Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Des coraux, un atoll.

Bonjour,

Environ 75% des récifs coralliens de la planète sont menacés, constat du World Resources Institute (WRI) qui publie, en collaboration avec une vingtaine d’organisations, un rapport intitulé « Reefs at Risk Revisited ». Ce document, qui rafraîchit un état des lieux établi en 1998, qui l’enrichit de données satellites, liste les pressions qui pèsent sur l’écosystème. Pêche excessive et destructrice, constructions littorales et activités humaines, sans oublier des populations côtières de plus en plus importantes,  menaceraient 60% du patrimoine mondial. Nouveauté, le rapport pointe les pressions liées au réchauffement des mers et des océans, les modifications chimiques qui l’accompagnent, ou la montée des eaux. L’enjeu est d’importance. Plus de 275 millions de personnes, situés à moins d’une trentaine de kilomètres d’un littoral, dépendent des récifs coralliens pour leur environnement, leur nourriture, et leur économie. Les coraux,  notamment ceux de la zone tropicale, abritent un catalogue impressionnant d’espèces vivantes, dont une importante variété de poissons.  Sur le plan géographique, ces formations offrent un rempart à l’océan. Dans plus d’une centaine de pays et de territoires, elles protègent 150.000 km de côtes, limitant l’érosion ou atténuant les effets des tempêtes et des grosses vagues qui se forment au large. (2) Trois grands systèmes coralliens dominent la cartographie planétaire. Le plus grand s’étire sur plus de 2000 kilomètres au large des côtes australiennes du Queensland pour former le « Great Barrier Reef », la Grande Barrière de corail. Elle occupe un territoire marin équivalent à la Hollande, la Suisse, et le Royaume Uni.(3) La grande barrière de Nouvelle Calédonie, seconde au palmarès, fait de la France un pays très concerné par la protection des coraux, 10% du patrimoine mondial, en comptant Mayotte et la Polynésie.(4) Troisième grand ensemble corallien situé dans la Mer des Caraïbes, les Cayes du Belize. Si certains coraux se développent en eaux froides ou tempérées, ces constructions naturelles préfèrent la lumière des eaux tropicales du Pacifique, du Mexique, ou des Antilles. (3) Le déclin des coraux, dont l’agonie est signalée par un blanchissement, avant disparition, résulte en grande partie des hommes et de  leurs activités. Aux Maldives, destination touristique de l’Océan Indien, le corail d’îles inhabitées a été utilisé comme matériau de construction, ouvrant la voie à la mer. Ailleurs, les plongeurs, les bateaux, et les hôtels posés à proximité des récifs coralliens, ont perturbé l’équilibre de ce patrimoine côtier. Au Philippines, la pêche à l’explosif a causé pas mal de dégâts dans les récifs. Autre plaie, la pêche au cyanure qui permet de capturer les poissons vivants pour le commerce d’espèces exotiques, ou la gastronomie asiatique, à Hong-Kong, à Singapour, ou en Chine. Désormais interdite au Philippines, elle s’y pratiquait depuis les années 60. Les excès de la pêche laissent des récifs coralliens endommagés, intoxiqués, avec des poissons nourris au poison. La pêche au cyanure menace aussi les récifs d’Indonésie. (5) En Australie, le réchauffement des eaux, amorcé il y a quelques années, a blanchi les coraux de la Grande Barrière. Un rapport de Greenpeace a fait de 1998 une année dramatique pour ces récifs. Au milieu des années 2000,  plus de 40% des coraux de la Grande Barrière étaient malades. Avec des zones sinistrées à plus de 80%. (6) L’augmentation de CO² dans l’atmosphère, ses conséquences sur la température de l’eau et sur l’acidification des océans – simplification d’une dynamique plus complexe –, malmène les récifs coralliens. L’élévation du niveau des mers et des océans précarise encore ces écosystèmes. Avec des conséquences parfois inattendues. Okinotorishima, confetti corallien situé à plus de 1700 kilomètres de Tokyo, front Sud de l’archipel Japonais dans le Pacifique, battu par les typhons et grignoté par l’érosion, est menacé par la montée des eaux. Compte tenu de la superficie de l’atoll, à peine 8 km² à marée basse, doté de deux cailloux, Kitakojima et Higashikojima, qui culminent  à 10 cm au dessus du niveau de la mer, l’acharnement du gouvernement japonais à injecter des milliers de yens et du béton pour sauver ce minuscule récif corallien, semble inouï. Outre sa  position stratégique et quelques réserves minérales, l’engloutissement d’Okinotorishima ferait perdre au Japon l’équivalent de 400.000 km² de ZEE (Zone économique exclusive ) , avantage qui permet au pays d’exploiter l’océan dans un périmètre de 200 miles nautiques. Okinotorishima est sans doute plus protégé que Tuvalu ou les Maldives, pourtant dans le même bateau…

M.J.

