L’Europe et les candidats à l’élection présidentielle. 4. Dominique VOYNET.
Publié le 19 avril 2007 par ami dans ActualitésDans son intervention sur l’Europe à Dunkerque, lors des journées d’été des Verts de 2005, à l’occasiond de son discours du 17 octobre 2006 en introduction au Congrès du Parti Vert Européen sur “ le futur de l’Europe ” et selon les propostions contenues dans le programme des Verts, ” le monde change, avec les Verts, changeons le monde“, Dominique Voynet explique que “le contrat écologique” qu’elle propose aux Français doit s’appuyer sur une Europe rénovée. Elle affirme dans son discours de Dunkerque que “Vouloir l’Europe, c’est avant tout bâtir, avec ses habitants, une conception de la maison commune, une vision de l’avenir, une certaine façon d’habiter notre planète“.
1. ANALYSE.
L’Union européenne mène des politiques communes qui reposent sur la stratégie de développement durable établie lors du Conseil européen de Göteborg de juin 2001. Mais, l’écologie politique ne cherche pas à corriger les excès de l’économie de marché, mais à mettre l’économie au service de l’Ecologie politique. Cela implique que les actions politiques écologiques soient menées à l’échelle europénne et donc de coordonner les projets menés par tous les acteurs pour qu’ils deviennent l’expression d’une solidarité en faveur du sort de la planète menacée.
1. Créer les conditions politiques d’une Europe progressiste.
Faire naître une Europe de gauche, au niveau européen, qui qui prenne en compte les actions et réflexions écologiques, tel est l’objectif que se fixe Dominique Voynet dans son discours de Dunkerque précité.
1.1. Une dérive droitière en Europe qui interdit toute réforme de la société en profondeur.
Dans son discours de Dunkerque, au sein de la classification droite-gauche telle qu’utilisée classiquement, Dominique Voynet considère que des Gouvernements de droite, marqués par une dérive autoritaire dans un certain nombre de pays européens constitue le principal obstacle à “cette Europe qui fasse rêver”. Elle remarque que les démocraties-chrétiennes “plus ou moins respecteuse de l’Etat providence, des libertés publiques et des acquis sociaux” ne sont plus là.
Elle juge que ces droites sont dépourvues d’ambition européenne. En effet, “leur projet de société vise d’ailleurs à importer un modèle économique, social, culturel et sécuritaire extra-européen, un marché sans règle ni pilotage, la compétition de tous avec chacun“.
En France cette “dureté des libérauc conservateurs” s’est traduite par “ des ordonances sur l’emploi qui comme toujours fragilisent le contrat de travail, une privatisation des autoroutes qui va assécher le financement des infrastructures ferroviaires, une privatisation du gaz qui va subordonner toute stratégie publique de maîtrise de l’énergie aux intérêts privés, un décret scandaleux autorisant en catimini l’extension des élevages porcins“.
1.2. Remédier aux retards pris par la gauche.
La gauche ne s’est pas modernisée car elle pratique “la logique du changement dans un seul pays ” et ne voit pas que certaines questions ne peuvent trouver une solution qu’à l’échelle européenne. Il ne peut s’agir “d’une simple juxtaposition de politiques nationales de relance et de distribution“, car avec cette manière de procéder, la gauche ne parvient pas à éradiquer le chômage, lutter contre emploi précaire et endiguer la perte de protection collective.
Elle plaide en faveur de l’avènement d’une société civile européenne qui reposerait sur l’alliance des producteurs, des consommateurs, des habitants européens, des associations, des syndicats, des défenseurs de l’environnement, afin que celle-ci devienne “un acteur transnational organisé”. Cela passe aussi par le fait de proposer des Europétitions en anticipant les dispositions de l’article I-47, paragraphe 4 de la Constitution européenne réglementant le droit d’initiative citoyenne en organisant trois europétitions portant sur l’opposition aux OGM, la proposition d’une taxe sur le kérosène et sur la citoyenneté européenne de résidence.
