Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Nils Udo, ou la poésie des paysages.

Bonjour,

Pétales de fleurs, baies sauvages, brindilles, branches, ou pierres, Nils Udo compose ses poésies colorées avec des matériaux empruntés aux paysages. Cet artiste, sans doute héritier du Land Art, proche cousin d’Andy Goldsworthy, travaille comme lui avec des végétaux fraîchement coupés qu’il faut rapidement mettre en place pour en conserver l’éclat. Et comme pour Goldsworthy, la fin inévitable de la composition fait partie du processus de création. Alors, place à la photo pour pérenniser l’œuvre qui retourne à la nature.

Le temps de la peinture, le temps des voyages.

Pour Nils Udo, né en Bavière juste avant la Seconde Guerre mondiale, les années 60 amorcent le temps de la peinture. Ses toiles sont abstraites. Pour enrichir sa culture, il passe près de dix années à Paris. En 1970, il rentre en Bavière et interroge les rapports entre « Art » et « Nature ». En 1972, il délaisse la peinture pour intervenir dans les paysages. La nature, qui devient son atelier, lui offre ses végétaux et ses minéraux. Les  dépaysements nourrissent sa créativité. Au milieu des années 50, il voyage en Europe, dans les Républiques de l’ex-URSS, en Afrique du Nord, ou au Moyen-Orient. A la fin de la décennie, il passe une année en Iran. Comme Goldsworthy, Nils Udo cherche toujours de nouveaux espaces pour y inscrire ses œuvres, en France, en Allemagne, à la Réunion, au Canada, aux Etats-Unis, au Mexique, en Inde, ou au Japon. Dans la seconde moitié des années 90, il revient à la peinture, autre territoire qu’il n’a, finalement, pas fini d’explorer. (2)

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Nids, maïs, et parfums.

Si son univers poétique se décline souvent à petite échelle, il lui arrive de composer des œuvres monumentales. Ses nids (1), métaphore d’un premier habitat, union entre l’homme et la nature, constitués de troncs d’arbre, de tiges tressées, de terre, et de pierre, évoluent en fonction des paysages et des matériaux disponibles à proximité. En 1988, le Nid du Parc du Crestet, « structure monumentale » de 15 mètres de diamètre, est conçu pour répondre à la stature des arbres environnants. (2) En 1994, à Laàs, dans les Pyrénées Atlantiques, à la demande de l’Association des producteurs de maïs (AGPM), Nils Udo étire une spirale d’épis de différentes variétés sur deux hectares. Cette intervention célèbre l’arrivée de la céréale sur le territoire européen, cinq siècles plus tôt. En 1995, la « Fleur Bleue », enclos circulaire planté de 5000 fleurs bleues, fermé par une porte mais ouvert sur le ciel, « paysage rêvé » d’un héros du romantisme allemand, s’impose dans la campagne bavaroise. (2) Pendant les étés 1994-1995, le Fonds régional d’Art contemporain du Nord-Pas-de-Calais, et l’Université de Valenciennes, l’invitent à composer sur le thème de la « Nature et du corps ».  Sa matière première est plus vivante que jamais, l’homme est intégré à un univers végétal et aquatique.

« Même si je travaille parallèlement à la nature, et n’interviens qu’avec la plus grande prudence, une contradiction essentielle demeure. […] Mon travail fait du tort à ce qu’il touche: la virginité de la nature. » (3) Nils Udo veille à faire chanter les paysages sans les brutaliser. Et c’est peut-être ici que notre plasticien prend quelque distance avec les artistes du Land Art, qui n’ont pas peur de bétonner ou d’emballer les paysages qui les inspirent. Et,  «…qui ne sont pas ne sont pas tellement préoccupés de la vivacité, de l’énergie vitale de la nature. Or le respect va de soi car nous appartenons à la nature. C’est un respect envers soi-même. » (2)

M.J.

Merci Vincent pour l’idée……

(1) Aline Louangvannasy, Lewebpedagogique.

(2) « Nils Udo : l’Art est dans la nature », Entretien avec Alexandra Fau, Art Absolument, N°13, Eté 2005.

http://www.alexandrafau.com/pdf/interview%20nils%20udo%20last%20version.pdf

(3) http://www.seine-saint-denis.fr/IMG/pdf/naturellement-humain-2.pdf


Publié le 12 juin 2009 par marlene dans Actualité,land art
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Richard Long, le pèlerin du Land Art.

Bonjour,

Richard Long court le monde pour arpenter des paysages sauvages, qu’il retouche souvent. Le randonneur est artiste: « …mon intention était de faire un art nouveau qui était aussi une nouvelle façon de marcher: la marche comme art. »(1)  Lors de ses périples, il prend des photos, rapporte quelques mots, ou ramène des matériaux qu’il organise pour les musées. Il aime travailler loin de l’agitation, sur des espaces vierges. Richard Long appartient à la famille du Land Art.

