27 avril, 2008
1-GEO/ECO, 11-AFRIQUE, 1a-CONTINENTS ET PAYS, RISQUES
Aucun commentaire
Le paludisme tue un enfant toutes les trente secondes en Afrique
Le paludisme en chiffres:Le paludisme en chiffres
- 500 millions de personnes touchées par an
- 59 % de personnes touchées en Afrique, 38 % en Asie, 3 % en Amérique - 1 enfant meurt du paludisme toutes les trente secondes en Afrique
- 1,1 million de morts par an
- 1 million de morts des complications
- 60 % des pertes fœtales et 10 % des décès maternels
- 12 milliards de dollars de PIB perdus par an en Afrique sub-saharienne
- 1,3 point de croissance perdu par an dans les pays fortement atteints
- 3,2 milliards de dollars par an seraient nécessaires pour la prévention et les soins
Sources : Banque Mondiale, OMS, RBM
LEMONDE.FR | 25.04.08
Les cent quatre-vingt-douze pays membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont choisi en mai 2007 la date du 25 avril 2008 pour célébrer la première journée mondiale de lutte contre le paludisme.
Maladie infectieuse la plus meurtrière après le sida, la malaria – nom anglais du paludisme – est transmise par le sang via une piqûre de moustique. Elle sévit surtout dans les zones tropicales et touche en priorité les femmes enceintes et les enfants. Il existe quatre espèces de parasites provoquant des symptômes variables en durée et intensité. Forte fièvre pouvant s’accompagner de maux de tête, douleurs musculaires, vomissements, diarrhées, toux, le paludisme a pour particularité de fonctionner par cycles typiques de forte fièvre coïncidant avec la multiplication des parasites et l’éclatement des globules rouges, qui conduit à l’anémie.
UN FREIN IMPORTANT AU DÉVELOPPEMENT
Il constitue un problème majeur de santé publique dans plus de quatre-vingt-dix pays, où il ralentit la productivité et enferme durablement les communautés dans la pauvreté. La Banque mondiale a estimé que les pertes de PIB imputables à cette maladie en Afrique sub-saharienne s’élèvent à 12 milliards de dollars par an. Soit un manque à gagner quatre fois supérieur à la somme nécessaire pour lutter efficacement contre le fléau à un niveau mondial. Dans la même région, le paludisme est la cause de 60 % de l’absentéisme scolaire.
S’il existe des traitements qui ont fait leurs preuves, ce sont surtout les actions préventives de distribution de moustiquaires traitées aux insecticides et la prise de médicaments antipaludiques en amont qui ont permis de diviser par cent le nombre de cas de paludisme au Vietnam entre 1992 et 2006. Mais dans les régions endémiques d’Afrique sub-saharienne, les parasites les plus dangereux ont développé une résistance à la chloroquine, le traitement le plus généralement utilisé. Et les nouveaux traitements combinés à base d’artémisinine présentent des coûts dix à vingt fois plus élevés. “On a procédé à des distributions systématiques sans en mesurer l’impact et prévenir le développement d’une inévitable résistance”, déplore le docteur Pierre Druilhe, directeur de l’unité de parasitologie biomédicale de l’Institut Pasteur de Paris.
LA RECHERCHE D’UN VACCIN, ENTRE PROGRÈS ET FAUSSES PISTES
S’il se réjouit d’un regain de mobilisation autour de la question, le chercheur constate un manque de concertation dans les recherches de vaccin. “Les agences internationales financent des projets de recherche redondants, privilégiant une approche où les molécules sont ‘choisies’ par le système immunitaire des souris, ce qui est, selon moi, une fausse piste. En ce moment quarante à cinquante essais cliniques sont menés sur des molécules qui ont déjà démontré leur inefficacité“, explique-t-il.
L’équipe du docteur Druilhe a choisi d’étudier les mécanismes de défense immunitaire chez les populations exposées au paludisme. Une molécule cible ainsi identifiée a présenté des résultats encourageants à l’issue d’une première phase de tests d’inocuité en 2000. Et une prochaine série d’essais d’efficacité sur des enfants africains indiquera si un vaccin peut être développé d’ici 2012.
