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    Venise en guerre contre les croisières

    Friday, 3 January 09:59 pm

    Le débat était déjà vif. Depuis le naufrage du Costa-Concordia, il est monté d’un cran. Dans le viseur, les « immeubles flottants » qui croisent dans la lagune. Accusés de drainer un tourisme de masse et de dégrader l’environnement, ils pourraient être interdits de passage. Si ces arguments résistent à la pression économique…

    Par Eric Collier, Le Monde Magazine, 18 février 2012

    Silvio Testa a deux amours, Venise et sa lagune. La beauté de la cité et la fragilité de son environnement lacustre. L’une a besoin de l’autre pour sa survie, dit-il, et les charmes sauvages des marécages valent bien les magnificences de la place Saint-Marc. Pour préserver les deux, il a un avis bien tranché :  » Fuori i grandi navi « , dehors les paquebots géants. Ce retraité vénitien ne veut plus les voir ni dans le canal de la Giudecca ou le bassin de Saint-Marc – où ils sont curieusement autorisés à naviguer avec leurs milliers de passagers – ni nulle part ailleurs dans la lagune.  » Ils sont le symbole le plus éclatant de ce tourisme de masse qui nous fait tellement de mal « , lâche-t-il. A l’appui de sa démonstration, ces étonnantes images où l’on voit des monstres des mers fermer l’horizon ou toiser le campanile de San Giorgio Maggiore. Et créer une vive polémique. Uniquement à cause de leur taille, assure Antonio Paruzzolo, adjoint au maire de Venise.  » Comme la neige n’a jamais été un problème pour les villes de montagne, les bateaux n’ont jamais été un problème pour Venise, ils font partie de son histoire « , rappelle-t-il. Tant que les bateaux n’excédaient pas les 50 000 ou 60 000 tonnes, comme les ferry-boats qui assurent la liaison avec les ports grecs, la situation était, selon lui,  » sous contrôle « . Elle l’est beaucoup moins depuis que les paquebots dépassent les 100 000 tonnes. Ces embarcations  » sont certainement parfaites pour les croisières dans les Caraïbes, mais disproportionnées pour Venise « , juge-t-il.  » Trop grands, trop gros, ils posent un problème esthétique « , concède -Paolo Costa, l’ancien maire de Venise et actuel président de l’Autorité portuaire.

    Silvio Testa est un ancien journaliste du Gazzettino, le quotidien de Venise et du nord-est de l’Italie. Pendant toute sa carrière, il a aimé ferrailler contre les pouvoirs locaux. Aujourd’hui à la retraite, il continue le combat. Contre les énormes paquebots qui croisent devant le palais des Doges pour rejoindre (ou quitter) la Gare maritime. Il donne rendez-vous près de Santa Margherita, à quelques mètres du Ponte dei Pugni, le  » pont des poings « , où, selon la tradition, deux factions rivales avaient l’habitude de se battre pour imposer leur autorité. Lui s’avance à mains nues, mais les bras chargés d’un dossier rouge frappé du logo  » No Grandi Navi « . Il intervient en qualité de porte-parole d’un collectif d’associations opposées aux paquebots géants. Dans son dossier, un livret blanc rédigé par ses soins au titre E le chiamano navi ( » Et ils appellent ça des bateaux « ). Lui préfère parler d’ » immeubles flottants hauts de 60 mètres « . Il en recense 650 par an, qui passent et repassent dans le bassin de Saint-Marc.  » Une folie!  »

    La présentation publique de son ouvrage, le 1er novembre 2011, créa ce qu’il appelle  » un événement « , inattendu, inespéré :  » 300 personnes sont venues. Incroyable ! Cela a relancé le mouvement.  » Pas autant que l’échouage du Costa-Concordia, un paquebot de croisière naufragé, vendredi 13 janvier, au large de l’île de Giglio, qui a donné au combat du Vénitien une visibilité internationale. Grâce, si l’on peut dire, à l’impact médiatique de cette catastrophe (32 victimes à ce jour), Silvio Testa et les comités No Grandi Navi espéraient réunir de nombreux manifestants sur les Zattere, les quais face à la Giudecca, à l’occasion du passage en ville du navire de croisière MSC Magnifica, vendredi 17 février, en plein carnaval.

    L’attrait de Venise est devenu tel pour les croisiéristes que le port de la Sérénissime figure aujourd’hui au troisième rang européen dans cette catégorie : environ 1,6 million de passagers ont été recensés en 2010 (650 000 qui embarquent, 660 000 qui débarquent et 330 000 en escale), derrière Civita Vecchia, près de Rome (1,9 million de passagers) et Barcelone (2,3 millions). En 2008, Venise n’accueillait  » que  » 1,2 million de croisiéristes, selon les statistiques de l’European Cruise Council.

    Le boom de cette forme de tourisme, la commune et ses habitants l’ont longtemps observé d’un oeil favorable. Tout d’abord parce qu’il permettait à la cité des Doges de renouer avec sa grandeur maritime et semblait redonner vie à ce que Paolo Costa nomme le  » théorème de Thomas Mann  » : selon l’auteur de Mort à Venise, on ne saurait en effet gagner la plus belle ville du monde autrement que par la mer. Ensuite parce que les manoeuvres des paquebots géants avaient l’air de s’effectuer dans des conditions de sécurité maximale : dès leur entrée dans la lagune, du côté du Lido, deux remorqueurs viennent les escorter jusqu’au port et un pilote autorisé à naviguer dans ces eaux se substitue au commandement de bord. Ensuite,  » ils suivent un rail « , précise M. Costa, le président du port. A ce jour, un seul incident sérieux est à répertorier : l’ensablement d’un bateau allemand, un soir de brume, en 2004.

    Enfin, l’argument économique semblait imparable. Les paquebots offrent un joli surcroît d’activité à la Gare maritime, très utile pour compenser celle, déclinante, du port industriel de Marghera. Quant aux passagers – du moins ceux qui descendent à terre -, ils viennent s’ajouter aux 20 à 25 millions de touristes qui visitent chaque année Venise, ce qui ne saurait déplaire aux commerçants. Selon Paolo Costa, le business des croisières représente  » 3 000 à 4 000 emplois directs pour les entreprises du coin « , qui viennent s’ajouter aux 1 700 employés du port. Bref, commente Francesco di Cesare,  » Venise offre une belle opportunité aux compagnies de croisière et l’industrie croisiériste est une bonne chose pour Venise ». Le président de l’agence de consulting Riposte Turismo pense d’ailleurs que sa ville peut encore augmenter sa capacité d’accueil des grands navires. Les paquebots ne sont-ils pas démesurés ?  » Un gratte-ciel est hors de proportion, la tour de Dubaï est hors de proportion. Et alors ? « 

    Les Vénitiens, eux, ont fini par déchanter devant ce spectacle embarrassant :  » Ridicule, cela donne une image superficielle de la ville « , regrette Alessandra Marin, 24 ans, étudiante en ingénierie maritime. D’autres évoquent un  » zoo « ,  » Disneyland « … Longtemps, les mouvements de protestation contre les passages  » en ville  » des paquebots n’ont pas soulevé les foules.  » Rébellion est un mot inconnu ici « , avance l’écrivain et journaliste Roberto Ferrucci. Pourtant, quand les paquebots ont commencé à stationner du côté de Santa Elena, près des jardins qui accueillent la Biennale d’art contemporain, il n’a pas été le seul riverain à se fâcher.  » C’était devenu totalement idiot, cet endroit, c’est une rive, pas un port ! « 

    C’est alors que l’affaire a pris une tournure politique. Le maire, Giorgio Orsoni, a fait campagne en 2010 contre ce phénomène. Pour mieux se faire comprendre de tous les Italiens, il eut recours à une image évocatrice :  » Des bateaux dans le bassin de Saint-Marc, c’est comme si on autorisait des camions de transports internationaux à circuler dans la zone piétonne de la cathédrale de Milan. «  Efficace. Et tout à fait dans la ligne de l’une des principales préoccupations des comités No Grandi Navi. Inquiets des possibles atteintes aux fragilités de la Sérénissime, leurs adhérents redoutent à la fois la pollution produite par les énormes moteurs et les effets des vagues, accusées d’endommager quais et pilotis. Aucune étude, à ce jour, ne vient toutefois appuyer ces craintes. Ni les repousser. Mais comme le souligne Antonio Paruzzolo dans son bureau qui domine le Grand Canal,  » c’est comme pour le changement climatique « , difficile d’en mesurer les effets à l’oeil nu, mais encore plus difficile d’affirmer qu’ils n’existent pas.

    L’impact du passage des paquebots sur l’environnement serait toutefois  » moins néfaste que les conséquences économiques et sociales « , selon Jan Van Der Borg, professeur d’économie du tourisme à l’Université de Venise.  » Leurs passagers appartiennent à la catégorie des excursionnistes, assène-t-il. Ils n’apportent pas énormément à l’économie locale et ils sont le type de visiteurs qui font de Venise un musée à ciel ouvert, qui aggravent la mono-activité touristique de cette ville, au détriment de toutes les autres activités. Ils contribuent au déclin social et économique de cette ville. «  Ce combat contre les bateaux, ajoute Roberto Ferrucci,  » c’est aussi pour Venise l’occasion d’essayer de redevenir une ville, pas un musée spectaculaire « .

    Que faire ? Venise a l’habitude d’aller à son rythme – par exemple, le pont de l’Académie, sur le Grand Canal, a une structure en bois temporaire depuis 1933. Mais à écouter Antonio Paruzzolo,  » une volonté politique «  de faire changer les choses a définitivement émergé, à l’échelon local comme au plan national.  » Une dizaine de réunions ont été consacrées à ce sujet ces dernières semaines « , assure-t-il. Corrado Clini, le ministre de l’environnement du gouvernement Monti, aurait même envisagé l’interdiction pure et simple des paquebots géants dans la lagune.  » C’est une solution, mais cela porterait un coup fatal à cette industrie et détruirait beaucoup d’emplois « , proteste l’adjoint au maire de Venise.

    D’autres routes d’accès au port de Venise sont envisagées. Paolo Costa assure qu’il a  » déjà pris contact avec les compagnies croisiéristes «  pour les prévenir que leurs navires ne pourront pas éternellement croiser dans le bassin de Saint-Marc. Pour financer d’éventuels travaux, il n’écarte pas la possibilité de faire appel à la générosité de ces compagnies. En tant qu’ancien maire de Venise, il sait combien les pressions internationales sont fortes quand apparaissent les fragilités de la Sérénissime. Il tente de les retourner à son avantage :  » Si Venise appartient à tout le monde, le monde doit prendre ses responsabilités. «  Et payer.

    Quelle que soit la solution retenue pour détourner les bateaux de croisière (s’il en existe une), sa mise en oeuvre nécessitera au moins un ou deux ans de travaux d’aménagement. Les  » excursionnistes  » ont donc encore un peu de temps pour s’offrir le souvenir d’une vie de touriste en admirant le palais des Doges depuis le pont d’un géant des mers. Ensuite, si les choses changent vraiment, il leur faudra suivre le conseil de Silvio Testa :  » Visitez Venise à pied, pas comme des éléphants dans un magasin de porcelaine. « 

    Source : TraMeZziniMag

    Le récent naufrage du Costa Concordia à deux cent mètres des côtes italiennes donne un éclairage nouveau à la polémique concernant l’invasion des maxinavi comme disent les vénitiens qui débarquent chaque jour des milliers de touristes et représentent un danger certain pour les eaux lagunaires déjà bien malades, mais aussi pour l’air qu’on y respire et pour la tranquillité de ses habitants.

    Savez-vous qu’un seul de ces bateaux (mais qu’ont-ils donc d’un bateau ces mastodontes ?) rejette avec ses fumées noires et nauséabondes, autant de CO² que 12.000 moteurs de voiture ? Savez-vous qu’un jour d’été 2011, ces navires ont déversé 35.000 personnes en une journée sur la ville, soit l’équivalent de la moitié de la population résidente. Si on ajoute à cette masse, les touristes pendulaires, qui arrivent par train ou par bus des environs et ne restent que la journée, les touristes logés dans les hôtels et pensions du centre historique, on atteint le chiffre de 100.000 personnes, voire plus certains jours… Davantage que l’ensemble des vénitiens résidents !


    Et lorsque, par un hasard malheureux, le personnel de l’ACTV décide de faire grève, cela donne une foule agglutinée dans les rues qui ne peut ni avancer ni reculer. C’est ainsi qu’aux heures de pointe, l’affluence est telle que des rues sont bouchées de la même manière que les rocades aux abords des villes à certaines heures… Même sans grève des transports, 90.000 personnes passent en moyenne chaque jour entre San Marco et San Zaccaria, 15.000 entre la Strada Nova et le Rialto, autant entre San polo et le Rialto… Pendant ce temps, les vénitiens ont du mal à se rendre à leur travail, les enfants à l’école, les ménagères au marché…


    Dans les quartiers ultra fréquentés par cette masse de touristes, il est devenu impossible de se loger, on ne trouve plus un seul commerce de proximité et les rares résidents qui ont pu rester ont l’impression d’être devenus comme des indiens dans une réserve.
    Beaucoup d’entre nous, tout à leur amour pour la Sérénissime, son charme, ses trésors, son atmosphère, refusent de voir ce cancer qui se propage et détruit inexorablement toute vie véritable, mais pourtant le mal est là, omniprésent et s’accroît.


    Pour ce qui est des grands navires, le naufrage du Concordia a été utile. Le maire dénonce depuis longtemps les dangers des grands navires pour Venise, de nombreuses associations ont vu le jour et sont très actives. jusqu’à un ministre qui vient de déclarer la guerre aux navires géants et veut les interdire dans les endroits fragiles. Venise et sa lagune sont un endroit fragile.


    En parallèle à ce phénomène absurde, d’autres problèmes pointent à l’horizon. Le nouveau plan d’occupation des sols qui permettrait la création d’une ville nouvelle sur la terre ferme avec des buildings à l’américaine, une ligne de train à grande vitesse dont le tracé devrait exproprier bon nombre de paysans, et la scandaleuse Sublagunare, métro souterrain qui relierait Venise et Murano à la Terre ferme. Sont à l’étude aussi de nouveaux aménagements qui permettraient de délester les sites les plus visités qui arrivent maintenant à saturation. Ce qui voudrait dire autant de monde sur ces sites et de plus en plus dans des endroits encore aujourd’hui protégés parce que peu connus des touristes et donc protégés…


    Bref, cancer, gangrène… Les temps modernes, le consumérisme et l’appât du gain, sont en train de tuer Venise et personne à ce jour ne possède de solution sure et efficace. Un ticket d’entrée ? C’est assurer la transformation de la ville en Veniceland, parc d’attraction pour gogos du monde entier. Quotas ? C’est assez injuste et comment les mettre en place ? Par pays d’origine ? Par âge, niveau social, montant des revenus, niveau d’étude ?


    Personnellement, je pencherai pour la création à quelques kilomètres d’une copie de la cité des doges, avec des restaurants, des cafés, des gondoles et des musées où les gens pourraient se divertir, découvrir les monuments et l’histoire de la Sérénissime, tout en mangeant des glaces, en se dorant au soleil, voire en se baignant. Les vénitiens reprendraient leur ville et les palais, les églises, les musées seraient ouverts aux touristes dans des limites précises par jour et par lieux. Ce n’est pas la panacée, mais cela permettrait de sauver ce qui peut l’être. Venise, patrimoine universel, pourrait déployer ce qu’elle est déjà, un laboratoire de recherches et d’innovations. Des chercheurs du monde entier pourraient venir y travailler. on y installerait des centres de formation aux métiers d’art, à la restauration, à la communication, la gestion urbaine. elle deviendrait un centre culturel de haut niveau où culture classique, histoire et technologies de demain se côtoieraient pour mieux faire avancer l’humanité. Il n’est pas interdit de rêver. Sans être pessimiste, on ne prend hélas pas ce chemin…

    L’évolution des villes médiévales (XIè-XIIIè siècle)

    Friday, 3 January 09:50 pm

    • L’aspect des villes médiévales :

    • Entourées de remparts ; présence de ponts si la ville est bâtie de part et d’autre d’un cours d’eau (Venise : impossible de passer d’un quartier à l’autre sans les ponts et les bateaux)

    • Existence de port si les villes sont situées sur le littoral (avec chantiers navals, arsenal, entrepôts…) ou sur un fleuve important (Paris est un port fluvial)

    • Nombreux bâtiments religieux (églises, cathédrale parfois, abbayes, palais épiscopal ; Hôtel Dieu, chapitre canonial…)

    • Places, halles (lieu dévolu aux échanges)

    • Existence de villes neuves, bâties à l’initiative d’un roi ou d’un seigneur dans des régions souvent stratégiques (place forte) : le plan est souvent géométrique, la construction a été pensée

    • Rues étroites ; problèmes sanitaires (ordures, eaux usées, présence d’animaux) ; beaucoup de bois, de torchis (favorise les départs de feux) ; pierre utilisée pour les demeures seigneuriales, les bâtiments religieux…La promiscuité favorise la contagion lors de épidémies (peste, choléra…)

    • Palais royal ou seigneurial (avec une police, une administration)

    • Création de centres universitaires, intellectuels qui verront plus tard se développer les imprimeries qui diffusent les idées humanistes : Paris (Sorbonne), Laon, Bologne, Venise, Salerne, Tolède, Salamanque…La ville est centre de modernité, de changements (nouvelles techniques financières, commerciales ; culture…)

    • Rares sont les villes dépassant 100 000 habitants (Paris, Venise, Milan)

    • Travailler en ville : la ville présente une grande diversité de métiers

        • Le textile : battage, filage, teinture, foulonnage…chaque opération correspond à un métier différent (le drapier sous-traite l’activité) ; les femmes occupent les postes les moins qualifiés. C’est un prolétariat parfois misérable.

