Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les revendications du Japon sur la queue des Kouriles.

Bonjour,

 

La queue des Kouriles.

La dispute pour les îles Kouriles oppose la Fédération de Russie, qui a hérité de l’URSS, l’ex-Union soviétique, quatre îles réclamées par le Japon. Comme pour mieux souligner cette revendication territoriale, le Japon appelle ces îles les « Territoires du Nord ». Sur la carte, ces terres  qui ferment l’archipel des Kouriles , un arc insulaire qui s’étire sur 1300 kilomètres entre la Mer d’Okhotsk et le Pacifique Nord, semblent continuer l’insularité japonaise. Le dernier groupe d’îles en question prolonge d’ailleurs le cap de Nausappu, situé à l’Est d’Hokkaïdo, le territoire Nord de l’archipel nippon. Les îles de Kunashiri et d Etorofu sont les plus étendues, Shikoban  plus petite, et les Habomai sont des ilôts, dont l’un se situe à moins de 4 kilomètres des côtes japonaises. Occupées par la Russie, historiquement peuplées de communautés de langue japonaise, ces îles sont revendiquées par le Japon. La visite de Dmitri Medvedev, le Premier Ministre russe, sur l’île de Kunashiri au début de l’été 2012, épisode récent d’une querelle ancienne, n’a guère été du goût des Japonais. En apparence, ce différend rappelle une autre discorde en Mer de Chine orientale, entre la Chine et le Japon, qui se disputent les ilôts inhabités de Diaoyu/Senkaku, dont les environs sont dotés  de conséquents gisements de gaz et de pétrole. Mais la querelle des Kouriles, peuplées depuis longtemps, s’apparente plus à un héritage de la Seconde Guerre mondiale, quand décideurs et diplomates jouent avec les frontières en fonction des intérêts du moment. Même si la question de la pêche, la Mer d’Okhotsk est riche en poissons, n’est pas sans importance. (1) (2) (3)

 

Entre Russie et Japon.

En 1945, Yalta promet le Sud de l’île de Sakhaline et les Kouriles à l’Union soviétique de Staline, remerciement pour son offensive contre le Japon. Sans vraiment préciser le territoire de l’archipel. Un peu plus tard, le Traité de San Francisco (1951-1952) donne Sakhaline aux Soviétiques, et désigne les Kouriles Méridionales comme partie du territoire japonais. Lors des derniers jours de la guerre, l’URSS envahit les Kouriles. Plus de 17 000 Japonais sont expulsés de l’archipel, des civils et des soldats sont déportés  au Kazakhstan et en Ouzbékistan. L’URSS, qui pointe la présence américaine sur le sol japonais, met en doute la souveraineté du pays cet après-guerre. Staline refuse de  ratifier le Traité de San-Francisco. En 1946, le gouvernement soviétique confirme son gain territorial. Les relations diplomatiques entre les deux pays sont rompues. En 1951, l’URSS refuse toujours de signer un Traité de paix avec le Japon. D’un côté, les promesses de  Yalta confèrent un droit aux soviétiques sur les Kouriles, justifient les intéressés. Le Japon, qui a renoncé à ses prétentions sur les Kouriles par le Traité de San Francisco, prétend lui que les îles méridionales convoitées ne font pas partie de l’archipel.(1)(2) Dans la Géographie Universelle de R. Brunet (1994), dans un chapitre intitulé « Le Monde des îles », Philippe Pelletier interroge l’histoire de cette intermédiarité insulaire, entre Russie et Japon, qui ont su souvent s’entendre pour servir leurs intérêts.  Quelques dates tirées d’une histoire compliquée. (4)

 

Un voisinage longtemps équilibré.

En 1855, le Traité de Shimoda, signé entre la Russie des Tsars et le Japon des Shoguns, trace une frontière entre les îles Etorofu et Urrupu, située plus au Nord. Cet accord avalise le partage de Sakhaline entre les deux voisins. En 1875, le Traité de Saint-Petersbourg donne Sakhaline à la Russie, et les Kouriles au Japon. A l’issue de la guerre russo-japonaise (1904-1905), le Japon, vainqueur, prend le contrôle du sud de Sakhaline. Conquête non contestée par la Russie, et avalisée par le Traité de Portsmouth. Puis, les convoitises sur la Mandchourie contraignent à l’entente. En 1907, les deux pays s’engagent à respecter leurs frontières, avant de projeter leur zone d’influence respective en Corée, en Mandchourie, et en Mongolie. Le Japon, qui reconnaît l’URSS en 1923, une année après sa création, évacue ses troupes du Nord de  Sakhaline. Le Japon et la Russie coopèrent pour exploiter les richesses de Sibérie, les échanges s’intensifient. En 1925, l’URSS reconnaît le Traité de Portsmouth, et la présence japonaise dans le Sud de Sakhaline. Jusqu’en 1945, les deux pays travaillent, par intérêt partagé, à un voisinage équilibré. En aout 1945, Staline viole le pacte de non agression, signé avec le Japon en 1941. Lors des derniers jours de la guerre, l’armée soviétique se déploie dans son voisinage asiatique. L’archipel des Kouriles et le sud de Sakhaline sont occupés. (4)

 

Les aborigènes du Japon.

D’après Philippe Pelletier, un petit tour en Préhistoire révèle des communautés de chasseurs-pêcheurs-agriculteurs qui essaiment dans le Sud de Sakhaline, dans les Kouriles, et dans le Nord-Est du Honshu. Vers le X° siècle, ces populations Aïnou sont repérées dans le Hokkaïdo. Les Japonais, qui commencent à coloniser le Sud de l’île commercent avec eux. Les bénéfices de ce commerce, les perspectives d’autres transactions avec les Chinois, via la Sibérie, et les richesses d’une région encore intacte, contribuent à attirer d’autres populations japonaises. La communauté Aïnou fait les frais de ce peuplement. Malmenée, exploitée, elle amorce un déclin. Face au nouvel ordre qui s’impose, les révoltes sont vaines. Philippe Pelletier évoque un « ethnocide ».Au début du XIX° siècle, une immigration orchestrée par le pouvoir japonais, vise à développer Hokkaïdo. Il s’agit aussi d’occuper ce territoire, qui voisine avec la Russie. La communauté Aïnou ne résiste pas à une politique d’assimilation musclée. Isolée, sa population décline rapidement. Les Aïnous, plus de 21.000 1807, 16.000 au milieu du XIX° siècle, 18.000 personnes en 1917, ne sont plus que 16.000 après la Seconde Guerre mondiale.(4) C’est en 1946  que les Aïnous obtiennent les mêmes droits que les Japonais.(5) Pourtant, un siècle plus tôt,  lors du Traité de Shimoda, le Japon, qui veut garder les Kouriles, prétend que les Aïnous qui vivent sur ces territoires depuis longtemps sont Japonais, (5)

 

Peu d’enthousiasme pour le Japon.

