« La biodiversité : essai sur une pensée unique »

George Rossi

George Rossi, professeur émérite à l’université de Bordeaux III et chercheur à l’UMR CNRS ADES. Il a consacré toute sa vie aux questions des relations entre les Hommes et leur environnement. Spécialiste de l’Afrique et de l’Asie où il travaille depuis plus de trente ans, il est entre autres l’auteur d’un ouvrage de référence : l’ingérence écologique.

Dans ce chapitre de Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête, George Rossi entreprend de démystifier le dogme écologique sous tendu par l’idée finalement assez floue mais omniprésente de « biodiversité ».

Considérant d’abord notre rapport idiosyncratique à la nature, le géographe nous met en garde sur les conséquences de l’extension du dogme de la soi-disant préservation de la biodiversité, principalement dans les politiques internationales.

  1. Présupposé :

La culture occidentale perçoit la nature à travers la superposition de différents prismes qui se superposent : en premier lieu la tradition religieuse judéo-chrétienne positionne l’homme au-dessus de la nature, et donc nécessairement à l’extérieur de celle-ci. La Création est au service de l’homme, qui en est « le maître et possesseur » (Descartes). Cette idée est à l’origine d’une vision bipolaire nuisible : elle amène à penser que les problèmes de la nature sont causés par une mauvaise gestion de l’homme, et qu’ils ne peuvent être résolus que par sa soustraction à la nature et la création de réserves naturelles.  L’incidence de cette tradition est visible dans les thèses de Malthus et de ses successeurs : l’homme met en danger la nature.

Pourtant depuis, la science parle d’ « équilibre des milieux »

è L’homme est lui-même membre de la biodiversité : il y participe déjà essentiellement de part une incidence active sur son environnement, sans nécessairement s’en extraire.

2. Relativisation :

Lors des grandes découvertes, les Européens ont pensé découvrir une sorte de nature vierge, paradis terrestre. Mais ils arrivèrent lors d’une période de transition dans les écosystèmes tropicaux : ils comprirent le milieu tropical comme une nature à « l’état zéro » que les indigènes, « sauvages », n’auraient pas su exploiter, alors qu’il apparaît aujourd’hui que ceux ci avaient vécu depuis longtemps non seulement prospères mais en harmonie avec leur environnement.

è L’erreur fut alors d’une part de tenter de plaquer le modèle occidental d’exploitation de la nature sur une société qui ne s’y prêtait pas ; d’autre part de sous-estimés les indigènes et leur capacité à produire de manière autonome un modèle d’exploitation adapté.

3. Dimension politique du problème :

La création de réserves pour protéger la biodiversité est donc une aberration puisqu’elle impose aux sociétés forestières d’adopter un système uniformisé de valeurs occidentales auxquelles elles ne peuvent s’adapter : du point de vie écologique ces politiques sont couteuses et inefficaces, du point de vue social elles désarticulent les systèmes d’exploitations locaux et amputent les patrimoines territoriaux. Finalement les politiques de préservation de la biodiversité nuisent à la population des territoires mis sous tutelle d’organisations « écologiques ».

è La lutte pour la préservation de l’environnement semble en fait être un instrument pour mieux contrôler le développement économique et social de certaines régions.

Conclusion :

L’article de G. Rossi est brillant car il bouleverse nos présupposés et nous incite à reconsidérer la question de l’environnement de manière plus sereine et réfléchie.

S’il s’appuie sur une analyse précise de faits historico – sociaux, il est néanmoins regrettable qu’il n’aie pas été un peu plus nuancé quant à l’opposition occident/pays moins développés : il me semble que l’opposition au développement est un effet collatéral d’un paternalisme qui se veut essentiellement bienveillant. Si la maladresse et même la prétention abusive de ce paternalisme sont à remettre en question, il faut néanmoins se prévenir du risque de passer d’un excès à l’autre : de la lubie écologique à la théorie du complot impérialiste.

Thibaud Ruellan, HK AL

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