http://aglamiettes.canalblog.com/archives/2011/10/20/22418877.html

par Sébastien Vignon, le 09/05/2012

Comment expliquer le succès du Front national en milieu rural ? Dans un contexte marqué par la déstructuration des formes locales de sociabilité, la vigueur des votes frontistes découle en grande partie de la mobilisation de candidats autochtones s’appuyant sur la revitalisation de lieux de sociabilités à l’abri des diverses sources de fragilisation sociale.

Depuis le 21 avril 2002, le vote Front national, jusque-là présenté comme un vote essentiellement « urbain », enregistre ses scores les plus élevés loin des grandes villes, quel que soit le scrutin pris en considération. Le décollage du parti de Jean-Marie Le Pen dans les campagnes est souvent présenté depuis comme une « nouvelle » tendance de fond dans la société française. Mais, par-delà le sensationnalisme dans lequel baignent les discours sur les « extrêmes », les interprétations surplombantes fréquemment mobilisées pour rendre compte des scores « ruraux » de cette formation ont un rendement explicatif faible, entravant un peu plus sa compréhension. Cette contribution vise à montrer que c’est au contraire par un souci de contextualisation et de ré-encastrement du politique dans l’épaisseur du social que l’on peut comprendre tous les sens des votes frontistes. Centrée sur une enquête dans la Somme, département caractérisé par une sur-représentation du vote FN dans les petites communes, elle souligne le rôle central joué par la transformation des sociabilités concrètes dans l’inscription rurale des votes frontistes.

L’inconnue de l’équation FN : ruralité et vote d’extrême droite

À l’issue du premier tour de la présidentielle de 2002, le succès électoral de Jean-Marie Le Pen dans les mondes ruraux attire toutes les attentions et suscite de nombreuses interprétations. Les localiers dépêchés sur les lieux du « scandale » électoral témoignent de l’incrédulité générale et avancent quelques explications : fantasmes sécuritaires, chômage, projet contesté de construction d’un aéroport, allergie fiscale de travailleurs indépendants, tradition électorale, etc. Plus sérieusement, des spécialistes de sociologie électorale ainsi que certains géographes proposent, comme à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle de 2012, des analyses statistiques qui engendrent pourtant de nombreuses insatisfactions.

En effet, l’objectivation quantitative ne permet guère de différencier des types de ruralité hétérogènes ni d’interpréter des faisceaux de causalités imbriquées et donc nécessairement complexes. On s’éloigne ainsi bien souvent d’une véritable sociologie politique de la diversité rurale. Pire, certaines analyses reposent sur un présupposé normatif fortement empreint d’ethnocentrisme : l’« autoritarisme » supposé des classes populaires [1]. Le faible degré de sophistication culturelle et politique, mesuré au travers du seul niveau de diplôme possédé, couplé à la vulnérabilité économique (notamment par la faiblesse des revenus et l’exposition au chômage et à la précarité) rendraient ainsi compte des attitudes xénophobes et « fermées » (c’est-à-dire rétives au changement et à la modernisation) des ruraux ; attitudes dont le débouché électoral logique serait le vote pour un parti lui-même xénophobe et fermé (le FN). À la limite, la distinction entre les mondes ruraux et l’univers urbain perd alors toute pertinence puisque, d’un point de vue électoral, c’est bien l’appartenance populaire qui pose problème(s). Le risque de dérapage normatif est d’autant plus important que les méthodes quantitatives désencastrent les comportements électoraux de leur substrat social (Pierru et Vignon 2007 ; 2008).

Or, au-delà du jeu des variables liées à l’appartenance sociale, la compréhension des succès électoraux du FN en zone rurale ne peut se faire sans une étude minutieuse des configurations sociales et territoriales spécifiques dans lesquelles ces votes « extrêmes » prennent sens. En effet, une fois mises de côté les facilités de l’explication par « l’autoritarisme » et les attitudes « fermées » des classes populaires rurales [2], il ne fait guère de doute que c’est dans la (dé)structuration des rapports sociaux et la crise des sociabilités populaires que réside la clef de ces résultats électoraux. Comme l’a montré Emmanuel Pierru (2005), il faut se méfier des interprétations mécanistes « globales » du vote : si le chômage et la précarité exercent des effets politiques, ceux-ci ne sont pas directs (on ne peut ainsi parler d’un « vote des chômeurs », puisque ces derniers ne constituent pas, loin s’en faut, un électorat homogène), mais indirects et contextuels : ces effets se font par exemple sentir de façon plus large par le biais de l’intériorisation de rapports insécurisés au monde social, ou par l’intermédiaire de sentiments et d’anticipations de déclassement qui touchent une population plus large que les seuls chômeurs et précaires.