« Les Territoires sont-ils ou non japonais ? », s’interroge Philippe Pelletier. « La question prend tout son sens lorsqu’on évoque enfin l’existence des Aïnous, les premiers occupants des Kouriles. Etorofu, la principale des îles incriminées, n’est-elle pas le symbole de la résistance des Ainous contre la colonisation japonaise ? » (4) Aujourd’hui les Aînou, Ainou et métissés, sans doute plus de 20.000 personnes, sont l’une des minorités d’un archipel des Kouriles dominé par les populations russes. En novembre 2005, le Hokkaïdo Shimbun effectue un sondage auprès des populations des trois îles des Territoires du Nord, la quatrième étant  inhabitée. Les personnes interrogées doivent donner leur avis sur l’éventualité d’un retour sous souveraineté japonaise. 80% des résidents de l’île d’Etorofu, et 63% de ceux de Kunashiri s’y opposent. Quand plus de la moitié des insulaires de Shikotan, réputés  plus en contact avec des populations connaissant le Japon, le souhaiterait. (2)

M.J

 

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(1) Wikipedia, Iles Kouriles, / http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Kouriles

(2) Northern Territories / Kuril Islands

http://www.globalsecurity.org/military/world/war/kuril.htm

(3) “Un contentieux insulaire mjeur en Extrème-Orient les Kouriles”, Elisabeth Fouquoire-Brillet, Institut de Stratégie Comparée, Commission Française d’Histoire Militaire, Institut d’Histoire des Conflits Contemporains, non daté. http://www.stratisc.org/strat_050_FOUQUOIREJ.html 

(4)- Gentelle P., Pelletier Ph. (dir. Brunet R.) - Chine, Japon, Corée - Géographie Universelle – Belin/Reclus – 1994,  « Livre deuxième: Le Japon -Première partie: Des îles et des idées -Chap. 1. Le monde des îles » , Philippe Pelletier, p225-230 http://www.mgm.fr/PUB/GUV5.html

(5) Histoire des Ainous, Exposé rédigé par Jolan, Juin 2004. http://www.buta-connection.net/phpBB2/images-exposes/ainous2/Ainous_Partie2.pdf

 

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Publié le 8 octobre 2012 par marlene dans Histoire.,Japon,Russie,Territoire
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Les rochers Liancourt entre Corée et Japon.


Bonjour,

Des rochers très surveillés. Les Sud-Coréens les appellent Dokdo, les îles solitaires. Elles se sont aussi appelées Usando, Hajido, et Sambongdo. Pour les Japonais, elles sont Teshima, les îles aux bambous. Les chasseurs de baleines français, qui naviguent sur cette mer en 1849, les nomment rochers Liancourt. Du nom de leur baleinier. Cette mer dans laquelle baignent ces îles, entre péninsule coréenne et archipel japonais, est d’ailleurs un sujet de discorde. Les Coréens l’appellent Donghae, la Mer de l’Est. Pour les Japonais, elle est la Mer du Japon. (1) Mais revenons à nos ilôts qui se composent de deux rochers principaux nés de l’activité volcanique, entourés d’une trentaine d’autres, plus petits. L’archipel s’étend sur une vingtaine d’hectares, la superficie d’une propriété à la campagne. Ces îles sont difficiles d’accès, battues par les vents et les pluies, soumises à une météo capricieuse. A première vue, ces rochers, hostiles et isolés, ne présentent guère d’intérêt. Ce n’est pas l’avis des Coréens, qui les occupent depuis 1954. Et qui entendent bien continuer à faire figurer ces confettis sur la carte de leur territoire national. Ce n’est pas non plus l’avis de ces Japonais qui rêvent de les intégrer à l’archipel nippon. Ces rochers, situés à plus de 200 kilomètres des côtes de la péninsule coréenne, et à un peu plus de 80 kilomètres de l’île d’Ulleung, sont distantes de plus de 150 kilomètres d’Oki, l’île la plus occidentale du Japon., et de 250 kilomètres des côtes du Honshu.  Peuplés de quelques garde-côtes et d’un vieux couple de pêcheurs, ces ilôts sont surveillés de près par la Corée. (2) (3

Querelle de territoire. Dokdo, mentionnée assez tôt dans l’histoire coréenne, est désignée vers le XV° siècle dans sa géographie. Au Japon, le nom de Dokdo apparaît au XVII° siècle. Mais c’est surtout au cours de la première moitié du XX° siècle, que Dokdo, ou Tokto selon les transcriptions, marque un temps important de la mémoire collective coréenne. Le Japon, dont l’influence progresse rapidement au XIX° siècle dans cette partie de l’Asie, s’approprie ces rochers en 1905. Ils les renomment Takeshima. Cette conquête est l’avant poste de la colonisation de la péninsule coréenne. En 1905, la Corée devient protectorat japonais, avant d’être annexée en 1910. Les Japonais pillent ses ressources et ses réserves agricoles, asservissent sa main d’œuvre et ses femmes, et programment la disparition de la culture coréenne. Ce temps long de l’histoire de la Corée, quatre décennies, s’achève en 1945. Après la Seconde Guerre mondiale, et  les hésitations des Etats-Unis, Dokdo ne figure pas sur le Traité de San Francisco. Le  Japon en profite  pour revendiquer ce territoire. En 1952, la Corée proclame sa souveraineté sur une partie de cette mer qui la sépare du Japon, et qui inclut les rochers de Dokdo. Depuis 1954, la Corée administre et garde jalousement l’accès à ce confetti territorial. En 1954, puis en 1962,  le pays refuse que la question de Dokdo soit examinée par  la Cour Internationale de Justice (CIJ), sur proposition du Japon. Ce tribunal mondial, chargé de régler les différends territoriaux, ne peut engager une procédure sans l’accord des Etats concernés.(2) (3) (4)

Touristes. En 2008, un article du New-York Times s’intéresse aux iles Dokdo, et à ces touristes coréens qui font la traversée, en signe de solidarité nationale: « Chaque jour, si le temps le permet, des centaines de Coréens du Sud embarquent à destination de ce groupe d’îlots pratiquement inhabitables, situés à sept heures de mal de mer du continent coréen. » (4) Les vagues sont si imprévisibles, décrit encore le narrateur, qu’un peu plus de la moitié des visiteurs peut accoster sur l’un des rochers pour une visite de 20 minutes. Pendant que les autres doivent se contenter d’un tour en ferry, en agitant des drapeaux coréens. En 2005, année du cinquantenaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, annoncée comme le temps de la réconciliation entre Corée et Japon, la Préfecture de Shimane fait du 22 février un jour dédié à Takeshima, piqure de rappel de la projection territoriale du Japon. Shimane est la préfecture qui a revendiqué Dokdo, quelques mois avant l’invasion japonaise de 1905. Puis, le Ministère de l’Education nationale du Japon approuve une révision de l’histoire dans des manuels scolaires. Les textes minimisent le passé colonial du Japon, et les crimes de guerre associés. En réponse, les rues de Séoul s’agitent, pendant que grandit un sentiment anti- Japonais. En août dernier, à quelques jours de l’anniversaire de la capitulation du Japon, le président sud-coréen, Lee Myung-Bak, fait le voyage jusqu’aux rochers. Il est le premier leader sud-coréen à y mettre les pieds. Tokyo se met en colère, convoque l’ambassadeur de Corée du Sud, et rappelle le sien en poste à Séoul. Le ton monte. Le Japon renouvelle sa demande d’un examen du contentieux territorial par la CIJ. Cette question de géopolitique régionale n’exclut peut-être pas quelques visées économiques : une extension de la ZEE, la zone économique exclusive associée à Dodko, l’accès à des eaux poissonneuses et à quelques réserves d’hydrocarbures situés à proximité des rochers. (3) (4)

Peur. Globalsecurity.org, site commercial américain qui s’intéresse aux questions de stratégie, et à cette querelle de territoire, synthétise la position des nationalistes coréens. (3) Selon eux, l’acharnement des Japonais à réclamer Dokdo  s’inscrirait dans une vision stratégique qui fait écho à l’invasion de 1905. La diplomatie japonaise actuelle, ou les relations diplomatiques que le Japon entretient avec la Corée, rappellent la tradition  impérialiste nippone. Dokdo, ne serait pas seulement un différend territorial, mais une querelle de Nations. En défendant Dokdo, et la souveraineté de la Corée du Sud, les nationalistes s’opposent à ce qu’ils considèrent comme la nouvelle diplomatie impérialiste du Japon.(3) Un point de vue intitulé « Les îlots Dokdo ou le fantasme de la reconquête japonaise », signé Pascal Dayez-Burgeon,  publié dans Libération par le 18 septembre dernier, contextualise cet argument : « En fait, Dokdo est révélateur d’une peur profondément ancrée dans la conscience collective des Coréens : celle d’une reconquête de leur pays par le Japon. L’histoire ne leur donne pas tort. » Le chercheur évoque une mémoire collective coréenne traumatisée par les nombreux assauts d’un Japon expansionniste. Ces agressions, caractérisées dès le XIII° siècle, répétées au XVI° siècle, se manifestent violemment au début du XX° siècle. Depuis, le Japon projette son ombre sur la Corée, s’insinue dans sa mémoire collective, et contrarie peut-être son destin national. « Il y a loin, bien sûr, du fantasme à la réalité. Que l’on sache, la reconquête japonaise n’est pas à l’ordre du jour. L’affaire Dokdo n’en souligne pas moins un profond malaise.» nuance le chercheur, qui s’interroge sur l’avenir d’une péninsule coréenne, entre Chine et Japon. (6)

M.J

 

Difficile de trouver une video simplement informative !

