Des systèmes spatiaux en prospective. Territoires 2040. Revue d’études et de prospectives N°4. Datar, La documentation française, 2011.

 

L’exercice de science fiction auquel se livre la DATAR dans la revue Territoires 2040 est en soi un sacré challenge. C’est même un exercice de haute volée puisqu’il s’agit de demander à des géographes, des économistes, des politistes d’inventer le futur urbain du pays. Martin Vanier avait marqué de sa pâte le volume 2 sur la périurbanisation, Michel Lussault prends le relais. Pour cela, pas question de donner une seule version de notre avenir mais il s’agit d’analyser des tendances qui pourraient se dégager. Michel Lussault propose ainsi différents scénarios (Horizon) et leurs variantes sur la thématique de l’urbain métropolisé : hyper métropolisation de la France au détriment d’espaces marginalisés, mise en place de méga régions à dimension européenne (organisée autour de neuf métropoles régionales), généralisation de la périurbanisation ou bien encore la mise en place d’un peuplement diffus. Le tout est illustré par une cartographie « rock and roll », œuvre de Karine Hurel qui s’inspire du street art avec des polices de caractères dignes de taggeurs. Si les normes cartographiques sont bouleversées, force est de constater que le message passe efficacement et permet de comprendre les différents enjeux des scénarios. Pour illustrer l’article sur le devenir des villes intermédiaires et leurs espaces de proximité, Karine Hurel a retenu un design années 1970. C’est nouveau dans la manière de faire de la cartographie mais rafraichissant car cela renouvelle la manière de voir notre pays et c’est surtout très efficace graphiquement.

 

Au-delà de la forme qui mérite en soi d’être retenue, le fond donne du grain à moudre. L’article consacré aux villes intermédiaires propose ainsi un scénario 1 effrayant : « Les communautés incertaines ». Les chercheurs réunis autour de l’économiste Francis Aubert pronostiquent un accroissement des inégalités entre les populations résidentes dans les centres et dans le périurbain proche (là où ont été construits les écoquartiers modèles) des villes intermédiaires (Reims, Dijon, Vannes, La Rochelle) et le périurbain éloigné. « Face à ces zones de fermeture volontaire marquées par les classes les plus aisées et les plus âgées, s’érigent des zones de forte densité de population où le bas coût du logement est le critère à peu près unique de choix, en quartier périphérique ou aussi en zone périurbaine d’accès malaisé. »

 

Ce volume de Territoires 2040 a inspiré l’exposition qui se tient au Palais de Iéna jusqu’au 31 mai sur la France 2040 (du lundi au vendredi de 9 heures à 17 heures, métro Iéna, se munir d’une pièce d’identité, gratuit). On peut même dire que l’exposition est la partie la plus aboutie de l’ensemble. Si la thématique de la prospective y est très présente, il y a des cartes et des cartogrammes formidables sur la situation de la France actuelle, qui ne sont pas présents dans le volume chroniqué. Vous retrouverez tout cela sur le site de la DATAR : http://territoires2040.datar.gouv.fr/spip.php?rubrique54&revue=  Toutes ces productions sont à même de renouveler notre manière de faire de la géographie, tant elles posent les bonnes questions sur notre espace.

 

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

 

 

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Alain Dubresson et Yvette Veyret (Dir.)
Dix défis pour la planète
Éditions autrement, hors collection, en librairie le 25 avril 2012,18 euros

 