Une gauche moderne doit définir une doctrine claire conforme à ses valeurs ce qui implique de réaliser un aggiornamento conduisant à mettre en oeuvre les actions suivantes :
- “Assumer l’Europe élargie” c’est-à-dire ne pas se limiter à la petite Europe de l’Ouest et faire émerger” la mutlipolarité de l’Europe“;
- Ne pas se limiter au couple franco-allemand présenté habituellement comme le moteur de l’Europe ;
- Des coopérations renforcées, prévues par le Traité de Nice et amendées par la Constitution européenne, très utiles, mais qui ne doivent pas “prendre le risque d’apparaître comme un facteur supplémentaire de clivage entre l’Est et l’Ouest du continent“;
- Dialoguer avec les 12 Nouveaux Etats membres de l’Union européenne “en tenant compte de leur 50 ans de leur expérience de 50 ans de collectivisme étatiste et autoritaire” et apporter son soutien à la candidature turque à l’Union européenne dont l’adhésion “aurait dans le monde actuel une énorme signification symbolique et politique”.
- Reconnaître que les politiques d’immigration “qui transforment l’Europe en forteresse sont des impasses qui alimentent la coupure entre le Nord et le Sud” à l’origine d’une guerre des civilisations prônée par les extrémistes (Voir le programme des Verts).
- Augmenter le budget européen, porté à 2% du PIB de l’UE contre 1% actuellement. Il faut aussi lutter contre les égoïsmes des Etats comme lorsque la France premier bénéficiaire de la PAC (Politique Agricole Commune) défend les subventins versés à ses agriculteurs ou lorsque la Grande-Bretagne s’accroche à son rabas âprement négocié depuis son institution, lors du Conseil européen de Fontainebleau de juin 1984.
- Redéployer la Politique Agricole Commune;
- Mettre en place une véritable politique de transports, des marchandises et des mobilités;
-Engager une nouvelle politique énergétique;
- Instaurer une véritable stratégie de coopération avec le sud. Il est souhaité que les aides publiques européennes à la coopération représenter 0,7% du PNB de l’UE contre 0,39% actuellement.
- Préciser ce que pourrait être une politique européenne des services publics, d’aménagement du territoire, de la montagne et de la mer reposant sur les expériences européennes pour définir “une vision partagée de la gestion des biens publics communs“.
En conclusion, ” Contre les libéraux, la gauche européenne et les écologistes doivent donc protéger les sécurités collectives et les protections sociales , mais aucun progrès vers plus d’égalité et de justice environnementale et sociale ne sera possible sans responsabilité collective et sans nouvelle pratique de production et de consommation“.
1.3. Un parti Vert qui pèse sur les évènements.
Le parti Vert français et les Verts européens n’ont pas vocation à “se penser comme de simples suppléments d’âmes ou de simples accompagnateurs de politiques ou de mouvements sociaux dont la maîtrise et le pilotage seraient assumés par d’autres“.
Ils doivent mieux utiliser les compétences européennes existantes pour définir les réflexions et actions nationales en s’appuyant sur les exécutifs régionaux en Europe, les partenaires de la gauche européenne et le Parti Vert Européen.
Il s’agit de façon urgence de mettre en place “de multiples dispostifs de confrontation, de débat et de campagnes” associant les écologistes et la gauche, au niveau européen.
Les Verts souhaitent l’organisation d’une Conférence des gauches et des écologistes européennes pour permettre un dialogue commun.
En période électorale, les Verst se doivent de porter une parole cohérente en faveut d’une écologie forte et crédible qui refuse les postures, les calculs tacticiens pour convaincre les citoyens de l’urgence de mener les actions qui concourront à la révolution écologique.
2. Sortir de la crise politique institutionnelle.
Cette crise institutionnelle ne se limite pas à des solutions techniques comme le fait que les Verts français soutiennent la proposition du Parti des Verts Européens consistant à proposer lors des prochaines élections du Parlement européen en juin 2009 que cette nouvelle Assemblée rédge une nouvelle constitution européenne. Nous sommes en présence d’une crise de confiance dans l’Europe qui doit présenter aux citoyens des objectifs inspirants qui leur donnent envie de s’intéreresser à l’Europe et de s’y investir.
2.1. Quo Vadis Europa ?
Dans son allocution du 19 octobre 2006, lors du Congrès des Verts Européen, à Genève, Dominique Voynet identifie les éléments de la crise européenne avant de présenter six axes de travail.
Europe voulue par les Pères fondateurs, Jean Monnet et Robert Schuman, était de nature à faire révêr les Européens qui étaient en droit d’espérer une Europe sûre et prospère.
Mais, aujourd’hui, l’Europe est absente des débats nationaux et elle suscite craintes et interrogations car elle a été victime de ses succès.
Premièrement, le marché commun a été complété par de nouvelles politiques rendant plus complexes la construction européenne.
Deuxièmement, la nouvelle génération ne semble pas percevoir à sa juste valeur le rôle joué par l’Europe dans fin des hostilités entre Etats européens.