        • Les métiers de bouche 

        • Le travail des métaux (orfèvrerie, ferronnerie…), de l’ivoire…

        • La banque, le commerce

        • Le travail des peaux : tanneur, fourreur, pelletier (préparent les peaux)

        • Divers ateliers d’artisans dans le bâtiment (tailleurs de pierre, charpentiers, forgerons, ébénistes…)

        • Des métiers précaires : journaliers, revendeurs, colporteurs

    Certains métiers sont jugés impurs ou dégradants car en contact avec le sang ou malodorants.

      • Les métiers sont organisés en confréries, puis en guildes

      • Les métiers sont hiérarchisés : des apprentis, puis compagnons, puis maîtres. Un métier se transmet dans la famille.

    • Des villes marquées par de fortes inégalités sociales :

      • La noblesse urbaine et quelques familles non nobles mais riches constituent une oligarchie (patriciat) qui monopolise le pouvoir urbain et économique

      • Les citadins non nobles (en Italie popolo grasso = riches marchands et artisans ; popolo minuto = petites artisans, pauvres) peuvent se coaliser contre le patriciat et l’écarter du pouvoir (Florence et autres villes italiennes)

      • La densité de population est importante : se côtoient dans les mêmes quartiers religieux et laïcs, riches et pauvres, bien portants et malades….

      • Un monde de marginaux, conséquence de la misère : on trouve vagabonds, mendiants, prostituées (ribaudes), voleurs (larrons), isolés ou en bandes ; mise à l’écart des lépreux

    • Des villes qui s’émancipent du pouvoir seigneurial (duc, comte, évêque…)

      • Mouvement communal en Flandre, dans le Nord de la France, en Italie : les villes obtiennent des chartes avec des privilèges et libertés

      • Constitution d’institutions urbaines municipales où le pouvoir fait l’objet d’affrontements au sein des grandes familles, qui tournent parfois à l’émeute

    Le déclin du monde paysan (XIXè-XXè siècle)

    Thursday, 2 January 06:46 pm

    Angelus-Millet-2Le déclin du monde paysan (XIXè-XXè siècle)

     

    Dossier documentaire pages 58 et 59 du manuel de 1èL/ES Hatier

    1. tableau du 19è siècle (Millet) montrant les paysans au travail dans un champ

    2. texte expliquant l’évolution de la modernisation des campagnes dans les années 20 (source Grenadou, paysan français)

    3. courbe de la mécanisation et du salariat agricole entre 1929 et 1985 (INSEE, 1988)

    4. discussion entre deux écrivains qui évoquent le monde paysan traditionnel du Massif Central

    5. photographie montrant une moissonneuse batteuse en Beauce

    6. interview du directeur du Credoc à propose de l’uniformisation des modes de vie actuels (20002)

    • Une révolution agricole
      • La comparaison des techniques agricoles du XIXè et du XXè siècle :

    Le tableau de Jean-François Millet (181-1875) un des fondateurs de l’école de Barbizon, (peintres paysagistes désirant travailler d’après nature = réalisme), montre qu’au XIXè siècle, les travaux des champs (bêcher, planter, labourer, semer, faucher, moissonner….) s’accomplissent encore « à la main », et concernent aussi bien les hommes que les femmes. Les outils n’ont que peu évolué. Certains travaux nécessitent l’aide d’animaux de trait, de labour (bœuf, cheval de trait –par exemple le percheron, le boulonnais, l’ardennais- âne…). Le peintre montre la lenteur du rythme de vie dans les campagnes françaises. Le tableau Les planteurs de pommes de terre (1861) appartient à la même série que Les Glaneuses, l’Angélus ou encore L’homme à la houe.

    Les glaneuses (1857)

    L’Angélus (1857)

    Le document 5 montre l’aboutissement de la modernisation : la machine, qui est arrivée dans l’industrie, gagne aussi le monde agricole : tracteurs, semeuses, moissonneuses batteuses, systèmes perfectionnés d’arrosage et d’épandage des produits phytosanitaires. Elle rend les travaux agricoles moins pénibles, plus rapides. On constate aussi une transformation des paysages : la mécanisation est plus importante dans des superficies plus vastes.

      • Les éléments de la révolution agricole :

    Le texte montre que la modernisation de l’agriculture concerne des domaines variés. On doit noter aussi que la diffusion de l’automobile (et l’accroissement progressif du réseau de communications, non seulement les routes mais aussi le rail) a joué un rôle dans le désenclavement des campagnes et dans la diffusion des informations.

    • l’introduction de la mécanisation : la machine permet de gagner du temps et de rendre les travaux agricoles moins pénibles (tracteur)

    • la modification des techniques : un labour plus profond permet d’améliorer les rendements. Auparavant, les paysans avaient pu passer de l’araire à la charrue, dont le soc en métal permettait de creuser de sillons plus profonds et donc de mieux protéger les semences.

    • l’introduction de la science qui permet de sélectionner les semences pour obtenir de meilleures variétés, de meilleurs rendements, dans le but d’améliorer la quantité et la qualité (expériences sur des parcelles témoins = des sortes de tests)

    • la modification des amendements utilisés. Amender le sol = ajouter une substance pour améliorer la fertilité. Les limons des fleuves en crue étaient autrefois un amendement naturel ; le fumier en fut un autre. Les découvertes scientifiques permettent de fabriquer des engrais chimiques, des désherbants, des pesticides (produits phytosanitaires)

    • la diversification des cultures : ne pas se limiter à la seule céréaliculture, mais envisager aussi des légumineuses par exemple. Certains exploitants optent pour la polyculture associée à de l’élevage.

    • la suppression de la jachère : ce moyen de reposer les terres permettait de les économiser et de préserver la fertilité ; les engrais rendent désormais la jachère inutile ; cela permet aussi d’augmenter les surfaces cultivées.

    • la diffusion des informations et la collaboration entre agriculteurs : les paysans se sont progressivement mis en contact les uns avec les autres ; cela a débouché sur la constitution des syndicats agricoles (FNSEA, FDJA). Le salon de l’agriculture est aujourd’hui une sorte de vitrine de l’agriculture française, en même temps qu’un conservatoire des productions et une façon de montrer les évolutions.

    • mais aussi les modifications du paysage rural : la disparition des haies, les politiques de remembrement ont permis d’augmenter la taille des exploitations. Le bassin parisien montre bien ce paysage de vastes champs ouverts (openfield) où les exploitations agricoles couvrent de nombreux hectares.

    • Impact de la révolution agricole :
      • Quel rapport entre mécanisation et emploi :

    La courbe montre qu’en un demi-siècle, le lien est réel entre la progression de la mécanisation et la diminution de l’emploi. La mécanisation supprime des emplois agricoles et automatiquement, le % d’agriculteurs dans la population active diminue : en 1929, on comptait près de 5 millions d’hommes travaillant dans l’agriculture, au milieu des années 80, il a été divisé par près de cinq. Le nombre des tracteurs, encore très peu nombreux en 1929, a dépassé le million et demi en 1985. Le décrochage a lieu à partir du milieu des années cinquante (période des Trente glorieuses). De nombreux agriculteurs ont pu investir dans leur premier tracteur grâce à l’aide financière du Plan Marshall. La modernisation a été permise grâce à l’aide financière de l’Europe (Politique agricole commune) : le Fonds européen agricole de garantie (FEAGA) et le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) constituent ensemble l’instrument financier unique de la Politique agricole commune (PAC). Le FEAGA  intervient dans le  soutien aux marchés agricoles; le FEADER finance quant à lui les programmes de développement rural.

    S’il existe un lien entre mécanisation et emploi, il y a également un rapport entre la diminution de l’emploi agricole et l’exode rural : les Français ont été tentés de « monter à la ville » pour occuper des emplois dans l’industrie, puis le secteur des services (tertiaire). L’accès à de nouveaux emplois plus qualifiés s’explique aussi par le développement de la scolarisation dans les campagnes et les perspectives d’études, à suivre à la ville. L’exode rural fut aussi un des éléments permettant l’ascension sociale.

    Cette révolution agricole a nécessité une autre transformation, celle de l’intégration dans le système capitaliste : le paysan devient un exploitant agricole, la ferme devient une exploitation agricole, une entreprise. L’exploitant est un des maillons de la filière agro-alimentaire, dont le revenu peut étroitement dépendre des politiques des centrales d’achat alimentant les grandes surfaces.

    • Un monde bouleversé :
      • Une modernisation variable d’une région à l’autre :

    Les deux écrivains Richard Millet et Pierre Jourde, l’un originaire de Corrèze (région Limousin) et l’autre du Massif central (région Auvergne) sont tous deux issus de familles paysannes. L’évocation de leurs souvenirs (dans l’ouvrage coordonné par le philosophe Alain Finkielkraut, Qu’est-ce que la France, 2008) leur permet de faire le même constat : la modernisation a été moins rapide dans leurs régions, car elles n’ont pas adopté tout de suite l’agriculture productiviste. Les pratiques agricoles des paysans corréziens et auvergnats, habitant des contrées rudes, sur des plateaux, ou des contreforts de montagne, dans des zones plus isolées, plus enclavées, étaient aux antipodes de celles des vastes exploitations agricoles situées dans les plaines du bassin parisien (céréaliculture de la Beauce, de la Brie, avec des paysages de champs ouverts = openfield). La localisation géographique explique aussi l’évolution (lente ou rapide) des mentalités, la permanence ou le déclin de l’esprit de village.

    Les habitants ont été happés par la modernisation après des décennies de méfiance naturelle par rapport à ce qui vient « de la ville ». Le village et son mode de vie étaient constitutifs de l’identité paysanne et cette perte identitaire (déculturation) peut être mal vécue. Les villages se dépeuplent car seuls les plus âgés restent au village, les nouvelles générations ne choisissant pas forcément de reprendre la ferme. La survie des villages peut passer par de nouvelles activités (tourisme vert, chambre d’hôtes, chambres à la ferme, reconversion vers l’agriculture biologique….)

      • Un mode de vie rural en voie de disparition ?

    Selon, Robert Rochefort les modes de vie des urbains et des ruraux se rapprochent mais surtout en termes de consommation : l’électroménager a fait son apparition dans les campagnes, de même que la publicité, les grandes surfaces et les produits de grande consommation, alors que jusqu’aux années 60/70, il y avait encore des différences importantes entre le monde rural et celui de la ville. On peut constater une uniformisation des modes de consommation, des régions rurales sont devenues aujourd’hui périurbaines à cause de l’extension des zones bâties. On ne peut plus parler d’un mode de vie rural qui serait très éloigné du monde urbain (connexion grâce aux nouvelles technologies) mais il demeure malgré tout dans les villages un rythme de vie qui est différent de celui des grandes agglomérations.

    Les relations commerciales de Venise en Méditerranée

    Friday, 16 November 11:46 pm

    Les accords entre Venise et Byzance au XII è siècle :

    « Celui-ci (Alexis) en retour les combla de dons et de dignités ; […] il ordonna qu’une forte somme d’or fût versée chaque année sur le trésor impérial à toutes les églises de Vénétie. Il fit tributaire de l’église de l’apôtre évangéliste Marc, tous les Amalfitains qui tenaient boutique à Constantinople, et il lui céda les boutiques situées entre l’ancien quai des Hébreux jusqu’à Bigla, y compris les quais situés dans ces limites ; il y ajouta beaucoup d’autres immeubles dans la ville impériale, à Dyrrachium, et partout où les Vénitiens le demanderaient. Mais le principal fut la franchise accordée à leur commerce dans toutes les régions qui relevaient de l’empire romain, de sorte qu’ils purent exercer librement le commerce à leur guise sans même donner une obole ni pour la douane ni pour toute autre taxe imposée par le trésor »

    Anne Comnène (1083-1148), L’Alexiade

     

    Marchands et navigateurs vénitiens à la conquête de la Méditerranée

    Venise a assuré très tôt, grâce à ses navires, un service de transport, d’abord à petite échelle dans  à sa lagune, puis dans le golfe adriatique. Ensuite dès le Xè siècle, son réseau s’est étendu à la Méditerranée orientale, et enfin au XII è siècle, à toute la Méditerranée […]

    Dès le milieu du IX è siècle, les Vénitiens ont commencé à traiter avec les deux grands empires entre lesquels ils sont situés, l’Empire carolingien et l’Empire byzantin – tout en se reconnaissant comme partie intégrante de ce dernier. En 993, et 1082, ils obtiennent de Byzance des droits et des positions de commerce privilégiées, ce qui leur permet d’asseoir durablement les bases de leur prépondérance en Méditerranée[…]. Venise a des possessions outre mer […] Des quartiers de villes ou les Vénitiens ont obtenu des droits particuliers qui leur permettent de reconstituer de petites Venise : c’est le cas à Constantinople ( la suite de l’accord de 1082), à Alexandrie et dans le royaume de Jérusalem […] Dans ces fondouks, les Vénitiens jouissent de la liberté de commerce, mais ils ont aussi la possibilité de s’installer, de construire des églises

    Philippe Braunstein, article consacré à Venise, in L’Histoire n° 208, mars 1997

     

    Venise, une remarquable réussite

    En 1082, Venise, qui a loué sa flotte aux Byzantins afin qu’ils empêchent les Normands de s’installer à Durazzo, reçoit de l’Empereur le droit d’acheter et de vendre dans tout l’empire sans payer de taxe ni subir de contrôle douanier.  […]

    Quant à Venise, c’est le début de l’extraordinaire expansion  qui peu à peu soumet le monde méditerranéen à son influence alors que le monde arabo-musulman est affaibli par les divisions politiques et religieuses et que les Latins installés en Terre Sainte et en Syrie ont besoin de ravitaillements par mer. Mais les relations de Venise avec ses concurrentes italiennes (Gênes en particulier) et avec Byzance ne sont pas toujours faciles ; en 1171, le quartier vénitien de Constantinople est mis à sac par les Génois et les Byzantins. L’Empereur fait arrêter tous les Vénitiens dont les biens sont confisqués. En 1189, menacé par les Pisans et les Normands, l’Empereur rétablit, par un traité, les Vénitiens dans leurs privilèges. Venise et sa flotte de guerre sont indispensables à la sécurité de l’Empire. Venise joue le rôle d’intermédiaire entre l’Orient et l’Occident. En Orient, les Vénitiens achètent les produits des pays du Nord, les fourrures et les produits de la steppe russe, céréales esclaves ; les produits de l’Asie centrale et tropicale (Perse, Inde, Chine), épice, bijoux, pierres précieuses, soies et étoffes de luxe ; les produits du monde byzantin et de l’Asie antérieure (Asie Mineure) : fruits, alun, soieries, tous objets de luxe.

    Tous ces produits sont revendus en Italie et dans tout l’Occident, où les Vénitiens achètent les draps de laine et les toiles de Flandre et de France, les métaux d’Angleterre et d’Europe centrale, les bois de Dalmatie, les esclaves du monde slave, qu’ils revendent en Orient, à l’Egypte en particulier, qui manque de bois, de fer et d’hommes.

