LOYOLA DE PALACIO (1950-2006).
Publié le 7 mars 2007 par ami dans PortraitLe 14 décembre 2006, à l’âge de 56 ans, Mme Loyola de Palacio est décédée d’un cancer. Sa disparition, quelques mois après celle de François Lamoureux (voir notre article précédent) a décimé l’improbable binôme qui, sous l’autorité de Romano PRODI, Président de la Commission européenne (1999-2004) était responsable des Transports et de l’Energie de 1999 à 2004, elle, comme Commissaire européen et lui, comme Directeur Général. Nous retraçons le portrait de la fervente catholique, conservatrice espagnole, surnommée “la nonne d’acier” qui a marqué de son empreinte les grands dossiers européens dans son domaine de compétence.
1. UNE CARRIERE PARLEMENTAIRE ET GOUVERNEMENTALE (1977-1999).
Née le 16 septembre 1950, elle effectue ses études au Lycée français de Madrid. Après des études de droit, en tant que diplômée de l’Universad Complutense de Madrid, elle entreprend une carrière politique. Membre du Parti Populaire, elle devient Première Présidente de la Nouvelle Génération de l’Alliance Populaire (1977-1978), Secrétaire Générale de la Fédération des associations de presse (1979-1982), puis, Secrétaire générale technique du Groupe Parti Populaire au Congrès et au Sénat (1983-1986).
Elue Sénatrice de Ségovie, elle est nommée Porte-Parole Adjointe du Parti Populaire au Congrès (1986-1989), puis Députée de Ségovie (1989-1996), tout en conservant les mêmes fonctions au sein de son parti. Elle sera élue Vice-Présidente du Groupe populaire au Cortès, entrera au Comité Directeur National de son parti et deviendra Ministre de l’Agriculture de la Pêche et de l’Alimentation du premier Gouvernement AZNAR (1996-1999).
2. L’ENGAGEMENT EUROPEEN (1999-2004).
2.1. 1999. L’année charnière.
Après avoir quitté son poste de Ministre, cette année 1999, elle est élue députée européenne en juin et est promue chef de la Délégation espagnole au sein du groupe PPE-DE (Parti Populaire Européen-Démocrates Européens) au Parlement européen. Trois mois plus tard, elle est appelée par Romano Prodi, Président de la Commission européenne, au poste de Vice-Présidente de la Commission européenne, chargée des Relations avec le Parlement européen, et du portefeuille de l’énergie et des transports pour un mandat de 5 ans.
2.2. Un Quinquenat européen (1999-2004) au bilan impressionnant.
Au cours de ce mandat où elle effectue de nombreuses visites officielles à travers le monde et lance de nombreux chantiers européens, comme le montre l’album photo et les communiqués de Presse établis par la Commission européenne, elle aura fait preuve de courage et de détermination sans faille (y compris face à sa maladie dont elle avait annoncé la survenance en septembre 2006, lors de son entrée à l’hôpital).
2.2.1. Une oeuvre pacificatrice.
Loyola de Palacio prend son poste de Commissaire européenne chargée des Relations avec le Parlement européen, au lendemain de la démission de la Commission Santer, le 16 mars 1999, suite à la menace d’un vote de censure de l’Assemblée européenne qui n’aurait pas manqué d’intervenir.
C’est la raison pour laquelle Romano Prodi crée la fonction de Commissaire européen chargé des relations avec le Parlement qu’il confie à Loyola de Palacio, signifiant sa volonté d’entretenir des relations courtoises, respectueuses et constructives. Aussi, a-t-elle su faire preuve de tact et de fermeté pour pacifier les relations avec le Parlement européen dont Jean Quatremer reconnaît dans son blog (voir premier lien de cet article) que ce n’était pas une mince affaire.
2.2.2. Une oeuvre législative.
2.2.2.1. Les transports.
En tant que titulaire du portefeuille des Transports, avec François Lamoureux, elle a participé au lancement de Galiléo, et travaillé sur des textes renforçant la sécurité maritime après l’échouage de l’Erika, le 12 décembre 1999. La Commission fera adopter des textes sur l’interdiction des navires à simple coque au profit des navires à double coque. Elle met en place le ciel unique, synonyme de libéralisation, tout en veillant à éviter la congestion du trafic. Elle procède à la relance des Réseaux Transeuropéens de Transports (RTE). Dans ce domaine, il s’agit de relier, par voie ferroviaire, routière et autoroutière l’ensemble du territoire européen de d’Helsinki à Nicosie et de Brest à Varsovie, favorisant ainsi la réalisation du marché intérieur, comme on peut le constater au vu de la carte des 30 projets établie par la Commission européenne. Elle fait adopter également le Livre blanc sur la politique de mobilité durable dans l’Union (1).
2.2.2.2. L’énergie.
En ce qui concerne l’énergie, elle met en place une politique européenne s’agissant d’un thème qui revêt une importance croissante. Dans le cadre des négociations d’adhésion avec les futurs Etats membres, la Commission européenne a fait procéder à la fermeture de centrales nucléaires jugées dangereuses. Elle obtient le vote d’une directive à propos de l’instauration d’une “écotaxe” ou taxe sur les produits énergétiques et l’électricité (2) afin de permettre à l’UE d’atteindre les objectifs du Protocole de Kyoto.
Au cours de son mandat, comme le souligne Jean Quatremer, elle aura été responsable de la moitié de la législation européenne de 1999 à 2004, tandis que Wikipédia fait remarquer qu’elle a proposé 190 textes dont 120 on été adoptés.
3. Une forte personnalité attachante.
Elle était administratrice de l’association “Les Amis de l’Europe“, invitée à la conférence annuelle du Bilderberg en 2005. Cette basque au caractère bien trempé, appréciée pour son franc-parler, était affable et généreuse et faisait partager sa joie de vivre et sa bonne humeur, en particulier son goût du bon vin et des chansons populaires espagnoles qu’elle chantait en s’accompagnant à la guitare.
NOTES
(1) V. Livre blanc. La politique européenne des transports à l’horizon 2010 : l’heure des choix. Le 12.09.2001. COM (2001) 370 final. Voir aussi la Communication de la Commission au Conseil et au Parlement européen. Pour une Europe en mouvement - Mobilité durable pour notre continent. Examen à mi-parcours du livre blanc sur les transports publiés en 2001 par la Commission européenne. 22.06.2006. COM (2006) 314 final.
(2) Directive 2003/96/CE du Conseil du 27 octobre 2003, restructurant le cadre communautaire de taxation des produits énergétiques et de l’électricité.
Prochain article. Hans-Gert Pöttering.