Le général Tchang Kaï-chek en visite à Taïpeh, en décembre 1961.
LE MONDE | 22.03.08
(…)Une campagne de « détchangkaïchekisation » est en cours à Taïwan. Longtemps vénéré, le généralissime, ancien chef du Parti nationaliste (Kouomintang), chassé de Chine continentale par les forces communistes en 1949, et arrivé avec 2 millions de soldats affamés sur l’île, qu’il a dirigée d’une main de fer jusqu’à sa mort en 1975, serait en passe de devenir un vulgaire « tueur », un « assassin », dans le langage politiquement correct des jusqu’au-boutistes.
Du coup, le mémorial, construit spécifiquement pour lui rendre hommage, avec 89 marches par terrasse parce que Tchang est mort à 89 ans, a été rebaptisé en décembre « Hall mémorial national » pour la démocratie de Taïwan… (…)
Le Mémorial Chiang Kai-shek, à Taipei .
CNA
Avant, seuls les claquements de bottes de la relève de la garde, résonnant sur le marbre, venaient, à heures fixes, troubler le silence intimidant de l’endroit. Il en émanait une impression de grandeur et de majesté – ce qu’il est désormais convenu d’appeler la mégalomanie du dictateur. Jusqu’aux récentes transformations, le colossal Tchang Kaï-chek en bronze, souriant derrière sa moustache, les mains sur les genoux écartés à la manière des empereurs, le regard porté plein ouest vers sa Chine natale, emplissait l’espace de son autorité.La statue de 600 tonnes n’a pas bougé ; il aurait fallu la couper en morceaux pour la transporter…
Mais ont fait irruption des panneaux couverts de photos historiques, d’immenses bannières montrant les manifestations des années 1980 et 1990 dans Taïpeh réclamant la démocratie, ainsi que (…)l’île Verte, située au sud-est de Taïwan. Car cette (…)île a un lourd passif. C’est là que le Kouomintang envoyait les prisonniers politiques taïwanais pendant les sinistres années de « terreur blanche ».
De fait, la relation de défiance, voire de haine, entre les Taïwanais et le Kouomintang remonte au massacre appelé aujourd’hui le « 2.2.8″ (pour le 28 février 1947) au cours duquel une altercation entre une vielle femme et un soldat du Kouomintang a dégénéré en une émeute générale. Plusieurs milliers de corps ont été retrouvés… « En 1947, Tchang Kaï-chek n’était même pas encore arrivé sur place », remarquent les uns. « Il est prouvé que c’est de lui que sont venus les ordres de répression sanglante », rétorquent les autres. Quoi qu’il en soit, la cohabitation à venir entre les Taïwanais et le Kouomintang « envahisseur » était bien mal amorcée…
D’autant que Tchang Kaï-chek a pendant longtemps traité Taïwan comme une simple base arrière provisoire, en attendant la reconquête du Continent. Toute opposition des Taïwanais au pouvoir absolu du Kouomintang de Tchang Kaï-chek fut systématiquement réprimée, la presse totalement contrôlée.
De tous les lieux débaptisés, le plus visible est l’aéroport international Tchang Kaï-chek, devenu l’aéroport de Taoyuan, du nom de la localité. « Pékin va adorer. On dirait à présent que c’est l’aéroport d’une ville chinoise parmi d’autres », commente, sceptique, un journaliste taïwanais (…Aujourd’hui,)rien n’indique ni le mausolée de Tchang Kaï-chek ni la maison qui abrite le tombeau de Tchang Ching-Kuo, le fils.
Ce dernier, qui fut aussi président (1977-1988), a également largement bafoué les droits de l’homme dans un premier temps, est finalement resté le président le plus populaire des Taïwanais pour sa fin de mandat : levée de la loi martiale, élargissement des élections, et miracle économique.
Les dépouilles mortelles des deux hommes ne sont toujours pas enterrées. Car Tchang Kaï-chek, qui a toujours souhaité reconquérir la Chine continentale, aurait voulu être enterré sur le Continent, mais seulement une fois la réunification opérée(… )Malgré le vent hivernal, quelques promeneurs déambulent dans le cimetière de statues du généralissime, adjacent au mausolée de Tchang Kaï-chek. On le voit à cheval, debout, assis, en buste et en pied, jeune et vieillard… Les statues viennent des quatre coins de Taïwan, des bureaux de poste aux cours de récréation. (…)
Le chercheur français Jean-Pierre Cabestan (…estime qu’il y a de la manoeuvre dans l’air): : « Des statues de Tchang Kaï-chek, on en jetait déjà à la pelle dans les années 1990 (… )Que le président relance tout cela maintenant, après huit ans aux commandes, c’est peu crédible… »En 1996 déjà, soit quatre ans avant l’arrivée au pouvoir de l’actuel président taïwanais indépendantiste, un grand parc de la capitale avait été rebaptisé le parc « 228″, en hommage aux victimes du massacre de 1947. Plusieurs monuments avaient été érigés et une commission d’indemnisation des familles des victimes avait été mise en place.