    C’est vers l’Orient que Venise a surtout développé ses établissements ; ils jalonnent les routes maritimes de l’Orient qui […] par Modon et Candie, se dirigent soit vers Nègrepont, Constantinople, […], soit vers Beyrouth et Alexandrie, c’est-à-dire vers les points d’aboutissement des caravanes et de la navigation asiatique.

    Yves Renouard, Les villes d’Italie de la fin du Xè siècle au début du XIV è siècle, Sedes, 1994

     

     

    Questions :

    1. Présentez les documents en rédigeant un paragraphe.

    2. D’après les textes, quelles sont les relations entre Venise et Byzance, quelle est leur évolution et quelles sont les causes expliquant de telles relations ?

    3. A quel rôle Byzance a-telle renoncé au profit de Venise ? Qu’est-ce qui peut expliquer la suprématie de la cité de Venise ?

    4. Venise a-t-elle des rivaux ? Si oui, lesquels et pourquoi ?

    5. Réalisez une carte de synthèse, sur laquelle vous ferez apparaître :

      • les différents Etats du XII è siècle en  Méditerranée

      • Venise et ses possessions

      • les villes mentionnées dans les textes et les villes commerçantes de l’époque

      • les courants d’échanges et les produits concernés

      • la carte s’accompagne d’une légende organisée

     

    Chronologie des sciences dans le monde arabe

    Friday, 16 November 11:37 pm

    VII è et VIII è siècles : l’ère de l’héritage et de la traduction

    • fondation de la première bibliothèque par le calife Al-Walid Ier

    • 773 traduction en arabe du premier livre indien d’astronomie à la demande du calife abbasside Al-Mansûr (754-775)

    IX è siècle : émergence de la science arabe

    • Al-Khwarizmî publie le premier livre arabe sur le calcul indien et le premier livre d’algèbre

    • élaboration de la première carte du monde en arabe

    • traité d’optique d’Al-Kindî (796-873)

    • premier livre consacré à la mécanique

    • 815 : traduction de la Meteorologica d’Aristote

    • 809-877 : traduction des œuvres médicales de Galien et d’Hippocrate par Hunayn Ibn Ishâq

    • Al-Râzî (823-860) médecin et chimiste, identifie et décrit la variole

    • 851 première description des côtes indiennes et chinoises par les géographes arabes

    Xè-XIIIè siècle : L’apogée de la science arabe

    Xè siècle

    • 930 livre d’algèbre d’Abû Kâmil

    • catalogue des étoiles d’Abd al-Rahmân al-Sûfî

    • 972 fondation au Caire de l’université d’Al-Azhar

    • traité de chirurgie d’Al’Zahrâwî

    • tables astronomiques d’Ibn Yunus

    XI è siècle

    • 980-1037 Ibn Sînâ, médecin et philosophe rédige le Canon de la médecine

    • 973-1043 traité d’astronomie d’Al-Bîrûnî

    • Traité d’optique d’Ibn al Haytham (enseigné et commenté en Europe jusqu’au XVII è siècle)

    • Ibn Khalaf de Tolède invente l’astrolabe universel

    • Umar al-Khayyâm, astronome, mathématicien, et poète élabore la première théorie géométrique des équations cubiques

    • 1079 Ibn Mu’âdh est l’auteur du premier livre de trigonométrie publié en arabe sur le sol européen

    • 1085 Synthèse de la science mathématique rédigée part Al-Mu’taman

    XII è siècle

    • Al-Idrîssî réalise la carte du monde la plus élaborée dédiée au roi Roger II de Sicile

    • Ibn Rushd est l’auteur d’un traité de médecine (le Colliget = al-Kulliyyat)

    • 1228 Ibn Mun’im est le premier mathématicien est introduire la combinatoire comme chapitre des mathématiques

    XIII è siècle

    • Maïmonide, théologien et philosophe juif de Cordoue est auteur du Guide des égarés, traduit en arabe

    • 1206 Al-Jazarî publie son traité de mécanique (théorie et pratique des automates)

    • Ibn Nafis (1210-1288) est le premier à décrire la petite circulation du sang

    La Sicile normande (histoire médiévale)

    Friday, 16 November 11:29 pm

    Palerme vue par Al-Idrîsî

    « La première de ces villes est Palerme, cité des plus remarquables par sa grandeur et des plus illustres par son importance ; chaire de prédication parmi les plus célèbres et prestigieuses du monde. Elle est dotée de qualités qui lui confèrent une gloire inégalable et réunit beauté et noblesse. Siège du gouvernement dès les temps primitifs et les premiers temps de l’islam, c’est de là que partaient les flottes et les armées lors des expéditions militaires et c’est là qu’elles revenaient, comme elles le font encore aujourd’hui. Cette ville est sur la côte, elle a la mer à l’est, et est entourée de montagnes hautes et massives. Le rivage à cet endroit est plaisant et riant, il est orienté vers l’est. La ville est dotée de bâtiments magnifiques, qui accompagnent les voyageurs et étalent la beauté de leur construction, la finesse de leur réalisation et leur merveilleuse originalité.[…]

    De tous côtés, la ville est traversée par des cours d’eau et des sources pérennes ; les fruits y poussent en abondance ; ses édifices et ses promenades sont tellement beaux qu’il est impossible à la plume de les décrire et à l’intelligence de les concevoir ; le tout est une vraie séduction pour l’œil. Le Cassaro dont il vient d’être fait mention est parmi les villes fortifiées les mieux défendues et les plus élevées ; il peut résister aux attaques et est tout à fait imprenable. À son sommet est un fort, bâti récemment pour le grand roi Roger et constitué d’énormes blocs de pierre de taille recouverts de mosaïques. Les murs du « Palais » sont bien alignés et élevés, ses tours de guet et ses postes de garde sont d’une construction fort solide, de même que les différents palais et salles qu’il abrite. Ces derniers sont ornés des motifs calligraphiques les plus merveilleux et couverts de peintures remarquables. Tous les voyageurs attestent la splendeur de Palerme et en font une description hyperbolique. Ils affirment clairement qu’il n’y a point hors de Palerme d’édifices plus magnifiques que les siens, de demeures plus nobles, de palais plus imposants et de maisons plus agréables.

    Le « Faubourg » qui environne l’ancienne ville forte dont il vient d’être fait mention est très vaste, il contient un grand nombre de maisons, d’hôtelleries, de bains, de boutiques et de marchés. Il est entouré d’une enceinte, d’un fossé et d’un espace vide. À l’intérieur, il y a beaucoup de jardins, de parcs splendides, de canaux d’eau fraîche courante provenant des montagnes qui entourent cette plaine. À l’extérieur, au sud, coule la rivière de `Abbâs, qui fait tourner des moulins en assez grand nombre pour suffire aux besoins de la ville ».

    Al-Idrîsî, Nuzhat al-mushtaq fî ikhtirâq al-âfâq, encore appelé Livre de Roger. Sicile, 1154

    • À travers le document, relever les éléments qui traduisent les influences byzantine, musulmane et chrétienne (occidentale).
    • Montrer que la description de cette ville par al-Idrîsî est à la fois traditionnelle et flatteuse. Pourquoi ? 

    La région de Palerme vue par Ibn Djubayr

    « En cette cité, les musulmans conservent quelques restes de leur foi : ils fréquentent la plupart de leurs mosquées et ils y célèbrent la prière rituelle sur un appel clairement entendu. Ils ont des faubourgs qu’ils habitent seuls, à l’exclusion des chrétiens. Les souks en sont fréquentés par eux, et ils en sont les marchands. Ils ont un cadi devant lequel ils élèvent leur procès ; ils ont  une mosquée principale où ils s’assemblent pour faire la prière et qu’ils ont grand soin d’illuminer en ce mois béni (ramadan). Les mosquées ordinaires sont fort nombreuses, innombrables. Pour la plupart, elles servent de classes pour les professeurs de Coran. […]Dans cette ville, la parure des chrétiennes est celle des femmes des musulmans. La langue alerte, enveloppés et voilées, elles sont dehors à l’occasion de la fête dont nous venons de parler ; vêtues d’étoffes de soie brochées d’or, drapées dans des vêtements magnifiques, voilées de voiles aux couleurs variées, chaussées de bottines brodées d’or, elles se pavanent en se rendant à leurs églises ou plutôt à leurs gîtes ; elles portent, en somme, toute la parure des femmes musulmanes, y compris les bijoux, les teintures et les parfums ».

    Ibn Djubayr (ou Jobaïr), Voyages, XIIe siècle, trad. M. Gaudefroy-Demombynes

    Palerme en 1160

    « Le palais neuf occupe le quartier opposé, construit de pierre taillée avec une admirable rapidité et un travail superbe, entouré à l’extérieur par les courbures de ses murailles, remarquable à l’intérieur par l’éclat des gemmes et de l’or. Ici c’est la Tour Pisane, députée à la garde du Trésor ; là la Tour grecque ; au milieu c’est la partie du palais qui a le nom de la Joharia, abondamment décorée que le roi fréquente quand il recherche le calme et le repos, éclatante de la gloire d’ornements multiformes. Puis, dans l’espace restant, sont disposées à l’entour des maisons destinées aux matrones, aux jeunes filles et aux eunuques qui servent le roi et la reine. Il y a là d’autres petits palais resplendissant de décoration : ici le roi s’entretient dans le secret avec ses familiers de l’état du royaume ; là il reçoit les grands pour parler des affaires publiques majeures. Et il ne faut pas passer sous silence les nobles officines attachées au palais où l’on amincit les flocons de soie en fils de diverses couleurs et où on les unit par de multiples méthodes de tissage ; enfin dans une partie du palais qui regarde la ville, la chapelle royale offre son pavement somptueux, et aussi des parois décorées de panneaux de marbre ».

    Hugo Falcandus, Liber de Regno Siciliae, 1160.

    La Sicile du roi Guillaume II

    « La plus belle des cités de la Sicile est la résidence de son roi ; les musulmans l’appellent la cité al Madina et les chrétiens Palerme ; c’est là que demeurent les musulmans citadins ; ils y ont des mosquées et les souks qui leur sont réservés dans les faubourgs sont nombreux. Tous les autres musulmans habitent les fermes, les villages et les autres villes, comme Syracuse, etc. Mais c’est la grande cité, résidence du roi Guillaume qui est la plus importante et la plus considérable ; Messine ne vient qu’après elle […] L’attitude du roi est vraiment extraordinaire. Il a une conduite parfaite envers les musulmans ; il leur confie des emplois, il choisit parmi eux ses officiers et tous, ou presque tous, gardent secrète leur foi et restent attachés à la foi de l’islam. Le roi a pleine confiance dans les musulmans et se repose sur eux dans ses affaires et de l’essentiel de ses préoccupations, à tel point que l’intendant de sa cuisine est un musulman […] Ce roi a des palais superbes et des jardins merveilleux, particulièrement dans sa capitale. À Messine, il a un château, blanc comme la colombe, qui domine le rivage de la mer. Il a un choix nombreux de pages et de femmes esclaves. Il n’y a point de roi des chrétiens qui soit plus splendide en sa royauté, plus fortuné, plus luxueux que lui […] Un autre trait que l’on rapporte de lui et qui est extraordinaire, c’est qu’il lit et écrit l’arabe. »   Ibn Djubayr, Voyages, 1184

    • Montrer les signes de la tolérance politique et religieuse des rois normands de Sicile.

    • Relever les signes de l’admiration du voyageur pour Palerme et la cour du roi Guillaume II, petit-fils de Roger II

    • Quels éléments justifient l’admiration du musulman Ibn Djubayr ?

    • Montrez que le syncrétisme sicilien s’est effectué dans divers domaines.

    La chrétienté médiévale (exemple de devoir en seconde)

    Friday, 16 November 11:19 pm
    1. Rédiger un paragraphe pour expliquer comment la religion chrétienne structurait la vie des populations du Moyen Age (croyances, fêtes, rites, sacrements,  obligations, bâtiments…..)

    Au Moyen Age, la vie quotidienne des populations accorde beaucoup de place à la religion chrétienne. Tous sont croyants et respectent le dogme chrétien, la Trinité (Le Père, le Fils et le Saint Esprit).

    Faire son salut est une préoccupation essentielle, car les populations craignent Dieu et ont peur de la mort. L’espoir en la résurrection, élément central du dogme chrétien, concerne toutes les couches de la société ; outre la prière, faire la charité, des dons à une église, une abbaye sont perçus comme des moyens de faciliter son salut. Après la mort, les croyants espèrent entrer au Paradis. Les portails sculptés des églises servent à éduquer les croyants, en montrant la scène du Jugement dernier.

    Le calendrier chrétien s’ordonne autour du jour du Seigneur (le dimanche), et de grandes fêtes : Noël (naissance du Christ), Pâques (résurrection du Christ), Ascension (montée du Christ au ciel,  Pentecôte (descente de l’esprit saint sur les apôtres)…

    Les fêtes peuvent être précédées de périodes de jeûne. Le vendredi est un jour « maigre », le Carême est une période de privations durant les quarante jours précédant la fête de Pâques. La repentance et la pénitence, la privation, l’humilité, la mortification permettent d’obtenir le pardon de Dieu ; la notion de péché est centrale.

    La religion chrétienne favorise aussi le culte de Marie, mère de Dieu (une cathédrale Notre Dame est consacrée à la Vierge).

    Les saints, protecteurs des métiers (saints patrons) sont souvent vénérés car morts en martyrs dans les premiers temps du christianisme : le tombeau d’un saint, l’existence d’un reliquaire peuvent générer des grands pèlerinages (croyants de toutes les couches sociales espèrent se rendre à Jérusalem, Rome, Saint-Jacques de Compostelle…) mais aussi des pèlerinages locaux (Conques, Rocamadour…).

    Les lieux de culte sont les églises, les chapelles, les oratoires, les abbayes et les cathédrales, symboles du pouvoir de l’évêque dans une ville.

    L’Eglise est structurée, hiérarchisée et reçoit un impôt payé par la population, la dîme.

    Les territoires christianisés sont divisés en diocèses, dirigés par des évêques. A l’échelon inférieur, le prêtre est à la tête de la paroisse, aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural. Il est responsable des sacrements : le baptême (qui marque l’entrée dans la vie chrétienne), le mariage, l’absolution (donnée après la confession des croyants), l’extrême-onction avant le trépas. Les prêtres font vœu de célibat ;  les moines, qui appartiennent au clergé dit régulier, sont la plupart du temps cloîtrés et font également vœu de chasteté.

    NB : Pendant plusieurs siècles, le mariage des prêtres était possible. Il leur est interdit à partir du XIIè siècle et les enfants des ecclésiastiques, désormais « bâtards », n’ont aucun droit sur les biens de leur père, dont la charge religieuse n’est pas héréditaire.

    2. Les monastères : Comment s’organise la vie quotidienne des moines dans une abbaye bénédictine ?

    Au Moyen Age, on peut choisir de consacrer sa vie à Dieu en entrant dans une abbaye (ou monastère). C’est le clergé régulier. Les moines bénédictins suivent la règle de saint Benoît. Elle stipule qu’il est nécessaire de prier régulièrement, à plusieurs reprises dans la journée et même la nuit ; elle prévoit le respect du silence. Le moine doit mener une vie simple, détachée des biens matériels, avec une nourriture frugale, un comportement modeste et humble, en travaillant de ses mains. La pauvreté est une manière de se rapprocher du Christ.

    3. Explication de texte : Les hérésies :

    Rappel : on appelle hérésie une déviation religieuse par rapport à la pensée dominante. Elle est combattue.

    « Le groupe d’hérétiques qui habitent dans notre région, c’est-à-dire les diocèses de Narbonne, Béziers, Carcassonne, Albi, Toulouse, Cahors, Agen et Périgueux, croit qu’il existe deux Dieux, un Dieu bon et un Dieu mauvais. Ils déclarent que le monde et tout ce qui existe de visible en lui a été créé et fait par le Dieu malfaisant. Ils rejettent le baptême des enfants parce que ceux-ci n’ont pas la foi et, citant l’Évangile, disent que celui qui n’a pas la foi sera condamné. Ils ne croient pas à la résurrection des corps. »

    Écrit anonyme contre les Cathares

    • D’après le texte, les Cathares sont-ils chrétiens ? Oui, ils sont chrétiens puisqu’ils citent l’Évangile.

    • Soulignez en rouge un passage du texte qui le prouve.

