Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Bougainville, des femmes sans concessions.

Bonjour,

Politiquement toujours attaché  à la Papouasie -Nouvelle Guinée, distant d’un millier de kilomètres au nord, l’archipel de Bougainville  s’étire vers le Sud et les îles Salomon, son voisin culturel. Vingt kilomètres séparent ces deux îles qui appartiennent à l’ensemble mélanésien. Bougainville se compose de deux grandes terres pratiquement collées, prolongées par un chapelet d’îlots  et d’atolls dispersés dans la mer des Salomon. Comme la plupart des petits territoires du Pacifique Sud, Bougainville a vu défiler les drapeaux. L’île est britannique jusqu’en 1898, vendue à l’Allemagne, occupée par l’Australie pendant la Première Guerre Mondiale, envahie par les Japonais en 1942, puis récupérée par les Forces Alliées qui la confient à l’Australie. En 1975, elle devient partie de la Papouasie Nouvelle-Guinée, qui s’émancipe de l’Australie. Cette histoire mouvementée a bousculé une communauté d’une vingtaine de groupes, chacun sa langue, chacun ses traditions. Aujourd’hui, les 200.000 à 300.000 habitants estimés échangent dans une trentaine de dialectes. (1) Particularité régionale, Bougainville est structurée par une société matrilinéaire. La parenté, la descendance, et l’héritage sont déterminés par les lignées féminines. A Bougainville, les femmes sont propriétaires des terres. Elles participent autant que les hommes à l’administration de l’île. A la maison, elles éduquent les enfants, produisent la nourriture, et transmettent les valeurs traditionnelles. Côté géographie, Bougainville est une terre volcanique, recouverte d’une terre riche où poussent la patate douce, l’arbre à cacao, et les cocotiers. L’archipel compte deux volcans endormis, et une immense mine de cuivre à ciel ouvert. La mine de Panguna. Après une pause d’une vingtaine d’années, on parle d’exploiter à nouveau ces gisements qui ont souillé la terre, l’eau, et qui ont mis l’île à feu et à sang. (2) (3)

Cuivre, mercure, plomb, et zinc.

En 1969, l’Australie, qui administre encore l’archipel, convoite un vaste gisement de cuivre dans la région de Panguna. Un accord est signé entre le Gouvernement australien et la Compagnie minière Rio Tinto Australia. Les habitants de Bougainville sont écartés des décisions. Les propriétaires des terres occupées par la mine sont contraints d’abandonner la gestion de leurs terres ancestrales. Ils commencent à se mobiliser, et réclament l’indépendance de l’île. L’activité minière, aux mains « d’étrangers » qui imposent le blocus de l’île, annonce dix années de guerre civile. Le conflit, qui tue au moins 10.000 personnes, déstructure cette société insulaire, et détruit les infrastructures. Des atrocités sont commises. Des villages sont brûlés. Les femmes et les enfants sont aux premières loges du gâchis. (2) A la fin des années 80, les souillures environnementales, terres dévastées sur un rayon d’une dizaine de kilomètres autour de la mine, rejets de métaux toxiques dans les cours d’eau, mercure, plomb, zinc, alimentent à nouveau l’aspiration indépendantiste de l’archipel. En 1989, l’Armée Révolutionnaire  de Bougainville lance une insurrection. La mine de Panguna est fermée. Les forces militaires de Papouasie- Nouvelle Guinée se retirent. L’Armée Révolutionnaire proclame l’indépendance. Le processus de paix, porté par le Conseil des Anciens, les femmes, les associations de jeunes, les Eglises et les ONG, s’étire sur une autre décennie. En 2000, le principe d’une indépendance, via une période d’autonomie, est officiellement adopté. Cinq ans plus tard, Bougainville se dote d’un premier gouvernement autonome. Si l’indépendance se fait attendre, la paix est revenue sur l’île, où les écoles fonctionnent à nouveau. (2) (3)

Cacao, Coprah, et 10 milliards de Kina

Torturées, réduites au silence, ou abandonnées par leur mari, les femmes de Bougainville n’ont rien oublié d’un conflit, attisé par la convoitise des richesses minières , cuivre, argent et or, qui ont profité à d’autres.  Le gouvernement de Papouasie- Nouvelle Guinée a reçu 20% des profits d’une mine exploitée par Bougainville Copper Ltd (BCL), British Multinational, et Rio Tinto. Les insulaires, employés à extraire les minerais, ont dû se contenter de 0,5% à 1,25% des bénéfices. (1)(4) En 1989, les propriétaires des terres exploitées ont réclamé 10 milliards de Kina – la monnaie locale – en dédommagement des dégâts, et du préjudice moral. Refusés par le Gouvernement de Papouasie – Nouvelle Guinée. Vingt ans plus tard, la réouverture de la mine de Panguna pourrait promettre un développement à une île portée par l’aide internationale, où beaucoup de villages manquent d’électricité, et de services médicaux. Certains insulaires le pensent. Une revue minière, se basant sur une étude récente, prétend qu’il reste encore beaucoup de cuivre et d’or à exploiter.(4) Pour beaucoup d’autres, sans doute une  grosse majorité, l’eau des rivières, désertée par les poissons, toujours impropre à la consommation, contrarie cette perspective. D’ailleurs, les femmes de Panguna, plus soucieuses de paix, d’harmonie sociale, et d’environnement, ont une autre vision du développement. L’une d’elle, Patricia Tapakau, à la tête de « Panguna Women in Mining », une organisation qui regroupe les femmes de 13 villages souillés par l’exploitation minière, confie à IPS « Nous souhaitons nous développer en tenant compte de nos erreurs, pas en les répétant. ».(1) Elles misent sur un développement plus doux, basé sur le cacao, l’huile de Coprah, ou le tourisme. Sans oublier les 10 milliards de Kina de compensation pour les dommages causés par l’activité minière, jamais versés par le gouvernement de Papouasie- Nouvelle Guinée.

