Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Bambou, l’arbre magique de la forêt africaine…

Bonjour,

C’est une plante qui pousse rapidement, et même très vite, qui peut-être récoltée chaque année sans gêner la génération suivante, qui réduit l’érosion des sols, qui nécessite peu d’eau, qui génère une petite économie et des emplois, et qui peut lutter contre la déforestation. C’est une graminée de haute taille qui se prend pour un arbre. Longtemps associé à l’Asie, le continent le mieux doté avec 65% des ressources mondiales, et à la Chine où il nourrit les pandas, le bambou essaime sous les latitudes tropicales, subtropicales, et tempérées. On le trouve en Amérique du Sud, en Equateur, au Mexique, au Brésil, au Chili, et en Colombie. (1)Traditionnellement connu comme l’arbre du pauvre, il est désormais promu matériau high-tech, et rivalise avec des bois traditionnels. Il habille l’habitat individuel et l’architecture innovante,  il se déroule en parquet et en terrasse, il se convertit en meuble, et ses fibres se transforment en textile.  Si la commercialisation de ce bois, issus de plantations et de forêts naturelles, a longtemps été marginale, les acteurs du développement lui assurent aujourd’hui un certain succès. En Afrique, où le bambou couvre 2,7 millions d’hectares et essaime sur 6 pays – Ethiopie, Kenya, Nigeria, Ouganda, République de Tanzanie, et Zimbabwe -, il est désormais perçu comme un instrument de lutte contre la pauvreté. C’est en Ethiopie, pays rongé par la déforestation, que l’INBAR – International Network for Bamboo and Rattan -, teste les possibilités de la graminée.

 

Freiner la déforestation.

La déforestation, cause majeure des famines en Ethiopie, accompagne l’histoire du pays. Il y a un siècle, les forêts couvrent encore près du tiers de la superficie du pays. Dans les années 2000, elles se réduisent à moins de 4% du territoire.  Vers le milieu des années 2000, la FAO estime que 20.000 hectares de forêts disparaissent chaque année, quelques lambeaux situés dans des endroits isolés sont épargnés. La culture du café, la croissance démographique et la quête de terres agricoles ont contribué à ce processus de déforestation. Mais en Ethiopie, comme sur le reste du continent, où le bois constitue l’une des principales sources d’énergie des ménages – la seule dans les campagnes éthiopiennes -, les arbres continuent de tomber. (FAO 1999) Et bien que la consommation d’énergie d’un Ethiopien soit l’une des plus faibles au monde, la démographie nourrit la demande. A la fin des années 90, il devient urgent pour le pays de reboiser. En 2007, 700 millions d’arbres sont plantés, un record, sans pour autant stopper la déforestation. (UNEP 2007). Il y a eu d’autres tentatives de reboisement. A la fin du XIX° siècle, le pays introduit l’eucalyptus, un arbre dont la croissance rapide doit compenser la forêt perdue. Au début du XX° siècle, le pays souhaite se débarrasser de cette espèce venue d’Australie, qui demande beaucoup d’eau et épuise les sols. Sans succès. Un siècle plus tard, le bambou étale ses qualités environnementales. Il pousse sur des sols inhospitaliers ; son système de racines limite l’érosion des sols ; il restaure des terrains  appauvris ou pollués ; son feuillage favorise l’infiltration des eaux. Son rythme de croissance, de 50cm à un mètre par jour pour certaines espèces, et sa facilité à se reconstituer en font une ressource presque « renouvelable ». Il ne lui faut que 3 à 7 ans pour atteindre sa maturité, contre quelques décennies pour la plupart des essences. Il absorbe de grandes quantités de CO², et libère 30% d’oxygène de plus que les arbres. Avec une surface discontinue estimée autour des 850.000 hectares  – contre 1,5 millions dans les années 60 -, l’Ethiopie dispose de la plus importante forêt de bambous du continent africain. (1) L’INBAR, qui développe l’activité mondiale du bambou et incite à une gestion durable des ressources, lance un projet de quatre ans, (2009-2013), financé par la Commission européenne.  Il s’agit d’un échange «Sud-Sud », technologie chinoise au bénéfice des campagnes d’Ethiopie et du Ghana. Ce programme vise à faire reculer l’usage du bois traditionnel, source d’énergie des ménages, au profit du bambou. Les villageois, initiés à fabriquer du charbon de bois dans des fours qu’ils fabriquent, pourront le revendre aux consommateurs citadins. Aux femmes le commerce du bambou, utilisé comme bois à brûler. Ce programme, qui fournit des plants de bambous, initie les villageois à cette activité forestière. (2) (3) (4)

 

« Zengana Boat »

En Ethiopie, le bambou nourrit d’autres initiatives. African Bamboo , une entreprise spécialisée dans  la gestion forestière et la bio-énergie créée en 2012, pont entre les Pays-Bas et l’Ethiopie, compte développer la fabrication de meubles, de panneaux compressés, et de terrasses extérieures destinés à l’exportation. Et produire des briquettes de charbon pour le marché intérieur. L’entreprise compte déjà plus de 150 emplois permanents. Le continent regarde. Le 15 mars dernier, les dirigeants d’une douzaine de pays africains  se sont réunis à Addis Abeba, la capitale de l’Ethiopie, pour envisager le potentiel du bambou. A cette occasion, Ato Sileshi Getahun, Ministre d’Etat en charge de l’agriculture et à la tête du Conseil de l’INBAR, a déclaré : »Le bambou est considéré comme la plus importante stratégie à forte croissance pour reboiser les régions montagneuses dégradées du pays ». (4) Plus modestement, à Chewsa Kebele, dans la région d’Amhara au Nord de l’Ethiopie , quelques jeunes gens promènent les touristes sur le lac Zengana, à bord d’embarcations circulaires  d’inspiration asiatique, projet emmené par l’INBAR. Achamyeleh, un jeune garçon de 25 ans, est l’un de ces petits entrepreneurs : »Je pensais bien commencer un petit business, mais les bateaux en bois et en métal sont trop chers.(…) Quand j’ai entendu que l’on pouvait fabriquer un bateau en bambou en deux jours seulement pour transporter plus de deux personnes, il fallait que je voie par moi-même. En une saison, le bateau est remboursé, et je projette d’en construire d’autres.» (5) Le « Zengana Boat » navigue désormais sur d’autres lacs de la région du Grand Rift Oriental africain, de Madagascar, et du Mozambique.

 

M.J

 

 

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(1) 2. Extent and characteristics of bamboo resources, Global Forest Resources Assessment 2005, FAO 2005 ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/010/a1243e/a1243e03.pdf

(2) “Ethiopia Leads the Bamboo Revolution”, Ed McKenna, IPS, Addis-Ababa, 08-03-2013 http://www.ipsnews.net/2013/04/expanding-ethiopias-bamboo-sector/

(3)“In Africa’s Vanishing Forests, the Benefits of Bamboo”, Tina Rosemberg, Opinionator, blog NewYork Times, 13-03-2012 http://opinionator.blogs.nytimes.com/2012/03/13/in-africas-vanishing-forests-the-benefits-of-bamboo/

(4) African Bamboo Workshop , INBAR, 27-03-2013 http://www.inbar.int/2013/03/african-bamboo-workshop/

(5) Bamboo Boats Float on Rural African Markets, INBAR,  27-03-2013 http://www.inbar.int/2013/03/bamboo-boats-float-on-new-rural-markets-in-africa/

 

 


Publié le 12 avril 2013 par marlene dans Afrique,énergie,déforestation,Développement durable
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Les fruits précieux de l’arganier…

 

 

 

Bonjour,

A la table des communautés berbères du Maroc, l’huile d’argan figure au menu depuis des siècles. L’arbre qui produit les noix dont cette huile est extraite, l’arganier, est un épineux endémique du Maroc et de l’Ouest algérien. Son histoire nous fait  voyager pendant plus de deux millions d’années, jusqu’à l’Ere Tertiaire. Aujourd’hui, les Berbères continuent de verser cette huile d’un jaune profond sur les couscous et les tranches de pain – elle est un aliment de base pour 90% de la population de la région d’Essaouira (1) -, pendant que les grands chefs de la cuisine mondiale en intègrent quelques gouttes à leur gastronomie. Les  médecins multiplient les compliments, réduction du cholestérol et des triglycérides contenus dans le sang,  protection contre certains cancers,  prévention des risques cardiovasculaires et du diabète. Depuis des siècles encore, les femmes berbères l’appliquent sur le visage, la peau, et les cheveux. L’huile d’argan, riche en acides gras, en vitamine E, et en antioxydant, empêche le dessèchement de la peau. Dotée de ces vertus gustatives, thérapeutiques, et cosmétiques, l’huile d’argan  part à la conquête d’un monde occidental à la fin de la décennie 1990. Elle devient à la mode. On l’importe en Europe et aux Etats-Unis, où elle fait  l’objet de brevets cosmétiques, elle s’infiltre au Japon. En quelques années, le marché de l’huile d’argan a explosé, les prix aussi. Au Maroc, un litre d’huile  alimentaire coûte environ 25 Euros, le double pour sa version cosmétique, et bien plus cher en produit importé. Tout dépend de la qualité, du packaging, et de la production  de cette région pauvre du Sud-Ouest marocain.(1) (2)

 

Des filles à l’école.

