La France et l’Italie sont deux pays presque opposés en Europe en termes de fécondité : la France compte en moyenne 2 enfants par femme contre 1,4 en Italie. Cette différence s’explique en partie par un report de l’arrivée du premier enfant plus accentué en Italie. À l’âge de 25 ans, 42 % des femmes en France nées entre 1960 et 1969 avaient eu un premier enfant contre 35 % en Italie.

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http://villemandeurdemain.over-blog.com/article-29478163.html

(Par Gérard-François Dumont)

 in Historiens et Géographes, enseigner le développement durable.

Résumé :

 Ce que craint Malthus est un dynamisme démographique non équilibré, créateur de misère. Jean-Baptiste Say (1767-1832) pense qu’il faut pratiquer une restriction des naissances qui se ferait par la peur des conséquences négatives de la procréation sur l’économie : privilégier l’épargne à la procréation. La fin des « 30 glorieuses » pose la question des limites physiques de la croissance économique. Cette croissance proviendrait de la croissance démographique et aurait des effets dévastateurs sur la planète. Ces inquiétudes renvoient à des ignorances : le monde à cette période se trouve en pleine transition démographique depuis la fin du XVIIIe siècle, il n’y a donc aucune raison de s’inquiéter car la population va tendre à se stabiliser. De plus, le malthusianisme a toujours sous estimé les ressources, le progrès technique, la capacité d’adaptation des modes de consommation, la lutte contre la pollution, etc … Selon le malthusianisme écologique, la population est responsable de la rupture des «grands équilibres» écologiques. Cependant, ce courant semble oublier les progrès de l’humanité dans le mieux vivre. De plus, l’homme peut-il toujours porter atteinte aux espaces naturels puisque la question se pose de savoir s’il reste encore ou non des espaces « naturels » ?

Ces accusations de la croissance démographique d’entraver le développement durable sont elles fondées ?

Il est vrai que la population de la planète a augmenté de façon inédite et importante ces deux derniers siècles. Elle n’est nullement due à une hausse de la natalité mais plutôt à une baisse importante de la mortalité. Cela pourrait s’expliquer par la transition démographique, opérée dans certains pays en ce moment, qui transforme structurellement les attitudes démographiques de certaines régions. Il y a donc en plus de croissance démographique, développement démographique. L’étude de l’espérance de vie nous montre que le développement démographique est profitable aux générations présentes, mais aussi, augmente l’espérance de vie des générations futures. Le développement démographique est donc durable. Enfin, certains s’inquiètent de la poursuite de la croissance démographique au XXIe siècle en se fondant sur l’idée de l’homme pollueur. Or, on ne constate pas de corrélation entre densité et émissions de dioxyde de carbone. La démographie n’intervient donc pas dans le processus de pollution. La croissance démographique ne peut donc pas être accusée des insuffisances de développement durable. Elles sont les conséquences de comportements humains seulement.

L’auteur :

Gérard-François Dumont est un géographe et démographe français. Ses liens avec son ami, l’économiste Alfred Sauvy, le pousse dans la carrière universitaire. Professeur dans la section géographie et aménagement de l’université Paris IV, il se spécialise dans la géographie humaine en utilisant beaucoup la géodémographie. C’est l’étude des populations et de la façon dont elles se succèdent sur le territoire. Géographe reconnu, il est l’inventeur de néologismes régulièrement repris comme les principes de « gérontocroissance », « gérontodécroissance », de « juvénocroissance »,  « juvénodécroissance »,  d’ « Europe ridée », ou encore d’ « hiver démographique ».

Critique :

Il est vrai que le rapprochement entre démographie et développement durable est très tentant d’un point du vue écologique, ce que traite très bien ce texte. Cependant, il ne faut pas restreindre les problèmes de développement durable aux problèmes écologiques. Quantités d’autres domaines peuvent ne pas se développer durablement. On peut prendre l’exemple de l’économie.