M.J

 

 

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(1) ”Women Call the Shots on Mega Copper Mine”, Catherine Wilson, IPS,  Papua New Guinea, 17-10-2011 http://ipsnews.net/news.asp?idnews=105480

(2) War Resister’s International, Peace in Bougainville and the Work of the Leitana Nehan Women’s Development Agency01-01- 2001 — warresisters , Kris Hakenahttp://wri-irg.org/nonviolence/nvse08-en.htm

(3) Wikipedia, History of Bougainville; http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_Bougainville

(4) “Panguna still has plenty of copper”, Mining Journal Online, 11-02-2009 http://www.mining-journal.com/exploration–and–development/panguna-still-has-plenty-of-copper


Publié le 4 novembre 2011 par marlene dans Exploitation minière,Préjudice écologique
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Mers et océans en état de stress.

Bonjour,

Pêche excessive et déclin des populations de poissons, acidification des océans et reproduction ralentie des coraux, manque d’oxygène et expansion des zones mortes, pollution et invasion des plastiques, les signes se multiplient pour confirmer la mauvaise santé des océans. Ces changements, plus rapides que prévus, inquiètent la communauté de chercheurs de l’International Program of the State of the Ocean (IPSO), réunie à Londres début avril, en partenariat avec l’IUCN, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature. Leurs conclusions, formulées dans un rapport, évoquent un changement d’époque dans l’histoire des océans. Le réchauffement des mers, l’acidification des eaux, et le manque d’oxygène, se combineraient pour créer un dérèglement du cycle carbone. Ce contexte rappellerait ceux qui ont précédé les cinq grandes périodes d’extinction qui ont accompagné l’aventure de la terre, au cours des 600 millions d’années passées. Selon le rapport, la rapidité de ces mutations ressemble souvent aux pires scénarios prédits par le GIEC, le groupe d’experts internationaux sur le climat. Et les dépasse parfois. La réduction des glaces de l’Arctique, la fonte accélérée du Groënland et du système Antarctique, l’élévation du niveau des mers, et l’échappée du méthane piégé dans les fonds marins, bousculent déjà les projections les plus pessimistes. Avec pour conséquences, migrations et déclins d’espèces marines, déplacement des colonies d’algues toxiques, multiplication des risques sanitaires, ou disparition de certains poissons habitués à vivre dans un système marin, plus riche et plus complexe. Plus que l’addition des facteurs de stress, c’est la multiplication qu’il faut craindre. C’est-à-dire une dynamique qui mêle pêche excessive, modification du milieu, changement climatique, manque de nutriments, et introduction d’espèces invasives. La porte ouverte à un accroissement de ces espèces indésirables et à une prolifération d’algues toxiques, qui vont asphyxier le milieu. Ou encore, une température plus élevée combinée à une acidification croissante, contexte qui va accélérer le blanchiment et contrarier le développement des coraux, et réduire la vie associée à cet habitat . Autre exemple de réaction en chaîne, la prolifération des plastiques dans les mers et les océans, et leurs incidences sur la chaîne alimentaire. A une autre échelle, il est question de l’équilibre entre le « système océan » et le « système terre », dont les évolutions climatiques sont liées. Beaucoup de perspectives alarmistes qui débouchent sur les recommandations classiques, réduction immédiate des rejets de CO², restauration des écosystèmes marins, règlements pour limiter les charges imposées au océans, et intervention des Nation Unies – notamment via la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer pour formuler un mode d’emploi des océans, plus responsable. Car l’agent perturbateur est bien identifié : «La résistance des océans aux conséquences du réchauffement climatique est sévèrement compromise par les autres facteurs de stress d’origine humaine, dont la pêche, la pollution, et la destruction de l’habitat. » (1)

M.J

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Lien résumé du rapport / English

http://www.stateoftheocean.org/pdfs/1906_IPSO-LONG.pdf


Publié le 30 juin 2011 par marlene dans Actualité,Climat,Ecosystèmes.,Pollution de l'eau
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2,6 milliards de bovins. Et moi et moi et moi…

Bonjour,

L’élevage consomme l’environnement. Avec l’agriculture, il occupe environ 70% des terres agricoles mondiales. En Amérique centrale, en Amazonie, la forêt recule sous la pression croissante des troupeaux, et des besoins en terres agricoles pour leur alimentation. L’élevage pompe de l’eau douce, 9% des besoins annuels mondiaux.(1) Il produit des gaz à effet de serre. Déforestation, extension de pâturages, conversion de terres en production fourragère, carburant, chauffage, sa contribution CO² s’élève à 9% du total mondial. Plus que les transports. Fermentation entérique des ruminants ou fermentation des déjections, l’élevage compte pour 37% des émissions mondiales de méthane. Sans oublier les 65% d’oxydes nitreux, ou protoxyde d’azote, ces résidus de fertilisants industriels azotés qui distillent leurs effluents dans les écosystèmes, terrestres et marins. Un poison tenace qui plombe dangereusement la facture environnementale de l’élevage. (2) La FAO, qui tient compte d’une population plus nombreuse, plus riche dans les pays émergents, et plus exigeante sur la qualité du menu, estime que la production de viande devrait doubler d’ici, à 2050. Concrètement, les troupeaux de bovins passeraient de 1,5 milliard de têtes à 2,6 milliards. Progression analogue pour les caprins et les ovins, dont le nombre gonflerait jusqu’à 2,7 milliards de têtes. (3) Une étude canadienne , qui envisage l’impact environnemental de l’élevage pour les quarante années à venir, contrarie ces perspectives. L’enquête, qui fouille trois pistes, les émissions de GES, la capacité du globe (biomasse), et le cycle mondial de l’azote, tire le signal d’alarme. Si nous continuons à engraisser plus de bétail pour la viande, l’élevage utilisera 70 à 80% de la capacité de la terre à absorber la pollution, vers le milieu du siècle. Ce qui laissera peu de place pour d’autres activités humaines, la production d’énergie, les transports, qui rivalisent déjà pour que la terre puisse absorber leurs effluents. Combiner notre appétit pour la viande avec nos activités polluantes pourrait dépasser le seuil de tolérance de la planète.(4) L’étude dénonce une grande déconnection entre l’ampleur de l’impact environnemental, plus de terre, plus d’eau, plus de GES, plus de fertilisants à base d’azote, et la production de bétail annoncée. Même avec une projection optimiste. Cette recherche, qui conseille moins de nitrates, plus d’engrais naturels, et une agriculture productive aux décideurs, prescrit surtout un régime alimentaire mondial allégé en viande. De 19 à 42% en moins par assiette en 2050, calcul qui tient compte de la croissance attendue de la population et des revenus. Un régime alimentaire nécessaire éviter à la planète de se transformer en un vaste pré d’embouche. (5)

