La tentation du bitume. Où s’arrêtera l’étalement urbain ? Eric Hamelin, Olivier Razemon. Rue de l’échiquier, 2012. 221 pages. 14€

Les éditions Rue de l’échiquier font leur entrée dans la Cliothèque de géographie avec cet ouvrage de géographie urbaine. Issue de la collection Les petits ruisseaux (« des livres pour avoir des idées claires sur des sujets d’actualité dans le domaine de l’environnement et du développement durable »), ce volume vise à faire le point sur la question de l’étalement urbain. Un sociologue urbaniste, Eric Hamelin et un journaliste free-lance, Olivier Razemon s’attaquent à cette épineuse question.

Préfacé par Roland Castro, architecte militant, père de l’Utopie concrète, l’ouvrage débute sur un exercice de géographie fiction : la France en 2037. « Les quelques premiers 250 km du trajet forment un paysage assez monotone. Sidonie observe les hangars de métal voués au petit et au gros commerce, les pavillons multicolores, les « parcs naturels citadins » et les plateformes artisanales. Rares sont les champs, les vaches et les vrais morceaux de nature. L’agriculture a été reléguée loin de là, dans des exploitations hors-sol où les champs sont empilés les uns sur les autres, ou alors dans les pays pauvres, où les grandes puissances ont acheté des millions d’hectares de terres cultivables. » Effrayant ! puisque cet étalement urbain s’accompagne d’un phénomène de ségrégation spatiale, matérialisé par un code couleur de drapeaux. Des exercices semblables à celui-ci figurent dans le livre. Ainsi, en est-il d’un exercice de comparaison d’annonces immobilières de biens situés dans le périurbain ou en centre-ville ! Le tout, pour faire prendre conscience qu’il vaut mieux avoir un espace un plus petit en ville mais avec tout sur place qu’un peu plus d’espace mais loin de la ville. Les auteurs usent de tous les moyens pour nous faire prendre conscience qu’habiter dans le périurbain est un mauvais choix : « (…) songez d’urgence à vous exercer au maniement d’une tondeuse à gazon. Aurez-vous envie de renouveler cette pratique deux ou trois heures chaque semaine, de mars à octobre, voire en plein froid hivernal ? Si cela ne vous fait pas peur, pensez à vos enfants, qui, bientôt, deviendront adolescents. » Si vous n’êtes pas convaincus, relisez donc, comme vous l’invite la courte bibliographie, le tome 4 des Bidochon dans lequel ils deviennent « Propriétaire ! » d’un pavillon situé sur une ancienne décharge !

Si l’objectif affiché de l’ouvrage est de démonter les idées reçues sur l’étalement urbain, il s’avère à sa lecture que le parti-pris des auteurs est certain. Comme tous les volumes de la collection, le plan s’organise de la manière qui suit : les faits, les causes, les enjeux, les perspectives. C’est un plan qui se veut objectif, ce qui n’empêche pas les auteurs d’utiliser un ton très engagé. Ils usent pour cela un vocabulaire coloré, mettant en scène des situations caricaturales (et véhiculent en cela les idées reçues qu’ils voulaient démonter !) de la vie dans les lotissements périurbains. Les entrées de ville sont fustigées ainsi que la croissance des zones périphériques (« boomburbs » vulgarisées dans la presse par Laurent Chalard). Il en ressort une vision pessimiste de l’étalement urbain et le lecteur en vient à se demander si la France de 2037, décrite dans l’exercice de science fiction, n’est pas déjà réalité en 2012. Si la première partie consacrée aux faits est la plus polémique, il faut reconnaitre aux auteurs de bonnes analyses dans les parties suivantes. Ainsi, en est-il de la réflexion sur les noms de rues donnés dans les lotissements (fortement marqués par les références bucoliques et champêtres), de la mise en perspective de la place des infrastructures comme du COS (coefficient d’occupation des sols) dans la consommation de l’espace. Le ton est engagé et un discours anti croissance fleure de temps en temps au fil du texte. Des responsables de l’étalement urbain sont identifiés : le « mille-feuille administratif » et plus particulièrement le maire, qui détient le formidable pouvoir d’accorder des permis de construire. Le mode de vie périurbain est montré du doigt tout au long de l’ouvrage, chiffres à l’appui. Ainsi, les auteurs rappellent qu’un périurbain produit deux à trois fois plus de Co2 qu’un habitant du centre-ville. Si cela est vrai, il est toutefois nécessaire de changer d’échelle. En effet, l’habitant du centre-ville n’est peut être pas un mauvais citoyen la semaine mais il produit sa dose de Co2 le week-end. Ayant soif de nature, d’espace ou de dépaysement, il bouge davantage que le périurbain, qui reste plus chez lui le week-end, car il y est mieux. Globalement, l’Homme, tout au long de l’ouvrage, est vu comme un prédateur et cela achève de lasser au fil des pages. Dans le cadre d’une projection future, les auteurs évoquent la dégradation du périurbain et comparent leur avenir au sort des grands ensembles construits au temps des « Trente Glorieuses ». Si vous avez encore envie d’acheter un pavillon en périphérie après tout cela, votre cas est désespéré !

