Environnement
Un blog sur la géo-environnement

Les mini stories des « Trolley pushers » de Jo’burg.

Bonjour,

« Trolley pushers » est un travail de photographe qui raconte l’histoire d’une petite humanité qui déambule dans les rues de Johannesburg en poussant de vieux chariots de supermarché pour collecter des bouts de  plastique, de la ferraille, du carton, tout ce qui peut être revendu à un professionnel du recyclage pour quelques Rands, l’équivalent de quelques euros. Pendant que d’autres « Trolley pushers » louent leurs jambes et leur mini-utilitaire pour transporter des paquets trop lourds, d’une station de taxi à une autre. Johannesburg,  Jo’burg, métropole sud-africaine d’un peu plus de 10 millions d’habitants dans sa définition la plus large, est l’une des places mondiales de l’économie informelle, un royaume de la débrouille où toute chance est bonne à saisir pour quelques pièces. Madoda Mkoben, a suivi le monde de la récup urbaine pendant une dizaine d’années. Ses photos racontent la précarité, la clandestinité, mais aussi l’amitié. Un extrait de son travail est mis en ligne par IPS Africa. Un autre site, édité par un collectif d’architectes, the South African Informal City, raconte l’histoire de Paul. Une mini  success story, ici tout est « mini », dans le business du recyclage informel. Mais pour commencer l’histoire, il faut d’abord un chariot, d’occase, volé dans un supermarché, d’où l’illégalité de l’exploitation et les descentes de police. Il coûte environ 50 Rands, environ 5 Euros. C’est derrière lui que Paul trace les rues de Jo’burg pour collecter tout ce qu’il va pouvoir revendre à une centrale d’achat. C’est elle qui fixe le prix des matériaux. Pas de chance, Paul qui habite le centre de Johannesburg doit se lever plus tôt que ses collègues de banlieue, il doit beaucoup marcher pour repérer avant les autres quelques déchets à recycler. Des banlieues comme Yeoville et Kensington sont déjà très courues par les recycleurs. Mais compensation, Paul vit à côté de trois centres de stockage, qui lui achètent sa collecte. Paul, qui trie et stocke ses matériaux, les vend toutes les deux semaines. Quand il a accumulé suffisamment d’articles pour valoriser sa transaction. Les  bonnes semaines, il gagne plus de 1000 Rands,  près de 100 euros, mais la moyenne tourne autour des 800 à 900 Rands. Pour accumuler plus de 1000 Rands, Paul marche et pousse 600 kilos de déchets pendant 5 jours. Les bénéfices de ce mini business lui permettent de loger sa femme et son bébé dans une petite chambre, 2 mètres sur 2, pas d’eau, pas d’électricité. Il met de l’argent de côté, environ  1000 Rands par mois, et envoie l’équivalent à sa famille restée au Lesotho. Mais tous les pousseurs de chariots n’ont pas la même veine. Certains recycleurs gagnent à peine de quoi se payer le prochain repas. D’autres, les porteurs de bagages payés à la course, n’obtiennent que rarement le prix demandé. Difficile de se plaindre à la police quand on exerce dans l’illégalité.

« Immigrés ».