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De nouvelles configurations spatiales pour l’intégration urbaine

Carte extraite de Villes mondiales, les nouveaux lieux de pouvoir. Les grands dossiers des Sciences Humaines, N°17, décembre 2009.

par Saskia Sassen [02-05-2012]

Les grands ensembles métropolitains peuvent-ils être soutenables ? Étudiant deux configurations émergentes, la mégarégion et la ville globale, la sociologue Saskia Sassen explore les voies d’un partage plus équitable des bénéfices à l’échelle des grandes conurbations urbaines. Elle appelle à inventer les nouveaux outils analytiques qui permettront de penser l’autosuffisance sans l’exclusion, la stimulation sans la destruction, la globalisation sans l’annihilation de la diversité.

Les transformations majeures de l’activité économique, en termes d’échelles, d’espaces et de contenus, sont à l’origine de nouvelles configurations spatiales [1]. Les villes globales et les mégarégions comptent ainsi parmi les plus remarquables de ces nouveaux modèles. L’émergence de ces nouvelles formes urbaines est d’autant plus importante à observer que les régions urbaines sont désormais reconnues comme des espaces stratégiques à même de se confronter à la question de la durabilité environnementale de même qu’à celle, connexe, de la relocalisation de la production au plus près de la demande ; on peut prendre pour exemples la production alimentaire et les emplois, délocalisés vers des pays où les coûts sont moins élevés, avec pour effet d’augmenter l’impact environnemental. Ces nouveaux schémas et ces nouvelles contraintes nous imposent également de revoir notre compréhension des choses et nos cadres politiques, afin de pouvoir nous ajuster à ces nouvelles configurations spatiales, en développant pleinement leurs atouts et leur potentiel distributif.

Même si les mégarégions et les villes globales constituent des situations différentes, je voudrais montrer ici que leur étude permet d’identifier des dynamiques similaires qui sont à l’œuvre dans chacune d’elles. Deux de ces dynamiques ressortent particulièrement. La première concerne les changements d’échelles opérés au sein de ces configurations et leurs conséquences – ici l’échelle mégarégionale et l’échelle globale. La deuxième dynamique résulte des interactions entre la dispersion géographique et les nouvelles économies d’agglomérations, qui agissent au sein des mégarégions et au sein d’un espace global qui regroupe plus d’une centaine de villes globales.

Sur le plan environnemental, les villes comptent parmi les principaux utilisateurs de ressources mondiales ; elles fabriquent de nouvelles géographies d’extraction et de destruction qui affectent toute la planète. Cette logique est poussée à l’extrême dans le cas des villes globales. Relocaliser la production des besoins primaires est désormais une urgence – pourquoi importer de Chine ce qui pourrait être produit au sein même des mégarégions qui entourent les villes. Cela signifierait que les villes ne seraient plus considérées comme faisant simplement partie des mégarégions, mais comme des éléments constitutifs de celles-ci, contribuant à leur équilibre et leur dynamisme d’ensemble. Ce processus donnerait lieu, selon moi, à une redistribution plus équitable des bénéfices de la croissance, grâce à laquelle les lieux de pauvreté cesseraient de s’appauvrir constamment comme c’est souvent le cas de nos jours, et profiteraient plus de la croissance. De manière plus générale encore, la croissance serait mieux répartie, nous permettant ainsi d’évoluer vers une situation où ce sont les principales questions environnementales qui détermineraient ce que nous produisons et comment nous le produisons.

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par Nicolas Roinsard [08-05-2012]

Mayotte a rejoint les rangs des départements français en 2011. Passé presqu’inaperçu, l’événement signale une intégration commencée dans les années 1970 mais qui devra être promue de longues années encore. Le cas de cette petite île de l’océan Indien pose avec force la question d’une sortie des modes de gouvernances coloniaux dans les outre-mer français.

Si 2011 a été « l’Année des Outre-Mer » du point de vue commémoratif, elle aura été, pour Mayotte, une année singulièrement marquante sur le plan social et politique. L’histoire retiendra probablement deux évènements majeurs : la naissance d’un 101e département français et cinquième département d’Outre-mer (DOM) d’une part, et un long et dur mouvement social « contre la vie chère » d’autre part. Ces deux évènements – qui auront donné l’occasion aux médias nationaux de s’intéresser à cette terre française depuis 171 ans… et pourtant si étrangère aux yeux de bien des Français – illustrent les transformations profondes que connaît aujourd’hui « l’île hippocampe ». Située dans le canal du Mozambique, à mi-chemin de Madagascar et de la côte swahilie de l’Afrique orientale, l’île de Mayotte – nourrie de références historiques et culturelles comoriennes, malgaches, africaines et arabo-musulmanes – vit actuellement de nombreux changements sociaux et économiques largement attribuables à un processus d’intégration politique commencé il y a plus de trois décennies.