Au DPP, qui demande d’« arrêter de rendre hommage à un tyran et un assassin », le Kouomintang répond : « Et si Tchang Kaï-chek n’avait pas défendu Taïwan contre la révolution communiste, où en serait-on aujourd’hui de la démocratie taïwanaise ? » Cette querelle d’anciens n’intéresse (…pas) la jeunesse (…). Pour elle, la démocratie est un acquis, Tchang Kaï-chek est mort, et enterré ; ou presque.
L’agriculture européenne ou la surproduction subventionnée par la CEE.
De notre correspondant à Bruxelles (UE) JEAN QUATREMER
QUOTIDIEN : vendredi 14 mars 2008
En (…) mars 1968, les campagnes européennes s’agitent. Le mardi 12 mars, une manifestation de quelques centaines de paysans, venus surtout de Bretagne mais aussi de toute la CEE (1), déboule à Bruxelles. C’est la première fois que les agriculteurs font entendre leurs voix devant le Conseil des ministres de l’agriculture, qui siège à l’époque en plein centre de Bruxelles, au Palais des congrès (il déménagera vers le «Charlemagne», situé au cœur du quartier européen, le 1er janvier 1972). Ils ont compris qu’il ne servait à rien de crier leur colère dans leur pays d’origine alors que, désormais, les décisions agricoles se prennent dans la capitale européenne.(…)
Les agriculteurs sont venus protester contre la proposition du Néerlandais Sicco Mansholt,
le commissaire chargé de l’Agriculture, qui veut diminuer le prix garanti du lait afin de lutter contre la surproduction.
En effet, comme on est sûr de vendre à bon prix, la CEE rachetant les surplus, on produit sans se préoccuper des besoins du marché. La toute jeune politique agricole commune (PAC) est déjà victime de son succès : alors que l’Europe n’était pas autosuffisante sur le plan alimentaire au moment de la signature du traité de Rome, en mars 1957, elle enregistre en 1968 ses premiers excédents.
La PAC est une vraie invention française. Lors des négociations du traité de Rome, en 1956-1957, c’est Paris qui l’a exigée en contrepartie du marché commun. Pays encore largement agricole à la différence de l’Allemagne, son industrie vivote à l’abri de frontières douanières, et la zone de libre-échange industrielle européenne va contraindre les entreprises hexagonales à une douloureuse adaptation. La France veut donc valoriser son agriculture en exportant librement chez ses voisins. Ce qu’elle obtient. Mais le traité ne prévoit la mise en place totale de la PAC qu’à la fin d’une «période de transition», en 1970… Le général de Gaulle, de retour au pouvoir en 1958, ne l’entend pas de cette oreille : le marché commun sera industriel ET agricole, ou ne sera pas. Il est soutenu par la toute nouvelle Commission européenne, présidée par l’Allemand Walter Hallstein, qui voit là un moyen de mettre en œuvre une vraie politique fédérale.
Premier président de la Commission européenne, Walter Hallstein met en place le marché unique, la Politique agricole commune (PAC) et surmonte les crises institutionnelles des années 1960.
Les Six, réunis à Stresa (Italie) du 3 au 12 juillet 1958 avec les organisations professionnelles, ont arrêté les grands principes de la PAC que la Commission mettra en musique en juin 1960 : les produits agricoles circuleront librement au sein de la CEE, et des organisations communes de marché seront mises en place avec des prix unifiés et garantis, quelles que soient les variations des prix mondiaux. Cette «bulle agricole» sera protégée : comme les prix européens seront la plupart du temps supérieurs aux prix mondiaux, les importations seront taxées et les exportations aidées pour combler la différence de tarif.