Les  « trolley pushers » de Johannesburg racontent encore une histoire d’immigration en Afrique du Sud. Ismail Farouk, artiste-géographe-urbaniste, qui vit travaille à Johannesburg,  s’intéresse à leur sort. En 2010, il dénonce sur son blog les descentes de police et  les tracasseries dont sont victimes ces travailleurs venus du Mozambique, ou du Zimbabwe. Prétexte, ils travaillent avec des chariots volés. Volés et revendus par un réseau de jeunes, également originaires du Zimbabwe. La police confisque l’outil de travail, fixe l’amende à 300 Rands, environ 30 euros, et les jette en prison. En 2008, les raids de la police se multiplient, les séjours en prison aussi. Les pushers, étrangers, sans papiers, sont une proie facile. Ismail Farouk rappelle que si l’activité est illégale, elle n’est pas dangereuse, et connue de tout le monde.  Certains « Trolley pushers » arpentent les rues depuis 2001. Pour les tirer de la clandestinité, les Autorités proposent de leur louer des trolleys, 20 Rands par jour, d’une capacité moindre que ceux dérobés sur les parkings des supermarchés. « Trop cher » réagissent les pousseurs, pas très contents de ce racket officiel. En 2008, les « Trolley pushers» se mobilisent pour obtenir des représentants, première étape vers une régularisation de la profession. La même année, Ismail Farouk initie « Trolleyworks », une manifestation artistique et urbaine, pluridisciplinaire, qui doit attirer l’attention du public sur la condition des « Trolley pushers ». Des caméras sont installées dans les chariots pour saisir le quotidien de ces travailleurs immigrés. Un trolley plus facile à manier, plus coloré, est réalisé. Ismaël Farouk  remporte la Sylt Quelle Cultural Award for Southern Africa 2008, En mai 2009, seconde phase du projet, le Goethe Institut de Johannesburg invite les visiteurs à parcourir le territoire des « trolley pushers », géographie d’une activité informelle et circulatoire dans la métropole. Ismail Farouk explique son intention: »Nous espérons exposer les gens aux contradictions de la grande ville et nous tentons de les sensibiliser au besoin de marcher dans le centre de Johannesbourg. Marcher à Johannesbourg est intimement lié à la classe sociale, à l’appartenance ethnique, au crime, à la peur, et à la paranoïa. » (1)

M.J

 

Image de prévisualisation YouTube

 

 

(1)”Porters and Performers , Story by Anthea Buys for the Mail & Guardian, 07-02-2010, http://www.mg.co.za/article/2009-05-29-porters-and-performers

 


Publié le 2 mai 2012 par marlene dans Afrique,Migrations.,photographie,Recyclage,Ville
Tags :: , , , , ,

« Waste for Life », nouveau nom du design.

Bonjour,

De l’énergie, des milliers de bouts de plastique qui ne servent plus à rien, un peu de technologie, et quelques idées. C’est la recette de Waste for Life, une organisation qui pense et structure le recyclage du plastique pour adoucir la pauvreté. En 2001, l’Argentine sombre dans une grave crise économique qui marginalise une grosse partie de la société. En 2002, 60% de la population vit en deçà du seuil de pauvreté. Des milliers de personnes apprennent à survivre en ramassant ce qui traîne dans les poubelles. Ces « sans salaire » commencent à se bricoler une nouvelle vie en faisant commerce des objets recyclables qui n’ont plus de valeur pour ceux qui les ont jetés. Ils travaillent seuls, opèrent en famille, ou se regroupent dans de petites coopératives. On les appelle les « cartoneros », ceux qui survivent grâce aux cartons et aux papiers trouvés dans les rues. Waste for Life débarque à Buenos Aires en 2007,  et envisage les possibilités de l’immense décharge de la ville. Collecter, fabriquer, vendre, l’idée est de structurer l’activité des « cartoneros ». La transformation de la matière première est au cœur de ce plan d’action : « Nous ne sommes pas intéressés par le profit, mais nous tenons à répandre une technologie qui améliore les fibres plastiques et naturelles superflues des matériaux composites pour les utiliser dans des produits domestiques et des matériaux de construction. ».

Avant l’Argentine, l’histoire de Waste for Life commence au Lesotho, « pays-enclave  » dans le territoire Sud africain, où beaucoup de gens se débrouillent avec bien moins de 2 dollars par jour. Pendant l’été 2006, deux ingénieurs de l’Université du Queens, au Canada, voyagent dans le pays avec une idée en tête. Ils veulent réduire les déchets, tout en générant une petite économie qui profitera aux plus pauvres. L’Université met au point la première presse chauffante, puis améliore le prototype. La Western Australia University rejoint le projet. Aux Etats-Unis, en Italie, au Lesotho, et en Argentine, d’autres universités et école de design adhèrent à l’idée. Des étudiants fabriquent des presses chauffantes, planchent sur les possibilités chromatiques du plastique fondu, imaginent des objets, ou élaborent des matériaux de construction destinés aux situations d’urgence. La dynamique, qui associe scientifiques, ingénieurs, éducateurs, architectes, designers, et coopératives, est lancée. Début 2011, la première presse chauffante, made in Buenos Aires, devrait être livrée à la coopérative « Neuva Mente » de Moron, lien vidéo , pour que les « cartoneros » ne soient plus seulement ceux qui fouillent les poubelles. Dommage, pas grand-chose sur le Lesotho. En attendant, quelques idées-cadeau pour Noël, design Rhode Island School of Design (RISD)…