Mais, en attendant un éventuel vaccin dont les premiers bénéficiaires seront les voyageurs des pays du Nord, “la population qui intéresse en priorité les laboratoires” selon le docteur Druilhe, le programme mondial de lutte contre le paludisme a besoin de 2 milliards de dollars supplémentaires pour lutter efficacement contre la maladie sur le terrain.
Mélanie Duwat
27 avril, 2008
1-GEO/ECO, 12-AMERIQUES, ETATS-UNIS, MONDIALISATION
Aucun commentaire
TRANSPORT AERIEN
Déficitaires et inefficaces, les compagnies aériennes américaines connaissent une crise structurelle
AP/Noah Berger
Pour nombre d’analystes, la solution à la crise du transport aérien américain ne peut être que financière.
LE MONDE | 23.04.08
La maison mère de la compagnie aérienne américaine United Airlines, UAL, a annoncé mardi 22 avril 537 millions de dollars de pertes (336 millions d’euros) au premier trimestre. Sur la même période, AMR (American Airlines) a perdu 328 millions de dollars, et Continental 80 millions. Les analystes s’attendent à ce que les trois autres “Big Six” - Delta, Northwest et US Airways - annoncent aussi des pertes. Les compagnies aériennes américaines, en difficulté chronique depuis des années, entrent dans ce qui apparaît comme une crise systémique, accélérée par l’augmentation brutale du prix du kérosène (53 % en un an) et la diminution du trafic lié à la récession.
Pour renforcer leur capacité financière et pouvoir enfin se moderniser, Delta et Northwest ont annoncé leur fusion (Le Monde du 16 avril). Celle-ci devra obtenir l’aval du Congrès et des syndicats des deux entreprises, qui pourraient tenter de l’empêcher ou de modifier ses conditions. Les personnels devaient voter mercredi 23 avril.
Pour Richard Aboulafia, spécialiste du Teal Group à Washington, les “grandes manoeuvres” ont commencé. Dès lors que cette fusion “modifie le paysage concurrentiel”, a prévenu Larry Kellner, patron de Continental, sa compagnie “fera le nécessaire pour garantir son maintien comme compétiteur sur le long terme”. Il négocie déjà avec United une fusion qui créerait un numéro un mondial plus gros encore que Delta-Northwest. United prospecte aussi en direction d’US Airways. De son côté, American Airlines a pris langue avec Continental. “A terme, les “Six” ne seront plus que quatre, peut-être trois. Mais ces fusions génèrent autant de problèmes - d’hétérogénéité des flottes, par exemple - qu’elles n’en résolvent. Surtout, elles ne changeront rien aux difficultés structurelles du secteur”, juge M. Aboulafia.
Pour nombre d’analystes, la solution à la crise du transport aérien américain ne peut être que financière, tant son infrastructure paraît obsolète et dégradée. Selon une étude du ministère des transports dévoilée le 18 avril, un déplacement aérien à l’intérieur des Etats-Unis est plus long aujourd’hui qu’il y a vingt ans. De l’heure prévue d’embarquement à l’arrivée, pour se rendre de New York à San Jose, en Californie, il faut ainsi, en moyenne, trois heures de plus. Retards constants, flotte âgée, contrôle aérien archaïque, aéroports saturés, annulations de vols accrues, sécurité suspecte, tel est le “paysage”.
“RATIONALISER LE RÉSEAU”
Ex-PDG d’American Airlines, Robert Crandall a publié, lundi 21 avril, un article dans le New York Times : il y a trente ans, rappelle-t-il, le Congrès adoptait la loi de dérégulation aérienne ; “depuis, le transport aérien américain s’est gravement détérioré. Nos compagnies étaient des leaders mondiaux, elles sont désormais à la traîne dans tous les domaines”. Il en appelle à “l’intervention du gouvernement”, car “la seule approche par le marché n’a pas pu et ne pourra pas produire le système dont nous (les Etats-Unis) avons besoin”.
Loren Thompson, le spécialiste du Lexington Institute, estime que l’Etat doit d’autorité “rationaliser le réseau” pour résorber une “compétition effrénée” qui s’est avérée “catastrophique” tant pour le service aux clients que pour la rentabilité des compagnies.