Il faudra huit ans avant que la PAC ne couvre l’ensemble des produits agricoles. Finalement, le 1er juillet 1968, non seulement le marché agricole est achevé, mais pour la première fois le budget du Feoga (Fonds européen d’orientation et de garantie agricole, chargé de gérer l’argent destiné aux agriculteurs) dépasse le milliard d’«unités de compte», l’ancêtre de l’euro. Les résultats sont là : la productivité de l’agriculture a pratiquement doublé en dix ans, le revenu par agriculteur a augmenté même si l’exode rural s’est accéléré, les exportations ont explosé au point que Valéry Giscard d’Estaing parle de «pétrole vert». Surtout, «en 1968, les premiers excédents céréaliers et laitiers sont arrivés», se souvient Michel Jacquot, ancien directeur du Feoga (1987-1997) et qui, à l’époque, était l’assistant du directeur général de l’Agriculture. «Comme les prix garantis étaient élevés, plus on produisait, plus on gagnait d’argent, quelle que soit la qualité des produits.» Les montagnes de beurre, les lacs de lait et vin, les frigos communautaires débordant de viande, les silos gorgés de grain se profilent à l’horizon.
Le commissaire Sicco Mansholt propose donc en décembre 1968 de «casser la spirale d’augmentation des prix», comme l’explique Jacquot, en sortant de ce productivisme effréné. «Mansholt voulait une agriculture plus écologique, plus durable», affirme Philippe Lemaitre, qui fut le correspondant du Monde à Bruxelles de 1966 à 2000. Mais les paysans ne veulent pas entendre parler d’une remise en cause de cette «rente illimitée», selon l’expression de Lemaitre, même si, en réalité, elle ne profite qu’aux plus gros (80 % des aides vont à 20 % des agriculteurs) et surtout aux céréaliers, aux producteurs de lait et de sucre. En outre, après les événements de Mai, la France ne veut pas se mettre à dos ses agriculteurs, et elle freine des quatre fers. Le plan Mansholt déclenchera la colère des campagnes, une vraie colère bien violente : les 23 et 24 mars 1971, une manifestation à Bruxelles réunissant 50 000 paysans se soldera par un mort accidentel et plus de cent blessés.
En 1974, avec la nomination de Jacques Chirac au ministère de l’Agriculture, l’ami de la FNSEA qui n’hésite pas à se rendre à Bruxelles en compagnie des dirigeants du principal syndicat agricole, tout espoir de réforme est enterré pour longtemps.
Il faudra attendre 1992 puis 2003 pour que les idées de Sicco Mansholt commencent à être appliquées et que la spirale productiviste soit brisée. La prochaine réforme, attendue pour 2013, s’annonce encore plus drastique. 1968 aura été l’année des occasions ratées pour l’agriculture européenne.
(1) La Communauté économique européenne compte alors six membres : l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas.
sur blog collègues:Histoire et géographie au lycée Braque d’Argenteuil par A. Loez et J. Blottiere:
Le coup de Prague
Le président Edvar Benès..
La nouvelle République mêle démocratie parlementaire et planification de type socialiste
…en 1948,le parti communiste organise des manifestations…
Une des manifestations orchestrées par le PCT, à Prague en février 1948.
En mai, une liste communiste unique est proposée aux électeurs.En juin 1948 Gottwald,communiste,dirige seul le pays… Staline et Gottwald sur une affiche de propagande (analysée par M. Tribouilloy sur son blog).
Les chars du pacte de Varsovie écrase la révolution hongroise.
La tenue du XXème congrès du PCUS permet une timide libéralisation du régime en Hongrie (suspension de la collectivisation, amnistie pour les condamnés du début des années 1950).
Lescommunistes « libéraux », favorables à une libéralisation du régime, tout en maintenant celui-ci dans le bloc de l’Est sont dirigés par Imre Nagy, Janos Kadar, Geza Losonczy. Ces derniers se prononcent pour une démocratisation partielle, seule façon de sauver les « bases de la démocratie populaire ». Imre Nagy jouit d’une grande popularité .
La statue de Staline est renversée.
Khrouchtchev envoie les chars russes écraser dans le sang ce mouvement d’opposition au communisme…
sur blog collègues:Histoire et géographie au lycée Braque d’Argenteuil par A. Loez et J. Blottiere:
Printemps de Prague-1968
Dès 1967, les intellectuels tchécoslovaques critiquent l’attitude intransigeante du secrétaire du PC tchèque, le stalinien Novotny. Bientôt ces critiques gagnent aussi la direction communiste.
Novotny doit composer avec un groupe de « libéraux » menés par Alexandre Dubcek, premier secrétaire du PC slovaque. Ce dernier remplace d’ailleurs Novotny après sa démission en janvier 1968….
Les Russes n’ acceptent pas cette évolution vers un « communisme démocratique »…
Brejnev envoie les chars du Pacte de Varsovie,à son service.
L. Brejnev
…le Printemps de Prague est écrasé…
Les chars soviétiques écrasent le printemps de Prague.
Gerald et Betty Ford avec Pat et Richard Nixon le 9 août 1974, dernier jour de la présidence Nixon.
