Le sujet :
Objet d'étude :
"Le roman et ses personnages, vision de l'homme et du monde"
Corpus :
Texte A : extrait d'Honoré de BALZAC, Le Chef d'œuvre inconnu (1832)
Texte B: extrait de Victor HUGO, L'homme qui rit (1869)
Texte C : extrait d'Émile ZOLA, L'assommoir (1877)
Texte D : extrait de Marcel PROUST, Le Temps retrouvé
Question :
Vous ferez un commentaire du texte de Balzac (texte A).
"Un vieillard vint à monter l'escalier. A la bizarrerie de son costume, à la magnificence de son rabat de dentelle, à la prépondérante sécurité de la démarche, le jeune homme devina dans ce personnage ou le protecteur ou l'ami du peintre ; il se recula sur le palier pour lui faire place, et l'examina curieusement, espérant trouver en lui la bonne nature d'un artiste ou le caractère serviable des gens qui aiment les arts ; mais il aperçut quelque chose de diabolique dans cette figure, et surtout ce je ne sais quoi qui affriande les artistes. Imaginez un front chauve, bombé, proéminent, retombant en saillie sur un petit nez écrasé, retroussé du bout comme celui de Rabelais ou de Socrate ; une bouche rieuse et ridée, un menton court, fièrement relevé, garni d'une barbe grise taillée en pointe, des yeux vert de mer ternis en apparence par l'âge, mais qui par le contraste du blanc nacré dans lequel flottait la prunelle devaient parfois jeter des regards magnétiques au fort de la colère ou de l'enthousiasme. Le visage était d'ailleurs singulièrement flétri par les fatigues de l'âge, et plus encore par ces pensées qui creusent également l'âme et le corps. Les yeux n'avaient plus de cils, et à peine voyait-on quelques traces de sourcils au-dessus de leurs arcades saillantes. Mettez cette tête sur un corps fluet et débile, entourez-la d'une dentelle étincelante de blancheur, et travaillée comme une truelle à poisson, jetez sur le pourpoint noir du vieillard une lourde chaîne d'or, et vous aurez une image imparfaite de ce personnage auquel le jour faible de l'escalier prêtait encore une couleur fantastique. Vous eussiez dit d'une toile de Rembrandt marchant silencieusement et sans cadre dans la noire atmosphère que s'est appropriée ce grand peintre."
Le corrigé :
Quelques pistes pour un corrigé du commentaire de l'extrait de Balzac par C. de La Rochefoucauld, professeur de français :
Problématique : dans quelle mesure Balzac excelle-t-il ici dans l'art du portrait ?
I. Un portrait réaliste
Description physique (corps et costume soignés) et morale d'un vieillard : marqué par la vieillesse ("ridée", "barbe grise", "ternis [...] par l'âge", "flétri par les fatigues de l'âge", "pensées qui creusent également l'âme et le corps", "plus de cils", "quelques traces de sourcils").
Souci du détail, la description précise et minutieuse de toutes les parties du visage
II. Un portrait fantastique
Le caractère insolite, mystérieux et diabolique du personnage ("bizarrerie de son costume", "quelque chose de diabolique", "bouche rieuse")
La fascination exercée par le vieillard (analyser la réaction de Poussin : " il se recula [...] pour lui faire place", "l'examina curieusement", "regards magnétiques")
Le cadre irréel, fantastique et inquiétant (montrer que le cadre dans lequel le vieillard évolue semble irréel, "quelque chose de diabolique", "le jour faible de l'escalier prêtait encore une couleur fantastique").
III. L'art du portrait : un tableau vivant
Description picturale en mouvement (mise en scène du personnage),
Personnification de la toile de Rembrandt auquel le vieillard est comparé
Le portrait s’apparente à une toile de maître en train de se faire
- champ lexical de la peinture, couleur, vision
- composition de la description
Le narrateur fait appel à l'imagination du lecteur










