Le Monde, 22 mai 2012

http://www.europe1.fr/International/Italie-seisme-3-000-personnes-evacuees-1091603/

Rome Correspondance
Après le séisme qui a frappé dimanche 20 mai le nord-est du pays, le débat est relancé sur les normes parasismiques

L’Italie est de nouveau confrontée à un tremblement de terre ravageur. Trois ans après le séisme de L’Aquila qui avait causé la mort de 299 personnes, les secousses ont frappé cette fois-ci le nord-est du pays, dans la région de Ferrare et de Modène. Selon les historiens, la terre n’y avait pas tremblé depuis 1570.

La première secousse de magnitude 6 a eu lieu dimanche 20 mai à 4 h 04, suivie de plusieurs répliques dont une dans l’après-midi, suivie en direct par les chaînes de télévision, ce qui sema un peu plus la panique. L’épicentre du séisme a été localisé à 36 km au nord de Bologne, à une profondeur de 6 km, dans le village de Finale Emilia.

Un premier bilan provisoire fait état d’au moins six morts et d’une cinquantaine de blessés. Environ 3 000 personnes ont dû être évacuées. Beaucoup ont préféré passer une deuxième nuit dehors par crainte d’autres répliques. La protection civile installe des tentes, décharge des dizaines de lits, des tables, des groupes électrogènes pour venir en aide à ces milliers de sans-abri.

Parmi les victimes figurent quatre ouvriers qui travaillaient de nuit. L’un d’entre eux, comme ont raconté ses parents en larmes, voulait aller à la plage mais la météo s’annonçant mauvaise, il avait finalement décidé de remplacer l’un de ses collègues malades.

L’image symbole de ce séisme restera sans doute la tour de l’horloge de Finale Emilia, détruite à l’instar de dizaines d’autres joyaux architecturaux des villages voisins : tours, vieux palais, églises, etc. Le séisme, d’une magnitude presque égale à celle d’il y a trois ans à L’Aquila, a fait peu de victimes mais a sérieusement endommagé le patrimoine artistique.

 » Le patrimoine artistique de l’Italie est bâti sur un territoire extrêmement fragile « , explique Salvatore Settis, historien de l’art, professeur à l’Ecole normale de Pise. Selon lui, depuis l’unification du pays en 1861, un tiers des communes du pays ont déjà été frappées par des séismes. Sans que rien ne soit véritablement fait pour préserver le patrimoine artistique, en dépit de la loi de 1983, qui n’a jamais réellement été mise en oeuvre. A plusieurs reprises – notamment après les deux séismes qui ont frappé l’Ombrie causant des dommages importants à la Basilique de Saint-François d’Assise -, la restauration des monuments endommagés a été lancée.

Mais depuis le séisme de L’Aquila, en 2009, ces tentatives ont été stoppées.  » Le centre historique, le coeur de la ville, a été complètement délaissé, il est dans le même état depuis trois ans. Ses habitants ont trouvé refuge dans des cités dortoirs à l’extérieur de la ville. Il ne faudrait pas que cela se reproduise pour la région qui vient d’être frappée. Ces villages, privés de leur centre-ville, de leurs monuments, risquent de perdre leur identité, ils n’auront plus de mémoire historique « , s’insurge M. Settis. L’historien est d’autant plus préoccupé que le gouvernement de Mario Monti a promulgué un décret, le 15 mai, afin que  » chacun pense à se prévaloir d’une assurance privée pour faire face aux calamités naturelles « .

 

lire la suite sur Le Monde.fr

Mots-clefs :, , , ,


http://www.slate.fr/story/54109/fn-stupide-gauche-guilluy

par Anne Lambert, le 16/05/2012

Les propriétaires de pavillons en lotissement périurbain votent-ils nécessairement à droite ? Au-delà de l’image du conservatisme des propriétaires, l’enquête menée par Anne Lambert dans l’Est lyonnais souligne les recompositions en cours dans ces territoires et la complexité des logiques du vote.

L’accession à la propriété des classes populaires constitue un mot d’ordre politique depuis de nombreuses années. Nicolas Sarkozy en a fait un des thèmes centraux de sa campagne en 2007, en appelant de ses vœux « une France de propriétaires », comme en 2012, en proposant d’augmenter les droits à bâtir [1]. Sa position repose sur un calcul électoraliste et des considérations idéologiques selon lesquelles les propriétaires votent davantage à droite que les locataires, en particulier ceux du parc HLM. Dans le prolongement des analyses marxistes, Haumont (1966) et Bourdieu (1990) avaient, en effet, souligné le conservatisme des pavillonnaires. Alors que de nombreux sondages politiques soulignent aujourd’hui les corrélations statistiques entre vote à droite et statut de propriétaire, ou encore vote FN et espaces périurbains [2], ces travaux n’épuisent ni le sens à donner au vote à droite, ni la diversité des orientations politiques dans ces territoires (Rivière 2008 ; Cartier et al. 2008). Comment, sinon, expliquer le maintien d’un vote à gauche dans certains lotissements des communes périurbaines populaires, au côté d’un fort vote à droite ?