 

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(1) A lire : Philippe Pelletier : « Mer du Japon, mer de l’Est ou bien quoi ? La toponymie asiatique confrontée à son Extrême-Orient » Résumé de la communication du 9 octobre 2009 , à l’Institut d’études politiques de Lyon. http://triangle.ens-lyon.fr/spip.php?article1241

(2)Liancourt Rocks, Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Liancourt_Rocks

(3) Liancourt Rocks / Takeshima / Dokdo / Tokto http://www.globalsecurity.org/military/world/war/liancourt.htm

(4)Liancourt Rocks Dispute, http://en.wikipedia.org/wiki/Liancourt_Rocks_dispute

(5)« Desolate Dots in the Sea Stir Deep Emotions as South Korea Resists a Japanese Claim” Choe Sang-Hun, The New York Times, 30-08- 2008 http://www.nytimes.com/2008/08/31/world/asia/31islands.html?pagewanted=all&_moc.semityn.www

(6)« Les îlots Dokdo ou le fantasme de la reconquête japonaise », Pascalo Dayez-Burgeon, Directeur adjoint de l’Institut des sciences de la communication du CNRS, Libération, 18-09-2012http://www.liberation.fr/monde/2012/09/18/les-ilots-dokdo-ou-le-fantasme-de-la-reconquete-japonaise_847200

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié le 1 octobre 2012 par marlene dans Actualité,Japon
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Des « îles aux chèvres » très convoitées.

Bonjour,

Mini archipel. Les îles Senkaku, nom décliné à la japonaise, se situent en Mer de Chine orientale, à environ 400 kilomètres à l’Ouest de l’archipel d’Okinawa, et à un peu moins de 200 kilomètres au Nord-Est de Taïwan. C’est un mini archipel composé de cinq îles volcaniques et de trois rochers. Ces îles sont considérées comme « terra nullius », des terres jamais véritablement habitées. La faune et la flore n’y présentent pas grand intérêt, sauf peut-être quelques oiseaux à plumes. Plus intéressant, les eaux y sont poissonneuses et les fonds marins prétendus dotés d’hydrocarbures. Ces îles, situées à la lisière  du continent asiatique, trop petites pour figurer sur toutes les cartes, sont convoitées par le Japon, la Chine, et Taïwan, qui réclame un peu moins fort. Ce différend territorial, tissé après la Seconde Guerre mondiale, est évoqué par Mao Tsé Toung qui visite le japon en 1978. Il invite à mettre en suspens la question des Senkaku , « pour être traitée par une génération future plus sage ». (1) Les Senkaku, appelées Diaoyu par les Chinois, sont aujourd’hui contrôlées par le Japon.

 

Géo-histoire.L’histoire de cette querelle territoriale entre la Chine et le Japon -Taïwan est ici oubliée -, portée par un fort ressentiment entre les deux Nations, débordée par un nationalisme virulent, est complexe et ancienne. Dans son Atlas du Japon, Philippe Pelletier en synthétise le cours. (2) D’abord une présence chinoise ancienne, fin du XIV° siècle, attestée par des récits de voyages. Une thèse (2008) en précise les  relations. (1)  En 1372, l’archipel des Ryukyu paie tribut à la Chine. Au début du XVII° siècle, cette relation tributaire lie les Ryukyu  à la Chine,  et au Japon. En 1879, les Japonais annexent les Ryukyu, et découvrent les Senkaku quelques années plus tard. En 1895, ils les intègrent à l’archipel nippon, dans un contexte de guerre sino-japonaise (1894-1895) et de conquêtes territoriales. La Chine n’est pas en mesure de protester. En 1896, l’île, prêtée par le gouvernement japonais, est exploitée par un industriel, Tatsushirō Koga. Il y développe la pêche à la bonite, et valorise les plumes d’albatros. En 1940, c’est la faillite, l’île est abandonnée. L’archipel d’Okinawa, théâtre de violences inouïes pendant la Seconde guerre mondiale, puis de tensions entre les Etats-Unis et le territoire occupé, est restitué au Japon en 1972. Senkaku est intégrée dans ce lot territorial, sans figurer sur l’accord signé entre les Etats-Unis et le Japon en 1970. Les Etats-Unis veulent éviter de prendre parti dans cette querelle annoncée. Malgré un accord de pêche en 1997 entre le Japon et la Chine, les activistes nippons aiment à rappeler l’autorité de leur pays sur ces cailloux. (3)

 

Tensions. A la mi-aoùt 2012, d’autres activistes débarquent  sur Diaoyu pour réclamer son intégration au territoire chinois. Quelques jours plus tard, ils sont salués dans les rues de Hong-kong. Les nationalistes japonais réagissent par une autre expédition sur l’ile.Depuis 2002, la famille Kurihara, devenue propriétaire de l’archipel, loue quatre  îles au gouvernement japonais.  Début septembre, comme annoncé depuis quelques temps, Tokyo achète trois îles de ce mini-archipel pour un peu plus de 2 milliards de yens, plus de 20 millions d’Euros. Officiellement, il s’agit d’empêcher des nationalistes d’acquérir ces rochers, avec des débordements prévisibles. Les tensions, qui se sont multipliées entre les deux pays, s’ajoutent  à des ressentiments plus anciens. La Chine, qui le 19 septembre dernier commémorait l’invasion japonaise de la Mandchourie en 1931, début d’une colonisation sauvage qui s’achèvera en 1945, reproche au Japon ses excuses timides. Ce que réfute le Japon. De vieilles  rancunes, la course au leadership régional, des difficultés politiques internes, et un nationalisme actif, se mélangent des deux côtés à des degrés divers pour fabriquer de l’explosif. En Chine, agitée par une semaine de manifestations,  la communauté et les intérêts japonais ont été malmenés. Les usines Toyota, Sony, Panasonic, l’enseigne UNIQLO et d’autres, ainsi que de nombreux commerces ont dû cesser leur activité. La presse évoque une manipulation de l’opinion par les Autorités, soucieuses de la détourner d’autres questions sensibles. Pendant ce temps, le gouverneur de Tokyo crache son venin contre les Chinois. (4)

 

« Iles aux chèvres ». Sur le site de Bloomberg, un éditorialiste, qui prend la mesure de la crise entre les deux pays, prend aussi le parti de la plaisanterie : « Les Japonais les appellent les îles Senkaku, les Chinois les nomment Diaoyu. Laissez-moi suggérer un nom plus approprié : les îles aux chêvres. » Les chèvres sont tout ce que l’on peut trouver sur ce groupe de rochers inhabités,  pour lesquels Japonais et Chinois sont prêts à prendre les armes. (5) Et d’ailleurs, qu’est ce qui fait courir Chinois et Japonais ? L’accès à des eaux  poissonneuses ? De conséquentes ressources en pétrole et gaz, le contrôle des routes qui y mènent ? Ou les frontières dessinées sur la mer par les ZEE, ces zones économiques exclusives qui étirent les territoires à 200 miles marins des côtes. Soit un peu plus de 370 kilomètres. Dans son Atlas du Japon, Philippe Pelletier note que la ZEE du Japon dote l’archipel de presque 4,5 millions de km²,  qui s’ajoutent à une superficie terrestre d’environ 380 000 km². Ce qui, terre et mer ajoutées, fait du petit Japon le 6° espace mondial.