En effet, cette discipline traite de la production, de la circulation et de la consommation des richesses. Cela peut poser des problèmes en se développant pour les générations futures. Un exemple d’actualité brulante est le problème de la dette. On pourrait, là aussi, faire un rapprochement avec la démographie. Ce n’est pas la croissance démographique dont il est ici question, mais de l’évolution du type de la population, observée de manière générale dans les pays riches : le vieillissement pose problème dans la mesure où il pèse sur les finances publiques de diverses manières. Ce poids de la population pour la génération présente ne doit pas entraver leur développement. C’est pourquoi, elles empruntent et s’endettent (même si le vieillissement de la population n’est pas le seul facteur d’endettement). Cette dette sera transmissible aux générations futures. Deux choix s’offriront à elles : soit elles décident de rembourser cette dette et ainsi, se priver d’un certain développement ; soit elles décident de ne pas rembourser la dette et ainsi exposent les générations futures à de graves troubles. Bien sûr, l’exemple de la situation actuelle de la Grèce illustre parfaitement cette idée.

Voici donc un domaine où la démographie entrave un certain développement durable et que le texte a peu développé.

Paul de Penfentenyo, HK BL

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Géographie amoureuse du monde. Sylvie Brunel. JC Lattès, 2011. 279 pages. 19€

Sylvie Brunet repart en guerre !

Dans la lignée de l’ouvrage qu’elle avait codirigé avec Jean-Robert Pitte   l’année passée, elle livre ici une apologie de l’action des hommes sur la terre. « Je suis amoureuse du monde. Je le trouve beau, accueillant, hospitalier là où l’homme a imprimé sa marque, façonné les paysages, apprivoisé l’eau, reverdi le désert, créé des jardins. » Elle refuse de se laisser aller au catastrophisme, alimenté par la crainte d’un réchauffement climatique. Elle estime qu’il faut arrêter de dénoncer l’anthropisation de la planète. Elle rappelle que, grâce à l’action des hommes, nous sommes moins nombreux à mourir de faim, de froid, de maladies qu’autrefois. « L’histoire de l’humanité est celle d’une âpre lutte pour la survie, avec, pour compagnes quotidiennes, l’insécurité et la vulnérabilité. »

Elle s’insurge contre les « nouveaux flagellants, qui paraissent trouver une jouissance masochiste dans la mise en accusation d’eux-mêmes – et surtout de leurs concitoyens – et vont partout en appelant le monde à l’expiation collective. » Elle croît en l’action politique (quand elle est menée au nom de l’intérêt général) pour améliorer le sort de l’humanité car elle ne nie pas les problèmes. Elle veut croire en la capacité des Hommes à trouver des solutions durables aux situations que nous vivons. Pour cela, elle appuie son discours sur des exemples copieusement développés : la Camargue, le monde insulaire, les cités-Etats du Golfe, le Nordeste brésilien ou bien encore l’Afrique.