La dernière partie de l’ouvrage est consacrée aux solutions à mettre en œuvre. Après avoir tant décrié le périurbain, la lectrice est heureuse de lire : « Et si dénoncer les zones pavillonnaires c’était, finalement une lubie de citadin teintée de mépris social ? » Une batterie de solutions est proposée. Certaines sont intéressantes mais sont encore loin de la réalité. Le VSD (versement pour sous-densité) est construit sur le même principe que la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbain). Les communes qui auraient un COS trop faible se verrait imposer une amende. D’autres solutions sont exposées et tiennent en quelques verbes d’action : empiler (ce que fait Roland Castro à Gennevilliers en proposant des appartements avec jardins), recycler (les friches industrielles), partager (des équipements sur le modèle original de la Cité radieuse de Le Corbusier), densifier (phénomène Bimby « Build in my backyard »), empêcher et réduire (l’accès des lieux aux automobiles), réorganiser – fusionner les communes (une commune par aire urbaine, et tant pis si cela ne plaît pas aux élus locaux ! L’Eglise catholique a bien fait cela pour pallier la baisse d’affluence). Les auteurs vont même jusqu’à remettre en cause la propriété en proposant la mise en place de baux emphytéotiques ! Ces mesures révolutionnaires ne pourront, d’après les auteurs, devenir réalité que dans un contexte de « crises graves mais salutaires » ou pour le dire autrement : « Rien de mieux qu’une bonne guerre ! » pour lutter contre l’étalement urbain !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

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Sylvie Brunel. Géographie amoureuse du monde, 2011

            Sylvie Brunel est une géographeéconomiste et écrivain française. Elle a travaillé pendant plus de quinze années dans l’humanitaire (Médecins sans frontièresAction contre la faim). Elle est à ce jour professeur de l’Université Paris IV-Sorbonne.

            Son livre Géographie amoureuse du monde, remet en question une vision pessimiste du monde.

            Dans ce Huitième chapitre, elle écrit sur un thème qui lui est cher : L’Afrique. Après une présentation géographique de ce continent, et de sa diversité, elle nous raconte l’Afrique telle qu’elle l’a vue, montrant sa beauté et sa douceur, mêlées à la brutalité et à la violence. Maintenant nous parlons de « rising Africa »

            Elle décrit l’histoire de l’Afrique depuis sa décolonisation. Tous les espoirs sont en Afrique, qui ne seront jamais accomplis,  en raison de la guerre Froide qui soutient des dictateurs oubliant l’agriculture. Le manque d’aide rend les populations vulnérables aux changements climatiques. L’ingérence économique est déclarée dans les années  80.

            A la chute de l’URSS, les dictateurs perdent leurs soutiens, c’est l’ingérence politique. Mais la démocratie trop soudaine aboutit à des guerres civiles. L’aide humanitaire remplace l’aide stratégique. Les services publics disparaissent, des écoles évangéliques ou coraniques les remplacent.

            En août 1998 les ambassades américaines du Kenya et de la Tanzanie ont subi des attentats, revendiqués par Al Qaida. Les Etats-Unis prennent conscience d’une Afrique mondialisée, et de ses enjeux.

            L’Afrique devient une sorte de terre promise. Mais en vue d’une économie saine, l’Afrique doit sortir de la « décennie du chaos ». Les « démocratures » sont nées. Ce sont des régimes forts qui ont l’aspect d’une démocratie : la démocratie n’étant plus défendue que par la France (la Chine ne met pas de conditions institutionnelles à son intervention économique sur le continent).