Au Maroc, l’Arganeraie  s’étire sur près de 800.000 hectares, entre les marges Sud du Haut Atlas et celles du Nord de l’Anti-Atlas. La production s’affirme dans les régions d’Agadir, d’Essaouira, de Taroudant, dans la vallée du Souss. A la fin des années 90, cette forêt compte une vingtaine de millions d’arbres, avec des densités plus fortes au Nord d’Agadir qu’aux portes du désert. L’arganier, adapté à cet espace semi-aride, supporte des températures supérieures à 50°C. Chaque arbre porte 10 à 30 kg de fruits pour une production annuelle proche des 4000 tonnes. Une manne pour cette région déshéritée, qui vit d’agriculture et d’agroforesterie. Ici, l’exploitation des arganiers est régulée par une loi sur l’usufruit qui date de 1925. La filière, d’abord éclatée en entreprises familiales, se structure en coopératives. Au début des années 2000, les coopératives marocaines emploient environ 2000 personnes. Chaque structure compte 20 à 60 femmes, dont la plupart travaillent un fruit qu’elles ont cueilli. (1) Puis l’huile est pressée à la main, décantée, filtrée, avant d’être embouteillée. Le processus est long, intense, et gourmand en matière première. Il faut plus d’une dizaine d’heures de travail et  100 kg de fèves pour produire un litre d’huile d’argan. Dans un secteur qui se mécanise, la filière manuelle reste gage de qualité. L’Union des Coopératives des Femmes de l’Arganeraie (UFCA),  qui regroupe une vingtaine de structures, porte une activité qui permet aux femmes de prétendre à un statut familial et social, grâce à un revenu régulier. Au début des années 2000, un travail à temps plein garantit environ 200 euros mensuels, presque une fortune. (1) Une étude publiée en 2011 par  l’Université américaine Cornell souligne les bénéfices de cette activité à forte valeur ajoutée. Avec l’argent de l’argan, la plupart des familles ont désormais accès à la consommation, achètent des chèvres pour augmenter leur troupeaux – ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la forêt d’arganiers -, et  envoient leurs filles au Collège d’Enseignement général. L’enquête révèle que dans les communes couvertes à plus de 65% d’arganiers, le nombre de filles à l’école a augmenté de 10% entre 2000 et 2005.(3)

Gardiens de fruits sur les arbres.

Le bénéfice social de l’argan est nuancé par une dégradation des paysages, amorcée bien avant le succès commercial. Le développement d’une agriculture industrialisée dans la vallée du Souss ; le besoin de  parcelles pour aménager des routes, des infrastructures, construire des bâtiments ; la collecte de bois pour le chauffage et la construction, ont ouvert l’espace forestier. L’étude américaine précise que la partie Sud de la forêt aurait particulirement souffert du développement  de l’agriculture irriguée, au cours des années 80 et 90. (3) En 1998, l’UNESCO  classe l’Arganeraie Réserve de Biosphère. L’ambition est de protéger  ce vaste écosystème forestier qui se déploie entre Haut Atlas et Anti-Atlas. L’arganier, assis sur un système profond de racines, doit  en principe contenir la désertification des sols. Ce territoire est aussi un laboratoire de développement socio-économique de populations, majoritairement berbères. Mais ce dispositif de protection  n’aurait pas tenu ses promesses. L’étude américaine suggère que le boom de l’argan aurait fragilisé la forêt, devenue plus claire dans sa partie Nord. Située à proximité des principaux marchés et plus attractive pour les touristes, cette forêt Nord aurait aussi été plus exploitée. Il n’y a pas eu d’investissement à long terme pour la santé des arbres, et celle de la forêt. Faute d’une stratégie de conservation, le boom de l’argan, qui a rendu la fève précieuse, a surtout suscité des vocations de gardiens de fruits sur l’arbre.

M.J

 

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(1) Potatoes in the Andes, Ethiopian Coffee, Argan Oil from Morocco and Grasscutters in West Africa”  Dieter Nill, Elke Böhnert, August 2006, Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ), Division „Agriculture, Fisheries and Food“, Sector Project „Food, People & Biodiversity, Global Facilitation Unit for Underutilized Species (GFU)

http://www.worldartisanguild.com/GTZ_Biological_Diversity_060623.pdf

 

(2) Arganier, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Arganier, Huile d’Argane, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Huile_d%27argane

(3)“Booming markets for Moroccan argan oil appear to benefit some rural households while threatening the endemic argan forest”, Travis J. Lybberta,1, Abdellah Aboudrareb, Deborah Chaloudc, Nicholas Magnand, and Maliha Nashc, Edited by Christopher B. Barrett, Cornell University, Ithaca, NY, http://www.cornell.edu/   and accepted by the Editorial Board June 22, 2011    http://www.pnas.org/content/108/34/13963.full


Publié le 29 mars 2013 par marlene dans Biodiversité,déforestation,Developpement,Monde rural.
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Les promesses du quinoa…

 

Bonjour,

 

Le quinoa est une plante, une herbacée de la famille de la betterave ou de l’épinard, qui pousse dans l’espace andin depuis probablement 7000 ans. Un rapport de la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, s’intéresse à son historique. (1) Vers la fin du XVIII° siècle, la culture est repérée et décrite pour la première fois dans les Andes péruviennes et boliviennes. C’est probablement entre Bolivie et Pérou, à proximité du lac Titicaca, que le Quinoaa commencé à se développer. Les civilisation Inca et Tihuanacu le domestiquent et favorisent sa culture. Les graines nourrissent les habitants des vallées, et des régions plus sèches, plus montagneuses, et plus froides, comme celles de l’Altiplano. Car propriété essentielle du Quinoa, il supporte les climats arides, s’adapte à l’humidité, et se développe sous des températures qui vont de moins 4°C à 38°C. La conquête espagnole, qui introduit l’orge et le blé en Amérique du Sud, marginalise la culture du quinoa. C’est que les Espagnols ne connaissent probablement pas les qualités nutritionnelles du quinoa. C’est une nourriture qui présente un taux élevé de protéines, entre 14 et 22% par graine, une valeur en protéines comparable à celle du lait. Le quinoa offre l’ensemble des acides aminés essentiels à la santé, c’est une fausse céréale bien plus généreuse que le blé, l’orge, ou le soja. Sous la domination espagnole, les populations rurales andines continuent de consommer du quinoa. Dans les années 80, la crise qui secoue les économies de l’espace andin impose un développement qui s’éloigne du modèle traditionnel et privilégie les exportations. Les marchés qui s’ouvrent aux Etats-Unis et en Europe favorisent la production de quinoa. De culture traditionnelle de subsistance des communautés andines, le quinoa devient une culture d’exportation, appréciée des consommateurs de « bio ».

 

Bolivie en tête.