Reçu ce 14 avril, cet ouvrage de 160 pages mérite assurément d’être mis dans les mains de tout professeur de géographie qui se respecte. En dix petits chapitres, les auteurs des différents articles qui composent cet ouvrage présente 10 questions fondamentales sur le devenir de la planète. Ces auteurs participent au comité national français de géographie. Ils sont pour certains, comme Gérard-François Dumont connus de la Cliothèque. C’est d’ailleurs cet auteur qui ouvre le feu, avec une présentation du vertige démographique intitulé le retour des grandes peurs. Le phénomène qui affecte la population mondiale est multiforme. La population augmente et devrait se situer au-delà des 9 milliards en 2050, elle ne cesse de se concentrer dans les villes, pour atteindre 70 % en 2050 également, la population mondiale vieillit et devrait représenter pour les plus de 65 ans 1,5 milliard d’habitants, toujours en 2050 et enfin cette population bouge, avec le processus de migration. La question qui est posée est bien celle de savoir si la planète sera en mesure de supporter au sens premier du terme une telle croissance de population. Toutefois l’auteur relativise et note que par exemple la géographie de la population apporte trois éléments de réflexion sur la question de l’urbanisation. Le phénomène d’urbanisation est polymorphe, et l’évolution urbaine dépend de variable géopolitique interne et externe, au choix de gouvernance de la ville et à leur degré d’autonomie fixée par le système institutionnel. Cet article est enrichi par des cartes commentées, ce qui est le cas des autres articles d’ailleurs, avec des sources citées ce qui permet de les retrouver très facilement.

La Question du changement climatique est évoquée bien évidemment, par Pierre Carrega et Yvette Veyret. L’article permet de faire le point sur l’état actuel des connaissances en la matière. Il existe aujourd’hui deux types de réponses pour faire face aux changements climatiques à venir, et qui sont incontestables, y compris du point de vue des climato-sceptiques. Une tente de réduire la quantité de gaz à effet de serre rejetée dans l’atmosphère afin de diminuer, à terme la hausse des températures ; c’est le processus appelé atténuation. L’autre envisage des réponses sociales, économiques, spatiales au changement ; c’est ce que l’on nomme l’adaptation. Les auteurs font un rappel sur le protocole de Kyoto qui n’a pu être complété lors de la conférence de Copenhague de 2008, avant d’envisager les solutions d’adaptation qui se heurte à deux problèmes principaux : le prix tout d’abord car les changements structurels seraient forcément coûteux et surtout les incertitudes à propos de l’avenir climatique.

Richard Laganier et Laurent Simon s’interrogent sur la nécessaire préservation de la ressource « biodiversité ». Celle-ci est considérée comme une ressource inestimable mais la prise de conscience de son importance pour les sociétés humaines est relativement récente. Les services rendus par les écosystèmes aux activités humaines ne sont pas chiffrables économiquement. Et pourtant, cette biodiversité est également l’objet de bien des convoitises. De plus les deux auteurs s’interrogent sur les conséquences sociales de cette volonté de préservation de la biodiversité, et notamment sur ce qui peut différencier le traitement des populations locales et celui de ces écotouristes fortunés, premier utilisateur de ces programmes de protection.

L’article de Thierry Ruf présente avec beaucoup de clarté la question du partage et de la gestion de l’eau. Au-delà de ce que l’on affirme de plus en plus souvent sur « les guerres de l’eau », l’hydroconflictualité, et autres scénarios catastrophes, l’auteur remet en question des notions que l’on voit de plus en plus fréquemment utilisées, comme le stress hydrique ou la responsabilité de l’agriculture irriguée dans le désordre hydraulique. En la matière, rien n’est véritablement simple. Depuis 1992, la gestion intégrée des ressources en eau s’appuie sur quatre principes : l’eau est une ressource finie à gérer dans une unité hydrographique ; l’eau doit être gérée entre planificateurs, décideurs et usagers ; les femmes doivent avoir une place reconnue dans sa gestion ; et l’eau doit être considérée comme un bien économique. L’auteur note que l’aspect géographique de sa gestion ne semble pas poser de problème particulier. Pourtant, alors que l’élément de référence pour l’étude des ressources hydrauliques est le bassin versant, la notion de territoire de l’eau, associant les usagers, leurs besoins, leurs usages, et leur participation à la gestion ne semble pas être considérée comme suffisamment pertinente.