M.J

 

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(1) “ The Diaoyu / Senkaku Islands Dispute, Questions of Sovereignty and Suggestions for Resolving the Dispute”,  Martin Lohmeyer, University of Canterbury 2008  http://ir.canterbury.ac.nz/bitstream/10092/4085/1/thesis_fulltext.pdf

(2) Philippe Pelletier, Atlas du Japon, Une société face à la post-modernité, Autrement, 2008, p 16, 17, 12.

(3)IIes Senkaku Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%8Eles_Senkaku

(4)”Japon: tensions sur des îles flottantes”, Arnaud Vaulerin, Libération, 24-08-2012 ; « Hong Kong défend la Chine contre le  « militarisme japonais » », Charles Danzac, Libération, 29-08-2012 ; « La Chine secouée par une déferlante anti-japonaise », Philippe Grangereau, Libération, 14-09-2012 ;“la Chine se déchaîne contre ses Japonais »,  Philippe Grangereau, Libération, 17-09-2012 ; « Le Japon met les points sur les îles », « Pékin prends le parti du nationalisme », Philippe Grangereau, Libération, 19-09-2012.

(5)” Why Outrage Over Islands Full of Goats Is Crazy”, William Pesek, Bloomberg, 18-09- 2012 http://www.bloomberg.com/news/2012-09-18/why-outrage-over-islands-full-of-goats-is-crazy.html

 

 

 


Publié le 21 septembre 2012 par marlene dans Actualité,Chine,Japon
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Le Japon cherche une nouvelle façon de s’éclairer.

Bonjour,

Le Japon vient d’annoncer la fin de l’effort collectif destiné à consommer moins d’électricité, conséquence indirecte de la crise de Fukushima, et de l’arrêt de nombreux réacteurs nucléaires dans le pays.  Depuis le 1er juillet dernier, les Japonais du grand Tokyo, desservis par le réseau TEPCO (Tokyo Electric Power Co ),  et ceux de la région Nord -Est secouée par la catastrophe de mars dernier,  approvisionnés par Tohoku Electric Power Co, étaient invités à soulager le réseau. Décision du gouvernement. Citoyens et entreprises ont bousculé leurs habitudes de consommation pour éviter une pénurie pendant les heures de forte demande. Grand nombre d’entreprises ont démarré la journée avec une heure d’avance. L’industrie automobile a pris ses week-ends les jeudi et vendredi, préférant travailler en fin de semaine pour équilibrer les besoins. Une partie du transport ferroviaire a également réduit ses services. Un été plus frais que d’habitude, moins de climatisation, a contribué à freiner la consommation. Pendant que Tokyo mettait ses enseignes lumineuses en veilleuse. Cet été de contraintes aurait  permis d’économiser 15% d’électricité, par rapport à l’année précédente, pour la même période. C’est la première fois depuis presque quarante ans qu’un tel effort est demandé à des Japonais, gourmands en électricité. (1) Depuis le milieu des années 2000, la consommation par habitant y dépasse les 8000 Kilowatts, un besoin similaire à celui du voisin Sud-Coréen, mais bien inférieur à celui d’un Américain.

 

L’après-Fukushima pose la question énergétique à un pays qui en consomme beaucoup, qui n’a guère de ressources naturelles, et qui se demande comment réduire sa dépendance au nucléaire. Le projet de faire grimper la part du nucléaire à 50% dans la production d’électricité, au lieu des 30% actuels (2), proposition de l’ex-Premier Ministre, est rangée dans les cartons. Son successeur, Yoshihiko Noda, souhaite, lui, se détourner de l’atome qui fonctionne déjà au ralenti dans l’archipel. La mise hors service des réacteurs de Fukushima, l’arrêt de ceux exposés au risque séismique, et la fermeture pour maintenance de certains autres,  paralyseraient au moins la moitié du potentiel nucléaire japonais. Sinon plus.  Le charbon (28%) et le gaz naturel (27%), combustibles importés et peu compatibles avec les objectifs de réduction de gaz à effet de serre, sont deux autres sources majeures de courant. (2) L’électricité d’origine hydraulique, qui a connu une chute spectaculaire depuis un demi-siècle, compte seulement pour 8% de la production nationale. (2) Les énergies renouvelables sont pourtant présentées comme partie de la solution.  Selon un article de Reuters daté du 23 août dernier,  le gouvernement envisagerait de porter la production d’électricité d’origine solaire autour des 100.000 Mégawatts vers 2015, au lieu des 40.000 actuels. Ce qui reviendrait à multiplier par 6 le nombre de panneaux solaires vendus en 2010 sur le territoire japonais. (4) L’éolien, la biomasse, et la géothermie, sont également convoqués pour doper la part d’électricité d’origine renouvelable. Qui, sans l’hydro-électricité, peine à dépasser Les 2%. (2) (5)

 

Avec plus d’une centaine de volcans en activité, 10% de la ressource mondiale, le Japon est pourtant bien placé pour développer la géothermie. Aujourd’hui, dix huit  centrales témoignent d’une source d’énergie exploitée lors de la crise pétrolière des années 70, puis éclipsée par le nucléaire. La production est anecdotique, 0,3% de l’électricité nippone, pour un potentiel prétendu énorme, et délaissé pendant deux décennies. (6)(7) Interrogé sur la catastrophe de Fukushima par le magazine Terra Eco,  Lester Brown, à la tête du Earth Policy Institute, regrette: « Le Japon aurait pu choisir la géothermie plutôt que le nucléaire. »

 

M.J

 

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(1) « Japan ends limits on electricity usage », Mainichy daily news, 13-09-2011 http://mdn.mainichi.jp/mdnnews/news/20110909p2g00m0dm005000c.html

(2) Perspective Monde, Université de Sherbrooke, production d’électricité au Japon, approche détaillée. http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=JPN&codeTheme=6&codeStat=EG.ELC.PROD.KH

(3) Les réacteurs nucléaires au Japon, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_r%C3%A9acteurs_nucl%C3%A9aires_au_Japon

(4) « Japan renewable energy push clears key hurdle”,  Risa Maeda, Reuters, 23-08-2011, http://www.reuters.com/article/2011/08/23/us-japan-politics-energy-idUSTRE77M12R20110823

(5) Rapport trimestriel sur le secteur des énergies renouvelables
Ambassade du Canada au Japon, 17-06-2011  http://www.deleguescommerciaux.gc.ca/fra/document.jsp?did=121078

(6)”Deregulation eyed for geothermal power”, Keisuke Katori, Asahi Shimbun, 17-02-2010,  http://www.asahi.com/english/TKY201002160499.html

(7) Plan B 4.0: Mobilizing to Save Civilization, Lester R. BrownChapter 5. Stabilizing Climate: Shifting to Renewable Energy: Energy from the Earth » Earth Policy Institute http://www.earth-policy.org/books/pb4/PB4ch5_ss4


Publié le 19 septembre 2011 par marlene dans energies alternatives,Japon,Non classé,Nucléaire
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Vivre dans le Sanriku.