La Bolivie, le Pérou, et l’Equateur dominent un bassin de production qui s’étire du Sud de la Colombie à l’île de Chiloe au Sud du Chili, en passant par le Nord de l’Argentine. En Bolivie, berceau de la production, elle  reste une culture traditionnelle jusque dans les années 70. Le rapport de la FAO esquisse son aire de production. Dans l’Altiplano Sud,  elle se limite aux pentes montagneuses. Dans l’Altiplano Nord-Central, elle est intégrée au système de rotation, avec les pommes de terre et le fourrage. Dans les vallées, elle se présente comme une culture frontière, ou est associée aux légumineuses et au maïs. C’est une agriculture manuelle, principalement destinée à l’autoconsommation. L’ouverture du marché biologique international déplace les cultures des contreforts de l’Altiplano aux plaines, et mécanise la production. Dans la Bolivie des années 80, la culture du quinoa couvre 15.000 hectares. Dans les années 90, elle s’étend sur 40.000 hectares, et se stabilise autour des 35.000 hectares en 2001. (1) En 2012, la surface dédiée au quinoa pourrait avoir doublé pour atteindre les 70.000 hectares. (2) En2009, la FAO estime la production annuelle de la Bolivie à 28.000 tonnes, et 40.000 tonnes pour le Pérou. (1) En 2012, la récolte bolivienne aurait atteint 44.000 tonnes. (2) La Bolivie et le Pérou produisent aujourd’hui environ 90% du quinoa mondial. Mais, faute de données pour le Pérou, la Bolivie reste le principal exportateur mondial de Quinoa. (2) Les Etats-Unis et le Canada absorbent plus de la moitié du marché, et un tiers pour l’Europe. Cette mondialisation aurait tiré les prix du quinoa vers le haut, ils ont doublé entre 2006 et 2011. Avec pour conséquence, une chute de la consommation nationale d’environ 35% au cours de la même période, estimation du Ministère de l’agriculture de Bolivie. (1)

 

Hausse des prix, évolution des goûts.

« Le succès mondial du quinoa crée des difficultés dans le pays », titre le New York Times en mars 2011. (3) L’article rapporte une hausse des prix du quinoa, liée à la demande sur les marchés américains et européens. Avec deux conséquences. Les producteurs de quinoa, qui ont bénéficié de cette envolée, ont vu leur situation sociale s’améliorer. Ils se sont organisés.  Mais cet appétit mondial pour le quinoa, qui tire les prix vers le haut, crée aussi une rupture sociale: « Moins de Boliviens peuvent se l’offrir, obligés de se rabattre vers des produits alimentaires traités moins chers et augmentant les craintes de malnutrition dans un pays qui a longtemps lutté contre. »(3) Un sac d’un kg de quinoa coûte environ 5 fois le prix d’un kg de riz. L’article précise encore que si la mauvaise alimentation baisse au niveau national au cours des dernières années – grâce à une intervention volontariste de l’Etat dans les affaires sociales -,  la malnutrition chronique augmente chez les enfants originaires des régions de production du quinoa. Dont Salinas Garci Mendoza, région de référence. Si le prix du quinoa exclut de fait les plus pauvres, le New York Times signale aussi un changement de goût  chez les jeunes consommateurs boliviens Ils préfèrent désormais le pain blanc, un plat de pâtes ou de riz, plutôt qu’une préparation à base de quinoa, et un coca cola à la place d’une boisson traditionnelle au  quinoa. Cette évolution de la consommation, qui répond aux avances d’une nourriture industrielle, est évoquée dans d’autres articles. Les producteurs de quinoa, moins pauvres, occidentalisent leur régime alimentaire.

 

Tensions et érosion des sols.

Un autre article pointe la relation complexe  entre le développement économique de la Bolivie, et la sécurité alimentaire. Et dans cette relation, qui puise dans le contexte socio-économique et politique du pays, l’amélioration des conditions de vie des producteurs de quinoa ne peut-être ignorée. Pour l’avenir, l’auteur de l’article envisage une solution équilibrée : «  De la même façon qu’ils ont développé  l’industrie du quinoa, les producteurs et les consommateurs boliviens doivent être les catalyseurs pour développer une meilleure sécurité alimentaire, et renforcer la souveraineté. » (4) Selon le rapport de la FAO, la consommation moyenne de quinoa par habitants est de 5 kg par an, l’une des plus élevées au monde. Si elle ne suffit pas à faire reculer la malnutrition, le gouvernement d’ Evo Morales fait des efforts. Les Autorités boliviennes ont commencé à introduire le quinoa dans les petits déjeuners scolaires, et dans le menu des jeunes mères. Si le développement du quinoa a permis de freiner l’émigration vers l’Argentine ou le Chili, un autre article évoque des tensions dans les régions de production. De nombreux propriétaires, qui avaient déserté les campagnes, rentrent récupérer leurs terres afin de tirer bénéfice de cette culture d’exportation. Puis, ils louent leurs terres, s’échappent à nouveau, avant de revenir pour la récolte. Ceux-là ne contribuent  pas aux actions de producteurs, qui se battent pour le maintien d’une certification « bio », ou qui mènent des actions pour éliminer les nuisibles. Autre problème, le quinoa qui déborde de  ses champs traditionnels pour satisfaire la demande mondiale en culture certifiée, s’est développé sur des espaces inadaptés. Cette extension a provoqué une érosion des sols conquis. Le label « bio » exige des fertilisants naturels, comme les excréments d’animaux, devenus plus rares sur l’Altiplano. Il a donc fallu fouiller les sols pour enrichir les cultures en nutriments, quitte  à les appauvrir. Pour satisfaire la demande, les périodes de jachères sont plus courtes. (5)

 

Kenya et Tasmanie.

La FAO déclare 2013, « année internationale du quinoa » . Dans le rapport cité précédemment, l’organisation développe l’idée d’en faire une arme contre la malnutrition dans le monde. Réunie à Santiago du Chili début février 2013, la communauté des Etats d’Amérique latino-américains et caraïbes (CELAC) reconnait l’importance du quinoa pour la sécurité alimentaire, l’éradication de la pauvreté et la faim, grâce à ses valeurs nutritives. (6)  Si la Bolivie et le Pérou concentrent la production mondiale de quinoa, la culture essaime désormais sur tous les continents. Les Etats-Unis,  où le quinoa est  introduit les années 80 dans le Sud du Colorado, l’Equateur, et le Canada, qui le cultive dans les plaines de l’Ontario, produisent 10% du quinoa mondial. En Europe, il pousse en Angleterre, en Suède, au Danemark, aux Pays Bas, en Italie, et en France, dans la région de l’Anjou. Dans l’Himalaya et dans les plaines du Nord de l’Inde, le quinoa  présente de bons rendements. Au Brésil, la culture est expérimentée dans la savane tropicale. Des agriculteurs colombiens l’on testé au Kenya, ou la plante a été introduite  pour réduire la faim et la pauvreté sur le continent africain. Et à l’autre bout du monde et des besoins alimentaires, le quinoa est cultivé dans le Nord de la Tasmanie , pour le plus grand plaisir des Australiens, addicts au « bio ».

M.J

 

 

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(1) “Quinoa: An ancient crop to contribute to world food security”, FAO, Regional Office for Latin America and the Caribbean, July 2011.  http://www.fao.org/alc/file/media/pubs/2011/cultivo_quinua_en.pdf

(2) Quinoa, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Quinoa

(3) “Quinoa’s Global Success Creates Quandary at Home” Simon Romero, Sara Shahriari, The New York Times, 19-03-2011. http://www.nytimes.com/2011/03/20/world/americas/20bolivia.html?_r=0

(4) “Bolivian Quinoa Questions: Production and Food Security”, Emma Banks, The Andean Information Network, 17-05-2011,  http://ain-bolivia.org/2011/05/bolivian-quinoa-questions-production-and-food-security/

(5) “The quinoa story: it’s complicated”, Luigi Guarino, Agricultural Biodiversity Weblog, 28-03-2011, http://agro.biodiver.se/2011/03/the-quinoa-story-its-complicated/

(6) « Naciones de la CELAC señalaron que la quinua es un aliado para la erradicación del n del hambre y la pobreza, Oficina Regional de la FAO para América Latina y el Caribe, Santiago de Chile, 01-02-2013 http://www.rlc.fao.org/en/press/news/naciones-de-la-celac-senalaron-que-la-quinua-es-un-aliado-para-la-erradicacion-del-hambre-y-la-pobreza/

 


Publié le 12 février 2013 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,crise alimentaire,Developpement
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Riesco, couleur noir charbon.