En attendant, celles-ci prennent des mesures pour rogner leurs coûts ou engranger quelques recettes. American Airlines va peu à peu réduire ses vols de 3,6 %, Continental de 5 %, United jusqu’à 9 %. AMR souhaite céder sa filiale American Eagle et a vendu 90 % de son unité de gestion financière pour 480 millions de dollars. Continental retire de sa flotte, pour un an, 14 Boeing 737 trop consommateurs en kérosène ; United retire 30 vieux DC80. Les compagnies augmentent leurs tarifs de 4 à 50 dollars selon les distances. Elles taxent le second bagage et renchérissent le coût du changement de vol pour les clients. Toutes suppriment des emplois. Continental aurait même fait pression sur ses pilotes pour économiser du carburant sur des vols transatlantiques, ce qui aurait provoqué une forte hausse des demandes d’atterrissage d’urgence en 2007, selon un rapport du ministère des transports.
Des mesures de rigueur perçues comme insuffisantes par les analystes. Selon une récente étude de Thomson Financial, American Airlines ne saurait redevenir bénéficiaire avant 2011, au mieux.
Sylvain Cypel
27 avril, 2008
1-GEO/ECO, MONDIALISATION
Aucun commentaire
Rémi Roux, cofondateur de la marque Ethiquable
“70 % des produits issus du commerce équitable sont vendus en grande surface”
LEMONDE.FR | 25.04.08 | 
Quel est l’état de santé du marché du commerce équitable en France ?
Rémi Roux : Il se porte très bien. En 2006, il a progressé de 40 % et pour 2007, on tourne autour de 27 %. Cela représente 210 millions d’euros dont plus de 165 millions pour les seuls produits alimentaires. En 2007, 42 millions de produits labellisés “Max Havelaar” [association qui garantit le respect des règles du commerce équitable] ont été vendus dans toute la France, dont la moitié était du café.
Depuis 2003, lorsque la grande distribution s’est lancée dans la course, elle a permis aux produits équitables de toucher un public plus large. Le marché s’est alors développé de manière exponentielle chaque année. 70 % des ventes sont aujourd’hui réalisées en grandes et moyennes surfaces.
La France est-elle en retard par rapport à ses voisins européens ?
Les pays du nord de l’Europe ont été les premiers à se lancer sur le marché. Le label “Max Havelaar” est né au Pays-Bas et s’est rapidement développé en Suisse et en Angleterre. A titre d’exemple, un Français dépense environ 3 euros par an dans des produits issus du commerce équitable alors que pour un Suisse, ce sont près de 20 euros.
De même, en Angleterre, 30 % du café vendu est labellisé commerce équitable, contre 5 % seulement en France. Nous sommes donc en retard, mais d’autres pays sont plus à la traîne encore, comme l’Espagne où le label “Max Havelaar” vient tout juste de se constituer. Les ventes y sont dérisoires, à peine un dixième de celles réalisées en France.
Qui sont les Français qui achètent “commerce équitable”?
Tous sont attirés par l’exotisme et l’originalité des produits, mais ce ne sont pas forcément des “bobos”. Mais c’est vrai que le prix plus élevé de nos produits nous empêche de toucher les classes les plus populaires. Les acheteurs les plus aisés sont donc notre cible historique. Ils dépensent en moyenne 17 euros par an et par personne.
Mais les classes moyennes ne dépensent que 3 euros de moins : elles représentent l’avenir du commerce équitable en France. L’enjeu est de limiter l’écart entre les prix de produits du commerce équitable et ceux des produits classiques. Outre les économies d’échelle, la flambée actuelle des matières premières qui touche entre autres, le café et le riz, nous est favorable. Le commerce équitable n’est pas du tout pénalisé puisque les prix étaient déjà au-dessus de ceux du marché. Nous ne sommes donc pas obligés de les augmenter
Propos recueillis par David Even
27 avril, 2008
1-GEO/ECO, 11-AFRIQUE, 1a-CONTINENTS ET PAYS, MEDITERRANEE, MONDIALISATION
Aucun commentaire
L’économie tunisienne, miracle ou mirage ?

Les échanges France/Tunisie:
La France reste le premier client de la Tunisie et son premier fournisseur, malgré l’effritement de sa part de marché. Et la Tunisie est le 23e partenaire de la France, devant le Maroc et l’Algérie.
