Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Durban, un climat différent de Kyoto.

Bonjour,

La conférence des Nations Unies sur le changement climatique, réunie à Durban en Afrique du sud, se termine vendredi. Ministres de l’environnement et négociateurs  devaient imaginer la seconde phase du protocole de Kyoto , seul outil international contraignant.  Il obligeait une quarantaine de pays industrialisés à réduire leurs rémissions  de gaz à effet de serre d’environ 5%, par rapport à 1992. Cet engagement commun pour limiter la hausse des températures valait pour 5 ans, 2008-2012. Durban, comme les conférences de Copenhague et de Cancun, qui se sont tenues au cours des deux  années précédentes, n’a pas permis de poser les bases d’un nouveau Kyoto.

 

La cartographie des gros pollueurs dopés aux énergies fossiles, pétrole, gaz, charbon, fait apparaître les Etats-Unis et la Chine en rouge. Les deux pays émettent  40% des rejets mondiaux. Les Etats-Unis  y révèlent le niveau de vie élevé de leurs  habitants, addicts aux transports gourmands en carburant, et leurs activités industrielles. La Chine y montre l’importance du charbon, qui produit les 2/3 de son électricité, le boom du bâtiment, et l’expansion de son parc automobile. En matière d’émissions globales, la Chine dépasse déjà  les Etats-Unis. Puis viennent la Russie, l’Inde, le Japon, qui devancent  l’Allemagne et le Canada. Les rejets de CO² par habitant modifient un peu la carte.  Ils placent les Etats-Unis et le Canada en tête, devant la Russie et le Japon. Mais le record mondial revient sans doute à l’Australie. Un Australien émet deux fois plus de gaz à effet de serre qu’un japonais. Quand, le continent africain, dix fois plus peuplé que le Japon, rejette pratiquement l’équivalent de l’archipel nippon.  Le continent africain, déjà affecté par les conséquences du réchauffement qui se conjuguent à un climat instable, est l’un des points sombres de cette cartographie mondiale. Vagues de chaleur, inondations, orages violents, élévation du niveau des mers, baisse de la production agricole , et métropoles devenues invivables, signalent ce changement. Acteurs et  sinistrés du réchauffement climatique, réunis à Durban, n’ont pas tous le même intérêt à finaliser un nouveau Kyoto.

 

Le Japon, la Russie, le Canada, et l’Australie, ne souhaitent pas  forcément reconduire un accord juridiquement contraignant. Ils préfèrent l’option souple, à l’américaine, basée sur le « volontariat ». C’est le pays qui décide de ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre, du calendrier, et des moyens pour y parvenir. Barack Obama, qui mise sur les agro – carburants et les énergies alternatives, ou se déclare favorable à un marché du CO², semble bien disposé à engager les Etats-Unis  dans la lutte contre le réchauffement, sans subir les contraintes d’un texte international.  Les Etats-Unis n’ont jamais ratifié Kyoto. De l’autre côté, la plupart des pays en développement craignent que cette option « volontariste » conduise  les pays riches à polluer un peu plus. Fidèles à l’esprit de Kyoto, qui impose des restrictions chiffrées, ils souhaitent un nouvel accord international. L’Union européenne défend, elle aussi, l’idée d’un nouveau Kyoto. Plus contraignant que le premier.  Si les pays riches souhaitent contenir la hausse des températures autour des 2°C, option basse,  beaucoup de pays en développement considèrent  ce seuil comme déjà insupportable.

 

En 2010, les pays riches ont promis aux plus pauvres d’accompagner leur adaptation au changement de climat. Après 2020, ils recevront une enveloppe annuelle de 100 milliards de dollars. Mais ce « Fonds Vert » peine à trouver un financement en période de crise économique.  On parle d’une taxe sur les transactions financières, sans pouvoir vraiment préciser le mécanisme de cette nouvelle  aide Nord-Sud.  Le REDD (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation), un programme ambitieux des Nations Unies,  propose encore  de donner de l’argent aux pays qui protègent leurs forêts tropicales. Cette stratégie, qui mise à la fois sur la réduction des émissions de carbone et sur l’aide aux pays  pauvres, se met doucement en place, ralentie par quelques réalités de terrain. Certains pays forestiers, qui pourraient profiter de cette opportunité économique, comptent parmi les plus corrompus.  D’autre part, beaucoup de gens, sans autre ressource, comptent sur les coupes d’arbres pour s’assurer une source de revenus.  Sans compter les  « coupeurs », qui inspirés par la tradition, respectent les rythmes d’une forêt qu’ils habitent depuis toujours. Comment dédommager cette petite humanité ?

 

En 2013, aucun texte n’obligera les pays à  faire chuter leurs émissions de gaz à effet de serre. Un nouveau Kyoto, précisé vers 2015, pourrait démarrer en 2020. Avec l’espoir que la Chine, l’Inde, le Brésil, mais aussi les Etats-Unis, contribuent à l’effort commun. Contrariée par les difficultés économiques du moment, des intérêts divergents, et des réponses multiples sur la façon de réagir au changement climatique,  Durban n’aura été qu’une étape vers un nouvel accord. (1) Pourtant, fin novembre, l’Organisation météorologique mondiale prévient : « « Les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont atteint de nouveaux pics qui s’approchent très rapidement des niveaux correspondant à une élévation de 2 à 2,4 degrés Celsius de la température moyenne à la surface du globe, laquelle pourrait entraîner, selon les scientifiques, des changements radicaux et irréversibles de notre planète, de la biosphère et des océans ».

 

M.J

Réchauffement climatique en Russie…………

 

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(1) «  A Durban, Ban Ki-moon exhorte les pays à faire de réels progrès sur le climat. », Centre d’Actualités de l’ONU, 06-12-2011. http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=27077&Cr=climatique&Cr1=

 


Publié le 8 décembre 2011 par marlene dans Actualité,Climat
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Durban, la Conférence sur le climat vue de Côte d’Ivoire.

Bonjour,

Durban, Afrique du Sud. Aujourd’hui s’ouvre la 17° Conférence des Nations-Unies sur les changements climatiques. (CP 17) Pendant une dizaine de jours, jusqu’au 9 décembre, des représentants de 190 pays, des ONG, et des délégués de la société civile, vont tenter de trouver des solutions concrètes pour freiner les effets de la crise climatique.  Et peut-être  proposer un « après » au Protocole de Kyoto.  Quand la Chine et les Etats-Unis refusent de contrôler leurs émissions de gaz à effet de serre. En attendant l’issue de cette nouvelle réunion internationale sur le climat, qu’en pensent les Africains ?  Un point de vue proposé par la RTI, la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne.