M.J

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(1) La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2009 – 4. Elevage et environnement. FAO http://www.fao.org/docrep/012/i0680f/i0680f04.pdf

(2) « The Nitrogen Fix:Breaking a Costly Addiction”, Fred Pearce, Yale Environment 360, 05-11-2009, http://e360.yale.edu/content/feature.msp?id=2207

(3) « Vers un élevage plus durable »- « La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture » analyse l’évolution rapide de la production mondiale de l’élevage 18-02-2010, http://www.fao.org/news/story/fr/item/40117/icode/

(4) Stressing the planet, Melissa Hennigar, Dalnews.dal.ca, 05-10-2010 http://dalnews.dal.ca/2010/10/05/beef.html

(5) « Meat diets pose environmental danger: report », Gerard Wynn, Reuters, 04-10-2010 http://www.reuters.com/article/idUSTRE6935Q520101004


Publié le 15 octobre 2010 par marlene dans Ecosystèmes.,elevage,FAO
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Chine: une agriculture qui pollue.

Bonjour,

L’agriculture empoisonne l’eau en Chine. C’est le constat d’une première étude nationale sur les sources de pollution, communiquée il y a quelques jours par Pékin. Les  fertilisants et les pesticides utilisés pour doper et protéger les cultures seraient plus néfastes pour l’environnement que les rejets industriels. (1) Le développement d’une agriculture productive, amorcé dans les années 80, s’est accompagné d’une utilisation massive, et anarchique, de produits chimiques, destinés à accroître les rendements. Beaucoup de paysans, notamment dans le Sud du pays, utilisent ces additifs pour valoriser des lopins de terre d’environ un demi-hectare. Ces mauvaises pratiques agricoles se déclinent à l’échelle d’un immense territoire, encore largement rural. La terre, qui employait 80% de la population chinoise dans les années 60, occupe aujourd’hui environ 40% des actifs. (2)(3) Cette agriculture, vieille de 5000 ans, empêchée par un certain nombre de contraintes naturelles, reliefs, climats, avancée des déserts, installée dans la partie Est du territoire,a pour mission de nourrir une population qui dépasse largement le milliard.(2) Une tâche énorme dont elle ne peut s’acquitter sans la mécanisation des exploitations, ni sans ces engrais et ces pesticides qui gonflent la production. Cette étude environnementale, menée pendant deux années, montre que trois décennies de mauvaises pratiques agricoles ont laissé des traces dans l’environnement, et notamment dans l’eau. Elle révèle que près de la moitié de la quantité de DCO – demande chimique en oxygène, marqueur du degré de pollution des eaux – provient de l’agriculture. On lui attribue encore 67% des rejets de phosphates et 57% des nitrates . (1) L’agriculture participerait donc activement à une pollution qui souille 95% des nappes phréatiques, et 70% des lacs et des rivières, estimations antérieures à l’étude.(4) Les industriels de la chimie, qui poussent les agriculteurs à la consommation – exemple, CNOOC , leader des fertilisants chargés en nitrates –, contribuent à ce gâchis. La multiplication de troupeaux et des fermes aquacoles, viande et poisson désormais au menu d’une civilisation habituée aux céréales, pèsent encore sur l’environnement. Une autre étude, parue quelques jours plus tard dans la revue Science, montre que l’usage croissant de fertilisants à base de nitrates entraîne une acidification des sols. Ce qui, à terme, pourrait ruiner des terres qui n’auront même plus besoin d’engrais puisque rien n’y poussera. (5)

L’agriculture « bio »? En 1990, les Autorités lancent le programme « Green Food », « garanti » avec moins d’engrais et de pesticides, mais non validé en Europe.  En 2005, le « bio » devient plus « bio », deux millions d’hectares sont plantés, 1400 structures agricoles sont certifiées. On  prédit de beaux jours au « bio » chinois, mais avec 0,02% de la production agricole – dont la moitié est exportée –, il reste à l’état d’échantillon. (6) (7)

M.J.

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(1)“Chinese farms cause more pollution than factories, says official survey”, Jonathan Watts, The Guardian, 9-02-2010, http://www.guardian.co.uk/environment/2010/feb/09/china-farms-pollution

(2) »L’Agriculture en Chine », Wikipedia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_en_Chine

(3)” Economie de la République populaire de Chine”, Wikipedia, http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_de_la_R%C3%A9publique_populaire_de_Chine

(4) « En Chine, la guerre de l’eau aura bien lieu »,  Frédéric Koller, Université de Laval, in Le Temps, Genève, 06-01-2006 http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/eh/F/cause/lectures/chine__la_guerre_de_l%27eau.htm

(5) In « Chinese farming practices are acidifying soil.”, Jeremy Hance, mongabay.com
11-02- 2010
http://news.mongabay.com/2010/0211-hance_acidsoils.html

(6) « Agriculture chinoise : utilisation massive de pesticides et développement du bio »,Vannina Pomonti de Pékin (Chine), Novethic,15/01/2007http://www.google.fr/search?hl=fr&client=firefox-a&channel=s&rls=org.mozilla%3Afr%3Aofficial&hs=WI1&q=pesticides+agriculture+chine&btnG=Rechercher&meta=&aq=f&oq « Le bio “made in China”, Le Courrier : Quotidien Suisse Indépendant,  18-07-2006. http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=41838


Publié le 17 février 2010 par marlene dans Agriculture.,Chine,eau,Préjudice écologique
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Le Nord de la Chine au régime sec.