    • Dans quelles régions de la France les trouve-t-on ? Les foyers cathares se trouvent dans le sud-ouest de la France, dans la région Aquitaine, dans le Languedoc-Roussillon (Midi-Pyrénées)

    • Quelles sont les croyances des Cathares ? Ils croient qu’il existe deux dieux, un bon et un mauvais. Le dieu malfaisant (qui ne correspond pas à Satan, car, dans le christianisme traditionnel, c’est un ange déchu) est censé avoir créé le monde. Ce n’est donc pas la Trinité. Ils refusent de baptiser les enfants et ne croient pas à la résurrection.

    • Lesquelles sont en opposition avec le dogme (= discours officiel) de l’Eglise ? Pourquoi ?

    – Le dieu des chrétiens est à la fois un et divisé en trois personnes (le Père, le Fils (le Christ), l’Esprit saint, c’est-à-dire le souffle, l’esprit de Dieu). Les trois sont de la même substance.  Les deux dieux des Cathares pourraient être considérés comme une forme de polythéisme.

    – Au Moyen Age, on commence à baptiser les enfants, afin de les protéger, alors que dans les premiers temps du christianisme, le baptême concernait essentiellement les adultes. Le baptême permet l’entrée dans la vie chrétienne.

    – La résurrection est au cœur du dogme chrétien : la rejeter équivaut donc à nier celle du Christ.

     

    Commentaire de texte : François Mitterrand juge la Quatrième République

    Friday, 16 November 11:02 pm

    « Née dans l’équivoque d’une révolution manquée et d’une victoire douteuse, la IVè République, avait reçu en héritage les manies et les travers de la de la IIIè, morte six ans plus tôt dans la ruine et l’opprobre. Elle collectionna les crises ministérielles et jongla avec les présidents du Conseil, vedettes d’un jour. Les crises firent se succéder à la direction du gouvernement des présidents bons pour un mois, trois mois, six mois. M. Guy Mollet battit un record de durée déjà vieux en demeurant à l’Hôtel. Matignon plus d’une année et demie […]. L’Assemblée Nationale se lassait-elle des hommes à ce point qu’elle ne pouvait les supporter plus longtemps qu’un modeste bail ? […] Rarement dynamique, souvent peureuse, toujours prudente, la IV è République assura sa permanence par des méthodes de gouvernement qui laissèrent croire que la France de la deuxième après-guerre avait choisi d’ignorer le monde bouillonnant et désordonné d’alentours. […] Dans une société universelle où il ne se serait rien passé, où il n’y aurait eu ni Amérique, ni Russie, ni ouvriers, ni patrons, ni colonies ni émancipation, ni bombe atomique, ni rampe de lancement, ni monnaie, ne prix, ni air, ni eau, ni feu, notre politique eût été admirable. On l’eût offerte en exemple au monde puisque rien ne pouvait le surprendre. Mais de l’événement que faire ? Indochine, Tunisie, Maroc, Algérie, salaires, franc cela bougeait, menaçait, corrompait l’équilibre le plus savant. […]. Ainsi furent anéanties les chances du régime qui avait pansé les plaies de la Deuxième Guerre Mondiale avec une rare intelligence et donné pour vingt ans  un vigoureux élan au développement économique et social de la France.  « Les ministres de la Vè République n’ont pas assez de dimanches pour inaugurer les réalisations de la IVè » a justement observé Félix Gaillard. (*)

    Mais la toute-puissance d’un clan appuyée sur des lois électorales suspectes avait bloqué les rouages du système qui régissait la France, pays où les opinions sont si diverses et si nuancées qu’aucune d’entre elles ne peut espérer l’emporter assez nettement par le suffrage universel pour gouverner par ses seuls moyens. Tout fut donc coalition, conciliation compromis. De ce compromis naquit l’étrange, l’extraordinaire, l’équivoque stabilité qui condamna la République parlementaire à dépérir lentement avant de disparaître, d’un coup et sans fracas. »

    François Mitterrand, Le coup d’Etat permanent, Plon, 1964

    (*) Président du Conseil de novembre 1957 à avril 1958)

    Répondre aux questions suivantes de manière très précise (avec des exemples pris dans le cours : faits, noms, dates).

    Si vous citez un extrait du texte, vous devez toujours l’éclairer par un exemple précis.

    1. Vous présenterez le document (auteur, nature, date, contexte, intérêt…) de manière précise (en vous aidant de la note en bas de page, mais sans vous y limiter)

    2. Vous expliquerez la phrase soulignée, puis les conditions de la mise en place de la IVè République. 

    3. Quelles sont les forces politiques de l’époque ?

    4. Quelles sont les critiques formulées par François Mitterrand  sur le fonctionnement des institutions de la IVè République ? Quels autres hommes politiques avaient émis des jugements négatifs et quand ? (Des parties du texte sont à utiliser et  à expliquer).

    5. Montrez que la IVè République  a été confrontée à de multiples problèmes intérieurs.

    6. Montrez que des difficultés extérieures se sont ajoutées aux  problèmes intérieurs. Ont-ils pu être résolus ?

    7. Le bilan que dresse François Mitterrand est-il seulement négatif ? Justifiez votre réponse avec des exemples précis.

    8. Que savez-vous de la chute de la IVè République ?

    9. Le jugement de François Mitterrand est-il totalement objectif, sachant qu’il a connu la IIIè, la IVè et la Vè Républiques ? Connaissant son parcours politique, pourrait-on nuancer le titre de son livre et le jugement qu’il porte ensuite sur la Vè République ?

    François Mitterrand (1916-1996)

    Homme politique français, député de la Nièvre, ministre de plusieurs gouvernements de la IVè République, (fut en particulier garde des Sceaux).

    S’oppose au retour au pouvoir du général de Gaulle et la mise en place de la constitution de la Vè République. Son ouvrage Le Coup d’Etat permanent est  une vigoureuse critique du retour de général de Gaulle, de la naissance de la  Vè République, puis de sa pratique du pouvoir.

    Candidat à l’élection présidentielle de 1965, il affronte de Gaulle au second tour mais est battu. Il rassemble les divers courants socialistes pour former le PS en 1973. Il est de nouveau battu en 1974cette fois face par Valéry Giscard d’Estaing.  Il est finalement élu en 1981.

    Le préambule de la constitution de 1946

    Friday, 16 November 10:59 pm

    1. Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l’homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République.

    2. Il proclame, en outre, comme particulièrement nécessaires à notre temps, les principes politiques, économiques et sociaux ci-après :

    3. La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme.

    4. Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d’asile sur les territoires de la République.

    5. Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances.

    6. Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l’action syndicale et adhérer au syndicat de son choix.

    7. Le droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le règlementent.

    8. Tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises.

    9. Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité.

    10. La Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.

    11. Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence.

    12. La Nation proclame la solidarité et l’égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales.

    13. La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’Etat.

    14. La République française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international. Elle n’entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n’emploiera jamais ses forces contre la liberté d’aucun peuple.

    15. Sous réserve de réciprocité, la France consent aux limitations de souveraineté nécessaires à l’organisation et à la défense de la paix.

    16. La France forme avec les peuples d’outre-mer une Union fondée sur l’égalité des droits et des devoirs, sans distinction de race ni de religion.

    17. L’Union française est composée de nations et de peuples qui mettent en commun ou coordonnent leurs ressources et leurs efforts pour développer leurs civilisations respectives, accroître leur bien-être et assurer leur sécurité.

    18. Fidèle à sa mission traditionnelle, la France entend conduire les peuples dont elle a pris la charge à la liberté de s’administrer eux-mêmes et de gérer démocratiquement leurs propres affaires ; écartant tout système de colonisation fondé sur l’arbitraire, elle garantit à tous l’égal accès aux fonctions publiques et l’exercice individuel ou collectif des droits et libertés proclamés ou confirmés ci-dessus.

    QUIZZ CINQUIEME REPUBLIQUE (1)

    Friday, 16 November 10:52 pm
    • Nous sommes actuellement sous la :

      • Quatrième République

      • Cinquième République

      • Sixième République

    • La première élection par les Français d’un Président de la République a eu lieu en :

      • 1830

      • 1848

      • 1875

    • Le Président de la République est élu :

      • au suffrage universel direct

      • au suffrage universel indirect

    • Le Premier Ministre est nommé par :

      • Le Président de la République

      • Le Président de l’Assemblée Nationale

      • Le Président du Sénat

    • Les sénateurs sont élus par :

      • Les électeurs

      • Des élus

    • Les députés sont élus pour :

      • 4 ans

      • 5 ans

      • 6 ans

    • Les sénateurs sont élus pour :

      • 6 ans

      • 7 ans

      • 9 ans

    * Parmi cette liste, cochez le nom de ceux qui ont été Président de la République :

      • Charles de Gaulle 

      • Michel Rocard Premier Ministre

      • Michel Debré Premier Ministre

      • Georges Pompidou Vè

      • Philippe Pétain

      • Paul Doumer

      • François Mitterrand Vè

      • Sadi Carnot

      • Jean Lecanuet

      • Valéry Giscard d’Estaing

      • Raymond Poincaré

      • Léon Blum

      • Pierre Mendes France

      • René Coty

      • Maurice Thorez

      • Vincent Auriol

    LA CINQUIEME REPUBLIQUE (devoir/TSTG)

    Friday, 16 November 10:40 pm

    1.

    • Qui fut le premier président de la République élu par les Français ?

    • Quel type de suffrage utilisait-on en France avant le suffrage universel ?

    • Donnez des exemples de droits et libertés prouvant que la France est un pays démocratique :

    2. Définir les termes et expressions suivants :

    Terme

    Réponse

    barème

    pouvoir législatif

    pouvoir exécutif

    constitution

    cohabitation

    référendum

    démocratie

    Suffrage universel indirect

    parlementaire

    3. Quels événements correspondent aux dates suivantes

    • 1792

    • 1848

    • 1864

    • 1884

    4. Donner les dates des diverses périodes républicaines en France :

    Première République

    – Seconde République

    – Troisième République

    – Quatrième République

    – Cinquième République

    5. Donner dans l’ordre chronologique les présidents de la Vè République avec les dates de début et de fin de mandat. Soulignez ceux qui ont été réélus.

    6. Quel est le point commun à ces hommes politiques ? Jean-Marc Ayrault, Michel Debré, Edouard Balladur, François Fillon, Georges Pompidou, Jacques Chirac, Laurent Fabius, Pierre Mauroy, Raymond Barre (liste non exhaustive)

    7. Dans le tableau suivant, mettre une croix dans les bonnes colonnes

    Type d’élection

    Scrutin de liste

    Scrutin uninominal

    SUD

    SUI

    présidentielles

    législatives

    sénatoriales

    cantonales

    municipales

    régionales

    européennes

    8. Vrai ou faux (indiquer la bonne réponse) :

    • le premier ministre est élu VRAI   FAUX

    • le président de la République nomme le président de l’Assemblée nationale VRAI   FAUX

    • la France a connu quatre périodes de cohabitation VRAI   FAUX

    • les femmes ont le droit de vote depuis 1944 VRAI  FAUX

    • en cas de décès du chef de l’Etat, c’est le président du Sénat qui assure l’intérim VRAI   FAUX

    • il faut avoir au moins trente ans pour être élu à une fonction politique VRAI   FAUX

    • le président de la République promulgue les lois VRAI   FAUX

    • le premier ministre propose le referendum VRAI   FAUX

    • aujourd’hui la gauche est majoritaire à l’Assemblée Nationale et au Sénat VRAI FAUX

    • les élections législatives favorisent surtout les partis importants VRAI   FAUX

    • en France, les étrangers ressortissants de l’Union européenne peuvent voter aux élections locales VRAI   FAUX

    • le PS et le PC sont des partis de droite VRAI   FAUX

    • le Modem et l’UDI sont des partis du centre VRAI   FAUX

    • le Sénat est élu au suffrage universel indirect VRAI FAUX

    • l’Assemblée compte 577 députés VRAI   FAUX

    • le chef de l’Etat n’a jamais utilisé l’article 16 VRAI   FAUX

    • le Conseil constitutionnel peut annuler une élection VRAI   FAUX

    • le mandat présidentiel est de 5 ans VRAI   FAUX

    • le département de l’Aisne est représenté par 5 députés et 3 sénateurs VRAI FAUX

    • la constitution de 1958 respecte la séparation des pouvoirs VRAI   FAUX

    9. A partir de l’organigramme de la Vè République et de vos connaissances,  vous répondrez aux questions suivantes (sur une feuille)

    • Quels sont les principaux pouvoirs du chef de l’Etat ? En quoi son élection au suffrage universel accentue-t-elle son pouvoir ?

    • De quoi le parlement français se compose-t-il ?

    • En quoi consiste l’incompatibilité entre le mandat parlementaire et la fonction ministérielle ?

    • En quoi le pouvoir législatif du Parlement est-il limité par la constitution ?

    • Quels sont les moyens dont dispose le Parlement pour contrôler l’action du gouvernement ou la sanctionner ?

    • A qui appartient l’initiative des lois ? De qui émane la majorité des textes de lois ? N’y a-t-il pas un paradoxe ?

    • En matière législative, qui peut saisir le Conseil constitutionnel ?

    • Les justiciables peuvent-ils saisir le Conseil constitutionnel ? Comment ?

    La loi de 1905 : exploitation du film La Séparation

    Friday, 2 November 03:04 pm
    • Histoire de l’Eglise et de l’Etat en France :

      • Quels furent au cours de l’histoire de France, les moments de guerres religieuses, d’affrontement entre l’Etat et l’Eglise ?

      • Quel texte peut être considéré comme une avancée dans le domaine de la tolérance religieuse ?

      • Citer des exemples de Français persécutés pour raisons religieuses au XVIII è siècle :

      • Quel était le texte qui régissait les rapports entre l’Eglise et l’Etat jusqu’au vote de cette loi ? Qui l’avait signé et quand ?

      • En quelle année les Juifs sont-ils devenus des citoyens à part entière ?

      • Quelles étaient les différentes religions présentes en France au début du XX siècle ?

    • Les débats :

      • Combien de temps les débats menant au vote final de la loi ont-il duré ?

      • Quelles étaient au moment des débats :

        • les fonctions de Paul Doumer ?

        • les fonctions d’Aristide Briand ?

        • les fonctions de Jean Jaurès ?

        • les fonctions de Maurice Allard ?

        • les fonctions de l’Abbé Gayraud ?

        • les fonctions du comte de Baudry d’Asson ? 

      • A quel courant politique appartenaient-ils ?

      • Quels étaient les arguments développés par :

        • Gayraud ?

        • Briand ?

        • Allard ?

        • Jaurès ?

        • Le comte de Baudry d’Asson ?

    • Les prolongements :

      • Quels sont les départements français qui ne sont pas concernés par l’application de la loi de 1905 et pourquoi ?

      • Y a-t-il des pays dans le monde avec une société organisée sur une  base strictement confessionnelle ? Lesquels ?

      • Quels sont ceux où un texte religieux peut faire office de texte législatif, juridique ? Quels problèmes cela peut-il poser ?

      • Quels sont selon vous les avancées permises par la loi de 1905 ?

     

    Les religions entre tradition et modernité (1850-1939)

    Friday, 2 November 02:54 pm

    Un recul des pratiques religieuses :

    La révolution industrielle, la croissance urbaine, l’exode rural, la prolétarisation d’une partie de la société entraînent un déclin des pratiques religieuses dans le monde chrétien d’Europe occidentale. Les fidèles sont moins nombreux à se rendre à la messe même si certaines traditions sont encore très majoritairement respectées (baptême par ex.).