Bonjour,

« Depuis des temps immémoriaux, (les) tsunamis ont été un cauchemar pour les habitants de la côte du Sanriku ».(1) Le 11 mars dernier, un séisme de magnitude 9, sans doute le plus important de l’histoire japonaise,  provoque un tsunami sur la  côte Nord-Est de l’archipel. Cette déferlante, meurtrière, surdimensionnée, une dizaine de mètres de haut, déborde les digues destinées à freiner sa violence. Le Nord-Est du Japon, et la région du Sanriku, sont exposés aux tsunamis. La ligne côtière, trouée de nombreuses baies, est une côte à rias ouverte aux vagues. Son avancée dans l’Océan Pacifique la rend sans doute plus vulnérable encore. Dans un article daté de 1966, six années après le tsunami du Chili, Toshio Noh évoque l’histoire meurtrière de cette côte malmenée par les vagues exceptionnelles. (1) En 896, sous l’ère Jôkan, un tsunami tue 1000 personnes. En 1611, celui de l’ère Keichô, noie environ 5000 personnes. En 1896, sous l’ère Meiji, la vague est plus désastreuse encore, avec plus de 23000 morts dans la préfecture d’Iwate, soit plus de 20% de la population de certaines localités. En 1933, nouvel assaut, qui fait plus de 4000 morts dans la région du Sanriku. En 1960, le tsunami qui traverse le Pacifique depuis le Chili fait un peu plus d’une centaine de morts, et détruit plus de 2400 habitations. Ces deux vagues, note l’auteur,  sont de nature différente. «La plus récente a été causée par un tremblement de terre avec un épicentre au large des côtes du Chili très loin du Sanriku, et l’autre résulte d’un tremblement de terre situé à 28 kilomètres au Nord-est de Kinkasan, dans la préfecture de  Miyagi. » (1) La vague de 1933 mesure 18 mètres, celle de 1960 s’élève de 5 à 6 mètres. Dans le Sanriku, de nombreux monuments rappellent ces tsunamis plus ou moins meurtriers. « (Ils) ont été érigés par nos ancêtres comme un mise en garde pour la postérité. » (1) Les générations se sont succédées, les récits se sont transmis, et ont nourri l’imaginaire collectif. Au fil de cette longue histoire de vagues destructrices, il a bien fallu trouver des parades. Faute de technologie, les Anciens vont au plus simple. Ils déplacent leurs habitations sur les hauteurs. Puis, pour protéger les villages côtiers, on érige des protections en terre. A d’autres endroits, on construit des plateformes qui surélèvent les constructions. Quelques îlots d’habitation sont protégés, mais difficile d’élever un village entier, ou un quartier urbain. Les dunes se couvrent de pins noirs du Japon, seule espèce adaptée au sable de bord de mer. Ces forêts côtières freinent, en principe, l’intensité des torrents provoqués par le tsunami. Après la catastrophe de 1933, la technologie autorise le déplacement de villes et de villages, élève les fondations des maisons, et invente de nouvelles règles d’urbanisme. La défense est faible. Après 1960, et le tsunami du Chili, le gouvernement central prend d’autres mesures pour adoucir l’impact des tsunamis. Les digues géantes, d’une dizaine de mètres de haut, se multiplient sur le littoral. Des brise-lames protègent l’accès des rias. Les rivières s’équipent de portes destinées à les défendre contre les inondations venues du large. Aujourd’hui, des barrières de tétrapodes, plantées à proximité des côtes, évoquent un combat, encore inégal, entre la mer et le béton.

Dans les années 60, Toshio Noh justifie l’implantation humaine dans la région du Sanriku: « …Le long de cette côte, il y avait des gens qui étaient très dépendants de la pêche pour vivre, et la nature de la côte à rias offrait des niches pour l’habitat et les terres cultivables. Quand la mémoire de la tragédie s’estompait, les habitants revenaient peu à peu vers la côte pour devenir les victimes du prochain tsunami. »(1) Dans un article de Libération du 19 et 20 mars dernier, Philippe Pelletier, géographe, spécialiste du Japon, puise dans la thèse de Yamagushi Yaichirô, pour répondre à cette question de l’attachement au territoire. Le Sanriku s’ouvre sur l’une des « zones halieutiques les plus riches du monde ». C’est aussi « le pays des ancêtres, il faut entretenir sanctuaires, temples et cimetières, donc y vivre. » (2)

M.J

Sur le site Silatitude, une carte des impacts du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars 2011. Ce site offre aussi des liens pour une information plus fouillée:

http://silatitudes.teledetection.fr/index.php/actualite/57-mapping-japan-earthquake-and-tsunami-damages


(1) »Sanriku Coast Prepared for Tsunami – A preliminary report on men’s defense against natural disaster », Toshio Noh, http://ir.library.tohoku.ac.jp/re/bitstream/10097/44873/1/AA0045945066165.pdf

(2) »Le Nord du Japon, terre de tsunamis », Philippe Pelletier, Chroniques Le Mag, Libération, 19/20-03-2010 http://www.liberation.fr/monde/01012326413-le-nord-du-japon-terre-de-tsunamis


Publié le 28 mars 2011 par marlene dans Actualité,Catastrophe naturelle.,Japon
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Pensée pour le Japon.

Bonjour,

Je pense au Japon, en proie aux conséquences d’un tremblement de terre, d’un tsunami, et d’accidents nucléaires. Un péril nucléaire qui semble encore plus sinistre au pays d’Hiroshima et de Nagazaki. Mais le sujet est porteur. La France découvre avec stupeur qu’elle ne peut vivre sans le nucléaire. Partout, en Europe, aux Etats-Unis, on en profite pour relancer le vieux débat sur l’énergie atomique. « Pour » ou « contre »,  l’exemple japonais nourrit l’opposition. Alors que la situation nucléaire évolue de minute en minute au Japon, avec des perspectives effrayantes pour les populations bloquées dans les périmètres à risque, je trouve qu’on aurait pu attendre quelques jours avant de relancer le débat. Question de décence. Nous en sommes aux arguments, ils sont plongés dans l’évènement.

M.J


Publié le 14 mars 2011 par marlene dans Actualité,Japon,Nucléaire
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Le Sakurajima, un voisin explosif.

Bonjour,

L’Islande, et les cendres qui brouillent l’espace aérien, nous rappellent que les volcans ne sont pas toujours des reliefs endormis. Au Japon, archipel volcanique assis sur la ceinture de feu du Pacifique , on en compte environ 200, dont une cinquantaine en activité, et une dizaine à risques. Zoom sur le Sakurajima, l’un des volcans les plus turbulents de l’archipel.

Un volcan bien réveillé.

Trois éruptions majeures accompagnent l’histoire du Sakurajima , un ilôt volcanique de 80 km² qui a commencé à se constituer il y a 13 000 ans, à quelques encablures de Kagoshima, et de l’île de Kyushu, 1471, 1779, et 1914. Celle de 1914 , la  plus démonstrative, la plus récente, et la plus connue, interrompt brutalement un siècle de sommeil. Le 12 janvier 1914, après plusieurs alertes, un énorme nuage de fumées, accompagné de détonations, s’élève à 18 kilomètres au dessus du volcan. A Kagoshima, de l’autre côté du détroit, un séisme associé tue une dizaine de personnes, et fait quelques centaines de blessés. Retour sur l’île-volcan où deux énormes coulées de lave, échappées de fissures ouvertes à Est et à Ouest, avalent les villages et les cultures, avant de plonger dans la mer. Cette lave qui s’écoule dans l’eau comble partiellement le détroit qui sépare le volcan de la ville de Kagoshima. Et depuis l’éruption de 1914, Sakurajima est reliée à l’île de Kyushu par un isthme, ce qui n’empêche pas de prendre un ferry pour aller à Kagoshima, vingt minutes de traversée. En 1914, sur la – désormais – presqu’île, les dégâts sont énormes, maisons enfouies sous les cendres, bâtiments écroulés, brûlés par les nuées ardentes, aux toitures crevées par les bombes de feu. Sur les 18 villages voisins du volcan, 7 ont disparu. Il n’y pas de victime parmi les habitants, évacués à temps. Le volcan est à peine calmé que la population commence à regagner Sakurajima,  pour y vivre à nouveau. Trois décennies plus tard, en 1946, le volcan récidive. Une coulée de lave s’échappe vers la mer, de fortes explosions accompagnent ce réveil. Et depuis 1955, les habitants de Sakurajima composent avec les très fréquentes manifestations du volcan, plus de 200 explosions par an, une moyenne qui peut grimper jusqu’à 400. Et faire le grand écart. En 2009, il y a eu 669 avertissements, contre 80 l’année précédente.

