Le Monde, 23/04/12

Ils sortent souvent la nuit, seuls ou en groupe. Ils semblent sans arme. Mais, au fond de leurs poches, de petites boules de terre s’entrechoquent. Des bombes à graines. Au prochain arrêt, l’air de rien, ils les lanceront sur le sol délaissé d’une friche urbaine. Avec un peu de chance, dans quelques jours, cet espace fleurira. Puis ils repartiront biner un chantier à l’abandon, entretenir les boutures d’un pied d’arbre ou végétaliser d’autres interstices dans le béton.

Leur combat a un nom : la guérilla jardinière. Inventé à New York dans les années 1970, le terme a retrouvé ses lettres de noblesse après la publication en 2003 d’un opus, On Guerrilla Gardening, devenu la bible des militants et traduit en français en 2010 chez l’éditeur alternatif Yves Michel.

L’auteur, Richard Reynolds, un professionnel de la publicité fan de jardinage, lui-même guérillero clandestin, y fait le point sur l’histoire du mouvement, ses valeurs, ses techniques. Le Britannique se consacre à cette activité qu’il retrace sur son site (Guerrillagardening.org) et donne des conférences sur le sujet dans le monde entier. Sa définition est toute prête : « La guérilla jardinière, c’est la culture sans autorisation de terrains qui ne vous appartiennent pas. » Une fertile occupation des sols abandonnés, en somme.

Dans les faits, les attaques ciblent surtout les espaces publics négligés. A Londres, les militants y plantent des massifs de fleurs. A Paris, ils préfèrent les potagers. L’art et la poésie ne sont jamais loin de ces séances de bêchage collectif et autogéré. Il suffit de suivre les tags en mousse qui grimpent le long des murs de ciment. Le Centre Georges-Pompidou à Paris ne s’y est pas trompé, qui organisait sur ce thème, l’hiver dernier, des ateliers lors de son exposition « Green Attitude ».

« FAIRE PASSER UN MESSAGE POLITIQUE »

Combien sont-ils dans le monde à s’en revendiquer ? Le chiffre de 60 000 militants circule, difficile à vérifier, car le cercle est mouvant. Il tend surtout à s’étendre. En France, le réseau va de Rennes à Bordeaux, de Lyon à Nantes. Le mardi 1er mai, ces groupes s’associeront à leurs camarades hors des frontières pour une « grande fête globale du jardinage illégal de tournesol » (International Sunflower Guerrilla Gardening Day). Plantations hautes en couleur assurées.

« Pour les militants à la marge, ces actions sont une façon provocante de faire passer un message politique sur la propriété, le vivre-ensemble et la nature », signale Richard Reynolds. Les membres de la plate-forme Guerrilla Gardening Paris se voient ainsi comme des résistants, plus tournés vers la critique de l’urbanisme contraint que vers l’embellissement du bitume. « Nous sommes proches du mouvement des peuples sans terres ailleurs dans le monde, précise Gabe, coordinateur de la plate-forme. L’idée est de s’approprier nos rues et d’agir pour un patrimoine plus diversifié des espaces verts. »

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Le Monde, 21/04/12

Maxime Laurent est sorti du lycée agricole de Nermont Châteaudun (Eure-et-Loir) en 2009, à 19 ans, baccalauréat en poche. Un mois plus tard, il chargeait les derniers camions d’outillage agricole. Direction la Roumanie, plus précisément Macesu de Sus, un village situé dans le sud-ouest du pays, à une dizaine de kilomètres du Danube.

Pourquoi ce choix ? « Mes parents gèrent une ferme de 300 hectares en Beauce, explique-t-il. Ils voulaient s’agrandir, mais ils se sont heurtés à deux préemptions des Safer [Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural]. Si, en France, on ne peut pas reprendre l’exploitation de son voisin, on arrête et on achète ailleurs, c’est tout. On ne peut pas attendre toute une vie pour que ça arrive. »

Le cas de Maxime Laurent est loin d’être isolé : la Roumanie, riche de quelque 15 millions d’hectares de terres cultivables, est en train de devenir le nouvel eldorado des agriculteurs en Europe. Des milliers de Français, Italiens, Espagnols, Britanniques, Allemands, Danois plient bagages et se ruent vers ce pays entré dans l’Union européenne (UE) en 2007, dans le but d’y implanter des exploitations.