M.J

Waste For Life à Buenos Aires

Image de prévisualisation YouTube

Publié le 17 décembre 2010 par marlene dans Developpement,Recyclage
Tags :: , , ,

Le message écolo du Plastiki.

Bonjour,

David de Rothschild devrait bientôt quitter la baie de San Francisco à bord du Plastiki, un bateau conçu à partir de bouteilles plastique et de matériaux recyclés. Cet « activiste » écolo, représentant de la branche anglaise de la célèbre famille de banquiers, entreprend un voyage à travers le Pacifique pour attirer l’attention sur le « Great Pacific Garbage Patch ». Une « mer intérieure » peuplée de bouts de plastique.

L’espérance de vie d’un bout de plastique…

C’est pour dénoncer cette pollution que l’aventurier a imaginé un catamaran de 20 mètres, un modèle de récup. La coque est remplie de 12000 bouteilles de plastique. La cabine et les cloisons ont été réalisées à partir de matériaux recyclés, principalement des toiles reconstituées à base de plastique. Le design a demandé trois ans de recherches. Quelques retouches ont retardé un départ prévu fin avril, et annoncé pour l’été 2009. Le bateau devrait parcourir 2720 kilomètres, de San Francisco à Sydney, en passant par Hawaï, les îles Bikini, et Vanuatu. De Rothschild, qui invite à bord une équipe de chercheurs, devrait prélever des échantillons d’eau souillée, et réaliser un journal de bord multimédia. Il veut témoigner de l’espérance de vie d’un morceau de plastique, échappé d’une ville de la côte asiatique ou de Californie, porté par les courants et les tourbillons, qui finit sa course dans la spirale du Nord-Pacifique.

La « soupe de plastique »

Ce bassin de déchets flottants, qui se balade entre San Francisco et Hawaï, d’une superficie supérieure à celle de la France, a été découvert il y a une dizaine d’années par l’océanographe Charles Moore. Il témoigne plus tard : «J’étais confronté, aussi loin que se portait mon regard, à la vision d’un bout de plastique. » (1) Pendant une semaine, le bateau de Moore navigue dans cette eau couverte de résidus de la société de consommation, bouchons, bouteilles, emballages, fragments de plastique, ou pneu de camion. Charles Moore rebaptise l’étendue polluée, la « Great Pacific Garbage Patch » devient la « plastic soup », « la soupe de plastique ». Les scientifiques estiment qu’elle contient six fois plus de plastique que de plancton, conséquences écologiques assorties. Les oiseaux de mer et les poissons, qui se trompent forcément de nourriture, ingèrent des bouts de plastique. Ces corps étrangers rejettent aussi des polluants, PCB ou pesticides, qui empoisonnent la chaîne alimentaire. Les populations d’albatros du Nord-Ouest d’Hawaï, sanctuaire national américain, sont encore affectées par cette marée de plastique.

Image de prévisualisation YouTube

David de Rothschild veut refaire le voyage de Kon-Tiki, d’où le nom de son bateau. En 1947, l’explorateur norvégien Thor Heyerdahl s’était embarqué sur un radeau de rondins pour tenter de rejoindre les îles polynésiennes depuis l’Amérique du Sud. Et vérifier son hypothèse du peuplement de l‘Océanie. Soixante ans plus tard, le jeune navigateur souhaite montrer que l’on peut recycler le plastique, son bateau le prouve. Il veut aussi témoigner de ce qui arrive, si on ne le fait pas. Le message écologique, retardé pour des problèmes techniques, est porté par un bateau aux réactions incertaines en cas de navigation difficile. Sans parler de l’explorateur qui avoue, lui-même, ne pas avoir le pied marin. (2) Good luck, Mr De Rothschild.