      • En ville : « L’immense majorité de la classe ouvrière de Paris appartient par le baptême à la religion catholique. Mais si la pratique régulière du culte, si la croyance en l’efficacité des sacrements, si la préoccupation constate du salut de l’âme sont des conditions nécessaires pour avoir cette qualité de catholique – et c’est bien ainsi que l’entend l’Eglise – il faut nous avancer que cette qualité manque tout à fait à la population ouvrière de Paris (…) Aussi ne fréquentent (elles) plus les églises qu’accidentellement, pour des naissances, des mariages ou des enterrements. N’étaient les femmes qui persistent plus que les hommes, la population de Paris s’abstiendrait presque absolument. On est anticlérical à ce point dans l’atelier parisien que les très rares fidèles qu’y peut compter l’Eglise n’y sont pas moins exposés aux sarcasmes que les très rares réfractaires  à la démocratie » Claude Anthime Corbon, Secret du peuple de Paris, 1864

      • A la campagne : « J’allais à la messe un dimanche sur deux à peu près…Mais j’étais loin de prendre au pied de la lettre toutes les histoires des curés – leurs théories sur le paradis et l’enfer, comme sur la confession et les jours maigres, je prenais ça pour des contes (…) Je croyais fermement par exemple, à l’existence d’un être suprême qui dirigeait tout, réglait le cours des saisons, nous envoyait le soleil et la pluie, le gel et la grêle (…) J’allais toujours à la messe des Rameaux avec une grosse touffe de  buis et mettais ensuite  des branches derrière toutes les portes, à côté des petites croix d’osier qu’on fait bénie en mai, des aubépines des Rogations, des bouquets où sont assemblées les trois variétés d’herbes de saint Roch qui préservent les animaux des maladies. J’assistais à la procession de saint Marc qui se fait pour le bien de la terre (…) Il y avait sans doute dans tout cela une part d’habitude (…) mais je ne pouvais admettre que manquer la messe le dimanche ou faire maigre le vendredi soient des motifs de punition sans fin. » Emile Guillaumin, cultivateur à Ygrane (Allier), La vie d’un simple, 1904

    Les curés s’émeuvent de l’indifférence religieuse : « En septembre je veux commencer le catéchisme à la rentée des écoles : les enfants religieux ( !) Comme leurs parents ne viennent pas. L’Eglise conserve son bel état et continue à être du même vide. Voici octobre avec le Rosaire. Il y aura du monde ? Déception…Une lettre de Monseigneur (l’évêque) a été lue en présence de  deux personnes…les gens vivent sans religion et, par dernier malheur, périssent généralement de même. » L’abbé Rivoire, de Fromont (Seine-et-Marne), 334 habitants, 1885

     

    Plusieurs Etats mènent des politiques de laïcisation, afin de séparer le politique du religieux : Kulturkampf en Allemagne, loi de 1905 en France. En Allemagne, la pratique est tombée à 20 % en 1939.

    Dans l’empire russe, les masses rurales, illettrées, à peine sortie du servage, ont des croyances mêlées de superstition et de jeunes socialistes utopistes qui tentent de les éveiller à la modernité en font l’amère expérience. Après la révolution d’octobre 1917, les Bolcheviks prônent l’athéisme et persécutent les Eglises.

    En Europe orientale, les populations juives sont partagées entre la fidélité aux traditions (religiosité encore intense dans certains milieux), les mouvements piétistes hassidiques, la nécessité d’accéder au monde moderne (la Haskalah = époque des Lumières entamée au XVIII è siècle) et le développement de l’athéisme. Le Bund est un mouvement ouvrier socialiste et laïque.(Lecture : Isaac Bashevis Singer, Le Manoir, Le domaine)

    Le monde protestant germanique et anglo-saxon s’est pleinement engagé dans la révolution industrielle et a un rapport à l’argent très différent de celui du monde catholique (Lecture : Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1908-1909 ; Thomas Mann, Les Buddenbrook)

    Des mouvements anticléricaux, parfois d’une extrême violence verbale, écrite, se développent, face à la rigidité cléricale catholique, au conservatisme d’un clergé qui persiste à prôner l’ordre social, à soutenir les théories politiques les plus réactionnaires, à diffuser des préjugés antisémites. (mais des anticléricaux peuvent être également antisémites).

    Les cléricaux ne sont pas en reste et les deux courants utilisent abondamment la presse, l’imagerie populaire, les affiches, les  caricatures. L’école est un enjeu entre l’Eglise et les institutions publiques : « A côté de l’école libre ou chrétienne se présent l’école publique ou neutre dont vous connaissez les origines. Il y a environ trente ans, que, par une déplorable erreur ou par un dessein perfide, fut introduit dans nos lois scolaires le principe de neutralité religieuse : principe faux en lui-même et désastreux dans ses conséquences » La Croix, 28/9/1909

    La diffusion des idées socialistes en milieu ouvrier accélère la déchristianisation et propage même l’athéisme. Le conservatisme de l’Eglise qui soutient les hiérarchies et met en avant l’obéissance convainc de nombreux ouvriers qu’elle se trouve systématiquement aux cotés du patronat. (Lecture : Emile Zola, L’Assommoir, Germinal).  La question ouvrière est au cœur des problèmes. Les masses ouvrières, qui font peur à cause de leur nombre, sont régulièrement perçus comme potentiellement criminogènes.

    Cette situation motive des chrétiens sociaux soucieux de ramener les ouvriers dans le giron de l’Eglise, tout en prenant en compte leurs préoccupations sociales. D’abord condamné, le catholicisme social finit par bénéficier de l’appui de la papauté : dans son encyclique Rerum Novarum (1891), Léon XIII (1878-1903), plus souple que Pie IX, dénonce le socialisme mais insiste sur les devoirs réciproques des patrons et des ouvriers : « L’Eglise rappelle aux deux classes leurs devoirs mutuels. Voici ceux qui regardent le pauvre et l’ouvrier : il doit fournir intégralement tout le travail auquel il est engagé. Il ne doit point léser son patron, ni dans ses  biens,  ni dans sa personne. Ses revendications même doivent être exemptes de violence et ne jamais revêtir la forme de séditions ; il doit fuir les hommes pervers qui, dans les discours artificieux lui suggèrent des espérances exagérées (les socialistes). Quant aux riches et aux patrons, ils ne doivent point traiter l’ouvrier en esclave. Ce qui est honteux et inhumain, c’est d’user des hommes comme vils instruments de lucre et de ne les estimer qu’en proportion de la vigueur de leurs bras »

    Son successeur, Pie X (1903-1914) opte pour un retour rigoriste à la tradition. Mais le mouvement initié en France par Marc Sangnier (Le Sillon est condamné en 1910), par l’œuvre du Congrès en Italie finit par déboucher sur la création de la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne, 1910), sur des mouvements étudiants et agricoles chrétiens (JAC en 1924, JEC), sur les syndicats (CFTC) et plus tard sur la fondation des partis politiques démocrates chrétiens (MRP en France,  CDU, CSU en Allemagne, démocratie chrétienne en Italie). Dans la revue Esprit, fondée en 1934, le philosophe chrétien Emmanuel Mounier condamne à la fois le capitalisme et le communisme.

    Le militantisme catholique se développe avec la Ligue féminine d’Action catholique (1933), les patronages, les colonies de vacances, le scoutisme. L’Eglise finit par utiliser les moyens d’information moderne (radio, presse écrite…)

    En Angleterre, l’Eglise anglicane, qui traverse une grave crise, développe son action dans les quartiers ouvriers tandis que les méthodistes tentent d’évangéliser les classes populaires, créent des écoles, des organismes de charité (mélange de prédication et de philanthropie) : à l’époque victorienne, une partie de la population ouvrière vit dans la plus extrême pauvreté. En 1864, c’est la création de l’Armée du Salut.

    Les milieux libéraux américains lancent le mouvement de l’Évangile social (Social Gospel), et la population noire (la plus défavorisée permet) de nouveaux champs d’action.

    Mais les églises ne se vident cependant pas complètement, car de nouvelles formes de piété apparaissent, en particulier les pèlerinages. Rome met également l’accent sur le culte marial (Lourdes, Lisieux). Certains pays conservent une religion d’Etat. A certains moments de l’histoire, l’Eglise peut être un élément de résistance et un ferment national (Église orthodoxe grecque contre les Turcs, Église catholique polonaise contre les Russes)

    La sécularisation des sociétés : un défi pour les Eglises :

    Les Eglises anglicane et luthériennes, les Eglises orthodoxes se méfient de la modernité. La Papauté se sentant menacée se crispe face à toute idée de progrès. Pie IX rejette la pensée moderne :

    • dans le Syllabus en 1864, où il condamne 80 affirmations dont : « Il est libre à chacun homme d’embrasser et de professer la religion qu’il aura réputée vraie d’après les lumières de la raison »

    • et toutes les libertés dans l’encyclique Quanta Cura (1864) : « Il ne manque pas d’hommes qui osent enseigner que la perfection des gouvernements et le progrès civil demandent impérieusement que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus  tenir compte de la religion que si elle n’existait pas. En conséquence de cette idée absolument fausse du gouvernement social, ils n’hésitent pas à favoriser cette opinion erronée (…) à savoir que la liberté de conscience et des cultures est un droit propre à chaque homme, qui doit être proclamé et assuré dans tout Etat bien constitué et que les citoyens ont droit à la pleine liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions, quelles  qu’elles soient, par la parole, par l’impression ou autrement sans que l’autorité ecclésiastique civile puisse la limiter (…)Tous ceux qui ont entrepris de bouleverser l’ordre religieux et l’ordre social ont toujours fait conspirer leur activité et leurs efforts à tromper et dépraver surtout l’imprévoyante jeunesse. »

    L’Eglise est opposée aux théories démocratiques, à la liberté de conscience, au droit de critiquer le dogme, elle n’admet pas le scepticisme, ni l’athéisme, pas plus que le libre examen des livres sacrés. Elle s’oppose aux lois permettant la laïcité, le divorce, l’accès des filles à l’enseignement…Lamenais, Montalembert symbolisent en France le courant libéral.

    « Peut-on aujourd’hui demander la liberté pour la vérité, c’est-à-dire pour soi (car chacun s’il est de bonne foi se croit dans le vrai) et la refuser à l’erreur, c’est-à-dire à ceux qui ne pensent pas comme nous ? Je réponds nettement : non. (…) L’inquisiteur espagnol disant à l’hérétique : la vérité ou la mort ! m’est aussi odieux que le terroriste français disant à mon grand-père : la liberté, la fraternité ou la mort ! La conscience humaine a le droit d’exiger qu’on ne lui pose plus jamais ces hideuses alternatives » (Montalembert, Discours à Malines, 1863)

    Les traditionalistes et les libéraux s’affrontent au sein des Eglises : les premiers se replient sur le passé, les seconds réclament une adaptation aux nouveautés. Aux Etats-Unis, où foisonnent les Eglises et les sectes, les libéraux sont attaqués par les restaurationnistes qui prônent le retour à  une lecture littérale de la Bible (ancêtres de groupes fondamentalistes actuels : courant évangélique essentiellement où on trouve les créationnistes)

    La religion chrétienne face à la science :

    Le développement des théories scientifiques ébranle l’Eglise dans ses certitudes et lui fait craindre une perte d’influence supplémentaire sur le contrôle du comportement des individus : la science est enseignée dans les écoles publiques et les progrès médicaux tentent de lutter contre les superstitions.  Auguste Comte est persuadé que la société doit être détachée de la religion et organisée selon des principes scientifiques. Certains théologiens, historiens et penseurs catholiques essayent d’harmoniser foi et science pour lutter contre les idées positivistes. Alors que Rome condamne la théorie de l’évolution,  se désintéresse de la science (l’Académie pontificale des sciences ne sera fondée qu’en 1936), les théologiens allemands luthériens tentent de concilier les préceptes de la Bible avec les découvertes de la science. Le créationnisme se retrouve également dans le monde protestant anglo-saxon, particulièrement aux Etats-Unis. Les découvertes de la sélection naturelle des espèces (Darwin), de la radioactivité (Pierre et Marie Curie) révélant que la matière est divisible en minuscules particules, la physique quantique (Max Planck), la théorie de la relativité (Albert Einstein) portent u coup mortel à la notion de « loi absolue ». De nombreuses disciplines s’organisent avec leurs méthodes d’analyses : histoire, géographie, médecine, biologie, physique, chimie, arithmétique, sociologie (Durkheim)….sont en constante évolution, des nouvelles découvertes remettant en cause les précédentes.

    Mais certains écrivains, penseurs rejettent le scientisme ou sont dubitatifs face à la foi exclusive en la science, « la seule pensée sous sa forme purement logique étant incapable de se représenter la vraie nature de la vie » (Bergson).

    Au tournant du XX è siècle, on assiste au réveil de sentiments religieux chez Paul Claudel, Charles Péguy…La psychanalyse conteste l’image d’un être humain rationnel et logique, les comportements étant, pour Sigmund Freud, guidés par l’inconscient. (Lecture : L’interprétation des rêves, 1900)

    Les découvertes anthropologiques montrent l’existence d’autres cultures et d’autres systèmes de valeurs que ceux de l’Occident.

    Le XX è siècle est à la fois un siècle de progrès et de profondes interrogations : la Première Guerre Mondiale, la crise de 1929 entraînent une crise profonde des valeurs. Les systèmes totalitaires « domestiquent » la science, la philosophie en les mettant au service d’idéologies qui ne respectent ni les libertés individuelles ni les libertés collectives.

    (Lecture : Stefan Zweig, Le Monde d’hier, souvenirs  d’un Européen, 1944)

    En Allemagne, l’épiscopat a protesté face aux campagnes d’euthanasie menée par le pouvoir hitlérien. Des catholiques, des luthériens sont internés très tôt dans les camps de concentration nazis.

    La Papauté a été plus sensible (et plus tôt) au danger communiste, dont l’athéisme militant l’effrayait. Si Pie XI a critiqué le nazisme et l’endoctrinement des consciences dès 1937, son successeur Pie XII n’a que peu réagi et protesté face à l’extermination des Juifs, fait dont il était pourtant avisé. La crainte du bolchevisme était une préoccupation majeure.

    Dans certains pays, l’Eglise s’est rangée systématiquement du côté des pouvoirs politiques d’extrême-droite : Espagne de Franco, Hongrie de Horthy, Argentine, Chili durant les périodes de dictature militaire…

    Depuis :

    Le Concile Vatican II a consacré l’entrée de l’Eglise catholique dans la modernité. Elle fait davantage de place aux laïcs mais rejette toujours l’idée d’ordination des femmes ou du mariage des prêtres. Les Eglises orthodoxes comme les Eglises protestantes acceptent le mariage des popes et des pasteurs,  il y a des femmes pasteurs, prêtres et évêques chez les Anglicans et chez les Luthériens ;  on rencontre même des pasteurs homosexuels.

    L’Eglise catholique présente aujourd’hui des visages multiples : l’épiscopat catholique exerce encore aujourd’hui une influence très conservatrice dans certains pays d’Europe : en Pologne, en Irlande à Malte, au Portugal, les droits des femmes sont encore très loin d’être complètement défendus et respectés (législation sur le divorce, la contraception, l’avortement nettement moins avancées qu’en France, en Italie ou en Espagne). Certains groupes catholiques sont très rigoristes et très influents, comme l’Opus Dei, (fondé par l’Espagnol José Maria Escriva de Balaguer). En France, les Lefebvristes (Fraternité Saint Pie X) en rupture depuis des décennies avec Rome suite à l’excommunication de Mgr Lefebvre, semblent aujourd’hui en voie de retour dans le giron de l’Eglise. On trouve aussi des tendances très progressistes, voire proches des idées socialistes (théologie de la libération en Amérique latine) qui ne font pas l’unanimité à Rome.

    Vocabulaire :

      • Déchristianisation : c’est le recul de la pratique religieuse et de l’observance des prescriptions de la religion chrétienne

      • Modernisme : École théologique qui tente d’appliquer à l’Évangile les méthodes de la critique moderne et de l’esprit scientifique

      • Positivisme : Principe d’Auguste Comte selon lequel on ne peut considérer comme vérité scientifique que ce qui a été vérifié par l’expérimentation.

      • Rationalisme : Doctrine selon laquelle tout ce qui existe peut s’expliquer par la raison

      • Sécularisation : Processus par lequel l’Eglise et l’Etat se sont dissociés, puis la religion et la société séparés.

      • Scientisme : Principe qui domine la seconde moitié du XIX è siècle, et repose sur la croyance absolue dans les possibilités infinies de la science et de ses applications dans tous les domaines.

      • Encyclique : Texte émanant du Pape et faisant connaître la position du Vatican sur des points de dogme ou sur des faits politiques ou sociaux (par ex., l’Encyclique Mit brennender Sorge montre en 1937 l’inquiétude du Pape Pie XI face au nazisme)

    L’idéologie fasciste en Italie (1922-1945)

    Friday, 2 November 02:41 pm

    1. Quel est le régime politique de l’Etat italien, qui a réalisé son unité politique vers 1860 ? Mussolini le supprime-t-il ?
    2. Quel est le parcours professionnel et politique de Mussolini jusqu’à son accession au pouvoir ?
    3. Pourquoi peut-on dire qu’en Italie, la sortie de la guerre de14-18 a lieu dans un contexte de crises multiples ? Quels sont les foyers et motifs de mécontentement ?

