Bannies pendant la période maoïste, les mobilités chinoises, en Chine et vers l’étranger, n’ont cessé d’augmenter depuis qu’une transition vers la politique « d’ouverture et de réformes » s’est enracinée dans ce pays-continent. La Chine reste pourtant un pays néo-totalitaire, qui souhaite conserver un regard sur les mobilités de ses ressortissants, comme en atteste l’existence, près de 50 ans après sa création pendant la période maoïste, du Hukou, le livret d’enregistrement du lieu de résidence1. Les mobilités touristiques chinoises vers l’étranger attisent, par exemple, d’autant plus les convoitises des pays récepteurs qu’elles sont entravées par des politiques restrictives du gouvernement central chinois. Et quand les entraves ne sont pas visibles, l’autorité culturelle chinoise reste présente, à de multiples échelles et selon diverses façons.
C’est sur ce constat de l’accroissement des mobilités, doublé de l’hypothèse du strict — même si peu visible — encadrement de ces flux que l’anthropologue Pál Nyíri ouvre son dernier livre, intitulé Mobility and cultural authority in contemporary China. Ce nouvel ouvrage du chercheur actuellement basé à Amsterdam fait suite à de précédents travaux qui ont fait référence dans le domaine des mobilités chinoises à l’étranger (en Russie et en Europe de l’Est : Nyíri, 2005, 2007), mais aussi des mobilités touristiques (Nyíri, 2006). Avec ce dernier ouvrage, Pál Nyíri souhaite livrer une réflexion plus générale sur le système de mobilités chinoises, en Chine et vers l’étranger. Les principales questions posées sont ici : quelle est l’évolution de ces flux, quels en sont les acteurs et en quoi peuvent-ils être bénéfiques ou néfastes pour l’État-Parti chinois ?
Ce livre, même si le sommaire ne l’annonce pas, se divise en deux parties. La première retrace l’évolution des mobilités chinoises, à l’intérieur du pays (chapitre 1), vers l’extérieur (chapitre 2), mais aussi les mobilités touristiques chinoises en Chine (chapitre 3). La seconde partie se penche sur les intérêts (chapitre 4) et les dangers (chapitre 5) pour lesquels le gouvernement chinois a encouragé, ou non, ces mobilités selon différentes périodes. Un dernier chapitre (6) faisant office de synthèse ouvre sur une conclusion générale, numérotée comme une partie en soi (7). Ce type de plan — une apparente succession de chapitres non reliés les uns aux autres — est courant chez les auteurs anglo-saxons mais déroutera le lecteur francophone, plus habitué à une analyse structurée autour d’idées forces. Les chapitres n’en demeurent pas moins bien construit et pertinents.
Dans une introduction claire et efficace, l’auteur propose de distinguer les « gardening state » (p. 3), où l’État est fort, voire autoritaire et s’insinue dans la vie de l’ensemble des habitants, des « gamekeeper state », où le libéralisme prédomine. Alors que la Chine le pays s’ouvre progressivement mais continuellement au système-monde, le développement économique entraîne des mobilités de plus en plus importantes. En apparence donc, le pays passerait d’un État de type autoritaire à un pays plus libéral. Cependant, l’auteur annonce que la réalité est en fait plus complexe. Il donne en exemple le cas des larges banderoles rouges, visibles à travers tout le pays et annonçant des objectifs à atteindre, des règles de bonne conduite, des incitations à se sentir fier d’être Chinois : une véritable autorité culturelle semble être en place en Chine et contrôler la vie, voire le destin de la population de la deuxième puissance économique mondiale. Comment cette autorité est-elle à l’œuvre ? Quels sont ses ressorts et modes de diffusion ? Quel modèle véhicule-t-on ? L’auteur propose deux hypothèses principales : les mobilités, en tant que symbole de modernité et de modernisation de la Chine, sont encouragées par l’État dans le cadre d’une puissance renouvelée d’un pays en marge du monde pendant le 20e siècle ; à l’inverse, l’État-parti n’a de cesse d’essayer d’encadrer et de contrôler des mobilités qui pourraient être subversives et entraîner des manifestations populaires contre la mainmise du parti communiste sur le pays.
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