L’ouvrage s’apparente beaucoup à un ouvrage d’ego-géographie (sa fête d’anniversaire, histoire de sa grand-mère en Polynésie, ses missions au Brésil, ses cours à Abu Dhabi à la « Sorbonne des Sables »…). Le plan de l’ouvrage brasse et rebrasse les thèmes chers à Sylvie Brunel : le développement durable, la faim , l’Afrique . L’ensemble est globalement écrit avec une plume alerte, convaincante comme son auteure qui, lors de conférences ou de cours, sait captiver un public (souvent acquis à sa cause). Elle reprend ici le thème de la « disneylandisation »  à travers plusieurs exemples. Avec celui de la Camargue, le jeu des acteurs est décortiqué pour mettre en évidence ce qui se cache derrière les conflits d’usage. Elle montre qu’un espace naturel ou classé comme tel n’a rien de naturel. La Camargue est aussi le résultat de l’action des hommes. Elle met en garde contre la patrimonialisation de sites par le biais de l’UNESCO, si cela se fait sans tenir compte des populations locales en tant qu’acteurs à part entière. Elle ose s’attaquer à la thèse de Jared Diamond, qui explique la disparition des Pascuans par une guerre entre clans, responsable de la déforestation. Elle mobilise pour cela les arguments de deux archéologues français : Catherine et Michel Orliac. Ces derniers rendent responsables de cet état de fait une longue sécheresse (au milieu du XVII° siècle) et la traite des esclaves, aux effets aggravés par le développement de l’élevage ovin par les Chiliens au début du XXème siècle. Les chapitres dédiés aux thèmes les plus souvent exploités par l’auteure sont particulièrement éclairants. Celui sur l’Afrique achève de faire réfléchir sur le « syndrome de Tarzan » (l’ingérence écologique conduite par les Occidentaux dans le cadre d’accords signés avec des « démocratures ») et ses méfaits. Elle prend la défense de ceux qui cultivent la terre et qui sont souvent accusés de dégrader l’environnement par l’usage d’engrais ou d’irrigation alors que le productivisme réduit considérablement l’emprise foncière de l’agriculture. Elle démontre que l’idée qui tend à faire croître qu’en consommant moins de viande, il y aura plus de céréales pour nourrir la planète est une baliverne. C’est le meilleur moyen de totalement désorganiser un système qui ne donne pas déjà toute entière satisfaction. Ce qui compte ce sont les trois P : paix, pluie et prix. « (…) aujourd’hui les meilleurs alliés de la nature, les vrais écologistes, ceux qui sont les sentinelles de la terre et qui peuvent aider le monde à s’engager dans ce vœu désormais universel d’un développement durable, ce sont les agriculteurs ! Eux connaissent parfaitement la nature, au lieu d’en concevoir une vision bucolique et désincarnée. Et ils savent qu’elle envahit tout, colonise tout, reprenant ses droits dès que s’affaiblit la main de l’homme ».

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

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http://questmachine.org/article/Histoire_de_Nantes_au_fil_des_si%C3%A8cles

26/10/2011 | Laurent Chalard | Territoires, Les Echos

La France ne possède aucune grande métropole dans le Grand Ouest, ce qui constitue un handicap important pour le développement de cette région. Il apparaît donc indispensable que la politique d’aménagement du territoire concentre ses efforts pour enfin faire de Nantes, agglomération la plus dynamique de l’ouest français, une grande métropole.

Dans le contexte actuel de la mondialisation, la puissance économique d’un pays repose sur les performances de ses grandes métropoles, les activités innovantes, moteurs de la croissance, ayant tendance à se concentrer de manière privilégiée sur ces territoires. Or, la France souffre d’un handicap majeur qui est la relative faiblesse de son armature urbaine en grandes métropoles, du fait de la macrocéphalie parisienne, produit d’un héritage historique. Les spécialistes en aménagement du territoire s’accordent en conséquence presque tous pour considérer comme un enjeu majeur d’aménagement du territoire de renforcer les principales agglomérations de Province pour relayer la métropole Parisienne.

Dans ce cadre, il faut donc s’interroger sur le nombre de grandes métropoles que compte la France à l’heure actuelle ? Si pour le profane, la réponse apparaît difficile au premier abord, pour le géographe, la simple combinaison des critères de la taille démographique (plus de 750 000 habitants en 2007) et du nombre d’emplois (plus de 350 000 en 2007) à l’échelle des unités urbaines, montre de manière indiscutable que le France compte sept grandes métropoles, que sont respectivement par leur ordre d’importance : Paris, Lyon, Marseille, Lille, Toulouse, Nice et Bordeaux. Elles sont donc inégalement réparties sur le territoire français, puisque cinq d’entre elles se situent dans la moitié sud de la France.