Autre question fondamentale traitée dans ces dix défis : peut-on nourrir l’humanité ? Le monde est confronté à des besoins croissants et si la production alimentaire mondiale a augmenté plus vite que la population, il n’est pas évident que dans l’avenir un tel rythme de croissance soit soutenable. Pour répondre à la demande à consommation constante par individu, il faudrait produire plus de 300 millions de tonnes de grain supplémentaire chaque année, soit l’équivalent de la production des États-Unis. À l’échelle mondiale le bilan alimentaire actuel paraît inquiétant mais en réalité si les familles n’existent elle semble davantage liée à des problèmes politiques et les problèmes de production. La question qui est également posée est celui du prix de la production. L’augmentation de la productivité agricole a permis une baisse tendancielle des prix, mais cela s’est fait au prix d’une consommation accrue d’énergie, d’eau, d’espaces agricoles. Toutes ses ressources sont de plus en plus rares. Dans ce domaine, Jean-Louis Chaléard qui rédige cet article note que les différences entre pays riches et développés, bénéficiant d’un soutien efficace à leurs agriculteurs et les pays du sud contraints à une agriculture largement dépendante des achats des pays riches, avec les cultures d’exportation, sont toujours aussi fortes.

Les autres articles traitent de la santé, des villes, des transports ainsi que de la place de la Chine dans le nouvel ordre mondial.

Le dernier article rédigé par Frédéric Dufaux, Sophie Moreau, Philippe Gervais-Lambonny interroge la notion de justice spatiale ? L’appropriation de l’espace, les inégalités sociales que cette appropriation peut traduire sont effectivement des sujets importants qui montrent que la justice sociale se traduit dans l’espace mais que réciproquement, l’organisation sociale de l’espace et productrice d’injustice. Ces dynamiques complexes qui se déploient dans l’espace et dans le temps ne sont pas faciles à décrypter même si l’on peut en percevoir très rapidement les effets autour de soi.

Bruno Modica

 

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LEMONDE | 25.02.12

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Pour les enfants en milieu rural, la tranquillité de la cour de récré peut parfois tourner au casse-tête quand vient le temps du collège. « Dans deux ans, quand j’irai au lycée, j’aurai deux solutions, explique Amandine, 14 ans, qui vit dans un petit village de montagne de 250 habitants (elle a souhaité, comme beaucoup d’élèves, rester anonyme). Soit me lever à 5 heures pour prendre le car, soit être pensionnaire. Et je ne vais pas pouvoir choisir toutes les options que je désire. »

Pour Lise, qui a grandi dans le Lot, l’internat n’a pas posé problème. « J’avais besoin de m’éloigner un peu. Et puis, au lycée, j’avais pour voisins une forêt… et des vaches ! Peu dépaysant, en somme. » C’est après, dit-elle, que « ça se corse » : « Soit il faut partir en ville, continuer les études pour chercher un boulot intéressant, soit rester en zone rurale et occuper un petit boulot sympa. » La jeune femme a fait son choix : elle est vendeuse dans une petite ville des Pyrénées-Orientales.

Combien sont-ils, les jeunes, à se sentir un peu « contraints » dans leurs choix d’orientation en raison de leur lieu d’origine ? A ne viser ni trop loin ni trop haut, de peur de se couper de leurs racines ? Quelque 2 millions d’enfants et adolescents sont scolarisés en milieu rural. Si leurs profils sont aussi variés que les territoires qu’ils habitent, ils partagent tous ou presque le sentiment que leurs « galères » intéressent peu. « Beaucoup de mes anciens camarades ont été obligés d’opter pour des études en alternance ; d’autres, à la fin du lycée, ont dû partir en quête d’un emploi. Les jeunes ruraux se sentent aussi délaissés que les jeunes des banlieues, regrette Lucas, 19 ans, étudiant en droit en Rhône-Alpes et boursier, mais ils sont peut-être plus résignés. »

AUTO-CENSURE

« Les élèves ruraux et montagnards arrivés en fin de collège n’utilisent pas autant que les autres toute la palette des choix d’orientation à leur disposition« , reconnaît Pierre Champollion, président de l’Observatoire éducation et territoires (OET, ex-Observatoire de l’école rurale). Depuis plus de dix ans, l’observatoire étudie dans six départements – Ain, Alpes-de-Haute-Provence, Ardèche, Drôme, Haute-Loire, Haute-Saône – les trajectoires scolaires de 2 400 élèves. « L’école rurale fonctionne globalement bien, affirme le chercheur en sciences de l’éducation. Les élèves, en sortant du primaire, sont au moins à égalité avec leurs homologues urbains, comme l’ont montré les évaluations nationales en français et mathématiques. » Plus on se rapproche des territoires réputés isolés, moindre est le retard en fin de CM2, dit-il.

