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Les dynamiques des parcours sociaux. Temps, territoires, professions. V. Caradec, S. Ertul, J.P. Melchior. PUR, 2012. 272 pages, 17€. Préface : Raymonde Séchet.

 

Le laboratoire ESO définit la géographie comme « la discipline spécialisée dans l’analyse de la dimension spatiale des sociétés, s’intéressant à toutes les échelles, du micro au macro -, la dite dimension n’étant pas réduite à la matérialité. » Par conséquent, l’étude des parcours sociaux qui a occupé le colloque de 2010 intitulé « Les parcours sociaux entre nouvelles contraintes et affirmation du sujet », dont il est rendu compte ici, est bien un sujet qui intéresse les géographes.

 

Au cours des années 2000, la place de l’individu s’est affirmée en géographie sociale. « Le sens des espaces et des lieux est d’abord celui qui lui donnent les individus, hommes et femmes, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, malades ou bien portants, lorsqu’ils en parlent, s’y déploient et y vivent avec d’autres. » Le parcours social est donc central dans cette approche. Il faut entendre par là une succession de fragments de trajectoires, « celles-ci ayant été tronquées, interrompues ou déviées par les évènements vécus, par les choix opérés et par les contraintes subies. » Il ne se limite pas à une carrière de type professionnel. « Les parcours sociaux sont faits à la fois d’ancrages dans les territoires et de mobilités entre territoires. »

 

C’est autour de trois axes que s’organisent les textes présentés : la temporalité (parcours social vu à travers le prisme de l’âge), le territoire (en fonction des milieux spécifiques, dont le périurbain), la profession. A la fin de l’ouvrage, les résumés des communications permettent de retenir l’essentiel des propos développés.

 

Deux textes sont détachés de l’ensemble : celui de Christian Lalive d’Epinay qui estime que les parcours sociaux doivent être étudiés dans une perspective historique afin de comprendre quel impact la globalisation a sur nos existences et celui de Claudine Attias – Donfut qui réfléchit sur la maturescence (mot calqué sur celui d’adolescence). « La « maturescence », la plus longue et la plus significative période de l’existence, se prolonge dans les premières années de la retraite, lieu de création d’un imaginaire de liberté et d’autonomie. »

 

La première partie, consacré à l’échelle temporelle, est organisée autour de la question de l’autonomie. Conquête de celle-ci dans le cas des enfants, préservation de celle-ci dans le cas des personnes âgées. Les cas retenus sont très divers et rendent de situations très différentes : entre les enfants burkinabés et les élèves de classes préparatoires. L’analyse de l’impact de la parentalité sur les carrières féminines montre à quel point la maternité pèse sur les évolutions professionnelles. Etat qui n’est pas égal par ailleurs pour les hommes !

 

La deuxième partie de l’ouvrage rassemble des contributions qui prennent en compte la dimension spatiale du parcours social. Frédéric Leray examine les choix faits par des mères seules en Bretagne au moment de la décohabitation avec le père de leurs enfants. Le pourcentage de propriétaires parmi ces femmes fond à la suite de la séparation. Le choix du nouveau domicile est guidé par des contraintes matérielles, financières, familiales (proximité avec les parents recherchée pour alléger les frais de garde des enfants) voire affectives (logique d’évitement de l’espace fréquenté par l’ex conjoint dans le cas d’une séparation réalisée dans des conditions difficiles). Rodolphe Dodier examine les stratégies résidentielles des couples périurbains, fruit d’un compromis entre désir de propriété dans un environnement verdoyant et contraintes financières. Myriam Baron montre que les étudiants réalisent, eux aussi, des arbitrages à l’heure du choix des lieux d’étude. Cet état de fait est valable y compris pour les élites napolitaines qui ont privilégié l’émigration, sans toutefois « couper les ponts » avec le territoire d’origine.

 

Enfin, à l’échelle de la carrière professionnelle, cette fois-ci, sont examinés dans la dernière partie de l’ouvrage le cas des footballeurs béninois immigrés en France, des ouvriers d’une entreprise picarde délocalisée dans le Sénonais ainsi que les trajectoires de femmes d’origine maghrébine habitant à Strasbourg et bien investies dans le réseau associatif local.

 

Catherine Didier-Fèvre ©Les Clionautes

 

 

 

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Les lieux des banlieues. Hervé Marchal et Jean-Marc Stébé. Cavalier bleu, 2012. 154 pages, 18€50.

 

Voici que paraît le troisième tome de la série « Les lieux de… », consacré cette fois-ci aux banlieues. Comme pour les numéros précédents, l’éditeur a fait appel aux meilleurs spécialistes de la question (Rémy Knafou pour le tourisme , Denis Retaillé pour la mondialisation). Ici, c’est aux inséparables sociologues urbains, Hervé Marchal et Jean-Marc Stébé, auteurs du Traité sur la ville , que la mission a été confiée. Le principe est désormais bien connu. Il s’agit de présenter l’état de la question à partir d’un tour du monde : « De Paris à Nancy, de Mumbaï à Los Angeles ».