En 2007, la valeur globale des échanges commerciaux entre les deux pays a atteint un niveau record de près de 7 milliards d’euros (+ 14 % par rapport à 2006), au bénéfice de la Tunisie, pour la troisième année consécutive. La France a acheté à la Tunisie pour 3,8 milliards d’euros, mais n’a vendu que pour 3,2 milliards d’euros. La France se classe à la quatrième place des pays investisseurs en Tunisie (après la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et l’Italie, qui investissent principalement dans le secteur énergétique). On compte deux fois plus d’entreprises françaises en Tunisie qu’au Maroc, et trois fois plus qu’en Algérie. Au total, la France a permis la création de plus de 100 000 emplois directs, ce qui la place au premier rang des employeurs étrangers en Tunisie, selon la Mission économique française à Tunis.
LE MONDE | 24.04.08
Autant la Tunisie a une image négative en matière de droits de l’homme, autant elle a bonne réputation dans le domaine économique. Le “pays du Jasmin” - où Nicolas Sarkozy se rend en visite officielle du 28 au 30 avril - est le bon élève des institutions multilatérales et de l’Occident : il honore ses dettes, est stable et rassure. Sans disposer des fabuleuses réserves en hydrocarbures de ses voisins, la Tunisie est un peu le modèle du Bassin méditerranéen. Un pays propre, doté d’infrastructures, éduqué, où les droits des femmes sont les plus avancés du monde arabo-musulman. La Tunisie est l’une des destinations favorites des Français. Ils sont chaque année 1 350 000 à aller y passer leurs vacances, pour peu cher, en toute sécurité. Pas de bidonvilles (tout juste quelques “gourbivilles” dus à l’exode rural), pas de misère criante.
Faute de pouvoir commercer avec ses voisins (l’Union du Maghreb arabe ne réussit pas à décoller), la Tunisie s’est tournée vers l’Union européenne, notamment dans le cadre de l’accord d’association qui a abouti, en janvier 2008, au libre-échange des biens industriels. “Nous avons la culture de l’export dans nos gènes depuis la Carthage phénicienne”, rappellent les Tunisiens en souriant. Les deux principaux moteurs de l’économie sont les exportations et la consommation des ménages. Les premières sont stimulées par les investissements étrangers dans le cadre du régime dit “offshore” pour les produits de la sous-traitance (les intrants et les exportations sont libres de droits et taxes). Ce secteur fournit des emplois à bas prix. La consommation est encouragée par les crédits, dont l’encours a doublé depuis 2004, avec pour conséquence un lourd endettement des ménages.
HAUSSE DES PRIX
La classe moyenne tunisienne est souvent considérée comme le facteur-clé de la croissance. Pourtant, les détracteurs du président Ben Ali, au pouvoir depuis 1987, assurent depuis des années que “la classe moyenne s’érode”.
“Faux”, répond le ministre du développement et de l’investissement extérieur, Mohamed Nouiri Jouini, pour qui, au contraire, elle ne cesse de croître et englobe aujourd’hui 80 % de la population active.
Si l’on entend par “classe moyenne” ceux qui possèdent leur logement, ils sont effectivement plus de 80 % à en faire partie. Si l’on prend en compte les revenus et le pouvoir d’achat, il y a un doute. “La classe moyenne s’amenuise, mais de façon imperceptible. Cela n’apparaît pas clairement pour deux raisons : les Tunisiens ont de plus en plus tendance à multiplier les petits emplois, quitte à avoir des journées de forçat, et ils vivent à crédit”, souligne Hacine Dimassi, professeur d’économie à l’université de Sousse. Pour lui, la classe moyenne est “laminée” non par l’impôt direct, mais par l’impôt sur la consommation. “On grignote les gens petit à petit. Ils sentent bien que leur pouvoir d’achat diminue, mais c’est flou”, note-t-il. Exemples : l’eau, le téléphone ou l’électricité, sur lesquels la TVA est de 16 % ; l’alimentation, qui a fait un bond de 10 % en un an. Ou encore l’essence, augmentée à la pompe à huit reprises en deux ans, soit de 40 %.