Le Watergate, à Washington, est le nom de l’immeuble où siège le parti démocrate. Le 28 juin 1972, la police arrête cinq hommes venus réparer des micros qu’ils avaient placés quelques semaines avant dans l’immeuble….
….au bout du compte,le scandale qui oblige Nixon à démissionner!
Le New York Times annonce la démission du président.
C’est l’impuissance de la IVe République à gérer les conséquences de l’émeute du 13 mai à Alger qui va ramener de Gaulle au pouvoir. Face à la prise du Gouvernement général par les émeutiers, à la constitution d’un pouvoir insurrectionnel, le Comité de Salut public rassemblant les activistes européens d’Algérie et une partie de l’armée, le gouvernement tente de sauver la face en désignant le général Salan, chef de l’armée d’Algérie, comme délégué général.Le 15 mai, le général Salan lance un appel au général de Gaulle.
Le même jour, celui-ci publie un communiqué qui fait retomber sur « le régime des partis » qui a entraîné la dégradation de l’Etat, la responsabilité de la situation en Algérie, sans prononcer un mot pour condamner la sédition d’Alger. Bien plus, l’affirmation selon laquelle il se tient prêt à « assumer les pouvoirs de la République » apparaît comme l’indice d’une solidarité avec les émeutiers d’Alger et provoque une grande émotion dans les milieux politiques.
C’est à répondre à celle-ci qu’est destinée la conférence de presse du 19 mai 1968. Il y développe l’idée que c’est l’incertitude de la politique française liée aux combinaisons de partis qui a provoqué l’émeute du 13 mai, que les cris de « Vive de Gaulle » et les scènes de fraternisation prouvent que les Français d’Algérie n’entendent pas faire sécession, que l’armée a joué son rôle de maintien de l’ordre et a conservé sa cohésion. Enfin, il refuse de traiter de factieux les chefs de cette armée que le gouvernement n’a pas sanctionnés et auxquels il a délégué l’autorité.
Le RPF, une machine de guerre contre la IVe République
La Constitution adoptée, de Gaulle ne voit d’autre moyen pour obtenir sa révision dans le sens indiqué à Bayeux, tout en restant « dans le cadre des lois », que d’intervenir dans le jeu politique, non en créant un nouveau parti, mais un « rassemblement » autour de ses idées.
Aussi annonce-t-il à Strasbourg le 7 avril 1947 la création du « Rassemblement du peuple français » (RPF), destiné à lutter contre le « régime des partis » en rendant à l’Etat qu’ils se sont partagés la cohésion, l’efficience et l’autorité nécessaires pour aborder les graves problèmes économiques, sociaux, impériaux, internationaux que doit affronter le pays. Le but majeur est une réforme profonde de l’Etat.
Toutefois, les élections de 1951 n’ayant abouti qu’à l’élection d’un nombre insuffisant de députés RPF pour changer la Constitution et un certain nombre d’élus acceptant de s’intégrer au régime, de Gaulle décide de rompre tout lien entre celui-ci d’une part, le RPF et lui-même de l’autre comme il le reconnaît dans sa conférence de presse du 12 novembre 1953.
Les institutions selon de Gaulle : le discours de Bayeux
Le 16 juin 1946, au moment où la seconde Assemblée constituante, élue en mai, s’apprête à étudier la future Constitution de la IVe République, de Gaulle fait connaître ses vues sur la question.
Les institutions : un ensemble qui doit répondre aux attentes et aux aspirations d’un peuple à un moment donné de son histoire. Or, celles de la IIIe République n’ont garanti ni l’unité nationale ni la défense du territoire. Les nouvelles institutions doivent y pourvoir et maintenir l’Union française.
La démocratie exige cependant un parlement de deux chambres (la seconde, formée d’élus locaux et des représentants des organisations économiques, familiales, intellectuelles), chargé de voter les lois et le budget.
Mais le pouvoir exécutif ne doit pas procéder du Parlement. Il aura pour clé de voûte un président de la République désigné par un collège d’élus, chargé de constituer le gouvernement, d’orienter la politique du pays, de promulguer les lois, d’arbitrer, de consulter le pays, d’être le garant de l’indépendance nationale et des traités.
L’ex-députée néerlandaise a été condamnée à mort par des islamistes d’Amsterdam, parce qu’elle défend la laïcité à la française. Les thuriféraires du fait religieux devraient y réfléchir.