« Si dans le premier degré les fermetures de classes et les regroupements d’écoles ont contraint les élèves à plus de mobilité, l’engagement des parents, des enseignants, et le maillage associatif compensent l’éloignement des ressources pédagogiques », expliquent Céline Vivent et Yvette Grelet, du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) pour la Basse-Normandie.

Pourtant, à l’issue du collège, les parcours scolaires des jeunes ruraux et des jeunes urbains divergent. « De la 6e à la 3e, les souhaits de poursuite d’études supérieures longues diminuent de moitié sur notre panel de 2 400 élèves, un peu comme s’ils s’autocensuraient », remarque Yves Alpe, de l’OET. A résultats scolaires identiques, le taux de demande – et d’accès – des élèves ruraux en 2de générale est plus faible. La voie professionnelle rencontre davantage de succès, et les études supérieures, souvent courtes (DUT ou BTS), ne s’envisagent pas sans mobilité.

« Nombre d’élèves de 3e que j’accompagne, même si les collèges font tout ce qu’ils peuvent pour leur ouvrir des horizons, privilégient des formations qui leurs sont familières, dans des établissements qu’ils connaissent – où leurs parents, parfois leurs grands-parents ont été scolarisés », note Isabelle Riou, conseillère d’orientation-psychologue – vingt-deux ans de métier – dans plusieurs établissements de l’Eure.

Au collège de Rugles, où Mme Riou intervient un jour par semaine, les premiers choix des familles se portent souvent vers un CAP. « Quand je leur parle du bac professionnel, je vois bien que je les déstabilise un peu. ‘Un bac pro pour mon enfant ? Il faudra qu’il continue ses études. Et puis, est-ce qu’il l’aura ?’ Je cherche à leur ouvrir un maximum de possibilités, en respectant les parcours familiaux. » « Ces gamins ont de meilleurs résultats que la moyenne au brevet, mais beaucoup ne voient pas ce qu’ils peuvent faire d’autre que leurs parents », reconnaît également Jean-Paul Noret, professeur de sciences dans un petit collège (130 élèves), à Laignes (Côte-d’Or).

MARCHÉ DE L’EMPLOI PEU QUALIFIÉ

Rien d’étonnant, analyse la sociologue Marie Duru-Bellat : « Quand on n’est pas très sûr de son projet professionnel, on a tendance à privilégier une formation près de chez soi et à s’en contenter, a fortiori quand les moyens financiers sont limités. » Malgré l’arrivée des « néo-ruraux », des cadres moyens, « les critères ne sont pas toujours ceux des familles des grandes villes, poursuit-elle. Tout le monde ne rêve pas d’intégrer Henri-IV, une prépa ou une grande école ! Dans les petites villes, en milieu rural, la qualité de vie passe, souvent, avant la carrière, le salaire ».

Didier Pleux, psychologue, travaille avec les équipes éducatives des maisons familiales rurales de Basse-Normandie, des établissements de formation en alternance où l’on n’observe, dit-il, ni démotivation des élèves ni décrochage : « Il y a une approche réaliste, pragmatique de l’orientation. » Autrement dit, certains de ces jeunes anticipent les besoins du marché de l’emploi, peu qualifié en milieu rural.

Des choix assumés : les jeunes ruraux estiment à 81 % – contre 75 % en moyenne -, que leur orientation après la 3e a été conforme à leur demande, selon le Céreq.

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Etre logé, se loger, habiter. Regards de jeunes chercheurs. Martine Berger et Lionel Rougé (dir.) L’Harmattan, 2011. 320 pages, 33€

Issues de deux journées organisées en 2005 et en 2007 par le laboratoire LADYSS, les contributions ici rassemblées ont toutes pour point commun de présenter le stade de réflexion de jeunes chercheurs doctorants ou post doctorants sur la thématique de l’Habiter. Inscrite aux programmes scolaires (programme de géographie de sixième) depuis 3 ans, ce concept témoigne d’une évolution épistémologique touchant à la fois la géographie, l’histoire, la sociologie et l’ethnologie. Une conception large de l’habitat et de l’habiter est retenue. La distinction villes – campagnes, dans le cadre de cette thématique n’a plus lieu d’être « lorsqu’il s’agit d’analyser les stratégies résidentielles et les pratiques spatiales des ménages. »