    Exemple : photo d’une occupation d’usine à Turin (1920)

    4. Extraits du discours-fleuve de plus de 2 heures prononcé à Udine par Mussolini devant le Congrès des fascistes du Frioul, le 20 sept. 1922 (à la veille de la “Marche sur Rome”)
    «…Ce ne sont pas les programmes de salut qui manquent à l’Italie, ce sont les hommes et la volonté. … Je vous crois tous convaincus de la faiblesse de notre classe politique. La crise de faiblesse subie par l’Etat libéral est amplement prouvée. Nous avons fait une guerre splendide au point de vue de l’héroïsme individuel et collectif. Après avoir été soldats, les Italiens de 1918 étaient devenus guerriers – je vous prie de noter la différence. Mais notre classe politique a mené la guerre comme une affaire d’administration ordinaire. Ces hommes que nous connaissons tous, dont les images physiques sont imprimées dans notre cerveau, nous apparaissent désormais comme dépassés, décatis, comme des déchets, comme des vaincus. …
    Les choses sont claires: il s’agit de démolir toute la superstructure démocratico-socialiste. Nous aurons un Etat qui tiendra dans ce simple discours: “L’Etat ne représente pas un parti, l’Etat représente la collectivité nationale, il comprend tout, il est au-dessus de tout, protège tout et se dresse contre quiconque porte atteinte à son imprescriptible souveraineté”. Voilà l’Etat qui doit sortir de Vittorio Veneto (*) …»
    «Nous, milices fascistes, devons nous imposer une discipline de fer, autrement nous n’aurions pas le droit de l’imposer à la Nation – or c’est seulement par la discipline de la Nation que l’Italie pourra se faire entendre au milieu des autres nations. La discipline doit être acceptée. Si elle n’est pas acceptée, elle doit être imposée. Nous rejetons le dogme démocratique qui veut que l’on agisse toujours par sermons plus ou moins libéraux: à un moment la discipline doit s’exprimer par un acte de force et de commandement. …
    J’en viens maintenant à la violence. La violence n’est pas immorale. La violence est parfois morale. Nous refusons à tous nos ennemis le droit de se lamenter sur notre violence parce que, comparée à la violence commise pendant les tragiques années 1919 et 1920, et à celle exercée par les bolchevistes en Russie, où deux millions de personnes ont été exécutées, deux millions d’autres jetées dans les cachots, notre violence est un jeu d’enfants. D’autre part, notre violence est efficace, parce que, en juillet et août, nous avons obtenu, en quarante-huit heures de violences systématiques et guerrières, ce que nous n’aurions pas obtenu en quarante-huit ans de discours. Donc, quand notre violence résout une situation gangrenée, elle est morale, sacro-sainte, nécessaire. Mais, amis fascistes, notre violence doit avoir un caractère spécifique, fasciste. …»
    (*) victoire de novembre 1918

    Que dit Mussolini du système politique parlementaire (ou représentatif) ?
    Que lui oppose-t-il et quel commentaire peut-on faire sur cette opposition ?
    Commentez sa référence aux guerriers et à Vittorio Veneto (victoire de nov. 1918)
    Que dit-il de la discipline (acceptée / imposée), et de la violence (morale / immorale) ?
    En quoi le contenu du discours de Mussolini est-il emblématique de la doctrine fasciste ?
    5. Quelles sont les conséquences de la marche sur Rome ?
    Loi du 24 décembre 1925 : les pouvoirs de Mussolini

    « Il [Mussolini] est nommé par le roi devant lequel il est responsable de l’orientation politique générale du gouvernement ; il est l’incarnation suprême du pouvoir exécutif ; il choisit ses ministres qui sont responsables devant le roi, mais aussi envers sa personne ; il décide du nombre des ministères et peut personnellement assumer la charge de plusieurs portefeuilles ; il fait partie du Conseil de tutelle des membres de la famille royale et exerce les fonctions de chambellan de la Couronne ; les Chambres ne peuvent aborder aucune question sans son accord préalable ; passé un délai de trois mois, il a le droit de représenter un projet de loi précédemment repoussé par l’une des deux chambres ; de même il peut transmettre et soumettre au vote de l’une des Chambres une proposition de loi rejetée par l’autre Chambre. (…) Quiconque attente à la vie, à l’intégrité physique ou à la liberté du chef du gouvernement est passible d’une réclusion dont la durée ne saurait être inférieure à quinze années, et en cas d’un attentat fatal, il est puni de la peine de mort. Quiconque porte offense en actes ou en paroles au chef du gouvernement est puni d’une peine de réclusion de six à trente mois
    Comment pouvez-vous qualifier le pouvoir de Mussolini ?
    6. Fascisme et religion :
    a/ « Nous qui détestons intimement tous les christianismes, aussi bien celui de Jésus que celui de Marx, nous gardons une extraordinaire sympathie pour cette reprise dans la vie moderne du culte païen et de l’audace…(…) Assez, théologiens rouges et noirs de toutes les églises, de cette fausse et astucieuse promesse d’un paradis qui ne viendra jamais ! Assez, ridicules sauveurs du genre humain qui se fout de vos recettes infaillibles pour donner le bonheur ! Laissez le chemin libre aux forces élémentaires des individus, puisqu’il n’existe pas d’autre réalité humaine que l’individu. » (Il popolo d’Italia, 123 décembre 1919)
    Quelle est la position du fascisme vis-à-vis de la religion ?
    b/ « Le fascisme a l’esprit de violence du socialisme, auquel il prétend pourtant remédier. Non seulement il l’imite mais le surpasse en violences, en meurtres et en barbarie. C’est en fait l’aboutissement logique d’un principe qui apparaît comme évident dans les racines mêmes du nationalisme, comme on n’a pas manqué de le souligner de divers côtés, mais aussi dans les origines du fascisme auquel on a également souvent reproché son inspiration étrangère et l’ingérence juive et maçonnique qui s’y manifeste: c’est-à-dire le soutien financier de capitalistes vieux et aveugles, ou bien des jeunes loups affamés de guerre. Les uns et les autres entretiennent pour quelques dizaines de lires par jour les squadre armées des fascistes, qui, pires que les bravi (brigands d’honneur) des siècles passés, lancent leurs expéditions punitives pour la destruction et les exactions. De pareils excès, qui dépassent ceux de nos socialistes et de nos communistes et que l’on ne peut que rapprocher des hauts faits du bolchevisme, ne sont pas apparus soudain; ils étaient à l’état latent dans le fascisme: celui-ci voulait le triomphe de l’esprit de représailles et de vengeance, de violence et de sang, et, pour finir, la substitution d’une puissance privés et illégitime à l’autorité légitime de l’Etat. Les catholiques ne peuvent donc approuver ni soutenir le fascisme, pas davantage que le socialisme, car l’un et l’autre sont contraires aux principes les plus élémentaires du christianisme. »
    (La guerre fratricide et l’appel du Pape pour la paix, 1922)

    Quelle est l’opinion du Pape en 1922 ? Que sont les accords de Latran et quelles sont leurs conséquences ?
    7. Qu’appelle-t-on les lois fascistissimes ? De quand datent-elles ? Pourquoi constituent-elles un tournant dans l’histoire de l’Italie ?
    8. Quels partis politiques pouvaient s’opposer à Mussolini ?
    Quelles composantes de la société ont par contre soutenu le fascisme ? Pourquoi ?
    9. Quel allié Mussolini choisit-il à partir de 1936 ? Donnez quelques exemples précis de l’influence de cette alliance. Y a-t-il des points communs entre ces deux régimes ?
    10. L’Italie fasciste cherche les vestiges de ses grands ancêtres pour créer son gouvernement futur (extrait d’un discours du ministre des colonies en 1926)
    Quelle période de l’histoire est mise en avant dans le discours fasciste ? Quel pays Mussolini envahit-il en 1936 ?
    11. Pourquoi peut-on dire que le contrôle de la société est fondamental pour le régime fasciste ? Vous donnerez des exemples précis de l’emprise que l’idéologie fasciste peut exercer.

    La colonisation en Algérie : exemple d’étude documentaire

    Friday, 2 November 12:39 pm

    Appui chronologique

    1830 début de la conquête de l’Algérie par la France

    1848 L’Algérie est organisée en trois départements français et les colons obtiennent une représentation au parlement

    1863-1873 francisation des terres et dislocation des familles et des tribus

    1870 Décret Crémieux

    1926 Naissance de l’Étoile nord-africaine, mouvement anticolonialiste dirigé par Messali Hadj

    1937 Projet Blum-Violette

     

    Document 1

    Colonie de peuplement, l’Algérie voit s’installer, à partir des années 1870, des centaines de milliers d’émigrants : Français (aux dizaines de milliers de déportés politiques de 1848 et du Second Empire se sont ajoutés les Alsaciens-Lorrains de 1871, et surtout des paysans pauvres de la partie méridionale du sud du Massif central, ou des départements viticoles du Midi et de la Corse, chassés par la crise du phylloxéra), mais aussi Italiens, Espagnols et dans une moindre mesure Maltais. Le nombre d’Européens passe de 245 000 en 1872 à 750 000 en 1914 (…) Désormais, les Européens sont dits « Français d’Algérie ».. C’est aussi le cas des 37 000 Juifs d’origines diverses naturalisés par le décret Crémieux du 24 octobre 1870. Quant à la population autochtone, après une régression de 3 000 000 à 2 125 000 entre 1830 et 1872 (conséquence de la guerre de conquête, des famines, des épidémies et de la déstructuration de la société rurale), elle connaît ensuite une forte croissance. Grâce à l’œuvre sanitaire de la colonisation, la mortalité a été réduite sans que la natalité diminue (…). L’immigration européenne s’est accompagnée d’une politique volontariste de colonisation agricole. Par diverses procédures de spoliation, entre 1830 et 1954, les musulmans ont perdu 7,7 millions d’hectares de terres (soit 40 %), partagées entre l’État, les particuliers et des sociétés capitalistes (…). Les populations musulmanes ont été repoussées sur les terres les moins favorables à l’agriculture et à l’élevage, alors même que la croissance démographique augmentait les besoins alimentaires. Ainsi, entre 1880 et 1950, la production céréalière baisse de 20 %, alors que la population musulmane est multipliée par trois. Dans le même temps, le cheptel est réduit de moitié, les terres de parcours étant désormais int

    Document 2a

    Article de Ferhat Abbas, musulman de Sétif.  Élu local, il dirige le mouvement des Jeunes Algériens. Il est favorable à une politique de réformes politiques et sociales en Algérie dans le cadre d’une association avec la France.

    « Si j’avais découvert la nation algérienne, je serais nationaliste et je n’en rougirais pas comme d’un crime. Les hommes morts pour l’idéal patriotique sont journellement honorés et respectés. Ma vie ne vaut pas plus que la leur. Et cependant je ne mourrai pas pour la patrie algérienne parce que cette patrie n’existe pas. Je ne l’ai pas découverte. J’ai interrogé l’histoire, j’ai interrogé les vivants et les morts ; j’ai visité les cimetières. Personne ne m’en a parlé Nous avons écarté une fois pour toutes les nuées et les chimères pour lier définitivement notre avenir à celui de l’œuvre française dans ce pays. »  23 février 1936

    Document 2b

    « Le problème algérien est essentiellement d’ordre racial et religieux (…) Le bloc européen et le bloc musulman restent distincts l’un de l’autre, sans âme commune. L’un, fort de ses privilèges et de sa position sociale, l’autre menaçant par le problème démographique qu’il crée et par la place au soleil qu’il revendique et qui lui est refusée (…) Politiquement et moralement, cette colonisation ne peut avoir d’autre concept que celui de deux sociétés étrangères l’un à l’autre. Son refus systématique ou déguisé de donner accès dans la cité française aux Algériens musulmans a découragé tous les partisans de la politique e d’assimilation étendue aux autochtones. (…) Économiquement, cette colonisation s’est révélée incapable d’améliorer et de résoudre les grands problèmes qu’elle s’est elle-même posés. (…) Emprisonnée dans le cadre colonial, l’Algérie n’est en mesure ni de nourrir ni de loger, ni de soigner la moitié de sa population actuelle. » Ferhat Abbas, Alger, 10 février

    Document 3

    Maurice Violette, gouverneur général de l’Algérie de 1925 à 1927 et ministre du Front populaire, dépose un projet de loi (décembre 1936). Il expose ici ses arguments. Texte extrait du journal Paris-Soir, 7 mars 1937, dont les gros titres étaient :

    Monsieur Violette explique son projet, La France doit reconnaître le droit de vote aux indigènes d’Algérie. Le but du gouvernement est d’accorder à une élite restreinte une récompense amplement méritée.

    (…) A la vérité, les colons ont exprimé des idées bien inquiétantes : elles valent l’attention de tous les hommes de bonne foi et de tous les bons Français. « Nous avons, disent-ils en gros, la souveraineté en Algérie ; nous ne voulons pas la partager, nous voulons la conserver pour nous seuls. Des concessions ont du être consenties au Sénégal, parce que les Européens sont peu nombreux dans cette colonie. Mais, par contre, en Algérie, où nous sommes 800 000, nous sommes en nombre suffisant pour n’accepter personne à côté de nous. »

    Le problème est très bien posé, il y a une catégorie ethnique qui ne veut pas avoir à discuter avec d’autres le pouvoir que le fait de la colonisation lui a remis. Donc, il est bien entendu que, quel que soit le nombre des indigènes, sept millions, dix millions, quinze millions, ils resteront éternellement, et comme par le décret de je ne sais quelle divinité raciale, les sujets des 800 000 Européens devenus 2 millions ou 1 200 000.

    Je dis clairement que je considère un tel langage comme absolument fou.

    D’abord, comment prétendre tenir sous la loi formidable du nombre ? Comment espérer continuer à rabaisser ces générations qui, d’année en année se grossissent de plus d’intellectuels, de grands industriels, de grands commerçants, d’ouvriers conscients, d’élus (…)

    Extrait du programme politique de l’« Étoile Nord-africaine » défini à Paris en 1933 (Programme défini par l’Assemblée générale de l’ « Étoile Nord-Africaine » tenue à Paris le 28 mai 1933) L’indépendance totale de l’Algérie Le retrait total des troupes d’occupation Constitution d’une armée nationale ; Gouvernement national révolutionnaire

    Une assemblée constituante élue au suffrage universel.

    Le suffrage universel à tous les degrés et l’éligibilité dans toutes les assemblées pour tous les habitants de l’Algérie. La langue arabe sera considérée comme langue officielle. La remise en toute propriété à l’État algérien des banques, des mines, des chemins de fer, des ports et des services publics accaparés par les conquérants. La confiscation des grandes propriétés accaparées par les féodaux alliés des conquérants, les colons et les sociétés financières et la remise de la terre confisquée aux paysans. Le respect de la moyenne et petite propriété. Le retour à l’État algérien des terres et forêts accaparées par l’État français. L’instruction gratuite, obligatoire à tous les degrés en langue arabe. La reconnaissance par l’État algérien du droit syndical, de coalition et de grève, l’élaboration par lui de lois sociales. Aide immédiate aux fellahs par l’affectation à l’agriculture de crédits sans intérêts pour l’achat de machines, de semences et d’engrais ; organisation de l’irrigation et amélioration des voies de communication (…)

    Programme défini par l’Assemblée générale de l’ « Étoile Nord-Africaine » tenue à Paris le 28 mai 1933.

    Document 4

    Extrait d’une déclaration de Ben Bâdîs d’avril 1936 (c’est l’un des premiers théoriciens de la nation algérienne, il revendique l’islam comme religion d’État).

    « Nous avons cherché à travers les pages de l’histoire et dans le présent. Et nous nous sommes rendu compte que la nation algérienne s’est formée et qu’elle existe, comme se sont formées et existent toutes les nations de la terre. Cette nation a son histoire, illustrée d’innombrables hauts faits ; elle a son unité religieuse et linguistique, elle a sa culture propre, ses traditions, ses mœurs, avec ce qu’elles comportent de bon ou de mauvais comme il en est de toutes les autres nations. Nous disons ensuite que cette nation algérienne musulmane n’est pas la France ; il n’est pas possible qu’elle soit la France. Elle ne veut pas devenir la France, et même si elle le désirait, elle ne le pourrait pas. Bien au contraire une nation totalement éloignée de la France, par sa langue, par ses mœurs, par ses origines ethniques, par sa religion. Elle ne veut point d’assimilation. »

    QUESTIONS :

      • Quels sont les objectifs de la France au moment de la conquête de l’Algérie ?
      • Qu’est devenue l’Algérie au XXè siècle ?
        • Quelles sont les diverses composantes de la population ?
        • Qu’est-ce qui les différencie ?
        • Que peut représenter cette terre pour les colons ?
        • Quelles ont été les conséquences juridiques, économiques, sociales et humaines pour les populations locales ?