Bonjour,

Des confins hospitaliers. C’est une île enchâssée dans une géographie de baies, de fjords, et de canaux, qui s’appuie au Sud sur le Détroit de Magellan, en Patagonie chilienne.   C’est  la région de Magallanes et de l’Antarctique, la plus méridionale du Chili, la plus froide aussi. Au Nord de l’île, le fjörd de Skyring, au Sud celui d’Otway, les deux reliés à l’Est par le canal de Fitzroy.  L’île s’ouvre au  Sud-Est sur la péninsule de Brunswick et, au-delà du Détroit de Magellan, sur la grande terre de Patagonie. Le port de Punta Arenas s’accroche lui au Nord-Ouest du Détroit de Magellan. L’ïle de Riesco, c’est son nom, est une île de taille respectable, plus de 5000 km², la quatrième du Chili. Ses vallées sont couvertes de forêts de hêtres. L’Ouest de l’île, qui s’inscrit dans l’arc de la cordillère des Andes, culmine à plus de 1800 mètres avec le Mont Atalaya. Il n’est peuplé que de glaciers. L’île comptait 57 km² d’étendues glacées dans les années 80, 40 km² aujourd’hui, rapporte une étude de 2002 qui pointe des températures à la hausse. La topographie de la partie Est est plus douce, le régime des pluies modéré. C’est dans cette partie de l’île que se sont établis les colons. Depuis le milieu du XIX° siècle, ces confins accueillent des populations européennes. Vers la fin du XIX° siècle, Punta Arenas, port commercial, est une ville importante et animée. Après 1914, l’ouverture du Canal de Panama facilite le voyage et rend ces terres plus accessibles. Croates, Allemands, Anglais,  Hollandais, Danois, Italiens, Espagnols ou Russes, attirés par les vastes pâturages de la région, s’y installent. A Riesco, les estancias exploitées par des particuliers, souvent des Croates, pratiquent l’élevage du mouton dans un paysage idyllique. (1) (2) (3)

 

Du charbon pour le Chili. Tout se gâte quand la COPEC, l’une des compagnies pétrolière et forestière les plus influentes du Chili, décide d’exploiter le charbon, pourtant de mauvaise qualité, de l’île Riesco. Elle est assistée dans ce projet par Ultramar, une compagnie maritime chilienne. Le Minera Isla Risco projette la construction à terme de cinq mines , dotées d’un port pour acheminer le charbon extrait. Les réserves évaluées à 300 millions de tonnes, permettent aux compagnies impliquées d’espérer 12 à 25 ans d’exploitation. C’est un projet estimé autour des 840 millions de dollars. En décembre 2009, l’aménagement du port reçoit un aval environnemental. Et en aout 2011, la préparation à l’exploitation du premier gisement reçoit un feu vert. A l’échelle du Chili, ce projet minier vise à alléger les importations  de charbon, et à réduire la dépendance énergétique. Le pays achète actuellement 96% du  minerai  destiné à produire de l’électricité à l’étranger, en Colombie, en Indonésie, en Australie. (3) Avec une production annuelle supérieure à 6 millions de tonnes, supposée sur 25 ans, l’exploitation du charbon de l’île Riesco devrait réduire de 30% les importations du Chili.  Estimations les plus optimistes. (3) (4) Ce projet s’intégrerait également dans le plan de développement de la région de Magallanes et de l’Antarctique, annoncé en décembre 2010 par un Président Pinera, formé à l’école américaine.(3) Mais les 800 emplois promis pour la construction des mines, et les 700 annoncés après leur mise en activité ne suffisent pas à calmer les opposants, pas décidés à brader leurs paysages.(3)

 

Pas contents. « Nous ne sommes pas opposés à des projets qui apportent du travail et participent au développement de la région », déclare le maire de Punta Arenas, Vladimiro Mimica en mais 2001, propos rapportés par le Patagon Journal. (3)« Cependant, nous nous opposons à un modèle économique qui nous est imposé sans discussion, analyse, et participation de tous ceux qui sont affectés. » poursuit-il. Pas consultés non plus la colonie de pingouins de Magellanes,, environ 10.000 vivent en périphérie de l’île, la baleine Humpback, autre familière des lieux, et quelques communautés de dauphins.

 

M ;J

 

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(1) Islas Riesco, Wikipedia, http://es.wikipedia.org/wiki/Isla_Riesco

(2)Inventory of glaciers in isla Riesco, Patagonia, Chile, based

on aerial photography and satellite imagery, Gino Casassa,1, 2 Katrine Smith,1, 3 Andre¨ s Rivera,4, 2 Jose¨ Araos,4 Michael Schnirch,5 Christoph Schneider5, Annals of Glaciology 34 2002 #International Glaciological Society, http://www.glaciologia.cl/textos/casassa2002.pdf

(3) “Riesco Island conflict: Who decides Chile’s energy future?”,  Patagon Unbound, 0_-03-2011, http://www.patagonjournal.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1832%3Aconflicto-de-la-isla-riesco-iquien-decide-el-futuro-energetico-de-chile&catid=60%3Aeditor&Itemid=264&lang=en

(4) Riesco Island Project, Chile, Mining Technology.com, http://www.mining-technology.com/projects/riesco-project/

Source carte des gisements de charbon sur l’île Riesco. :Map of Mineral Isla Riesco

 

 

 


Publié le 15 octobre 2012 par marlene dans énergie,Chili,Climat,Ecosystèmes.,Exploitation minière
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Nicaragua: électricité, climat, et développement.

Bonjour,

Energie, gaz à effet de serre, et pauvreté, une relation fouillée par deux chercheurs américains. Ils ont mené enquête au Nicaragua , l’un des pays les plus démunis d’Amérique Centrale, pour montrer que l’accès contrôlé à l’énergie ne fait pas grimper la consommation. Ni la production de CO². Ce travail bouscule aussi l’imaginaire occidental qui appréhende que les pays du Sud se développent sur le modèle chinois, à la fois énergivore et acteur du réchauffement climatique.

Gaspillage.

L’histoire se passe à Orinoco et Marshall Point, deux villages ruraux de la Mosquito Coast qui comptent 172 foyers, 6 Eglises, deux hôpitaux, deux écoles, un atelier de charpentier, tous reliés au groupe électrogène alimenté au fuel, pour recevoir l’électricité. Une solution énergétique assez répandue dans le monde en développement, polluante, coûteuse, et d’une fiabilité relative. Nos deux chercheurs de l’Université de Berkeley, Christian E. Casillas et Daniel M. Kammen, respectivement étudiant et professeur, commencent à suivre cette communauté qui modernise son accès à l’éléctricité en 2009.  Sur le terrain, le Ministère de l’Energie et des Mines, et l’ONG « BlueEnergy »,  accompagnent cette mutation qui s’effectue en deux temps. Dans un premier temps, il s’agit d’installer un compteur électrique dans chaque foyer pour mesurer la consommation réelle. Jusqu’alors, la facture d’électricité résulte du nombre d’appareils electro- ménagers déclarés dans chaque maison. Rapidement, la consommation d’électricité baisse de 28%. Les chercheurs notent que cette économie d’énergie intervient surtout pendant la journée. Ce qui suggère que les habitants ont l’habitude de laisser la télé allumée, et qu’ils oublient  d’éteindre une lampe qui ne sert à rien. Second temps de cette modernisation électrique, des lampes basse consommation sont distribuées, deux par ménage, pour remplacer les ampoules classiques. Des représentants de l’agence énergétique gouvernementale et de l’ONG « BlueEnegy » font le tour des maisons pour expliquer que ce type de lampe consomme 25% de l’électricité d’une ampoule à incandescence, à intensité lumineuse équivalente, et qu’elle dure plus longtemps. Au passage, petit cours de recyclage, rapporter les ampoules usagées, qui contiennent du mercure. Ce changement d’éclairage permet de réduire de 17%, en moyenne, la consommation d’énergie par foyer. Quelques semaines plus tard, les habitants d’Orinoco et de Marshall Point voient leur note d’électricité baisser de 37%. C’est beaucoup. Dans l’espace en développement, l’énergie absorbe environ 30% du revenu des ménages. (1) (2)

Pauvreté et Co².

Toujours en observation, nos deux chercheurs calculent une économie de fuel conséquente, assortie d’un gain carbone. Moins sollicité, le groupe électrogène a moins fonctionné. Grâce au MAC ( Marginal Abatement Cost) , un outil qui pointe les options pour optimiser les dépenses énergétiques, Christian E. Casillas et Daniel M. Kammen développent une stratégie adaptée au contexte, en tirant parti du moindre dollar. Le Nicaragua, peuplé et pauvre, tire son électricité du pétrole quand le pays dispose d’un potentiel pour développer les solutions renouvelables. Les chercheurs proposent de réduire la capacité du groupe électrogène, encore moins de gasoil, moins de CO². Et de remplacer une partie du fuel nécessaire par du biogaz, production locale, issue des matières fécales animales ou des résidus de l’agriculture. Une éolienne de 10 Kilowatt  permettrait d’alléger la production d’électricité, et le bilan CO². Une petite station photovoltaïque de 10 Kilowatt pourrait encore  soulager le dispositif énergétique d’Orinoco et de Marshall Point. Cette dernière solution, plus coûteuse, deviendrait rentable dans la perspective d’un pétrole plus cher dans les années à venir. Cette stratégie énergétique, qui conjugue efficacité et renouvelable, réussit le pari d’un accès fiable à une électricité moins chère, assorti d’une réduction de CO². (1)(2) « Cela montre que vous pouvez atteindre les objectifs du développement pour vaincre la pauvreté, et atteindre les objectifs climatiques pour tout le monde. », commente Daniel Kammen. (2)

« Energy-Poverty »

Un rapport intitulé « Energy Poverty – How to make modern energy access universal ? ”(3), articule énergie et pauvreté, objectif principal du Millénaire qui vise à réduire de moitié le nombre de pauvres. Dans le monde, 1,4 milliards de personnes n’a pas accès à d’électricité. Trois milliards cuisinent avec des sources d’énergie, bois, charbon de bois, qui épuisent les ressources, et libèrent des particules toxiques. Or,  selon le rapport, si tout le monde avait accès à une source d’énergie fiable et propre, horizon 2030, la production d’électricité mondiale n’augmenterait que de 2,9%, la demande en pétrole de 1%, et les émissions de carbone de 0,8%.