L’ensemble des contributions est organisée en deux parties aux titres assez énigmatiques et peu encourageants. La première partie, intitulée : Quand les pratiques et les politiques s’ajustent, vise à mettre sur l’accent sur les politiques publiques en œuvre et sur les acteurs. Dans les faits, c’est passionnant à lire. Cela commence par le métier d’agent immobilier pour ensuite glisser vers celui des bailleurs sociaux afin d’aborder la question de la rénovation urbaine. Puis, la seconde moitié de cette partie est consacrée à l’autre pendant de la question plus connue : celle de la gentrification. Ces articles sont riches d’enseignement car ils dévoilent des aspects méconnus de la question du logement.

Les stratégies territoriales des agents immobiliers sont analysées selon qu’ils travaillent en réseau franchisé (type Century 21) ou en indépendants. La pratique du mandat exclusif ou libre est décryptée selon le type de réseau auquel appartient l’agence. Instructif pour ceux qui ont un bien à vendre ! Le texte de Pascale Dietrich-Ragon, contenant des tableaux au contenu énigmatique (cf. tableaux de régression), pose une question fondamentale : celle de l’attribution du logement social. Elle décrypte les mécanismes traditionnels d’attribution (mérite, logique des statuts, respect de la loi) qui sont bafoués lors des relogements intervenant suite à des problèmes d’insalubrité. Pour faire face à l’urgence de la situation, l’ordre des demandes est modifié et favorise ceux qui étaient en situation de squat, surtout quand ils ont des enfants. L’auteur ne prend pas position et donne la parole aux habitants demandeurs de logements sociaux qui vivent cela comme une injustice. Un autre article (celui de Sophie Bretesché) décortique la réforme opérée au sein des organismes HLM dans le but d’une rationalisation du travail : mise en place des centrales d’appel. Si certains salariés appliquent les consignes de la direction à la lettre (envoi cadencé de lettres de rappel), d’autres le font aussi mais cherchent à ménager des temps pour recevoir en direct les locataires qui ont des problèmes d’impayés. Ils créent du lien, dans un système qui ne le valorise pas (notamment parce que ces actions ne sont pas évaluables et chiffrables). La politique de la ville, y compris Loi Borloo, est analysée dans le cadre mal connu des copropriétés en difficultés de Clichy/Bois et Montfermeil. Le processus de paupérisation est lié à un fort taux d’endettement qui empêchent les propriétaires de payer les charges et les investissements nécessaires dans la copropriété. Les mesures mises en œuvre ont été multiples mais leurs résultats sont bien peu probants. Au final, ces courts chapitres traitant de rénovation du logement social sont plutôt pessimistes. Le ton est finalement assez proche pour les articles qui portent sur les processus de gentrification. A partir d’un exemple moins connu que celui de Montreuil (étudié par Anaïs Collet), Marie Chabrol et Anne Clerval analysent les processus de gentrification à proximité du métro Château Rouge (à proximité de Barbès) ou de l’impasse Cour de Bretagne (X° arrondissement). Si le patrimoine immobilier a été considérablement valorisé depuis les années 2000, l’emploi du terme mixité sociale reste vain. Les nouvelles catégories socioprofessionnelles (issues des classes moyennes à tendance créatrice) ne se sont pas appropriées le quartier investi. Elles ne fréquentent pas les commerces ethniques du quartier et entretiennent un « entre soi » exclusif qui se traduit spatialement par la mise en place de portillons fermés à l’entrée de l’impasse. Politiques publiques, stratégies privées ont bien du mal à mettre en place du lien et la mixité sociale voulue par tous, y compris par les gentrificateurs eux-mêmes.