Bonjour,

Depuis juillet, la sécheresse s’est rapidement propagée à travers le Nord et le Nord-Est de la Chine. Plus de 8 millions d’hectares manquent d’eau dans le Liaoning, le Heilongjiang, le Jilin, le Shanxi, ou la Mongolie intérieure, importante réserve céréalière du pays. Plus de quatre millions de personnes rencontrent des difficultés pour s’approvisionner en eau, et quatre millions et demi de bêtes n’ont plus grand-chose à boire. Cette sécheresse qui touche 13 millions d’hectares à l’échelle du pays – soit une superficie de 35 % plus élevée que l’année précédente – rappelle un problème crucial en  Chine, l’eau. (1)

Inégalités spatiale et saisonnière.

La Chine dispose de 7% des réserves en eau de la planète  pour 20% de la population mondiale, une démographie qui limite la ressource par habitant. Une Chine du Nord, plutôt sèche et froide, contraste avec une Chine du Sud, subtropicale et humide. Au Nord, chaque habitant doit se débrouiller avec trois fois moins d’eau que son concitoyen du Sud. Inégale répartition de la ressource en eau, et inégale répartition des terres cultivées. La Chine de Nord, qui concentre les 3/5° de la surface agricole exploitée, doit se contenter du cinquième des ressources du pays. Le Sud , où se cultivent les 2/5° des terres chinoises, dispose des 4/5° des réserves d’eau du pays. Inégale répartition de l’eau dans l’espace, et dans le temps. Les précipitations et les crues qui gonflent les fleuves obéissent à un calendrier plutôt estival. Elles se produisent de mi-juillet à septembre au Nord, qui cette année attend toujours la pluie. (2) Dans un pays où l’agriculture dépend largement des précipitations, le manque d’eau pèse sur l’équilibre alimentaire. Cette sécheresse, qui touche le Liaoning, le Heilongjiang, le Jilin, le Shanxi, et la Mongolie intérieure se produit à un moment crucial pour les céréales d’automne. Ces régions produisent environ 30% de la récolte céréalière automnale. (3)

Pollution atmosphérique et précipitations.

De grosses chaleurs et le manque de pluie expliqueraient cette sécheresse, lapalissade de la plupart des sources. Une étude récente met encore en relation la pollution atmosphérique et la réduction des pluies profitables aux récoltes. Selon le « Journal of Geophysical Research », la pollution industrielle de l’Est serait responsable d’une diminution des « pluies légères » au cours des 50 dernières années. Ce constat s’appuie sur une étude menée de 1956 à 2005 dans 171 stations météorologiques situées à l’Est du pays. Durant cette période, les « pluies légères » y auraient été bien moins abondantes, moins 23% selon les chercheurs. Dans le même temps, le régime des précipitations, incluant de « fortes pluies », qui provoquent des inondations et déracinent les récoltes, s’emballait au sud. Conclusion des chercheurs, diminuer la pollution pourrait soulager les régions du Nord-Est. Ces « pluies légères », jusqu’à 10 mm par jour, favorisent l’agriculture et atténuent la sécheresse. Cette étude pourrait encore permettre de comprendre comment les aérosols – petites particules lâchées dans l’air, largement dues aux activités humaines – affectent la formation des nuages, générateurs de précipitations. Le nombre de gouttelettes d’eau serait plus élevé quand il y a concentration d’aérosols, mais l’étude retient aussi que les pluies diminuent de moitié dans les ciels pollués. Les petites gouttes formées ne seraient pas assez grosses pour tomber. La relation entre les aérosols et les précipitations en Chine reste à fouiller…..(4)

En attendant la pluie.

En attendant la pluie, la Chine ensemence les nuages et promet de rationaliser un système traditionnel d’irrigation qui gaspille la moitié de l’eau utilisée, par infiltration et par évaporation. Pendant ce temps, le déluge dévaste l’autre Chine. Fin août, des pluies diluviennes se sont abattues dans le Centre et le Sud-Ouest du pays, provoquant des inondations, des glissements de terrains, et des morts. Alors, pour atténuer cette distribution inégale sur le territoire chinois, le gouvernement lance de grands travaux. Le barrage des Trois Gorges doit contenir les crues du Yangtsé, pendant qu’une partie de ses eaux seront déviées vers la capitale et la grande plaine assoiffée de Chine du Nord. Un projet qui tarde.

M.J

La pollution de l’air et la sécheresse dans l’Est de la Chine…

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(1)Millions at risk in China drought”, BBC News, 23-08-2009. http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/8216681.stm -

(2) « Les ressources en eau et leur gestion en Chine »,  Zongxia Ca’, Géocarrefour, Vol. 79/1 Le Yangzi et le Rhône, regards croisés, p 35-40 http://geocarrefour.revues.org/index510.html

(3) « 160,000 people suffer water shortage as drought hits NE China”(Xinhua),20-07- 2009http://www.chinadaily.com.cn/china/2009-07/20/content_8451205.htm

(4) Etude : “Office of Biological and Environmental Research within the US Department of Energy”, en collaboration avec “China’s Ministry of Science and Technology.”


Publié le 9 septembre 2009 par marlene dans Actualité,Agriculture.,Chine,Désertification.
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La Chine s’intéresse à ses mines d’énergie renouvelable.