« PLEIN DE CHOSES AVEC PEU DE MOYENS »

Les parents de Maxime ont investi dans le village de Macesu de Sus avec, en perspective, l’idée de profiter des eaux du Danube qui passe tout près du village. Leur fils, qui se destine depuis son plus jeune âge à l’agriculture – Maxime se passionne pour les tracteurs depuis l’âge de 4 ans -, ne pouvait rêver mieux. « Ici, à 19 ans, je me suis retrouvé à la tête d’une ferme de plus de 1 400 hectares. Pour faire en France ce que j’ai fait en Roumanie en trois ans, il aurait fallu deux ou trois générations. En France, on est sans arrêt confronté à l’Etat, et pour commencer, il faut une mise de fonds pharaonique. En Roumanie, on arrive à faire plein de choses avec très peu de moyens. »

A Macesu de Sus, il cultive blé, orge, tournesol et colza. Ses cinq employés gèrent quatre tracteurs, deux moissonneuses-batteuses et deux silos qu’ils ont amenés de France, ayant une capacité de stockage de 2 000 tonnes. Mais Maxime voit grand, et compte bientôt bénéficier des fonds que la Commission européenne destine à la remise à niveau de la Roumanie. Son projet devrait lui permettre d’augmenter de 7 000 tonnes la capacité de stockage et d’irriguer 500 hectares de terres supplémentaires.

Malgré les difficultés, il ne regrette rien. « Les premiers mois, j’étais un peu dépassé, confie-t-il. Les tracteurs ont travaillé jour et nuit pendant un mois et demi. Je me demandais ce que je faisais là, ça a été très dur, mais ça s’est calmé. Si j’étais resté en France, qu’est-ce que je ferais aujourd’hui ? J’aurais terminé mes études et trouvé un travail pour 1 200 euros par mois. Tu paies un loyer, tu manges, tu t’habilles, et à la fin du mois, il ne te reste plus rien. Ce n’est pas une vie, ça. »

2 000 EUROS L’HECTARE

Impossible de traverser la Roumanie sans croiser ces fermiers venus de l’Ouest qui réinventent l’agriculture de ce pays. Grâce à leur savoir-faire et à leurs investissements, l’agriculture roumaine a connu en 2011 une croissance de 11 %, et ce n’est qu’un début. Fini les terres en friche et la sensation d’abandon dans les campagnes.

Les Roumains vendent actuellement leurs terres agricoles pour 2 000 euros l’hectare en moyenne, un prix imbattable dans l’UE. Les subventions européennes, elles, s’élèvent à 180 euros par hectare, la moitié du montant que l’on peut obtenir en Europe de l’Ouest. Mais à partir de 2014 la nouvelle politique agricole commune (PAC) devrait mettre au même niveau l’ouest et l’est de l’Europe.

Pour acheter en Roumanie, un agriculteur occidental est obligé de créer une société dans le pays, mais, à partir de 2014, toute personne résidant dans l’UE pourra acquérir directement des terres. C’est pourquoi les fermiers se dépêchent d’acheter avant que la spéculation ne fasse exploser les prix.

Les plus pressés sont les Suisses, qui n’ont plus les moyens de payer plusieurs dizaines de milliers d’euros un hectare de terre helvétique. A Firiteaz, petit village situé dans l’ouest du pays, les Hani, originaires du canton de Lucerne, sont venus en famille il y a une dizaine d’années : le père, la mère, deux enfants et deux petits-enfants. Ils ont acheté 800 hectares de terre.

« En Europe occidentale, il n’y a plus de place pour les jeunes, regrette Christian Hani, 29 ans. Ici on peut construire quelque chose à partir de rien. Je crois que pour nous, les jeunes, c’est très important de créer quelque chose de neuf. »

« GRENIER DE L’EUROPE »

Le marché du bio est en plein boom en Europe de l’Ouest, et les Hani sont constamment en rupture de stock. Ils ont fait venir de Suisse leurs équipements : tracteurs, moissonneuses-batteuses, bref, ce qui est nécessaire pour faire de l’agriculture biologique à grande échelle.