M.J.

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(1) « Investments in rural energy efficiency, renewable energy reduce poverty, greenhouse gas emissions”, Robert Sanders, Media Relations, UC Berkeley News, 25-11-2010 http://berkeley.edu/news/media/releases/2010/11/25_nicaragua.shtml

(2) “Fighting Poverty Can Save Energy, Nicaragua Project Shows”, Marianne Lavelle, National Geographic News; 25-11-2010, http://news.nationalgeographic.com/news/energy/2010/11/101125-poverty-energy-efficiency-nicaragua/

(3) « Energy Poverty – How to make modern energy access universal ?”,  publication conjointe,  International Energy Agency (IEA), United Nations Development Programme (UNDP), United Nations Industrial Development Organization (UNIDO) http://www.undp.org/energy/


Publié le 2 décembre 2010 par marlene dans énergie,Développement durable,Objectifs du Millénaire.
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L’eau: des chiffres qui en disent moins long que prévu.

Bonjour,

Stockholm organise la 20° édition de la Semaine mondiale de l’eau jusqu’au 11 septembre. La pollution est au programme de cette conférence annuelle qui examine la situation de l’eau dans le monde. La Stockholm International Water Institute (SIWI), à l’origine de l’évènement, publie sur son site une série de statistiques qui esquisse une cartographie mondiale du partage de la ressource, et des pressions qui pèsent sur elle. Une esquisse qui donne la mesure des efforts à accomplir pour tendre vers les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD – 2000),  et ceux  du Sommet mondial sur le développement durable (2002). Il s’agissait, à l’horizon 2015, de réduire de moitié la population n’ayant pas accès à l’eau potable et à un réseau sanitaire.

Ressource et pénurie. Sur notre planète, l’eau est surtout salée.  97% de la ressource circule dans les mers et les océans. L’eau fraîche, 3%, est principalement stockée dans les glaces des pôles (70%), ou retenue dans les sols et les nappes aquifères. Ce qui reste, moins de 1%, permet de subvenir à nos besoins, domestiques, agricoles, et industriels. Environ 20% de l’eau totale consommée provient de nappes phréatiques, renouvelables ou non. Et plus les régions sont sèches, plus les nappes souterraines sont sollicitées. Un palmarès des plus gros consommateurs, en volume,  place l’Inde, la Chine, les Etats-Unis en tête, suivis par le Pakistan, le Japon, la Thaïlande, l’Indonésie, le Bengladesh, le Mexique, et la fédération russe. La « pénurie d’eau » recouvre deux réalités. Une eau en abondance, mais employée inefficacement ou gaspillée. Et une eau rare, déficit de pluies ou population importante et ressource limitée. La crise de l’eau, qui n’est pas forcément liée à la géographie de la ressource, dépend beaucoup de la géopolitique – des rivalités pour l’accès à l’eau-, de la pauvreté, et des inégalités associées.

Eau potable. Chaque jour, nous avons besoin de 20 à 50 litres d’eau, non polluée, pour satisfaire nos besoins immédiats. Correction immédiate, un enfant né dans un pays développé consomme 30 à 50 fois plus d’eau qu’un autre enfant qui grandit dans un espace pauvre. 87% de la population mondiale, près de 6 milliards de personnes, consomme de l’eau potable en provenance d’une source. Dont 54% dispose d’une arrivée d’eau dans leur logement. Et 33% qui utilise les fontaines publiques, les puits, ou les collectes d’eau de pluie. Restent 884 millions de personnes, dont la moitié vit sur le continent asiatique, qui consomment de l’eau non contrôlée, puisée dans les étangs, les rivières, les canaux d’irrigation, ou les puits non protégés. L’accès à l’eau potable, véritable défi pour une population urbaine appelée à exploser vers le milieu du siècle, enregistre quelques progrès. En Afrique. La Tanzanie, qui couvrait 38% de ses besoins en 1990, parvient à 73% en 2002. Pour la même période, la Namibie est passée de 58% à 80%. Et à la question, « qui va chercher l’eau potable à une source éloignée du domicile » ? Les femmes, deux fois plus nombreuses que les hommes.

Eau et santé. Environ 2,5 milliards de personnes vivent sans structure sanitaire. Avec des ruraux plus mal lotis que les urbains. Et une fracture Nord-Sud évidente. Moitié moins d’équipements sanitaires dans les pays en développement que dans les pays industrialisés. Près de deux millions de personnes, essentiellement des enfants de moins de 5 ans, meurent de maladies diarrhéiques chaque année. Sur le papier, un accès à l’eau potable, des structures sanitaires, et une éducation à la propreté, pourraient faire chuter le nombre de ces morts prématurées. Une réduction de la morbidité estimée entre 20 et 45%. En réalité, les progrès sont lents. D’ici à 2015, la population d’exclus des équipements sanitaires pourrait glisser vers les 2,4 milliards de personnes.

Eau et pauvreté. Environ deux personnes sur trois sans accès à l’eau potable survivent avec moins de 2 dollars par jour. Moins d’un dollar pour la troisième. Plus de 600 millions de personnes privées d’évacuations sanitaires disposent de moins de 2 dollars par jour. Plus de 385 millions n’arrivent pas au dollar journalier. Difficile pour ces ménages d’investir dans l’aménagement domestique, dans l’hypothèse où les réseaux sont en place. Au niveau des Etats, les chiffres montrent que l’investissement dans la distribution d’eau potable et la multiplication de réseaux sanitaires éviteraient de plus grosses dépenses liées à la pollution de l’eau, aux maladies, et aux morts prématurées. Cette mortalité coûterait au continent africain l’équivalent de 5% de son PIB. Au chapitre « eau et corruption », le prix d’un raccordement domestique au réseau d’eau serait majoré d’environ 30%.

Eau et agriculture. Grande consommatrice d’eau,  l’agriculture avale 70% des réserves disponibles. Dont une bonne partie est absorbée par l’irrigation, environ 20% des surfaces mondiales cultivées. Soit 40% de la production vivrière totale. Le développement de l’élevage, et le besoin d’aliments qui l’accompagne, accroît la pression sur la ressource. En d’autres termes, la production de viande demande 8 à 10 fois plus d’eau que la production de céréales. Pour le dire autrement, 1 kg de viande nécessite autant d’eau que la consommation moyenne d’une famille riche – 50 litres d’eau par jour et par personne – pendant 10 mois. Pour nourrir tout le monde en 2050, les malnutris et les trois milliards de personnes à naître, il faudrait 50% d’eau en plus. A moins de réduire le gaspillage, moins de récoltes gâchées, moins de transports, et moins d’aliments jetés à la poubelle. Sans oublier une irrigation plus efficace, arroser moins pour produire plus. Une irrigation moins généreuse, aussi, pour les cultures destinées aux carburants alternatifs.

Eau et climat. Pendant la dernière décennie du siècle passé, plus de deux milliards de personnes ont été affectées par les désastres naturels, inondations et sécheresses, surtout. Des sécheresses meurtrières, qui exacerbent la malnutrition et la famine. Et qui rendent l’accès à l’eau encore plus difficile. Des inondations qui corrompent les installations sanitaires, et font le lit des épidémies. L’amplification des inondations pourrait produire 330 millions de réfugiés climatiques. Une errance qui retarderait encore les objectifs des années 2000 et 2002.

M.J.

En lien, une carte inter-active (FAO), « L’eau et les pauvres en milieu rural », irrigation, pauvreté, cultures, et interventions pour réduire la pauvreté sur le continent africain. …


Publié le 10 septembre 2010 par marlene dans Actualité,Développement durable,eau
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FAO, femme, et « genre ».