Bonjour,

Une industrie et une production high-tech voraces, un marché de l’automobile et un équipement des ménages en progression vertigineuse, la Chine est gourmande en énergie. Ses besoins en pétrole la placent juste derrière les Etats-Unis. La Chine est aussi le premier producteur et consommateur mondial de charbon, qui alimente 70% de sa machine. (1) De 1996 à 2006, les besoins énergétiques de « l’usine du monde » ont pratiquement doublé. Et la consommation d’électricité est allée encore plus vite, elle a été multipliée par deux depuis 2000. (2) Cette Chine énergivore est aussi une Chine qui pollue. Les émissions de CO² sont en train de dépasser celles des Etats-Unis. (3) Parenthèse, les émissions de dioxyde de carbone d’un Chinois représentent 1/6° de celles produites par un américain. (2) Les rejets de dioxyde de soufre, liés a l’utilisation de charbon de mauvaise qualité et à des techniques de combustion vétustes, sont en augmentation. (3) Mais, derrière le gigantesque nuage d’oxyde d’azote qui couvre Pékin et le nord-est du territoire, il se dessine un petit espoir. La Chine, qui veut diversifier ses sources d’énergie et qui freine la construction de centrales de charbon,  mise sur le vent, le soleil, l’eau, ou la biomasse, pour adoucir les conséquences environnementales de son développement.

Le vent et l’atome.

Si l’énergie solaire balbutie encore, la Chine est en train de devenir une championne de l’éolien. En 2006, le pays a doublé sa capacité. Dans un contexte où l’énergie produite par le vent est plus chère que celle issue du charbon, le gouvernement incite à la concurrence pour réduire les coûts de production. Vers le milieu du siècle, l’énergie éolienne pourrait devenir la seconde source d’électricité, derrière le charbon, et devant l’hydro-électricité. Avec environ 2/3 des capacités mondiales, la Chine est devenue le plus grand consommateur d’eau chauffée par le soleil. On y dénombre environ 40 millions de systèmes solaires, 10% de ménages chinois en sont équipés.  Cette performance dissimule un secteur solaire où beaucoup reste à faire. Ce qui n’empêche pas la Chine d’être active sur le marché international du photovoltaïque. La biomasse, surtout produite à base de canne à sucre et de cosses de riz, est un secteur qui somnole. En attendant, peut-être, d’être réveillé par d’autres sources d’énergie, résidus de l’agriculture ou des forêts. Le biogaz, produit à partir de déchets animaux, dynamise la filière. La Chine s’intéresse encore aux carburants alternatifs. Elle produit un peu d’éthanol à base de maïs, et du biodiesel avec de l’huile de friture usagée. Le manioc, le sorgho, et les oléagineux ouvrent de petits espoirs. Plus sérieux, l’éthanol à base de cellulose, la Chine dispose de vastes stocks de déchets agricoles et forestiers. Une perspective qui attendra encore quelques années. (1) Petite fausse note dans cette transition énergétique, la Chine devrait encore construire une trentaine de centrales nucléaires, d’ici à 2020.

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Un portable solaire.

Aujourd’hui, 8% de l’énergie et 17% de l’électricité consommées en Chine proviennent d’une source non fossile. L’objectif est d’atteindre les 15% (énergie) et Les 21% (électricité ) en 2020. (1)Vers le milieu du siècle, les énergies renouvelables devraient couvrir 30% des besoins.(2)Cette ambition repose sur des investissements conséquents, assortis d’une volonté de développer les énergies propres. Le Worldwatch Institute rapporte que la Chine a investit 50 billions de dollars dans le non-fossile en 2006, plus 10 billions en 2007. Depuis 2005, une loi encadre le développement du renouvelable, devenu « priorité nationale ». Des incitations fiscales encouragent les entreprises à opter pour les énergies alternatives. Des mandats exigent que des compagnies d’électricité achètent de l’éolien, et s’intéressent aux autres sources. Selon le cabinet Ernst & Young, la Chine est devenue l’un des cinq pays les plus attractifs pour les investissements destinés au renouvelable, entre l’Inde et l’Espagne. (4)Tout en développant son potentiel, la Chine est en passe de devenir un leader sur le marché international du vent et du soleil, en Amérique du Nord, au Japon, ou en Europe. La production d’éoliennes et d’équipements photovoltaïques a été multipliée par 2 en 2006. (1) La Chine exporte ses systèmes d’eau chauffée par le soleil – bien moins coûteux que leurs semblables produits en Europe – et du petit matériel hydro-électrique. Objectifs ambitieux, soutien des autorités, et prouesses industrielles « à la chinoise », la Chine pourrait s’imposer dans les technologies du renouvelable. En 2007, une société chinoise a présenté son premier portable à énergie solaire, une heure au soleil, ou à la bougie, pour quarante minutes de conversation….

M.J

(1) “Powering China’s Development: The Role of Renewable Energy”, Worldwatch report, Eric Martinot, Li Junfeng, November 2007, http://www.worldwatch.org/node/5491

(2) “Powering China’s Development: The Role of Renewable Energy.”http://www.worldwatch.org/node/5496

(3) http://www.econologie.com/la-chine-articles-2277.html

(4) « Energies renouvelables : la Chine devient plus attractive que le Royaume-Uni », Actu-Environnement.com – 28/08/2008, http://www.actu-environnement.com/ae/news/attractivite_chine_energies_renouvelables_5590.php4


Publié le 12 mai 2009 par marlene dans Actualité,énergie,Chine,Climat
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Les Grands Lacs et la Maison Blanche.

Bonjour,

Après le climat et les questions d’énergie, le nouveau Président des Etats-Unis devra s’attaquer à un autre gros dossier environnemental, la pollution des Grands Lacs. Un dossier qui, d’après la presse américaine, tend à s’imposer dans la campagne présidentielle. La région des Grands Lacs, qui chevauche la frontière entre les USA et le Canada, comprend quelques Etats – clé pour cette élection : Ohio, Pennsylvania, Indiana, Minnesota, et le Wisconsin. Sans oublier l’Illinois et New-York, considérés « acquis » à Obama.(1) John MacCain et Barack Obama ont promis aux électeurs de réhabiliter ce vaste système de zones humides corrompu par les rejets polluants industriels, urbains, et agricole. Et qui représente 90% des réserves d’eau douce de surface du pays.

Un endroit intact, jusqu’à l’arrivée des Blancs.

