Le sujet :
Objet d'étude :
"Le roman et ses personnages, vision de l'homme et du monde"
Corpus :
Texte 1: extrait de MARIVAUX, La Vie de Marianne (1742)
Texte 2: extrait d'Alain ROBBE-GRILLET, Les Gommes (1953)
Texte 3: extrait de Milan KUNDERA, L'immortalité (1990)
Texte 4: extrait de Philippe CLAUDEL, Les âmes grises (2003)
Question :
Ecriture d'invention à partir d'un extrait des Gommes de Robbe-Grillet : L'extrait des Gommes de Robbe-Grillet se termine par : "Quand tout est prêt, la lumière s'allume...". En veillant à respecter l'atmosphère installée par ce début, vous imaginerez une suite consacrée à l'arrivée d'un nouveau personnage dans le café. Vous vous inspirerez des procédés qui figurent dans le texte."
Texte :
"Dans la pénombre de la salle de café le patron dispose les tables et les chaises, les cendriers, les siphons d'eau gazeuse ; il est six heures du matin.
Il n'a pas besoin de voir clair, il ne sait même pas ce qu'il fait. Il dort encore. De très anciennes lois règlent le détail de ses gestes, sauvés pour une fois du flottement des intentions humaines ; chaque seconde marque un pur mouvement : un pas de côté, la chaise à trente centimètres, trois coups de torchon, demi-tour à droite, deux pas en avant, chaque seconde marque, parfaite, égale, sans bavure. Trente et un. Trente-deux. Trente-trois. Trente-quatre. Trente-cinq. Trente-six. Trente-sept. Chaque seconde à sa place exacte.
Bientôt malheureusement le temps ne sera plus le maître. Enveloppés de leur cerne d'erreur et de doute, les événements de cette journée, si minimes qu'ils puissent être, vont dans quelques instants commencer leur besogne, entamer progressivement l'ordonnance idéale, introduire çà et là, sournoisement, une inversion, un décalage, une confusion, une courbure, pour accomplir peu à peu leur œuvre : un jour, au début de l'hiver, sans plan, sans direction, incompréhensible et monstrueux.
Mais il est encore trop tôt, la porte de la rue vient à peine d'être déverrouillée, l'unique personnage présent en scène n'a pas encore recouvré son existence propre. Il est l'heure où les douze chaises descendent doucement des tables de faux marbre où elles viennent de passer la nuit. Rien de plus. Un bras machinal remet en place le décor.
Quand tout est prêt, la lumière s'allume..."
Des indications de correction par C. de La Rochefoucauld, professeur de français :
On vous demande d'écrire une suite du texte :
- en respectant l'atmosphère de l'œuvre
- en introduisant un nouveau personnage
Il faut donc être vigilant sur certains points :
respecter la narration, le cadre spatio-temporel
Voici ci-dessous la suite du roman de Robbe-Grillet : il respecte justement les consignes d'écriture
"Un gros homme est là debout, le patron, cherchant à se reconnaître au milieu des tables et des chaises. Au-dessus du bar, la longue glace où flotte une image malade, le patron, verdâtre et les traits brouillés, hépatique et gras dans son aquarium.
De l'autre côté, derrière la vitre, le patron encore qui se dissout lentement dans le petit jour de la rue. C'est cette silhouette sans doute qui vient de mettre la salle en ordre ; elle n'a plus qu'à disparaître. Dans le miroir tremblote, déjà presque entièrement décomposé, le reflet de ce fantôme ; et au-delà, de plus en plus hésitante, la kyrielle indéfinie des ombres : le patron, le patron, le patron... Le Patron, nébuleuse triste, noyé dans son halo."
Alain ROBBE-GRILLET, Les Gommes (1953).