            L’Afrique obtient des investissements (50 milliards de dollars dans cette dernière décennie) et des aides humanitaires contre les pandémies.

            C’est une des terre les plus riches du monde, d’où l’enjeu qu’elle représente. Elle possède la rente bleue (hydroélectricité), la rente noire (12% des réserves de pétrole), la rente jaune (le soleil), la rente géothermique (le rift), et la rente verte. L’Afrique possède 60% des réserves de terres, seulement 10% sont utilisées actuellement, avec une faible rentabilité. (1 tonne par hectare)

            Les pays manquant de terre, se précipitent sur ces terres, et délocalisent. Ceci est vu par les occidentaux, comme une dépossession des terres et des ressources.

            Ces états tout-puissants sont bien souvent indifférents au sort des paysans, grands perdants du « décollage africain ».

            Ces mesures permettent à l’Afrique de posséder des taux de croissance comparables à la Chine. De plus L’Afrique attire le tourisme, nouvel Eldorado.

            Il faut préserver cette éden contre l’irresponsabilité des africains. C’est le syndrome Tarzan. L’Afrique est accusée d’ingérence écologique. Pourtant si on lit Tintin au Congo on s’aperçoit que les occidentaux procédaient à de véritables massacres.

            Aujourd’hui 14% du continent est classé. Les ouvertures des parcs nationaux empêchent les villes de s’étendre et les migrants s’entassent dans des quartiers précaires.

            Sylvie Brunel se demande alors, si l’Afrique restera la banlieue du monde. On peut observer l’émergence d’une classe moyenne de 300 millions d’individus, mais la moitié de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté.

            De plus les démocratures sont accusées de détourner l’argent. Les famines sont d’ailleurs un indicateur de l’état de la politique, révélatrices des dysfonctionnements politiques. Mais permettent des « primes d’urgence ».

            Ce chapitre montre la diversité de l’Afrique. Il expose la vue biaisée occidentale, notre responsabilité et nos erreurs.  En cela elle  arrive à changer quelque peu notre vision. Cependant sa position n’apparait pas clairement, elle se montre dubitative sur la « rising Africa » est incertain. Pourtant elle tente d’apporter des solutions, par exemple pour les famines, et surtout pour réduire les inégalités : « Seules de véritables politiques visant à rééquilibrer les territoires », permettront que les jeunes voient  leur futur en Afrique.

Livia Haulot, HK/AL

 

 

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La France
Territoires et aménagement face à la mondialisation – CAPES
Auteur :
Collection : Nouveaux continents
juin 2011

 

http://accesauxsoinspourtous.blogspot.com/2009_11_01_archive.html

La France, territoires et aménagement face à la mondialisation.

E. Bonnet Pineau, D. Acloque, A. Delpirou

Chapitre 8

Avec l’essor de l’agriculture productiviste et l’exode rural massif, on parle depuis longtemps de « crise rurale ». Pourtant, à cette apparente marginalisation socio-économique et désertification des campagnes, se superpose une récente reprise démographique qualifiée de véritable « renaissance ». L’espace rural ne se réorganise pas de façon identique à ce qu’il était mais se diversifie, se complexifie et pose de nouvelles questions.

 

I. La crise des campagnes.

1-   La « fin des paysans ».

Le premier constat est celui d’une réduction considérable des effectifs agricoles. A cela, plusieurs causes : la deuxième révolution agricole avec une mécanisation massive du secteur, une concentration des exploitations et leur spécialisation. En seconde conséquence, la modernisation étant un phénomène sélectif, on voit la disparition progressive des petites exploitations au profit des grandes exploitations.

2-   Une désertification de l’espace rural ?

- Un exode rural tardif mais massif.

L’exode rural touche tardivement la France par rapport aux autres pays européens. L’exode rural de la deuxième industrialisation vient bouleverser l’équilibre rural, et la désertification des campagnes  progresse de façon exponentielle. Apparaît alors la « diagonale du vide » qui regroupe les territoires intérieurs peu urbanisés particulièrement touchés.

- Les formes multiples de la déprise rurale.