Rapide exposé du problème. Les Grands Lacs, le « quatrième littoral » des Etats-Unis, est le système d’eau douce le plus étendu au monde, 250 000 km², près de la moitié du territoire français. Situé sur l’espace frontalier entre le Canada et le Etats-Unis, cet ensemble comprend cinq grands lacs, Supérieur, Huron, Michigan – le seul qui soit totalement assis sur le territoire des Etats-Unis -, Erié, et Ontario. L’ensemble, associé au fleuve Saint Laurent, présente un réseau complexe de petits lacs secondaires et de chenaux.

Dès le milieu du XIX° siècle, l’accès à l’eau, puis l’aménagement de nombreuses voies navigables, y attirent les industries, métallurgie, chimie, automobile, papeterie, ou produits manufacturés. L’agriculture s’y développe sans rendre de comptes à l’environnement. Chicago, Detroit, Milwaukee, ou Cleveland, grossissent à proximité. Un siècle et demi plus tard, la densité industrielle et urbaine et les activités agricoles ont fini par dénaturer ce complexe de zones humides, resté à peu près intact jusqu’à l’arrivée des Blancs. De fait, cette pollution apparaît dès les années 60. Les rejets industriels toxiques, les contaminations d’origine agricole, les égouts refoulés par les villes, ou les sels de déneigement, ont eu raison de la qualité de l’eau. Les pluies nourries en pesticides, les nuages polluants issus des usines, et les émanations urbaines ont vicié la qualité de l’air. L’invasion de la carpe asiatique et la prolifération d’algues ont dénaturé les écosystèmes. En lien, une approche fouillée de la pollution dans le système des Grands Lacs.

Le dixième de la population des USA.

En 1972, Les Etats-Unis et le Canada signent un premier accord sur la qualité de l’eau des Grands Lacs, coopération renouvelée en 1978. Les deux pays s’engagent à restaurer les écosystèmes, et à les maintenir en bonne santé. Pendant deux décennies, les rejets toxiques diminuent, sans s’arrêter complètement. Mais la concentration de sédiments contaminés dans les rivières qui alimentent les lacs reste inquiétante. Ces produits contaminants affectent la faune et la flore des Grands Lacs, sans épargner les poissons, et les riverains. En 2002, on estime que la santé de cinq millions de personnes est menacée, des deux côtés de la frontière, en raison de la consommation de poissons contaminés. Au Etats-Unis, une trentaine de sites sont sous haute surveillance. Le pays adopte la Great Lakes Legacy Act , qui annonce un vaste programme de décontamination de la zone, relayé par la US Environmental Protection agency (USEPA) et le Great Lake National Program Office (GLNPO). En 2004, Bush classe ces zones humides « National Treasure », « trésor » partagé par le Canada. Et chaque année, The State of The Lakes Ecosystem Conference (SOLEC), dresse un état des lieux environnemental. Ce dispositif costaud est relayé par une nébuleuse d’initiatives au niveau des Etats et des régions, ou par des d’associations. The Great Lakes Commission est une organisation régionale, la seule, qui a autorité pour représenter les intérêts des huit Etats des Grands Lacs, sur des questions environnementales ou économiques. Pollutions installées, fonds difficiles à débloquer, ce vaste complexe de zones humides n’a pas retrouvé la santé. Début septembre, une coalition environnementale a insisté sur le dossier des Grands Lacs, enjeu écologique, et enjeu économique. Plus de 30 millions de personnes y vivent, le dixième de la population des USA. .

La région des Grands lacs sur la route de la Présidence.

Créer un fonds à partir d’arriérés fiscaux prélevés aux compagnies pétrolières, nommer un coordinateur, réparer les systèmes d’égouts, dépolluer les sédiments, restaurer les écosystèmes et les habitats, développer une politique « zéro toxique », Barack Obama a déjà détaillé son plan d’action pour la région des Grands Lacs. John MacCain, plus évasif sur sa stratégie, en a lui aussi fait un thème de campagne. Au passage, il a été épinglé par les Démocrates qui lui reprochent d’avoir voté contre un budget, en partie destiné à édifier une barrière dans l’Illinois pour stopper la migration de la carpe asiatique dans le lac Michigan. (2) Obama a promis d’en finir la construction, faute de quoi la fameuse carpe pourrait coûter cher aux pêcheries de la région, moins 4 billions de dollars. (1) La restauration des Grands Lacs est aussi une question d’économie régionale. Dans le Wisconsin, cette ressource naturelle rapporterait 55 billions de dollars annuels, via le tourisme et la création de 11 000 emplois. Reste la question du financement du plan de restauration des Grands Lacs, une enveloppe estimée à plus de 20 billions de dollars, alourdie par la crise financière.(1) Dans une lettre ouverte aux candidats, l’association Healthy Lakes rappelle que les deux dernières élections présidentielles ont montré que les Etats riverains des Grands Lacs pesaient pour gagner la Maison Blanche. Début septembre, Rahm Emanuel, Démocrate, représentant de l’Illinois, déclare lors d’une réunion à Chicago: « La région des Grands Lacs est clé pour gagner la présidence. »

M.J

(1) Restoring big lakes become a campaign issue /John flescher, Associated Press Friday October 17, 2008,

http://ap.google.com/article/ALeqM5gWqADKl0RU5XX6M7_ATQh43GwmswD93S6TJ00

(2) “Editorial: Obama’s Great Lakes initiative promising », Herald Times Reporter.

http://www.htrnews.com/apps/pbcs.dll/article?AID=/20080921/MAN06/809210381/1410


Publié le 24 octobre 2008 par marlene dans Actualité,Biodiversité,USA
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Pollution en Russie: les révélations du lac Baïkal.