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Territoires et aménagement face à la mondialisation – CAPES
Auteur : E. Bonnet Pineau, D. Acloque, A. Delpirou
Directeur : Y. Colombel, D. Oster
Collection : Nouveaux continents
juin 2011

 

Chapitre 4 :    Le développement durable : Territoires et aménagement face aux enjeux environnementaux

Depuis les années 1990, l’enjeu du développement durable est placé au centre des politiques d’aménagement, au moins dans les textes et les déclarations d’intention. Les politiques de transport et d’énergie sont les premières concernées, mais l’aménagement du territoire dans tous ses aspects est maintenant soumis aux objets de durabilité, même si tous les territoires français ne sont pas également concernés. Le territoire et l’aménagement français sont donc soumis à deux objectifs qui semblent contradictoires : le développement durable et l’efficacité et la rentabilité des politiques d’aménagement. Les auteurs ont décidé de confronter le développement durable, les enjeux environnementaux et le territoire et son aménagement selon trois grands axes.

Tout d’abord ils montrent que le développement durable est un impératif réaffirmé dans toutes les politiques d’aménagement, comme le témoigne la montée en puissance des organismes s’occupant de l’environnement, avec par exemple le ministère de l’environnement qui devient un ministère à part entière en 1981, l’adoption de la charte de l’environnement en 2004 et son intégration, en 2005, au préambule de la Constitution, mise au même pied que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, ou encore la création du Grenelle de l’environnement.

 

ð  La montée en puissance de l’enjeu environnemental dans la politique territoriale est visible également par la tentative de conciliation des politiques des transports, de l’énergie et celle du développement durable : L’intégration des objectifs du développement durable à la production et à la consommation d’énergie s’est largement substituée à l’impératif d’indépendance énergétique qui prévalait depuis le choc pétrolier. Les deux peuvent aller de pair : la réduction constante de la part du pétrole, de 2/3 de la consommation en 1973 à 1/3 depuis 2005, a été une priorité constante, et c’est surtout l’effort d’équipement en centrales nucléaires qui en est responsable. Mais le choix nucléaire est responsable du retard français en matière d’énergies renouvelables, car elles sont restées marginales. La France doit impérativement développer ces énergies renouvelables car la directive européenne électricité renouvelable lui fixe un objectif de 21% de la production énergétique en 2010, alors qu’elle n’est que de 13% en 2007. Cette volonté de développement durable a aussi un impact sur les politiques de transport : dans un contexte général de stabilisation de la conso énergétique, les transports accroissent leur conso de 1,3% par an depuis 1990 et représentent le 2ème poste de la conso énergétique finale. Le secteur des transports a d’ailleurs une position intermédiaire étant devenu indiscutablement l’enjeu proclamé de toutes les politiques énergétiques et de transports, et étant au cœur de tout projet d’aménagement du territoire.

ð  Le développement est aujourd’hui un tel impératif des politiques d’aménagement du territoire qu’on parle même d’un aménagement durable du territoire, réalisable grâce à des projets d’aménagement intégrés. Ces projets d’aménagements intègrent, en effet, d’autres dimensions de la durabilité : impacts mesurés sur les habitats naturels, respect de la biodiversité, et importance de la « renaturalisation » ds les projets, et la loi Barnier a fait du développement durable l’enjeu explicite de l’aménagement du territoire, dont l’État est le garant et l’acteur essentiel. Mais la modestie de ces projets est nécessaire.

 

ð  Le deuxième axe d’étude est l’importance de la protection de certains territoires français, en particulier les littoraux et les montagnes, qui bénéficient tous deux de législations et d’enjeux particuliers. La Loi littoral de 1986 a, en effet, un double objectif de développement et de protection des espaces littoraux : développer l’activité littorale non aquacole et favoriser le dvpt des activités aquatiques. L’objectif est accompli, même si cette loi a été entourée de polémiques dans les années 2000 (ONG soulignant les limites de son action de protection, élus locaux et professionnels du tourisme réclamant son assouplissement au nom du dvpt littoral) et même si la loi n’a pu que « freiner l’urbanisation, la périurbanisation et la fragmentation écologique du littoral ». De même pour la montagne, avec la Loi montagne, promulguée en janvier 1985, qui a un double versant : la promotion des activités montagnardes et encadrement de l’urbanisation pour la protection des sites.