En accédant, de manière progressive, au statut de département, Mayotte connaît en effet un développement de type exogène qui repose sur une mise aux normes françaises du droit, du système de santé, des infrastructures, des logements, du système éducatif, du marché du travail, des rapports économiques (encouragés à devenir des rapports marchands), etc. Si la départementalisation, dans une première acception du terme, s’apparente avant tout à une transformation politique des modes et principes de gouvernance d’un territoire accédant au statut de département français, elle désigne, sur le plan sociologique, les profondes transformations sociales, économiques et culturelles occasionnées par ce processus d’intégration politique, et le temps long de ces transformations (Constant et Daniel, 1997 ; Roinsard, 2012). Elle constitue aussi un fait postcolonial au sens défini par N. Lazarus (2006) d’une mainmise des grandes nations de l’Occident sur les modes de représentation, de gestion politique et de développement économique des anciennes colonies, qu’elles aient connues ou non l’indépendance politique. Une mainmise qui – et c’est une des caractéristiques majeures du fait postcolonial tel que nous l’entendons ici – n’empêche pas la société dominée de développer diverses formes de résistances et d’ajustements destinées à amortir le coût social et culturel d’une assimilation assumée pour ses promesses égalitaires avec la métropole, mais observée avec réserve dès lors qu’elle modifie sensiblement certains des modes traditionnels de régulation sociale.

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http://cahiers-et-livres.eklablog.com/geographie-espace-c530171

Amis hypokhâgneux, vous rêviez d’un vocabulaire de géographie. Voici une bonne base de départ :

http://www.mediatheque-fm6.ma/index2.php?option=com_docman&task=doc_view&gid=785&Itemid=78

à compléter avec le glossaire de géoconfluences de l’ENS Lyon

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par Violaine Girard, le 30/04/2012

http://territoires2040.datar.gouv.fr/spip.php?article61&revue=1

Davantage portés à droite ou à l’extrême-droite, les votes périurbains suscitent un intérêt croissant. Leur interprétation laisse pourtant souvent insatisfait : plutôt que le déclassement ou la relégation, Violaine Girard montre que ces votes traduisent les profondes transformations qui affectent depuis plusieurs décennies les fractions stables des milieux populaires.

Alors qu’ils sont longtemps demeurés absents des représentations communes, les territoires périurbains font l’objet d’une attention croissante, notamment à l’occasion des échéances électorales nationales. À l’issue des présidentielles de 2007, les votes des pavillonnaires, dont bon nombre seraient acquis à Nicolas Sarkozy, ont ainsi été opposés à ceux enregistrés dans les banlieues, plus souvent favorables à la gauche (Cartier et al. 2008). À l’occasion des élections de 2012, la presse consacre à nouveau de nombreux articles à ces territoires, étroitement associés aux ménages « modestes » qui s’y installent en achetant un pavillon individuel [1]. Dans ces zones résidentielles, les ouvriers et employés seraient largement favorables à la droite et bien souvent convertis au vote Front national [2]. Et, pour expliquer un tel constat, c’est la thèse de la relégation des ménages périurbains qui est convoquée. Selon le géographe Christophe Guilluy, ces ménages seraient les « oubliés » de la « France périphérique », auraient « le sentiment de subir la mondialisation » et vivraient, en marge de la métropolisation, « une profonde crise identitaire et culturelle » [3]. Or, ce type d’explication, aussi évocateur soit-il, apparaît bien trop simplificateur. En rapportant ces votes aux « frustrations sociales » de catégories modestes qui seraient reléguées loin des métropoles, il tend à homogénéiser des situations en réalité très diversifiées. Surtout, en insistant sur la thèse du déclassement, il empêche de voir les profondes transformations sociales qui affectent les classes populaires depuis une trentaine d’années, en matière de rapport à l’emploi et au travail, mais aussi de trajectoires sociales et résidentielles. À partir d’une enquête dans un espace périurbain populaire d’une grande agglomération, il est possible de revenir sur ces interprétations.

Une vision simplificatrice des espaces périurbains et des classes populaires

Si cette interprétation des votes à droite des périurbains semble désormais largement répandue, elle comporte de nombreux écueils sur lesquels il convient de revenir. Tout d’abord, l’approche par « gradient d’urbanité », basée sur l’addition des votes en fonction de l’éloignement des lieux de résidence au centre des agglomérations, fait l’objet de nombreuses critiques méthodologiques : retenir comme seul critère de variation des votes la « distance à la ville » revient en effet à agréger des données disparates, sans tenir compte de la diversité des territoires considérés (Bussi et al. 2011). Ce critère apparaît fort réducteur, au regard de la complexité des configurations électorales périurbaines, mise en évidence par les travaux statistiques de Jean Rivière (2011). Uniquement construit à partir des pourcentages de suffrages exprimés, il laisse enfin de côté la question des effectifs réels des votants, qui permettrait sans doute de nuancer l’importance des votes FN dans les communes rurales du périurbain, comme le relève Guy Burgel [4]. Une telle approche semble ainsi largement spéculative, surtout lorsque l’on sait que l’étude empirique sérieuse des votes FN recèle de nombreuses difficultés, liées notamment à la forte volatilité de ces votes, qui empêche de parler d’un « électorat » régulier et acquis à ce parti (Lehingue 2003).

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http://www.metropolitiques.eu/Les-votes-a-droite-en-periurbain.html

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