Bonjour,

En fouillant sur le site de la FAO – l’Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture -, on découvre un lien intitulé «Genre et droit à la terre ». Si le « droit à la terre » s’annonce explicite, la notion de « genre » est plus intrigante.  Le « genre » est un concept sociologique qui transforme le sexe en « homme », ou en  « femme », et qui stéréotype sa fonction sociale. C’est aussi un marqueur d’inégalités. C’est justement là où veut en venir la FAO qui pointe la situation des femmes dans les sociétés rurales traditionnelles. Plus pauvres, écartées des décisions, et sans moyens pour accéder à la propriété, elles sont exclues de l’économie des campagnes. Or, ce sont elles qui font vivre les champs et les enfants. Depuis quelques années, la FAO place les femmes au cœur de sa stratégie de développement rural. Question d’équilibre des « genres », et de sécurité alimentaire pour ceux  qui mangent ce que les femmes cultivent.

Dans l’ombre….

Dans son approche de « genre » en milieu rural, la FAO schématise le rôle de chacun des acteurs. Dans la plupart des sociétés traditionnelles, «l’homme », en principe propriétaire de la terre, tire profit de son travail. Il est plus souvent impliqué dans une agriculture de type « commercial », des légumes destinés aux populations urbaines voisines par exemple. Il prépare ses champs, plante, sème, cultive, et récolte. Il est souvent responsable des troupeaux, dont il peut vendre les bêtes. Il accomplit les tâches forestières, coupe le bois, et le négocie. Dans les communautés de pêcheurs, il monnaie sa pêche aux femmes qui la revendent. Bref, il cumule les fonctions économiques essentielles, et en retire des bénéfices. Dans la même famille, la « femme » tient le foyer. Elle élève les enfants, prépare les repas, s’affaire dans la basse-cour, ramasse le petit bois pour faire la cuisine, et effectue la corvée d’eau. Mais surtout, femme, et filles, produisent une agriculture vivrière, destinée à la consommation du ménage. Elles vendent parfois quelques légumes, quelques fruits ramassés dans les bois,  de petits revenus immédiatement investis dans l’achat de nourriture, ou consacrés à l’éducation des enfants. Et quand la famille manque de « bras », les filles sont les premières à quitter l’école. Les femmes sont exclues des moyens de production qui transformeraient leur statut. Elles n’ont que rarement accès à la terre qui reste soumise aux droits coutumiers, ou à une législation exclusive. Elles n’ont pas droit au crédit, ni à la formation. Elles ne sont pas impliquées dans le business des cultures industrielles, qui prennent la place de leurs cultures vivrières, ou les repoussent vers des sols moins fertiles. La mécanisation de l’agriculture, menée de main d’homme, les éloigne encore de l’économie formelle. Les femmes, qui portent les sociétés traditionnelles, restent des travailleurs de l’ombre.(1)

En attendant….

Dans sa vision de développement agricole, la FAO mise sur  l’égalité des « genres », un partage des terres, des décisions et des bénéfices communs, une participation conjointe aux projets de développement, conditions d’une reconnaissance du rôle des femmes dans le fonctionnement des communautés agraires. S’il est question de « dignité » humaine, il est aussi question de sécurité alimentaire. Dans ces sociétés, les femmes représentent plus de la moitié des bras employés dans les champs. Sur le continent africain, elles constituent  70% de la force de travail, produisent sans doute près de 90% des denrées alimentaires, mais ne possèdent que 2% des terres. (2) La FAO cite une étude qui estime que la productivité agricole de l’Afrique sub-saharienne serait de 20% supérieure si les femmes avaient accès à la terre, aux graines, et aux engrais. (1) En attendant que les femmes, mieux éduquées, libérées des préjugés ancestraux qui leur interdisent de décider, et de posséder, la FAO propose une base de données qui renseigne sur le contexte foncier et la condition féminine dans 78 pays.  Cet outil est destiné aux décideurs qui travaillent à adoucir la condition des femmes dans les sociétés rurales, et a en faire des « actives » déclarées. Une belle intention qui ferait presque oublier que les sociétés se réforment de l’intérieur, et que les inégalités de « genre » ont le sommeil profond.

M.J

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(1) « Gender », FAO, http://www.fao.org/gender/gender-home/gender-why/why-gender/en/

(2) « Le femmes en Afrique », OCDE http://www.oecd.org/document/30/0,3343,fr_2649_33935_39362462_1_1_1_1,00.html


Publié le 25 février 2010 par marlene dans Agriculture.,Alimentation,Développement durable,Non classé
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Climat: des arbres difficiles à négocier.

Bonjour,

Les forêts sont-elles une partie de la solution pour atténuer les effets du changement climatique ? Question de bon sens, la dégradation des forêts est la seconde cause majeure des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Question d’argent, la conservation des forêts primitives dans les pays en voie de développement pourrait être source de financements. La perspective de Copenhague réactualise une option qui suscite, aussi, des controverses…

Amazon deforestation

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Regain d’intérêt pour les forêts.

Avalées par l’agriculture, l’élevage, et les cultures industrielles, soja et palmiers à huile, sur – exploitées par les forestiers, les marchands peu scrupuleux, et les populations pauvres, ravagées par les incendies, les forêts tropicales sont particulièrement malmenées. Entre 1990 et 2005, la planète en aurait perdu plus d’un million de km², dont la moitié en Amazonie. Selon les Nations Unies, la déforestation et la dégradation du couvert forestier seraient responsables de 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Bien plus que tous les pots d’échappements des voitures qui circulent dans le monde. Mais la forêt, acteur du cycle carbone, porterait aussi une réponse à la crise climatique. La restauration des forêts primitives, et le reboisement d’espaces perdus, permettraient de reconstituer des puits de carbone , destinés à le piéger. L’argument, développé par les Nations Unies et la Banque mondiale, intéresse aussi les pays dotés de forêts. En septembre 2009, leurs représentants sont allés à New-York, au siège des Nations-Unies, pour plaider l’intégration du REDD – Reduce Emission from Deforestation and forest Degradation – aux futurs accords de Copenhague. Après plusieurs décennies de coupes claires et de « laisser-faire », les grands pays forestiers de la planète pourraient avoir intérêt à garder leurs forêts debout. (1) (2)

« Forêts » contre « crédits carbone ».

S’il s’agit de reconstituer des espaces forestiers, il s’agit aussi d’attirer des dollars. Le REDD , Réduction des Emissions résultant du Déboisement et de la Dégradation forestière en Français, production des Nations-Unies, (3) est un plan « anti-déboisement » destiné à préserver les forêts d’Afrique, d’Asie-Pacifique, et d’Amérique du Sud. Il devrait fonctionner grâce à un marché carbone. Cette transaction permettrait aux gros pollueurs de la planète de compenser leurs propres excès en achetant des « crédits-carbone » aux pays qui restaurent  leur couvert forestier. Le programme REDD estime à 30 milliards de dollars annuels les gains de l’échange. (2) Ce mécanisme, qui parie sur la reconstitution de puits à carbone naturels, permettrait encore de réhabiliter un cadre de vie pour les communautés associées. La Banque mondiale estime à 1,2 milliard  le nombre de personnes qui dépendent, à des degrés divers, d’un environnement forestier. S’il s’agit de recomposer les forêts dégradées, il s’agit aussi de freiner l’abattage des arbres. Un cabinet indépendant, mandaté par le REDD, évalue entre 22 et 29 milliards de dollars le financement pour réduire la déforestation d’un quart, d’ici  2015. (2) Projection plus imagée, il faudrait que chaque personne plante deux arbres, chaque année pendant dix ans, pour effacer une décennie de déforestation. (4)

Terrains d’exercice.

En attendant que ce projet – dont les financements restent encore flous – soit intégré à la dynamique climatique décidée à Copenhague, une dizaine de pays, sélectionnés sur les trois continents, sont déjà en piste pour tester la première phase du REDD. Pays pilote, le Vietnam, dont les 10% de couvert primitif contrastent avec une moitié de forêts appauvries, ou en voie de recomposition. Le pays doit recevoir une enveloppe de plus de 4 millions de dollars – don de la Norvège – pour tenter de reconstituer son environnement forestier. Au Brésil, dans l’Etat de l’Amazonas, où se déploie plus d’un million et demi de km² de couvert amazonien, les populations se préparent à échanger une pratique forestière plus responsable, contre des financements. L’Indonésie, qui présente à la fois un fort potentiel et un terrain difficile, développe un projet de conservation sur plus de 4000 km² dans la forêt d’Ulu Masen, dans la province d’Aceh.  Chaque année, près de 3,3 millions de « crédits carbone » devraient récompenser les 100 millions de tonnes de CO² , en principe, gagnés au cours des 30 prochaines années. L’équivalent de 50 millions de vols « Londres-Sydney ». (5) D’ailleurs, en Indonésie, le prix des forêts primitives encore debout serait en train de grimper. (1) Autre terrain d’exercice, le bassin du Congo, où s’élabore encore une stratégie de conservation des forêts.