ð  Cependant, les auteurs mettent en avant le fait que la protection et le développement sont deux enjeux antagonistes dont l’évolution se déroule au gré de conflits et de compromis, comme ce fut le cas des parcs nationaux alpins ; « L’affaire de la Vanoise » fût le premier conflit environnemental en France, opposant les sociétés des remontées mécaniques aux gestionnaires du parc. Néanmoins, aujourd’hui, les compromis et l’orientation corrélative vers le développement durable dominent avec la mise en pace de la possibilité pour les élus locaux de gérer les espaces protégés par l’intermédiaire de leur présence dans les établissements publics, et le rôle des syndicaux intercommunaux, qui intègrent de plus en plus la protection au développement touristique. Certains environnements restent cependant toujours menacés, comme l’espace touristique montagnard, qui est le plus soumis à la multiplication des équipements, bien que l’urbanisation soit + ou – sous contrôle.

La clé du développement durable des espaces ruraux de faible densité est tout de même trouvée et serait la protection raisonnée, comprenant notamment la création de parc naturels régionaux . Ce développement passerait le plus souvent par le soutien aux entreprises touristiques, artisanales et agricoles, la promotion de services et produits de qualités, labellisés par le parc. L’essentiel tourne autour du tourisme vert , voire d’un éco-tourisme appuyé par la réalisation d’écomusées, de maisons du parc, de musées des pratiques agricoles et aussi la promotion d’une agriculture de filières de qualités labellisées par des AOC, ou le simple label du parc.

Ainsi, l’alliance du désenclavement, de la protection des paysages, de la promotion de filières agricoles labellisées, et de la valorisation touristique se présente comme un modèle de dvpt durable des espaces ruraux. Toutefois, les ressorts de ce type de développement durable ne peuvent concerner les territoires qui sont confrontés à une forte pression urbaine et/ou à des modes de production intensifs.

 

ð  Le troisième axe d’étude de cette dualité développement durable / aménagement du territoire concerne les enjeux du développement durable dans les territoires d’utilisation intensive, qui sont les territoires qui posent le plus de problèmes en matière de respect de l’environnement. Tout d’abord, la difficile mutation des territoires d’agriculture intensive vers le développement durable est démontrée : 44% du territoire est soumis à des épandages excessifs d’engrais et de rejets d’élevage, mais il existe d’autres sources de dégâts environnementaux comme le déversement de pesticides, d’herbicides, le poids de l’extension des labours, le prélèvement excessif sur les nappes aquifères pour l’irrigation… Des mesures sont mises en place comme la première réforme du PAC en 1992, qui introduit l’impératif de durabilité. La solution serait l’agriculture raisonnée, qui connaît une importante promotion, mais qui ne concerne que moins de 20% des exploitations en tout en 2002 et est souvent dénoncée comme une forme d’adaptation de l’agriculture traditionnelle. Les expériences sont nombreuses comme la technique de culture sans labours qui permet de diminuer carburants et s’avère favorable à la biodiversité ainsi qu’à la lutte contre l’érosion des sols, mais les conditions économiques (malgré les labels), les mentalités, et bcp d’autres facteurs limitent la diffusion de techniques alternatives.  Le Grenelle a alors établi des objectifs en matière agricole comme la hausse du bio dans tous les domaines (production et consommation) ou la mise en place de mesures et d’évaluation de toxicité (indice Nodu).