 

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Publié le 28 novembre 2011 par marlene dans Actualité,Afrique - Environnement.,Climat
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Géothermie, un courant alternatif.

Bonjour,

Lester R. Brown, encore lui, annonce la fin du pétrole. Dans son livre « Plan B », le chef du Earth Policy Institute  nous invite à une sobriété énergétique. Il recommande de nous préparer à changer nos modes de vie. Et dans un monde où charbon et réchauffement climatique sont inconciliables, il fait l’éloge des énergies renouvelables. Le nucléaire, trop cher sans subventions, et trop risqué -  l’ouvrage est écrit avant Fukuoka -  est mis sur la touche. «  Notre futur sera donc inévitablement modelé par les énergies renouvelables.. », écrit-il avant de convoquer les acteurs de cette transition énergétique souhaitée, « énergie éolienne, panneaux solaires photovoltaïques et thermiques, centrales solaires thermiques, énergie géothermique, énergie hydraulique, énergie des marées, et biocarburants. » (1) En juin 2011, le site de l’Earth Institute, qui réactualise les propositions du « Plan B »,  fait l’éloge de la géothermie (2). Une énergie renouvelable aussi inépuisable que la terre qui la produit,  encore largement sous-exploitée.

Tour du monde.

La géothermie, manifestation d’une radioactivité naturelle enfouie dans les couches profondes de la terre, parfois signalée en surface par des sources d’eaux chaudes ou par des geysers, , cumule les avantages. Pratiquement sans émissions, elle peut être exploitée pour produire une électricité quasi-constante, chauffer les bâtiments et les serres agricoles, ou donner un petit coup de pouce à l’aquaculture. C’est l’Italie, qui en 1904, expérimente la première les possibilités énergétiques de son sous-sol pour produire de l’électricité. Aujourd’hui, plus d’une vingtaine de pays tirent profit de cette chaleur terrestre, au fil d’une géographie qui  s’étire sur la « ceinture de feu », passe par le grand rift africain, Kenya, Rwanda, Ouganda et remonte vers l’axe oriental de la Méditerranée, Italie, Hongrie, Roumanie, Turquie, Israël.  Chili,  Pérou, Equateur, Colombie, Amérique centrale, Mexique, Ouest des Etats-Unis, Hawaï,  Canada, Russie, Chine, Corée du Sud,  Japon, Philippines, Indonésie, Australie, Nouvelle Zélande signalent une cartographie Pacifique étendue, et plutôt bien dotée en ressources.  A ajouter sur la carte, l’Islande,  où les sources d’eaux chaudes, associées à la culture insulaire, chauffent plus de 90% des résidences. Mais la carte postale pourrait venir du Japon, qui compte plus de 5 500 Onsens publics, lieu de rencontre et de détente.

De la lumière pour 800 millions de personnes.

Avec 3100 Mégawatts en 2010, les Etats-Unis, emmenés par la Californie, sont les principaux producteurs d’électricité géothermique. Soit un peu plus du tiers d’une capacité mondiale estimée autour des 11000 mégawatts. La présidence Obama a réveillé une ressource énergétique, un peu oubliée pendant une vingtaine d’années. Aujourd’hui, la géothermie est en plein boom. Plus d’une centaine de  projets devraient doper la production américaine de  1 400 Mégawatts. A l’Ouest du pays, en Californie, au Nevada, en  Utah, terres traditionnelles de la géothermie, mais aussi à l’Est, en Louisiane, au Mississipi, ou au Texas, Etat souvent associé à l’Industrie pétrolière. Dans le Pacifique Sud, les Philippines ont développé une capacité de 1 900 Mégawatts, soit 17% de leurs besoins en électricité. L’archipel compte bien fouiller un peu plus les possibilités de son-sol pour dépasser les 2 500 Mégawatts en 2015. Beaucoup plus ambitieuse, l’Indonésie, qui veut multiplier par 10 sa capacité de production en 2025, pour atteindre les 12 000 Mégawatts. Et couvrir 70% de sa consommation en électricité. Le gouvernement veut se détourner des sources d’énergie fossiles, charbon et pétrole, en pariant sur l’énorme potentiel de son sous-sol. Le scénario 2025 n’exploiterait que les 2/5° de la ressource géothermique. Le Japon de l’après-Fukushima, qui dispose lui aussi d’un sous–sol très généreux – avec une capacité estimée à 69 000 Mégawatts par Lester Brown (1) – pourrait recourir à la terre pour produire de la lumière. Si le Mexique, et les autres pays situés plus au Sud du continent américain, convertissaient cette énergie, ils pourraient probablement couvrir leurs besoins en électricité. Un rapport de la Geothermal Energy Association / (GEA), publié en 1999,  identifie une quarantaine de pays en capacité de produire leur électricité avec la géothermie. Une reconversion énergétique qui permettrait d’éclairer 800 millions de personnes.

Kenya.

Le gros problème de la géothermie, c’est son coût. L’exploration, le forage, et la construction d’unités de production demandent d’énormes  investissements. A envisager sur le long terme. Au fil des années d’exploitation, ces centrales, qui fonctionnent à bas coût, sans énergie fossiles, sont appelées à devenir aussi compétitives que leurs cousines, nourries au fuel ou au nucléaire. Autre avantage, une électricité continue, sans apport fossile. La technologie EGS , pour Enhanced Geothermal Source,  mise au point aux Etats-Unis dans les années 70, qui consiste à creuser à grande profondeur dans des réservoirs naturels pour en stimuler le potentiel, et démultiplier la ressource, pourrait bien ouvrir des horizons à l’exploitation géothermique. En 2008, un rapport de l’US Geological Survey estime que l’EGS pourrait exploser le potentiel américain, et produire jusqu’à 13 fois le volume de ses ressources actuelles. Cette technologie, testée en Australie, en France, aux Etats-Unis, et au Royaume Uni, suscite de gros espoirs pour les années à venir. L’EGS pourrait faire de la géothermie un investissement rapidement rentable, et accélérer la production d’électricité d’origine terrestre. Mais, nous sommes encore loin du compte car la géothermie pourrait, toutes technologies confondues, produire l’équivalent de 4,6 millions de Megawatts, de quoi faire tourner deux fois l’industrie mondiale. Plus modeste, le Kenya, qui découvre la géothermie dans les années 60, couvre actuellement 20% de ses besoins en électricité. Le pays, qui a bien compris l’intérêt de la ressource, compte satisfaire sa demande en 2030, et exporter le surplus.

