photographie : Léa Massaré
Cette photographie a été prise à l’abordage d’une des îles péruviennes artificielles Uros, localisées à quelques kilomètres de Puno, dans la baie Chuicuito, partie la moins profonde du plus haut lac navigable du monde : le lac Titicaca.
Sont observables sur ce cliché de nombreux éléments caractéristiques de l’ archipel Uros, dont l’interprétation nous permettra par la suite d’aborder le fonctionnement et les bienfaits d’un tourisme rare et novateur: le tourisme rural communautaire.
Nous constatons tout d’abord que la photographie a été prise depuis l’étrave d’un bateau moderne, que le « spectateur » supposera touristique, et dont nous apercevons au premier plan les rambardes vertes. Au second plan deux femmes péruviennes, habillées en tenue traditionnelle tendent leurs bras, accueillant manifestement les nouveaux arrivés. Derrière elles, au troisième plan se distinguent des éléments typiques d’un « microvillage » : une place centrale, des habitations devant lesquelles sont disposés des stands de fabrications artisanales. Un mirador occupe par ailleurs le centre de l’image. Le plus surprenant est ici le fait que l’ensemble des éléments constitutifs de ce village, île et mirador inclus, soit constitué de roseau ou « tortora ».
Cet archipel est composé d’une quarantaine d’ îles artificielles entièrement faites de roseaux, empilés sur environ quatre vingt centimètres, (constatable sur la photographie) celles-ci sont accrochées par un important réseau de cordages à des poteaux de bois d’eucalyptus plantés au fond du lac, empêchant ainsi toute dérivation. Anciennement occupées et entretenues par la tribu des Uros, dont elles tiennent leur nom, ces îles artificielles auraient été construites afin d’échapper aux Incas, leur tribu rivale. Or les véritables Uros ont disparu depuis cinquante ans et ce sont à présent les membres de la tribu indienne des Aymaras, venus de Puno et des localités voisines qui ont investi les lieux, afin de faire vivre le patrimoine des Uros et tirer profit de l’intérêt touristique de l’endroit.
A présent, environ deux cent familles vivent sur ces îles artificielles. Quelques unes de ces îles sont par ailleurs entièrement consacrées à la réception des touristes qui y découvrent leur mode de vie, leurs traditions, coutumes et partagent pour un court séjour l’extrême simplicité de leur quotidien. Les Aymaras vivent principalement de la pêche, du tourisme et de la chasse. Les enfants, scolarisés jusqu’à la primaire sur une des îles, sont contraints de se déplacer jusqu’à Puno pour le reste de leurs études et la plupart décideront d’y rester…
Comme on le constate sur le cliché, de par les nombreux stands disposés sur le sol, la vente d’objets artisanaux ainsi que l’accueil des groupes touristiques est un des moteurs principaux de cette localité. Les fonds récoltés sur les îles entièrement consacrées au tourisme sont répartis de manière égale au sein des différentes familles. On remarque en effet sur la photographie l’importance de l’union et l’organisation communautaire : tandis que deux femmes accueillent le bateau, un homme se prépare à les accueillir sur la place et présenter son île tandis que plus loin des familles assises à leur stand confectionnent des objets.
Ce cliché m’a semblé intéressant à plusieurs points de vue. Celui ci montre en effet le fonctionnement et la croissance d’une économie fondée sur un élément unique: le roseau. Il illustre par ailleurs parfaitement le principe du tourisme rural communautaire, forme de commerce équitable car participant concrètement au développement social des habitants, cela par un rapport direct, libre de tout intermédiaire, avec le client. Il s’agit de plus d’un tourisme novateur car sensibilisateur et généralement abordé avec une perspective solidaire. Enfin, les Aymaras au mode de vie quelque peu isolationniste, sont parvenus à redonner vie au patrimoine des Uros, et subvenir dans le même temps à leurs besoins. La communauté n’est, qui plus est, plus seulement dans une optique de simple apport alimentaire mais entre aujourd’hui dans une phase d’investissement, élément révélateur d’un développement certain. Cependant,
suite à l’échec de l’ancienne politique économique de la communauté, fondée sur l’exportation de produits artisanaux, ainsi qu’à la vue de leur ancrage dans des traditions considérées comme quasi primitives, peu auraient cru qu’une telle ascension soit possible…
Léa Massaré, HK A/L
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