Cette contribution, qui apporte un éclairage sur les comportements électoraux des nouveaux pavillonnaires issus de l’immigration, entend ainsi contribuer à l’analyse de la bipolarisation des votes observée en territoire périurbain. Deux évolutions sociologiques majeures semblent, en effet, particulièrement influer sur les positionnements politiques observés à l’échelle locale (celle des communes ou des lotissements) : la hausse de la part des ménages issus de l’immigration au sein du parc pavillonnaire et les difficultés croissantes d’accès à la propriété des ménages modestes. Une partie des acquéreurs sont, en effet, par leurs socialisations primaire et résidentielle, durablement ancrés à gauche. En outre, les difficultés et les déceptions générées par les parcours d’accession, en dépit des promesses électorales, et la racialisation des rapports de voisinage observée dans les lotissements, au contact des « petits-moyens blancs » avec lesquels ils cohabitent, semblent également consolider leurs orientations politiques.

Le périurbain, un espace de promotion pour les immigrés et leurs descendants

Le vote à gauche des pavillonnaires n’est pas une nouveauté historique : les lotissements « défectueux » construits en banlieue parisienne, à Drancy, Bobigny ou encore à Noisy-le-Sec, faisaient partie de la ceinture rouge (Fourcaut 2000). La population ouvrière « déracinée », composée de Parisiens, de provinciaux et d’étrangers, y faisait face à des conditions de vie particulièrement difficiles (absence d’aménagement, de transport, d’hygiène, etc.) qui inquiétaient les élites politiques. Près d’un siècle plus tard, malgré les nombreuses évolutions législatives qui encadrent désormais la production des lotissements, on retrouve certains de ces traits structurants. La hausse des prix immobiliers dans les grandes agglomérations a conduit à la spécialisation des espaces périurbains lointains dans l’accueil des classes populaires [3]. Bien que minoritaires, les ménages issus de l’immigration semblent également y trouver une voie d’accès à la propriété : aspirant à l’amélioration de leur cadre de vie [4], ils sont aussi moins exposés aux discriminations que dans d’autres secteurs du marché du logement, en particulier le parc social valorisé (Tissot 2006) [5].

Pour autant, le lien de ces nouveaux propriétaires employés et ouvriers avec le vote est loin d’être mécanique. Des travaux sociologiques récents invitent en effet à se méfier d’une représentation stigmatisante du vote des classes populaires en dépit des évolutions structurelles qui traversent la société française (hausse du chômage, montée du racisme, stigmatisation des quartiers d’habitat social notamment) : c’est d’abord l’abstention qui caractérise aujourd’hui le comportement électoral des classes populaires alors que le vote FN, quoique en hausse chez les ouvriers, reste dans l’ensemble plus fréquent chez les professions libérales et les petits patrons (Collovald et Schwartz 2006).

À Virieu-Solognieu, petite commune populaire en forte croissance située à 35 kilomètres à l’est de Lyon [6], où nous avons enquêté, Marine Le Pen obtient ainsi un score nettement plus élevé qu’en moyenne nationale (24,3 %), mais François Hollande reste en tête au premier tour des présidentielles avec 27 % des suffrages exprimés. S’il est battu au second tour par le candidat sortant, qui perd toutefois 6 points entre 2007 et 2012, le candidat du PS obtient ses meilleurs scores dans le bureau de vote de la Plaine, un secteur où ont été récemment construits plusieurs grands lotissements « bon marché ». Aux élections municipales, malgré des clivages partisans moins affirmés, la gauche l’emporte également sans interruption depuis 1983. Ces résultats invitent ainsi à nuancer les analyses faites en population générale pour les contextualiser, en fonction du type de scrutin, mais aussi en tenant compte de la diversification des trajectoires sociales et migratoires des pavillonnaires à l’échelle locale (la commune) et micro-locale (le lotissement).

Lire la suite sur Métropolitiques.eu

Mots-clefs :, , , , , , , , , ,


Le Monde, 15 mai 2012.