 

M.J

 

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(1)« Le plan b » - Pour un pacte écologique mondial », Lester R. Brown, Septembre 2008,  Editions Pluriel, Hachette Littérature,  p 72, p 296.

(2) Plan B Updates, “Geothermal Power Heating Up Worldwide”,  J. Matthew Roney, 16-06-2011  http://www.earth-policy.org/plan_b_updates/2011/update98


Publié le 18 novembre 2011 par marlene dans Climat,energies alternatives
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Les glaces du Bhoutan.

Bonjour,

Le Bhoutan voisine au Nord avec le Tibet, et la Chine , et s’appuie au Sud sur les territoires indiens d’Assam et de Bengale. C’est un petit territoire enclavé dans l’Himalaya oriental, dont les hautes montagnes dessinent une barrière au Nord. Un petit royaume qui s’étend sur un peu plus de 40.000 km², l’équivalent de la Suisse, et compte environ 700.000 sujets  en 2011. Estimation du gouvernement qui oublie de compter les habitants originaires du Népal.  Cette géographie montagneuse et tourmentée, adoucie de collines et trouée de vallées au Centre, reprend de la hauteur au Sud, et s’ouvre sur une bande de plaines sub-tropicales à l’extrême Sud.   Le Bhoutan est un paradis pour les touristes aisés qui viennent, au compte-gouttes, admirer ses paysages  Le catalogue de la biodiversité détaille plus de 5500 espèces végétales, 400 espèces de lichens, 200 espèces de mammifères, et environ 700 espèces d’oiseaux. La Constitution du Royaume exige que 70% du territoire soit planté de forêts. Mais le système himalayen, et les grands fleuves associés, ne servent pas qu’à coloriser la carte postale. Ils permettent de produire de l’hydro-électricité, principale richesse du pays. Durant la décennie passée, l’investissement massif dans l’énergie hydraulique, facteur de développement économique et humain, a permis d’atteindre une croissance de 8%. Le pays, qui compte encore 25% de pauvres, reste bien placé pour tendre vers les Objectifs de Développement du Millénaire (ODM).  Le Bhoutan développe encore le concept de « Bonheur National brut », sens de la mesure d’inspiration bouddhiste qui mêle environnement, traditions, et épanouissement des citoyens. Bilan atypique, le Bhoutan a réussi à faire reculer la pauvreté sans toucher à ses paysages. Mais attention, prévient un rapport de l’UNDP – le Programme des Nations Unies pour le développement -, qui pointe un changement de climat dans le pays, l’équilibre est fragile. (1)

Sisyphe.

Le réchauffement climatique provoquerait déjà un dysfonctionnement du système himalayen. Selon l’UNDP, l’immense collection de glaciers des montagnes Nord du Bhoutan, réchauffée par des températures plus élevées, serait en train de fondre à un rythme alarmant. Le retrait des glaces, estimé entre 15 et 20 mètres dans les années 90, serait de 35 à 40 mètres au milieu des années 2000. (2) Avec le risque que cette eau s’accumule dans les lacs glaciaires, qui n’ont pas la résistance pour supporter cet apport. Ces lacs d’altitude, sous pression, menaceraient  de rompre. Avec la promesse de mini-tsunamis qui emportent tout sur leur passage. En 1994, la rupture du Lac Lugge, situé dans le Nord du pays, a concrétisé cette crainte. La situation serait particulièrement tendue au Sud, très peuplé, où l’eau s’accumule dangereusement dans ces retenues.  Sur les 2674 lacs glaciaires que compte le pays, 25 sont considérés comme très dangereux. L’UNDP, qui collabore avec le gouvernement du Bhoutan, a placé les vallées de Punakha-Wangdi et de Chamkhar, au Nord, 10% de la population du pays, sous haute surveillance Dans cette zone, où le lac Thortomi risque de céder, les eaux sont pompées artificiellement, par les habitants, à une altitude de plus de 4000 mètres, pendant les trois mois offerts par les conditions météo. L’un des responsables du projet résume ce travail : « Cela ressemble parfois à la tâche de Sisyphe.» (3)

Aéroport.

A plus long terme, le retrait des glaces risque de priver le cours des rivières, brisant un rythme fluvial nourri des neiges de l’Himalaya en hiver, et alimenté par l’eau des glaciers en été. Les crues estivales des cours d’eau  révèlent déjà une fonte anormale des glaciers. Avec des conséquences désastreuses pour la production d’hydro- électricité, environ 45% des revenus d’un pays qui a misé sur la régularité de ses fleuves. Le Bhoutan, qui vend de l’électricité à son voisin indien, toujours à cours d’énergie pour soutenir sa croissance, comptait pourtant bien multiplier les centrales pour augmenter sa production. Le dérèglement climatique menace aussi une société, qui dépend à 70% de l’agriculture de subsistance, et qui n’a pas oublié la faim des années 70. En juin 2007, une longue sécheresse, suivie par de fortes pluies en septembre, avaient retardé le calendrier du riz et perturbé celui de la pomme de terre . Avec des incidences négatives sur la production. Aujourd’hui, les cultivateurs du Bhoutan, qui observent des hivers plus chauds, et des pluies plus précoces, s’attendent à bousculer leurs habitudes de culture. Regain du paludisme ou biodiversité malmenée, le PNUD liste les déséquilibres liés au changement climatique au fil d’un long rapport, émaillé de recommandations pour s’y adapter. Les rédacteurs recommandent notamment la sobriété énergétique à une société qui a quand même  attendu le second millénaire pour s’équiper de la télévision, et qui continue de se déplacer à pied, à vélo, ou en bus. Thimphu, la capitale, n’a même pas d’aéroport.

 

M.J

 

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(1) Bhutan  National Human Development Report 2011. « Sustaining progress : rising to the climate challenge, UNDP, http://www.undp.org.bt/assets/files/publication/Bhutan_NHDR_2011.pdf

(2) DGM  (Department of Geology And Mines)  / ICIMOD (International Centre or Integrated Mountain Dévelopment)

(3) « UNDP helps Bhutan to reduce risks of massive glacier lake flooding”, http://www.raonline.ch/pages/story/bt/btbg_glacier01e4.html

 

 

 

 

 


Publié le 7 octobre 2011 par marlene dans Climat,Himalaya,Objectifs du Millénaire.
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Les Mayas, victimes de désordres environnementaux.

