zygogramma Bycolorata, un scarabée mexicain  est utilisé comme agent biologique pour limiter l’invasion d’une espèce bien implantée dans le Sud de l’Asie,  Inde, Bengladesh, Bhutan, Sri Lanka, ou Pakistan .(1) A Islamabad, la capitale, elle squatte les terrains vagues, mettant en péril la production de plantes médicinales, précieuses aux populations.(3) Dans ces no- man’s land urbains, le parthenium s’accommode fort bien de la présence d’autres espèces invasives. La plante a le sens de l’adaptation.

Pulvérisation et délation.

En Australie, les Autorités ont répondu plus fermement à la question « Comment s’en débarrasser ? ». S’il  n’est pas conseillé d’arracher les plants isolés à la main, il est recommandé d’agir efficacement, en multipliant les traitements, chimique, biologique, mécanique. Sans oublier les herbicides, sauf contexte fragile. Dans le Queensland, où le parthenium s’est établi depuis longtemps, il est décrété « Espèce Parasite, Catégorie 2 ». Surveillé de près dans tout le pays, il obtient le rang de « Mauvaise herbe de signification nationale. » L’Australie redoute l’essaimage, question d’échelle territoriale. Repéré en 1955 pour la première fois, le parthenium teste le Queensland, avant de descendre dans le New South Wales, en 1982.Et quand, vingt ans après son apparition sur le continent, on découvre une colonie de parthenium dans le Northern Territory, courant sur quelques kilomètres d’une bordure d’autoroute, la réponse est immédiate. Pulvérisation au sol, pulvérisation aérienne, et extraction à la main. Ce qui n’empêchera pas de voir réapparaître l’espèce invasive, de manière ponctuelle, dans certaines zones du Northern Territory. L’Etat du South Australia, à priori épargné, est placé sous haute surveillance par les Autorités sanitaires. En Australie, où l’on craint que son contact avec les troupeaux affecte la qualité de la viande bovine, tout est bon pour combattre le parthenium. Y compris la délation : « Si vous croyez avoir vu cette plante, contactez immédiatement la direction de la gestion des mauvaises herbes. ». (4)

Massaï Mara

Le voyage se prolonge en Afrique orientale, Tanzanie, Ethiopie, Ouganda, où le parthenium est tracé, échantillonné, prêt à être ciblé. La plante y présente des densités assez inquiétantes. L’Ethiopie bénéficie déjà de l’aide du Zygogramma Bycolorata, et du Listronotus Sitosipennis, un charançon nuisible au Parthenium Hysterophorus, deux agents biologiques en provenance d’Afrique du Sud.(5). La tension monte d’un cran au Kenya, où l’espèce se développe dans de nombreuses parties du territoire, menaçant la superficie des pâturages, les récoltes de sorgho, et l’équilibre des parcs naturels. Quand on la soupçonne de vouloir s’installer dans la Réserve Nationale du Maasaï Mara, regardée comme l’un des plus beaux spectacles terrestres, très cotée au catalogue de la biodiversité et sur le marché du safari, l’alerte est donnée. Pas question de perturber ce vaste paysage de savanes, espace de migrations pour les gnous, les zèbres, et les gazelles, habitat des éléphants, des léopards, et des singes, espace de liberté pour les oiseaux, autruches et grues couronnées, pour les reptiles, pythons, crocodiles, et varans. On a trouvé du parthenium dans certaines parties de la rivière Mara, et le long de quelques pistes qui sillonnent le parc. Portée par le vent, les véhicules, le mouvement des machines, ou l’eau, l’espèce pourrait s’y étendre sans retenue. Les conditions écologiques y seraient favorables. Et la perte de pâturages, broutés par les animaux, pourrait préparer le terrain. «  Si rien n’est immédiatement entrepris pour nettoyer les zones infectées dans le Massaï Mara, il n’est pas irréaliste de s’attendre à une réduction de la vie sauvage à long terme, conséquence d’une expansion rapide du parthenium.»,  avertit Geoffrey Howard, en charge des espèces invasives pour l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature. (IUCN) (2)

M.J

Le voyage n’est pas tout à fait terminé…..