 Bonjour,

La pollution du lac Baïkal intéresse la justice russe, et la presse le fait savoir. Mi-mars, le Parquet général, informé par les services de l’environnement (Rosprirodnadzor), a ordonné une enquête sur les excès environnementaux d’une usine de cellulose située à Baïkalsk, en Sibérie, en bordure du lac Baïkal. L’usine y déverserait ses eaux usées, hautement polluées, et puiserait illégalement dans la première réserve d’eau douce au monde. Cette unité de production est contrôlée par Basic Element, et l’oligarque Oleg Deripaska, première fortune de Russie, et visiblement moins bien classé en matière de développement durable. Une information  intéressante dans un pays, très bien classé en matière de pollutions et de dégradations environnementales. Et pas très enclin à en parler.(1)

20% des réserves mondiales d’eau douce

Le lac Baïkal est installé dans la dépression la plus profonde de la surface du globe, une véritable mer intérieure, un volume équivalent à la Baltique. Sa taille favorise un système de vagues, de courants réguliers, et un microclimat dans cette région froide. On l’appelle Perle de Sibérie. Pendant six mois de l’année, il gèle, et devient l’œil bleu de la Sibérie. Le lac Baïkal, alimenté par 365 rivières, est surtout un immense réservoir d’eau douce, 20% des réserves mondiales de surface, 80% des eaux douces de Russie, le plus grand lac d’Eurasie. Environ cinquante mille personnes vivent sur les rives du Baïkal sur des sols pauvres, pommes de terre et poisson au menu. La grande ville la plus proche s’appelle Irkoutz. Le Baïkal, qui produit l’une des faunes d’eau douce les plus riches et les plus inattendues, est classé patrimoine de l’humanité par l’UNESCO. Avec en vedette, le phoque de Sibérie. Ce patrimoine écologique exceptionnel lui vaut encore le surnom de Galapagos de la Russie.

Des déchets qui continuent de s’accumuler.

 En 1966, Basic Element plante une usine de cellulose sur les bords du Baïkal, les bois sibériens fournissent la matière première. L’usine alimente l’industrie soviétique, puis s’ouvre à la Chine. Aujourd’hui, le marché chinois absorbe la quasi-totalité de la cellulose produite sur les rives du lac. Les Services de l’environnement lancent une enquête, et notent que « l’usine concernée rejette illégalement dans le lac des eaux usées dans lesquelles le taux  des éléments polluants dépasse les normes », et « utilise les ressources du lac sans autorisation officielle ». (1) La Banque Mondiale avait pourtant accepté de financer un « cycle fermé de circulation des eaux ». Projet non réalisé selon le Rosprirodnadzor, qui précise que l’usine continue de fonctionner illégalement, en regardant les déchets s’accumuler à ses abords. L’an dernier, le gouvernement a lancé un plan de fermeture du site. Projet avorté. Les déchets produits par l’usine de cellulose seraient directement allés dans le Baïkal. Et cette solution n’aurait pas évité les rejets des communautés riveraines, qui participent aussi aux souillures du Baïkal. (2)

 La tradition du « secret environnemental ».

 Une étude récente, basée sur l’évolution d’une population de phoques depuis 1992, révèle que certains produits chimiques, notamment des dérivés fluorés appelés PFC, seraient en train de contaminer la faune et la flore du Baïkal. Ce rapport souligne encore que la contamination du Baïkal par ces dérivés fluorés reste un phénomène mal connu. Un déficit d’information qui contraste avec d’autres cas analogues, en Amérique du Nord, ou en Europe de l’Ouest. Qu’il s’agisse de pollution, de contamination alimentaire, ou de déchets nucléaires, le gouvernement russe reste discret. En 2006, ARTICLE 19, une organisation internationale  dénonce cette tradition du « secret environnemental », une discrétion et une désinformation qui évitent aussi aux Autorités de réagir. Chaque année, la pollution ferait 300.000 victimes en Russie. L’affaire du lac Baïkal, un petit pas vers la « glasnost »(3) ?

M.J

« Le lac Baïkal, océan sans fin au milieu des terres de Sibérie.. » 

(1) « Pollution du lac Baïkal: le parquet va vérifier les activités d’une usine », AFP/ Moscou, 13-03-2008-(2) « Russia tells plant polluting lake Baikal to clean up », James Kilner, Reuters, 27-03-2008. (3) Glasnost: transparence.


Publié le 10 avril 2008 par marlene dans Non classé
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Les souillures de la Yamuna.

Bonjour,

Le Yamuna est un long fleuve de 1370 kilomètres, qui prend sa source dans l’Himalaya, coule en direction du sud-est, traverse la ville de Delhi sur 22 kilomètres, avant de se jeter dans le Gange. Environ 57 millions de personnes dépendent de ses eaux, principalement pour irriguer leurs terres agricoles. La Yamuna s’appelle également Jumma, Jamma, ou Yamma selon les dialectes, est l’une des Sept rivières sacrées de l’Inde. C’est aussi l’un des fleuves les plus pollués au monde. Autre caractéristique, Yamuna change d’article selon son statut, fleuve ou rivière….

La poubelle de Delhi.

C’est à Delhi que le fleuve devient un dépotoir. La ville y déverse ses ordures, ses eaux usées, ses carcasses d’animaux, et sa longue liste de détritus. Les logements, légaux ou illégaux, installés sur les berges du fleuve, y ajoutent leurs déchets, et leurs eaux souillées. Les usines de textile, de cuir, de produits pharmaceutiques et chimiques y rejettent les résidus non traités de leur industrie. Le fleuve, apprivoisé entre deux barrages, est soumis à un débit lent pendant neuf mois de l’année. Conséquence, les ordures y stagnent, jusqu’à polluer les nappes phréatiques voisines. Heureusement, l’eau est pompée à l’entrée de la ville, quand la Yamuna n’est pas encore cet immense cloaque, car le fleuve alimente 70% des besoins de Delhi. Les villages situés en aval ont moins de chance, leur eau passe par Delhi.

Les pauvres, désignés coupables.