Anticipation, précaution, réaction.

Depuis 1960, les scientifiques prennent le pouls d’un volcan très suivi, peut-être l’un des mieux étudiés au monde. La plupart des explosions sont repérées 2 à 6 heures à l’avance. Les quasi-insulaires ont appris à vivre avec ce voisin turbulent qui passe son temps à couvrir de poussières le linge qui sèche – d’ailleurs rarement exposé -,  à lancer des projectiles sur les vitres des maisons, ou à viser les pare-brises des voitures. Les écoliers sont d’ailleurs équipés de casques, ils ont ordre de se replier sous leur pupitre en cas d’alerte. A Sakurajima, on cultive l’anticipation, la précaution, et la réaction. L’évacuation des habitants, minutée et orchestrée, est répétée chaque 12 janvier, référence à l’éruption de 1914. Trois ferries sont prêts à rejoindre Kagoshima. Quand 8 autres sillonneraient le détroit en sens inverse pour embarquer les habitants menacés par une activité plus sérieuse. Quatre heures, pas plus, pour déserter l’île. Des abris de béton armé protègent les habitants des fréquentes  projections – surprise. Sur les flancs du volcan, canaux de collecte, digues, et bassins doivent canaliser et freiner les coulées boueuses d’origine volcanique. Dans la baie de Kagoshima, tsunamis et séismes sont détectés En attendant, Karujima est une halte touristique. On s’y plonge les pieds dans des sources d’eaux chaudes, on y mange de minuscules mandarines, les komikans, pendant que de l’autre côté de l’île fertilisée par le volcan, des légumes géants épatent les visiteurs. Avant de reprendre le bateau, un détour par le musée du volcan s’impose. En lien, Kagoshima Live Camera, avec vue sur les agitations du volcan.

S’accommoder d’un voisin instable.

En octobre 2000, un nuage de fumées s’élève à 5000 mètres d’altitude, alerte, la ville de Kagoshima se couvre de cendres. En 2006, le volcan se réveille à nouveau, crachant une colonne de fumées qui s’élève à 2000 mètres. Quelques jours auparavant, la télé a annoncé la nouvelle, sans réussir à imposer un sujet de conversation. Pas de quoi affoler une population prête à déguerpir à tout moment. Combien sont-ils accrochés aux flancs du volcan ou établis en périphérie, environ 9000 habitants, peut-être plus ?  Ils habitent là. Sans doute pas assez  riches pour tout recommencer, ailleurs. Ou peut-être parce qu’ils aiment leur île. Dans un blog, une habitante de Sakurajima évoque son attachement à un volcan qui « donne de l’énergie » à ses habitants. (1) Sentiment partagé par la population de Kagoshima. Le volcan qui menace est aussi un protecteur: « Les gens de Kagoshima pensent que le Sakurajima les protège des gros tremblements de terre. Il entre en éruption et libère de l’énergie au dessous de nous, comme ça nous n’avons pas à nous soucier d’eux. » (1)

M.J

http://www.dailymotion.com/video/x83qzi

Sources :

« Volcans du Monde », Maurice et Katia Kraft, L’Odyssée, Flammarion, novembre 1987, pp77-84.

« Des calamités et des hommes », Philippe Pelletier, in « Chine, Japon, Corée » Géographie Universelle, (sous la direction de Roger Brunet), Belin-Reclus, 1994 – pp263-265.

Saurajima, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Sakurajima

(1)   “My lovely Sakura-jima”, 23-06- 2006 http://mirai33.xanga.com/499168987/item/ La plupart des liens relatifs au volcan proviennent de ce blog.


Publié le 18 mai 2010 par marlene dans Japon,Volcans.
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Japon: des barrages qui engloutissent l’argent du contribuable.

Bonjour,

“Les barrages sans eau du Japon absorbent l’argent des impôts”, titrait le Yomiuri Shimbun, un quotidien japonais, dans son édition anglaise du 5 janvier dernier. Deux journalistes, Mikoto Hata and Hitoshi Yoshida commencent leur enquête dans l’île d’ Hokkaido,  à proximité d’une ville nommée Furuno, où s’érige le barrage de Togo, un ouvrage de 48 mètres de haut qui perd ses eaux.  La retenue de Togo, conçue en 1973 pour irriguer les champs et les cultures alentour, entre en service vingt ans plus tard. Elle peut stocker 4,3 millions de m3 d’eau, et  coûte près de 38 milliards de yens, environ 280 millions d’euros, argent du contribuable. (1) Très vite, il apparaît que le barrage fuit. L’eau semble s’échapper par le substrat volcanique qui supporte l’édifice. Les paysans, qui voient leurs impôts s’infiltrer dans la roche pendant que leurs cultures attendent une eau dont ils ont déjà payé l’accès, sont furieux. Pour réparer l’ouvrage, il faudrait 12 milliards de yens supplémentaires, environ 95 millions d’euros, sans compter les 300 millions de yens, un peu plus de deux millions d’euros, engloutis dans l’année pour l’entretien et la maintenance d’une infrastructure qui plombe le paysage. « Le barrage a l’allure d’un immense éléphant blanc qui frustre les riverains et leur vide les poches » rapportent les journalistes, avant de poursuivre une  enquête qui décline  les exemples.

Des barrages à profusion.

Dans les années 50, les barrages commencent à se multiplier sur le réseau hydrographique du Japon. Les ouvrages d’après-guerre, programmés pour protéger les métropoles des inondations, ont d’autres fonctions. D’où leur nom, « barrages à fins multiples ». Ils doivent réguler les fleuves, retenir l’eau destinée aux cultures, approvisionner les villes et les industries,  produire de l’électricité. (2) L’archipel compterait plus de 3000 barrages, dont certains encore en travaux. (3) A en croire le Lonely Planet, la Shimanto-gawa, sur l’île de Shikoku, serait le dernier cours d’eau du Japon à s’écouler librement.  Si l’aménagement des fleuves accompagne l’histoire japonaise, la profusion d’ouvrages hydrauliques, aux conséquences environnementales et humaines imprimées dans le paysage, vallées submergées, détournement des eaux, privatisation de la distribution, ou déstabilisation de l’organisation agraire, a fabriqué une solide opposition. Exemple à Yamba, un ouvrage programmé sur la rivière Agatsuma, au Nord-Est de la plaine du Kanto , l’une des réalisations les plus ambitieuses de ces dernières années.

Yamba, le mégaprojet.

Proposé dans les années  50, prévu pour 2015, le barrage de Yamba, à usage multiples, doit notamment approvisionner en eau potable la ville de Tokyo et six préfectures voisines. Le projet, qui doit noyer 316 hectares, déplacer plus de 400 foyers, perturber le quotidien d’un millier de japonais, engloutir la vieille cité thermale de Kawarayu Onsen, héritage historique et site touristique, provoque la colère des riverains.  On lui reproche encore une assise géologique douteuse, la proximité d’un volcan actif, et l’arrivée, via la rivière Agatsuma, d’éléments acides ennemis du béton, en provenance de sources chaudes situées en aval. On lui reproche surtout son coût, 322 milliards de yens, plus de 2 milliards d’euros. Beaucoup d’argent public pour alimenter en eau potable des citadins qui n’en manquent pas forcément. (4) Les législatives d’aoùt 2009, qui ont porté Yukio Hatoyama au poste de Premier Ministre, ont permis de ranger dans les cartons ce projet présenté comme « le plus lourd fardeau des contribuables de l’histoire des barrages du Japon ». (5)

L’eau à la source.