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(1) « Parthenium invasion: a new environmental problem for Nepal.” http://icblcc2010.cdbtu.edu.np/sessions/parthenium-invasion-new-environmental-problem-nepal

(2) « Kenya: Killer Weed Invades Farms, Grazing Lands And National Parks », Jacob Ng’etich Daily Nation, 26-01- 2011 http://allafrica.com/stories/201101270084.html

(3)” Parthenium Invasion in Pakistan – A threat still unrecognized”, Asad Shabbir, Rukhsana Bajwa, Institute of Mycology and Plant Pathology, Université of Penjab, Lahore Pakistan, 2007. http://www.pakbs.org/pjbot/PDFs/39%287%29/PJB39%287%292519.pdf

(4) Australian official Websites

http://www.dpi.qld.gov.au/4790_7334.htm

http://www.nt.gov.au/nreta/natres/weeds/find/parthenium.html

(5)”Abating the Weed Parthenium (Parthenium Hysterophorus). Damage in Eastern Africa Using Integrated Cultural and Biological Control Measures”, Wondi Mercie, Virginia State University, 2010.http://www.oired.vt.edu/ipmcrsp/Publications/AnnualReports/2010/Parthenium_IPM-CRSP-Ann-Rpt_2009-2010.pdf


Publié le 4 février 2011 par marlene dans Biodiversité
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Des Khwe qui tirent le diable par la queue…

Bonjour,

Nagoya fait le point sur la biodiversité. Des représentants du monde entier sont réunis au Japon jusqu’au 29 octobre pour examiner l’état du tissu vital de la planète. Cette 10e Conférence rassemble les 192 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique (CDB),  plus les Etats-Unis, non signataires. Ce texte,  adopté au Sommet de la Terre à Rio en 1992, définit trois priorités : la conservation des milieux naturels ; l’exploitation durable de richesses, l’agriculture, la pêche, la forêt, trop sollicitées ; et un partage Nord-Sud des bénéfices de la biodiversité. La conférence de Nagoya, qui ouvre la voie vers 2020, doit permettre de débattre sur l’érosion sans précédent des écosystèmes, et trouver des financements pour freiner ce processus. Cette rencontre doit encore réguler le partage de richesses naturelles, concentrées dans l’espace tropical des pays en voie de développement, et exploitées par les pays industrialisés. L’industrie pharmaceutique illustre cette fracture Nord-Sud. Dans un article intitulé « Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable »,  IPS – Inter Press Service News Agency – est allé enquêter au tout début de la chaîne des médicaments.

En attendant la « moisson organique ».

L’histoire se passe dans le Parc National de Bwabwata, dans la région de Caprivi. Un espace naturel protégé situé sur une bande de terre qui s’étire à l’extrémité nord-est de la Namibie, entre Zambie et Botswana, un endroit bien identifié des voyagistes. C’est dans cet espace que pousse la griffe du diable, une plante médicinale qui essaime dans le Sud du continent africain, connue pour soulager les rhumatismes et l’arthrite. L’industrie pharmaceutique l’exploite depuis les années 60. Pendant longtemps, la plante, qui se vend à l’étranger, ne rapporte pas grand-chose aux « moissonneurs ». En 2008, l’IRDNC - pour Integrated Rural Development and Natural Resource – signe un contrat avec le représentant de la communauté Khwe, pour rationaliser la récolte, et optimiser ses revenus. Cette communauté de chasseurs-cueilleurs, 5000 personnes environ,  enracinée dans ce parc, malmenée pendant la guerre qui libère la Namibie de l’Afrique du Sud, déconsidérée par la suite, connaît bien les secrets de la griffe du diable. Suite à ce contrat, 361 « moissonneurs » sont formés à la collecte de la plante. C’est un exercice délicat qui suppose de couper la bonne racine avec un couteau en inox, exigence sanitaire, pour laisser celle qui assure la régénérescence du végétal. Le trou est comblé pour permettre à la racine de se reconstituer, jusqu’à la prochaine récolte. La plante, protégée des animaux indiscrets, est mise à sécher. Ce jardinage encadré vise à une exploitation « durable » de la ressource, condition d’un label « moisson organique », encore à venir. Chaque moissonneur gagne en moyenne 50 dollars US par saison, six semaines de récolte, et une aventure en brousse pour toute la famille. Pour comparaison, en 2007, le revenu moyen par habitant du pays tourne autour des 5200 dollars US, quand plus du tiers de la population vit avec moins d’un dollar par jour.(2) Le détail du commerce révèle qu’en 2008, le kilo de griffe du diable se monnaie 2 dollar US. Puis tombe à 1,3 dollars en 2010, prix payé aux Khwe par l’exportateur. La crise financière et les stocks de la récolte précédente -18 tonnes en 2009 –  ont fait chuter les prix. En attendant le label «moisson organique», qui devrait valoriser le prix du kilo, l’exportateur explique:  « La moisson organique et l’organisation de l’industrie d’exportation d’une manière qui reconnaît le rôle des Khwe dans la chaîne de production sont vitales. C’est seulement après cela que les revenus provenant de l’industrie pharmaceutique, parviendront jusqu’à la communauté ».