Bonjour,

La chute de la civilisation Maya résulterait d’une dégradation environnementale majeure, conséquence d’une déforestation antérieure. Le système agricole, très sollicité par des populations nombreuses, peut-être un million de personnes vers la fin du premier siècle, n’aurait pas résisté à ce déséquilibre. Après avoir rayonné pendant la période classique – de 250 à 900 après JC -, la civilisation Maya qui se développe en Mesoamérique, s’éteint  avant le premier millénaire. « C’était un effondrement et non un recul, car le second est temporaire alors que le premier caractérise un déclin sur le long terme et la disparition du système économique et social qui structure un Etat, comme cela s’est passé dans cette région. » (1) commente Richard Hansen, anthropologue, spécialiste de civilisation Maya à l’Université de l’Idaho, lors de l’ouverture du 3° Congrès International sur la Culture Maya, au Mexique. Richard Hansen dirige le projet bassin du Mirador, un chantier archéologique et écologique, difficile à atteindre dans le nord du Guatemala. Plus d’une vingtaine de cités, des pyramides, et un complexe de temples se dissimulent dans une forêt tropicale humide de plus de 2000 km². (1) (2)

Du bois pour les édifices.

Pour Hansen, la chute de certaines villes à la fin de la période pré-classique – qui court de 1000 avant JC jusqu’à  l’an 150 de notre ère -, parmi lesquelles Tintal  Nakbe, Wakna,  résulterait d’une sur-exploitation des ressources. Tintal, gros centre urbain de ce premier temps de l’histoire Maya, témoigne d’une civilisation pionnière qui dispose de terrains pour jouer à la balle, élève des pyramides de plus de 50 mètres de haut, et construit une route de 40 km de long, la reliant à Mirador, la principale ville. Au tournant de l’ère chrétienne, Mirador compte environ 200.000 habitants. Lors de la période classique, Palenque, Copan, et Tikal périclitent à leur tour, elles aussi emportées par un déséquilibre environnemental majeur. Pour Richard Hansen, l’érosion massive, consécutive à une déforestation soutenue à l’époque pré-classique, expliqueraient la fin du système Maya. Pas seulement, mais surtout. Le bois est alors une source d’énergie. Il est aussi abondamment utilisé pour confectionner le stuc, plaqué sur les édifices qui se multiplient à l’époque pré-classique. Les besoins en bois vert, nécessaire à la confection de ce stuc, auraient été l’un des facteurs majeurs de cette déforestation, « bombe à retardement » qui précipite le déclin. Le Bassin d’El Mirador, c’est aussi une petite énigme environnementale. L’ensemble s’est développé sans eau, c’est-à-dire sans rivière, sans source, et sans nappe souterraine. A la fin de l’époque pré-classique, vers 100 avant J.C, plus de 100.000 habitants vivent pourtant dans cette zone. (2)Pour satisfaire les besoins, les pluies, abondantes, étaient recueillies dans des citernes. Dans un article paru dans le Monde en 2009, Richard Hansen évoque aussi  la « théorie de la boue ». Les boues collectées dans cette zone de marécages auraient permis de fertiliser les cultures. Sans avoir besoin de détruire la forêt pour récupérer des terres, ni d’épuiser les sols en enchaînant les semences. Malgré tout, l’équilibre environnemental, d’El Mirador n’aurait  pas résisté une civilisation qui voyait un peu trop grand. (3)

Sécheresse.

Quelques années auparavant, un article de Nature, daté de juin 1995, relie la chute de la civilisation Maya à un changement climatique. Cette hypothèse, d’abord envisagée à l’échelle de la Mésoamérique, est difficile à prouver. Les efforts pour reconstituer les humeurs du ciel au cours des trois derniers millénaires ne permettent pas de différencier les changements dus à l’évolution naturelle des cycles climatiques, de ceux provoqués par l’homme. La déforestation, qui a modifié la végétation régionale, brouille la lecture. Mais l’analyse de sédiments recueillis dans le Lac Chichancanab, au Mexique, finit par raconter la carte climatique de cette partie centrale de la péninsule du Yucatan, pendant la période Holocène. L’intervalle compris entre 800 et 1000 de notre ère, qui coïncide avec la fin de la civilisation Maya à l’époque classique, aurait été particulièrement sec. Il y aurait donc une relation, très probable, entre le déclin des Mayas et le climat. (4)

NASA / Site Maya / Guatemala

Sécheresse et déforestation.

La NASA, l’agence spatiale américaine, s’est aussi intéressée au territoire Maya. En 2006,  elle cartographie une zone du Guatemala qui révèle l’héritage architectural de cette civilisation. Photo ci-dessus. En jaunâtre, la forêt qui recouvre les ruines Maya. En rouge, la forêt environnante. En  bleu-vert, la petite végétation clairsemée. Ces sites, enfouis sous un couvert tropical très dense, pas toujours faciles à repérer sur le terrain, sont révélés par image satellite. Décodage. Les Mayas construisaient leurs temples avec des matériaux calcaires. En se détériorant, ces édifices ont modifié la composition des sols. Quelques plantes humides se sont développées alentour, d’autres ont disparu, ou se sont décolorées. La lecture satellite permet de repérer les traces de ruines calcaires, qui apparaissent en couleur jaunâtre. Pour Tom Sever, alors archéologue à la NASA, spécialiste de repérage « remote-sensing », sans contact avec le terrain, le déclin des populations Maya, résulte d’une combinaison de facteurs climatiques, la sécheresse, et anthropologiques, la déforestation. Et Sever d’ajouter : « Comprendre comment les Mayas ont affecté leur environnement pourrait aider l’homme actuel à faire des choix plus éclairés concernant la gestion des forêts tropicales humides. » (4) Conseil d’actualité, qui peut s’appliquer à d’autres désordres environnementaux.

M.J

(1) “Mayan civilisation collapse blamed on environmental damage”, Zee News, 16-03-2011, http://www.zeenews.com/news693602.html

(2) « El Mirador », Authentic Maya, 2009, http://www.authenticmaya.com/mirador1.htm

(3) « El Mirador, mère des cités mayas », Joëlle Stolz, Le Monde, 13.02.2009

(4) “Possible role of climate in the collapse of Classic Maya civilization”, David A. Hodell*, Jason H. Curtis* & Mark  Brenner†, Nature 375, 391 – 394 (01 June 1995); doi:10.1038/375391a0, http://www.nature.com/nature/journal/v375/n6530/abs/375391a0.html

(5)Maya Ruins, Earth Observatory, NASA, 18-02-2006 http://earthobservatory.nasa.gov/IOTD/view.php?id=6293


Publié le 22 mars 2011 par marlene dans Climat,déforestation,Histoire.,Préjudice écologique
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Climat: de Cancun à Durban.

