Sylvie GOULARD, Présidente du Mouvement Européen-France.
Publié le 28 mars 2007 par ami dans PortraitSylvie GOULARD, diplômée de l’ENA, de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et licenciée en droit, enseignante au Collège de Bruges, a été élue Présidente du Mouvement européen-France (MEF) en décembre 2006. Après “Le grand turc et la République de Venise“, ouvrage courronné par le prix du livre pour l’Europe 2005, elle est l’auteur de deux livres parus au premier trimestre 2007 : l’Europe pour les nuls aux Editions First et la Perle et le Coq , cinquante ans d’Europe, aux éditions du Seuil.
1. Une carrière politico-universitaire.
A la sortie de l’ENA, en 1989, elle travaille à la direction des affaires juridiques du Ministère des Affaires Etrangères (MAE). A ce poste, elle s’occupe de droit communautaire, de droit international public et participe aux négociations du traité de Moscou du 12 septembre 1990 (”2+4″) aboutissant à la réunification de l’Allemagne.De 1993 à 1996, elle accomplit 4 années de service au sein du Conseil d’Etat à la section du contentieux et à la section sociale.
De 1996 à 1999, elle est chargée de mission au sein du Centre d’Analyse et de prévision (CAP) du MAE. Dans ces fonctions, elle traite des questions européennes, notamment de la coopération étroite avec le CAP allemand et des études conjointes sont rédigées, signées des deux ministres
De 1999 à 2001, elle est détachée comme chercheur au CERI (Centre d’Etudes et de Relations Internationales).
De 2001 à 2004, elle rejoint l’équipe du Président de la Commission européenne, Romano Prodi en tant que membre du Groupe des conseillers politiques. A ce titre, elle suit les négociations menées dans le cadre de la Convention européenne (février 2002-juillet 2003) chargée de rédiger un projet de “Constitution européenne ” et présidée par Valéry Giscard d’Estaing
Depuis octobre 2004, elle est en congé du MAE et après avoir abandonné son enseignement à l’IEP (l’Institut d’Etudes Politiques) de Paris (1), elle conserve 30 heures de cours au Collège de Bruges consacrées à la Commission européenne.
Le 9 décembre 2006, aprés une élection disputée (2), elle a succcédé à l’ancien ministre socialiste, Vice-Président du Parlement européen, Pierre Moscovici, en tant que Présidente de la branche française du Mouvement européen.
Elle est l’auteur de nombreux articles sur l’actualité européenne et sujets de fond.
2. Une critique exigeante de la construction européenne.
Si l’on excepte le livre collectif sur l’état de l’opinion paru en mars 2007 auquel Sylvie Goulard a participé, ses autres essais politiques pourraient être réunis sous l’adage “Qui aime bien, châtie bien”.
“Le Grand Turc et la République de Venise” a été l’ouvrage qui a fait connaître Sylvie Goulard au grand public en prenant position contre l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Il s’agissait de rappeler qu’une promesse vieille de 40 ans, formulée à l’article 28 du Traité d’association du 12 septembre 1963 entre la CEE (Communauté Economique Européenne) et la Turquie, ne suffisait pas à engager l’UE. Que cela revenait à accepter un ensemble géopolitique vague, aux contours incertains,réduisant l’Europe à une vaste zone économique. En tout état de cause, il convenait que la Turquie accomplisse des progrès sur la voie de la démocratie, car, autrement, elle ne serait pas en mesure de satisfaire au critère politique de Copenhague. Elle fustige cette illusion qui consiste à croire que l’on peut négocier l’adhésion de la Turquie, sans que celle-ci devienne membre de l’UE. L’ouvrage, paru en 2004, a correspondu au moment où le Conseil européen de Bruxelles en décembre 2004 (voir les conclusions pages 6 à 8 inclus) devait se prononcer sur l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie. La position des opposants à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne n’empêchera pas les 25 Chefs d’Etat et de Gouvernements de se prononcer à l’unanimité en faveur de l’ouverture des négociations d’adhésion, à compter du 3 octobre 2005. Il reste que le gel des négociations d’adhésion décidé par les 27 Ministres des affaires étrangères le 11 décembre 2006 met en lumière le refus turc d’appliquer ses obligations européenne. Dans un interview Sylvie Goulard juge cette manière d’agir inacceptable.
Si “l’Europe pour les nuls” est un ouvrage pédagogique dont le contenu est illustratif et parfois ludique, le Coq et la perle, dont le titre est tiré d’une fable de la Fontaine, est un essai qui vise à montrer la dérive de l’Europe par rapport aux intentions initiales des Pères fondateurs. La méthode comunautaire qui a permis d’aboutir à des décisions fondatrices pour l’Europe, est actuellement dévoyée par les Etats membres qui défendent mordicus leurs intérêts propres au détriment de l’intérêt général européen. Et l’auteur de prendre pour exemple les errements de la Politique Etrangère et de Sécurité Commune et les retards dans la mise en oeuvre de la stratégie de Lisbonne (2000-2010) qui repose sur de simples lignes directrices qui autorisent chaque pays à faire “ce qu’il veut ou ce qu’il peut”. Le retour du nationalisme conduit à ce que “plus personne ne se sente responsable de l’intérêt commun“.
Ce faisant, Sylvie Goulard manifeste une fois de plus son ardeur combative en montrant du doigt notamment les responsabilités de la France en la matière. Elle est principalement désireuse finalement de déclencher une prise de conscience salutaire auprès des citoyens et des responsables politiques.
En ce sens l’Europe est un combat d’idées pour Sylvie Goulard. A la tête du mouvement européen-France, elle dispose d’un poste qui la met au contact des décideurs politico-économiques français et européens pour imaginer et faire avancer l’Europe, inciter les institutions européennes et nationales à jouer pleinement leurs rôles respectifs.
Il reste à savoir si, à l’avenir, Sylvie Goulard se contentera d’exercer un magistère d’influence ou si elle franchira le rubicon en exerçant des fonctions clairement politiques sur la voie du tobbogan merveilleux de son enfance italienne. D’ores et déjà, elle ne dédaigne pas des passes d’armes avec un contradicteur comme les Socialistes Jean-Pierre Chevènement et Michel Rocard.
Notes
(1) Pour être en mesure de se présenter à la présidence du MEF.
(2) En tant que politiquement engagée à droite, elle a été élue par 190 voix contre 177 à Pierre Moscovici, suite à une campagne tendue où elle n’était pas favorite. Pour la première fois, le MEF porte à sa tête une personnalité de la société civile.
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