Un territoire de « moisson » très convoité.

L’autre histoire est celle de ce petit village Khwe enfermé dans un parc naturel, où les déplacements sont contrariés par la réglementation de la réserve. Les Khwe, qui partagent leur territoire avec des d’éléphants et des lions, ne peuvent plus chasser librement, ni traquer, ni cultiver faute de moyens pour clôturer leurs champs. D’ailleurs le parc fait l’objet de nombreuses convoitises. Une partie des terres est réclamée par les autorités traditionnelles qui veulent y installer leur communauté, avec élevage et agriculture à la clé.  Une autre partie des terres pourrait être louée  à des sociétés étrangères, menace qui s’est précisée depuis le reportage d’IPS. Un millier de Kwhe pourrait être délogé du parc par un gigantesque projet d’irrigation, avec des capitaux russes, confisquant 10.000 hectares de « moisson » à ceux qui resteraient. (3) Petit problème attaché à cette exploitation – d’autres fermes sont prévues -,  les engrais rejetés dans les nappes souterraines risquent encore de retarder le fameux label « moisson organique ».  En attendant que le kilo de griffe du diable monte un peu, les Khwe survivent grâce à un fonds de pension, et quelques subventions accordées pour adoucir les effets de sécheresses plus fréquentes, «…la faim est une réalité »(1)

M.J

(1)  « Tout joue contre les moissonneurs de la griffe du diable de San » ; Servaas van den Bosch IPS, 13-15-2010, http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5846

(2) Namibie, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Namibie

(3) « Namibian community resists irrigation scheme that may displace them »,Toivo Ndjebela, African Agriculture,13-06-2010 http://www.africanagricultureblog.com/2010/06/namibian-community-resists-irrigation.html


Publié le 23 octobre 2010 par marlene dans Actualité,Afrique/ population.,Biodiversité
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La biodiversité, une « économie naturelle. »