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Un espace vulnérable, et renouvelable.

Le rapport signale 27 pays et territoires très vulnérables, socialement et économiquement, à la disparition des coraux. 19 d’entre eux sont de petits états insulaires. Parmi les espaces les plus touchés :  Haiti, Grenade, les Philippines, les Comores, Vanuatu, la Tanzanie, Kiribati, Fiji, et l’Indonésie. Avec une note d’optimisme, les formations qui ne sont plus agressées développent de bonnes capacités à se renouveler.

Deux cartes en un coup d’oeil :

Les récifs coralliens mondiaux classés en fonction des menaces locales. (WRI)

http://www.wri.org/image/view/12015/_original

La capacité des pays et des états à s’adapter à la dégradation et à la perte de leurs récifs coralliens. (WRI)

http://www.wri.org/image/view/12013/_original

(1) Ce rapport est publié par le World Resources Institute (WRI), en collaboration avec Nature Conservancy, WorldFish Center, International Coral Reef Action Network, Global Coral Reef Monitoring Network, PNUE-World Conservation Monitoring Center, Initiative Internationale pour les Récifs Coralliens (ICRI)….

(2) Résumé du rapport.

http://pdf.wri.org/reefs_at_risk_revisited_executive_summary.pdf

(3) Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9cif_corallien

(4) UNESCO http://whc.unesco.org/en/list/154

(5) Endangered species handbook http://www.endangeredspecieshandbook.org/aquatic_coral.php

(6) (6)“Iconic Great Barrier Reef endangered”, Nicole O’Halloran, Journalism, 16-10-2006, http://neovox.journalismaustralia.com/should_we_say_goodbye_rua.php

(7) « Endangered coral reef shields southern outpost, Jun Sato, Daily Yomiuri online,  http://www.yomiuri.co.jp/dy/photos/0005/lens151.htm

“Un ilôt désert enjeu stratégique entre le Japon et la Chine.”http://www.acoram-var.com/Documents/Revue_de_presse/revue_de_presse_300410/Un_lot_dsert_du_Pacifique_enjeu_stratgique_entre_le_Japon_et_la_Chine.pdf?2e4991b25a9f2c7412c96c2fbe98e2c7=d944e71662e2a4802b8de1b2cd566fa5


Publié le 1 mars 2011 par marlene dans Biodiversité,Elevation des mers.,Pêche.,Pollution de l'eau
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Plus d’un « Grenelle » pour les océans…

Bonjour,

Quelques nouvelles des océans. Les émissions de gaz à effet de serre, qui modifient le climat terrestre et favorisent un réchauffement des eaux, entraînent encore une acidification inquiétante des océans. C’est le constat d’océanographes, réunis fin janvier à Monaco. Les océans, qui représentent plus de 70% de la surface terrestre, régulent le climat et absorbent environ le tiers des émissions de gaz à effet de serre. Ce qui permet certainement d’atténuer les excès climatiques. Mais face à la croissance des émissions de gaz à effet de serre, les océans saturent. Il y a formation d’acide carbonique, associé à une diminution du PH des eaux, qui deviennent plus acides. Les concentrations de carbonate diminuent. Depuis le début de l’ère industrielle, l’acidification des océans aurait augmenté de 30%. Les scientifiques s’attendent à des valeurs inégalées depuis 20 millions d’années. (1) Les recherches effectuées sur l’accumulation de CO² dans l’océan, amorcées à la fin des années 90, sont encore trop récentes pour tirer des conclusions. Restent quelques probabilités. Cette concentration de CO² est appelée à suivre la courbe inquiétante des rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. D’autre part, l’acidification du milieu marin devrait affecter la croissance d’organismes à squelettes calcaires, algues, crustacés, mollusques, ou coraux, qui utilisent le carbonate de calcium comme matière première. Pour tenter de freiner ce processus qui menace directement la biodiversité marine, et risque de bousculer l’équilibre alimentaire mondial, plus de 150 scientifiques présents sur le rocher ont lancé « L’appel de Monaco ».Une nouvelle invitation à limiter les rejets de GES.