Ce déclin démographique a des conséquences sur le dynamisme de ces espaces : la population baissant, les services et les équipement nationaux disparaissent. La fermeture des petites écoles entame la «mort des villages ». Autre conséquence : l’abandon des terres, avec près de 20% du territoire en friche actuellement. Enfin la déprise conduit à la décomposition des sociétés rurales et la perte de l’identité paysanne française : les espaces ruraux s’intègrent de plus en plus aux espaces urbanisés. Cette « citadinisation » traduit la porosité de la frontière entre villes et campagne et l’homogénéisation des pratiques et des comportements.

II. Voies et limites de la renaissance des espaces ruraux

1-   L’essor de la fonction résidentielle.

- Le rebond démographique

Après une phase critique de diminution démographique, la population rurale évolue désormais positivement. Cette progression s’explique par un solde migratoire positif lié à l’installation de populations urbaines dans les zones rurales.

- De la périurbanisation aux résidences secondaires

Les citadins s’approprient des auréoles urbaines de plus en plus lointaines : la périurbanisation. Les communes rurales intégrées aux bassins d’emplois, voient l’arrivée de « néo ruraux » qui cherchent un « retour au vert » mais continuent de travailler en ville.

- Un desserrement démographique en profondeur mais de nombreux espaces encore fragiles.

Le phénomène dépasse ces auréoles: la multiplication de résidences secondaires dans les espaces ruraux participe au dynamisme de ces zones plus éloignées. Toutefois les régions de la « diagonale du vide » ne bénéficient pas de cette « revitalisation ».

2-   Les usines aux champs ?

Il existe aujourd’hui de véritables « districts industriels ruraux », des réseaux d’entreprises solidaires souvent spécialisées autour d’une production. A ces zones spécialisées s’ajoutent de nombreuses délocalisations industrielles, encouragées par les collectivités locales, venues chercher de la main d’œuvre peu qualifiée disponible ou encore un environnement favorable pour leurs activités.

3-   Les fonctions récréatives et de loisirs, nouvelle chance pour l’espace rural ?

Le développement du tourisme dépend de l’existence d’un patrimoine culturel reconnu et de l’accessibilité par des axes de communication importants. La « mise en tourisme » de l’espace rural effectue ainsi une sélection au sein de l’espace rural  entre zones à monoactivité touristique totalement transformée par leurs activités et zones plus modestes de « tourisme  vert » diffus.

4-   Succès et limites des politiques d’aménagement rural.

Deux préoccupations majeures se dégagent du discours politique : la volonté d’un rééquilibrage du territoire à l’échelle nationale et celle de doter l’espace rural d’outils qui lui permettent de valoriser ses potentialités.

- Les politiques nationales : de la rénovation rurale aux pôles d’excellence rurale.

La sphère politique s’attaque à la répartition des biens et de services, au désenclavement des zones rurales grâce à la création de « zones de revitalisation rurale » notamment. Enfin, pour soutenir les initiatives locales, elle crée des pôles d’excellence rurale.

- L’essor du développement local.

On encourage l’intercommunalité pas des « contrats de pays ». Le terme de « pays » trouve une place légale comme ensemble dont les habitants partagent le même « espace vécu ». Ils ont pour vocation de fédérer les acteurs publics et privés vers un développement local.

- Le rôle de l’Union Européenne.

L’UE introduit la préoccupation du développement durable et accorde des crédits importants pour le maintien ou le développement de l’aménagement rural, même si le phénomène reste sélectif et participe encore à l’hétérogénéisation du secteur.

5-   Une ruralité réinventée ?

- L’inversion des valeurs.

Alors qu’avant les ruraux vivaient difficilement leur situation d’isolement, la vision actuelle est de ce choix de vie est positive. On parle de « néo localisme », caractérisé par la défense d’une identité liée à l’espace et l’entretien de celui-ci.

- Conflits et débats.

L’arrivée de néo-ruraux est facteurs de tensions, par le décalage social provoqué ou par l’élévation des prix de l’immobilier. On remet aussi en cause le discours politique traditionnel sur la ruralité : pourquoi privilégier une répartition égalitaire de la population et des équipements au lieu de privilégier une complémentarité ?

III. Des espaces ruraux aux dynamiques fortement différenciées.

De cette diversification de la campagne française s’impose une nouvelle typologie.

1-   Les « campagnes agricoles ».

Campagnes d’agriculture modernisée intensive, intégrée à l’UE, peu peuplée et peu équipée mais prospère économiquement.