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Bonjour,

« Les vrais gens ne peuvent pas survivre sous l’eau », message de Greenpeace à l’occasion de la Conférence de l’ONU sur le climat qui s’est achevée à Cancun samedi dernier. Les représentants des petits Etats insulaires du Pacifique, où vivent plus de 8 millions d’habitants, s’inquiètent de la lenteur des négociations quand l’océan menace d’envahir leurs terres. (1) Première île menacée, Nauru, un peu moins de 10.000 habitants, et dont le Président Marcus Stephen remarque : « La gravité de la crise nous échappe. Elle s’est perdue dans un brouillard de jargon scientifique, économique et technique. »(2) Les 193 Nations, réunies pendant deux semaines dans la cité balnéaire mexicaine, n’ont pas clairement répondu aux questions posées par le réchauffement climatique. Combien de pays vont réellement réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) dans les secteurs de l’industrie, des transports, et de l’agriculture pour contenir la hausse des températures à moins de 2°C au cours du siècle ?

Un an après le décevant Sommet de Copenhague, Cancun devait préparer l’après-Kyoto, qui prend fin en 2012. Ce texte de 1997 oblige, en principe, les pays développés qui adhèrent à réduire  leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2% entre 2008 et 20012, par rapport à 1990. Malgré la volonté commune exprimée d’adoucir la crise climatique, les discussions concernant l’avenir du Protocole de Kyoto ont été reportées à l’année prochaine. Et à la Conférence de Durban, en Afrique du Sud. A défaut d’une feuille de route qui précise l’après-Kyoto, Cancun réactualise certains engagements formulés à Copenhague. Après 12 jours de négociations, Patricia Espinosa, Ministre des Affaires étrangères du Mexique, à la tête de la Conférence, a proposé un compromis qui décline des outils plus que des engagements. La Bolivie d’Evo Morales a refusé de signer ce texte qui ne précise pas les efforts à accomplir pour réduire les émissions mondiales.  (2) (3) (4)

Parmi les propositions, la création d’un « fond vert pour le climat » pour aider les pays en développement à répondre aux bouleversements environnementaux en cours. Après 2012, cette mesure devrait s’accompagner d’une enveloppe annuelle de 100 milliards de dollars,  promesse faite à Copenhague. Mais la question du financement n’a pas encore été réglée. Un transfert de technologies propres, issues des pays les plus riches, devrait encore aider les pays les moins avancés à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. Enfin, le mécanisme REDD , pour Réduction des Emissions liées à la Déforestation et à la Dégradation des forêts, compense la sauvegarde des forêts primaires, et leur gain CO², contre des avantages financiers. Le Brésil, où la forêt recule sous la triple pression du soja, du bétail, et de la consommation de bois, et l’Indonésie, où les palmiers à huile dévastent l’espace forestier, sont particulièrement intéressés par ce mécanisme. (2) (3) (4)

Querelles. Le Japon, la Russie, et le Canada ont averti qu’ils n’adhèreraient pas à un «Kyoto 2 » tant que les Etats-Unis, la Chine, et l’Inde, têtes d’affiche de la pollution mondiale, ne seraient pas impliqués dans la dynamique internationale de réduction de gaz à effet de serre. Jusqu’alors, les Etats-Unis ont refusé de ratifier le Protocole de Kyoto. La Chine et l’Inde, pays émergents, y échappent. La question de la «responsabilité », qui fait du pollueur né avec la Révolution industrielle le coupable historique, empoisonne les rapports. Les puissances émergentes  n’entendent pas sacrifier leur développement industriel pour atténuer un dérèglement climatique, amorcé bien avant leur désir de prospérité. En 2009, la Chine a pourtant promis de réduire de 40 à 45% ses émissions de GES en 2020, par rapport à leur niveau de 2005. Avec 15% d’énergies alternatives en 2020. Et à Cancun, l’Inde, s’est montrée très active dans les négociations . (2) (3) (4)

M.J

(1) “For us in the Pacific, the Cancún climate summit is about survival », Marcus Stephen, The Guardian, 02-12-2010 http://www.guardian.co.uk/environment/cif-green/2010/dec/02/cancun-climate-change-summit-pacific-island-nauru

(2) UN chief warns climate talks are too slow”, Arthur Max, Associated Press, 8-12- 2010 http://www.boston.com/business/articles/2010/12/08/un_chief_warns_climate_talks_are_too_slow/

(3)“China vows to control emissions in next 5 yrs”, Xinhua, 23-11-2010 http://www.chinadaily.com.cn/china/2010-11/23/content_11598233.htm

(4) “Cancun: des pas comptés pour le climat, un immense bol d’air pour l’ONU » ; Jérôme Cartillier, AFP, 12-12-2010 http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gd-yTRLDUEQxn-JV_4IqQXOLX21w?docId=CNG.505d86ebe1dfca0c333e5b57dc6b23e1.541


Publié le 14 décembre 2010 par marlene dans Actualité,Climat,Elevation des mers.
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Le REDD, une promesse pour le climat et les forêts?

Bonjour,

La Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) est réunie à Bonn jusqu’au 11 juin. Après l’échec de Copenhague, il s’agit de préparer une nouvelle conférence à Cancun, prévue en décembre prochain. Il est aussi question d’examiner les perspectives du mécanisme REDD, pour Réduction des émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts. Les forêts primitives seraient l’une des solutions pour alléger les émissions mondiales de CO², responsables de la crise climatique.

20% des émissions mondiales.

Le REDD doit permettre aux pays pauvres d’échanger la bonne tenue de leurs forêts, et le gain de CO² qui va avec, contre une aide financière. L’’échange a été proposé  par la Papouasie-Nouvelle Guinée en 2005, lors d’une conférence des Nations Unies sur le Climat. L’’idée a fait son chemin, la déforestation représente environ 20% des émissions mondiales de CO², bien plus que les transports. Ce mécanisme, qui devrait drainer des milliards de dollars des pays riches vers les pays pauvres, devrait être opérationnel en 2013. L’idée suppose que les pays bénéficiaires produisent la preuve – historique, statistiques, images satellites, mesures des arbres, retenues CO²… – que leurs forêts ne reculent plus. Des données, en principe,  vérifiées. Ce mécanisme, qui valorise une forêt préservée, cherche encore une récompense appropriée. Première idée, créer un fonds multilatéral bénévole alimenté par les pays riches, sur le modèle des aides au développement. Seconde idée, émettre des crédits REED, valorisés par les tonnes de CO² épargnées par le maintien de la forêt. Puis, les intégrer progressivement au marché international du carbone. Les pays  ayant dépassé leur quota d’émissions C0² pourraient acheter ces crédits pour compenser leurs excès. Déjà deux petits problèmes. L’émission de crédits REDD  pourrait dévaluer le prix du carbone sur le marché international, une bourse qui se cherche encore. Les pays industriels, qui polluent plus qu’autorisé, pourraient également se racheter en finançant un projet forestier dans un pays en voie de développement, commerce discutable. Dans le mécanisme de financement qui se met en place, qui mêle fonds bénévole et connexion au marché du carbone, on parle d’une clause interdisant d’échanger une pollution d’origine industrielle contre quelques hectares de forêt primaire préservée. En attendant un financement adapté, d’autres problèmes se profilent. (1) (2) (3)

Un terrain difficile à baliser.