Bonjour,

Une espèce végétale sur cinq risque de disparaître. C’est le constat d’une étude qui a échantillonné 4000 plantes à l’échelle planétaire. (1). Environ le tiers d’entre elles ne sont pas assez connues pour être protégées. C’est le catalogue le plus complet jamais établi. Avec un bilan plus optimiste que les précédents qui estimaient que 70% des plantes était, à des degrés divers, en danger. Principale menace, la perte d’habitat. L’extension des terres agricoles, la multiplication des troupeaux, et le développement des infrastructures s’approprient l’espace vital des formations végétales. Les forêts tropicales sont les premières victimes de cette colonisation d’origine humaine. Mais, pour les spécialistes, chaque espèce, élément d’un système vital, est importante. Les plantes, qui améliorent la qualité de l’air et de l’eau, constituent des habitats pour les animaux, réduisent l’érosion, aident à la conservation des sols, représentent aussi des réserves de nourritures et de médicaments. D’après le rapport, 80% des calories consommées dans le monde proviennent de 12 espèces. Les plantes sont souvent le seul remède que peuvent s’offrir les populations du monde en développement. L’IUCN, l’Union Internationale pour la Conservation de la nature, estime que 15.000 espèces de plantes médicinales sont menacées dans le monde, disparition des écosystèmes, exploitation intensive, espèces invasives, ou pollutions diverses. L’ONG, qui a récemment lancé un appel aux gouvernements pour sauver cette médecine traditionnelle estime qu’elle soulage, en premiers soins, 80% des Africains. Au Népal, plus de 300.000 familles dépendraient de la vente de plantes médicinales sauvages pour obtenir un revenu. (2) Autre challenge pour le monde végétal, le changement climatique. Les écosystèmes terrestres et marins qui piègent et stockent le carbone, les forêts de mangrove qui protègent les côtes contre les inondations et l’érosion, constituent des alliés pour tempérer les effets de la crise climatique. Des alliés, quand ils sont en bonne santé. Ce rapport, qui révèle que les plantes sont plus menacées que les oiseaux, et autant que les mammifères, tombe à pic pour alimenter les débats de la Convention sur la diversité biologique , qui s’ouvre à Nagoya, au Japon. Les représentants de 193 pays, qui devront s’interroger sur l’érosion de ce patrimoine mondial, tenteront de trouver un accord pour le  préserver. 2011-2020 pourrait être la décennie de la biodiversité, proposition du gouvernement japonais.  Le 22 septembre dernier, à New York, lors d’une Assemblée Générale de l’ONU sur le sujet, Ban Ki-moon, son Sécrétaire général,  a déclaré : « Nous mettons en banqueroute notre économie naturelle ». (3)

M.J

En route pour Madagascar…

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(1)Etude conduite par The Royal Botanic Garden at Kew, The Natural History Museum and International Union for the Consersation, in « One-fifth of world’s plants at risk of extinction”, David Shukman, BBC News Nature, 29-09-2010,http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-11434109

(2) « New prescription needed for medicinal plants”, IUCN 18-05-2010, http://www.iucn.org/knowledge/news/?5258/New-prescription-needed-for-medicinal-plants

(3) Biodiversity loss is bankrupting the natural economy – Ban, UN News Center, 22-09-2010 http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=36052


Publié le 7 octobre 2010 par marlene dans Actualité,Biodiversité
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Menus traditionnels et sodas.

Bonjour,

Que mangent les « communautés indigènes » isolées sur les glaces du Grand Nord canadien, dans un confin d’Amazonie, ou sur une île du Pacifique? La FAO et la CINE – un centre de recherches sur la nutrition et l’environnement des « indigènes » – ont enquêté en Amérique, en Afrique, en Asie, et en Océanie. Ce voyage diététique et ethnologique révèle des systèmes alimentaires traditionnels, fragilisés par l’érosion de l’environnement, par une nourriture étrangère. Une étude qui bouscule une valeur sûre, le menu « pizza-coca ».

Des corps sains, des communautés épanouies.

Les aliments traditionnels sont ceux qui ne s’achètent pas au supermarché. C’est en partant de ce postulat que les enquêteurs ont étudié douze communautés, en quête de ces systèmes alimentaires ancestraux. Ainu du Japon, Awajun du Pérou, Baffin et Inuit du Canada, Igbo du Nigeria, Massai du Kenya, ou Pohnpei de Micronésie ont révélé une parfaite connaissance des écosystèmes environnants, et de leurs ressources. Au fil des siècles, ces systèmes alimentaires, associés à une vie sociale et économique simple, ont sculpté des corps sains, et des communautés épanouies. Ils renseignent aussi sur la cosmogonie des communautés étudiées. Exemple en Colombie amazonienne où les Ingano associent shamanisme, santé, régime alimentaire, plantes, et nature. Mais avant tout, l’étude définit la notion de « peuple indigène » comme « ceux qui détiennent la connaissance de la terre et de ses ressources en nourriture, héritage d’une continuité historique sur un territoire. »

Des menus de choix.