2-   Les « campagnes fragilisées ».

Zones en difficulté ayant peu résisté aux industrialisations et à la logique productiviste qui connaissent un vieillissement de la population, avancée des friches, déclin des activités non agricoles etc.

3-   Les « campagnes des villes ».

Auréoles autour des grandes agglomérations, à la croissance démographique forte, à la diversité sociale à population mobile et au paysage transformé (traditionnel et lotissements neufs).

4-   Les « campagnes diversifiées ».

- Les campagnes touristiques :

La haute montagne, espace de loisir dominé par la ville, les « arrières pays » méditerranéens réhabilités en résidences secondaires.

- Les campagnes individuelles :

Zones industrielles de tradition ou par voie de reconversion, ex du Choletais.

En définitive, la phase de crise que connaît l’espace rural bouleverse son identité en profondeur : il y a une diversification progressive des activités et des réalités de ces espaces.

Commentaire : L’article est extrêmement clair, organisé et fluide. On cible rapidement le problème et ses enjeux. J’aurais aimé que les conséquences des changements de rapport entre ville et campagne sur l’identité rurale soient un peu plus développées, sur ce point, l’article restait une mise en appétit.

Léa Jeanjean, HK/BL

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Yves Colombel Daniel Oster (Dir).
La France : territoires et aménagement face à la mondialisation
Éditions Nathan, collection nouveaux continents, 320 pages, 30 juin 2011. 26,40 €

Au moment où les professeurs reçoivent les manuels de géographie de première, avec cette question sur la France qui reste dans le programme, la parution de cet ouvrage dans une collection de tous les titres ont été présentée sur La Cliothèque apparaît comme tout à fait bienvenue. Les qualités de la collection ont déjà été soulignées, notamment la clarté dans l’organisation des chapitres, l’originalité des cartes et des croquis, et la clarté de la mise en page. Cet ouvrage s’adresse principalement aux candidats au CAPES et à l’agrégation, mais il peut concerner les décideurs politiques ou plutôt leurs conseillers, en permettant de disposer d’une vision synthétique et précise sur les grands enjeux de l’aménagement du territoire. Cet ouvrage est sans doute l’un des premiers à véritablement avoir intégré les conséquences territoriales des lois de décentralisation qui ont commencé à être mises en oeuvre il y a près de 30 ans. Le premier chapitre traitant des dynamiques du territoire français entre héritage nouvelle fracture est incontestablement une très bonne synthèse des évolutions en cours. De façon paradoxale, si l’on peut considérer que les grands déséquilibres territoriaux traditionnels se sont atténués, si le clivage selon la ligne Le Havre Marseille est devenu moins perceptible, il n’en reste pas moins que certaines fractures au sein du territoire se sont accentuées.

Modification des perceptions

L’influence croissante des grandes villes de province semble avoir remis en cause l’hégémonie parisienne qui résiste toutefois. En 30 ans et équilibrages du territoire national s’est opéré. Les façades atlantiques et méditerranéennes ont connu un développement rapide mais il n’est pas pour autant homogène. Entre les métropoles régionales qui se sont affirmées, certaines villes moyennes qui commencent ou qui poursuivent une croissance spectaculaire, il peut exister des zones d’ombre, des villes qui, pour diverses raisons, ne parviennent pas à décoller. Certaines positions sont pourtant privilégiées, mais elles ne suffisent pas à favoriser le développement. C’est le cas de Perpignan dont la position frontalière ne semble pas suffisamment mise en valeur, c’est le cas de Béziers qui ne parvient pas à résoudre le double problème de l’attractivité de Montpellier et du développement rapide de la ville de Narbonne. Les lois de décentralisation ont pourtant donné une large autonomie aux exécutifs départementaux et régionaux, mais celles-ci ont pu générer des effets pervers en favorisant des féodalités locales, aux intérêts contradictoires. L’effet frontalier semble joué de façon beaucoup plus positive au nord et à l’est, grâce à la reconversion des vieux espaces industriels. Le processus d’urbanisation se poursuit toujours, il s’organise à partir des axes routiers et contribue à l’essor des mobilités. Toutefois, le moteur du développement dans de nombreuses régions reste l’économie résidentielle, qui s’appuie tout de même sur des transferts, comme les aides sociales et les pensions. Les transferts publics ont des conséquences de plus en plus visibles sur les disparités territoriales.