La faune et la flore n’ont pas résisté à ce désastre écologique qui court depuis une quinzaine d’années, au moins. Dès 1993, les Autorités indiennes lancent le Plan d’action pour la Yamuna. Objectif, nettoyer le fleuve avant 2010, année où Delhi doit organiser les Jeux du Commonwealth. La Cour Suprême demande aux Autorités locales d’interdire aux industries de rejeter leurs effluents polluants dans le fleuve. Les logements illégaux, installés sur le bord du fleuve, doivent disparaître. En 2001, la Mairie de Delhi intervient pour que les déchets soient traités dans de petits centres, avant d’être rejetés. Selon un militant de l’association DelhiGreen, l’initiative, est plutôt heureuse, mais insuffisante. Les sites de retraitement des déchets se révèlent incapables d’absorber la quantité croissante de rejets industriels et ménagers. Pour lui, la municipalité de Delhi aurait préféré imputer la pollution de la Yamuna aux habitants des bidonvilles riverains, pariant que leur évacuation serait la solution à ce désastre sanitaire. (1)

Les riches, pas forcément innocents…

Je suis tombée sur une vidéo, in English, qui développe un avis similaire. En 2000, le Gouvernement indien informe que les 62000 bidonvilles accrochés sur les bords de la Yamuna représentent la principale source de pollution. Or, selon les auteurs de la vidéo, la pollution générée par ces habitats précaires serait inférieure à 1% . Alors, la faute à qui ? Seulement 43% des déchets déversés dans la Yamuna seraient retraités. La vidéo souligne que seulement 55% de la population de Delhi est connectée au réseau de retraitement des eaux résiduaires. Les autres, ceux qui peuvent s’offrir un raccordement, ceux qui peuvent ouvrir le robinet pour se laver les dents, se doucher, rejettent leurs eaux souillées dans la Yamuna. 80% de leurs eaux usées retournent dans le fleuve, sans être traitées. Les pauvres, dont la qualité de vie est liée à l’existence du fleuve, doivent vivre avec la pollution des riches, conclusion de cet exposé…

Un plan sanitaire gourmand…

En attendant, certains ont pris leur calculette. Ce Plan d’Action pour la Yamuna, lancé il y a 14 ans, aurait coûté 18 milliards de roupies (environ 310 millions d’Euros ), pour finalement pas grand chose. Dans un éditorial du Times of India, le calcul est plus précis: « Sachant que la rivière traverse la ville sur 22 kilomètres, un rapide calcul montre que, pour chaque kilomètre, on a dépensé un milliard de roupies (environ 17,3 millions d’Euros) sans qu’il y ait la moindre amélioration. » L’éditorialiste, qui s’interroge sur la destination des subventions allouées pour la Yamuna, remet en question l’aptitude des Autorités à développer un plan sanitaire, accompagné d’un réseau adapté, et efficace. (2)

Pendant ce temps, la France s’engage à surveiller ses rivières polluées aux PCB, des produits chlorés toxiques, soupçonnés d’être cancérigènes. Utilisés dans l’industrie, ils étaient ensuite rejetés et oubliés dans les fleuves et les rivières de France. Une pratique, interdite en 1987, qui a duré plusieurs décennies. Assez de temps pour ces produits s’accumulent au fond des rivières, polluent les sédiments, et les poissons qui y vivent. Et maintenant…Les ministères de l’Ecologie et de l’Agriculture, à l’origine de cette initiative nationale, ne proposent pas de solution miracle pour se débarrasser de ces rejets, et de leurs effets-retard. Le plan prévoit de mesurer cette pollution dans une dizaine de départements, et trois fleuves, le Rhône, la Seine, et la Somme. Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d’Etat à l’Ecologie, il ne s’agit pas dépolluer, mais de gérer l’héritage…

M.J

(1) « Le Fleuve Yamuna, récit d’un désastre », Nina Roy, 6-02-08, News et informations sur l’Inde -http://www.aujourd’huilinde.com (2) « La Yamuna, rivière sacrée à l’agonie », The Times of India, édito, in Courrier International, 6 février 2008.


Publié le 8 février 2008 par marlene dans eau,Préjudice écologique
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Quand la Chine accélére…

Bonjour,

Mauvaise nouvelle pour les cyclistes qui partagent la route avec les voitures, le marché automobile chinois décolle. Près de neuf millions de véhicules neufs ont été vendus en 2007, soit une progression d’environ 27% par rapport à 2006. Même tendance pour le nombre de voitures fabriquées, plus 22% en 2007. Depuis 2001, le marché automobile chinois a été multiplié par cinq. (1) Les Chinois s’enrichissent, et veulent rouler en voiture. L’industrie automobile, constructeurs étrangers et secteur national en plein développement, comble la demande. D’ailleurs, les prédictions s’emballent. Le parc automobile, qui représentait 20 millions de voitures en 2002, est attendu autour des 50 millions en 2010, et 100 millions en 2020. (2)

Pollution, problèmes de circulation et de sécurité, sans parler du coût du pétrole, accompagnent ce boom automobile. Le gouvernement chinois, qui tente de freiner ses citoyens, a déjà pris des mesures pour limiter l’accès au crédit. Dans la ville de Shangaï, les Autorités demandent aux habitants de cesser d’acheter des voitures. Mais, peu d’effets sur les Chinois qui rêvent de posséder un véhicule haut de gamme, ou un modèle récent. (1) Alors, la Chine parie sur les nouvelles technologies, qui pourraient rendre les voitures plus propres, et moins gourmandes. A Shangaï, le Challenge Bibendum 2007, crée en 1998 par Michelin, a permis aux Chinois de rêver à ces moyens de transports, plus respectueux de l’environnement. En attendant, le marché automobile chinois, deuxième rang mondial, est déjà en train de rattraper le géant américain.

M.J.

« Heureusement, les Chinois s’intéressent à l’environnement… »

(1) »Automobile: toujours plus », Marc Lebeaupin, RFI, 14-01-2008- (2) « Les constructeurs automobiles présentent leurs avancées techniques en Chine », Simon Boehm, Aujourd’hui la Chine, 16-11-2007.


Publié le 21 janvier 2008 par marlene dans Actualité,bagnole
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