L’enquête révèle des régimes alimentaires traditionnels riches et variés. Des racines aux insectes, en passant par les plantes, celles qui nourrissent et celles qui soignent, sans oublier les céréales, le poisson, ou la viande, tout est bon à consommer. Chez les Massaï du Kenya, pourtant désavantagés par un environnement aride, on dénombre déjà 35 sortes de nourritures. Chez les Ingano de Colombie, une grande diversité biologique propose 160 aliments au menu. Chez les Igbo d’Afrique de l’Ouest, environnement tropical, et les Awajun du Pérou, région forestière avec lacs et rivières, on dénombre plus de 220 sortes de nourritures. Chez les Pohnpei de Micronésie, et chez les Karen de Sanephong de Thaïlande, c’est carrément l’abondance, plus 380 espèces consommables. Les Karen disposent de 387 variétés d’aliments, dont 17% de viande, et le reste en espèces végétales. Boeuf, buffle, chèvre, ou canard, élevés à la maison sont au menus, servis avec du riz, des légumes, des racines et des fruits, culture ou plante sauvage. Pour les œufs et la viande de porc, c’est à l’épicerie du coin. Les Karen apparaissent encore comme une communauté privilégiée puisque 85% de l’apport énergétique des adultes provient du système alimentaire traditionnel. Privilège partagé avec les Awajun, dont les adultes consomment presque exclusivement des ressources locales. Ailleurs, l’enquête révèle pas mal d’entorses aux régimes ancestraux.

Sodas et mondialisation.

La pauvreté, l’arrivée de denrées importées, ou l’érosion des écosystèmes, bouleverse les menus traditionnels. Chez les Massaï du Kenya, les Pohnpei de Micronésie, les Ingano de Colombie, les Bhil et les Dalit, deux communautés indiennes, la farine de maïs industrielle et le riz blanc raffiné s’invitent désormais à table. Changement de régime encore chez les Nuxalk, une communauté de Colombie britannique qui vit sur l’embouchure de la Bella Coola River, en Colombie britannique. Cette communauté, qui a longtemps tiré avantage des ressources naturelles, poissons, viandes, baies, herbes sauvages, racines, noix, bulbes, commence à changer de régime dans les années 60. Aujourd’hui, les aliments traditionnels ne représentent que 30% de l’apport énergétique des adultes. En cause, la dégradation des écosystèmes, moins de bancs de saumon et de fruits de mers. Le rythme de vie, qui a raccourci le temps de la chasse et de la pêche, les a encore privé d’un peu d’exercice. Les nourritures importées, hypercaloriques et bourrées de mauvais gras, alcool en prime, ont contribué à leur ruiner la santé, obésité, diabète, alcoolisme, et à leur gâter les dents. Scénario analogue chez les Inuits du Canada, où les produits locaux représentent moins de la moitié de l’apport énergétique des adultes. La nourriture conditionnée et les sodas, arrivés avec la mondialisation, fabriquent désormais des corps moins sains que la viande de caribou ou de phoque. Les victimes du supermarché n’en pas forcément les moyens de s’offrir des aliments de bonne qualité. Selon cette étude, le changement de climat et la dégradation de l’environnement risquent encore de réduire le régime traditionnel. En attendant, la FAO estime que les ¾ de la diversité agricole aurait disparu de la planète au cours du siècle précédent.