        • Quelles sont les différences de traitement entre les colons et les indigènes ?

      • D’après ce que vous savez de la manière dont l’Algérie est présentée dans les affiches de l’époque, comment la présence française est-elle justifiée ?

      • Les élites algériennes ont-elle la même manière d’appréhender les rapports avec la métropole ? Comment peut-on expliquer les différences entre les deux textes de Ferhat Abbas, le premier datant de 1936 et le second de 1943 ?

      • Pourquoi un mouvement nationaliste a-t-il pu se développer ? Quelles sont les revendications ?

     

    Nouvelle rentrée, nouvelles questions d’histoire et de géographie

    Friday, 24 August 02:06 pm

    Bonjour à tous, lectrices et lecteurs de ce blog.  Après quelques temps de repos, la mise en ligne va reprendre, en particulier pour les questions liées aux nouveaux programmes et nouvelles épreuves du bac.

    Pour des thèmes particuliers que vous souhaiteriez trouver, vous pouvez laisser un commentaire

    Bonne rentrée !

    Vocabulaire politique (Quatrième et Cinquième Républiques)

    Monday, 12 September 04:17 pm

    Alternance : arrivée au pouvoir d’un président de la République ou d’une majorité parlementaire présentant une orientation politique différente de celle qui l’a précédé
    Amendement : modification d’un texte de loi par les parlementaires au cours de l’examen du texte.
    Apparentements : système électoral datant de 1951, selon lequel les listes qui se sont « apparentées » avant l’élection additionnent leurs voix : si le total est supérieur à la majorité absolue des suffrages exprimés, elles se partagent la totalité des sièges du département. Le but était de réduire la représentation des partis isolés, le PCF à gauche et le RPF à droite, au profit des parts de la Troisième Force.
    Ballotage : situation politique dans laquelle, à l’issue du premier tour, aucun des candidats n’a obtenu la majorité des voix. Un second tour est donc nécessaire.
    Centralisation : système d’organisation de l’Etat dans lequel toutes les décisions sont prises par l’autorité centrale.
    « Chienlit » : mot littéraire qui signifie pagaille, désordre, confusion (utilisé par de Gaulle en mai 1968)
    Cohabitation : coexistence à la tête de l’exécutif, d’un Président de la République et d’un Premier ministre d’orientation politique différente.
    Constitution : texte fondamental qui définit les institutions politiques d’un Etat en organisant les différents pouvoirs et en précisant leurs rapports et leurs droits réciproques.
    Décentralisation : système d’organisation de l’Etat dans lequel les pouvoirs de décision sont partagés entre l’autorité centrale et les autorités régionales ou locales.
    Gauchiste : terme employé par le parti communiste après 1968 pour désigner, avec mépris, ceux qui l’accusent de ne pas vouloir faire la révolution. Militant d’extrême-gauche dont les visées se veulent plus radicales que celles de la gauche traditionnelle.
    GPRF : Gouvernement Provisoire de la République Française
    Investiture : acte par lequel l’Assemblée nationale confie à un homme politique, par un vote acquis à la majorité, la mission de former un nouveau gouvernement
    Motion de censure : motion émanant de l’Assemblée nationale mettant en cause la responsabilité du gouvernement et pouvant entraîner sa démission
    MRP : Mouvement Républicain Populaire. Parti français regroupant la tendance démocrate chrétienne.
    PCF : Parti Communiste Français. Fondé en 1920 lors du Congrès de la SFIO à Tours,  parti marxiste, révolutionnaire et lié à l’URSS et à ses organisations internationalistes (Komintern puis Kominform en 1947)
    Poujadisme : Mouvement corporatiste initialement composé d’artisans et de commerçants (UDCA) protestant contre le système fiscal. Il est dirigé par Pierre Poujade qui attire à lui des membres de l’extrême-droite (tels Jean-Marie Le Pen). Les élections de 1956 permettent leur entrée à l’Assemblée nationale.
    Référendum : consultation directe des citoyens ayant le droit de vote. Ceux-ci sont appelés à répondre par « oui » ou par « non » à une question se rapportant à un texte de loi ou à la ratification d’un traité. Selon la constitution de 1958 (article 11), le référendum est de la seule compétence du Président de la République.
    Républicains Indépendants : Une partie du Centre national des indépendants et paysans (CNIP), autour notamment de Valéry Giscard d’Estaing, fait scission en décembre 1962 après la censure du gouvernement de Georges Pompidou. Ce Comité d’études et de liaison des Républicains Indépendants se constitue en Fédération nationale des républicains et indépendants (FNRI), en 1966, force d’appoint pour les gaullistes (UNR-UDT puis UDR). La FNRI devient le Parti républicain et républicain indépendant, dit Parti républicain (PR) en 1977. Les « républicains indépendants » sont pour le libéralisme en économie (ouverture des frontières par exemple) et pour une politique pro-européenne quant à ce qui est des affaires étrangères (ils prônent notamment la prédominance des institutions européennes sur le droit interne français, et la coopération des États européens même si elle doit restreindre leur souveraineté).
    RPF : Rassemblement du Peuple Français. Parti fondé par le général de Gaulle en 1947.
    RPR : Rassemblement pour la République. Parti gaulliste fondé » par Jacques Chirac en 1976, alors en désaccord avec Valéry Giscard d’Estaing. Dissout dans l’UMP en 2002.
    Régime d’assemblée : forme particulière du régime parlementaire, le régime d’assemblée se caractérise par la suprématie, affirmée, dans sa pratique, du Parlement sur l’exécutif. Cela peut entraîner une paralysie de l’exécutif. Ses adversaires dénoncent dans ce type de régime l’omnipotence des partis. A leurs yeux, un régime d’assemblée équivaut à un « régime des partis ».
    Scrutin proportionnel : mode de scrutin dans lequel les candidats se présentent sur des listes dressées par les partis. Les candidats sont élus selon le pourcentage de voix obtenu par chaque liste.
    Scrutin uninominal : vote sur le nom d’une seule personne qui doit remporter la majorité des suffrages exprimés pour être élue dans le cadre d’une circonscription électorale.
    SFIO : Section Française de l’Internationale Ouvrière. Parti créé en 1905 et remplacé par le parti socialiste (PS) en 1969
    SMIC : salaire minimum interprofessionnel de croissance
    Tripartisme : alliance des trois partis majoritaires à la libération ( SFIO, PCF, MRP) qui s’entendent pour gouverner la France après le départ du général de Gaulle en janvier 1946, et fonder la IV è République.
    Troisième force : coalition des forces politiques entre 1947 et 1951 à l’exception du parti communiste et des gaullistes. (SFIO, MRP, radicaux et droite modérée)
    UDF : Union pour la Démocratie Française. Parti du centre ou du centre-droit (suivant les points de vue, d’inspiration démocrate-chrétienne et laïque), fondé en 1978 par Michel Poniatowski, sur l’idée de Jean Lecanuet et de Jean-Jacques Servan-Schreiber pour aider le président Valéry Giscard d’Estaing à disposer d’un parti le soutenant lors des élections législatives. C’était une confédération de divers partis du centre et de la droite non-gaulliste.
    UD Vè : Parti des candidats gaullistes en 1967. « Union démocratique pour la Ve République » (UD-Ve). 200 sur 486 députés sont élus sous cette dénomination. Il fallut l’appoint de 42 Républicains-Indépendants et de quelques non-inscrits pour être majoritaire.
    UDR : Transformation de l’UDR, qui prend le nom d’UDR (Union pour la défense de la République) en 1968 ; après les élections législatives, elle devient l’Union des démocrates pour la République. Elle dispose de 293 députés sur 487, soit la majorité absolue des membres de l’Assemblée nationale.
    UNR : Union pour la Nouvelle République : parti politique français fondé le 1er octobre 1958 et destiné à soutenir l’action du général de Gaulle, revenu au pouvoir au mois de juin.

    Baby Iar et Katyn, une réflexion sur deux totalitarismes

    Monday, 12 September 04:10 pm

     

    Baby Iar et Katyn, une réflexion sur deux totalitarismes

    Galia Ackerman

    Comme l’affirme Michael Prazan dans son film remarquable, c’était probablement l’épuisement psychique des bourreaux, malgré l’aide souvent très efficace d’auxiliaires locaux, qui finalement poussa la direction nazie à adopter des méthodes plus industrielles de l’extermination humaine : les chambres à gaz. Mais si tout le monde en Occident connaît les chambres à gaz, pourquoi ce génocide atroce par balles et parfois même à l’arme blanche, génocide qui n’épargnait même pas les hommes et les femmes aptes au travail et en bonne santé, comme c’était le cas lors des fameuses « sélections » à Auschwitz, est-il resté si longtemps ignoré en Occident?

    La cause première de cette ignorance, c’est l’occultation du caractère ethnique de l’extermination des Juifs sur le territoire de l’URSS par le régime soviétique. Déjà pendant la guerre, confronté à la fois à la propagande antijuive nazie dans les territoires occupés par l’ennemi et à l’antisémitisme populaire traditionnel qui a pris de l’essor grâce à cette propagande (surtout en Ukraine et dans les pays Baltes), Staline choisit de minimiser le génocide hitlérien. À de rares exceptions près, la presse parlait uniquement de massacres de civils et d’atrocités à l’égard des citoyens soviétiques[1].

    Le long de la guerre, Staline avait une double politique juive. D’une part, devant une situation désastreuse dans les premiers mois après l’invasion de l’URSS par les nazis, il prit la décision, en avril 1942, de créer le Comité Antifasciste Juif dont les membres étaient des écrivains, des acteurs, des scientifiques et des militaires juifs. Le Comité s’occupait de la collecte de fonds auprès des Juifs américains et britanniques et œuvrait en faveur de l’ouverture du Second front. C’était la facette de la propagande soviétique destinée à l’étranger[2].

    D’autre part, Staline continua sa politique antisémite engagée à la fin des années 1930 visant à épurer graduellement l’appareil du parti et l’appareil soviétique des Juifs sous l’appellation de « combat pour la pureté nationale des cadres »[3]. Lors de la visite de Ioachim von Ribbentrop à Moscou, le 23 août 1939, pour la signature du Pacte germano-soviétique (dont les clauses secrètes scellaient le partage de l’Europe de l’Est), Staline aurait porté le toast à la santé d’Hitler et ajouté : « Je n’attends que le moment quand l’URSS aura suffisamment de sa propre intelligentsia (ce qui veut dire ethniquement russe – G.A.) pour en finir avec la dominance des Juifs dont on a encore besoin »[4]. C’était la facette de la politique intérieure de Staline (encore cachée de la population générale) dictée non seulement par son antisémitisme personnel, mais surtout par son orientation de plus en plus nette vers les valeurs grand-russes traditionnelles.

    Cependant, à la fin de la guerre et jusqu’à 1947, il y eut un nombre de publications dans la presse soviétique sur les atrocités nazies à l’égard de la population juive, appartenant à des grandes plumes comme Ilya Ehrenbourg ou Vassili Grossman, célèbres correspondants de guerre et écrivains.  Leur notoriété et leurs liens étroits avec le Comité Antisfasciste Juif qui jouissait d’une grande autorité à l’étranger, auprès des alliés  (par exemple, le président du CAJ, le grand metteur en scène et acteur Salomon Mikhoels, était lié d’amitié avec Albert Einstein), rendait la tâche des censeurs délicate. Mais dès 1947, ce sujet devient complètement tabou. Staline interdit notamment la publication du « Livre noir » des crimes nazis, basé sur les témoignages rassemblés par Grossman et Ehrenbourg.

    Il y avait plusieurs raisons pour ce tournant. L’URSS entrait dans la période de la guerre froide, et les Juifs, qui formaient une communauté « extranationale » et étaient soutenus par les communautés juives américaines, britanniques ou par les « sionistes » installés en Palestine, semblaient de plus en plus suspects aux yeux de Staline.

    Et puis, il y avait une réalité de l’antisémitisme populaire renforcé encore par le retour des Juifs survivants sur leurs lieux de résidence. À la Libération, les dirigeants du Comité Antifasciste Juif reçurent des milliers de lettres de Juifs qui se plaignaient amèrement de l’antisémitisme ambiant[5]. En Ukraine, par exemple, les Juifs qui avaient eu le temps de partir en évacuation ou qui avaient servi dans les rangs de l’armée soviétique, et avaient donc réussi à éviter le sort funeste de leurs proches, n’arrivaient pas à récupérer leurs appartements qu’ils avaient occupés avant la guerre. Souvent, on leur refusait le travail, et à Kiev, en septembre 1945, il y eut même un pogrom violent qui se solda par cinq meurtres et plusieurs dizaines de blessés graves[6].

    Enfin, confronté à une résistance féroce à la réoccupation soviétique à la fin de la guerre, surtout en Ukraine occidentale et dans les pays Baltes[7], Staline voulait apparemment à tout prix se démarquer du cliché nazi qui associait les communistes et les Juifs. Il fallait démontrer à la population soviétique, et surtout à celle des régions nouvellement occupées, que le régime communiste actuel, désormais imprégné des valeurs nationalistes russes, rejetait l’héritage bolchevique « enjuivé » et n’avait plus aucune affinité avec les Juifs[8].

    En janvier 1948, la politique antisémite de Staline prend un tournant plus radical. Le signal en fut donné par le meurtre de Salomon Michoels camouflé en accident. Il fut assassiné à Minsk, sur l’ordre direct de Staline, ce qui inaugura, peu de temps après les funérailles nationales de cette figure proue de la vie culturelle juive, la campagne de la lutte contre le « cosmopolitisme » : en clair, l’ère de la destruction de la culture juive traditionnelle, accompagnée de l’extermination physique de plusieurs personnalités juives éminentes[9].

    Bien sûr, la création de l’État d’Israël apporta un argument de plus à l’antisémitisme du régime soviétique. L’URSS soutint activement la création de l’État d’Israël, pour contrer les plans britanniques d’une hégémonie au Proche-Orient, à ce point que probablement, sans le soutien soviétique, l’État juif n’aurait pu naître. D’un autre côté, Staline fut enragé par le soutien de très nombreux Juifs soviétiques à leur « patrie historique ». Des milliers de Juifs soviétiques, souvent parfaitement assimilés, adressaient au Comité Antifasciste Juif des demandes d’organiser des collectes de fonds pour l’armée de la Palestine. D’autres manifestaient leur désir de se battre aux côtés de leurs frères en Palestine. Les troisièmes demandaient carrément le droit à l’émigration[10].

    Dès lors, le sort des Juifs soviétiques fut scellé. Guennadi Kostyrtchenko traite la politique stalinienne entre 1948 et 1953 d’« assimilation punitive ». On liquide les théâtres juifs, on interdit des associations d’écrivains juifs et des publications en yiddish, on interdit l’enseignement du yiddish, on ferme des synagogues. On procède à l’expulsion quasiment totale des Juifs, même parfaitement assimilés, de l’appareil du Parti communiste et de l’État, de l’armée, de l’industrie (surtout de l’industrie militaire), de la science, de tous les domaines de la culture, de l’enseignement, etc. Des milliers de personnes furent jugées et condamnées à la mort ou à de lourdes peines de prison pour « espionnage » ou simplement pour « sionisme ». Les purges se produisent même au Birobidjan, la région autonome juive dans l’Extrême Orient, créée sur l’ordre de Staline dans les années 1930 pour démontrer la solution socialiste au « problème juif »[11].

    Après le procès à huis clos du Comité Antifasciste Juif (1952), dont l’un des chefs d’accusation était le travail sur « Le Livre noir » et qui se solda par 13 condamnations à mort des grandes personnalités juives, une véritable hystérie collective fut organisée autour de l’« affaire des Blouses blanches », docteurs faussement accusés de tentatives d’empoisonnement de dirigeants soviétiques. Et même si la mort de Staline en mars 1953 empêcha la réalisation d’un plan d’épuration ethnique massive, plusieurs restrictions visant les Juifs soviétiques restèrent inchangées jusqu’à l’arrivée de Mikhaïl Gorbatchev au pouvoir[12]. C’est aussi jusqu’à son arrivée au pouvoir que l’on continua à occulter la Shoah, à quelques exceptions près à l’époque du « dégel », comme la publication du poème de Evgueni Evtouchenko « Baby Yar » en 1961[13].