En effet, un coup d’œil rapide nous permet de voir que, parmi ces grandes métropoles, manque à l’appel Nantes, qui, avec ses 570 000 habitants et 300 000 emplois, arrive en huitième position, mais loin derrière les métropoles précédentes. La France ne possède donc pas de grandes métropoles dans le Grand Ouest, constat singulier par rapport au poids démographique de ce dernier. Comment expliquer cette situation ? Elle est liée au réseau urbain polycentrique de la France de l’Ouest, avec plusieurs métropoles de taille intermédiaire, mais aucune grande. La concurrence historique entre Rennes, ville de l’administration, que l’Etat central a toujours privilégiée (comme en témoigne encore une fois le tracé de la nouvelle ligne TGV Bretagne), et Nantes, ville commerçante, a empêché l’émergence d’une grande métropole.

Certains chercheurs influents auprès de la DATAR considèrent que cette situation n’est pas un problème, proposant la constitution d’une métropole en réseau, c’est-à-dire un partage des fonctions métropolitaines entre Nantes et Rennes. Cependant, dans les faits, cela ne peut pas fonctionner car nous vivons dans un monde concurrentiel, ce qui signifie que Rennes joue contre Nantes et non avec, et l’effet de taille joue un rôle considérable. Croire que l’addition de Rennes et Nantes conduit à la formation d’une grande métropole, équivaut à reproduire la même erreur que font les personnes qui pensent que l’intérêt collectif est la simple somme des intérêts communs.

En conséquence, dans l’optique d’un aménagement harmonieux et équilibré du territoire français, il paraît primordial de faire émerger une grande métropole dans le Grand Ouest, pour empêcher une marginalisation de ce territoire sur le long terme, d’autant que ce dernier apparaît excentré par rapport aux grands axes structurants du territoire européen. Or, Nantes est la seule agglomération qui, avec une forte croissance démographique et économique, pourrait prétendre recoller au peloton des grandes métropoles à moyen terme.

Que faire pour que ce vœu devienne réalité ? Il s’agit tout simplement de renforcer un processus déjà largement enclenché, puisque l’agglomération de Nantes est actuellement l’une des plus dynamiques du pays. Nous proposons que les politiques d’aménagement du territoire mises en place par le gouvernement favorisent prioritairement cette métropole aux dépens de toutes les autres, en y concentrant emplois public et privé. Les décentralisations d’emplois publics, administratifs et surtout d’enseignement supérieur et de recherche (relatif point faible à l’heure actuelle), doivent privilégier cette agglomération. Il serait logique que Nantes devienne la principale ville universitaire de l’Ouest de la France. L’Etat doit mettre en œuvre des incitations conduisant à la constitution de points forts économiques, comme les services financiers, dont Nantes est déjà la troisième agglomération du pays. Par exemple, l’arrivée de quelques entreprises du secteur financier, délocalisées de La Défense ou du 8° arrondissement de Paris, permettrait d’atteindre un seuil critique dans ce domaine, qui aurait ensuite mécaniquement un effet d’accélérateur de la croissance économique.

lire la suite sur le site des Echos :

http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/politique-eco-conjoncture/territoires/221139286/faire-nantes-grande-metropole-enjeu

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Kinshasa. Planification et aménagement. Francis Lelo Nzuzi. L’Harmattan, 2011. 381 pages. 34€

Il est amusant de voir que Francis Lelo Nzuzi a choisi comme sous-titre de son ouvrage : planification et aménagement pour qualifier la ville de Kinshasa. Faut-il y voir une marque du légendaire humour congolais ? Mégalopole de 10 millions d’habitants, à l’aune de 2015 (d’après le FNUAP – Fonds des nations unies pour la population), la capitale du RDC (République Démocratique du Congo) connaît une croissance urbaine sans précédent. Cette dernière se fait sans organisation d’ensemble. Les schémas directeurs ne sont pas appliqués et s’avèrent totalement inappropriés pour gérer le phénomène en cours. Ville coloniale née au XIXème siècle, « Kin-la-belle » est devenue « Kin-la-poubelle ». Kinshasa est « dans une immense putréfaction, défigurée, laide, repoussante, indigne d’être le phare d’un pays-continent ». Ainsi, commence l’ouvrage rédigé par Francis Lelo Nzuzi, professeur à l’université de Kinshasa, qui y enseigne l’aménagement, le développement urbain et l’environnement urbain. Pourtant, ce constat est rapidement contrebalancé. La ville est qualifiée de « fantastique ». Cette population met en œuvre la débrouille (le supposé article 15 de la Constitution) à la fois comme un état d’esprit et comme une stratégie de survie.