Image de prévisualisation YouTube

M.j

(1)”Eco warrior on voyage to “plastic soup” of Pacific”, robin McKie, New Zealand Herald, 13-04-2009 http://www.nzherald.co.nz/environment/news/article.cfm?c_id=39&objectid=10566328

(2)”Voyage of the Plastiki”, “The perils of innovation on the high seas”, Paul Kvinta, National Geographic, October 2008. http://adventure.nationalgeographic.com/2008/10/david-de-rothschild/plastiki-text


Publié le 4 mai 2009 par marlene dans Actualité,Ecosystèmes.,Préjudice écologique
Tags :: , , ,

Chine: le recyclage en crise.

Bonjour,

La crise économique mondiale fait des ravages dans l’industrie du recyclage. Car le recyclage est une industrie, le déchet est sa matière première. La Chine, principal importateur mondial de déchets, refuse aujourd’hui des cargaisons en provenance des Etats-Unis ou d’Europe.(1) Les prix ont dégringolé.

Des cannettes de soda, des emballages de sauce soja, des bouteilles d’huile à frire, des vieux journaux, du carton, du plastique, du polystyrène, ou des poutres en acier, les poubelles de l’Occident alimentent l’industrie du recyclage. Le contenu de la décharge occidentale voyage sur les mers du globe, à bord de porte-conteneurs, en direction de l’Inde, ou plus probablement de Chine. La Chine est le principal importateur mondial de déchets. En dix ans, de 1990 à 2000, sa consommation de vieux papiers destinés à fabriquer les emballages de ses produits exportés, a été pratiquement multipliée par 10. (2) En 2008, le géant asiatique a importé près de 12 millions de tonnes de vieux cartons et de vieux papiers, en provenance des Etats-Unis. (1) Ce business, rentable pour le pays exportateur qui s’économise un recyclage, et pour le pays importateur qui fait le plein de matières premières bon marché en faisant tourner une économie, a connu un mois d’octobre 2008 difficile. Les prix des montagnes de papiers, des vieux rails de chemin de fer, ou des canettes de soda vides ont dégringolé. Beaucoup de bateaux sont en attente dans le port de Hong-Kong.

La tonne de débris de cuivre vaut actuellement 3.000 USD, contre 8.000 en 2007. Le prix de l’étain a suivi une courbe semblable. Le papier a perdu 80% de sa valeur. Et le polystyrène recyclé se vend moitié prix sur le marché. Les organisations américaines estiment que les cargaisons embarquées à destination des pays recycleurs, plus de 150 au total, ne vaudraient plus que la moitié, voire le tiers, de leur cotation avant la crise. (1) C’est toute l’industrie du recyclage qui prend une claque. Et c’est aussi les revenus des millions de petits recycleurs chinois qui baissent. A Dongxiaokou, ville-poubelle de la banlieue nord de Beijing, les 700 familles employées à donner une seconde vie aux arrivages gagnent beaucoup moins d’argent. Certaines commencent à rentrer chez elles, à la campagne.(4) Autre victime, l’environnement qui récupère tout ce qui était recyclé avant la crise. Une occasion pour les pays exportateurs de s’interroger sur les vertus d’un recyclage mieux partagé.

M.J

Image de prévisualisation YouTube

(1) China‘s big recycling market is sagging, The New York Times, 2009-03-20

http://www.chinadaily.com.cn/bizchina/2009-03/20/content_7601590.htm

(2) « Le Développement durable/ produire pour tous, protéger la planète », Loïc Chauveau, Petite Encyclopédie Larousse, 2006, pp46-47.

(3)« In China, hard times at the Scrap Heap”, Austin Ramzy, Time, Nov. 20, 2008, http://www.time.com/time/world/article/0,8599,1860294,00.html


Publié le 31 mars 2009 par marlene dans Actualité,Chine,déchets
Tags :: , ,