 » Ils se coupent de

la société et ne font plus pression sur les pouvoirs publics pour forcer l’amélioration des autres quartiers « 

Frédéric Landy est géographe, professeur à l’université Paris-Ouest-Nanterre. Il a publié le Dictionnaire de l’Inde contemporaine (Armand Colin, 2010).

Quels sont les besoins de l’Inde en matière d’urbanisme pour faire face à son essor démographique ?

Au cours des dix dernières années, il y a eu 91 millions de citadins en plus, soit 9 millions par an, l’équivalent de l’agglomération parisienne. L’Inde compte désormais 370 millions de citadins. Cette croissance urbaine est essentiellement liée à la fécondité, l’exode rural n’en représentant plus qu’un cinquième.

Comment se logent ces nouveaux citadins ?

Mal ! Le tiers des citadins vit dans des logements d’une seule pièce, la moitié des habitants de Bombay par exemple vit en bidonville. Ce ne sont pas forcément des huttes, il existe des logements en dur de deux étages, mais ce sont des constructions illégales qui peuvent être détruites du jour au lendemain par la police. Dans certains bidonvilles, on s’aperçoit que, sous les tentes, on trouve les bases d’une maison. Ce sont les mêmes occupants qui y habitent. Ils ont été expulsés, leurs maisons détruites, mais ils reviennent et renoncent à reconstruire.

Pourquoi les villes indiennes sont-elles si délabrées ?

Très longtemps, ce fut la politique du pire. Sous Gandhi, comme dans la plupart des pays décolonisés, un vieux fond de ruralisme militant régnait. Gandhi estimait que l’Inde authentique était celle des campagnes, par opposition à l’Inde de villes créées par la colonisation. L’Inde indépendante, celle de Nehru, n’a pas disposé des moyens d’investir dans les villes et s’est efforcée de limiter à tout prix l’exode rural. Pour toutes ces raisons matérielles et idéologiques, la politique de développement urbain a pris beaucoup de retard.

Dans les années 1970, des banques spécialisées pour le logement ont été créées, mais avec des résultats très inférieurs aux besoins. Puis, dans les années 1980, on a assisté au développement des petites villes, comme filtre possible de l’exode rural. Mais c’est seulement dans les années 1990 que l’Etat a jugé que le phénomène de métropolisation était inéluctable et pouvait être synonyme de croissance.

En 2005, un grand programme de renouvellement urbain a mis l’accent sur les mégacités, les soixante-trois plus grosses villes de l’Inde. Ce programme comportait deux grands volets, les infrastructures et la lutte contre la pauvreté. Mais les objectifs ont été malheureusement plus ou moins bien tenus. Malgré le virage des années 1990, le développement des villes accuse un énorme retard.

Pour combler ce retard, l’Inde a recours aux villes privées. Quelles en sont les conséquences sur le plan social ?

Les villes privées se sont notamment développées dans des zones franches. Fin 2011, il y en avait 143. Au total, 400 sont en cours de création. En principe ces zones sont réservées à l’exportation, mais une bonne part des surfaces a été consacrée à du logement. Beaucoup de villes privées s’y sont développées. Les promoteurs se sont servis de cette loi pour faire tout à fait autre chose que de la production industrielle et de l’exportation. La loi a été changée récemment pour faire passer l’espace réservé à l’industriel de 25 % à 50 % et ainsi éviter les abus et les spoliations de terres au détriment des paysans. Ces villes privées génèrent des conflits entre villes et campagnes, mais aussi entre classes sociales.

Urbanisation en Inde rime donc avec creusement des inégalités ?

Il se forme dans les pays émergents un  » grand écart  » social et spatial. Un quart des citadins indiens continue de vivre dans des bidonvilles, quand les riches, de plus en plus riches, s’installent dans des villes privées ou des quartiers fermés, entourés de mur, qui leur offrent des services, qui n’existent pas dans les villes comme l’accès à l’eau, l’électricité vingt-quatre heures sur vingt-quatre, le ramassage des ordures.

lire la suite sur le Monde.fr

Mots-clefs :, , , , , , , ,


 

Le projet de programme pour Ulm est en ligne

Géographie : Aménager les territoires en France


http://www.ens.fr/IMG/file/concours/2012/programmes_BEL_AL_2013.pdf

Mots-clefs :, , , , ,


http://aglamiettes.canalblog.com/archives/2011/10/20/22418877.html

par Sébastien Vignon, le 09/05/2012

Comment expliquer le succès du Front national en milieu rural ? Dans un contexte marqué par la déstructuration des formes locales de sociabilité, la vigueur des votes frontistes découle en grande partie de la mobilisation de candidats autochtones s’appuyant sur la revitalisation de lieux de sociabilités à l’abri des diverses sources de fragilisation sociale.