Aménager : une idée restée sur le papier

La ville d’aujourd’hui occupe, suite à l’étalement urbain sur des terrains no aedificandi, un site d’amphithéâtre naturel composé de collines entourant une plaine. La ville coloniale belge instaure un plan en damier où quartier européen et quartiers indigènes sont séparés d’un cordon sanitaire de près de 1500 m (rayon maximal d’un moustique porteur de la malaria), composé de barrières naturelles (espaces verts où prendront place des voies de communication). Pendant cette période (jusqu’à la fin des années 1950), la mise en œuvre de ce plan a été possible grâce aux moyens financiers dégagés par la production et l’exportation de minerais et de produits agricoles. Des quartiers de logements sociaux sortent de terre et sont peuplés de familles nombreuses dont le chef de famille dispose d’un emploi stable. L’urbanisation planifiée prend fin en 1960 avec l’indépendance. Suite à un exode rural massif, la nécessité de faire face à l’apparition de quartiers d’habitat spontané oblige le nouvel Etat à repenser l’organisation de la ville par le biais de schémas directeurs. Si ceux-ci existent, ils resteront lettre morte sur le terrain. Il faut reconnaître à la loi Bakajika de 1966 (sur le régime foncier des terres) une grande responsabilité dans cet état de fait. A partir de cette date, seul l’Etat congolais est le propriétaire foncier. Les occupants de terrains ne disposent alors plus que d’un droit de jouissance de ceux-ci. Le pouvoir coutumier « contrôle » tout cela, contre monnaies sonnantes et trébuchantes, dans un contexte politique électoral mouvementé. Ces méthodes touchent essentiellement les zones périurbaines : des villages rattrapés par l’étalement urbain. Cela n’empêche pas ces quartiers illégaux d’avoir un plan en damier : le lotissement illégal se faisant dans les règles de l’art ! Ainsi, tous les interstices de l’espace urbain laissés vacants jusque là se comblent de manière illégale. Le front d’urbanisation n’a pas cessé d’avancer depuis. Les successifs schémas directeurs (1967, 1975, 1985) n’ont pas pu être mis en œuvre, faute de moyens. Dans le contexte de la crise des années 1970 (chocs pétroliers mais surtout la nationalisation des entreprises étrangères, qui a conduit au départ des investisseurs), seuls les bâtiments de prestige (« les éléphants blancs ») ont été construits.

L’agriculture au défi de l’étalement urbain

Les ceintures maraîchères pourvoyeuses du vivrier marchand sont les principales cibles de l’étalement urbain. Le front urbain avance aux dépens des terres agricoles et met en cause l’approvisionnement urbain en légumes. Les interstices naturels laissés par l’aménagement colonial sont comblés, eux aussi. Malgré tout, il est difficile de mesurer le recul spatial du maraîchage en raison, notamment, de l’importance du secteur informel (autour de 70% de la production maraîchère d’après le BIT). La part de l’autoconsommation y est essentielle aussi sans qu’il soit facile de la chiffrer. Les femmes sont les principales « petites mains » du maraîchage. Cette activité, menée à leur compte, leur permet de nourrir leur famille et même de payer les frais de scolarité des enfants. Les opérations de déguerpissement des maraîchers sont légions suite à l’attribution de lots par les chefs coutumiers dans le cadre de la pression foncière. Les maraîchers n’ont souvent a aucun titre légal leur permettent de défendre leurs droits. Face à ce recul de la superficie, « le moindre espace public est investi par les cultures maraîchères » : trottoirs, terrains de sport, cours des écoles, cimetières. Les pouvoirs publics ont lâché prise face à la forte pression foncière.