Pourtant, la Tunisie est un pays producteur d’or noir. L’exploitation de ses petits bassins pétroliers a longtemps été jugée trop coûteuse, mais la situation a changé avec la hausse vertigineuse du cours du baril et les recettes à l’exportation augmentent nettement depuis 2006. Dans l’immédiat, la Tunisie continue d’exporter tout son brut (qu’elle n’a pas la capacité de raffiner) et d’importer la totalité de sa consommation. Aussi la facture pétrolière reste-t-elle l’obsession des autorités.
“DIPLÔMÉS CHÔMEURS”
L’autre plaie de la Tunisie, c’est la question des “diplômés chômeurs”. S’ils sont dépourvus de relations, ces jeunes sortis de l’Université tunisienne se voient offrir, dans le meilleur des cas, un emploi dans les hôtels à touristes ou de standardiste dans les centres d’appels. Officiellement, le pourcentage de diplômés chômeurs est de 17 %. Il serait en fait beaucoup plus élevé.
Bien plus que les libertés bafouées, le chômage des jeunes exaspère la population, provoque rancoeurs et envies d’exil. A cela s’ajoute la médiocre qualité de l’enseignement dispensé dans le secondaire et le supérieur. “Nous avons gagné le pari de la quantité : 75 % des jeunes Tunisiens obtiennent aujourd’hui le bac. Il nous faut maintenant gagner celui de la qualité”, admet le ministre du développement. Une réforme destinée à réhabiliter la formation et l’enseignement professionnels a été engagée en 2007. Pour l’heure, la frustration est grande. Nombreux sont ceux qui se sentent écartés du “miracle” économique tunisien, dans lequel ils ne voient qu’un “mirage”. La réussite fulgurante des proches du président Ben Ali et de son épouse attise ressentiments et rumeurs. Pour les Tunisiens, il y a d’un côté une poignée de très riches qui bénéficient de la mondialisation et surtout du “système” Ben Ali, basé sur le clientélisme, comme l’a décrit l’universitaire Béatrice Hibou dans son livre La Force de l’obéissance (La Découverte, 2008). Et de l’autre côté, une masse de presque pauvres, condamnés aux bas salaires et à la “débrouille”. En réalité, le vrai problème en Tunisie n’est pas tant la création de richesse que la bonne répartition de cette richesse.
Florence Beaugé (Tunis, envoyée spéciale)
18 avril, 2008
1-GEO/ECO, CHINE, POLLUTION
Aucun commentaire
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
CHINE • Région pauvre cherche industrie polluante |
 |
| Les entreprises s’installent dans des régions économiquement déshéritées. Les autorités locales sont prêtes à les accueillir malgré les dangers liés à la pollution. |
 |
 |
 |
 |
 |
Une usine chimique dans la région de Jiangsu
DR |
|
 |
 |
 |
Selon le Jiangsu Jingji Bao et le Xinhua Ribao, la majorité des investisseurs participant à la récente réunion “Consultations sur les investissements dans le nord de la province du Jiangsu” étaient originaires du sud de la province, et une part importante des programmes qu’ils proposaient concernait des industries très polluantes comme la pétrochimie, la teinturerie ou la galvanoplastie. Ainsi, sur les dix-neuf activités que la ville de Taicang projette de transférer dans le nord de la province, la moitié présente un risque élevé de pollution. “Ce genre d’activités ne trouve plus de place dans le sud du Jiangsu du fait des différentes contraintes en matière d’environnement ou de coût des terrains”, a expliqué sans détour un industriel du sud de la province lors de la réunion.
Li Dihua, professeur à l’institut de l’environnement de l’université de Pékin, confirme la tendance des régions développées à transférer leurs productions et leurs industries fortement polluantes vers les régions les plus pauvres. Pour désigner ce phénomène, apparu de manière importante en Chine au cours des vingt dernières années, on parle de “délocalisation de la pollution”. Par exemple, dans les années 1980, des industries polluantes de Shanghai ont déménagé au sud du Jiangsu ; puis, depuis peu, avec le développement de la région et la hausse parallèle des seuils de tolérance environnementaux, les entreprises polluantes viennent peu à peu s’implanter dans des zones accusant un retard économique, comme le nord du Jiangsu et la province de l’Anhui.