Comment mesurer le carbone dans une forêt ? Certains s’y emploient , mais la démarche est complexe. Il n’existe pas de catalogue « carbone » des forêts du monde. Pas plus qu’il existe de mesures appropriées à la diversité des forêts. D’ailleurs, la plupart des pays concernés n’ont pas les moyens d’évaluer le potentiel de leurs écosystèmes forestiers. Comment intégrer au REDD les millions de personnes qui dépendent, directement ou indirectement, des forêts, populations souvent marginalisées?  Il est probable que ces gens voient débarquer des officiels ou des directeurs de société, désireux de gérer des territoires forestiers, désormais monnayables. De là à penser que les arbres pourraient prendre plus de valeur que les gens qui les peuplent… Même en invitant les communautés à la préservation de leur environnement, il n’est pas sûr qu’elles en tirent bénéfice si elles ne sont pas propriétaires des arbres. La « récompense – carbone », difficile à mesurer, difficile à attribuer en raison de la complexité des situations sur la propriété des arbres, est une inconnue de taille. Autre problème, la corruption qui caractérise certains pays, quand la classe dirigeante tire profit des forêts . Une hypothèse qui priverait les communautés, et les pays, des avantages financiers du REDD. Sans parler des dirigeants qui présenteraient un tableau, plus désastreux que vrai, de leurs forêts. Mais imaginons un scénario plus optimiste, celui de communautés pauvres dédommagées pour préserver les forêts dont elles dépendent. Un nouveau « contrat » de développement qui permettrait aussi de mieux contrôler l’érosion due à la déforestation, la qualité de l’eau, et la biodiversité.

M.J

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(1) “Will the UN’s forest protection dream turn into a nightmare?” – John Vidal explains Redd – Fred Pearce, guardian, 27-05-2007

http://www.guardian.co.uk/environment/2010/may/27/un-forest-protection-redd

(2) UN-REDD Programme / Site UNEP / http://www.un-redd.org/Home/tabid/565/language/en-US/Default.aspx

(3) REDD : Position de FNE sur les aspects méthodologiques, Fédération des Associations de Protection de la Nature et de l’Environnement, octobre 2009. http://www.fne.asso.fr/fr/themes/question.html?View=entry&EntryID=228


Publié le 4 juin 2010 par marlene dans Actualité,Climat,Comprendre,déforestation,Non classé
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L’Inde qui doute, et l’Inde qui promet.

Bonjour,

Sur le chemin de Copenhague, un petit détour par l’Inde, le pays tropical des extrêmes météos où s’abattent canicules, pluies diluviennes, cyclones, ou sécheresses. En septembre dernier, les régions du West Bengale ont connu inondations, tornades, et coulées de boue, un déluge qui a jeté des milliers de personnes dans la rue. Ces inondations, récurrentes en Inde depuis une vingtaine d’années, sont probablement favorisées par des rivières saturées en vase, improvisées en déchetteries, et par une mauvaise gestion du réseau hydrographique. (1)  En août dernier, une grande partie du pays, privée de 30% des précipitations annuelles, a été touchée par une sécheresse tenace. S’il reste difficile d’accrocher avec certitude ces accidents météorologiques au réchauffement climatique, certains chercheurs indiens poussent le doute un peu plus loin. Un article de la BBC-News donne la parole à ces sceptiques. Le Dr RR Kelkar, directeur général du département indien de météorologie, grand observateur des excès du sous-continent, ses moussons, ses cyclones, temporise: « N’est-il pas trop simpliste d’accuser le réchauffement climatique juste parce que des inondations et des sécheresses récentes ont été plus graves? ». (2) Aux scientifiques de s’attaquer à ces questions climatiques et de découvrir comment elles affecteront l’Inde. « Mais », ajoute-t-il, « un des problèmes est que ces évènements sont parfois convertis en histoires effrayantes. » (2) Le Professeur SK Sinha, spécialiste des technologies de l’eau, accuse l’Occident, et en particulier les Etats-Unis, d’instrumentaliser le débat sur le climat: « Ils font les règles. De fait, ils séduisent même les populations des pays en voie de développement pour justifier ou confirmer leurs projections, sans toujours les fonder avec des données et des arguments valables ». (2)

L’avis des fermiers indiens….

http://www.dailymotion.com/videoxb450u

Les glaciers de l’Himalaya.

En Inde, la fonte des glaciers de l’Himalaya, pourtant révélée par le GIEC – le groupe d’experts internationaux chargés d’étudier l’évolution du climat – fait aussi débat. Une enquête parue le 13 novembre dernier dans le journal Science rapporte la discorde. (3) Dans son rapport 2007, le GIEC note que les glaciers « reculent plus rapidement que partout ailleurs dans le monde et, si cette tendance persiste, beaucoup auront disparu d’ici à 2035, ou peut-être avant si la terre continue de se réchauffer à ce rythme.» Ce n’est pas du tout l’avis du glaciologue Vijay Kumar Raina, auteur d’un rapport, commande du Ministère de l’Environnement indien. Pour lui, les mesures effectuées sur une « poignée » de glaciers, quand l’Inde en compte 10.000 ou plus, ne prouvent pas que l’Himalaya serait en train de fondre sous l’action du réchauffement climatique. Au contraire. En compilant des données recueillies ces dernières années, il montre que beaucoup de glaciers de l’Himalaya sont stables, ou avancent, signe de refroidissement. Et ceux qui reculent, signe de réchauffement, ralentissent leur retraite. Rajinder Kumar Ganjoo, un autre glaciologue indien, vole au secours de son collègue : « Si l’élévation des températures était la vraie cause du retrait des glaciers, alors toute l’étendue glacée qui recouvre l’Himalaya disparaîtrait de manière uniforme. » Des chercheurs américains soutiennent la thèse indienne, un glaciologue canadien temporise : «La surprenante stabilité de certains glaciers peut être un phénomène temporaire. La fonte a pu être ralentie par un été inhabituel, avec un ciel plus nuageux, et la possibilité de neiges probablement plus abondantes. » Un chercheur indien, qui a cartographié plus de 1000 glaciers à l’aide d’images satellites, estime que 1/5° de la couverture glacée de  l’Himalaya indien a disparu depuis les années 60. Jairam Ramesh, le Ministre de l’environnement prône  l’observation: « Nous n’avons pas besoin d’écrire l’épitaphe des glaciers, mais nous avons besoin de concentrer les recherches sur les écosystèmes de l’Himalaya puisque la réalité est incroyablement complexe.» (3) En fouillant un peu la question, la disparition des glaciers de l’Himalaya, phénomène admis dans les milieux scientifiques, reste cependant à documenter.  Pas assez de mesures de terrain, trop de glaciers à étudier.