Troisièmemen, l’élargissement de l’Union européenne a été mal compris. En raison d’une préparation et d’une information insuffisante, les Européens n’ont pas pris la juste mesure de la réunification du continent européen. Bien plus, lorsque la France fait voter en 2001 la reconnaissace du génocide arménien par l’Assemblée Nationale, cette décision est interprétée comme un obstacle à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.
Quatrièmement, alors que l’Union européenne prétend exporter son modèle d’organisation politique dans les futurs pays membres, on peut s’interroger sur le caractère démocratique de pays membres de l’UE tels que les Pays-Bas, la Pologne et l’Autriche, tentés par des idées xénophobes et anti-européennes et même la France, peut être qualifiée de mauvais exemple, qui, lors des présidentielles, en mai 2002, au second tour, a vu s’affronter le leader du Front National, Jean-Marie Le Pen, au Président de la République sortant, Jacques Chirac.
Cinquièmement, une élite européenne inommée, sans visage, technocratique, a mis en place une machine bureaucratque à Bruxelles qui cristalise la défiance des citoyens actuellement. Ce déficit démocratique creuse un fossé croissant entre l’Europe et ses citoyens qui est difficile à combler.
Sixièmement, le fait que les Gouvernements semblent continuer à critiquer l’action de Bruxelles lorsqu’il s’agit de mesures impopulaires est à l’origine d’un double discours qui n’aide pas à faire progresser la construction européenne.
2.2. Les 6 tâches à réaliser.
1) La protection des citoyens contre les menaces environnementales, sanitaires (Voir le projet REACH) et sécuritaires. Il s’agit de les préserver des maladies immunitaires, des cancers (isuss des produits toxiques) et des maladies d’origne alimentaires (une nourriture saine). L’Europe doit bannir les OGM de son sol.
2) Tirer les conséquences de l’échec de la mise en place de la “forteresse Europe” qui est incapable de s’opposer à l’arrivée de migrants africains qui sont en prisons dans leurs propres pays et les force à vivre des moments tragiques comme l’a montré les évènements de Ceuta ou les réfugiés dans les camps du Sahara. Or c’est la même Europe qui envoie ses déchets toxiques en Afrique et ses déchets nucléaires en Russie tuant et empoisonnant le sol et ses alentours. Or ce n’est pas l’Europe dont nous rêvons.
3) Une politique étrangère cohérente et courageuse demande de condamner Vladimir Pourine après l’assasinat de la journaliste indépendante russe Anna Polikovskaya et de mener des enquêtes à l’égard des crimes perpétrés par la Russie en Tchétchénie, au Belarus, en Algérie, en Tunisie ou d’en d’autres pays. Nous ne devons pas nous réfugier dans notre forteresse vivant du gaz russe et du pétrole russe, acceptant les crimes dans notre vosinage, mais nous devons apporter une réponse commune.
Une politique étrangère digne de ce nom doit faire des progrès en matière de prévention des conflits car l’Europe a échoué à conjurer la guerre dans les Blakans, à prendre une décision commune dans la crise libanaise et à parler d’une seule voix au Darfour.
Au cours de ces dernières années, l’Europe semble se contenter de jouer un rôle de médiateur, alors qu’elle doit s’engager activement en menant une politique d’aide au développement, en conduisant des opérations de maintien de la paix et en prenant des initiatives pour réduire les inégalités dans le monde et instituer une politique de défense commune.
4) Une politique européenne de l’énergie doit s’attaquer à la question du réchauffement climatique au moment car si rien n’est fait la température de la terre pourrait augmenter de 6° d’ici à la fin du siècle. En matière de baisse es émissions de CO2, il faut saluer la décision de l’UE de les réduire de 5% d’ici 2 ans, mais cela se fait avec un traitement différencier à l’égard des pays les moins développées qui peuvent diminuer leurs émissions … ou les augmenter. A la faveur des cours élevés atteints par le baril de pétrole, il s’agit de parvenir à une modération de la consommation d’énergie et d’investir massivement dans les énergies renouvelables pour garantir l’indépendance énergétique de l’Europe. Il est proposé de mettre en place 10 millions de toits solaires d’ici 2020.
5) La nécessité de parvenir à une politique européenne de la culture. Le programme Erasmus doit être développé en multipliant le nombre de bourses et en démocratisant l’accès à la mobilité étudiante.