Un casse-tête d’experts

« Au départ, nous faisons par exemple une photographie du volume du carbone stocké dans la forêt. On verra par la suite, à partir de ces photographies, les activités conduites dans la forêt (agriculture et exploitation forestière). Après cela, on établira un plan de travail et l’on pourra alors déterminer très clairement ce que les populations auront pu conserver comme carbone qui nous sert ici d’unité de mesure. » Extrait d’une mise en œuvre, qui ne s’annonce pas simple, dans le Bassin du Congo.(6) L’une des difficultés de la transaction « forêts contre crédits » reste l’évaluation du gain « carbone ». Autre difficulté, redistribuer – équitablement – les bénéfices de la conservation des forêts. Comment faire en sorte qu’elle arrive sur le terrain, où il n’est pas sûr qu’elle compense une activité de « déboisement », qui profite à beaucoup de monde ?  Sans compter quelques inconnues, exemple au Vietnam. Des chercheurs de l’Université catholique de Louvain, en Belgique, ont révélé que 40% du couvert forestier regagné entre 1987 et 2006 avait été « avalé » par le voisinage. Pendant que le Vietnam poursuivait une politique offensive de reboisement, le Laos, le Cambodge, et l’Indonésie, continuaient à déboiser. La moitié du bois importé au Vietnam était d’origine illégale.(7) Entre un Brésil qui laisse des troupeaux et ses cultures industrielles s’installer à la place des forêts, une Asie du Sud – Est qui voit ses arbres reculer sous la pression des plantations de palmiers à huile, et une partie de l’Afrique qui grignote ses espace forestiers pour nourrir toujours plus de bouches, la transaction « forêts contre crédits » annonce un vrai casse-tête d’experts.

En attendant un mécanisme REDD mieux huilé, certaines voix – New Carbon Finance, Greenpeace – s’élèvent pour dénoncer ses effets secondaires. Financer la déforestation, via le marché du carbone, en ferait chuter les cours. Ce qui pourrait priver de fonds d’autres initiatives destinées à contenir le réchauffement climatique, plus ciblées. Et si ce mécanisme fonctionnait, il permettrait aux pays riches d’acquérir, à bon prix, des droits à polluer, échangés contre quelques centaines d’hectares de forêts primitives, peut-être encore debout au moment de la transaction…

M.J

(1) « Governments See Dollars in Re-Grown Forests », Voice of America, Luke Hunt, Bangkok, 05-11-2009.http://www.voanews.com/english/2009-11-05-voa10.cfm

(2) Conférence de Presse sur le Programme de l’ONU pour la réduction des émissions causées par le déboisement et la dégradation des forêts dans les pays en voie de développement. (UN-REDD), 23-09-2009. http://www.un.org/News/fr-press/docs/2009/Conf090923-Jagdeo.doc.htm

(3) Le projet REDD, présenté en 2008, résulte d’une collaboration entre l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

(4) « Woods are spreading over hills around Yan’an, the city where Chairman Mao lived. Here are the facts about reforestation.”, Alice Fishburn , The Times, 05-11-2009, http://www.timesonline.co.uk/tol/news/science/eureka/article6901277.ece

(5) “Carbon Trading May Reward Indonesians for Saving Rainforest”, Jim Efstathiou Jr, Bloomberg, 07-02-08http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601085&sid=aD1Vb_5uDGlA&refer=europ

(6) “Bassin du Congo : 2,5 milliards de Fcfa pour la conservation du carbone”, Beaugas-Orain Djoyum, Le jour Quotidien, 06-07-2009. http://www.lejourquotidien.info/index.php?option=com_content&task=view&id=5454&Itemid=75

(7) “Vietnam outsources deforestation to neighboring countries », Rhett A. Butler, mongabay.com “, September 02, 2009http://news.mongabay.com/2009/0902-vietnam.html

(8)” Faisons les comptes : les crédits forestiers et leurs effets sur les marchés du carbone », Kate Dooley, Fern/org, Briefing note 06, Juin 2009, 8 p.

http://www.fern.org/media/documents/document_4418_4421.pdf


Publié le 12 novembre 2009 par marlene dans Climat,Copenhague,déforestation
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Afrique, pauvreté, environnement, et développement.

Bonjour,

Semaine de l’économie africaine sur le Webpedagogique, petite recherche, un titre accroche mon œil : « Afrique : pourquoi le continent le plus riche est-il également le plus pauvre ». « L’Afrique est connue comme l’une des parties les plus riches du monde lorsqu’il s’agit des ressources naturelles, pourtant elle est également la région la plus pauvre – malgré les richesses naturelles et le flot d’aides », a déclaré Charles Mutasa, directeur exécutif du African Forum and Network on Debt and Development (AFRODAD) » Plus loin : « « La dette écologique causée par l’exploitation des ressources naturelles joue un rôle crucial dans ce scénario », a ajouté Mutasa. « Elle maintient le continent en bas, empêche la région de sortir du cercle de la pauvreté, et déclenche la nécessité d’avoir plus d’aide » » Cet article développe l’exemple de la Zambie, ses mines de cuivre, ses exploitants prospères, ses populations exclues des profits, mais généreusement dédommagées en déchets et en poussières, résultat d’une exploitation irrespectueuse. La question de l’exploitation des richesses africaines, et leurs conséquences environnementales sur la vie des communautés, trop rarement discutée lors des Conférences internationales, figurait à l’agenda du 3° Forum de Haut Niveau sur l’efficacité de l’Aide au Développement.

Une aide aux consultants…

Troisième rencontre après Rome (2004) et Paris (2005), le Forum d’Accra (2-4 septembre 2008) visait à examiner l’aide au développement, et ses dysfonctionnements. Vaste programme qui dépasse la question environnementale, mais qui l’inclut. Et s’il y a rencontre, c’est qu’il y problème. Mais je ne vais pas fouiller le sujet, quelques kilomètres de blog n’y suffiraient pas. Retour sur le forum d’Accra qui a rassemblé des représentants et pays donateurs, des pays bénéficiaires, et de la société civile, pour examiner les acquis de la Déclaration de Paris. C’est-à-dire tenter de réajuster une aide peu efficace, mal ciblée, et souvent trop lente, malgré les bonnes intentions affichées. Au total, plus de 100 milliards de dollars sont alloués chaque année aux pays les plus démunis.(1) Une aide ralentie par les procédures administratives, instrumentalisée par les rivalités politiques, et soulagée par la corruption. Une récente étude sur la Déclaration de Paris montre que moins de la moitié des fonds alloués arrivent dans les délais prévus par les bailleurs de fond. (1) Les représentants des Eglises d’Afrique et des organisations religieuses internationales, très présentes sur le terrain de la pauvreté, prétendent que les plus démunis ne profitent pas de l’aide. Dans un texte destiné à préparer le forum d’Accra, le collectif religieux affirme que six des 11 millions d’enfants qui meurent chaque année pourraient être sauvés avec des moyens simples et peu coûteux. Le rapport souligne encore que « l’aide est estimée sur la quantité, et non par ce qu’elle apporte au développement ». « La Déclaration de Paris ne tient pas compte du développement durable », poursuit le collectif. Encore deux extraits: « La moitié de l’aide est donnée sous la forme de consultants qui coûtent cher et qui répondent aux directives des donneurs. », « Les gouvernement des pays riches se comportent de façon honteuse en limitant l’aide à leurs propres intérêts économiques… »

De fait, l’aide au développement génère une dynamique complexe. Elle a des incidences sur le commerce des pays secourus, leur dette, la gestion des ressources. Elle influe sur la politique internationale, et reste ligotée à certains intérêts. La crise financière, la hausse des produits alimentaires, les difficultés d’accès à l’énergie, ou les effets du changement climatique l’ont rendue plus urgente, et plus précieuse, sur un terrain qui n’en verra peut-être jamais la couleur…