 

C’est une définition large de la banlieue qui a été retenue par les auteurs : celle de périphéries urbaines afin de ne pas se concentrer uniquement sur les cités HLM déshéritées. C’est pourquoi ce voyage en banlieues intègre aussi bien les lotissements pavillonnaires que les bidonvilles des grandes mégalopoles mondiales en passant par les hypermarchés. Une série de sept études de cas est proposée : Levallois, Dharavi, Los Angeles, Saint-Denis mais aussi à trois reprises Nancy, terrain d’étude privilégié des auteurs. Le sens de la narration des auteurs rend effective cette ballade urbaine. Les lieux choisis sont aussi l’occasion d’élargissement sur la place de la maison individuelle, la gentrification, les gated communities ainsi que de zooms sur des lieux similaires à l’étude de cas : favelas de Rio, grands ensembles de Sarcelles… L’idée qui a prévalu à l’organisation de l’ouvrage est de montrer qu’au sein même des banlieues, les différentiels existent, y compris dans un grand ensemble où une ségrégation socio-spatiale s’opère entre les différentes tours.

 

Si les auteurs ont eu à cœur de ne pas choisir des lieux clichés, l’appréciation des auteurs sur les lieux choisis transparaît. L’analyse du phénomène hypermarché (« Le Cora-Houdemont ») est particulièrement féroce et n’a rien à envier à la critique de la grande consommation déployée dans le film « Le Grand Soir » de Benoît Delépine et de Gustave Kervern. Cette critique de la culture du hangar se retrouve dans l’analyse de la megachurch pentecôtiste « Charisma » de Saint-Denis, même si, ici, tout est fait pour lutter contre l’anonymat dans un contexte d’  « entre-soi » cultivé. « Les megachurches sont aux villes globales d’aujourd’hui ce que les cathédrales étaient dans les métropoles régionales d’hier. » Plus la lecture de l’ouvrage avance et plus les méfaits de l’étalement urbain sont mobilisés par les auteurs, favorables à la ville compacte. Mike Davis et son « Pire des mondes possibles»  sont convoqués. « Nous entrons probablement dans l’ère des banlieues, pour le meilleur ou pour le pire… » Pas très réjouissant comme constat, pour les habitants des zones périurbaines que nous sommes !

 

Catherine Didier-Fèvre ©Les Clionautes

 

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Pour consulter le programme du colloque : Partout la ville qui aura lieu la semaine prochaine (du 26 au 28 septembre 2012) à Clermont-Ferrand.

http://www.partoutlaville.com

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photographie de Gabrielle de Buyer

Emplacement : Mont-Sion, au sud du quartier juif, à Jérusalem, Israël.

 

Description : Nous avons devant nous l’étal d’un marchand de rue. L’image est principalement constituée d’articles destinés aux touristes. De bas en haut, on voit de nombreux chapelets de couleurs différentes, certainement en bois d’olivier ou en imitation. À l’étage supérieure, des kippas, couvre-chef des juifs pratiquants, et autres bonnets, camouflent des chapelets encore emballés, qui doivent constituer la réserve du commerçant. Sur le dernier étage, on voit d’abord d’autres kippas, et en dernier plan, on voit des reproductions d’un paysage de Jérusalem. Sur ces images (cartes postales ? couverture de livres ?) on voit au premier plan la Mosquée du Rocher. Enfin, on voit dépasser, à gauche, entre les kippas et les paysages de Jérusalem, la couleur vert du dollar américain.

 

Interprétation : Ce qui surprend dans cette image, c’est le contraste entre les différents symboles des trois grandes religions monothéistes : la chrétienté avec le chapelet, le judaïsme avec les kippas, l’islam avec la Mosquée Dorée. Cet étal est à l’image de Jérusalem.

On peut tout d’abord interpréter cette image sur le plan touristique. Les marchandises que voici sont destinés aux touristes principalement. Et d’ailleurs, on ne peut pas affirmer que les catholiques n’achéteront que le chapelet, les juifs les kippas… Au contraire, les kippas, qui semblent de piètre qualité, en faux velours brodé, peuvent constituer un souvenir pittoresque. Un paradoxe plus grand encore est celui de la Mosquée du Rocher. Ce monument à la gigantesque coupole dorée est pour beaucoup de touristes un symbole majeur de la ville. Les touristes et pèlerins, majoritairement chrétiens et juifs, la prennent souvent pour un édifice biblique. Cet étal semble donc être une parodie de Jérusalem, une réduction de sa cosmopolicité, un camouflage des conflits interreligieux pour des touristes aux poches pleines de billets verts.

 

Mais cette image a le mérite de nous montrer la diversité des religions de Jérusalem. Ancienne capitale du royaume d’Israël, lieu de la Passion et de la Résurrection de Jésus, elle est aussi une ville sainte de l’islam. Tout Jérusalem est marquée de la superposition historique et géographique de ces religions. Pourtant cette richesse culturelle est source de conflits graves entre les religions, puisque chaque religion souhaite en quelque sorte conserver son territoire.

 

Interet : J’ai pris cette photo très rapidement, comme on peut le voir à la qualité de l’image. J’ai été surprise et amusée par l’empilement de ces objets religieux.

Gabrielle de Buyer, HK/BL

 

 

 

 

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