Dès l’automne dernier, le Parti démocrate – centre gauche – de Yukio Hatoyama promet d’en finir avec la politique de grands travaux emmenée par un Parti libéral-démocrate – conservateur -, accroché au pouvoir depuis 1955, et soucieux d’une partie de son électorat. Yukio Hatoyama, qui dénonce un gaspillage, annule la construction de dizaines de barrages. Il préfère financer des programmes sociaux. A une autre échelle, Shigeru Kobayashi, historien de la lutte anti-barrage qui a opposé les communautés rurales aux élus japonais, parle lui aussi d’économies: « Le coût de l’eau dépend avant tout du coût du barrage. A Ogawa on boit de l’eau d’ici… On a creusé un puit à côté de la rivière. C’est cette eau qui est bue. Pas besoin de barrage pour çà. Cette eau, de plus, est beaucoup moins chère... »

M.J

(1) Conversions approximatives, destinées à imager la facture du contribuable japonais.

(2) D’après « Atlas du Japon », « Une société face à la post-modernité », Philippe Pelletier, Editions Autrement, Collection Atlas/Monde, 2008, pp22-23
(3)Association of Concerned  Citizens of Yamba Dam Project. http://www.yamba-net.org/eng/

(4) « Japan Election Results: Yamba Dam Project Suspended »by greenz.jp, Tokyo, Japan, 09. 1.09 http://www.treehugger.com/files/2009/09/japan-election-results.php

(5) Yamba, le plus lourd fardeau des contribuables de l’histoire des barrages du Japon », Christian Pose, http://linked222.free.fr/cp/links/japan/yamba.html


Publié le 13 janvier 2010 par marlene dans Barrages,Japon
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Le Japon se rapproche de Kyoto.

Bonjour,

Le Japon annonce une réduction de 25% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020, par rapport à leur niveau de 1990. Yukio Hatoyama, le futur Premier Ministre étiqueté Parti Démocrate du Japon (PDJ), une formation de centre-gauche sortie victorieuse des législatives du 30 août dernier, souhaite que le Japon contribue à l’effort international engagé contre le changement climatique. Taro Aso, son prédécesseur conservateur, inspiré par le lobby industriel, proposait moins 8% d’ici à 2020. La seconde économie mondiale, cinquième grand pollueur planétaire après la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, et la Russie, et mauvais joueur dans les grandes conférences internationales sur le climat, rejoint le clan des pays industrialisés concernés par le réchauffement. C’est plutôt une bonne nouvelle dans la perspective de Copenhague en décembre prochain, une conférence sur le climat qui va décider de l’après-Kyoto, et de l’après 2012. (1)

Une société qui évolue.

Au Japon, la société civile n’a pas attendu le changement de cap impulsé par le nouveau chef du gouvernement pour se soucier de climat, et d’environnement. Dans un article paru dans le Japan Times, Junko Edahiro, « Madame Environnement » du Japon, traductrice du livre d’Al Gore, « Une vérité qui dérange », témoigne de cette société qui évolue.(2) Elle dirige Japan for Sustainability (JFS), une ONG créée en 2002 qui collecte, d’Hokkaido à Okinawa, les initiatives économes en carbone. Le site de JFS abonde en exemples. A Nagoya, les employés de la ville sont invités à se déplacer à vélo, avec prime de déplacement pour ceux qui acceptent un parcours sportif, rien pour les autres. Résultat, depuis 2003, l’usage de la bicyclette a progressé de 50%, quand celui de la voiture baissait de 25%. A Tokyo, une société de parking a lancé un système de co-voiturage dans le centre-ville. La Tokyo Gas and Co, une compagnie de gaz, expérimente un système solaire sur l’un de ses édifices situé à Kumagaya. Cette installation, qui optimise le chauffage et la climatisation du bâtiment, sert aussi à chauffer l’eau. En attendant une prochaine commercialisation. Le site de JFS rapporte encore la mise à disposition d’une technologie améliorée, « PV Roadmap Toward 2030+, » afin de développer le photovoltaïque au Japon à horizon 2050. Junko Edahiro témoigne encore de l’effort des banques, taux d’intérêts moins élevés, épargne mieux rétribuée, pour aider les industries locales et les communautés à limiter leurs rejets de CO². D’autres récompensent une réduction de la quantité d’ordures ménagères produite par la communauté. Sur le plan national, en 2005, le gouvernement a lancé l’initiative « Cool Biz ». Cette campagne incitait les businessmen à laisser leur cravate et leur veste dans l’armoire, pour soulager la climatisation du bureau. Une étude rapporte que près de moitié des businessmen sont allés travailler, habillés « plus léger ». (3) Plus récemment, une autre campagne incite les consommateurs à acheter de l’electro-ménager moins gourmand en énergie. Ce choix est récompensé par des « éco-points », en principe convertibles en yens.(4) Sans parler des voiture hybrides qui « font un carton » au Japon.

Développement et climat.

Pour Junko Edahiro, le problème du Japon n’est pas la « conscience environnementale ». Une enquête révèle que 96% de la population se préoccupe du réchauffement et du changement de climat. Junko Edahiro attribue ce niveau de conscience, record, à l’homogénéité de la société japonaise. Mais peu importe les statistiques, « Madame Environnement » sait qu’il reste à convertir cette « conscience écologique » en action d’envergure. Les multiples initiatives en faveur de l’environnement ne contrebalancent pas une dynamique économique, basée sur la croissance. Le lobby industriel, qui a longtemps freiné des engagements contraignants, s’inquiète des annonces du futur Premier Ministre.(5) En 2007, le WWF estime que les émissions du Japon auraient augmenté de 8% entre 1990 et 2005.(6) Quand le Protocole de Kyoto engageait le pays à les réduire de 6% à l’horizon 2012. (1) Une petite contradiction qui n’empêche pas le Japon de conditionner son aide aux pays en développement à la lutte contre le changement climatique, en Afrique, en Asie, ou dans le Pacifique. Son plan « Cool Earth Partnership », lancé en 2008, incite les pays pauvres à concilier développement économique et réchauffement climatique. Il est question de « déforestation », de « développement propre », de « transfert de technologie », et « d’aide à l’adaptation à l’impact du changement climatique ». A l’annonce de ce plan, un réseau d’ONG africaines avait commenté : « l’Afrique continuera de souffrir tant que et autant que le Japon continuera de causer le réchauffement mondial ».(7)

M.J

En Juillet 2008, le G8 se réunit à Hokkaido, au Japon. A Sapporo, des militants déguisés en dirigeants, lancent des tonnes de CO² dans les airs….

Image de prévisualisation YouTube

(1) “Japan sets ‘weak’ climate target “, Richard Black , Environment correspondent, BBC News, Tokyo, http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/8092866.stm

(2) “Asia‘s first lady of the environment”, Stephen Hesse, Japan Times, 26-11-2008.

http://search.japantimes.co.jp /cgi-bin/fe20081126sh.html

(3) “Workers eagerly embrace ‘Cool Biz’”, Japan Times online, 19-08-2005

http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/nb20050819a6.html

(4) “Eco-points stimulus plan kicks off”, Kyodo News, 16-05-2009. http://search.japantimes.co.jp/cgi-bin/nb20090516a2.html

(5) Japan sets ‘weak’ climate target “Richard Black Environment correspondent, BBC News, Tokyo, http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/8092866.stm

(6) « Les pays du G8 épinglés sur leur politique de lutte contre le réchauffement climatique. », Le Monde/AFP, 05-06-2007.