Le principe de délocalisation de la pollution suit trois grands itinéraires : de la côte est vers l’ouest du pays ; des zones les plus développées vers les moins développées au sein de la même région ; enfin, des villes vers les campagnes. Selon une étude présidée par Cao Dong, chercheur à l’Institut des sciences environnementales de Chine, cette pratique s’est généralisée dans les grandes métropoles chinoises. Ainsi, à Pékin, la Commission du développement et des réformes pour la municipalité promet que, d’ici à 2008 [année où les Jeux olympiques auront lieu à Pékin], toutes les entreprises polluantes auront déménagé en zone rurale.
De nombreux environnementalistes estiment que l’aggravation du phénomène de délocalisation de la pollution est intimement liée au culte du PIB que l’on trouve chez certains hauts fonctionnaires locaux. Pour garantir une ascension rapide de cet indicateur, ceux-ci élaborent de nombreuses politiques dites “préférentielles” et ouvrent des “voies vertes” [allusion aux passages en douane sans formalités] destinées à attirer hommes d’affaires et capitaux. Parfois, ces mesures dérogatoires touchent également le domaine de l’environnement, et ces voies de passage vertes finissent par déboucher sur des points noirs. Un journaliste de Jingji Guancha Bao a relevé dans la ville de Qingyuan [province du Guangdong] un appel aux investissements formulé ainsi : “[Nous vous offrons] des seuils abaissés, des coûts diminués, de l’espace à volonté, des services de qualité !” Par “seuils”, il faut entendre seuils de pollution.
Une croissance à tout prix, sans penser à la nature
D’après une enquête réalisée par l’Administration d’Etat de protection de l’environnement (AEPE), les régions moins développées attendent beaucoup de la croissance économique, mais, en raison de la faiblesse de leurs infrastructures, elles ne peuvent participer au développement de produits de haute technologie, à forte valeur ajoutée et peu polluants. Elles sont donc réduites à accepter les activités que les régions développées ne veulent pas héberger.Certains fonctionnaires et chercheurs affirmaient à demi-mot ne pas avoir d’autre choix : comment se préoccuper de la protection de l’environnement quand on n’a pas de quoi se nourrir et se vêtir ! Selon Su Yang, chercheur pour le développement social au Centre de recherches sur le développement, la Chine se trouve encore à un stade intermédiaire d’industrialisation, où l’Ouest n’aurait que le droit d’effectuer les “besognes les plus sales”. A ce propos, Yang Dongping, le directeur adjoint de l’organisation non gouvernementale de protection de l’environnement Ziran zhi you [“Friends of Nature”, (http://www.fon.org.cn)], estime qu’une telle approche revient à “ramasser des graines de sésame en laissant les pastèques” [c’est-à-dire oublier l’essentiel].
La dégradation de l’environnement est irréversible : une fois qu’elle est avérée, il est souvent trop tard pour y remédier même avec de grosses sommes d’argent. En 2006, le Livre vert de l’environnement écrit par l’association met en exergue le cas typique de la gestion des pollutions extrêmement graves de la rivière Wei [qui se jette dans le fleuve Jaune] et du lac Dian [près de Kunming, au sud-ouest]. Au bout de dizaines d’années d’efforts et de dizaines de milliards de yuans [quelques milliards d’euros] investis, les résultats ne sont toujours pas probants. Une autre enquête réalisée par l’AEPE va dans le même sens. Si on ne prend en compte que les neuf provinces et régions de l’ouest du pays, les préjudices économiques directement engendrés par la dégradation de l’environnement atteignent 13 % du PIB de ces régions. Certains chercheurs soulignent combien le phénomène est lié au mode actuel de croissance économique en Chine, qui pose deux sortes de problèmes : celui d’une croissance extensive privilégiant les investissements d’échelle et celui du développement à tout va de l’industrie lourde par des localités qui ne s’interrogent pas sur l’opportunité de tels choix tellement elles se trouvent en concurrence les unes avec les autres pour attirer des activités économiques. Cette situation est amenée à être un sujet de préoccupation pendant encore de longues années. |
 |
Li Yang
Zhongguo Xinwen Zhoukan (China Newsweek) |
|

17 avril, 2008
1-GEO/ECO, MONDIALISATION, URBANISATION
Aucun commentaire
par François Arnal publié dans : hgeofm (( —- extrait blog
La ville de demain

Barcelone vue du haut de la Sagrada Familia
je vous recommande la lecture du numéro de Courrier International consacré à la ville de demain
n° 885 - 18 oct. 2007Métropoles en mouvement
Editorial
Deux ou trois choses qui sont en train de changer sur le front urbain. D’abord, nous sommes de plus en plus nombreux à vivre en ville : on estime que 80 % des Européens sont citadins et 50 % métropolitains. Ensuite, nous savons que les enjeux de demain, notamment écologiques, se situent surtout dans les grandes agglomérations. Enfin, bonne nouvelle, comme le montre l’exemple de New York ces dernières années, grande ville n’est pas toujours synonyme d’insécurité et de mauvaise santé…
Et Paris ? Comme le souligne The Independent, les vingt arrondissements parisiens, face à Londres ou à Madrid, sont ridicules avec leurs 2,1 millions d’habitants cloîtrés dans l’enceinte du périphérique. Il faudrait au moins intégrer une couronne de communes de banlieue, soit un ensemble de 6 millions d’habitants, pour créer un Grand Paris à la hauteur des défis qui s’annoncent.
