Effectivement, ce n’est pas là notre bonne vieille ville aux cent clochers qui arbore si fièrement ses formes élancées sous un ciel étonnamment oriental, mais bel et bien l’ancienne Byzance qui nous offre ici un spectacle tout aussi riche que son illustre nom peut nous le suggérer, en voyant s’élever majestueusement face à nous, Sainte-Sophie et la mosquée Bleue, à droite de la photographie.
Culminants si nombreux sur l’ancienne capitale de l’Empire ottoman, les minarets reflètent ici l’image hors du temps, d’une cité toute entière acquise à un passé hors du commun.
C’est en effet avant tout à sa position géographique et même géopolitique unique qu’Istanbul doit sa si extraordinaire destinée. La ville est construite sur une multitude de petites collines, situées de part et d’autre de la Corne d’Or, petite baie profonde de la rive européenne, et à l’entrée du fameux détroit du Bosphore reliant la mer de Marmara à la mer Noire. Ces précisions, au premier abord purement techniques, nous permettent toutefois de nous rendre compte que la « sublime porte » est, aussi incroyable que cela puisse paraître, d’un coté sur le vieux continent, de l’autre en Asie, renforçant d’ailleurs d’autant sa position stratégique que la convoitise des despotes qui se l’arrachèrent. Influencée ainsi par de multiples tendances, on ne s’étonnera pas de la richesse architecturale et du peuplement profondément cosmopolite, que ce véritable « carrefour » des cultures représente. Successivement chrétienne puis musulmane et enfin laïque, Istanbul est certainement plus que toute autre ville à « la croisée des mondes », tant elle entretient et symbolise à la perfection un véritable lien, une fantastique voie d’échanges entre deux entités indubitablement parallèles.
Outre les multiples incontournables culturels et historiques que suggère l’antique Constantinople, l’un des autres symboles phare de la cité du Bosphore est sans aucun doute le bateau qui doit son rapide et criant développement à une configuration du site extrêmement propice. Le nombre de rotations de part et d’autres des rivages de la Corne d’Or et du détroit demeure, malgré les deux gigantesques ponts édifiés pour enjamber l’isthme, extrêmement important. Ce fait s’explique évidemment par la commodité du bateau qui, utilisé comme moyen de transport, s’adapte aux contraintes économiques, pratiques et temporelles des Stambouliotes. L’activité maritime s’avère être ainsi parmi les plus denses de la planète.
La géographie au premier abord plus qu’avantageuse pour la ville, recèle toutefois un inconvénient majeur : Istanbul se situe tout près de la faille nord anatolienne.
Celle-ci est une faille active, qui a déjà produit plusieurs séismes très destructeurs à l’époque contemporaine. L’étude de la sismicité locale laisse ainsi craindre une forte probabilité qu’un tremblement de terre important frappe Istanbul au cours des prochaines décennies.
Notre cliché retient enfin l’attention par l’impression « d’éternité » que suscite Istanbul. C’est à l’aspect quelque peu désordonné, tourmenté des ruelles, et même défraîchi, des antiques rafiots rouillés, que l’on reconnaît là l’une des rares constantes de la ville. On ne peut que constater une différence notable entre l’urbanisation de la rive européenne et celle de la rive moyenne orientale, où l’on découvre sans difficulté aucune à l’aube du XXIe siècle, des rues à l’hygiène parfois presque moyenâgeuse. Si ce dépaysement n’est, je dois l’avouer, pas pour me déplaire, il illustre néanmoins un écart de croissance tout à fait séditieux qui, à court terme (puisque les rivalités existent déjà) pourrait être néfaste à la bonne cohésion de la population Stambouliote. Peut-être d’ailleurs tenons nous dans l’objectif d’homogénéisation économique et sociale de la cité l’un des enjeux, pourquoi pas, de l’Union pour la méditerranée en Turquie au cours des prochaines années ? Cela éviterait sans doute que l’on se lance l’anathème de part et d’autre du Bosphore entre têtes de Turcs.
Edouard Fauvage
Compteur