(7) « Le Japon confirme son aide aux pays africains », Noel Kokou Tadégnon, IPS, 28-08-08
http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5021


Publié le 15 septembre 2009 par marlene dans Actualité,Climat,Japon
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Pour se protéger de l’océan, le japon redessine ses rivages.

Bonjour,

Entre le port et le large, un rempart de béton déchire l’horizon. Une digue, parfois deux, perturbent le paysage marin pour protéger les petits ports d’Okinawa, exposés aux violences de la saison des typhons. Il faut dire que l’archipel d’Okinawa les collectionne. Au nord ouest de l’île principale, près de la ville de Nago, on creuse la montagne pour fabriquer du béton, bientôt converti en immenses tétrapodes, entassés devant le chantier avant d’être transportés au large. Les Japonais cassent leurs montagnes pour les jeter dans la mer. Et l’on est partagé entre un sentiment d’admiration pour ces travaux d’Hercule, et l’infini regret de voir ces espaces bouleversés, maîtrisés, aménagés. Dommage pour l’invitation au grand large, et la carte postale du lagon.

Tant pis pour les paysages littoraux.

Posé à un carrefour de plaques tectoniques, situé sur la route des ouragans, le Japon est un espace exposé aux séismes et au raz de marées. Au cours son histoire, le pays a été balayé par de nombreux tsunamis – ces gigantesques vagues souvent consécutives à des séismes- et secoué par des typhons saisonniers – accompagnés d’inondations et de vents dévastateurs-. Ces menaces venues de l’océan expliquent l’ardeur des Japonais à bétonner leurs côtes. L’archipel en compte 33 000 km. La stabilisation et la protection des littoraux, enjeu humain et enjeu économique, accompagne l’histoire du pays. La construction de digues et la lutte contre l’érosion marine est une pratique ancienne, vraisemblablement contemporaine à la conquête de terres sur l’eau. (1) Après la Seconde Guerre mondiale, notamment dans les années 60 et 70, les Japonais décident de sacrifier leurs perspectives littorales pour réduire l’érosion et adoucir l’effet des typhons et des tsunamis. Ils érigent des digues géantes, aménagent des brise-lames, construisent des barrages, des canaux déversoirs, créent des plages de sable, plantent une végétation qui colonise le rivage. La plupart des ports nippons du Pacifique, le littoral le plus exposé, s’abritent derrière des remparts. (2)(3)(4)

Tsunami, un mot japonais.

Au Japon, le calendrier des tsunamis est riche. Dès le VII° siècle, le Nihon Shoki, l’une des premières chroniques japonaises, mentionne un raz de marée dévastateur sur la côte pacifique.  Du XVII° siècle aux années 1960, le pays connaît une dizaine de tsunamis meurtriers. Chaque vague produit plusieurs milliers de victimes. Avec quelques records. En 1707, 30 000 personnes disparaissent. Plus loin dans le siècle, en 1792, un autre tsunami fait 15 000 victimes. En 1896, une vague de 40 mètres, provoquée par une éruption volcanique sous marine, emporte 25 000 personnes sur le littoral de Sanriku. Plus près de nous, en 1960, un tsunami consécutif à un séisme au Chili, fait 60 victimes. En 1993, une autre vague d’origine sismique provoque la mort de 230 personnes sur l’île d’Okushiri, à Hokkaido. Le tsunami, la pire des conséquences des séismes qui secouent l’archipel, est d’ailleurs un mot d’origine japonaise. Il associe « tsu » – « port » -à « nami » – « la vague » – pour raconter l’histoire de pêcheurs qui, après avoir navigué sur une haute mer calme, auraient découvert leur port dévasté au retour. (5)

Des typhons saisonniers.

Chaque automne annonce la saison des typhons, septembre et octobre. L’archipel en subit trois ou quatre par an, parfois plus. Ils arrivent par le Sud Ouest, en provenance de la Mer des Philippines. Ils peuvent atteindre une vitesse supérieure à 200 km/h, ils s’accompagnent de violentes précipitations. Ils dévastent tout sur leur passage. Ici encore, le calendrier est meurtrier. De 1947 à 1959, les typhons font 1500 victimes par an. (1) Dans l’histoire récente, deux typhons ont été particulièrement dévastateurs. En 1934, celui de Muroto fait plus de 3000 victimes. En 1959, à Ise, les protections ne résistent pas à la malheureuse combinaison d’un typhon et d’une marée. Le bilan est lourd, 5000 morts. Cette catastrophe aurait été prétexte à une législation et à de nouvelles mesures de protection. L’Etat et les administrations locales combinent désormais leurs efforts pour bétonner, et aménager l’espace littoral de façon à limiter les dégâts, et optimiser la réaction. (1) Comme les tsunamis, les typhons accompagnent l’histoire du Japon. Par deux reprises au XIII° siècle, ils épargnent au pays l’invasion mongole.

Protection, détection, et information.

Au Japon, 9000 kilomètres de digues et d’aménagements anti-tsunami ceinturent le littoral.(2) Un dispositif impressionnant, coûteux, mais pas forcément suffisant, ni assez résistant.(4) Les Japonais, formatés aux grandes catastrophes et servis par la technologie, travaillent aussi à la détection d’accidents telluriques et océaniques. Satellite, observatoires côtiers, stations météo, ou informations venues de l’étranger, le pays développe une stratégie de pointe qu’il améliore sans arrêt. En cas de danger, les bulletins météo alertent immédiatement les populations. Ils sont relayés par les media, radio et télévision, qui donnent des consignes. Une orchestration efficace doit permettre l’évacuation des populations, et leur acheminement vers des centres de secours. Chaque année, le 1er septembre, journée des catastrophes, est l’occasion d’une répétition générale. En attendant le « big one », le super séisme attendu d’ici 25 ans à Tokyo et dans la région du Kansaï, peut-être demain, et sa possible déclinaison en tsunami, la question des densités urbaines reste posée.

Pendant que le Japon continue de bétonner ses côtes et de modifier les lignes de ses rivages, un japonais, un photographe, restitue des perspectives marines intactes. Avec sa série « Seascapes », Hiroshi Sugimoto invite le spectateur à considérer la mer et le ciel avec le même regard que les premiers habitants de la terre ont posé sur ces paysages. Chaque photo, qui expose ciel et mer, s’organise autour d’une ligne d’horizon vierge, ouverte sur le grand large

M.J

Une vidéo détaille une ligne de défense sophistiquée contre les tsunamis….

(1) Philippe Pelletier, « Le Japon », in Chine, Japon, Corée, Tome 5, Géographie universelle, Belin, 1994, rééd. 2001, pp258-261, 266, 270. – (2) « Tsunami : Le Japon dépense sans compter pour se protéger », Michel TEMMAN , Libération, 28 décembre 2004- (3) « Gestion de l’eau et aménagement du territoire au Japon », Robert Fahri, attaché  pour la science et la technologie, Amabassade de France au Japon, aôut 2001, pp 10-11. http://www.riob.org/info_org/japon.pdf – (4) « Technologie du secourisme — Se préparer pour le prochain désastre naturel », Takahashi Koki et Torikai Shin-ichi, NIPPONIA No.33 15 juin, 2005http://web-japan.org/nipponia/nipponia33/fr/feature/feature05.html – (5) « Nippon Tsunami », Olivier Bleys, 19-02-2007. http://monvolubilis.canalblog.com/archives/2007/02/19/4056365.html


Publié le 15 janvier 2009 par marlene dans Catastrophe naturelle.,Japon,Non classé
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