M.J

L’article d’attaque : « Afrique: Pourquoi le continent le plus riche est-il également le plus pauvre? »Miriam Mannak, 9 Septembre 2008 http://fr.allafrica.com/stories/200809091141.html

Pour en savoir sur le Forum D’Accra deux points de vue africains : Arbre à Palable / Forum d’ACCRA – septembre 2009 (1) http://www.arbre-a-palabre.org/2008/09/forum-daccra-septembre-2009/, et « La société civile exige une action urgente en matière d’aide au développement », 1er septembre 2008, Libération-Afrique http://www.liberationafrique.org/spip.php?article2289. Côté occidental, une présentation du processus – et des priorités – de l’aide au développement sur le site de l’Agence française de Développement (AFD) http://www.afd.fr/jahia/Jahia/home/Efficacite_1/pid/1686, et un appel à l’efficacité de l’aide par la Commission européenne http://www.eu-un.europa.eu/articles/fr/article_8119_fr.htm

Enfin, un lien vers AFRODAD, un organisme de recherche qui examine le problème de la dette africaine, et son impact sur le développement du continent. http://www.afrodad.org/index.php?option=com_frontpage&Itemid=1


Publié le 4 décembre 2008 par marlene dans Actualité,Afrique,Developpement
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Le jatropha, le pour, et le contre…

Bonjour,

Lu sur Inter Press Service, Johannesburg: “le biocarburant issu du jatropha gagne du terrain”. L’histoire se passe au Burkina Faso, petit pays sahélien et semi -aride d’Afrique de l’Ouest, où Autorités et entrepreneurs projettent de développer les plantations de pourghère, nom africain du Jatropha Curcas, une culture prétendue pleine de ressources. Il faut dire que le jatropha curcas, qui pousse sur les sols pauvres et résiste aux sécheresses, présente une fiche d’adaptation, environnementale et climatique, impeccable. L’arbuste, qui freine l’érosion, qui enrichit les sols grâce à son humus, contribue à la réhabilitation de terres dégradées. Autre avantage, il est facile à cultiver. Et surtout, ses graines oléagineuses peuvent être converties en carburant alternatif, utilisé pur, ou mélangé avec du gazole. Une aubaine pour les pays pauvres, où il ne pousse pas grand-chose. Les défenseurs de ce carburant alternatif prétendent qu’une seule pousse de jatropha produit un litre de carburant alternatif par an, ce pendant une quarantaine d’années.(1) A ce rythme là, le jatropha pourrait effectivement réduire la facture pétrolière de nombre de pays pauvres. Et puisque que l’on parle de développement, on parie beaucoup sur ce nouveau débouché, alternative à des cultures traditionnelles devenues moins rentables, carburant bon marché pour celui qui le cultive, pôle d’emploi pour les femmes. Et donc sources de revenus pour les ménages. Avec une inquiétude cependant, éviter de mettre la culture de l’arbuste en concurrence avec une agriculture vivrière, question de sécurité alimentaire. Les aménageurs burkinabés ont bien compris ce risque.

Pour éviter que le jatropha s’installe sur des terres fertiles, le gouvernement burkinabé et les promoteurs recommandent aux producteurs de planter les arbustes autour des zones de cultures traditionnelles. Cette barrière, non comestible, devrait éloigner les animaux et protéger les champs.Message relayé par un chef traditionnel,  impliqué dans le développement de ce « nouvel or vert ». Il conseille aux agriculteurs de préférer des terres impropres aux cultures, et de laisser les cultures traditionnelles à leur place. Reste sans doute à définir ce qu’est une terre « impropre à la culture ». Des terres dédiées aux pratiques communautaires, un espace forestier ? (1) Toujours est-il que la culture du Jatropha gagne du terrain au Burkina Faso. Quelques milliers d’hectares sont déjà cultivés par des groupements villageois dans un certain nombre de régions, Hauts Bassins, boucle de Mouhoum, les Cascades à l’ouest, la zone de Tapoa à l’est, ou Sissili au centre-ouest du pays, indique-t-on encore dans l’article. Et quelques centaines d’hectares dans la province de Tuy, à l’Ouest du pays.(2) On y apprend encore que le gouvernement Burkinabé projette de planter 200 000 hectares supplémentaires dans quatre provinces du pays, un projet soutenu très fort par la société française Agro-Energie Développement. Un accord-cadre, entre les dirigeants du pays et la société française, scelle cette promesse de développement, qui pourrait aussi soulager la facture pétrolière du Burkina-Faso. A terme, il s’agit de développer des unités de transformation de la graine, sur place. Mais les Français ne sont pas les seuls à s’intéresser au jatropha, et au Burkina Faso. Les Canadiens, représentés par Green Oil , filiale de Indépendance Oil and Gaz -, ou les Allemands, via Deutsch Biodiesel, travaillent en partenariat avec le chef coutumier cité plus haut. Ce dernier projet, impliquant plus de 50.000 producteurs, vise à planter 60.000 hectares de jatropha, cultures individuelles et haies vives. Le groupe allemand, associé à la société Nature Tech Afrique – spécialisée dans le secteur des énergies renouvelables-, et relayé sur le terrain par l’association Belwet , projette encore de transformer le tourteau des graines de jatropha en aliments pour bétail, autre débouché. Le Belwet-Nature Tech Afrique-D.B.D souhaite multiplier ses interventions, restaurer les sols dégradés, développer une économie rurale à base d’huile de jatropha – alternative à l’utilisation du bois comme combustible domestique, et donc à la déforestation -, ou produire du savon à partir de cette d’huile. (2) Le jatropha, stimulant d’une économie locale, avant de changer d’échelle. Les Occidentaux, enclins à accompagner le développement africain, sont prêts pour transformer le jatropha en carburant alternatif. Mais la législation du pays tarde à autoriser la conversion. En attendant, quelques Africains s’envolent pour l’Europe s’instruire sur les techniques de la filière.(2) Dans les villages, d’autres sont initiés aux vertus économiques du jatropha.

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« On l’appelle l’or vert car c’est une plante miracle dont on peut attendre beaucoup », plaide Pierre Tapsoba, représentant d’Agro-Energie Développement au Burkina. On parle encore d’une « manne pour l’Afrique » (2), une « plante de rente » pour le Burkina Faso, un vecteur de développement, et de lutte contre la pauvreté. Dans certaines zones rurales, le jatropha – introduit à l’époque coloniale – pourrait à terme remplacer les anciennes cultures spéculatives, le coton ou les céréales. Mais tout le monde ne partage pas cet enthousiasme :

« D’abord, le coton, puis la Gomme Arabique (J’aimerais bien qu’on puisse me dire où ils en sont) et aujourd’hui le Jatropha pour lequel on ne tarit plus d’éloges: lutte contre la désertification, vertus médicinales, … et en prime le “Pétrole”! De quoi faire rêver nos paysans qui ne savent d’ailleurs plus à quel saint se vouer tant ils sont acculés par cette pléthore de programmes/promesses.

Le marché Burkinabè souffre actuellement d’une pénurie de riz. Les prix des denrées de première nécessité ne cessent de croître. Ne gagnerons-nous pas à renforcer nos capacités dans la production de ces aliments plutôt qu’à se lancer dans des aventures dont l’issue peut être incertaine sans mentionner les dégâts collatéraux que cela pourrait engendrer sur la production agricole vivrière ?…..

Par ailleurs, en supposant que le Jatropha connaisse tout le succès qu’on lui prédit. Et que tous les Occidentaux se mettent au bio-carburant. Où pensez-vous, qu’iraient leurs “vieilles machines au diesel”…» La suite

Reste que le Jatropha, souvent présenté comme « l’or vert du désert », avec promesses de développement pour les pays pauvres, trouve aussi des détracteurs. En lien, un site dédié au Jatropha. Et une approche assez critique (source1), qui examine certaines questions, environnementales, sociales, et économiques, liées à la culture d’un arbuste. Avec une remarque basée sur une étude indienne, qui établit une relation entre irrigation, rendements, et rentabilité. Comme la plupart des plantes, le Jatropha pousse mieux si on l’arrose…

M.J

(1) « Le jatropha, l’agrocarburant des pauvres ? », Grain http://www.grain.org/seedling/?id=522

(2) Burkina Faso : lutte contre la pauvreté – « Le Jatropha, une manne pour l’Afrique », dixit Labe Naaba, l’Observateur Paalga ( Ouagadougou) / 14 février 2008.


Publié le 5 septembre 2008 par marlene dans Afrique,biocarburants,Non classé
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