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Le Monde, 6/11/11
Au coeur du parc national, les incendies à répétition favorisent la progression des espèces envahissantes
Saint-Denis Correspondant
Bien rares à La Réunion sont les touristes qui ne montent pas jusqu’au Maïdo. Perché à 2 200 m, le site, accessible en voiture, offre un point de vue spectaculaire sur ces grandioses » pitons, cirques et remparts « , classés en 2010 au Patrimoine mondial de l’Unesco. Il est aussi l’emblème de la forêt des Hauts-sous-le-Vent, où pénètre le visiteur, passé 1 600 m. Un vaste massif inhabité qui culmine à 2 900 m et s’étend sur 8 200 hectares, en plein coeur du Parc national.
Les pentes, assez régulières, y sont fortes : 20 % en moyenne. D’innombrables ravines entaillent le relief, formant autant d’obstacles : » Une dépression tous les 50 m et une ravine très profonde avec des rives rocheuses verticales de 5 à 30 m de hauteur, tous les 200 m « , décrit l’Office national des forêts (ONF).
Les températures, faibles, évoquent une région tempérée. L’essentiel des pluies se produit en saison chaude (de novembre à avril) ; l’hiver (de mai à octobre) est la saison sèche. Mais, en journée, les nuages s’installent quasi quotidiennement tout au long de l’année ; seul leur plafond varie.
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Bien rares à La Réunion sont les touristes qui ne montent pas jusqu’au Maïdo. Perché à 2 200 m, le site, accessible en voiture, offre un point de vue spectaculaire sur ces grandioses » pitons, cirques et remparts « , classés en 2010 au Patrimoine mondial de l’Unesco. Il est aussi l’emblème de la forêt des Hauts-sous-le-Vent, où pénètre le visiteur, passé 1 600 m. Un vaste massif inhabité qui culmine à 2 900 m et s’étend sur 8 200 hectares, en plein coeur du Parc national.
Les pentes, assez régulières, y sont fortes : 20 % en moyenne. D’innombrables ravines entaillent le relief, formant autant d’obstacles : » Une dépression tous les 50 m et une ravine très profonde avec des rives rocheuses verticales de 5 à 30 m de hauteur, tous les 200 m « , décrit l’Office national des forêts (ONF).
Les températures, faibles, évoquent une région tempérée. L’essentiel des pluies se produit en saison chaude (de novembre à avril) ; l’hiver (de mai à octobre) est la saison sèche. Mais, en journée, les nuages s’installent quasi quotidiennement tout au long de l’année ; seul leur plafond varie.
Sur de vieilles coulées du Piton des neiges (inactif depuis douze mille ans), la forêt des Hauts-sous-le-Vent présente deux grands types de milieux naturels d’altitude, peuplés de nombreuses espèces endémiques. Sa partie la plus haute abrite, parmi les dalles de lave affleurantes, une végétation éricoïde : landes et brousses dominées par le branle vert et le branle blanc ; taillis d’où émergent le petit tamarin des hauts (Sophora denudata) et le tamarin des hauts (Acacia heterophylla), qui reste par ici de petite taille.
Cet arbre, qui peut atteindre une vingtaine de mètres, s’épanouit plus bas, dans la tamarinaie, où il cohabite avec le calumet, un bambou lui aussi endémique. A cet étage qu’occupe aussi la forêt mésotherme, caractérisée par les » bois de couleurs « , l’ONF entretient une tamarinaie de production.
Tels sont les paysages où l’on a dénombré 51 espèces végétales remarquables, dont 17 menacées, que ravage l’incendie qui a commencé le 25 octobre. Il n’est certes pas le premier : » La quasi-totalité de la planèze a été parcourue par le feu plusieurs fois au cours des cinquante dernières années, rappelle l’ONF. Le problème majeur est la fréquence de ces incendies. « Les derniers sinistres majeurs ont touché 3 500 hectares en 1988, un millier en 1999 et près de 800 l’an passé.
L’incendie actuel, désormais contenu et que s’emploient à maîtriser les pompiers avec le renfort tardif de deux avions bombardiers d’eau venus de métropole, a couvert plus de 2 800 hectares. Mais plus encore que son étendue, c’est sa répartition qui inquiète forestiers et scientifiques.
En 2010, seule la forêt éricoïde avait été touchée. Cette fois le feu est aussi descendu dans la tamarinaie et la forêt mésotherme. Un premier bilan dressé par le Conservatoire botanique national de Mascarin (CBNM) et le parc fait état de deux fois plus d’espèces végétales touchées qu’en 2010, dont quatre fois plus d’espèces protégées, pour la plupart uniques au monde.
» Le souci n’est pas tellement la perte d’espèces, indique Luc Gigord, directeur scientifique du CBNM. La totalité des espèces montagneuses se retrouve sur les autres massifs. Mais on perd une partie significative du patrimoine génétique de certaines d’entre elles. «
Un quart de la population de branles verts de l’île aurait ainsi disparu ; et, pour certaines fougères qui ont l’essentiel de leurs peuplements au Maïdo, la perte est énorme. Côté faune, en l’absence de mammifères terrestres indigènes, les victimes sont surtout les invertébrés (insectes, gastéropodes, araignées…), chez lesquels le taux d’endémisme dépasse 60 %, signale Marc Salamolard, chargé de mission au Parc national.
Autre conséquence de l’incendie – sans parler du risque d’érosion massive alors qu’approche la saison cyclonique -, les espèces envahissantes vont sortir renforcées.
Dans la partie haute, il fallait déjà combattre le redoutable ajonc d’Europe ; plus bas, la menace vient d’une variété d’acacia dotée d’une impressionnante capacité de dissémination. » On redoute énormément son expansion, confie Luc Gigord. Sur ces types de forêt où, de mémoire d’homme, il n’y a jamais eu d’aussi gros incendie, on manque d’expérience pour gérer les espèces envahissantes. Il faudra être très tactique. «
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