    Comme les « pays frères » européens suivaient à la lettre la politique soviétique, l’occultation de la Shoah survenue dans leurs territoires respectifs était de mise partout en Europe de l’Est. Ni à Auschwitz, ni à Baby Iar (Kiev), ni au 9e Fort (Kaunas)[14], les plaques commémoratives ne faisaient aucune mention du génocide juif : on parlait de l’extermination de citoyens français, soviétiques, hongrois, et j’en passe. Pendant des décennies, Israël resta le principal dépositaire de cette mémoire, au mémorial Yad-va-shem, à Jérusalem.

    Je reviens maintenant au film de Michael Prazan. Il est regrettable que cet écrivain et réalisateur qui a fait par ailleurs un travail de recherche exemplaire, blanchisse trop le régime stalinien : il montre des images de procès contre les bourreaux nazis, y compris la déposition d’une survivante miraculeuse du massacre de Baby Iar, mais ne mentionne pas l’occultation systématique du génocide juif en URSS. Or, le régime stalinien, tout en libérant l’Europe du joug nazi, non seulement remplaça celui-là par le joug communiste en Europe centrale, mais continua de facto la destruction de la judéité. Il ne faut pas oublier qu’après l’holocauste, il ne resta en Europe qu’un seul endroit où il y avait encore une haute concentration de porteurs de la culture juive traditionnelle, l’URSS. Or, à cause de la politique « culturelle » de Staline, cette culture ashkenaze millénaire cessa d’être. Il suffit de se souvenir comment, dès le début de la campagne contre le « cosmopolitisme », Ilya Ehrenbourg, homme de confiance de Staline, toujours chargé de missions « délicates », expliquait à ses amis « progressistes » occidentaux que les Juifs soviétiques n’avaient point besoin d’une culture en yiddish : ils ne voulaient que s’assimiler, se fondre dans la masse soviétique et s’exprimer en russe[15].

    Mais comment osé-je comparer Hitler, celui qui conçut la « solution finale », et Staline, celui qui débarrassa l’humanité de ce monstre ? De ce point de vue, il est très instructif de voir le film récent d’Andrzej Wajda, « Katyn », qui reconstitue l’histoire du dépeçage de la Pologne, en septembre 1939, entre les nazis et les Soviétiques, et surtout, celle du massacre de plus de 20 000 officiers polonais faits prisonniers de guerre par les Soviétiques[16]. Le vieux réalisateur (dont le père était l’un de ces officiers) y met en parallèle les agissements des nazis et des Soviétiques. Ainsi, une scène poignante montre l’entente cordiale qui régnait entre la Gestapo et le NKVD réglant ensemble des questions administratives. Et pendant que les officiers polonais, élite de la nation (car parmi eux, la plupart étaient des réservistes : ingénieurs, scientifiques, médecins, écrivains, et non des militaires professionnels), roulaient à l’Est dans des wagons pour le bétail, pour être massacrés en avril 1940, les nazis arrêtèrent l’élite scientifique de Cracovie pour l’envoyer dans des camps de concentration dont peu sont revenus. Wajda montre également le travail de propagande nazie et soviétique : dans leurs documentaires respectifs, les deux régimes utilisent les mêmes mots et les mêmes clichés pour faire porter la responsabilité du massacre de Katyn à la partie adverse.

    Le film de Wajda se termine par une scène insoutenable : les officiers amenés dans la forêt de Katyn y sont exécutés à la chaîne, avec des gestes bien précis, par des membres du NKVD. Les tranchées ayant été creusées à l’avance, on fait descendre chaque nouvelle victime du fourgon, deux NKVDistes la serrent pour empêcher toute tentative de fuite et le troisième lui tire une balle dans la nuque, après quoi le corps sans vie est poussé dans la tranchée.

    Comme la sortie de « Katyn » sur les écrans français a coïncidé peu ou prou avec la diffusion de « Einsatzgruppen : les commandos de la mort », on ne peut s’empêcher de comparer les techniques d’extermination de masse chez les nazis et les Soviétiques. Les nazis étaient peut-être plus sadiques, car ils forçaient souvent leurs victimes à creuser eux-mêmes les tranchées où elles seraient exécutées et avaient recours à des pratiques humiliantes, comme l’ordre systématique donné aux victimes de se déshabiller avant d’être fusillées. Apparemment, les concepteurs de ce mode d’extermination voyaient la nécessité de déshumaniser les victimes pour faciliter la tache des bourreaux. Quant aux NKVDistes, ils agissaient avec plus de « retenue » : les victimes ne savaient pas, jusqu’au dernier instant, qu’elles allaient y passer, et elles étaient abattues individuellement, ce qui ne changeait en rien le caractère industriel de ce meurtre de masse. Par contre, dans l’application de la torture, la Tchéka sous ses différentes appellations (comme le NKVD ou le MGB) ne cédait en rien à la Gestapo[17].

    Bien naturellement, le massacre de Katyn, qui n’est qu’un épisode dans la longue série de crimes de masse du régime soviétique, s’inscrit dans la continuation de la logique de la Grande Terreur de 1937-1938. Mais contre qui, au fond, fut dirigée cette Grande Terreur qui emporta, en seize mois, 750 000 vies humaines et envoya un nombre similaire de personnes au Goulag ?

    Comme le montre, à l’appui de documents extraordinaires, Nicolas Werth dans son dernier ouvrage, Staline était résolu d’ « apurer » le peuple soviétique. Craignant l’apparition d’une « cinquième colonne » en cas de guerre avec l’Allemagne nazie, il entreprit un gigantesque exercice d’eugénisme social afin de débarrasser la nation des traîtres potentiels. Or, parmi ces « traîtres » se retrouvèrent non seulement des catégories entières de la population soviétique perçues comme « peu sûres » (anciens officiers ou fonctionnaires tsaristes, anciens membres de partis révolutionnaires autres que les bolcheviks, le clergé, les anciens « koulaks », etc.), mais aussi des groupes ethniques jugés « suspects » : les Polonais, les Lettons, les Allemands, les Finlandais, les Chinois, les Roumains et quelques autres. Le total des exécutés dans le cadre des opérations dites « nationales » était de 247157 personnes dont 111000 Polonais[18].

    En fait, les opérations « nationales » lors de la Grande Terreur sont un maillon important de la politique nationale stalinienne : la famine génocidaire en Ukraine qui visait majoritairement la paysannerie ukrainienne réticente à la collectivisation (1932-1933) ; les opérations « nationales » pendant la Grande Terreur (1937-1938) ; les opérations massives d’« épuration » dans les territoires annexés de l’Europe de l’Est (1939-1940 ; 1944 – début des années 1950) ; les déportations génocidaires des peuples entiers – Coréens, Allemands, Finlandais, Karatchaï, Kalmouks, Tchétchènes, Ingouches, Balkars, Tatars de Crimée et Turks Meskhètes – pendant la Seconde Guerre mondiale ; enfin, la campagne antisémite (1948-1953) qui laissait présager le pire pour les Juifs soviétiques. Ces campagnes d’extermination selon le principe national se sont soldées par la mort de 7 à 8 millions de personnes, ce à quoi s’ajoutent quelques millions des victimes d’extermination au nom de la lutte des classes[19]. Une question s’impose : en quoi ces génocides perpétrés par Staline sont-ils différents de la Shoah ? N’est-ce le même désir d’éradiquer la « vermine » qui empêche la construction d’un avenir radieux : le Reich millénaire ou le communisme.

    Si Hannah Arendt fut la première à introduire le concept du totalitarisme qu’elle appliqua aux deux régimes du XXe siècle – hitlérien et stalinien, c’est l’écrivain Vassili Grossman qui, avec la lucidité digne d’un prophète, mit face à face ces deux régimes – camps de la mort hitlériens et camps de concentration soviétiques – dans son roman « Vie et Destin ». Il acheva cette fresque majeure de la vie soviétique et de la Seconde Guerre mondiale en hiver 1960, mais le manuscrit fut confisqué par le KGB. Selon l’idéologue en chef du parti communiste, Mikhaïl Souslov, ce livre nuisible à l’idéologie communiste ne pouvait être publié « avant deux ou trois cents ans ». Mais comme Souslov était loin d’être un prophète, le roman parut en 1980 en Occident (un ami de Grossman en a gardé une copie) et fut publié en URSS en 1988, en pleine perestroïka[20].

    Hélas ! L’époque gorbatchévienne et les premières années eltsiniennes étaient bien plus ouvertes et honnêtes intellectuellement que la société russe d’aujourd’hui. Il y a vingt ans, on ouvrait les archives, de nos jours, elles sont de nouveau fermées. Il y a vingt ans, le massacre de Katyn fut officiellement reconnu, aujourd’hui, malgré les documents du NKVD déclassifiés et publiés en 1992, ce massacre est de nouveau passé sous silence, voire attribué de nouveau aux nazis, comme à l’époque stalinienne. De nos jours, on glorifie de nouveau Staline en Russie, car il a non seulement gagné la Seconde Guerre mondiale, mais a élargi les frontières de l’URSS au-delà même de celles de l’Empire tsariste. On ne parle plus en termes d’idéologie communiste, mais en termes de la puissance russe millénaire[21]. Par décret du président « progressiste » Dimitri Medvedev, on a constitué même une commission spéciale chargée de veiller à toute tentative de réécriture de l’histoire. Formellement, il s’agit de contrer toute tentative de mettre en doute la victoire de l’URSS dans la Seconde Guerre mondiale, qui devient un délit passible de prison. En réalité, ce sont les révisionnistes au pouvoir, avec Medvedev et Poutine en tête, qui essaient de rendre criminel tout regard honnête et lucide sur le passé soviétique, et en particulier, sur la figure et le rôle de Staline[22].

    Je reviens à ma question : comment mettre sur le même plan Hitler et Staline, un monstre et son vainqueur ? Mon conseil : relisez « Vie et Destin ». Vassili Grossman montre admirablement que pour les soldats et officiers soviétiques, la lutte contre le nazisme était en même temps un combat pour la liberté dans leur propre pays : confrontés au danger de la mort, ils vivaient une libération intérieure. Le peuple soviétique a gagné la guerre non pas grâce à Staline dont les directives désastreuses provoquèrent la mort inutile de millions de militaires et civils, mais parce qu’il défendait son sol contre la barbarie nazie, dans un élan libératoire[23]. Quel dommage que MM. Poutine et Medvedev essaient de mettre à nouveau une chape de plomb au-dessus de leur pays à peine sorti du communisme.

    [1] Voir l’étude exhaustive de Guennadi Kostyrtchenko, Politique secrète de Staline. Le pouvoir et l’antisémitisme (en russe), Moscou, Mejdounarodnyïe otnocheniïa, 2003, pp. 222-229.

    [2] Pour l’histoire du Comité Antifasciste Juif, voir en particulier Alexandre Bortchagovski, L’holocauste inachevé, Paris, J-C. Lattès, 1995.

    [3] Voir Kostyrtchenko, op. cit., pp. 196-222.

    [4] Cité par Henri Picker, dans Hitler, cet inconnu, Presses de la Cité, 1969

    [5] A la fin de la guerre, le CAJ était perçu par la population juive soviétique comme une sorte d’autorité juive. En 1952, la plupart des membres du CAJ furent fusillés après un procès à huis clos.

    [6] Voir Guennadi Kostyrtchenko, op. cit., pp. 353-361.

    [7] L’Ukraine occidentale (des territoires qui faisaient partie de la Pologne, de la Tchécoslovaquie et de la Roumanie), la Biélorussie occidentale (qui faisait partie de la Pologne) et les pays Baltes (indépendants entre les deux guerres mondiales) furent annexés par l’URSS en 1939-1940, en vertu des clauses secrètes du Pacte germano-soviétique qui prévoyaient le partage de l’Europe de l’Est entre l’Allemagne nazie et l’URSS. Dès juin 1941, ces territoires furent envahis par les troupes allemandes, puis réoccupés par l’armée Rouge qui chassa les nazis, en 1944.

    [8] Déjà en 1939, Staline souhaitait démentir le cliché de la propagande nazie sur l’URSS comme un « royaume judéo-communiste », cf. Kostyrtchenko, op.cit. p. 199.

    [9] Pour cette période, voir en particulier Guennadi Kostyrtchenko, Prisonniers du pharaon rouge, Solin, 1999 ; Jonathan Brent et Vladimir Naoumov, Stalin’s last crime : The Plot of the Jewish Doctors, 1948-1953, Londres, Harper Collins, 2003.

    [10] Sur cet aspect, voir en particulier Laurent Rucker, Staline, Israël et les Juifs, PUF, 2001.

    [11] Voir idem et aussi Kostyrtchenko, op. cit.

    [12] Il n’existe pas de preuve directe pour l’existence d’un projet de déportation juive massive, malgré des rumeurs persistantes aussi bien parmi les Juifs soviétiques qu’en Occident dans les dernières années de la vie de Staline. Kostyrtchenko explique que ce projet n’aurait pu se réaliser qu’après une longue préparation qui n’était pas encore achevée au moment de la mort du dictateur (op.cit. pp. 671-685).  Cependant, Arcadi Vaksberg, en se basant sur des témoignages concordants, démontre que la déportation a bel et bien été planifiée. Cf. son livre Staline et les Juifs, Paris, Robert Laffont, 2003, pp. 240-257.

    [13] Baby Iar est une localité près de Kiev où près de 100 000 Juifs furent exterminés par des nazis en 1941. C’est le plus célèbre exemple de la « shoah par balles ».

    [14] Une forteresse près de Kaunas, Lituanie, transformée par les nazis en un camp de concentration. Plusieurs dizaines de milliers de Juifs lituaniens et Juifs étrangers qui y avaient été transportés y furent fusillés en 1941-1942.

    [15] Sur la personnalité complexe d’Ilya Ehrenbourg, voir Ewa Bérard, La Vie tumultueuse d’Ilya Ehrenbourg, Paris, Ramsay, 1991.

    [16] Il s’agit du meurtre de masse de citoyens polonais (essentiellement, des officiers polonais emprisonnés), ordonné par le Politburo le 5 mars 1940 (résolution initiée par Lavrenti Beria et signée notamment par Staline). En 1942, le plus grand charnier a été découvert par les nazis près de Smolensk, dans la forêt de Katyn, mais ultérieurement, on a découvert d’autres charniers, et lors de la brève ouverture des  archives dans les années 1990, on a aussi retrouvé des listes des assassinés. Traditionnellement, on désigne par le terme « massacre de Katyn », ou simplement « Katyn », l’ensemble de cette opération qui se solda par l’extermination de 21857 personnes.

    [17] Le curieux lecteur trouvera des détails glaçant le sang, par exemple, dans le livre de Sergueï Melgounov, La Terreur rouge en Russie, 1918-1924, Paris, Editions des Syrtes, 2004 (pour la « Terreur Rouge » ) ; ou chez Nicolas Werth, L’ivrogne et la marchande de fleurs, Paris, Tallandier, 2009 (pour la Grande Terreur).

    [18] Op. cit.

    [19] Pour l’ensemble des crimes staliniens, voir Stéphane Courtois et alii, Le Livre noir du communisme, Paris, Robert Laffont, 1997

    [20] Pour le parcours de Grossman, voir mon article « Vassili Grossman, un précurseur de la dissidence », dans le recueil Dissidences (sous la direction de Chantal Delsol, Michel Maslowski, Joanna Nowicki), Paris, PUF,2005.

    [21] La représentante la plus « flambante » de cette idéologie est l’historienne Natalia Narotchnitskaïa. Voir son livre Que reste-t-il de notre victoire ? Russie-Occident : le malentendu. Paris, Éditions des Syrtes, 2008. Voir également l’entretien avec Natalia Narotchnitskaia dans « Politique Internationale », N°123, 2009.

    [22] Voir mon article Le révisionnisme à la russe, dans « La Règle du Jeu », N°36, 2008.

    [23] À cause de la gestion désastreuse et cruelle des opérations militaires, les pertes soviétiques font non moins de 22 000 000 de soldats et officiers (certains historiens parlent de 26-27 000 000 de victimes), alors  que les pertes militaires allemandes sont de l’ordre de 4 000 000 de personnes dont 2 600 000 sur le front de l’Est. Voir Boris Sokolov, Comment calculer les pertes lors de la Seconde Guerre mondiale (en russe), dans : « Kontinent », N°128, 2006.

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