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Résumé : Historiens & Géographes n°411

J-P. Charvet réfléchit dans son article à l’existence, non pas d’un modèle unique d’agriculture durable, mais d’agricultures durables, qui répondent plus ou moins aux trois composantes de la durabilité (économique, environnemental et social). Il présente leurs intérêts et leur limites, et justifie la nécessité du développement d’agricultures raisonnées, à la fois écologiques et productives.

Jean-Paul Charvet est un professeur émérite de Géographie agricole et rurale à l’université de Paris Ouest (Nanterre – La Défense). Il est également le correspondant national de l’Académie d’Agriculture en France.

Dans l’article,

Il explique que le fait que les productions agricoles se développent sur des agrosystèmes (écosystèmes modifiés de façon plus ou moins importante par l’homme) implique l’impossible existence d’une agriculture durable, mais seulement l’existence d’agricultures qui sont plus ou moins proches d’une durabilité « idéale ».

La difficulté de lier à la fois productivité et durabilité dans la plupart des agricultures modernes constitue un obstacle à la durabilité de ces dernières. En effet, l’agriculture productiviste, fondée sur l’obsession du rendement, nie la composante environnementale, parfois même sociale du développement durable, en utilisant des engrais et des moyens de production polluants. L’agriculture biologique, quand à elle, bien qu’elle présente des avantages sur le plan de la gestion de l’environnement, se heurte à une incapacité de nourrir une quantité importante d’individus, car l’absence d’engrais chimiques affaiblit son rendement, d’autant que les pays qui la pratiquent massivement sont éloignés des principales régions consommatrices de produits agricoles « bio », ce qui implique des acheminements polluants.

L’agriculture biologique demeure toutefois proche du modèle idéal d’agriculture durable lorsqu’elle est pratiquée dans le cadre de petites exploitations. J-P Charvet classe les agricultures durables en fonction de l’ampleur de leurs ruptures par rapport à cet idéal dont l’agriculture biologique est la plus proche. Ainsi, dans cet ordre, il définit :

Les agricultures paysannes, impliquées dans des opérations de développement local qui visent à vivifier les campagnes. Elles ne s’interdisent cependant pas le recours à des intrants d’origine industrielle.

Les agricultures de qualités (labélisées qualité), qui génèrent des rémunérations de niveaux à la fois plus réguliers et plus élevés que les agricultures conventionnelles, mais qui n’écartent pas non plus le recours à des engrais chimiques (qu’elles essayent d’utiliser de façon raisonnée).

Les agricultures raisonnées, qui visent à la réduction de l’utilisation d’intrants industriels par une analyse plus précise des sols et de leur faune. Elles répondent à l’écoconditionnalité mise en place par la réforme de la PAC (2003) qui pousse à de meilleures pratiques, et soutient par ailleurs les agricultures paysannes dans le cadre du maintien de campagnes « vivantes ».

Les agricultures à haute valeur environnementale (HVE), encore au stade expérimental, mais qui ont pour objectif là aussi de concilier agriculture productive et rapport respectueux à l’environnement.

Les enjeux des agricultures durables résident dans la mise en place d’agricultures « écologiquement intensives », mais aujourd’hui, une réduction de plus de 30% des apports de pesticides par rapport à ceux de l’agriculture productiviste conduirait des baisses trop importantes en termes de rendement.

Il met enfin en avant 2 scénarios de prospectives qui répondent à la question de l’impact environnemental pour une population totalement nourrie en 2050 :

-          soit tendanciel, en continuité avec notre mode actuel de consommation, avec une bonne progression des rendements, mais un énorme recul des forêts tropicales

-          soit « normatif », avec une progression très limitée des rendements mais un recul moins important des forêts, essentiellement au détriment des pâturages.

Ils constituent des bases de réflexions, scénarios limites entre lesquels devraient se développer des agricultures « écologiquement intensives ».

Mise en perspective :

En Europe, la PAC, créée en 1963, réformée récemment, essaie de répondre à cet objectif à la fois environnemental, économique, et social, en sanctionnant financièrement les méthodes de l’agriculture intensive, au profit d’une agriculture durable – un défi définitivement difficile à relever.

François Yazbeck, HK/AL

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