Sur les traces des pèlerins.

Sur son site, sa biographie tient en trois temps. En 1945, naissance en Angleterre. De 1962 à 1965, England College of Art, à Bristol. Puis, de 1966 à 1968, St Martin School of Art. La nature devient son modèle, il commence à marcher en 1967. Il suit les traces de cette humanité qui aime cheminer, les pèlerins, les poètes japonais, ou les romantiques anglais. Ses pas le mènent en Europe, en Amérique, au nord et au sud, en Afrique, au Japon, ou en Inde. Si chaque périple, guidé par une idée particulière, est unique, l’intention se répète : « Ainsi marcher – entendu comme art – me fournit un moyen idéal pour explorer les relations entre le temps, la distance, la géographie, et la mesure. » (1) Et pour marquer ce territoire parcouru, il cartographie son itinéraire, produit des textes qui témoignent de ses rencontres matérielles ou sensorielles, ou photographie les modifications qu’il apporte au paysage. Les pierres, qui accompagnent la progression de son parcours, l’aident à élargir les frontières de la sculpture.

Des serpents et une nuit sans lune.

En 1990, quand il relie la côte nord de l’Espagne à la côte sud, il dépose une pierre à mi-chemin de ce long périple. En 1995, une marche le conduit à travers l’Angleterre, depuis la côte atlantique jusqu’à celle de la Mer du Nord. Chaque jour, il prend une pierre qu’il pose, le lendemain, à l’endroit où il choisit une autre pierre. Et ainsi de suite, la sculpture évolue, de jour en jour, de pierre en pierre. En 1998, une ligne de 33 pierres marque le temps d’un périple de 33 jours qui le conduit du point le plus sud de l’Angleterre, au point le plus nord. En 1997, il passe huit jours dans une forêt de la région d’Aomori, au Japon. Son carnet de voyage témoigne de quelques rencontres, deux serpents, des grenouilles, une famille de singes, et une nuit sans lune.

Une ronde d’enfants.

Dans la chaîne de l’Himalaya (1975), dans la campagne écossaise (1981), dans le désert du Sahara (1988), des lignes de pierres témoignent de son passage. Lors de son premier voyage (1967), au Pérou (1972), ou encore au Sahara, une empreinte linéaire retient la trace de ses pas dans le paysage. Il sculpte aussi des cercles, dans les Andes (1972), en Irlande (1975), en Ecosse (1986), au Sahara ( 1988), dans le désert de Gobi (1996), ou dans l’Oregon (2001). En 2003, il exporte ses compositions circulaires en Inde, complique les formes, travaille les contrastes, ou les abandonne à une ronde d’enfants.

Et un bout de ciel.

Privé de pierres et de bois, il pourrait explorer les possibilités du ciel : « Lors d’une promenade en montagne, on pourrait sculpter au dessus des nuages, peut-être dans une région éloignée, en apportant une liberté d’imagination sur la façon, et le lieu, ou l’art peut-être produit dans le monde. » (1) En 1995, il marche pendant trois jours et demi, depuis l’embouchure de la Loire jusqu’au premier nuage rencontré. Il en rapporte un échantillon de ciel azur.

M.J

(1) Richard Long, website http://www.richardlong.org/index.html


Publié le 7 avril 2009 par marlene dans land art
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Les aventures de la Spiral Jetty.

Bonjour,

L’idée était de faire une pause, d’oublier les dérèglements climatiques, les bouleversements environnementaux, ou les dysfonctionnements du système alimentaire mondial, pour parler d’autre chose. Un sujet sans catastrophe. C’est réussi. Zoom sur la « Spiral jetty », une œuvre majeure du Land Art, engloutie plusieurs fois, et menacée par un forage pétrolier. Mais, retour sur la création de l’oeuvre.


En 1970, Robert Smithson crée la Spiral Jetty , une immense bande qui s’enroule à la manière d’une spirale dans les eaux du Grand Lac salé, dans l’Ouest américain., au cœur du pays mormon. Il n’est pas tout seul. Une armada d’automoteurs à deux roues, de Caterpillars, et plus de 600 personnes remuent boue, terre, et roches pour fonder les lignes dessinées par l’artiste. La forme de l’œuvre s’inspire du site. La spirale s’inscrit dans la topographie du lac pour évoquer un tourbillon mythique, probablement situé en son centre. L’esquisse suggère encore les formes circulaires des dépôts de sel sur les rochers. Smithson aurait été séduit par les contrastes de ce site situé sur la rive nord du Grand Lac salé, une eau rose-orangé due à la prolifération d’une algue marine, les cristaux blancs du sel accumulé alentour, et les masses de basalte noir environnantes. L’œuvre, qui mesure 457 mètres de long, et 4,6 mètres de large, est l’une des constructions les plus emblématique du Land Art, ce mouvement qui préfère la nature aux musées.