Certes, pour mille raisons, la comparaison ne vaut pas. Mais livrons-nous cependant à l’exercice de religion-fiction suivant : quelle serait la réaction de l’opinion publique française si le chef de l’Eglise catholique, disons l’archevêque de Paris, déclarait que l’adoption, pour partie, de la charia – la loi islamique – était devenue en France inévitable ? Il y a fort à parier qu’il s’ensuivrait un tollé considérable et que la perspective de voir certaines affaires familiales – divorce, garde des enfants, héritage, etc. – confiées à des tribunaux musulmans déchaînerait les passions. C’est, cette fois pour de vrai, exactement ce qui vient d’arriver en Grande-Bretagne après les déclarations de l’archevêque de Canterbury, Rowan Williams. Réputé progressiste au point de considérer qu’Al-Qaida a « de vrais objectifs moraux », le chef de l’Eglise anglicane a en effet estimé qu’il « est possible de trouver ce qui serait un arrangement constructif avec certains aspects de la loi islamique comme nous le faisons déjà avec des aspects d’autres lois religieuses ». Il n’en fallut évidemment pas davantage pour que les éditorialistes des quotidiens anglais fustigent cette curieuse annonce et que le premier ministre Gordon Brown prenne immédiatement ses distances avec les déclarations de l’archevêque.
D’une manière générale, ainsi que le montrait la semaine dernière le dossier principal de Courrier international, l’Europe fait face aujourd’hui à une offensive des Eglises ; offensive relayée par le président de la République française, Nicolas Sarkozy, qui dans deux discours récents, à la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome et, quelques jours plus tard, à Riyad, s’en prit à la culture laïque en ces termes : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. » Le pape Benoît XVI qui, le 13 septembre 2006 à l’université de Ratisbonne, avait invité les religions du Livre à occuper l’espace laissé vacant par les idéologies modernes peut être satisfait. Un peu partout en Europe, le militantisme religieux reprend de la vigueur.C’est dans un tel contexte qu’Ayaan Hirsi Ali est arrivée à Paris pour y recevoir le prix Simone-de-Beauvoir. Ex-députée néerlandaise, cette jeune femme d’origine somalienne a été condamnée à mort il y a un peu plus de trois ans par des groupes islamistes d’Amsterdam. Son crime ? Avoir fait voter une loi contre l’excision des petites filles et défendre sans cesse, où qu’elle se trouve, les principes de la « laïcité à la française ». Benoît XVI et Nicolas Sarkozy ne sont évidemment pour rien dans son malheur, mais sa seule présence à Paris résonnait comme une sorte d’avertissement. Quant à l’archevêque de Canterbury, on ne saurait trop lui conseiller la lecture du dernier ouvrage d’Abdelwahab Meddeb : Sortir de la malédiction. L’islam entre civilisation et barbarie (Seuil), dans lequel il dénonce les incohérences entre la charia et la tradition juridique européenne. Un exemple : dans la sourate « Les Femmes », s’agissant de l’héritage, on peut lire : « Au mâle, portion semblable à celle de deux filles… »
dés 1966,au Cambodge,il se positionne conrtre la guerre du Viet Nam
Charles de Gaulle, Discours de Phnom Penh (1er septembre 1966)
« Au lendemain des accords de Genève de 1954, le Cambodge choisissait, avec courage et lucidité, la politique de la neutralité, qui découlait de ces accords et qui, dès lors que ne s’exerçait plus la responsabilité de la France, aurait seule pu épargner à l’Indochine de devenir un terrain d’affrontement pour les dominations et idéologies rivales et une sollicitation pour l’intervention américaine. C’est pourquoi, tandis que votre pays parvenait à sauvegarder son corps et son âme parce qu’il restait maître chez lui, on vit l’autorité politique et militaire des Etats-Unis s’installer à son tour au Viêt-nam du sud et, du même coup, la guerre s’y ranimer sous la forme d’une résistance nationale. Après quoi, des illusions relatives à l’emploi de la force conduisirent au renforcement continuel du Corps expéditionnaire et à une escalade de plus en plus étendue en Asie, de plus en plus proche de la Chine, de plus en plus provocante à l’égard de l’Union Soviétique, de plus en plus réprouvée par le nombre de peuples d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine, et, en fin de compte, de plus en plus menaçante pour la paix dans le monde.
Devant une telle situation, dont tout donne, hélas ! à penser qu’elle va aller en s’aggravant, je déclare ici que la France approuve entièrement l’effort que déploie le Cambodge pour se tenir en dehors du conflit et qu’elle continuera de lui apporter dans ce but son soutien et son appui. »
Cet extrait est tiré du discours de Phnom Penh, du 1er septembre 1966, du Général de Gaulle, dans lequel il dénonce la guerre du Viêt-nam.