ð  Mais le lieu géographique qui pose le plus de problèmes en matière de développement durable et de respect de l’environnement est bel et bien la ville : Les résidentiels-tertiaires représentent la 1ère position de la consommation énergétique, devant les transports avec 43,6% de la consommation totale, selon les données pour 2007, et ce pourcentage est en hausse régulière depuis 30 ans. En résumé, les villes sont coûteuses en espace, en énergies et en eau. Les enjeux sont les transports, la distribution de l’eau, la collecte et le traitement des déchets à repenser, qui ont des impacts négatifs nombreux. La seule solution viable semble l’évolution des villes vers un modèle de ville durable, avec la création d’écoquartiers, de villes vertes, la revégétalisation pour des villes plus neutres en carbone. Mais pour une ville durable, il faudrait repenser plus largement les modèles urbains comme renoncement au zonage, densification de l’habitat périphérique, agglomérations multipolaires, extension des superficies  végétalisées, extension des réseaux de transport, toutes ces réflexions étant actuellement menées par le Grenelle, qui fait de la ville une priorité.

Ce chapitre présente bien les enjeux de l’association développement durable – aménagement du territoire, qui vont de plus en plus de pair depuis les années 1990, et les événements actuels et contemporains qui nous amènent à nous demander comment concilier développement durable et efficacité des politiques d’aménagement du territoire français. Les quelques documents annexes sont indispensables pour mieux comprendre certains événements ou certaines notions primordiales, ce qui est très utile pour un lecteur peu informé sur le sujet. Cependant, la forme du chapitre, qui est toujours, la même n’est pas très optimiste : les problèmes sont démontrés, puis il y a une atténuation, un progrès qui est affirmé, et enfin à nouveau une atténuation de l’atténuation. Ainsi, le problème reste en vigueur, même si un mieux est observable. Le lecteur peut donc avoir l’impression qu’au fond, malgré une volonté d’être optimiste, les auteurs ne croient pas à cette complémentarité du développement durable et de l’aménagement du territoire.

Mathilde Le Pas de Sécheval, HK/AL

 

 

 

 

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Atlas de l’agriculture. Comment nourrir le monde en 2050 ? Jean-Paul Charvet. Atlas Autrement, nouvelle édition augmentée,  2012, 96 pages. 19€.

Le salon de l’agriculture 2012 vient de fermer ses portes. L’affluence des candidats à la présidentielle à cet évènement ne vient pas démentir la citation de Mirabeau : « Toute politique part d’un grain de blé. » (Déclaration du comte de Mirabeau, datée de 1789). Aujourd’hui encore, la question de « Nourrir les Hommes » demeure centrale au niveau politique alors que les agriculteurs français représentent moins de 3% de la population active.

A l’échelle mondiale, le phénomène agricole est d’une autre ampleur. 43%  des actifs dans le monde travaillent dans l’agriculture, 60% si on prend en compte l’amont et l’aval de la chaîne agro-alimentaire. La question des ressources agricoles est centrale quand on sait qu’un milliard d’êtres humains souffre de sous-alimentation chronique et deux milliards de malnutrition. Pour traiter de cette question fondamentale, les éditions Autrement ont fait appel à un géographe expert en la matière. Jean-Paul Charvet, professeur émérite de géographie rurale et agricole (Paris Ouest Nanterre La Défense), est aujourd’hui correspondant national de l’académie d’agriculture de France.

Ainsi, les tenants et les aboutissants du sujet sont analysés « à la lumière de la raison ». « L’agriculture est le premier, le plus étendu et peut être le plus essentiel de tous les arts » (Extrait de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers). Il n’est pas question ici de remettre au goût du jour les thèses malthusiennes. Jean-Paul Charvet convoque les thèses cornucopiennes (du latin, corne d’abondance) pour répondre à la question : Comment nourrir le monde en 2050 ? Il analyse les stratégies de développement qui peuvent être mises en place aux échelles locales et mondiales. L’humanité doit trouver un compromis entre la hausse des rendements et le respect de l’environnement.

Au-delà des cartes habituellement présentes dans les manuels du secondaire, cet atlas offre des documents qui sortent de l’ordinaire . Les cartes portant sur la prise de contrôle de terres agricoles dans les pays étrangers permettent de voir que c’est un phénomène disséminé à travers le monde, y compris dans les pays développés (Australie). La Chine, l’Inde et les pays du Moyen Orient en sont les acteurs principaux. « Un jeu de Monopoly se développe aujourd’hui à l’échelle planétaire : celui de la délocalisation off-shore de productions agricoles. » La double page consacrée au commerce équitable est de très bonne qualité, aussi. Elle décrypte les circuits commerciaux du café équitable et du café non équitable (à recommander aux professeurs de terminale STG). La question de la quantité n’est pas la seule retenue pour faire face aux besoins croissants liés à la transition alimentaire, à l’urbanisation et à la croissance démographique. La qualité alimentaire a toute sa place dans cet atlas par le biais du vin et des AOC.