Depuis le 21 avril 2002, le vote Front national, jusque-là présenté comme un vote essentiellement « urbain », enregistre ses scores les plus élevés loin des grandes villes, quel que soit le scrutin pris en considération. Le décollage du parti de Jean-Marie Le Pen dans les campagnes est souvent présenté depuis comme une « nouvelle » tendance de fond dans la société française. Mais, par-delà le sensationnalisme dans lequel baignent les discours sur les « extrêmes », les interprétations surplombantes fréquemment mobilisées pour rendre compte des scores « ruraux » de cette formation ont un rendement explicatif faible, entravant un peu plus sa compréhension. Cette contribution vise à montrer que c’est au contraire par un souci de contextualisation et de ré-encastrement du politique dans l’épaisseur du social que l’on peut comprendre tous les sens des votes frontistes. Centrée sur une enquête dans la Somme, département caractérisé par une sur-représentation du vote FN dans les petites communes, elle souligne le rôle central joué par la transformation des sociabilités concrètes dans l’inscription rurale des votes frontistes.

L’inconnue de l’équation FN : ruralité et vote d’extrême droite

À l’issue du premier tour de la présidentielle de 2002, le succès électoral de Jean-Marie Le Pen dans les mondes ruraux attire toutes les attentions et suscite de nombreuses interprétations. Les localiers dépêchés sur les lieux du « scandale » électoral témoignent de l’incrédulité générale et avancent quelques explications : fantasmes sécuritaires, chômage, projet contesté de construction d’un aéroport, allergie fiscale de travailleurs indépendants, tradition électorale, etc. Plus sérieusement, des spécialistes de sociologie électorale ainsi que certains géographes proposent, comme à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle de 2012, des analyses statistiques qui engendrent pourtant de nombreuses insatisfactions.

En effet, l’objectivation quantitative ne permet guère de différencier des types de ruralité hétérogènes ni d’interpréter des faisceaux de causalités imbriquées et donc nécessairement complexes. On s’éloigne ainsi bien souvent d’une véritable sociologie politique de la diversité rurale. Pire, certaines analyses reposent sur un présupposé normatif fortement empreint d’ethnocentrisme : l’« autoritarisme » supposé des classes populaires [1]. Le faible degré de sophistication culturelle et politique, mesuré au travers du seul niveau de diplôme possédé, couplé à la vulnérabilité économique (notamment par la faiblesse des revenus et l’exposition au chômage et à la précarité) rendraient ainsi compte des attitudes xénophobes et « fermées » (c’est-à-dire rétives au changement et à la modernisation) des ruraux ; attitudes dont le débouché électoral logique serait le vote pour un parti lui-même xénophobe et fermé (le FN). À la limite, la distinction entre les mondes ruraux et l’univers urbain perd alors toute pertinence puisque, d’un point de vue électoral, c’est bien l’appartenance populaire qui pose problème(s). Le risque de dérapage normatif est d’autant plus important que les méthodes quantitatives désencastrent les comportements électoraux de leur substrat social (Pierru et Vignon 2007 ; 2008).

Or, au-delà du jeu des variables liées à l’appartenance sociale, la compréhension des succès électoraux du FN en zone rurale ne peut se faire sans une étude minutieuse des configurations sociales et territoriales spécifiques dans lesquelles ces votes « extrêmes » prennent sens. En effet, une fois mises de côté les facilités de l’explication par « l’autoritarisme » et les attitudes « fermées » des classes populaires rurales [2], il ne fait guère de doute que c’est dans la (dé)structuration des rapports sociaux et la crise des sociabilités populaires que réside la clef de ces résultats électoraux. Comme l’a montré Emmanuel Pierru (2005), il faut se méfier des interprétations mécanistes « globales » du vote : si le chômage et la précarité exercent des effets politiques, ceux-ci ne sont pas directs (on ne peut ainsi parler d’un « vote des chômeurs », puisque ces derniers ne constituent pas, loin s’en faut, un électorat homogène), mais indirects et contextuels : ces effets se font par exemple sentir de façon plus large par le biais de l’intériorisation de rapports insécurisés au monde social, ou par l’intermédiaire de sentiments et d’anticipations de déclassement qui touchent une population plus large que les seuls chômeurs et précaires.

Lire la suite sur métropolitiques

Mots-clefs :, , , , , , ,