La seconde partie du volume : Concepteurs, habitants : s’approprier des lieux et des modèles traite du point de vue des habitants, eux-mêmes, même si un article, assez compliqué de Marilena Kourniati, revient sur les propositions faites par le groupe Team 10 (groupe d’architectes issus du mouvement moderniste) pour rénover les principes de la Charte d’Athènes. De nombreuses études de cas sont exposées dans cette partie. L’approche historique est retenue par Olivier Berger à partir du cas du Parc d’Ardenay (Essonne) à Palaiseau. Dans ce parc de 9 hectares, ont été construites dans les années 1950 des résidences collectives de grand standing pour l’époque dont les appartements ont été achetés par des catégories socioprofessionnelles assez homogènes : fonctionnaires, membres du CEA, enseignants, nombreux rapatriés d’Algérie… Le parc d’Ardenay est surnommé par les habitants de Palaiseau « la cité des Polytechniciens ». Olivier Berger analyse comment les habitants d’Ardenay sont vus par les habitants locaux mais aussi comment ceux-ci se voient. Ce différentiel est surtout le fait des premières décennies. « Aujourd’hui plus aucune barrière ne les sépare des Palaisiens. Le Parc n’étant plus nouveau, il n’est donc plus porteur d’une nouvelle identité. » Le point de vue des habitants est aussi celui retenu par Sabrina Bresson, sociologue, qui travaille, dans une optique historique, sur deux ensembles collectifs : l’unité d’habitation de Le Corbusier à Rezé et les Etoiles de Jean Renaudie à Ivry-sur-Seine. L’approche par les ressentis des habitants permet bien de rendre compte de ce qu’est habiter un espace. La place du jardin et des espaces collectifs dans des petits ensembles d’habitat collectif est une autre clé d’entrée dans la problématique de l’habiter. Ainsi, Magali Paris s’intéresse à la manière avec laquelle les habitants s’approprient leur balcon, leur bout de cours par la pratique du jardinage. «  (…), habiter son jardin c’est s’adapter à une situation et l’adapter à soi à travers différentes modalités d’interactions plus ou moins hospitalières ou plus ou moins défensives. » Le jardin est un lieu « synthétique » : « Michel Foucault (1967) le qualifiait d’hétérotopie : capacité d’un lieu à rassembler en son sein plusieurs espaces en eux-mêmes incompatibles. Selon lui, le jardin est la forme la plus ancienne des hétérotopies, la plus petite parcelle du monde qui rassemble en son sein la totalité du monde. » Valérie Lebois, elle, s’intéresse aux espaces collectifs : cour – jardin d’habitat social à Paris et sur le rôle tenu par ces espaces dans la vie collective de la résidence. Ces espaces sont une alternative à la ville dense. Pour cela, il est nécessaire de réunir plusieurs conditions : le calme, l’impression d’espace, la lumière, la présence de végétation. Si l’auteure met bien en avant que, trop souvent, ces espaces sont considérés par les maîtres d’ouvrage comme des espaces inutiles car non rentables financièrement, elle n’aborde pas l’appropriation de ces espaces par des individus extérieurs aux résidences : jeunes qui viennent squatter bruyamment la nuit ces espaces au mépris du repos des résidents. Au-delà d’autres articles qui traitent de la question d’habiter dans des champs géographiques divers (Maroc, Hongrie, Burkina Faso), l’article de Nathalie Ortar approche, par le biais des résidents secondaires, la question de l’habiter selon le concept de l’ancrage qu’elle a précédemment développé dans la lignée des travaux de J. Remy (1996). Posséder une maison de vacances est central pour pouvoir avoir un ancrage, surtout dans le cas de mobilités professionnelles non choisies. « La maison est utilisée comme un épicentre de la vie familiale.  Elle représente une attache, une référence dans la vie familiale qui permet d’aller de l’avant vers de nouveaux projets et surtout de nouvelles destinations professionnelles. » C’est tout le paradoxe de la question des mobilités appliquée à notre société. Etre mobile nécessite d’être « de quelque part » : l’habitat permanent ou secondaire participe à la construction de l’identité.

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

 

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Sylvie Brunel. Géographie amoureuse du monde, 2011

            Sylvie Brunel est une géographeéconomiste et écrivain française. Elle a travaillé pendant plus de quinze années dans l’humanitaire (Médecins sans frontièresAction contre la faim). Elle est à ce jour professeur de l’Université Paris IV-Sorbonne.