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Pauvres coraux.

Les coraux, justement on en parle. L’ICRI ( L’ Initiative Internationale pour les Coraux) et son correspondant français, l’IFRECOR, viennent de publier l’état de santé des récifs coralliens, bilan 2008. (2) Un chiffre, 19% des coraux ont déjà disparu des fonds marins. Et une prévision, 54% du patrimoine mondial est plus ou moins menacé, sous la pression conjuguée des activités humaines et des modifications climatiques. Surpêche, pollutions d’origine agricole et industrielle, modification des systèmes côtiers, accélèrent le blanchissement des coraux. C’est à dire une mort annoncée. Le réchauffement des océans et l’acidification croissante du milieu marin contribuent encore à la disparition des récifs. D’ici une à deux décennies, 15% des écosystèmes coralliens, notamment en Asie du Sud- Est et dans la Mer des Caraïbes, pourraient être anéantis. Le rapport rappelle que la seule hausse des températures de l’eau, particulièrement sensible dans l’Océan indien en 1998, a entraîné un blanchissement massif des coraux. En 2005, année très chaude, année de tempêtes et d’ouragans, les récifs des Caraïbes ont été décîmés. Si les scientifiques s’alarment de la disparition des coraux, c’est qu’ils occupent une place importante dans le catalogue de la biodiversité, et qu’ils rendent de sacrés services à l’humanité. IIs constituent un « supermarché » pour environ 30 millions de personnes, qui dépendent d’eux pour leur nourriture , et donc leur survie (UNESCO, 2008). Ils adoucissent les effets des cyclones et des tsunamis. Toujours selon l’UNESCO, les systèmes coralliens, qui nourrissent, protègent, renouvellent leurs ressources, ou stimulent le tourisme, font vivre 500 millions de personnes sur la planète. Quand ils sont en bonne santé.

Surpêche et réchauffement climatique.

Plus récemment, la FAO dénonce les excès de la pêche, dans un contexte de réchauffement climatique. Dans un rapport publié le 2 mars, (3) l’Agence de L’ONU pour l’alimentation et l’agriculture invite à développer des pratiques de  pêche « responsables ». Alors que les mers sont pillées par ceux qui les exploitent, environ 30% des stocks halieutiques sont tendus ou épuisés, la FAO s’inquiète des conséquences d’un réchauffement des eaux qui confisquerait encore une partie de la ressource. La FAO note que l’élévation des températures des océans a déjà bousculé la répartition des espèces. Certains poissons tropicaux auraient commencé à migrer en direction des pôles, vers des eaux plus fraîches. Et faute de stock, les populations pauvres, qui dépendent de la pêche pour leur survie, risquent de souffrir un peu plus. Deux semaines plus tôt, la FAO s’était penchée sur les abus de la pêche à la crevette, source de revenus et d’emplois “pour des millions de ménages vulnérables »

Jean Louis Borloo, le Ministre de l’Ecologie, semble avoir entendu l’appel de l’océan. Il vient de lancer le « Grenelle de la Mer » . La France, qui dispose du second espace maritime mondial, 11 millions de km², étire ses côtes, grâce aux DOM-TOM, sur trois océans, Atlantique, Indien, et Pacifique. Déjà, les récifs coralliens de la Polynésie française ont pris un sacré coup de chaud. http://www.ifrecor.pf/article.php3?id_article=132

M.J

(1) EPOCA, l’acidification des océans et ses conséquences sur les écosystèmes, CNRS

http://www2.cnrs.fr/presse/communique/1345.htm

(2) Rapport ICRI : http://www.icriforum.org/gcrmn/2008/Status%20of%20Coral%20Reefs%20of%20the%20World%202008.pdf

(3) Accès rapport FAO. http://www.fao.org/docrep/011/i0250f/i0250f00.htm


Publié le 3 mars 2009 par marlene dans Actualité,Ecosystèmes.,Grenelle.
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Pour les coraux d’Ishigaki…


Les coraux de l’Île d’Ishigaki, au sud de l’archipel japonais d’Okinawa.

