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Le sujet :
Objet d'étude :
"Le roman et ses personnages, vision de l'homme et du monde"
Corpus :
Texte A : extrait d'Honoré de BALZAC, Le Chef d'œuvre inconnu (1832)
Texte B: extrait de Victor HUGO, L'homme qui rit (1869)
Texte C : extrait d'Émile ZOLA, L'assommoir (1877)
Texte D : extrait de Marcel PROUST, Le Temps retrouvé
Question :
Sujet d'invention à partir du texte de Proust : "Le narrateur du Temps retrouvé croise une femme qu'il a aimée dans sa jeunesse et pour laquelle il conserve une vive affection. Il perçoit, sous ses traits vieillissants, les traces de sa beauté d'autrefois. En vous inspirant de l'extrait proposé (texte D), vous imaginerez la description qu'il pourrait en faire.
Le texte :
Marcel Proust, Le Temps retrouvé.
[Le Temps Retrouvé est le dernier tome d'À la recherche du temps perdu, vaste fresque dans laquelle l'auteur transpose l'expérience de sa vie. Retiré du monde depuis plusieurs années, le narrateur se rend à une soirée mondaine lors de laquelle il croise d'anciennes connaissances « métamorphosées » par la vieillesse.]
Le vieux duc de Guermantes ne sortait plus, car il passait ses journées et ses soirées avec elle1. Mais aujourd'hui, il vint un instant pour la voir, malgré l'ennui de rencontrer sa femme. Je ne l'avais pas aperçu et je ne l'eusse sans doute pas reconnu, si on ne me l'avait clairement désigné. Il n'était plus qu'une ruine, mais superbe, et moins encore qu'une ruine, cette belle1 chose romantique que peut être un rocher dans la tempête. Fouettée de toutes parts par les vagues de souffrance, de colère de souffrir, d'avancée montante de la mort qui la circonvenaient2, sa figure, effritée comme un bloc, gardait le style, la cambrure que j'avais toujours admirés ; elle était rongée comme une de ces belles têtes antiques3 trop abîmées mais dont nous sommes trop heureux d'orner un cabinet de travail. Elle paraissait seulement appartenir à une époque plus ancienne qu'autrefois, non seulement à cause de ce qu'elle avait pris de rude et de rompu dans sa matière jadis plus brillante, mais parce qu'à l'expression de finesse et d'enjouement avait succédé une involontaire, une inconsciente expression, bâtie par la maladie, de lutte contre la mort, de résistance, de difficulté à vivre. Les artères ayant perdu toute souplesse avaient donné au visage jadis épanoui une dureté sculpturale. Et sans que le duc s'en doutât, il découvrait des aspects de nuque, de joue, de front, où l'être, comme obligé de se raccrocher avec acharnement à chaque minute, semblait bousculé dans une tragique rafale, pendant que les mèches blanches de sa magnifique chevelure moins épaisse venaient souffleter de leur écume le promontoire envahi du visage. Et comme ces reflets étranges, uniques, que seule l'approche de la tempête où tout va sombrer donne aux roches qui avaient été jusque-là d'une autre couleur, je compris que le gris plombé des joues raides et usées, le gris presque blanc et moutonnant des mèches soulevées, la faible lumière encore départie aux yeux qui voyaient à peine, étaient des teintes non pas irréelles, trop réelles au contraire, mais fantastiques, et empruntées à la palette, à l'éclairage, inimitable dans ses noirceurs effrayantes et prophétiques, de la vieillesse, de la proximité de la mort.
Le corrigé :
Des pistes pour un corrigé par C. de La Rochefoucauld, professeur de français : le sujet décortiqué :
La narration :
Vous pouviez écrire la suite du texte ou un autre moment, l'essentiel était de bien conserver une narration à la première personne du singulier. C'est à travers ses yeux qu'il fallait faire le portrait d'une femme.
Le portrait de la femme :
Il fallait tenir compte des éléments suivants :
- il s'agit d'une femme qui a vieilli
- qui était belle dans sa jeunesse
- qui a conservé sa beauté
La scène :
- il s'agit d'une scène de rencontre
- les deux personnages se connaissent mais ne se sont pas revus depuis longtemps
Les sentiments du narrateur :
- vous pouvez évoquer le fait qu'il l'a aimé,
- et qu'il l'aime encore.