            Son livre Géographie amoureuse du monde, remet en question une vision pessimiste du monde.

            Dans ce Huitième chapitre, elle écrit sur un thème qui lui est cher : L’Afrique. Après une présentation géographique de ce continent, et de sa diversité, elle nous raconte l’Afrique telle qu’elle l’a vue, montrant sa beauté et sa douceur, mêlées à la brutalité et à la violence. Maintenant nous parlons de « rising Africa »

            Elle décrit l’histoire de l’Afrique depuis sa décolonisation. Tous les espoirs sont en Afrique, qui ne seront jamais accomplis,  en raison de la guerre Froide qui soutient des dictateurs oubliant l’agriculture. Le manque d’aide rend les populations vulnérables aux changements climatiques. L’ingérence économique est déclarée dans les années  80.

            A la chute de l’URSS, les dictateurs perdent leurs soutiens, c’est l’ingérence politique. Mais la démocratie trop soudaine aboutit à des guerres civiles. L’aide humanitaire remplace l’aide stratégique. Les services publics disparaissent, des écoles évangéliques ou coraniques les remplacent.

            En août 1998 les ambassades américaines du Kenya et de la Tanzanie ont subi des attentats, revendiqués par Al Qaida. Les Etats-Unis prennent conscience d’une Afrique mondialisée, et de ses enjeux.

            L’Afrique devient une sorte de terre promise. Mais en vue d’une économie saine, l’Afrique doit sortir de la « décennie du chaos ». Les « démocratures » sont nées. Ce sont des régimes forts qui ont l’aspect d’une démocratie : la démocratie n’étant plus défendue que par la France (la Chine ne met pas de conditions institutionnelles à son intervention économique sur le continent).

            L’Afrique obtient des investissements (50 milliards de dollars dans cette dernière décennie) et des aides humanitaires contre les pandémies.

            C’est une des terre les plus riches du monde, d’où l’enjeu qu’elle représente. Elle possède la rente bleue (hydroélectricité), la rente noire (12% des réserves de pétrole), la rente jaune (le soleil), la rente géothermique (le rift), et la rente verte. L’Afrique possède 60% des réserves de terres, seulement 10% sont utilisées actuellement, avec une faible rentabilité. (1 tonne par hectare)

            Les pays manquant de terre, se précipitent sur ces terres, et délocalisent. Ceci est vu par les occidentaux, comme une dépossession des terres et des ressources.

            Ces états tout-puissants sont bien souvent indifférents au sort des paysans, grands perdants du « décollage africain ».

            Ces mesures permettent à l’Afrique de posséder des taux de croissance comparables à la Chine. De plus L’Afrique attire le tourisme, nouvel Eldorado.

            Il faut préserver cette éden contre l’irresponsabilité des africains. C’est le syndrome Tarzan. L’Afrique est accusée d’ingérence écologique. Pourtant si on lit Tintin au Congo on s’aperçoit que les occidentaux procédaient à de véritables massacres.

            Aujourd’hui 14% du continent est classé. Les ouvertures des parcs nationaux empêchent les villes de s’étendre et les migrants s’entassent dans des quartiers précaires.

            Sylvie Brunel se demande alors, si l’Afrique restera la banlieue du monde. On peut observer l’émergence d’une classe moyenne de 300 millions d’individus, mais la moitié de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté.

            De plus les démocratures sont accusées de détourner l’argent. Les famines sont d’ailleurs un indicateur de l’état de la politique, révélatrices des dysfonctionnements politiques. Mais permettent des « primes d’urgence ».

            Ce chapitre montre la diversité de l’Afrique. Il expose la vue biaisée occidentale, notre responsabilité et nos erreurs.  En cela elle  arrive à changer quelque peu notre vision. Cependant sa position n’apparait pas clairement, elle se montre dubitative sur la « rising Africa » est incertain. Pourtant elle tente d’apporter des solutions, par exemple pour les famines, et surtout pour réduire les inégalités : « Seules de véritables politiques visant à rééquilibrer les territoires », permettront que les jeunes voient  leur futur en Afrique.

Livia Haulot, HK/AL

 

 

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