Bonjour,

2008, l’année des coraux. Initiative lancée le 24 janvier dernier à Washington, par les gouvernements américain et français. Le but est de sensibiliser le public sur la disparition des récifs coralliens, et de susciter des initiatives pour leur préservation. L’ICRI, (Initiative internationale sur les récifs coralliens), créee en 1994, surveille l’évolution de ce patrimoine. Si 10% des récifs coralliens sont dégradés dans le monde, environ 60% sont gravement menacés. Bref, il y a urgence à sauvegarder des écosystèmes qui constituent une ressource et un lieu de vie pour 500 millions de personnes, dans le monde. Et qui en nourrit 30 millions d’autres, plus pauvres.

Un écosystème aux multiples opportunités.

Les coraux, 0,2% du tapis des océans, ont des fonctions écologiques, environnementales, et économiques. Cet écosystème, qui rassemble 25% du monde marin, est une formidable nurserie pour les petits poissons, environ 5000 espèces recencées. Sur le plan environnemental, les coraux adoucissent l’érosion côtière provoquée par les vagues…sans pour autant protéger des Tsunamis, plutôt freinés par les mangroves et la végétation côtière. Les récifs coralliens, qui constituent des réservoirs pour la pêche, offrent des fonds marins remarquables au tourisme, jouent un rôle économique majeur pour certaines régions. Ils représentent encore des sources de protéines pour les communautés riveraines, ils sont utilisés dans la pharmacologie traditionnelle, et l’artisanat. Le corail rouge et rose, pêché depuis 5000 ans pour la bijouterie et la décoration, figure parmi le « top ten » des espèces menacées, établie par le WWF.

Menacés par les hommes…

Si les tempêtes, les ouragans, ou les tremblements de terre favorisent la disparition des récifs coralliens, elle résulte d’abord de l’action des hommes. Un rapport de l’UNESCO, daté de 2004, consécutif au Tsunami qui avait dévasté le sud-est asiatique et le sous-continent indien, pointe déjà cette responsabilité humaine. La plupart des récifs coralliens de la région, relativement épargnés par le tsunami, pouvaient se régénérer assez rapidement, à condition que les Etats limitent la surpêche, l’exploitation anarchique du corail, et la pollution. L’ICRI insiste encore sur cette dégradation d’origine humaine. Les coraux ne résistent pas aux eaux usées, à la pollution industrielle et agricole, aux excédents sédimentaires qui s’accumulent sur les côtes, et à une pêche intensive aux méthodes douteuses. Plus exposés, les récifs coralliens situés près des centres urbains. Pour l’ICRI, l’année 1998, marquée par une progression du blanchiment des coraux, signe de maladie, et par une disparition importante du patrimoine, signale un autre danger majeur. Ces petits squelettes calcaires, issus des polypes, sont extrêmement vulnérables au réchauffement climatique.

Et par le réchauffement climatique.

Le rapport de l’UNESCO, version 2008, qui rapporte une situation dramatique dans les Caraïbes, insiste sur le rôle du réchauffement climatique. L’élévation des températures, les cyclones, et la fréquence des tempêtes seraient responsables du blanchiment de 95% des récifs des Îles Caïman, de la Jamaïque, de Cuba, et des Antilles françaises. L’UNESCO, qui invite à une gestion durable de la ressource, insiste sur l’urgence à contenir la crise climatique. La Grande barrière de corail, qui s’étire sur 200.000 km² au Nord-Est de l’Australie, exemple unique et démesuré d’un paysage de récifs et d’îlôts baignés par la mer à marée haute, est sous haute surveillance. D’après une prévision, d’ailleurs controversée, dans l’hypothèse d’un réchauffement des eaux de 1,5°, la Grande barrière celle pourrait perdre 95% de son corail vivant, d’ici 2050. Mais retour à Ishigaki, où les Japonais cultivent du corail pour préserver leurs atolls.

M.J.


Publié le 30 janvier 2008 par marlene dans Climat,Ecosystèmes.
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