Quand périurbanisation rime avec enclavement

Suite à l’exode rural, la ville a vu sa population croître très rapidement. Elle s’est étalée en suivant le tracé des voies de communication (voies ferrées, routes), le long des cours d’eau et à proximité des zones industrielles. Les Kinois, en quête de grandes parcelles, ont quitté le centre et la seconde couronne pour aller s’installer en périphérie. Le logement à étages est peu plébiscité : les familles préfèrent le logement horizontal autour d’une cour. Résultat : la ville est fortement consommatrice d’espace même si la tendance récente est à l’élévation verticale sous forme de petits immeubles : une manière pour les propriétaires de rentabiliser par la location l’achat d’une parcelle. L’étalement urbain est synonyme pour les habitants de l’allongement des distances entre le centre et la périphérie (30 km entre Kingasani et le centre-ville, 82 km entre Ngaliema et le centre-ville) même si « ce sont surtout des quartiers hybrides où toutes les fonctions cohabitent parfois dangereusement (…) dortoirs, ludiques, industrielles et maraîchères. » Au final, ces extensions en doigts de gants souffrent d’enclavement. Les routes n’arrivent pas toujours. Ni les taxis, ni les transports collectifs ne desservent ces quartiers. Marche à pied et taxi-moto sont les seuls moyens existants pour se déplacer. Les problèmes de mobilités prennent tous leurs sens dans un espace urbain horizontal comme celui-ci avec une trame viaire caduque  et en mauvais état. Tout cela est à l’origine d’un trafic routier congestionné. Pour régler les problèmes de transports, nombreux sont les Kinois qui préfèrent s’entasser dans des taudis du centre-ville plutôt que d’être contraints à des déplacements compliqués. Cela ne signifie pas, pour autant, que les bidonvilles et les quartiers mal équipés ne soient pas aussi légions en périphérie.

Au final, cet ouvrage, aux accents catastrophistes dans ses premières pages, se révèle être de grande qualité. Il s’agit d’une étude très complète sur le tissu urbain de Kinshasa. Francis Lelo Nzuzi propose des solutions pour l’aménagement et l’organisation spatiale de cette « mégaville complexe » à la fin de l’ouvrage. Le côté historique est important car la colonisation a marqué à la fois l’histoire du pays comme le plan urbain de départ. Les rappels historiques permettent de replacer l’ensemble dans l’histoire du pays. L’absence de cartes à moyenne échelle se fait sentir toutefois lorsqu’il s’agit de se repérer dans le cadre d’un espace régional. De même, la qualité des cartes ne permet pas d’en saisir toutes les subtilités. Les dégradés de gris sont mal rendus et compliquent la lecture, surtout quand la taille de la carte est réduite pour des raisons pratiques de mise en page. Seules quatre vignettes photographiques, présente sur la couverture, illustrent le texte. Même si celui-ci rend bien compte de l’atmosphère urbaine et du paysage, le recours à quelques photographies aurait achevé de rendre cette promenade urbaine plus réaliste. Le visionnage du film « Kinshasa Symphonie » (encore projeté dans une salle en ce mois d’octobre http://www.lentrepot.fr/default.asp ) s’avère être un excellent complément à ce livre publié chez L’Harmattan. Ce documentaire qui relate la préparation d’un concert de l’orchestre philharmonique de Kinshasa est le témoin de l’ingéniosité mise en œuvre pour faire face à la pénurie de moyens matériels comme financiers. Une mise en application de la débrouille qui laisse augurer, si le contexte politique actuel (élections présidentielles en novembre 2011) se maintient, un avenir un peu plus radieux à cette ville « fantastique » sur le long terme. Comme Francis Lelo Nzuzi, nous voulons y croire.

Catherine Didier-Fèvre © Les Clionautes

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