Concessions indiennes.

Entre la ville de New Delhi, menacée par la montée du niveau de la mer consécutive au réchauffement, et les glaciers de l’Himalaya qui ne fondent pas si vite que ça, l’Inde ne souhaite pas renoncer à une croissance économique, portée par le charbon. Pourtant, en vue de Copenhague, le Premier Ministre Manmohan Singh, vient de concéder des objectifs « ambitieux » – sans les chiffrer – de réduction de gaz à effet de serre. A condition que la contribution indienne s’accompagne d’une répartition équitable des efforts entre les pollueurs.(4) Dans un éditorial publié dans la revue « Nature », l’Indien Rajendra K. Pachauri, à la tête du GIEC, se fait l’écho de perspectives inquiétantes. Si on ne fait rien, l’Inde, emmenée par sa croisance économique, pourrait multiplier ses émissions de GES par trois ou quatre, d’ici à 2030. (5)

M.J

(1) « Les ressources en eau de l’Inde. Disponibilité, utilisation et problèmes »Binayak DAS, -06 / 2009 http://base.d-p-h.info/fr/fiches/dph/fiche-dph-7826.html

(2) India’s global warming fears -« Was this caused by global warming?”, Jill McGivering, BBC, 24-11-2009 http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/1037114.stm

(3) « No Sign Yet of Himalayan Meltdown, Indian Report Finds », Pallava Bagla , Science, 13-11-2009, Vol. 326. no. 5955, pp. 924 – 925 -DOI: 10.1126/science.326.5955.924, http://www.sciencemag.org/cgi/content/full/326/5955/924?ijkey=j6WYTxd5PZ8.c&keytype=ref&siteid=sci – Accès payant.

(4) « India ready for emission cuts but with conditions: PM” , The Times Of India, 28-11-2009http://timesofindia.indiatimes.com/india/India-ready-for-emission-cuts-but-with-conditions-PM/articleshow/5278476.cms

(5) « India pushes for common responsibility”, Rajendra K. Pachauri, ? Nature, 461, 22-10-2009http://www.nature.com/nature/journal/v461/n7267/full/4611054a.html


Publié le 1 décembre 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Copenhague,Inde
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Climat: « prix spécial » pour la Nouvelle-Zélande.

Bonjour,

A quelques semaines de Copenhague, et douze années après Kyoto, un éditorialiste du Guardian a eu l’idée de faire le point entre les promesses de réduction de gaz à effet de serre (GES) des pays engagés, et les résultats. Son prix spécial, qui récompense une mauvaise foi démontrée, est allé à la Nouvelle-Zélande. (1) Le pays du « long nuage blanc », du Seigneur des anneaux, et des geysers, défendrait une image « marketting-écolo » qui ne collerait pas carrément à la réalité. Examen partiel.

En route pour le « Neutral Climate Network »…

« Nous tirons fierté de notre identité en tant que Nation propre et verte et nous sommes déterminés à agir pour la préserver. Nous avons conscience que pour protéger le climat, il faut que chacun d’entre nous change de comportement. Au début de 2007, j’ai lancé à la Nouvelle Zélande le défi de devenir une nation véritablement durable, voire d’aspirer à être climatiquement neutre. », déclare Madame Helen Clarck, Premier Ministre de la Nouvelle Zélande, lors de la journée de l’environnement 2008, organisée par les Nations Unies.  Déclaration que notre éditorialiste, Fred Pearce, démonte en quelques chiffres. S’intéressant aux émissions de la Nouvelle Zélande depuis 1990, dernières statistiques des Nations Unies, il relève qu’elles ont augmenté de 22%. Soit un bond de  39%, ajoute-t-il, si l’on regarde le seul bilan des carburants. Les émissions de chaque Néo-zélandais seraient de 60% plus élevées que celles d’un Britannique. D’ailleurs, à Bonn, en juin dernier, lors de négociations sur le climat, la Nouvelle Zélande n’a pris aucun engagement. Même le Japon, dont les émissions ont progressé de 9% entre 1990 et 2007, visait un petit « 8% ». La Nouvelle zélande aurait juste promis un lointain « 50%, d’ici à 2050 ». Et pour mieux « tromper son monde », la Nouvelle Zélande s’est engagée dans le « Climate Neutral Network », développé par le programme des Nations Unies pour l’environnement. C’est-à-dire qu’elle fait partie d’un petit groupe de pays, de villes, ou d’entreprises, qui se proposent, via une recomposition de leur système, de tendre vers un fonctionnement « à basses émissions », voire « zéro émission ». Et là, pour notre éditorialiste, c’est le bouquet. En lien, cet article, plutôt drôle, en anglais.

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L’agneau Neo-zélandais.

En y regardant de plus près, le bilan carbone de la Nouvelle Zélande dégage un peu de fumées noires. Gros pollueur, l’agriculture, avec 45 millions de moutons, 10 millions de têtes de bétail, elle occasionne la moitié des émissions du pays. La Nouvelle Zélande, qui compte 4 millions d’habitants, pourrait nourrir 60 millions de personnes. Le leader du kiwi et de l’agneau mise d’ailleurs farouchement sur ses exportations. Les marchés émergents, notamment la Chine, en train de développer une classe moyenne de « mangeurs de viande , représentent une aubaine. Le Ministre du Commerce, également responsable des négociations sur le climat, annonce d’ailleurs la couleur : « Laissez-moi vous dire : je ne suis pas sur le point, au nom du changement climatique, de donner d’une main ce que nous – vous et moi – avons construit, de l’autre main, au nom des intérêts du commerce Néo-zélandais. » (2) En clair, et il le développe au fil d’un long discours, il n’est pas prêt à renoncer aux intérêts commerciaux de la Nouvelle Zélande, pour cause de réchauffement climatique. Et là, s’opère une tentative de calcul sur le « coût CO² » du mouton élevé en Nouvelle Zélande, exposé sur les étals de nos supermarchés la veille de Pâques, 18700 kilomètres plus loin. Surprise. En 2003, une équipe de chercheurs allemands a montré que l’agneau néo-zélandais, élevé dans les pâturages, qui voyage par bateau, congelé, présente une « fiche CO² » bien plus sobre que le mouton allemand, gardé par un berger qui se déplace en voiture, et qui, pendant cinq mois de l’année, se nourrit d’aliments pour bétail importés. « La consommation d’énergie des exploitations allemandes est supérieure à celles de la Nouvelle-Zélande », tranche l’étude. Et le transport n’y change pas chose. (3) Et un Oscar pour l’agneau néo-zélandais.