Robert Smithson , disparu en 1973 dans un accident d’avion, appartient à la famille du Land Art. Après des études de dessin et de peinture à New York, et une période abstraite, l’artiste se tourne vers la sculpture. Au début des années 60, il commence à créer des œuvres démesurées qui mêlent géométrie, et fabrication industrielle. Smithson, affilié au Land Art, pratique le Earthwork, le terrassement, une démarche qui suppose une création dans le paysage, à base de terre. L’artiste, qui considère que la nature n’a pas achevé son processus de transformation, se propose de l’aider. Il récupère les matériaux trouvés sur place, et utilise des machines pour construire des œuvres gigantesques. Il concilie la technologie et les éléments naturels. Smithson, fasciné par l’entropie, souhaite que son œuvre se dégrade pour rendre à l’environnement les éléments empruntés. Et revenir au premier stade, avant son intervention. La spirale de la Spiral Jetty a aussi été interprétée comme le symbole de l’évolution, la traduction d’une dynamique « construction – destruction ».


Quand Smithson construit la Spiral Jetty, le niveau du grand lac salé est particulièrement bas, conséquence d’une sécheresse. En 1972, une montée des eaux engloutit l’œuvre. Depuis, l’œuvre devient accessible quand les conditions climatiques jouent sur le niveau du lac. En 1999, l’œuvre est à nouveau découverte. En 2003, sa réapparition est le sujet d’un carnet de route. Au printemps 2005, elle est à nouveau partiellement submergée. Bien plus grave, la Spiral Jetty, acquise par la Dia Foundation de New-York en 1999, est aujourd’hui menacée par un forage pétrolier. Depuis, la Dia Foundation, qui défend cette pièce symbolique du Land Art, les écolos de la région qui craignent pour un écosystème d’importance, affrontent la Pearl Montana, une compagnie canadienne qui ne demande qu’à forer…

M.J.


Publié le 5 juin 2008 par marlene dans land art
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Goldsworthy, conversations avec la nature. (2)

Bonjour,

Goldsworthy, part two. Deux vidéos, extraits du documentaire de Thomas Ridelsheimer, « L’oeuvre du temps », diffusé sur Arte, en 2005. Goldsworthy parle de son travail, et de sa « muse », la nature.

Etudiant aux Beaux Arts de Lancaster, Goldsworthy s’échappe de cet univers confiné, et sécurisant. Il se retrouve dans la nature, un environnement ouvert qui libère son énergie. L’espace lui donne un sentiment d’insécurité, nécessaire à sa création. » Un contrôle total peut tuer le travail artistique »…

« Je ne crois pas que la nature ait besoin de moi, mais moi j’ai besoin d’elle. » Et quand Goldsworthy s’éloigne de la nature, désoeuvré, il se sent déraciné. C’est ce contact avec l’environnement qui l’enracine. Il a besoin de travailler. Il a besoin de solitude. « Mais pour être honnête, les gens me fatiguent »…

Et joyeux Noël!

M.J


Publié le 25 décembre 2007 par marlene dans Art
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Goldsworthy, conversations avec la nature (1).

Bonjour,

Jean Louis Borloo et la mise en oeuvre du Grenelle de l’environnement? Les objectifs contraignants de réduction des émissions de CO² annoncés par Bruxelles ? Ou Andy Goldsworthy, une belle façon de retarder une actualité environnementale un peu grise. Goldsworthy, c’est ce sculpteur anglais qui vit et travaille en Ecosse, et qui court le monde pour y laisser des traces, souvent éphémères. Ses sculptures sont en harmonie avec l’environnement. Ses matériaux, empruntés à la nature, évoquent le provisoire des éléments naturels. La plupart de ses oeuvres sont temporaires. Goldsworthy est l’un des maîtres du Land art. Il est aussi l’un des plus filmés. En 2003, Arte lui consacre une émission. Je vous propose deux vidéos, d’une série qui en compte quatre, la suite pour plus tard.

Premier document, Goldsworthy y confesse son besoin de la terre. Il veut comprendre l’énergie qui l’anime, qui coule à travers le paysage. Cette énergie qui est là, et qui disparaît. Puis vient le renouveau de la vie, le temps, les changements, et toujours cette énergie qui habite la nature. Dans le monde de Goldsworthy, la mer, les cours d’eau, les marées, parlent encore du temps qui s’écoule.

Seconde vidéo, Goldsworthy au travail. Ou l’humilité de l’artiste face à des éléments naturels, parfois rebelles. Goldsworthy qui sculpte une oeuvre qui, une fois achevée, ne dira rien des efforts de l’artiste. En attendant, l’important est de ne pas attraper froid, de ne pas avoir les doigts gelés, pour garder l’habileté du geste, et le contact avec l’élément naturel. Et quand l’installation s’effondre, Goldsworthy prend froid. Une oeuvre réussie lui tient chaud.

M.J


Publié le 23 décembre 2007 par marlene dans Art
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