Dans cette nouvelle formule des atlas Autrement qu’il nous est donné de chroniquer (couverture cartonnée renforcée), le texte prend le pas sur les cartes et est plus présent. Des verbatim résument en une phrase ce qu’il y a retenir d’une double page. Chaque sous-partie s’achève par une conclusion qui reprend de manière synthétique le contenu du chapitre. En revanche, les citations qui étayaient le texte tout au long des doubles pages ont disparu : n’en restent plus que deux (celles qui ont été reprises plus haut) en introduction et en conclusion. La charte graphique de l’atlas, nouvelle formule, est toujours la même et rend difficile l’exploitation des cartes en classe, y compris par le biais d’un vidéo-projecteur. Des cartes sans échelle se sont glissées dans l’ensemble et des localisations fantaisistes ont pu être relevées. Union européenne en lieu et place de l’Algérie et de la Tunisie sur la carte des produits agricoles : les principaux pays d’exportation et d’importation (page 49).

L’auteur dénonce les méfaits de l’agriculture productiviste au fil du texte. Il reconnait que « l’agriculture biologique présente beaucoup de vertus mais pas celle de pouvoir nourrir le monde. » Il vante les capacités de l’agriculture raisonnée même s’il ne cache pas la technicité de sa mise en œuvre. Il appelle les consommateurs des pays riches à lutter contre le gaspillage. « Un tiers de la nourriture produite dans le monde pour la consommation humaine est perdu ou gaspillé. » Alors que le quotidien gratuit Direct Matin (6/03/2012) consacre un article aux cantines scolaires qui avance que « 180 grammes de nourriture sont gaspillés en moyenne dans l’assiette d’un collégien à chaque repas. », la marge de manœuvre de réduction du gâchis semble importante. Le chapitre « Nourrir les Hommes » en seconde ou cinquième peut être l’occasion de sensibiliser le public scolaire à cet enjeu, sans pour autant aller jusqu’à ne faire servir qu’un bol de riz à la cantine !

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

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La Revue Urbanisme fait son entrée dans la Cliothèque de Géographie avec son numéro consacré à l’état des lieux de la France en terme d’urbanisme. Cette revue spécialisée depuis 1932 dans l’essentiel de l’actualité qui touche la Ville est une publication d’un excellent niveau, comme en témoigne la qualité et la rigueur des comptes-rendus de lecture qui y sont publiés. Les Clionautes savent en apprécier la teneur, habitués qu’ils sont à lire les chroniques publiées sur le site de la Cliothèque ! Au-delà de ce point commun avec notre site, la revue se situe au croisement de l’histoire des arts (une bonne place est donnée à l’architecture. Voir à ce propos l’interview de Patrick Bouchain, auteur du Magasin à Grenoble ou du Pompidou Mobile), de l’histoire (voir l’article de Gérard Monnier, l’historien des grands ensembles, sur le quartier de la Faisanderie à Fontainebleau) et surtout de la géographie (par le biais de l’urbanisme et du dossier ci-dessous présenté). Richement illustrée, cette revue d’une petite centaine de pages se dévore allègrement dès réception. Il faut dire que le dossier central est alléchant à la fois par sa problématique et surtout par sa mise en œuvre.

Haro sur les périurbains !