M.J

(1) “New Zealand was a friend to Middle Earth, but it’s no friend of the earth”, Fred Pearce,

Guardian.co.uk, 12-11-2009 http://www.guardian.co.uk/environment/cif-green/2009/nov/12/new-zealand-greenwash

(2) « Climate change, trade, agriculture.», Tim Groser, Minister of trade, speech, 4-11-2009 http://business.scoop.co.nz/2009/11/04/speech-groser-climate-change-trade-agriculture/

(3)”Combien de litres de kerosene dans nos assiettes”, Pierre Oler, Dominique Perrin, Flilière Ovine et Caprine N°23, janvier 2008. http://www.ficow.be/ficow/website/Upload/Com23.pdf


Publié le 16 novembre 2009 par marlene dans Agriculture.,Climat,Copenhague
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L’Afrique, piège à carbone ?

Bonjour,

Ouagadougou vient d’accueillir le Forum mondial sur le développement durable. Au menu de cette rencontre dans la capitale du Burkina Faso, « le changement climatique : quelles opportunités pour un développement durable ? ». L’Afrique, continent prétendu « le moins pollueur » et le plus exposé aux excès du climat, prépare Copenhague. Lors de cette prochaine cette rencontre internationale qui décidera d’un nouveau Kyoto, l’Afrique parlera d’une seule voix pour rappeler le principe du « pollueur-payeur ». En attendant, un organisme s’intéresse au bilan carbone du continent…

Revendications africaines.

A Ouagadougou, six dirigeants africains, emmenés par Jean Ping, le Président de la Commission de l’Union Africaine (UA), ont décidé d’une position commune pour défendre les intérêts du continent à Copenhague. (1) L’Afrique souhaite des compensations pour les catastrophes naturelles causées par la crise climatique – même si cette relation n’est pas toujours facile à établir. Elle demande aux gros pollueurs de la planète de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) d’au moins 40% – par rapport à 1990 – d’ici à 10 ans. Elle veut que les pays industrialisés l’aident  à s’adapter aux changements climatiques, notamment grâce aux transferts de technologie. Elle réclame encore des fonds pour faire face à un changement de climat, et d’environnement, qui ne manqueront pas de s’articuler à la pauvreté. Même si le Ministre de l’Environnement du Burkina-Faso, Salifou Sawadogo, chiffre les besoins du continent à 44 milliards d’Euros, le montant de l’aide  reste difficile à évaluer.( 2) D’autre part, l’Afrique, tenue à l’écart du Mécanisme de Développement Propre (MDP) , aimerait bien en bénéficier davantage. (3) Jean Ping, qui s’exprime au nom des dirigeants africains, espère que les pays industrialisés proposeront un nouveau fonds international pour aider les pays pauvres. (2)

Les mystères du carbone africain.

Argument qui porte les revendications, l’Afrique serait un « petit pollueur ». A l’échelle planétaire, l’Afrique n’émettrait que 2% des GES, et un peu moins de 4% selon d’autres sources. (4)(5) Avec ses trente millions d’habitants, l’Etat du Texas, aux Etats-Unis, produirait plus de GES que le milliard d’Africains. (2) Estimations difficiles à apprécier. De son côté, CarboAfrica tente de percer les mystères du carbone sur le continent, au fil de ses écosystèmes, forêts, savanes, ou déserts. CarboAfrica est un organisme composé d’une quinzaine de structures de recherche, qui mélange l’Afrique et l’Europe, et associe la FAO. Il mesure les émissions de GES de l’Afrique sub-saharienne, et tente d’identifier leurs sources. Après quelques études de terrain, CarboAfrica précise que les émissions de GES de l’Afrique ne seraient  pas dues aux carburants fossiles – moins de 4% du total -, mais proviendraient de sources naturelles. La déforestation participerait à 17% des émissions de carbone du continent. Les incendies en provoqueraient 40%. Autre piste, l’Afrique influencerait considérablement les variations de CO² dans l’atmosphère, selon les saisons et les années. De fait, l’Afrique jouerait un rôle important dans le système climatique mondial. Mais plus étonnant, son bilan carbone. Ses étendues de forêts et de savanes, qui capturent le carbone par photosynthèse, joueraient un rôle plus important que la déforestation et les incendies de forêts, qui eux, en libèrent. Le continent africain, qui serait un piège à carbone, contribuerait  à atténuer les effets du réchauffement climatique. En attendant des conclusions plus documentées, enquête sur le terrain… (6)

M.J

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(1)Présidents du Bénin, du Burkina-Faso, de la République centrafricaine, du Congo, du Mali, et du Togo.

(2) « Africa wants polluters to pay for climate change”, AFP, 12-10-2009 http://www.kbc.co.ke/story.asp?ID=60364

(3) MDP: Mécanisme du Protocole de Kyoto qui permet à un pays industrialisé de financer un projet dans un pays en développement, afin de l’aider à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce projet – reforestation, énergies renouvelables….- doit l’engager sur la voie d’un « développement propre ». En contre – partie, le pays investisseur bénéficie de crédits d’émissions qui l’aident à tenir ses engagements chiffrés de réduction de GES.

(4) « L’Afrique émet 2% de GES au niveau mondial « , Observatoire du Sahara et du Sahel, http://www.oss-online.org/index.php/fr/global-world/global-world/l-afrique-emet-2-de-ges-au-niveau-mondial.html

(5) « Afrique: Djibo Kâ se prononce sur le Sommet de Copenhague – ‘L’Afrique va parler d’une seule et unique voix », Mamadou Sarr, Walfadjiri, 14-102009 http://fr.allafrica.com/stories/200910140698.html,

(6) « Le rôle de l’Afrique dans la réduction des gaz à effet de serre », FAO, 25-11-2008 http://www.fao.org/news/story/fr/item/8664/icode/


Publié le 16 octobre 2009 par marlene dans Afrique,Climat,Copenhague
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