6) Une Europe durable doit être basée sur la solidarité, le combat contre l’injustice sociale et la pauvreté. Une grande place doit être faite à l’égalité des sexes, aux droits syndicaux, aux droits des consommateurs et la lutte contre toute forme de discrimination. Il s’agit de passer de l’Europe de la compétition à l’Europe de la coopération et de construire une plate-forme sociale qui accorde les mêmes droits à tous les Européens.
Les Verts ont un rôle particulier à jouer dans cette Europe à construire, comme l’a montré le brillant réusultat du parti des Verts britanniques ave 15% des voix ou le discours historique prononcé par Joska Fischer, à l’Université d’Humbolt, à Berlin, en 2000.
2. COMMENTAIRE
Le programme Europe des Verts mis en oeuvre par son porte-drapeau à l’élection présidentielle, Dominqque Voynet présente l’avantage de s’attaquer à des questions qui intéressent directement l’avenir de la planète et qui contrairement au nuage de Tchernobyl ignorent les frontières nationales, comme le réchauffement climatique, les Organismes Génétiquement Modifiés(OGM) ou les migrations internationales à travers le soutien aux sans-papiers dont leur régularisation est demandée.
La question du nucléaire est au centre de la rélfexion des écologistes avec en France le réseau “sortir du nucléaire“. Dans le programme de la candidate, figure la décision de mettre fin au traité Euratom en raison du soutien apporté à la filière nucléaire à des fins cviles ce qui a conduit la Commission européenne a préciser sa position en ce qui concerne le 7ème PCRD (Programme Commun de Recherche et de Développement) à qui il est reproché d’être détourné au profit de l’énergie nucléaire et en ce qui concerne le projet ITER, investissement jugé dispendieux.
Il reste que la sortie du nucléaire progressive décidée par l’Allemagne en 2000 sous la pression des Grünen s’effectue sur une période de 25 à 30 et est un choix maîtrisé et réfléchi n’est pas nécessaire transposable à la France, ne serait-ce qu’en raison de la part du nucléaire dans la production d’électricité en France. Si la critique en ce quij concerne le traitement des déchets nucléaires peut être recevable et porte à discussion, le nouveau développement des centrales nucléaires en Europe, comme en Finlande, montre que ses partisans n’oublient pas que cette technologie à des fins civiles ne participe que très faiblement à l’émission de gaz à effet de serre.
Cela pose la question plus générale de la difficulté d’établir des propositions européennes qui tiennent compte de la diversité des histoires nationales, des traditions, des habitudes sur un sujet, comme par exemple, le choix des sources d’énergie qui touche à la souveraineté des Etats
l’intérêt du raisonnement suivi qui repose sur une conception globale de l’écologie politique est de mettre les Gouvernements et les élus devant leurs contradictions et leurs responsabiilté. En matière des transports, quelle place accorder à la voiture et aux transports collectifs et aux circulations douces ? Quelles mesures adopter indépendamment de sa mesure pour lutter contre pollution de l’air en Europe et les conséquences pour la santé ?
Mais, en définitive, il s’agit de remettre en cause les modes de consommation et de production de la société. De fait, l’écologie est à gauche sur l’échiquier politique, alors même que le programme des Verts est vidé en partie de son contenu par l’Etat qui a repris à son compte le soutien au développement durable.
D’où une surenchère des Partis Verts pour se faire entendre et refuser les mesures homéopathiques et cosmétiques qui ne remettent pas en cause la logique économique libérale du système.
Enfin, les solutions proposées comportent des mesures contraignantes, comme la taxation, (exemple : l’eurovignette) pour orienter les choix des consommateurs, comme la proposition d’une taxation sur le kérosène sur les vols intérieurs. Ces mesures ne sont pas toujours bien ressenties par la population en période de crise économique au point que Frédéric Nihous , candidat de Chasse, Nature, Pêche et Tradition, qui a pour ambition de faire un score au premier tour de l’élection présidentielle surpérieur à celui des Verts, dénonce l’idéologie punitive des théoriciens Verts. Sans doute, le développement de mesures incitatives seraient mieux comprises et acceptées par une populatin qui est prête à consentir des efforts pour sauver la planète.
25 avril 2007 à 11:02
[...] L’Europe et les candidats à l’élection présidentielle : sur le blog d’Euroidées de Philippe Deloire - François Bayrou, - Ségolène Royal, - Nicolas Sarkozy, - Dominique Voynet. Point de vue sur la notion de “Programme présidentiel” sur le blog L’Emeu du jour par Philippe Platon - ici ! [...]