Le dossier central est composé des contributions issues du séminaire Robert Auzelle (28/09/2011) qui a réuni professionnels et chercheurs autour de la question : « Face à l’étalement urbain, quel cadre de vie pour demain ? ». Les réponses des professionnels (leur organisation professionnelle) à la problématique figurent dans la première partie du dossier. Synthétiques, ces textes demeurent toutefois trop généralistes. Si les organisations professionnelles convoquent souvent le développement durable afin d’envisager le futur urbain, elles ne détaillent pas le champ opérationnel de leurs solutions. Une bonne part d’entre elles plaident pour la ville dense : « La solution, c’est la ville » comme le dit le Club Ville aménagement. L’habitat individuel est montré du doigt par le Conseil national de l’ordre des architectes. « Les lotissements engendrent la monotonie, consomment les terres cultivables, provoquent l’éloignement et sont coûteux pour les finances publiques. Ils favorisent le « tout routier » et créent des milieux socialement homogènes éloignés des services et des centres urbains. » Haro sur les périurbains ! « Bien sûr, on trouvera toujours des défenseurs de l’étalement urbain, des amis du paradoxe pour vous dire que c’est ce que demandent les gens, que cela les rapproche de la nature, que c’est la réalisation des « villes à la campagne » ». Ces organisations (ordre des architectes, des géomètres-experts, fédération française du paysage) militent pour redonner sa place à la nature en ville, favoriser les mobilités douces et les transports en commun. Leurs solutions semblent pourtant si loin des préoccupations des habitants des franges urbaines et notamment ceux qui habitent les « communes multipolarisées des grandes aires urbaines ». Ce n’est pas seulement pour « communier avec la nature » que ces personnes ont « choisi la campagne » mais le plus souvent car c’était le seul moyen de faire coïncider leur désir d’espace en termes de m2 habitables avec leur budget : la gentrification des centres-villes poussant de plus en plus les classes moyennes et populaires loin des villes.

Pour une pédagogie en faveur de la ville dense

Toutes les organisations professionnelles représentées ne partagent pas cette vision. La Société française des urbanistes (SFU) apporte une réponse plus mesurée grâce, notamment, à une vision globale de l’aire urbaine. Elle aborde les limites des solutions précédemment évoquées. « Le bât blesse dans les secteurs où cet étalement s’est déjà opéré : sous équipement, accès difficile, risques naturels, manque de moyens… Dans ces secteurs, les réponses à moyen terme sont, d’une part, de favoriser une densification permettant de rentabiliser le foncier existant et, d’autre part, de trouver les moyens adéquats pour améliorer les équipements défaillants. » Elle insiste sur le travail pédagogique à mener pour montrer au public qu’il fait bon vivre dans des quartiers denses et que la maison individuelle n’est pas une solution en soi. Pour l’Union des Maisons Françaises, les responsables de l’étalement urbain ne sont pas à chercher de leur côté mais de celui des élus qui prennent des décisions d’aménagement et d’urbanisme locales. Le tout est résumé sous la formule : « Le cadre de vie réussi de demain est celui qui saura loger les familles dans des conditions économiques raisonnables et dans leur respect de leur besoin d’espace. »

Pour un « urbanisme rural »

L’ensemble de ces contributions d’acteurs professionnels est suivi par des textes écrits par les membres du comité de rédaction. Deux d’entre eux permettent de replacer la problématique du séminaire sous un angle épistémologique. Thierry Paquot, qui a été le maître d’œuvre de cette rencontre, rappelle qu’il y a longtemps déjà (dès la création de la Revue Urbanisme) que la question de « l’urbanisme rural », de « l’entre-ville (Sievert) » a été posée. « Une chose est certaine. Le périurbain n’existe plus, il est parfois devenu « central » (on parle alors de polycentralité) et le plus souvent s’est fondu avec l’urbain éparpillé. » Jean-Michel Roux (plus de 30 ans après La rurbanisation ou la ville éparpillée) dénonce la muséification de Paris (« le dedans »), en parallèle à l’absence d’organisation du « dehors ». Pour lui, « la vraie frontière entre la ville et le reste n’est pas morphologique » mais « historique et sociale, et de plus en plus férocement tracée. » Il dénonce les chiffres à l’emporte-pièce (repris par le Conseil national de l’ordre des architectes) : équivalent d’un département français disparaissant tous les dix ans depuis les années 1980 sous l’effet de l’étalement urbain. Il veut croire en la satisfaction des habitants des territoires urbains périphériques. La preuve ? « Les retraités ne quittent pas, sauf les très âgés, leur résidence du périurbain pour rejoindre les centres-villes » comme l’indique un séminaire du PUCA.

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

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