Cette étude est éditée en anglais sous le titre « Indigenous People’s Food Systems ».Chacun des chapitres est accessible en format PDF http://www.fao.org/docrep/012/i0370e/i0370e00.htm -


Publié le 26 septembre 2009 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Biodiversité
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Biodiversité, à force d’en parler…

Bonjour,

L’ONU vient de tenir conférence sur la biodiversité, à Bonn. Deux semaines pour faire le point sur la destruction des ressources animales, et végétales. En 2002, la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) , née en 92 lors du Sommet de la terre de Rio, avait promis de ralentir la destruction du patrimoine naturel mondial. Six ans plus tard, la biodiversité est toujours malmenée. Dans la dernière version du rapport « 2010 and beyong : Rising the Biodiversity Challenge » , présenté à Bonn, WWF rappelle que plus d’un quart de toutes les espèces animales ont disparu depuis 1970. Le WWF, qui a répertorié 4000 espèces d’oiseaux, de poissons, de mammifères, de reptiles, et d’amphibiens, estime qu’entre 1970 et 2007, les animaux terrestres ont diminué de 25%, les espèces marines de 28%, et 29% pour les habitants des eaux douces. La disparition de la biodiversité, c’est aussi l’effet « boule de neige », celui qui bouscule l’équilibre naturel, perturbe la chaîne alimentaire des habitats biologiques, et pousse les espèces à s’adapter, migrer, ou disparaître. Même si l’étude reconnaît que certaines espèces connaissent un regain, le processus global d’extinction continue. Les progrès promis pour 2010 par la CDB, ralentir le rythme d’appauvrissement de la biodiversité planétaire, devront attendre.

Pêche industrielle, demande énergétique, désertification, et déforestation, et leurs conséquences, production de CO² et dégradation du climat, participent à la destruction de la faune et de la flore à la surface de la planète. La déforestation a d’ailleurs été développée à Bonn. Les écosystèmes forestiers, qui abritent plus de moitié de la diversité biologique de la planète, sont sur-exploités, ou détruits. WWF, qui dénonce l’industrie du bois, épingle encore les plantations industrielles, soja et huile de palme, qui s’installent à la place des forêts. Selon le WWF, 13 millions d’hectares de forêts sont détruites chaque année, avec près de 20 % des gaz à effet de serre en prime. Les forêts tropicales, particulièrement riches, sont aussi les plus menacées. En Indonésie, en Afrique, en Amérique, la déforestation avale l’équivalent d’un terrain de football toutes les deux secondes. (1)
La biodiversité, c’est aussi l’agriculture, et l’accès à la nourriture. Dans un contexte de crise alimentaire, Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité biologique, a souligné: « La protection de la biodiversité mondiale est essentielle à l’approvisionnement alimentaire mondial.  » Et, « Si le taux actuel d’extinction continue, il sera difficile de fournir suffisamment de nourriture à une population mondiale qui devrait atteindre neuf milliards d’ici la moitié du siècle. » (2) Depuis un demi siècle, les surfaces cultivées se sont très rapidement étendues, un record comparé aux deux siècles précédents. La dégradation des écosystèmes a suivi le même rythme. La biodiversité ne concerne pas que les 4000 tigres du Bengale, chiffres de 1984, elle parle d’eau, de nourriture, de médicaments, ou de conditions de vie décente pour des millions d’individus.

Hamid Zakri, professeur à l’université de Kebangsaan en Malaisie, et ancien membre de la Convention sur la diversité biologique, doute de l’intérêt porté à la biodiversité, classée bonne dernière des préoccupations environnementales. Depuis 2000, époque de ses doutes, la cause a sans doute fait plus d’adeptes. Mais, toujours en 2000, il s’interroge : « Mais lorsque la voie de la conservation de la nature s’éloigne de celle des avantages économiques, en proposant des mesures qui préserveraient des biens écologiques au détriment du développement, quel chemin les parties choisiront-elles ?… » Et puisqu’on parle d’argent, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel rapporte que chaque année, la disparition d’espèces animales et végétales représente 6% du PNB mondial, l’équivalent de 2000 milliards d’euros. (3)M.J

(1) http://www.amisdelaterre.org/Les-forets-tropicales-en-danger.html (2)« Not enough done to protect biodiversity », Julio Godoy, Inter Press Service, 21 mai 2008 (3)La journée internationale de la diversité biologique 22 Mai 2008, Bonn, le 22 mai 2008- (4)« « Almost 200 countries attend biodiversity conference », AP, Taipei Times, May 20, 2008.


Publié le 30 mai 2008 par marlene dans Actualité,Biodiversité
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