Car nos vies quotidiennes se construisent (ou se brisent) à ce niveau, dans la grande ville. Qu’il s’agisse des transports, de l’emploi, des loisirs, des espaces verts, des aménagements fluviaux, de l’équilibre entre créativité et respect du patrimoine, les décisions des municipalités sont primordiales – plus encore que les lois votées par les Parlements nationaux ou européen.
En Europe et ailleurs, les responsables tentent de penser cet avenir complexe où la bonne échelle n’est plus la ville avec son centre et ses banlieues, mais la mégapole ou mégalopole.
Notre dossier, qui parcourt plusieurs continents en proposant des exemples précis, se veut d’abord une invitation à la réflexion.
source Courrier International -par François Arnal publié dans : hgeofm
17 avril, 2008
1-GEO/ECO, 1a-CONTINENTS ET PAYS, 1b-THEMES, CHINE, MONDIALISATION, POLLUTION, RISQUES
Aucun commentaire
La pollution chinoise vient de l’Occident

Une grande partie du CO2 émis en Chine est due à la production de biens de consommation destinés aux Occidentaux. Une donnée à prendre en compte.
Pour comprendre l’impasse quand laquelle se trouve le débat sur le réchauffement climatique, il vous suffit de jeter un coup d’œil à votre baladeur numérique. La grande majorité des lecteurs MP3 vendus dans le monde sont fabriqués en Chine, où la principale source d’énergie est le charbon. Pour chaque lecteur MP3 fabriqué, environ 8,5 kilogrammes de dioxyde de carbone sont libérés dans l’atmosphère. Aujourd’hui, ces baladeurs, tout comme des milliers de produits fabriqués dans les usines chinoises, soulèvent une question importante dans le débat sur le réchauffement. Il s’agit de savoir si le gouvernement chinois est responsable de la pollution lorsqu’un gadget est fabriqué en Chine par une entreprise américaine puis exporté et utilisé par des consommateurs de Stockholm ou de São Paulo.
source Courrier International d’après Jane Spencer Wall Street Journal

“Comme les émissions de CO2 de la Chine ont augmenté, la Chine est le coupable idéal. Pourtant, la véritable responsabilité de la hausse des émissions chinoises incombe aux consommateurs des produits chinois en Europe, en Amérique du Nord et dans le reste du monde”, explique Andrew Simms, directeur des orientations à la New Economics Foundation, une organisation de défense de l’environnement implantée à Londres.
Le Bangladesh (source NASA)
Si les émissions de CO2 baissent aux Etats unis ou en Europe occidentale c’est grâce à l’externalisation de la production industrielle vers la Chine ou l’Inde.
Avec la mondialisation la notion de frontière vole en éclat non seulement parce ce que les économies sont interconnectées et que l’espace industriel est désormais planétaire et non plus national mais également parce que la pollution n’a plus de frontières.
Le nucléaire de Tchernobyl nous l’avait appris, le réchauffement global nous le confirme, si la hausse des températures sera ponctuée en fonction des zones géographiques selon une logique fort complexe, l’élévation du niveau des océans sera mondiale…
par François Arnal publié dans : geofac